Google
This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's bocks discoverablc online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
publisher to a library and finally to you.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automatcd qucrying.
We also ask that you:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for
Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain fivm automated querying Do nol send aulomated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project andhelping them find
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep il légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search mcans it can bc used in any manner
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite seveie.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders
discover the world's books while hclping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web
at|http : //books . google . com/|
Google
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public cl de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
A propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //books .google. com|
'C
I
I I
a f ■
v'~
«^
A'^o^
/*! '
V/.'.^^'^^-
•j i:-
'/
HISTOIRE
DES
RELATIONS DE LA CHLNE
AVEC
LES PUISSANCES OCCIDENTALES
1860 -1900
\
raw
v
o^:. ^.
• ^-Jv •
A LA MÊME LIBRAIRIE
R (H), professeur i l'Rcolo ilc» langues orirnlalcs vivtnies. —
16 des relations de la Chine avec les pnissancefl occi-
les (18601900);
1861-75). I vol. in-8 avec carte. . m fr.
1875-1887), I ïol. in-8 »ïcc csrlos 10 fr
, terminanl l'ouvrage, paraîtra en janvier IQ03.
T (E.), professeiir agrcpc d'hisloire au Ijcée d Orlcans, — La
ion d'Orient. Préraœ de G. Mo^iuD. de l'In^lilul ^ 3* ^îl .
I vol. in-S (Uiivrago couronné par l'Institul.). ... 7 fr,
irobldmea politiques et locianx à la fin du XIX' siècle.
I vol. in-8 7 fr.
AN (J.-L. de), député. — L'Indo-Chine française. Ëtudc
tiqiic. politique ol adniinislralivc sur la Cochinchiiie. le Caiii-
, VAnaam et lo Tontin, Ouvrsge couronna par la Sociélê de
iphic commerciale de Paris (médaille Diiplcii). 1 vol. in-8 atri-
:» on couleurs hors telle. 1889 |5 Pr.
orale des philosophes chinois, i8i|ti, 1 vol. in-i<i. 3 fr. Zi>
:R (^Marcol). — Le Drame chinois (Juillet aoAt 1900). i vnl.
ï fr. -îo
tERG. professeur à IL'nivrrtilé <lc Kirl. Le Boaddha; Sa >ir:
ciriae ; .Su commiinaiilé. Traduit do l'allomand par .\. FovcHi.
de L'Université. A^■ec une /irpface de M. Stlvain Lkvi, pro-
BU Colley de Francf. 3' édil.. l{|ol. i vol. in-8. 7 fr. 5o
(J.-R.). — La France hors de France; l>e notre êmigraiiu» -.
•essité; Ses condil'wns, 1 vol. in-8. 191x1. . . . :o Tr.
• o
^ 'i
HISTOIRE ^
DES
RELATIONS DE LA CHI^E
AVEC
LES PUISSANCES OCCIDENTALES
1860- 1900
L'EMPEREUR KOUANG SIU
PREMIÈRE partie: 1875-1887
PAR
Henri CORDIER
Professeur à TËcole des "langues orientales vivantes,
Vicc-Présidcnl de la Société de Géographie
PARIS
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET C
108, BOULEVARD S A I K T - GER M A I N, I08
190a
Tous droits rés'^rvés.
LES RELATIONS DE LA CHINE
AVEC LES PUISSANCES OCCIDENTALES
1860- 1900
CHAPITRE PREMIER
AVÈNEMENT DE K0ÏÏAN6-SIU
La fin prématurée de T'oung-Tché devait faire naître na-
turellement des soupçons sur les causes de celle mort impré-
v\ie ; le peuple se refusa dans certains endroits à croire à
la disparition du jeune souverain et un aventurier surgit
même dans le Yun-Nan, prétendant ôtre le défunt empereur;
il fut décapité à Yun-Nan fou par ordre du gouverneur,
Ts'ên Yû-ying ; même événement se produisit d'ailleurs en
igoo, à Wou-tcirang, capitale du Hou-Pé, où Tchang
Tchi-toung fit exécuter un faux empereur.
Les résidents étrangers eurent le désagrément extrême
de voir leurs boys laisser pousser leurs cheveux qui, pen-
dant les cent jours du deuil, atteignirent une longueur dé-
mesurée. Les sceaux oIBciels, de vermillon devinrent bleus ;
les draps rouges des brouettes furent changés pour des draps
bleus. A Chang-Hai, l'éditeur du Chen Pao, en signe de
de deuil, imprima à l'encre bleue le numéro de son journal
qui contenait la nouvelle du fatal événement; plus tard, à
Taccession de Kouang-Siu, en marque de réjouissance, le pa-
pier du journal fut changé et devint vermillon, l'encre res-
tant noire ; le Wei Pao, suivant l'exemple de son confrère,
tout en gardant son papier ordinaire, employa de l'encre
rouge pour imprimer ce numéro exceptionnel.
GoRDlEA. IL I
AVÈNEMENT DE KOL'ANC-SIU
Le lendemain de la mort de T'oung-Tché, le Prince
Koung en communiqua officiellement la nouvelle aux mi-
nistres étrangers.
LETTRE iLNNONÇANT LA MORT DE l'eMPEREUR
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, etc., au
Comte de Rochechouart. chargé d'affaires de France, etc.
Pé-king, le 6 de la n® lune (i3 janvier 1875).
Je vous informe respectueusement que S. M. TErapcreur est
décédée le 5* jour de celte lune (le Dragon s'est envolé jusqu'aux
cieux).
Comme j'étais l'oncle de S. M., jamais je ne pourrai me
consoler de cette perte douloureuse.
Moi. Prince, ayant en ce moment à m'occuper respectueuse-
ment du règlement du deuil (et des funérailles), occupations qui
sont en grand nombre et de la dernière importance, je viens
vous prier de vouloir bien remettre à quelque temps d'ici le
règlement des affaires importantes (excepte toutefois celles de la
plus grande urgence) et celui des affaires courantes. Plus tard
nous pourrons reprendre ces affaires et les traiter.
C'est dans ce but, etc., etc *.
Notre chargé d'affaires, M. le comte de Rochechouart,
s'empressa d'accuser réception de celte dépêche :
Pé-king, le i4 janvier 1876.
Monseigneur,
J'ai reçu la notification que vous m'avez fait l'honneur de
m'envoyer hier et je m'empresse de vous témoigner toute la part
que je prends à votre douleur. Je ne doute pas que mon Gou-
vernement, lorsqu'il apprendra celte triste nouvelle, ne me
charge officiel lement de vous exprimer les regrets que lui inspire
la mort prématurée d'un prince dont le règne, sous les auspices
de V. A. l. et des Ministres du Tsoung-li Yamen, avait déjà tant
I. Traduction de F. Scherzer.
TESTAMENT DE T*OUNG-TCIIÉ, l3 JANVIEIl iSyS 3
fait pour la prospérité de son pays, et pour le maintien des
bonnes relations avec les nations étrangères alliées de la Chine.
Agréez, etc., etc.
[Sig.] ROGHEGHOUART.
Le même jour (i 3 janvier) les deux doyens de l'Académie
de médecine, dont les soins avaient été impuissants à gué-
rir TEmpereur, furent dégradés, mais, le surlendemain, ils
étaient autorisés à rester à leur poste, malgré leur disgrâce.
Le Prince Koung communiqua également aux légations
étrangères le testament du défunt empereur ; c'est une pièce
curieuse par le fond et la forme :
TESTAMEUT DE t'oUNG-TCHÉ, i3 JANVIER iSyS
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamcn, etc., etc.,
au Comte de Rochechouart, etc., etc.
Pé-king, le i4 janvier 1875.
J'ai Thonneur de vous communiquer la teneur du Testament
de TEmpereur T'oung-Tché, testament qui a paru le 6 de cette
lune* (i3 janvier).
a L'empereur Hicn-Foung me combla de ses bontés, en me
« désignant pour le Trône, malgré mon extrême jeunesse. Je
« priai les deux Impératrices de gouverner comme Régentes
a (d'abaisser le rideau), et, du matin au soir, elles vécurent
a dans les préoccupations et les fatigues jusqu'au moment où
« elles m'obligèrent à prendre moi-même les rênes du Gouvcr-
« neraent. On m'apprit les traditions cl les devoirs de la dynas-
tie lie : vénérer le Ciel, imiter les Ancêtres, s'appliquer sans re-
« lâche aux soins du Gouvernement, aimer le peuple. Je sentis
a moi-même combien mon mérite était petit. J'ai dîi y suppléer
« par les veilles, et, de jour en jour, je pouvais davantage me mêler
« aux alîaires. Apres dix ans, la régence cessa. Mais cependant
« je continuai à suivre les conseils de ma mère et bien que mes
« armées aient apaisé les rébellions des Yué-fei et des Nicn-fei,
« bien que, dans le Yun-Nan, le Kouei-tchéou, le Ghen-Si et le
I. 6« jour de la la® lune, i3* année T'oung-Tché.
l\ A.VÈNEMË.NT DE ROLANG-SlC
« Kan-SoQ, elles aicat exterminé ou soumis les rebelles Miao-
cc tseu et Ilouei-tseu, et paciûé toutes ces provinces, je ne pou-
« vais prendre un instant de repos pendant la durée de ces
« guerres, tant j'avais hâte de voir le peuple délivré de ces
« fléaux. Soit à la Cour, soit dans les Provinces, mes sujets ont
« pu voir combien du fond du palais je me préoccupais de leur
a bien-être ; chaque fois que survenaient dans l'Empire des cala-
« mités telles que des inondations, des sécheresses, toutes les
a autorités me demandaient des remises d'impôts et des secours,
a et il n'y a pas de province à laquelle je n'aie immédiatement
a fait sentir les effets de ma bienfaisance.
a Je possédais une bonne santé, mais, dans la 1 1° iuiic (dé-
« ccmbre 1874), je fus atteint de la petite vérole et obligé de
« me soigner ; je sens la faiblesse me gagner, et mon sou flic est
« près de s'éteindre ! Telle est la volonté du Ciel !
Qc Le fardeau du commandement est si lourd que je ne puis
a le laisser qu'à un homme de bien ; aussi ai-je accepté respec-
« tueusement l'ordre des deux Impératrices donnant à l'Empe-
« reur Ilien-Foung, mon père, Tsai-Ticn. fils du prince Tch'ouen
« (7^ prince) comme fils d'adoption avec droit de succession au
« Trône.
« Mon successeur est animé des sentiments d'humanité et de
«c respect filial ; il est intelligent et acceptera avec respect la tâche
« que je lui laisse. Le Ciel, qui fait le peuple, lui doit un Empe-
a reur pour le gouverner et veiller sur lui. Mon successeur se
« montrera soucieux de ses devoirs, et cherchera à connaître la
« valeur de ses sujets, à calmer le peuple, et à assurer pour
« jamais la stabilité du Trône que je lui laisse. Qu'il obéisse aux
« deux Impératrices et veille sur Elles ; qu'il se rende digne de
« leur affection maternelle. Quant aux officiers civils et mili-
« taires de la Capitale et des Provinces, ils seconderont TEmpe-
« reur dans son œuvre de pacification par leur zèle, leur esprit
« de conduite, leur application à leurs devoirs. Si ce vœu est
« exaucé, je mourrai tranquille.
« Mon successeur, suivant la coutume établie par mes prédé-
« cesseurs, quittera le deuil au bout de 27 jours.
« Respectez mes paroles, et faites-les connaître à tous. »
Tel est le but de la présente communication.
(Sceau du Tsoung-li Yamen.) *
I. Pour traduction conforme: F. Sgherzer. M. Maurice Courant
TESTAMENT DE t'oUNG-TCHÉ, i3 JANVIER 1875 5
Toung-Tché étant mort sans enfants, qui allait le rem-
placer ? Les candidats ne manquaient pas parmi les fils de
ses oncles, frères de Hien-Foung. Régulièrement T'oung-
Tché, Tsai Tchoun, devait avoir pour successeur un prince
de la génération suivante P oa.
L'Empereur K'ien-Loung * avait décidé que les générations
de ses descendants seraient distinguées successivement par
les caractères Yong ^ , Mien ^ , Yi ^ et Tsai ^ . En
1826, l'empereur Tao-Kouang choisit quatre autres carac-
tères pour les générations suivantes : P*ou jffi , Yii^^^ Heng
|§[et K'i, J^ ; enfin l'empereur Hien-Foung (9 juin i854)
ajouta à la liste les quatre caractères : Tao ^Ê , K'ai ^ ,
Tseng 1^ et K'ij^ .
Les partisans de la tradition prétendaient qu'il fallait cher-
cher le successeur de T'oung-Tché, dans la descendance de
Mien K'ai, prince de Toun-K'io, troisième fils de l'empe-
reur Kia-K'ing et frère de l'empereur Tao-Kouang ; Mien
K'ai avait adopté son neveu, le cinquième fils de Tao-
Kouang, Yi-Tsoung, prince de Toun *, dont le second fils,
Tsai Yi, adopté comme héritier du quatrième fils de Kia-
K'ing, Mien Hien, est le prince Touan, qui a fait tant parler
de lui, lors des derniers événements, et qui est le propre
père de P'ou Tsiun, aujourd'hui héritier désigné du trône.
On racontait que le cinquième prince Yi-Tsoung, prince
de Toun, avait épousé la fille d'un prince mongol très puis-
sant appelé Kalatzin dont il avait eu quatre enfants : le pre-
a également donné une Iraduction de ce document, p. io3-5, de La Cour
de Pékingj Paris, 1891, in-8.
I. Voir à la Gn du volume le tableau généalogique rédige d'après:
The Chinese Impérial Family by W. F, Mayers, Novth-China Herald ^
January 1875; et Généalogie du prince KUng, par A. Vissicrc, T^oun
PaOf octobre igoo, p. 342-4.
a. Mort février 1889.
AVENEMENT DE ROUANG-SIU
mîer devait hériter du titre de son père ; le deuxième était
déclaré illégitime, parce qu'il avait été conçu pendant une
période de deuil, durant laquelle le commerce des femmes
est interdit. La naissance de ce jeune prince, écrit un diplo-
mate, occasionna même un fait assez original : les censeurs,
apprenant cette naissance, portèrent plainte, et l'empereur
Hien-Foung, pour ne pas porter atteinte aux rites, fut obligé
de condamner son frère à l'çxil ; le lendemain, un décret pa-
rut, annonçant qu'il suffisait de déporter le portrait dudit
Prince à Ili.
Toutefois Tsai-Tien, Alsdc Yi-Houan, prince de Tch'ouen*,
le septième Prince fils de Tao-Kouang, fut choisi le i3
janvier 187 5.
Le Prince Koung se hâta de communiquer aux étrangers
le décret désignant le nouvel empereur ; il avait été froissé
par T'oung-Tché et le changement de règne n'était pas fait
pour lui déplaire ; il allait retrouver toute son influence de
jadis.
CHOIX DE TSAI-TIEN
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamcn, etc., etc.,
au Comte de Rochechouart, etc., etc.
Pé-king. le i4 janvier 1875.
J*ai riionncur de vous communiquer la teneur d'un décret
paru hier :
a Les Princes, Ducs, Hauts Dignitaires, etc., ont reçu res-
« peclueusemcnt Tordre suivant des deux Impératrices, Ts'eu-
a ngan et ïs*eu-hi :
« LEmpcreur étant mort sans laisser d'enfants, nous n'avons
« d'autre ressource que d'appeler Tsai-Tien, fils du Prince de
a i*"® classe, Yi-Houan, fils adoplif de l'Empereur Wen Tsoung
a Hicn (l'eiTipcreur Hien-Foung) pour succéder au Trône.
I. Mort i«'' janvier 1891 ; sa femme, sœur de Ts*eu-hi, et mère de
Koiiang-Siii, est morte le 18 juin 1896.
PROTESTATION D OU K 0-TOU 'J
ff Si TEmpereur appelé à succéder a un fils, ce fils sera donné
« en adoption à l'Empereur défunt, afin de lui servir de pos-
te térité. »
a R^pectez ceci. »
Tel est le but de la présente communication.
[Sceau du Tsoung-li Yamen] * .
PROTESTATION d'oU k'o-TOU
Un ancien censeur pour le Ho-Nan, Ou K'o-tou, secré-
taire du Tribunal des ofKces civils, et chargé de contrôler
l^administration des officiers, protesta avec éclat contre ce
décret :
Votre coupable serviteur a lu ce décret à genoux en versant
des larmes. Après y avoir beaucoup réfléchi, je me suis permis
de penser que les deux Impératrices avaient commis une double
erreur en donnant un fils adoptif à TErapcreur Wen Tsoung
Hîen, et en ne donnant pas d'héritier à l'empereur dernièrement
décédé. Puisque l'empereur dernièrement décédé n'a pas d'héri-
tier, l'autorité de l'empereur actuel, en vertu du décret des deux
Impératrices, lui vient de l'empereur Wen Tsoung Hien, et non
du dernier empereur. Et pour l'avenir, aucun décret n'assure
encore l'empire au fils du successeur actuel.... Je suppHe hum-
blement les deux Impératrices de déclarer formellement par un
nouveau décret que l'empire reviendra à celui qui sera l'héritier
et le fils adoptif du dernier empereur défunt : que, quand l'em-
pereur actuel aurait cent enfants mâles, aucun officier, soit en
Chine, soit hors de la Chine, n'aura le droit de proposer un
avis contraire.
Le vertueux Ou K'o-tou s'étrangla pour donner plus de
force à ses arguments :
Le chant de l'oiseau qui va mourir, est un chant plaintif. Les
avis d'un homme qui va mourir sont excellents.
I. Traduction de F. Schcrzcr.
8 AVÈNEMENT DE &OUANG-SIU
Il fut décrété (3o mai 1879) par les Impératrices que ce
que Ou K'o-tou proposait de décider sur le droit de succes-
sion, ne s'accordait pas avec la règle suivie dans la famille
actuellement régnante ; toutefois le décret ajoutait :
Ou K*o-tou jusqu'à la mort a donné des avis, et montré une
fidélité insigne ; il est digne de commisération, que le Tribunal
des Rites délibère pour qu'on lui accorde les honneurs posthu-
mes assignés par la loi aux officiers du cinquième rang. *
Un décret faisait Téloge du souverain défunt et fixait la
durée du deuil :
ÉLOGE DE t'oUNG-TCHÉ
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, etc., etc.,
au Comte de Rochcchouart, etc., etc., etc.
Pé-king, le i4 janvier 1875.
J'ai l'honneur de vous communiquer la teneur d'un décret
paru hier :
a Décret
« L'Empereur étant mort le 5 de cette lune (13 janvier) j'ai
a reçu respectueusement des deux Impératrices ïs'eu-ngan et
o Ts'ea-hi l'ordre de monter sur le Trône. Dans la douleur que
ce m'a causée celte cruelle séparation, je me suis prosterné la face
a contre terre, et mes lamentations se sont élevées jusqu'au
a Ciel. L'Empereur défunt, durant les treize années de son
« règne, s'est inspiré des traditions de la dynastie, il a exalté la
<c piété filiale et le sentiment du devoir. Tous les jours, il im-
« plorait le Ciel, et il suivait les exemples donnés par ses An-
ce cêtres en s'occupant avec zèle du Gouvernement, et en mani-
« festant son amour pour le peuple.
« Il choisissait avec discernement les hommes de talent parmi
a ceux qui l'entouraient. Sa politique et ses vœux avaient pour
ce but la pacification de l'État et la prospérité de la nation.
I. Ce curieux mémoire est traduit en entier, p. 167-185, do Choix
de Documents..., par S. Couvreur. L^o-kica fou, 1894.
ÉLOGE DE t'oUNG-TCHÉ Q
a Vous tous qui êtes de ce monde, vous serez en apprenant la
« perte de TEmpereur, plongés dans l'arniclion et la désolation,
« et votre deuil sera sincère ! Quant à moi, je verse des larmes
a de sang et les paroles me manquent pour exprimer ma dou-
c leur.
ce Le fardeau qui m*est échu est bien lourd pour mes faibles
a épaules ; aussi les ofliciers civils et militaires de la Capitale et
9 des Provinces devront-ils tous me prôler leur concours, afin de
« m'aïder par leur franchise et leur esprit de justice, à gouver-
« ner sagement. Les vice-rois et gouverneurs s'inspireront des
« mêmes sentiments ; ils aimeront le peuple et exauceront ainsi
a le vœu suprême de mon prédécesseur dont Tâme est au ciel,
et Oui, c'est sur vous tous que je fonde mes espérances I
« Quant au deuil, il me faut respecter les dernières volontés de
c l'Empereur défunt, et suivant l'exemple donné antérieurement,
« je devrais le quitter au bout de 27 jours. Mais je ne puis me
« résoudre à me soumettre à cette règle, et, pour bien marquer
c mes regrets et ma douleur je veux, suivant les rites antiques,
a porter un deuil de trois ans.
« Comme il est défendu, durant une période de deuil de pro-
« céder aux adorations dans les temples et d'offrir des sacrifices,
« je déléguerai des fonctionnaires pour me remplacer dans ces
« occasions. J'enjoins aux diverses administrations de se con-
« certer et de me présenter un rapport à ce sujet.
a Que tous prennent le deuil en observant les rites fixés et
ce que ceci soit connu partout, tant dans la capitale, que dans les
« provinces.
« Respectez ceci. »
Tel est le but de la présente communication.
(Sceau du Tsoung-li Yamen.)*
L'âge du jeune souverain, il est né le 2 août 1872', rendait
une régence nécessaire ; les deux impératrices ^ ïs'eu-ngan,
T. Traduction de F. Scherzer.
a. M. Ed. Ghavannes, /. c, marque que Kouang-Siu est né le i^août
1871.
3. Voir I, p. i3o. — M. Ed. Ghavannes, Semaine politique et litté-
raire, 27 octobre 1900, donne comme dates de naissance pour Ts'eu-
ngan, le la août 1837, pour Ts'eu-hi, le 29 novembre i835.
lO AVÈNEMENT DE KOUANG-SIU
impératrice de l'Est, et Ts'eu-hi, impératrice de l'Ouest,
étaient proclamées régentes et la comédie était jouée ; Koung
en réalité était régent, en fait, sinon de nom.
REGENCE
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, etc., etc.,
etc., au Comte de Rochechouart, etc., etc., etc.
Pé-king, le i5 janvier 1875.
J*ai rhonneur de vous donner communication de la teneur
d'un décret paru hier et ainsi conçu :
Décret,
a Les Princes, Ducs, Membres du Grand Conseil, des cinq
tribunaux et des neuf administrations, etc., etc., ayant adressé
au Trône un rapport dans lequel ils supplient les deux Impé-
ratrices de gouverner en qualité de Régentes, j*ai présenté res-
pectueusement celte requête aux Impératrices Ts'eu-ngan et
Ts'eu-hi, et j'ai reçu (d'Elles) — respectueusement l'ordre
(suivant) :
« Nous avons examiné dans notre grande affliction le rapport
présenté par les Princes, Ducs, etc., etc., etc. Lorsqu'au trefois,
nous prîmes la Régence, l'Empereur était un enfant et il n'y avait
pas d'autre ressource. Aujourd'hui l'Empereur est en bas âge,
les aflaircs de l'Klat sont des plus graves et il est tout à fait im-
possible que les Princes et Ducs n'aient personne à qui ils puis-
sent adresser leurs requêtes, nous ne voyons donc d'autre moyen
que celui d'accéder à votre prière.
Plus tard lorsque l'Empereur appelé à succéder aura terminé
son éducation, nous abandonnerons la Régence (nous enlèverons
le rideau) et il gouvernera par lui-même.
Respectez ceci. »
Je suis profondément reconnaissant aux Impératrices des mar-
ques de bonté qu'Ellcs viennent de me donner. TVlon mérite est
bien petit et le fardeau qui m'est échu est bien lourd pour mes
faibles épaules, aussi viens-je en tremblant en faire peser tout le
poids sur les deux impératrices qui en gouvernant elles-mêmes
me protégeront de leur égide.
RÉGENCE I I
Qoant à you9. Princes et hauts dignitaires, officiers grands et
petits de la Cour et des Provinces, redoublez de zèle, prèlez-moi
votre concours, afin de m'aider par votre franchise et votre esprit
de justice, à gouverner sagement ; ainsi vous exaucerez le vœu
suprême de mon prédécesseur dont Tâme est au Ciel, et vous
répondrez aux espérances que le peuple fonde sur vous. S'il en
est ainsi je me considérerai comme grandement favorisé.
Que les Princes. Ducs, et Hauts Fonctionnaires élaborent de
concert les Statuts et Règlements de la Régence, et qu'ils me
présentent un rapport minutieux à ce sujet.
Que ceci soit répandu parmi tous, à la Cour et dans les Pro-
vinces.
Respectez ceci.
Tel est le but de la présente communication.
[Sceau du Tsoung-li Yamen] *.
Le 16 janvier*, le Grand Conseil reçut un décret marquant
que parmi les caractères soumis pour choisir le nom du nou-
veau règne (nien-hao)^ on avait désigne ceux de Koua:sg-Siu
3fe /IS^^* peuvent être traduits par succession glorieuse ou
éclairée. Un correspondant du North-China Herald^ fait
remarquer que les caractères Kouang-Siu paraissent être
lires d'un document officiel de la dynastie des Soung, par
Tsoui Young, intitulé a Supplique demandant qu'un titre
dlionneur soit accordé [à un personnage impérial] ». La
phrase est ainsi rédigée: « Renouveler glorieusement la
grande succession dynastique. »
Un autre décret du 1 2 janvier, public dans la Gazette du 1 3,
rappelait Tédit de Tao-Kouang de la Z^ lune de la 26* année
de son règne concernant les noms impériaux. En consé-
quence dans le nom de Tsai-Tien ^ y#3j le premier caractère
ne sera pas changé, mais pour le second caractère y'^tt , le
I . Traduction de Fernand Schcrzer.
a. g de la la*' lune de la iS'^ année Toung-Tché.
3. 4 février 1876, p. 93.
la AVÈNEMENT DE K.0UANG-S1U
dernier trait sera omis y*|^ ; application de cet édit fut faîte,
le i5 mai 1876, par Ts'ên Yû-ying, gouverneur du Yun-Nan,
qui fit supprimer un trait dans le caractère yj^ entrant
dans le nom de deux fonctionnaires de sa circonscription qui
durent employer le caractère yK à la place.
L'état des esprits dans la Capitale, la tragi-comédie qui
s'y joua et le mécontentement causé par le choix de Kouang-
Siu sont bien décrits dans la lettre suivante (19 janvier 1875}
de notre Chargé d'affaires à Pé-King :
« Cette décision déplaisait aux Princes, aux hauts dignitaires,
et, en général à tout le monde, sauf à l'Impératrice-Mère, qui
avait rédigé ces décrets, et qui les avait imposes un peu par la
violence, et beaucoup par surprise. Il parait que le Grand Con-
seil avait résolu de placer sur le Trône le petit-fils du 5* Prince,
adopté par le frère aîné de Hien-Foung, mort sans enfants. Ce
jeune Prince, il est âgé de cinq ans, devait être adopté par
TEmpereur Ï'oung-Tché, et avoir pour régentes Flmpératrice
douairière et l'Impératrice veuve de T'oung-ïché. Quant à la
troisième Impératrice, mère de ï*oung-Tché, elle se trouvait
par là écartée du pouvoir, et reléguée dans un coin obscur du
Palais. Cette femme fut-elle avertie, ou simplement eut-elle le
soupçon de cette décision qui mettait fin à son rôle politique ?
Je l'ignore ; toujours est-il, que, profitant du trouble qui régnait
pendant l'agonie de son lils, clic sortit du Palais, s'en fut direc-
tement chez sa sœur, épouse du 7® Prince, se fit donner l'enfant,
le rapporta elle-même au palais, fit l'acte d'adoption, qui le
rendait fils posthume de l'empereur Ilien-Foung, et le fit pro-
clamer Empereur par les eunuques, en qualité- de frère cadet de
l'empereur T'oung-Tché.
a Les Princes et l'Impératrice douairière refusèrent d'abord
de se soumettre à cette violence ; l'Impératrice-Mère fit alors un
simulacre de suicide : elle se pendit, disant qu'elle ne pouvait
survivre à la mort de son époux et de son fils ; un eunuque, dans
le secret de ces simagrées, coupa la corde ; mais, pendant que
ces événements se passaient, les hommes des bannières, inquiets
de ne pas voir proclamer le nouvel Empereur, commençaient à
donner des signes manifestes d'impatience, et, par crainte sans
STATL'T DU PRINCE TCll*OUEN l3
doute d'une rixe qui aurait pu avoir les plus graves conséquences
pour la dynastie, — Timpéralrice douairière, femme d'un grand
mérite, et jouissant du respect et de la confîance de tous, se
décida à proposer l'adoption du projet de 1* Impératrice-Mère,
mais avec cette variante que ce serait elle, et non l'Impératrice-
Mère, qui servirait de mère au nouvel Empereur. Cette solution
quasi acceptée, les décrets parurent dans la Gazette. Mais le
trouble ne cessa pas pour cela : la jeune Impératrice, évincée, se
suicida à son tour, en avalant un des bijoux en or qu'elle por-
tait ; le 5' Prince déclara que le respect des rites ayant disparu
de Pé-ki ng, il ne lui restait qu'à se retirer en Mandchourie, et
enfîn, chose plus singulière, le 7* Prince lui-même manifesta
son mécontentement en refusant de se rendre à la Cour, et
en demandant un congé de dix jours. On m'a expliqué ce
déplaisir en me disant que, d'après les lois de l'Empire, quand
le souverain n'avait pas d'enfants et adoptait un de ses neveux,
comme héritier, le véritable père devait, à l'avènement de son
fils, se démettre de toutes ses fonctions et dignités, et môme
quitter la capitale, parce que ses droits paternels et ses devoirs
de sujet et de fonctionnaire étaient incompatibles. »
Le surnaturel intervenait également :
a On prétend que le jeune Empereur a été souffleté par le
renard, et que ce même renard, ayant pris la forme d'un eunu-
que, a été reprocher à l'Impératrice d'avoir violé les usages et
les traditions pour satisfaire son ambition. On ajoute que les
vieux Empereurs de la dynastie des Ming.... sortent chaque jour
sous la forme de renards, et enfin que la source du palais d'Ëté
9'est tarie. »
STATUT DU PRINCE TCH'oUEN
Le statut du père de l'Empereur fut réglé par décret :
Un décret * des Impératrices, se rapportant à la prière présen-
tée par le Prince Tch'ouen demandant la permission de se retirer
de tous ses emplois. Ceci ayant été pris en considération de la
I. Gazette de Pé-king, ai janvier 1875.
l4 AVÈNEMENT DE K<9UaKG-SIU
pari des princes, des nobles, et des ministres, elles ont actuelle-
ment décidé que la requête de Son Allcsse serait accordée, et
qu*elle serait autorisée à résigner ses diverses fonctions, mais que
son nom serait encore soumis d'une façon régulière par le Clan
de la Cour impériale ^ pour la célébration des sacrifices annuels
aux mausolées de TEst et de TOuest. 11 devra également à son
tour, assister aux cérémonies religieuses aux divers temples an-
cestraux, &c., mais sera dispensé de prendre place dans les rangs
de l'assistance pour offrir ses hommages à l'intronisation de Sa
Majesté et au jour de naissance impériale. En récompense de ses
multiples et distingués services passés, il est recommandé qu'il
soit élevé au rang de prince Impérial de premier ordre avec
succession héréditaire perpétuelle du même degré ; et il est de
plus proposé que, en vue de la grande importance des travaux
maintenant en cours à P'ou-t'o-Yu (le site choisi pour la cons-
truction des mausolées des deux Impératrices), Son Altesse soit
désignée pour continuer sa surveillance de ce côté. Les Impéra-
trices confirment les recommandations proposées ici, et ayant, par
un décret séparé, investi le Prince Po wang-na-mo-hou * et le Duc
K'ing-cheou du commandement des Mousquetaires Impériaux^,
autrefois tenu par le Prince, elles enjoignent à Son Altesse, dont
elles apprécient chaudement la tenue longue et pleine de succès
de son commandement, de donner, dans l'avenir, à ses successeurs
dans le commandement, ses avis en toutes choses.
Le cinquième prince, Koung, et le neuvième, Fou*, pro-
1. I, p. ia4» note.
2. Ou Pao-wang, fils de Seng-ko-Iin-sin.
3. Chen Ki Yi/tg, rarmée de la Plaine do Pé-King. « Celle force, dit
Mayers, Chinese Government, p. 56, comprenant l'élite des troupes des
Bannières de la Capitale, fut organisée en 1862, à la suite de la désas-
treuse campagne de 1860, dans le but de pourvoir à la défense future du
gouvernement central. Le nom donné à celle force a élé emprunté à l'his-
toire de la dynastie des Ming. quand, lors de la première introduction
des armes à feu au xv'' siècle, la désignation Chen-ki, ou « mécanisme
divin », fut attribue aux nouveaux engins do guerre... L'instruction de
ces troupes est basée sur les leçons d'exercices & l'Europcennc données aux
détachements envoyés à Tien-tsin pour étudier sous des instructeurs
anglais en 1 862-1 865 »
4. Mort 23 mars 1877, ^iprès une longue maladie, âgé de 35 ans en-
viron; il était le frère utérin du 7e Prince, Tch'ouen, et il avait une
AVÈNEMENT DE 1LOUANG-8IU l5
fitèrent de la circonstance pour se faire octroyer les mêmes
privilèges que leur frère, en sorte qu'aucun oncle de TEm-
pereur ne lui faisait plus de génuflexions, sauf dans quelques
circonstances solennelles.
AVÈNEHEKT DE KOUA?rG-SIV
Enfin la date de l'avènement fut proclamé par décret* du
26 janvier 1876 :
T'oung-Tché, ,xni* année, i a* lune, 19* jour.
Noire Administration vient de recevoir le décret impérial
suivant :
a Aujourd'hui, le Ministère des Rites a présenté un rapport,
à propos du jour de Notre intronisation et des cérémonies du
décret de proclamation. A la vue de ce rapport. Notre émotion
a redoublé. Mais Nous avons songé que, feu S. M. l'Empereur
Nous transmettant le trône de Ses Ancêtres. Nous Nous cirorcc-
rons de Nous conformer aux prières (que tous Nous adressent).
« L*année prochaine sera la première année Kouang-Sia.
« Conformément au choix du jour favorable fait par le Bureau
d'Astrologie, les importantes cérémonies de l'intronisation et de
la proclamation publique auront lieu à la 1'® lune, le ao" jour ^,
dont les signes sont Wou-wou, entre 5 et 7 heures du matin.
« Que toutes les administrations que cela concerne se prépa-
rent respectueusement, d'après les anciennes règles. »
Respectez cela !
Ce même jour un décret choisissait comme titres pos -
thumes de T'oung-Tché : / Houang-ti (canonisation) et
^fou Tsoanij (jniao hao, nom de tcniplo).
grande réputation de douceur; à ravèncment de Kouang-Siu, il fut
nommé capitaine-général delà bannière bleue de la division Han-Kiun.
La Gazelle de Pé-'King, du a3 mars 1877, renferme un décret relatif à
ses funérailles.
I. La Cour de Péking..., par Maurice Courant. Paris, 1891, p. 106.
3- aS fé%'rier.
AVÈNEMENT DE ROUANG-âlU
MORT DE LA VEUVE DE t'oUNG-TCHÉ
La sœur unique de Ï'oung-Tché, la princesse impériale
Young-ngan mourut peu de temps après son frère en fé-
vrier et un décret du 6 février exprime le chagrin des deux
impératrices.
Il semblerait qu'une fatalité — aidée sans doute par des
mains peu scrupuleuses — se soit attachée à ceux qui avaient
approché T'oung-Tché ; après sa sœur, sa femme mourut
le 26 mars 1876, entre trois heures et quatre heures du ma-
tin ; c'est la jeune princesse dont nous avons raconté le ma-
riage le 16 octobre 1872*. Elle n'avait que dix-sept ans ;
chose rare chez une dame mandchoue, elle pouvait lire et
écrire le chinois facilement.
Le Prince Koung au Chargé d'affaires de France.
J'ai rhonneur de vous annoncer la perte que nous venons de
faire en la respectable personne de S. M. l'Impératrice Kia-chouen *,
décédée le 36 de ce mois.
J'étais son proche parent, et ma douleur est immense ; en
outre, je suis chargé de régler les funérailles et le deuil ; je ne
pourrai donc pas m'occuper pendant quelques jours des autres
affaires.
C'est pourquoi j'ai cru devoir vous faire la présente commu-
nication.
Cette mort foudroyante laissait le champ libre à toutes
les suppositions :
« La jeune Impératrice de la Chine est morte le 36 de ce
mois, écrit un diplomate (39 mars 1875). Les Chinois ne s'ex-
pliquent pas sur le genre de maladie qui l'a emportée ; ils se
I. Voir 1, p. 453-463.
a. Ce tilre avait été conféré à l'impératrice par décret du a6 janvier
1875.
MORT DE LA VEUVE DE t'oUNG-TCHÉ l'y
contentent de dire qu'il était convenable qu'elle mourût. Trois
versions circulent dans le peuple sur cette mort; peut-être
aucune n'est-ellc vraie Les uns disent que» malmenée par sa
belle-mère, et outrée de se voir, contrairement aux lois, réléguée
dans un coin du Palais, sans autorité et même sans égards, cette
jeune princesse s'est laissée mourir de faim ; d'autres prétendent
qu'elle s'est aperçue qu'elle était enceinte, et que, pour éviter
l'embarras que n'aurait pas manqué d'amener la naissance d'un
fils poslbume de T'oung-Tché, on l'a empoisonnée. Enfin les
dévoilés à la dynastie expliquent ce décès par l'amour conjugal.
L'Impératrice n'aurait pu s'accoutumer à son veuvage, et le
chagrin d'avoir perdu son époux l'aurait tuée ; inutile d'ajouter
que cette dernière version sera probablement adoptée. »
Ces deuils répétés font naître de nouvelles appréhensions :
« Les rumeurs, écrit le même diplomate (4 avril 1875), qui
circulent en ville sont mauvaises : on parle de la maladie de
rimpératrice douairière, de celle qui est plus ou moins raison-
nable et favorable aux étrangers. Si elle venait à mourir, ce
serait très-sérieux ; l'Impératrice de l'Ouest, n'ayant plus de
contrepoids, — verserait du côté des fous et des utopistes, et
toute idée raisonnable serait exclue des conseils de l'État.
Les funérailles de T'oung-Tché eurent lieu le 18 octobre
1870 au cimetière de l'Est, Toiinf/ling, dans le mausolée
Ifouei-ling ; sa femme qui porte le nom de temple de Iliao
Tché repose près de lui ^
I. Les étrangers connaissent peu ou point les sépultures de la dynastie
actuelle; ils se contentent de visiter h Nan-king et à Pé-king les tombeaux,
popularisés par la photographie et la gravure, des empereurs Ming. Je
crois donc utile de dire quelques mots des mausolées des T'sing.
La dynastie qui règne actuellement sur la Chine a pour anc(^tre Ngaisin
Gioro, « Thomme portant le surnom de Tor » ; on la rattache générale-
ment à Tancienne dynastie tartare des Kin, détruite par les Mongols gen-
giskhanides au xiii« siècle, quoiqu'elle descende, comme les Nîu-tchen,
de la tribu des Sou-chen, jadis établis dans le pays de la province mand-
chourienne actuelle de Kirin. Ngaisin Gioro reçut le nom de temple
Tchao-Tsou et le nom posthume de Tsc wang. Ses descendants King
GORDIER. II. — a
CHAPITRE II
CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER. - TÉLÉGRAPHES. —
LIEOU KOUEN-I. — JAPON. — ANNA. — CARISBROOKE. —
ATTENTATS DIVERS
GHA^6EMENTS DANS LE CORPS DIPLOMATIQUE
Il y eut cette année 1876 de nombreux changements
dans le corps diplomatique de Pé-King. M. von HoUebcn,
chargé d'affaires d'Allemagne, fut remplacé par M. von
Brandt qui arriva à Pé-King, le 10 mars. Le ministre des
Etats-Unis, M. Avery, mourut le 8 novembre 1876 à Pc-
King*; le D^S, Wells Williams", qui était à la fois secré-
taire de légation et interprète, étant absent, ce fut un jeune
missionnaire de ses amis, le Rév. C. Holcombe, n'ayant
aucune attache officielle et le remplaçant par suite d'un
arrangement particulier, qui se chargea p. L des affaires de
la légation américaine, juste au moment de la fermeture
de la navigation dans le Mord. M. Avery eut pour successeur
George F. Seward, de Californie, nommé ministre le 7
janvier 1876, qui arriva à Pé-King le 20 avril et fut reçu
le 24 par le Tsoung-li Yamen. Don Tiburcio Faraldo, mi-
nistre d'Espagne, quitta, malade, la capitale, en octobre 1875,
pour aller mourir à Chang-IIaï, le 24 novembre suivant ;
le premier secrétaire. Don Pedro de Prat, n'étant pas encore
I. [, p. 434* — La santé de M. Avery était chancelante depuis quel-
que temps. Avant d*aller en Chine, il était rédacteur en chef de l'Oser-
iand Monlhly.
a. I, p. 385, note.
TÉLÉGRAPHES 3 1
arrivé ^y la gérance de la légation d'Espagne fut laissée à un
jeune homme de vingt-quatre ans, M. de Carcer, neveu de
M- de Salamanca, le financier bien connu ; le successeur de
Don Tiburcio devait être M. Ojeda, premier secrétaire de la
légation d'Espagne au Japon. Au mois d'octobre, le ministre
dWutriche-Hongrie, M. de Schaefer, arrivait à Pé-King,
pour un séjour temporaire, tandis que le ministre du Dane-
mark, le général Kaasloil partait. Ajoutons enfin que le
chevalier Lorenzo Vignale, consul général d'Italie, mourait,
âgéde quarante-huit ans, à Chang-Haï, le 25 décembre 1876.
TELEGRAPHES
Le général Raasloff avait été le négociateur du traité da-
nois du 1 3 juillet i863'. Les intérêts du Danemark étaient
concentrés dans la ligne télégraphique établie par la compa-
gnie danoise, la « Great Northern Telegraph ». Le 18
avril 1871, la ligne de Chang-Haï à Hong-Kong avait été
terminée, et celle de Hong-Kong à Singapore le 3 juin ; la
ligne de Hong-Kong à Saigon fut terminée en juillet ; un
câble télégraphique fut posé entre Chang-Haï et Nagasaki en
août, et entre Nagasaki et Vladivostock en septembre^.
Les Chinois se rendirent compte de l'utilité des lignes té-
légraphiques fort rapidement, malgré le Foung-Choui qui
occasionna quelques manifestations hostiles de la part des
populations. Des proclamations d'autorités locales étaient
lancées pour la protection des câbles sous-marins, par
exemple par le Tao-taï de Ning-Po et Foung Tao-taï, direc-
teur des douanes dans le Kiang-Nan; ce dernier agissant
I. Il remonta de Ghang-Uaîà Ticn-Tsin, avec sa femme on mai 1876.
a. I, p. i47-
3. La première ligne aérienne de Chine, entre Chang-Haï et Tien-
Tsin, fut construite en 188/1 ; le 22 août i884» la ligne atteignait Pé-King,
traversant les provinces du Tché-h, Chan-Toung et Kiang-Sou, longeant
le canal impérial de Tchen-Kiang à Ticn-Tsin.
roliU-*
-iliiif-
ir
ie.niintw '
.0^
.mir^" •^^■"
"T
,^, ^l.llr-l■■-
w.
LIEOU KOUEK-I 33
cuUon ; elles se sont opposées à la continuaiion des tiaTaux, et
ont fait abattre les poteaux télégraphiques posés depuis leur ulti*
matum. La Compagnie s*est arrêtée devant cet acte de TÎolenoe.
et a porté ses plaintes au Ministre de Danemark.
Il faut ajouter que le 4 septembre 1873, les Chinois
attaquèrent rétablissement de la Great Northern Tde^raph
Co., près de Houang Kéou, pendant qu^on travaillait à la
construction de la ligne d'Amoy.
En vérité la question était assez complexe :
La question se résume à ceci : le gouvernement chinois «eut
bien tolérer le télégraphe sous-marin, mais il ne veut pas l'au-
toriser ofiBcieilement, ni être rendu responsable des d<v^t« qui
peuvent survenir du fait des pécheurs chinois. Quant aux lj;rnes
aériennes, le gouvernement chinois n'en veut à aucun prix, à
moins que ce ne soit lui qui les administre, et le principal em-
pêchement à la création d'une administration chinoise provient
des Européens : — M. Hart * entend en faire une branche de
Tadministration des douanes; — M. GiqueP voudrait en faire
la tête de la sienne ; — M. Viguier' opine pour la G>mpa^nie
danoise, et enfin le consul anglais de Fou-tchéou. M. Sinclair^,
protège une société anglaise '.
LIEOU KOUE5-I
Il est utile également de signaler au début du nouvf*au règne
un changement notable parmi les fonctionnaires chinois. Le
commandant-en-chcf mandchou de Canton, Tcir;ing-ciian
et son second, le lieutenant général Kouo Le- min, adros'Tcnt
un Mémoire' au Tronc dénon<;ant ràprelc cl le manque de
I. I, p. i65.
3. I, p. 3l5.
3. Viguier, Sept une -Auguste, né à Limcil, près Paris, 9 juin 1837 ;
capitaine du port de Chang-tlaî (juin 18O8); mort à Farit», 36 août i8<jij.
4. Sinclair, Charles- A.., mort 16 juillet 1897.
5. Lettre de M. de Rochechouart, ut supra.
6. Gazette de Pé-King, i5 septembre 1875.
2t\ CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
scrupules des fonctionnaires, en particulier du tao-taï Yu-
Kêng, que le vice-roi des Deux Kouang, Ying-Han, avait
amenés avec lui du Ngan-IIouei. Un Décret, paru dans la
Gazette du 2 septembre, ordonnait à Ying-Han, accusé d'a-
voir rétabli la loterie Wei Sing, de se rendre à Pé-King,
pour être puni. Lieou Kouen-i, Vice-Roi des deux Kiang
p. i,, lui était donné comnjC successeur et Lieou Ping-
tchang, trésorier du Kiang -Si, était nommé gouverneur de
cette province ; nous retrouverons plus tard ce dernier, gou-
verneur général du Se-tch'oucn (juin 1886).
Lieou Kouen-i est une figure remarquable de la Chine
contemporaine : né le 21 janvier i83o, dans le Hou-Nan, il
entra dans l'armée en i855, puis passa au civil, devint juge
au Kouang-Si, puis gouverneur de cette province. Chargé par
intérim de la vice -royauté des Deux Kiang, il adressa, le
7 juillet 1875, au Trône, un rapport important sur la dé-
fense des provinces qui lui étaient confiées :
Le 19 de la 3" lune (f4 mai) je quittai le Kiang-Sou. et j'ar-
rivai le 33* jour (18 mai) à Chang-Ilaï. Le a/j*' jour (19 mai),
je fis rinspcdiori des dilTérenls ateliers de l'arsenal où se fabri-
quent les navires cuirassés, les fusils, les canons, les munitions
de toute espèce, cl je constatai qu'il y régnait une grande acti-
vité. La fabrication des canons et des navires se développe et se
perfectionne de jour en joiu* à l'étranger ; il importe donc, en
présence de l'état précaire des finances de l'Empire, d'adopter
un modèle qui réunisse les conditions voulues de force et de
durée, et pour cela il serait bon d'enjoindre aux Directeurs des
arsenaux du Tcbé-li et du Fou-Rien de fabritpier avec soin,
chacun selon sa spécialité, des armes perfectionnées et faciles à
manier. Je propose donc que le Vice-Roi Li Iloung-tchang et le
Vice-Roi Surintendant des Mers du Sud soient chargés de se
concerter à ce sujet et de prendre les mesures nécessaires.
En quittant Chang-Ilaï, j'ai parcouru les localités où l'on a
élevé de nouveaux forts. J'ai visité les travaux du fort de Wou-
Soung, qui sont presque terminés. Bien que ce point ne soit pas
très important sous le rapport stratégique, il peut proléger les
LIEOU KOUEN-I 3 5
YÎlJes de Sou-lchéou et de Soung-Kiang fou, et il importe de
donner l'ordre de terminer au plus vite ces travaux. De Kiang-i
h*icn, où les rives du Yang-tseu se rapprochent et qui est la
clef de ce fleuve à Ou-pi-tsoui, on a établi une ligne de forts
capables de repousser une agression ; à Tendroit nommé Ta-
che-wan le fleuve est très peu-large, et il n'est pas nécessaire d'y
accumuler des forts ; mais, un peu plus bas, il faudra en con-
struire deux ; la position deviendra ainsi formidable.
Au nord de Kiang-i h'ien, à Liou-wen-cha, on construit un
fort qui n'est pas encore terminé. Les autres forts n'ont encore
que leurs fondations ; or, comme ils sont placés juste en face des
forts de la rive méridionale, il est à craindre que, lorsqu'ils lan-
ceront des projectiles, ils ne se causent mutuellement des dom-
mages. Après avoir entretenu P'éng Yû-lin, ancien vice-président
du Ministre de la Guerre, actuellement en congé, j'ai, sur son
avis, fait arrêter les travaux des forts de la rive septentrionale,
que j'ai fait transférer chacun à trois lis au-dessous de sa position
primitive, jusqu'à Chen-in-kiang. De cette façon ils comman-
dent encore les forts de la rive méridionale. Les forts de Tchen-
klang, situés à Kiao-Chan, à Siang-Chan et à Fou-tien-miao,
ceuxdcOu-loungChan, situés à i4 lis au-dessous de Kiang-Ning,
et ceux de Cha-tcheo-in sont très-bien armés et dans une excel-
lente position. Les trois forts de Tchen-Kiang forment un trian-
gle d'une importance stratégique de premier ordre ; à l'exception
des batteries qui ont besoin d'être réparées, tout est en très-bon
état. En deçà do Tchen-Kjang, l'endroit appelé Louan-chan-
kouan est très-important par sa position, et on fera bien de le
fortifier, aussitôt que le Gouvernement aura des fonds dispo-
nibles.
En deçà de Kiang-Ning se trouve un fort qui défend la ville,
et que, par suite de sa proximité, il serait convenable de réparer.
Moi, sujet, j'ai vu ce que j'ai dit de mes propres yeux et j'ai
exposé la vérité dans tous ses détails en ce qui concerne les for-
teresses qui bordent le Yang-tseu.
Ëcrit au pinceau vermillon : pris connaissance ^ .
Nous venons de voir que Licou Kouen-i avait été nommé
I. Pour traduction conforme: Le premier interprète provisoire:
F. SCUEUZER.
!t6 CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
gouverneur des Deux Kouang : il passa en décembre 1879
aux Deux Kiang ; après avoir été disgracié en octobre 1881,
il fut réinstallé dans sa vice-royauté de Nanking le 22 no-
vembre 1890 et il occupe encore ces hautes fonctions, parti-
culièrement lourdes pendant les derniers événements.
LE JÂ.P0N
De nouvelles difficultés faillirent éclater entre la Chine et
le Japon au sujet d'une ambassade des îles Lieou K'ieou
arrivée à Pé-King en mars 1876 en tributaire; les habitants
de ces îles payaient à la Chine le tribut tous les deux ans. Le
Prince Koung refusa de les placer sous le contrôle du mi-
nistre du Japon ou de laisser ce dernier entrer en relation
avec eux.
Le Japon régla d'un autre côté une vieille affaire d'une
façon peu avantageuse pour lui : la grande île de Sakhalin,
au Nord de Yeso et à l'Est de la côte russe d'Asie, était
depuis longtemps l'objet de discussions entre la Russie, qui
occupait le Nord de l'île, et le Japon, au Sud; ce dernier
pays réclamait un territoire plus vaste que celui qui était
reconnu par sa rivale; des négociations conduites en 1862
par Takenouchi et une convention signée le 10 mars 1867
par Koïdc ne changèrent rien à la situation. En 1875, un
délégué japonais, l'amiral Enomolo Takeaki, envoyé à
Saint-Pétersbourg pour reprendre la question, accepta (7 mai
1875), à la surprise et au grand mécontentement de son
gouvernement, l'échange de la partie japonaise de Sakhalin
contre l'archipel presque désert des Kouriles. Les Japonais
avaient obtenu une légère compensation dans une autre di-
rection en occupant les îles Bonin en 1871*.
I. Henri Cordier, dans V Histoire générale, de Lavisse et Rambaud,
XII, p. Sag.
AFFAIRE DE L AXSA 2']
AFFAIRE DE h* ANNA
La goélette allemande Anna, appartenant à J.-W. Da-
nielsen, originaire de Flessingue, négociant à Amoy, quitta,
avec un chargement de sucre, le lo septembre 1875, cette ville
pour Ticri-Tsin, avec dix hommes d'équipage dont deux Euro-
péens seulement: le capitaine et son second, pilote danois, puis
un contremaître, cinq matelots, un cuisinier et son aide, tous
Chinois. En vue de l'embouchure du Min, à Si Yang (^Spider
Island) le 22 septembre, l'équipage se révolte et mass^tcre les
deux Européens ; le cuisinier et son aide, innocents tous les
deux, s'échappent à Amoy et font leur déposition devant M.
Kranel, consul allemand dans cette ville ; le navire de guerre
Cyclop, qui se trouvait à Amoy, part à la recherche de VAnna
qu'il retrouve, mais déjà pillée, échouée et abandonnée.
Cet événement qui, malheureusement, avait eu de nom-
breux précédents, causa la plus vive émotion en Allemagne.
Une formidable campagne de presse fut organisée contre la
Chine; la Gazette d'Aagsboarg, la Gazette de F Allemagne
du Nordj le Reichsanzeiger , publièrent des articles extrême-
ment violents. Le i3 mars 1876, les corvettes allemandes,
la Vineta (20 canons) et la Louisa (6 canons), qui allaient
relever la Hertha (19 canons) et V Ariane (6 canons) reçurent
l'ordre de se presser d'arriver à Hong-Kong où ces deux
derniers navires^ devaient être rendus en avril, ainsi que
le Cyclop (6 canons). Ordre était donné à Kicl d'activer
les réparations de la canonnière Naittilus (6 canons). On
faisait courir le bruit que l'Allemagne s'allierait avec l'An-
gleterre et la Russie, sans la France, pour détruire la pira-
terie dans les mers de Chine. C'était absurde ; à ce moment
même M. Von Brandt recevait l'ordre de se mettre en rapport
avec le Chargé d'Affaires de France à Pé-King, en vue de
la revision du traité allemand. Cette agitation sans raison
^8 CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
n'était-elle pas créée dans le but de nuire à cette revision
même ? Somme toute, il ne s'agissait que d'un crime vul-
gaire et l'on ne pouvait se plaindre que de l'incurie ou de
l'apathie des autorités du Fou-Kien dans la poursuite des
pirates.
D'autre part, à Saint-Pétersbourg (mars 1876), Lord
*
Loftus*, ambassadeur d'Angleterre, déclarait au général Le
Flô*, ambassadeur de France, qu'il n'attachait aucune im-
portance à l'affaire. M .Von Brandt demandait des dommages
et intérêts de 85ooo dollars et en obtenait 88228, ce qui
était déjà un fort joli chiffre.
On peut se demander si déjà le prince de Bismarck ne
cherchait pas un prétexte, trouvé plus tard par l'Empereur
Guillaume II, pour créer un établissement allemand sur la
côte du Céleste Empire. L'Allemagne désirait assurément le
règlement de l'affaire de VAnna, mais ne désirait-eUe pas
davantage tirer quelques coups de canon en Extrême-Orient?
Et le diplomate qui avait heureusement et rapidement ter-
miné cette affaire, ne pouvait-il pas être blâmé de n'avoir
pas laissé le plus petit grief, le plus petit prétexte à invoquer?
CAPTURE DU « CARISBROOKE », 12 JUIN 1878
Le vapeur anglais, Carisbrooke, commandant Scott, se
rendait de Singapore à Hong-Kong, ayant à bord des passa-
gers à destination de Haï-Nan qu'il se préparait à débarquer
dans cette île, lorsque la canonnière chinoise Peng-chao-haïy
I. Loflus, le très hon. Lord Augusius William Frederick Spencer,
débuta comme attaché à Berlin, ao juin 1887. Après avoir été nommé
ambassadeur à Berlin (a. '4 février 1868), il fut transféré à Saint-Péters-
bourg (16 octobre 187 1) ; il prit sa retraite le 9 avril 1879 et fut gouver-
neur de la Nouvelle- Galles du Sud du 3 mai 1879 & i885.
a. Le Flo, Adolphe- Emmanuel-Charles, né à Lesncven (Finistère),
a novembre i8o4 ; mort au château de Nechoat, près Morlaix, le 16 no-
vembre 1877.
CAPTURE DU a GARISBROOKE », 13 JUIN 1876 2^
capitaine Palmer, avec le commissaire des douanes T. M.
Broi^n, fit son apparition et intima Tordre au capitaine Scott
de l'accompagner à Canton avec son navire, sous prétexte
quHl ne devait pas faire relâche dans un port non ouvert par
traité. Le capitaine Scott obéit, mais lorsquUl se trouva à
proximité des eaux de Hong-Kong, il mit le cap sur cette
colonie anglaise ; immédiatement, le Peng-chao-haï ouvrit le
fcii et brisa le gouvernail du Carhbrooke qui, conduit à
Canton, fut poursuivi en vertu des articles 4? et 48 du traité
anglais de Tien-ïsin. Les Anglais arguèrent en faveur du
Carisbrooke que l'article ii de ce même traité spécifie que
Kioung-tchéou (Haï-Nan) est l'un des ports ouverts au
commerce britannique. Les bagages des voyageurs à desti-
nation de Hong-Kong furent môme visites à Canton et leurs
propriétaires obligés de payer les droits sur les objets soumis
à des droits de douane, quoiqu'ils ne fussent venus dans un
port chinois que contre leur volonté.
Le tribunal fut composé du Haï-Kouan (Hoppo), deTong
King-sing, agent à Canton de la China Merchapts Steam
Nav. Co., de M. Wright, commissaire des douanes, du con-
sul anglais. Sir D. Brooke Robertson*, et de son interprète
M. Gardner*. Le capitaine Scott, poursuivi en vertu de l'ar-
ticle 47 du traité, se défendit d'avoir voulu faire la contre-
bande. Le jugement fut rendu le 22 juin: les fonctionnaires
chinois et le consul anglais ne pouvant se mettre d'accord,
renvoyaient l'aflaire devant les Hautes Autorités des deux na-
tions à Pé-King; le Carisbrooke èidXi relâché sous caution.
H est certain qu'il y avait eu des irrégularités dans la con-
I. Mort 27 mars 1881.
a. Gardner, Ckristopker Thomas, nommé élèvo interprète en Chine,
16 juillet 1861 ; il était interprète à Canton depuis avril 1873 ; il fut
nommé consul à Kioung-tchéou, 9 novembre 1877. I^^puis il a été consul-
général en Corée p. i., du i«'*fcYrier au ao septembre 1894. H a pris sa
retraite le i^^ avril 1899.
3o CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
(lui te du procès qui avait été jugé à huis clos et dans lequel
le Ilaï-Kouan, représentant la douane chinoise, était à la
fois juge et partie. D'autre part, la faute, si faute il y avait,
du Carisbrooke, ne méritait certainement pas la confiscation.
Il y eut zèle intempestif de la part des agents anglais des
douanes contre leurs compatriotes du vapeur capturé.
L'affaire du Carisbrooke se termina par une amende de
taels 5 COQ. Elle eut toutefois le bon résultat de faire ouvrir
au commerce étranger, le i®*" avril 1876, Kioung-tchéou,
dans l'île de Haï-Nan, qui aurait dû l'être depuis longtemps
en vertu des traités anglais et français de Tien-ïsin (i858);
le port est en réalité Hoi Iléou (Iloi-how) qui a une popu-
lation indigène de 4oooo habitants.
ATTENTATS DIVERS
Il y eut à celte époque une recrudescence d'atlaqucs
contre les étrangers. Le 19 juin 1876, quatre élèves-inter-
prètes de la Légation d'Angleterre, et M. P. G. von Môl-
lendorff* se rendirent en excursion au Temple Pai Houa
1. Le jour même où il allait s'embarquer sur le vapeur Prinz Ilein-
richy pour rentrer en Europe, M. de Mullendorfrest mort (19 avril 1901)
h. Ning-Po, où il était commissaire des douanes impériales maritimes
depuis septembre 1897. Né en i848, à Gôrliiz, il étudia le droit à TUni-
versité de Halle, suivant le désir de son père; mais sa vocation le porte
bientôt vers Tétude des langues orientales, et, faute de place dans le ser-
vice consulaire allemand, il entre dans les douanes chinoises en octobre
1869. Il était, depuis avril 1891, député-commissaire des douanes, et il
occupait k Chang-Ilaï le poste d* « Assistant Statistical Secretary » ; il
avait été nommé fonctionnaire civil de 4^ classe le 2 juillet 1893. Pen-
dant quelque temps, il avait quitté le service des douanes où il était
premier assistant, pour entrer, sur la demande du chargé d'afiaires d'Al-
lemagne, M. von Holleben, dans le corps consulaire allemand à Tien-Tsin,
qu'il quitta à la suite de démêlés avec M. v. Brandt. En i88a, il fut
nommé directeur des douanes coréennes et conseiller du roi de Corée,
mais là, il ne put rester. A diverses reprises, il avait fait partie du Conseil
de la North-China Branch of the Royal Asiatic Society. M. de Môllen-
dorfifa publié un certain nombre de travaux. Çl'oung PaOi 1901, no 3.
ATTENTATS DIVERS 3l
San, à une douzaine de lieues à TOuest de Pé-king. Le len-
demain de leur arrivée, ils furent assaillis par la foule à coups
de pierres, M. von Môllendorff fut grièvement blessé à la
tête et aux jambes et n'eut la vie sauve qu'en menaçant de
son revolver le bonze en chef. Quelques jours auparavant, le
D' S. W. Bushell, médecin de la légation d'Angleterre et
sa femme, reçurent des pierres dans les rues de la capitale ;
M. Lensey, interprèle de la légation de Russie, fut jeté à bas
de son pony par une brique qui lui fut lancée dans le dos.
A six ou sept lieues de Ïien-Tsin, le Rév. M. Barradale^ et
sa femme furent couverts de boue par des villageois. Le 23
août, M. D. M. Henderson*, chef du service des phares, fut
attaqué par la populace près du phare placé au promontoire
du Chan-Toung, à l'instigation du lettré Li Wou, trois se-
maines après que M. W. F. Mayers', interprète de la léga-
tion d'Angleterre à Pé-King, avait porté des secours à la
veuve d'un homme, tué, l'année précédente dans une affaire
semblable, par l'anglais Fawcett.
I. Le Rév. John Smith Barradale, mort du typhus, a5 mai 1878,
dans sa 33<^ année, à la London Mission, Tien-Tsin.
3. Henderson, David Marr, entré dans le service des douanes, janvier
1869 ; ingénieur en chef, octobre 1871.
3. J, p. 487, noie.
CHAPITRE III
AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
MISSION DE M. DE ROQUETTE
Nous avons vu' que M. Guillaume de Roquette* avait
été envoyé au Sc-tcirouen pour obtenir réparation pour
le meurtre de Tabbé Hue à Kien-Kiang, le 5 septembre
1873. M. de Roquette qui avait quitté Pé-King à la fin de
novembre 187^, arriva à Tchoung-King le 2 mars 1875.
Après de vaines négociations du 2 mars au 6 avril, il partit
pour Tcireng-tou afin de voir le vice-roi de la province ; le
soir même on dépêchait vers lui le maréchal tarlare. M. de
Roquette écrivait à M. de Rochechouart, de Tchoung-King,
le II juin 1875 :
<c II est nécessaire... que vous sachiez, qu'aux prières et aux
protestations d'amitié ont succédé les récriminations et les mc-
i. I, p. 539.
3. Guillaume de Roquette, Georges- Emile ^ né à Bellevue, près Meu-
don, le 39 août 1837; attaché à la légation de France à Tanger, le 19
janvier i863; autorisé par décret impérial du i4 décembre i863, à
ajouter à son nom de Guillaume, celui de Roquette, du nom de son
aïeule maternelle ; attaché à Berne, le 3 juin i864 ; ^ Weimar, le 7 mars
1866 ; secrétaire de 3' classe à Rio- de -Janeiro, le 19 janvier 1867 ; che-
valier de la Légion d'honneur, le 11 août 1869 ; secrétaire de 3* classe à
Londres, le 37 octobre 1869 ' ^ Stockholm, le 33 mars 1871 ; à Tanger,
le 5 mai 187 1 ; à Pé-King, le 33 janvier 1873 ; secrétaire de i^^ classe,
à Pé-King, le 33 décembre 1876; à Rome, près le roi d'Italie, le 3i
août 1878; envo^ré extraordinaire et ministre plénipotentiaire de 3<^ classe
au Japon, le se avril 1880; mis en disponibilité, le 3 mars 1883.
ARRANGEMENT DE M. DE ROQUETTE 33
naces. Trois placards, le dernier fort perfide et fort violent, appe-
lant ouvertement la population à exterminer les Étrangers et les
Chrétiens ont été alTichés dans toute la ville, fort émue de ma
présence, qui coïncidait avec la nouvelle de l'assassinat de
M- Margary au Yun-Nan. Enfin, ^voyant que je ne voulais ni ne
pouvais céder, alors que j'étais déjà embarqué et à près d'une
lieue de la ville, le vice-roi a envoyé des délégués me poursuivre
et m'a fait supplier d'accepter un règlement plus avantageux
que je n'avais osé l'espérer, car deu\ de ses clauses proclament
l'absolue culpabilité du mandarin Koui que le vice-roi et les
négociateurs voulaient sauver à tout prix ».
ARRANGEME?iT DE M. DE ROQUETTE
Voici rarrangement par lequel M. de Roquette obtenait
que les mandarins compromis fussent destitués ou envoyés
en exil, que deux meurtriers fussent punis de mort, et une
somme de 4oo ooo francs de compensation pour les pertes
matérielles :
Aujourd'hui, après nous être entendus touchant le procès du
meurtre commis a Kien-Kiang, par Sié Kia-fun et autres coupables
sur la personne des deux missionnaires. Hue, prêtre français, et
Tai Min-Kin. prêtre chinois, où le mandarin Koui Ru-h'en
gérait cette sous-préfecture : Nous rédigeons en quatre articles,
comme il suit, le résultat de nos délibérations coniniuncs et de
nos résolutions. Le tout revêtu de nos signatures pour être con-
servé comme preuve.
Art. i". — M. de Roquette, secrétaire d'ambassade, convaincu
de la grave culpabilité du mandarin Koui Ku-h*en demandait
qu'en conséquence, il fût gravement puni ; mais M«*' Desnèclies
venant nous prier d'apporter un adoucissement à la peine méritée,
nous statuons qu'il sera demandé à l'Empereur de le priver de
sa charge, sans que jamais il ne puisse en avoir aucune. Un
loei-yuen le reconduira dans la province dont il est originaire, et
il y sera placé sous la surveillance du préfet du lieu.
Art. 3. — Les chefs de municipalité, Li Youen-ckou, autrement
dit Li Youen-Kin et vulgairement appelé Li-pa Lao-yé, et Jan
Wen-tsian, ont mérité la mort ; mais M^*" Desflèches ayant prié
GORDIER. IL — 3
34 AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
qu'on leur fit grâce de la vie, nous statuons d'un commun
accord, qu'ils seront bannis à perpétuité.
Art. 3. — Chen Son-fa, Sié Kia-fun, ïs'ai Tson-chi, Tchen
Tsouan-ts'iuen, seront tous punis d'après la loi. Ainsi Chen Son-
fa sera décapité, et Sié Kia-fun étranglé.
Art. 4' — Nous statuons qu'il sera accordé pour frais des
sépultures et des tombeaux, Quinze cents Taêls, et en outre pour
la rémission d'une partie de la peine encourue par le mandarin
Koui Ku-h'en, la somme do Trente-huit mille cinq cents Taëls, qui
seront payés en bon argent, d'après la balance de Ïchoung-King,
savoir :
Dix mille Taèls, dans le courant de la 5* lune, après le retour
à Tchoung-King et la conclusion entière de l'affaire, puis trente
mille Taëls restant, seront payés :
Dix mille Taëls, à la lo* lune de la présente année, et dix mille
Taëls h la 8* lune de l'an prochain, et dix mille à la 3« lune de
Kouang-Siu.
Signé :
De Roquette, secrétaire d'ambassade,
Yao, tao-taï du Se-Tch'ouen oriental,
To, ci-devant tao-taï de la partie est du Roueï-tchéou,
Et les délégués Lu Li-Ko et P'an.
La i" année de Kouang-Siu, le ag de la 4® lune *.
1. Pour traduction conforme : G. de Bezaure. — Bezauro, Georges-
Gaston Servan de, né le 26 janvier 1862 ; élève interprète j^our la
langue chinoise, à Péking, i5, mars 1872 ; interprète-chancelier à
Fou-tchéou, 23 mars 1878; inscrit dans la troisième classe des inter-
prètes, 18 septembre 1880; interprèle de seconde classe, interprète-
chancelier à P6-king, 21 février-i5 mars 1882; vice-consul à Fou-
tchéou, 12 mai 1882 ; interprète de i""* classe, chargé du vice- consulat de
Fou-tchéou, i*^^ mai i884 ; consul honoraire, 3i octobre i885 ; chevalier
de la Légion d'honneur, 27 décembre i885 ; gérant du consulat de Tien-
Tsin du 26 juin au i'-"' novembre i885 ; chargé du consulat de Canton,
6 avril 188G ; consul do seconde classe à la môme résidence, 27 juin 1887 ;
à Hong-Kong, 7 janvier 1889; consul de f» classe, iG septembre 1890;
gérant du consulat de Ïien-Tsin, 27 novembre 1890-10 mai 1892;
consul à Philippopoli (non installé), i" septembre 1892 ; à Newcastle,
1 5 octobre 189/1; consul général, 22 avril 1896; gérant du consulat
GAZETTE DE PÉKING, 9 SEPTEMBRE 1875 35
M. de Roquette était de retour à Han-Keou, le i*' juillet
1875.
La lettre suivante termina enfin une affaire qui avait
donné beaucoup de mal à notre diplomatie et dont le règle-
ment fait honneur à M. de Roquette :
En effet le prince Koung écrivait au comte de Rochechouart
(Pé-king, le i3 septembre 1875) :
Le maréchal Tartare du Se-tch'oucn et les autres autorités de
la province ont adressé un rapport au Trône au sujet de l'affaire
de Kien-Kiang dont il expose l'instruction et le règlement.
Le 6 de ce mois, a paru l'ordre impérial suivant :
Approuvé. Que le Tribunal compétent prenne connaissance.
Il semblerait qu'un bon vent, auquel n'étaient peut-être pas
étrangères les difficultés de la Chine avec TAnglelerre, régnât
alors en faveur des missionnaires, témoin cet extrait de la
Gazette de Pé-king du 9 septembre 1876 :
GAZETTE DE PÉ-KING, Q SEPTEMBRE 1875
Tch'oung-Che, Tching-hai, Tchi-ngan, esclaves, adressent
agenouillés un rapport au trône.
Nous avons antérieurement signalé les autorités d'un lieu
soumis aux deux juridictions tartare et chinoise pour avoir man-
qué à leurs devoirs en ne protégeant pas un missionnaire fran-
çais qui a été dévalisé sur la grande route. Dans le délai qui avait
été accordé aux autorités de ce lieu, elles se sont emparées de
plus de la moitié des coupables ainsi que de leur chef, qui, après
jugement, ont été exécutés. Aussi venons-nous prier S. M. de
rendre à ces fonctionnaires les boutons qui leur avaient été enle-
vés. Tel est le but du présent rapport.
Nous, esclaves, avons reconnu, en prenant celte affaire en
général de Chang-Haï, a8 août 1896; consul général à Chang-liaï, 10
janvier 1898.
M. de Bezaurc, qui accompagnait M. de Roquette comme interprète,
a laissé un récit de son voyage : Le Fleuve Bleu .. Paris, Pion, 187a,
in-ia.
'36
AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
main que, dans la la® lune de Tannée dernière, le tao-taï inté-
rimaire de la douane fit parvenir l'avis suivant :
Le 14* jour de la 11* lune, un missionnaire français fut
assailli et dévalisé par des brigands lors de son passage à Ko-
chao-tseu, qui relevé du canton de Rouang-ning.
Ce fut alors que mon prédécesseur Fou Sen-ha et autres deman-
dèrent au Trône, à la date du 16 de la 1'® lune de cette année
la dégradation de Mo-ko-to-ko, commandant tartare du Sia-he-
clian et de Paotaï, chef du canton de Kouang-ning, pour les
punir de la négligence apportée par eux dans leurs devoirs de
protection. Ils demandèrent pourtant qu'ils fussent maintenus
dans leurs charges pendant un délai de trois mois, afin de pou-
voir poursuivre vigoureusement et capturer les coupables. Si. à
l'expiration de ces trois mois, leurs recherches avaient été infruc-
tueuses, on proposerait leur destitution immédiate.
Le 9 de la a^ lune, le Conseil de l'Empire reçut l'ordre impé-
rial approuvant ces dispositions.
Conformément à cet ordre, le vice-président du tribunal des
finances, Tchc-Tcho, faisant fonctions de Maréchal commandant
la Mandchourie et Kong-ten, Préfet de Moukden, donnèrent
l'ordre aux autorités mandchoues et chinoises de faire des recher-
ches rigoureuses, de s'emparer des coupables, de les juger et de
les punir. Le 10 de la 3* lune, nous reçûmes le rapport suivant
de Mo-ko-to-ko et de Paolaï :
« Le 6 et le 17 de la a* lune accompagnés de soldats et de
satellites, nous nous sommes emparés de Gé Ta-tchin, appelé
aussi Ye-lo-ko-ta, qui est le chef des brigands incriminés, de
Tchan Ti-fou et des trois autres complices secondaires : Ma Kouo-
lin, Hia Jong-to, Tchen-fa » .
Le 1 1 de la 3* lune, nous reçûmes le rapport suivant du tao-
taï de la douane :
a Le a5 delà i" lune, à Hoe-tchang, canton voisin de Kouang-
ning, on a arrêté le chef des brigands Rao Tseu-Rouei, aussi
appelé Rao Eur-long, qui a été trouvé porteur d'un pistolet à six
coups. De plus, l'ordre secret a été donné d'arrêter le brigand qui,
lors de l'attaque de l'étranger, a dit son nom: San Fou-youen.
Le 20 de la 6" lune, le chef de police de Ileou-Tchouang,
s'étant assuré le concours des soldats et des satellites de Rouang-
ning, s'est emparé, le 6 et le 11 de la 4^ lune, d'un coupable a
nommé Pan In-tsing. Puis, dans un rapport écrit de concert
avec Ma-ko-to-ko et Paotaï, il a annoncé qu'il avait aux mêmes
GAZETTE DE PÉKING, Q SEPTEMBRE 1875 i'J
dates arrêté deux autres criminels, Wang Fou-nien et Chou In-
choun.
A chacun de ces rapports reçus par nous se trouve jointe une
note relatant la punition prononcée.
Moi, esclave, et les autres, avons reconnu que tous ces crimi-
nels ont, dans Tinterrogatoire subi par eux, avoué être les auteurs
de Tattaque contre un Européen et du vol de sa mule, de son
cheval et de ses effets et bagages. En conséquence nous avons
immédiatement, avec toute la rigueur des lois de l'Empire, con-
damné les coupables à mort.
Les Autorités entre les mains desquelles se trouvent ces indi-
vidus ont reçu Tordre, dans le cas où leurs déclarations ne chan-
geraient pas, de les faire exécuter sur la place du marché du
village, et de faire exposer au bout d'un màt, avec un écriteau,
leurs têtes au lieu même où le crime a été commis, afin d'ins-
pirer une crainte salutaire pour l'avenir.
Quant au pistolet à six coups dont Kao Tseu-Kouei a été trouvé
porteur, il sera remis au chef du canton de Kaïpingqui Tenvcrra
au tao-taï* afin qu'il soit restitué à son propriétaire.
Les jours et heures des exécutions nous ont été communiqués
postérieurement.
Depuis le 9 de la a' lune, date à laquelle j'ai reçu Tordre
impérial jusqu'à ce jourd'hui, 9 de la 5"® lune, il s'est écoulé
trois mois. Or comme les autorités fautives ont arrêté dix cou-
pables, nombre qui dépasse la moitié de celui des criminels,
lequel est de i4, comme elles ont capturé le chef, comme, après
avoir montré de la négligence dans l'accomplissement de leur
devoir, elles ont déployé un grand zèle et une louable activité,
nous proposons à TEmpcrcur de vouloir bien, par un effet de sa
bonté, rendre à Mo-ko-to-ko et Paotai le bouton qui leur a été
enlevé, afin qu'il donne à tous une preuve de son indulgence.
Quant à ceux des coupables qui n'ont pas été pris, ils seront
sans relâche poursuivis de la manière la plus active.
C'est pourquoi, plus de la moitié des coupables avec leur chef
ayant été arrêtés, jugés et ext'cutés, je soumets a l'approbation des
Impératrices et de TEmpereur les conclusions du présent rapport.
Le Conseil de l'Empire a reçu Tordre suivant :
Approuvé. Que le tribunal compétent prenne connaissance.
Respectez ceci * .
I. Pour copie conformo : Signé : F. Schehzxr, inlcrprèto p. i.
58 AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
Notre chargé d'affaires, le comte de Rochechouart, a
raison de se féliciter de cette preuve des dispositions équita-
bles des fonctionnaires chinois, dans sa lettre au duc Decazes,
de Pé-King, 12 septembre 1876 :
C'est, à mon avis, la meilleure pièce qui ait été publiée depuis
quinze ans. En effet, jamais jusqu'à présent personne n'avait pu
obtenir que les châtiments encourus soit par les mandarins, soit
même par de simples particuliers, pour sévices contre les mission-
naires ou les Chrétiens, fussent rendus publics, et voilà que tout à
coup et sans aucune pression de ma part, le Lieutenant de l'Em-
pereur enMandchourie, frère de Tch'oung-Heou, ancien ambassa-
deur à Paris, prend l'initiative spontanée d'adresser un rapport
au trône dans lequel il raconte qu'un missionnaire français ayant
clé attaqué et dépouillé entre Nieou-tchouang et Moukden et les
auteurs de cet attentat n'ayant pas été découyerls, il a destitué
les fonctionnaires coupables de cette négligence ; mais qu'ensuite
ces mêmes mandarins ayant essayé de réparer leurs torts, et
l'arrestation de plus de la moitié des coupables (10 sur il\) étant
leur œuvre, il demande à l'Empereur leur grâce...
Si la Gazette reproduit trois ou quatre autres rapports analo-
gues, nous n'aurons plus aucune affaire de missionnaire ; ce qu'il
y a de plus remarquable, c'est que. contrairement à ce qui se
passe habituellement, la Légation n'a, pour ainsi dire, pas eu à
intervenir dans cette négociation ; tout s'est borné à une petite
lettre privée que j'ai écrite à Tch'oung-Heou.
PROCLAMATION AU FOU-KIEN
La France n'est pas la seule nation qui obtienne satisfac-
tion.
A la requête du ministre des Etats-Unis, la proclamation
suivante dont nous donnons la traduction fut affichée dans
le Fou-Kien ; elle témoignait du bon vouloir du gouverne-
ment chinois à Tégard des missionnaires :
Le tao-taï, Président du Bureau spécial du commerce pour
la province du Fou-Kien, lance la proclamation suivante dans le
but d'instruire le peuple :
PROCLAMATION AU FOU-MEîÇ Sû
Les missionnaires de chaque nation qui prêchent dans Tinté-
rieur le font en verlu des stipulations du Traité, et comme la
religion sainte de Jésus, appelée aussi christianisme, a pour but
d'exhorter les hommes à pratiquer la vertu et à traiter leur
|H'ochain comme ils voudraient être traités eux-mêmes, il faudra
dès lors, à la venir, protéger, tout comme les autres, les mission-
naires et les Chrétiens qui se conformeront à leurs devoirs ; on ne
pourra plus exercer de vexations à leur égard, ni leur causer des
embarras: tout cela est stipulé dans le traité.
Or, dans les sous-préfectures et dans les villages du ressort des
préfectures de Jen. Tien. Chao et de Sin Houa-fou, les notables
et le peuple non chrétien exigent continuellement des Chrétiens
des cotisations pour les sacrifices aux génies, les constructions de
pagodes, les représentations théâtrales, et, sur le refus de ces
derniers, emploient la violence, leur pillent ou leur brûlent leur
maison et les injurient. J'ai reçu au sujet de ces faits et à deux
reprises des communications du Consul, et, suivant le désir de
ce dernier, j*ai donné Tordre aux autorités de punir sévèrement
les coupables et de faire en outre une proclamation à ce sujet.
Les étrangers de chaque Empire qui résident à l'intérieur louent
à perpétuité des terres pour y construire leurs églises, et leurs
terres ne sont pas soumises aux impôts ; les étrangers devront
donc, par l'intermédiaire de leur Consul, demander l'enregistre-
ment de l'acte de propriété auprès de l'autorité qui, suivant les
cas, autorisera ou non le transfert. C'est ainsi que l'on devra
procéder dans toute la province. Si les étrangers veulent louer
des maisons pour y établir une église, il leur sera loisible de le
faire dans n'importe quelle ville, faubourg, marché, absolument
comme s'ils voulaient louer une maison destinée soit à l'habita-
tion, soit au commerce. Les voisins des missionnaires ne devront
pas faire courir de faux bruits pour leur causer du tort.
Cette proclamation a pour But de vous faire savoir à tous,
notables, vieillards, soldats et peuple, que les étrangers qui
bâtissent des églises et qui prêchent leur religion le font en vertu
du Traité. Cependant, dans le cas où ils voudraient acheter
secrètement des terrains, vous devrez dénoncer ces faits à l'auto-
rité qui avisera ; mais il ne vous est pas permis de prendre vous-
même une décision et de donner naissance à des complications
fâcheuses en usant de violence. Il n'est pas possible non plus de
forcer les Chrétiens à contribuer aux frais des sacrifices aux
^
t\0 AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
génies, des constructions de pagodes et des représentations
théâtrales.
Vous, notables, soldats et peuple, devrez observer les rites >is-
à-vis des missionnaires et des Chrétiens, et Tharmonie régnera
ainsi entre les populations chrétiennes et non chrétiennes. Vous
ne pourrez pas les appeler barbares, appellation qui est en désac-
cord avec le Traité.
Dans quelque préfecture ou sous-préfecture que les étrangers
veuillent habiter, il leur est loisible de le faire, sans que Ton
vienne les molester. Les autorités, ainsi que les notables et le
peuple, devront les traiter avec égards ; en montrant leur désir
de remplir leurs devoirs d'hôte, et en ne manifestant aucun
sentiment de mépris ou d'hostilité, elles arriveront à faire régner
la concorde. Lorsque les Chrétiens auront des procès, ils ne pour-
ront appeler les missionnaires pour les protéger. Des l'apparition
de cette proclamation,, les notables et le peuple devront se con-
former à leurs devoirs, de façon à éviter toute aiTaire. Que l'on
arrête immédiatement ceux qui auront la hardiesse de ne pas
tenir compte de mes instructions, et qu'on les punisse sévère-
ment.
Que chacun de vous obéisse et tienne compte de cette procla-
mation publiée dans votre intérêt *.
I. Pour traduclîon conforme : Signé : F. Sciierzkr.
CHAPITRE IV
L'AFFAIRE MARGART
Le règlement de Taffaîre Margary * était la portion la
plus lourde de rhéritage laissé par T'oung-Tché à son suc-
cesseur*.
Le 4 mars 1875, le comte de Derby, ministre des affaires
étrangères, télégraphiait à M. Wade la nouvelle de l'attaque
de la mission dirigée par le colonel Browne et l'assassinat de
Margary, commis, présumait-on, par ordre du gouverneur chi-
nois de Momein ; le 11, M. Wade recevait le télégramme à
Pé-King"et le lendemain il remettait une note au prince Koung ;
celui-ci répondit que le Tsoung-li Yamen donnait immédia-
tement au gouverneur général, Lin Yo-tchao, et au gouver-
neur du Yun-Nan, Ts'ên Yû-ying', l'ordre de faire une
enquête et de lui adresser un rapport.
1. I, p. 559, 565. — Le major-général Henry Joshua Margary, R. E.,
père d^Augustus R. M., mourut soudainement de paralysie le 3i janvier
1876, à Weston-super-Mare, avant que satiiïfaction n'ait été obtenue pour
le m^eurtrc de son fils.
2. I, p. 567, note. — China, n® 3 (1877). — Furiher Correspon-
dence respecting tke Attack on the Indian Expédition io Western
China and the Murder of Mr. Margary. (Tn conlinualion of C. lOoo.)
Prcsenled..., 1877, Lond., in- fol. (P. 1882] .
3. Du Kouang-Si ; Tao taïau Yun-Nan, avril 186O; trésorier au Yun-
Nan, mars 1867; gouverneur du Yun-Nan, 1874 ; en deuil, avril 187G ;
gouverneur du Kouei-icheou, mai 1879; ^^ Fou-Rien, mai 1881 ; gou-
verneur général du Yun-Nan et du Kouci-tcheou, mai i8S3; mort juin
1889.
4a l'affaire margart
RÉCLAMATIOîfS DE M. WADE
Le 24 mars, M. Wade remettait au prince Koung un
mémorandum dans lequel il marquait les réclamations qu'il
adressait au gouvernement chinois et indiquait le mode de
procédure à suivre au sujet de l'attaque de la mission indienne
à Teng-Yuè et l'assassinat de Margary ;
I . Comme il importe avant toutes choses qu'une enquête soit
conduite dans celle affaire ainsi que le stipulent les articles XVI
et Wll du Traité deTien-ïsin, on réclame du Prince Koung la
promesse que les autorités du Yun-Nan recevront des instruc-
tions, aOn (ju'aucune personne ollicielle ou privée, qui peut être
accusée, soit d'avoir dirigé ou pris part à l'attaque contre les
officiers anglais et autres voyageant avec passe-port à travers
Momein, soit d'avoir pris une part directe dans le meurtre de
M. Margary, ne soit mise en jugement avant l'arrivée du fonc-
tionnaire ou des fonctionnaires anglais qui doivent être envoyés
pour assister à l'enquête.
M. Wade doit être immédiatement pourvu de passeports pour
deux fonctionnaires et leur suite pour se rendre à Momein, soit
par terre à travers la Chine, soit par la voie de Birmanie, sui-
vant qu'il sera jugé plus commode.
a. M. Wade devra être immédiatement pourvu d'un passe-
port semblable à celui qui lui avait été envoyé en juillet dernier,
pour permettre une seconde expédition, si le Vice-Roi de l'Inde
jugeait à propos d'en envoyer une, pour entrer au Yun-Nan
par la même route que celle suivie par l'expédition repoussée en
février.
Le Prince Koung écrira officiellement à M. Wade pour mar-
quer quelles autres mesures ultérieures on propose de prendre
pour assurer la nouvelle expédition contre toute attaque.
3. Le Prince Koung est requis de remettre entre les mains de
M. Wade, ou de lui payer sur sa demande, la somme de i5o ooo
laëls, pour être appliquée, en tout, ou partie, à tels objets que le
Secrétaire de Sa Majesté pour les Affaires Étrangères et le Secré-
taire de Sa Majesté pour l'Inde décideront, quand ils seront en
possession de tous les détails de l'affaire. Si les Secrétaires d'Ëtat
GAZETTE DE PÉRING, ig JUIN 1875 43
décidaient que rien de cet argent ne doive être accepté, il sera
rendu au Gouvernement Chinois.
Le 16 avril, le comte de Derby approuve les deux premiers
articles de ce mémorandum ; quant au troisième, le gouver-
nement anglais « ayant entière confiance dans le jugement
de AVade, supposait qu'il avait de bonnes raisons pour
formuler une demande de i5oooo taëls, mais attendrait
d'autres explications avant de donner une opinion définitive
à cet égard ».
Le 3i mars, les quatre passeports furent remis à Wade,
deux pour les fonctionnaires à destination du Yun-Nan et
deux, dans le cas où une seconde mission serait envoyée par
le vice-roi de Tlnde, de Birmanie en Chine ou vice-versa.
L'honorable ï. G. Grosvenor, secrétaire de la légation
britannique', était désigné pour se rendre auYun-Nan, avec
E. ColborneBaber comme interprète ; d'autre part, le gouver-
nement chinois, par un décret paru dans la Gazette de Péking
du 19 juin 1875, envoyait le propre frère aîné de Li Houng-
ichang, Li tian-tchang, vice-roi des deux llou, pour faire une
enquêta au sujet de l'affaire Margary.
GAZETTE DE PÉKII»îG, I9 JUI!« iSyÔ
Mous, les Régentes Impériales, ordonnons à Li Han-tchang^,
Gouverneur-Général des provinces de Hou Kouang. de se rendre
1. Mort le 8 octobre 1886.
a. Né en 183 1 ; Tao-taï au Kiang-Si, i86a; commissaire des grains,
févricri863 ; juge au Kouang-Toung, i863 ; trésorier au Kouang-Toung,
octobre i863; gouverneur du Hou-Nan, mars i8()5; du Kiang-Sou,
février 1867; du Tché-Kiang, janvier 1868; gouvcrnour gorie'ral du IIou-
Kouang, septembre 1870; du Se-Tch'ouen, janvier iS'O; du Hou-
Kouang, octobre 1876; en deuil, i88q ; directeur gc^néral du transport
des grains, octobre 1888; gouverneur général des deux Kouanir, août
1889; en disponibilité, avril 1890, à la joie de ses administrés qu'il pres-
surait, et dénoncé par le gouverneur du Kouang-Toung, Ma P'ci-yao.
44 L*AFFAIRE MARGARY
en toute hâte, au Yun-Nan pour faire une enquête et arranger
une certaine affaire qui a eu lieu dans cette province ; et nous
donnons Tordre à Wang Toung-tsieou, pendant Tabsence de Li
Han-tchang de son poste de Wou-lch'ang, de remplir temporai-
rement les fonctions de Gouverneur Général du Hou-Kouang,
avec celles de son propre poste de Gouverneur du Hou-Pé.
Respectez ceci !
Si l'on en juge par la lettre suivante adressée par
M^' Chauveau, vicaire apostolique du Tibet ^, adressée de
Ta-Tsien lou, le i5 août 1875, au P. Angelo Vaudagna, supé-
rieur des franciscains italiens de Han-Keou, la mission de
MM. Grosvenor et Baber ne devait pas s'accomplir sans
rencontrer de grandes difficultés :
On sait dans l'Ouest du Yim-Nan que MM. Grosvenor et Baber
vont arriver avec des passeports parfaitement en règle du
Tsoung-li Yamen. Mais on sait aussi que des instructions secrètes
du môme tribunal prescrivent aux mandarins de susciter aux
deux commissaires anglais tous les embarras possibles, et d'exci-
ter quelque part, n'importe où, une sédition populaire, si facile
en Chine, au milieu de laquelle périraient ces deux messieurs,
sans qu*on put connaître les meurtriers et sans qu'il fût possible
de compromettre les autorités du lieu, qui se hâteraient d'accou-
rir quand tout serait fini ! On regarde le voyage de ces messieurs
comme une entreprise téméraire, souverainement périlleuse, pres-
que désespérée. On s'attend aux derniers malheurs. « J'ajoute :
a Ils seront suivis de bien d'autres ! »
M. Grosvenor, accompagné de Baber, envoyé par M. Wade,
se rendit le 3 juillet à Han-Kéou où il eut une entrevue avec
Li Han-tchang qui lui déclara avoir reçu Tordre de se rendre
au Yun-Nan pour obtenir des renseignements sur la mort de
Margary ; il n'avait d'ailleurs pas à s'occuper de l'attaque delà
mission Browne. Grosvenor retourna donc le i4 juillet à
Chang-Haï où se trouvait Wade qui le retint ainsi que Baber
I. I, p. 61, note.
MÉMORANDUM DE M. WADE, Il AOUT 1876 45
parce qu'il désirait, avant de les envoyer au Yun-Nan, obtenir
les renseignements du vice-roi de Flndc et les comparer à
ceux du Yamen.
MEMORATfDUM DE M. WADE, II AOUT iSyS
Les négociations continuaient cependant, et dans un mémo-
randum remis le ii août iSyD, à Li Tchoung-tang à Ticn-
Tsin, Wade insistait sur les points suivants qui élargissaient
singulièrement le champ de la discussion ; il n'est plus sim-
plement question de réparations pour Tattaque de la mis-
sion Browne et l'assassinat de Margary, il s'agit également
des relations avec les puissances étrangères et de la protection
du commerce :
Premièrement. — Si le Gouvernement Chinois désire s'assurer
lui-même et les puissances étrangères contre le danger de malen-
tendus tels que ceux qui sont enjeu actuellement, il améliorera
l'état présent des relations diplomatiques, en commençant natu-
rellement, chez lui. C'est dans ce but que j'ai pressé le Prince
Roung de me donner quelque preuve que quelque chose serait
fait en vue de l'observation de l'article IV du Traité. Si l'on
objecte que la minorité du Souverain et la régence de l'Impéra-
trice sont des obstacles à l'accomplissement complet de ces condi-
tions, la réponse sera que l'amélioration de la situation des
représentants étrangers à Pé-king est néanmoins parfaitement
pratique. Comme dans d'autres capitales dans lesquelles les Léga-
tions Étrangères sont établies, il peut y avoir des rapports avec
les plus hauts fonctionnaires, non en vue d'affaires. Les affaires
étrangères peuvent être discutées seulement avec le Département
qu'elles concernent, c'est-a-dire le Tsoung-li Yamen ; mais
comme preuve du sentiment amical et d'une tendance conforme
aux usages étrangers prescrits par le Traité.
Secondement. — Le Gouvernement Chinois fera un effort
sérieux pour donner effet aux articles du traité concernant le
commerce dans les ports et dans l'intérieur. Sa manière actuelle
de procéder est gênante à certains points, à d'autres, détruit le
46 ^.'affaire margart
commerce, non moins comme pertes de revenus qu'au détriment
du négociant étranger.
Les mesures de réforme indiquées ci-dessus comprennent
presque tout ce qui peut être demandé dans un intérêt général.
Venons-en maintenant à l'attentat du Yun-Nan.
Troisièmement, — Le Prince Koung devra me donner immé-
diatement l'assurance d'écrire qu'une escorte sera donnée à
M. Grosvenor telle qu'il lui faudra pour garantir sa sécurité aussi
loin que Manwyne, et s'il désire revenir par Rangoun, aussi loin
que le point de frontière le plus proche de Bhamo. Ce point n'est
qu'à peu de milles de Mauwyne.
Quatrièmement. — Une assurance semblable devra m'être don-
née concernant l'escorte d'une nouvelle mission de l'Inde.
Il ne peut y avoir aucune difliculté au sujet de ces conditions.
Si M. Margary pouvait aller et revenir sans être molesté
et sans une escorte de troupes chinoises, à fortiori, n'importe
qui peut être protégé par une escorte semblable.
Cinquièmement, — Dès que le Prince Koung recevra mon
rapport sur l'attentat, il devra le déposer immédiatement devant
le Trône et un Décret devra être promulgué, ordonnant au Gou-
verneur Général p. i. ïs'ôn de marquer comment il se fait que
près de six mois après l'événement, aucune information plus
précise ne soit arrivée à Pé-king, que celle contenue dans le
Mémoire du Gouverneur Général p. i., citée dans la dépêche du
Prince du 3i juillet.
Le Mémorial et le Décret de réponse devront tous deux être
publiés dans la Gazette et l'on prendra soin, s'il est question du
Gouvernement anglais ou du ministre anglais qu'aucune autre
forme ne soit employée que celle usitée en parlant d'une puis-
sance égale de la Chine.
Sixièmement, — Un ministre de haut rang devra être immé-
diatement envoyé en Angleterre pour exprimer les regrets du
Gouvernement Chinois de ce qui s'est passé. Il devra avoir des
instructions, en allant et revenant, de passer à travers l'Inde et
de s'assurer auprès du Vice-Roi de l'Inde de la nature des con-
ditions dans lesquelles le Gouvernement de l'Inde désirerait voir
place le commerce de la Birmanie britannique par le Gouverne-
ment Chinois.
Septièmement. — Le Décret ordonnant à ce ministre de se
rendre en Angleterre devra aussi paraître dans la Gazette.
I
i
BÉPO?ISE DU T30UNG-LI TAMBN, 33 AOUT 1875 ^7
RÉPOnSE DU TSOUNG-LI TAMEN, 22 AOUT 1876
Le Tsoung-li Yamen répondit le 22 août.
I . Relations entre les représentants étrangers à Pé-king et les
hauts fonctionnaires de la Capitale.
A ce sujet il a été observé que le règlement de toutes les
affaires se rapportant aux relations internationales entre la Chine
et les puissances étrangères appartient exclusivement au Tsoung-
li Yamen, de concert avec les diflerents représentants étrangers.
11 est juste, bien entendu, que les ministres du Yamen devront
avoir des rapports avec les représentants des puissances étrangères,
mais au-delà de cela, aucun des hauts fonctionnaires du Gouver-
nement Chinois à Pé-king ne sera chargé d'aucune responsabilité
au sujet des affaires étrangères. En outre, selon les règles (ou les
précédents) établies jusqu'ici, les fonctionnaires chinois ne
devraient pas avoir de rapports avec les étrangers et il ne leur
incombe pas en conséquence d'être en relations avec les repré-
sentants étrangers à Pé-king. Maintenant dans le cas présent,
M. Wade ayant déclaré que ce qu'il propose n'est en aucune
façon dans un but d'affaires, mais en témoignage de sentiment
amical, la clause ci-dessus énoncée sera discutée en vue d'amener
un résultat satisfaisant lors du retour de M. Wade à Pé-king.
3. Effet à être donné au Traité en ce qui regarde le commerce
dans les ports et à l'intérieur.
Le texte du 38* article du Traité et le 7® article des Règle-
ments supplémentaires et des divers règlements portant sur le
sujet du commerce avec l'intérieur de la Chine est de nature telle
à élucider le sens les uns des autres. L'obéissance uniforme aux
clauses contenues dans ce traité devrait être ordonnée dans
chaque port. La proposition contenue dans ce paragraphe peut,
cela va sans dire, être mise à exécution. Au retour de M. Wade
à Pé-king, cependant, il devra y avoir discussion, dans le but d'une
solution satisfaisante quant à la question suivante se rappor-
tant à la manière présente d'agir de la part du Gouvernement
Chinois, et quelle mesure la plus avantageuse devra être adoptée
■iitt. comment se défendre contre le détriment et s'assurer les
bénéfices) pour le plus grand avantage des intérêts mercantiles
et du revenu public.
3. Question de l'escorte pour M. Grosvenor au Yun-Nan.
48 L*AFFAIRE MARGART
M. Grosvenor est le fonctionnaire qui se rend au Yun-Nan
pour assister au jugement pour lequel le Yamen a déjà donne
un passe-port et un délégué a été nommé par le surintendant des
Ports du Nord pour raccompagner dans son voyage. M. Wade
demande maintenant qu*on fournisse une escorte pour assurer sa
sécurité. On peut naturellement satisfaire à ce paragraphe. Le
Yamen [litt. ce sera le devoir du Yamen de] notifiera au Gouver-
nement du Yun-Nan de détacher une escorte à l'arrivée de
M. Grosvenor dans la province afin de l'escorter de point en point
et de le protéger de façon à ce qu'il ne lui arrive aucun danger.
4. Escorte pour la future mission de l'Inde.
11 sera nécessaire que les fonctionnaires de l'Inde sur le point
d'entrer au Yun-Nan par la frontière birmane, donnent, avant de
commencer leur voyage, avis aux fonctionnaires de la frontière
du Yun-Nan de l'époque h laquelle ils arriveront à un point spé-
cifié, aussi bien que du chiffre de leur compagnie et de leur suite.
Les fonctionnaires de la frontière leur accorderont certainement
la protection la plus efficace. On espère que M. Wade voudra bien
communiquer les remarques ci-dessus au Vice-Roi de l'Inde et
le Yamen écrira en termes pressants au Gouvernement du Yun-
Nan de fournir une escorte à telle époque qu'il sera nécessaire,
afin d'assurer les résultats les plus parfaitement satisfaisants.
5. Le rapport de M. Wade [sur l'attentat du Yun-Nan] sera
immédiatement déposé devant le Trône et un Décret sera pro-
mulgué, &c.
En réponse, il doit être observé que c'est l'habitude en Chine,
dans les cas où des Commissions d'enquête sont tenues, relatives
à des événements dans des provinces qu'aucun Décret ne soit
promulgué publiquement avant que le rapport n'ait été présenté
au Trône annonçant l'accomplissement de l'enquête, et que le
mémoire relatant les particularités de l'enquête soit prêt à être
publié. Dans les cas où les Décrets sont promulgués avant que l'af-
faire soit conclue, ils sont communiqués [par le Grand Conseil]
et jamais ni eux ni les mémoires sur lesquels ils sont basés ne sont
publiés. Dans le cas présent le fait est que le Gouverneur Géné-
ral et le Gouverneur du Yun-Nan avaient reçu par décret l'ordre
de faire des recherches et de s'occuper de l'affaire. En dernier
lieu, par rapport h la longueur de temps qui s'était écoulé sans
résultats apparents, le Gouverneur-Général Li fut nommé pour
se rendre sur les lieux, faire des recherches et régler l'affaire. Que
le Gouvernement du Yun-Nan ait été ou non dilatoire dans son
RÉPONSE DU TSOUNG-Ll YAMEN, 22 AOUT iSyO AQ
action, il appartiendra en même temps au Gouverneur-Général
Li de s'en assurer et d*agir en conséquence. Le Yamen propose
maintenant, d'une part, de faire un rapport pour un Décret
ordonnant au Gouverneur-Général et au Gouverneur du Yun-
Nan d'employer toute diligence pour s'assurer des faits réels de
l'aflaire et faire un rapport, et leur interdisant tout nouveau
délai ; d'autre part, de demander en même temps que le
Gouverneur-Général Li reçoive l'ordre de partir en toute hâte à
destination du Yun-Nan à seule fin que l'aflaire soit rapidement
amenée à une conclusion.
6. Qu'un ambassadeur soit envoyé en Angleterre et qu'il se
détourne de sa route pour visiter Calcutta.
L'idée que des ambassadeurs seraient envoyés de Chine dans
des contrées étrangères a déjà été émise depuis quelque temps,
mais aucun personnage convenable ne s'étant présenté, il n'a pas
été possible de la mettre à exécution immédiate. Eu égard main-
tenant, à l'événement qui a eu lieu au Yun-Nan, un fonctionnaire
pourra, comme démarche préliminaire, être envoyé en Angle-
terre à seule fin de cimenter des relations amicales et de décla-
rer que ce qui s'est passé au Yun-Nan était un événement
imprévu du Gouvernement Central [ou Souverain]. Toutefois le
fonctionnaire, envoyé en mission, comme porteur d'une missive
de salutations à Sa Majesté la Reine d'Angleterre de la part de
Sa Majesté l'Empereur de Chine, sera forcé de se rendre directe-
ment en Angleterre et de délivrer sa lettre en personne, en mar-
que de profond respect. De plus, n'importe quels arrangements
qui peuvent être pris, au sujet du commerce de frontière avec le
Yun-Nan, dépassent le but des conditions du traité, relatives aux
ports de la côte. 11 faudra examiner les circonstances locales avant
que des négociations ne soient commencées. Ce n'est pas un sujet
sur lequel un fonctionnaire envoyé à l'étranger comme ambas-
sadeur puisse être suffisamment bien informé. Il sera nécessaire
d'attendre que l'affaire du Yun-Nan soit terminée et les circon-
stances locales examinées à fond pour qu'il puisse être délibéré
sur cette question en vue de résultats satisfaisants.
7. Publication du Décret nommant un Envoyé pour se rendre
en Angleterre.
La question de la nomination d'un Envoyé a été traitée d'une
façon explicite dans le paragraphe précédent. Toutefois il faut
ajouter qu'il n'est pas libre aux serviteurs de S. M. l'Empereur
de faire des suggestions au sujet de ses Décrets.
GORDISR. IL — 4
5o
L AFFAIRE MARGARY
Quand le Décret nommant un fonctionnaire aura été reçu, le
Yaraen en enverra une copie, faite avec révérence, à M. Wadc,
pour son information.
33 août 1875.
'*-^-^'*
/ ENVOYÉS CHmOIS EN ANGLETERRE, 7 SEPTEMBRE 1875
/
Le 28 août 1875, le prince Koung reçut un décret impé-
rial nommant les envoyés extraordinaires chinois en Angleterre,
mais il ne pai-ut que dans la Gazette du 7 septembre ; c'était
une conséquence du Mémorandum (paragraphe 7) du Tsoung-
li Yamen, du 22 août.
Décret
Le Vice-Président expectant Kouo Soung-tao, le Tao-Taï expec-
tant au bouton de 2* classe, delà province duïché-li, Siu K*ien-
chên sont désignés pour remplir une mission en Angleterre en
qualité d'Envoyés Extraordinaires*. Li Houng-tchang est spécia-
lement chargé du choix et de Fenvoi du personnel (de la Mis-
sion) et des interprètes chinois.
Respectez ceci.
méES BELLIQUEUSES DE M. WADE
M. Wade rentrait à Pé-King, le i4 septembre, avec les
intentions les plus belliqueuses ; j'étais arrivé la veille dans
la capitale, porteur de la nouvelle qni m'avait été donnée à
Tché-fou, où se trouvait le vice-amiral Ryder, à bord de
VAiidacious, que le ministre d'Angleterre allait amener son pa-
villon. Il n'en fut rien, grâce à Tesprit versatile de M. Wade.
Ce décret ne fut mis en exécution que plus tard, M. Wade,
le 9 octobre, ayant conseillé au grand secrétaire I^ao-Yun
d'attendre pour envoyer les deux diplomates chinois en
Angleterre que l'afTaire du Yun-Nan fût terminée.
I . Commissaires impériaux.
II>ÉKS 3E1.L.IQUEUSES DE M. WADE 5l
Le ai au soir, il QWade] me disait, écrit un diplomate le
36 septembre, qu'il était sûr d'être approuvé s'il rompait et que
les Indes avaient 5o 000 hommes prêts à être jetés sur la Birma-
nie elle Yun-N an, et M. Fraser, premier secrétaire de la Léga-
lion brilannique a dit publiquement à ma table que M. Wade
était décide a emmener toute sa Légation avec lui, et qu'avant
deux jours (ceci se passait le 19) nous saurions à quoi nous en
tenir. Les Chinois tenaient un langage non moins inquiétant.
lisse moquaient pnl>liquement de M. Wade, et, eux toujours si
réservés, se livraient vis-à-vis des interprètes des autres Léga-
tions a des appréciations si vertes...
Le ai, y al reçn \in billet de M. Wade ainsi conçu : oc Je ne
pars plus, et ^'envoie M. Grosvenor à Londres. Le matin même
du jour où i\ m'adressait ce billet, il en adressait un semblable
au îAimslre des États-Unis, et se rendait en personne aux Léga-
tions dclWssie et d'Allemagne. Nous avions donc lieu de croire
que, celle fols, sa détermination était défintive; eh bien! pas <lu
tout, et la journée ne s'était pas écoulée que M. Wade reprenait
les négociations sur une nouvelle base et changeait la destination
de M. Grosvenor, qui irait maintenant au Yun-Nan.
Tch'oung-Heou, moitié sérieux, moitié ironique, s'écriait :
Il est impossible de prendi-e au sérieux ce que dit M. Wade;
tantôt c'est ceci, tantôt c'est cela; aujourd'hui c'est oui, demain,
c'est non. Il ne faut pas faire attention à ce qu'il dit. A l'entendre,
lui seul a le pouvoir de résoudre toutes les difficultés ; je dirai
même plus, pour que la Chine put prospérer, il faudrait que
M. Wade lui-même fût à sa tête. Hors de lui, pas de salut ni
pour la Chine, ni pour l'Angleterre. A quoi bon un grand Con-
seil de l'Empire, un Conseil privé, un Tsoung-li Yamen? Les six
ministères et les administrations sont complètement inutiles ;
\L Wade n'cst-il pas là? Il serait même désirable que M. Wade
prit en main la direction des Légations Etrangères ; comme tout
se trouverait simplifié !
Et il ajoutait :
Les colères, les bouderies, les éclats auxquels il se livre nous
laissent tout à fait indifférents, et, je le répète, quoi qu'il
5a l'affaire margary
advienne, nous ne sortirons pas de la ligne de conduite que nous
nous sommes tracée.
Enfin, M. Wade obtient ce qu'il appelle ses garanties :
d'abord un décret paru dans la Gazette de Péhing du 23
septembre 1876 :
DÉCRET IMPÉRIAL
Le Tsoung-H Yamen, dans un rapport au Trône, prie l'Empe-
reur de publier une explication de la forme des Édits impériaux
et de décider, après délibération, que les hauts dignitaires des
divers tribunaux et des dilTérentcs administrations entretiendront
des rapports personnels avec les représentants étrangers résidant
à Pé-King. Le rapport explicatif de la forme des édits qui nous est
présenté obtient toute notre approbation. Quant aux rapports des
hauts dignitaires des divers tribunaux et des différentes adminis-
trations avec les représentants étrangers, ils s'établiront confor-
mément au projet élaboré au Tsoung-li Yamen.
Resj^ectez ceci ^
Ensuite un mémoire au sujet des relations avec les ministres
étrangers :
RAPPORT DES MEMBRES IM] TSOl!NG-Ll YAMEN AU TRONE*
Pé-Ring, le 29 septembre 1875.
Les sujets Yi-Sin (le prince Koung), etc., etc., agenouillés,
présentent un Rapport au Trône contenant l'exposé minutieux
de l'état des relations de la Chine avec les États étrangers.
Nous prions S. M. de rendre public le contenu de ce rapport
afm de bien faire connaître à tous la cordialité des rapports qui
existent entre la Chine et les Etats étrangers et d'empêcher ces
bonnes relations d'être troublées à l'avenir.
Dans 5" lune (juin) de cette année, notre tribunal adressa à
S. M. un rapport pour la prier de choisir et d'entretenir à la
solde de l'Klat des sujets expérimentés dans les Affaires étran-
I. Pour Iracluclion coiif(»rine: Signé: ¥. Sciiehxeii, interprète p. i.
a. Gazette de Pé-King^ Ms., 39 septembre 1875.
RAPPORT DES MEMBRES DU TSOUN6-LI TAMEN AU TRONE 53
gères, etc. Nous reçûmes un ordre impérial approuvant nos
conclusions. Plus lard, parut un décret envoyant le Vice-Prési-
dent eipectant Kouo Soung-lao et le fonctionnaire de 3* classe,
intendant expcclant pour la province du Tché-li, Siu Keng-cli(^n,
en mission à l'étranger. En présentant au Trône un rapport ten-
dant à faire un choix parmi ces sujets versés dans la diplomatie,
notre but n'était pas seulement de faciliter l'expédition des
affaires courantes avec les États étrangers, ni de préparer l'éta-
blissement de rapports avec les pays étrangers par l'établissement
de légations ; notre rapport visait à un autre but : nous ne vou-
lions pas que la défiance put se glisser dans nos relations avec
les Etats étrangers, et nous voulions éviter toute cause de
désaccord. Or, pour cela, ne faut-il pas que, de part et d'autre,
on connaisse les particularités inhérentes à chaque peuple?
Dans la 6** année de T'oung-Tché (18C8) Tchc-Kang et Souen
Kia-kou (les deux envoyés chinois qui accompagnaient M. Bur-
lingame dans sa mission) membres de notre Yamen, furent
envoyés en mission à l'étranger. Lors de leur retour à Pé-King,
ils nous dirent avoir eu des rap|X)rts personnels avec les hauts
dignitaires de chacun des Ministères des Etats où ils s'étaient
rendus. Les représentants étrangers à Pé-King nous confirmèrent
ce récit, et ajoutèrent qu'ils n'avaient aucun rapport avec les
hauts dignitaires des tribunaux de la capitale, et que, vu
l'absence de toute relation entre ces fonctionnaires et eux, il
n'était pas étonnant que la population n'eût aucune considéra-
tion pour eux.
Si, depuis longtemps, les hauts fonctionnaires des divers tri-
bunaux n'ont jamais eu de relation avec les étrangers, c'est qu'ils
obéissaient aux règles concernant ces relations * . Or la Chine ayant
depuis de longues années des rapports amicaux avec les Ëtats
étrangers et envoyant actuellement des ambassades à l'étranger,
la situation actuelle n'e^t plus la même qu'autrefois, et, de
ce qu'on ne peut pas traiter les Envoyés d'après les anciens rites,
on ne doit pas conclure qu'il ne faille pas établir de rapports
personnels avec eux.
Nous prions l'Empereur de donner l'ordre à notre Yamen et
hauts dignitaires des divers tribunaux et des différentes admini«-
1 . « Quo les fonctionnaires n'aient pas de relations [avec les étran-
gers]. » Li Ki.
54 l'affaire margabt
trations de se réunir pour délibérer sur le mode le meilleur à
adopter dans ces rapports, de telle sorte que, lorsqu'ils se seront
établis, il ne puisse plus y avoir de rupture.
De cette façon, ceux qui n'ont pas encore eu de rapports avec
les étrangers ne garderont plus aucun doute à l'égard des liens
d'amitié qui unissent la Chine aux Ëtats étrangers. Nous ne
pouvons pas nous empêcher de faire connaître à tous. Chinois
et étrangers, l'établissement de ces rapports.
Dès le début, les États étrangers ont été traités par la Chine
sur le pied d'égalité. Or des étrangers peu versés dans la connais-
sance des choses de la Chine, ne voyant pas le nom de leur pays
mis en vedette dans les copies des édits impériaux, y voient une
marque d'infériorité, et craignent que les fonctionnaires et le
peuple chinois en aient moins de considération pour leur pays.
Aussi avons-nous dit et répété que les décrets impériaux s'adres-
sent au peuple et aux fonctionnaires chinois, et que les rites
n'admettent pas que les noms des Empires y soient mis en
vedette. Quand il s'agit d'une lettre du Souverain, le nom de
l'État étranger est mis en vedette, et, dans toutes les lettres
adressées aux souverains par l'Empereur, les noms des souverains
des deux pays ont été placés sur la même ligne, et le nom de
tout État a été mis en vedette. On a fait de même dans l'impres-
sion des traités de la Chine avec les autres puissances. Il ne faut
pas que l'on doute plus longtemps de nos intentions, car, après
les explications que nous venons de donner, quelle raison pour-
rait-on avoir de nous accuser de placer les États étrangers dans
une situation inférieure à la nôtre ! Bien que nous ayons donné
souvent ces explications, elles n'avaient pas encore été publiées
clairement et de façon à ne laisser aucun doute dans l'esprit
tant dos Chinois que des étrangers. Dans la crainte que des gens
sans aveu ne causent quelque catastrophe, nous ne pouvons nous
empêcher de déclarer hautement quelle est la ligne de conduite
qui préside aux rapports de la Chine avec les pays étrangers.
TSous allons nous concerter pour élaborer et arrêter un projet de
règlement, dont le but sera de ne laisser ignorer cette explica-
tion à personne, et de prévenir les inconvénients qui pourraient
résulter de malentendus, inconvénients qui ne feraient qu'aug-
menter avec le temps.
Pénétrés de la haute importance que nous devons attacher au
maintien de nos bonnes relations avec les puissances étrangères,
nous présentons à l'examen bienveillant de S. M. cet exposé
INTERVENTION DU CORPS DIPLOMATIQUE 55
minutieux, conçu dans le but d'écarter toute méfiance et d'aug-
menter la splendeur de l'Empire. Nous prions les deux Impéra-
trices et l'Empereur d'examiner et d'appouver ou désapprouver
ce rapport*.
INTERVENTION DU CORPS DIPLOMATIQUE
Le rapport du Tsoung-li Yamen ne pouvait laisser indifle-
renl le corps diplomatique étranger accrédité à Pé-king.
M. de Butzov, ministre de Russie, second doyen du corps
diplomatique, écrivit la lettre suivante à M. Wade, le préve-
nant de la démarche qui allait être faite par les représentants
étrangers auprès du Tsoung-li Yamen. M. Wade « prit très
bien la chose, et répondit de vive voix à M. de Butzovque,
s'il s'était agi d'une note et non d'une visite, il se serait joint
à ses collègues ' » .
lettre de m. bttzov a m. wade
Mon cher Doyen,
L'action du Tsoung-li Yamen dans la question des rapports
des hauts fonctionnaires chinois avec les représentants <^trangers
nous oblige, mes collègues des Ëtats-Unis, d'Allemagne et de
France et moi-même d'appeler l'attention du Yamen sur les
inconvénients qui pourraient se produire si, à l'avenir, le gou-
vernement chinois procédait seul au règlement de questions qui
nous intéressent directement sans avoir obtenu au préalable notre
adhésion.
\ous allons faire une démarche collective dans ce sens auprès
du Yamen. et nous nous faisons un devoir de vous en prévenir.
Nous aurions préféré maintenir en cette occasion l'action com-
mune à laquelle nous attachons tant de prix ; mais nous crai-
gnons que vos négociations antérieures avec le gouvernement
chinois ne vous permettent pas de vous joindre à nous.
Veuillez recevoir, etc.
Signé: Butzov.
I. Pour traduction conforme. Signé: F. Scherzer, interprète, p. i.
3. Rochechouarl, !«•• octobre 1875.
56 l'affaire margary
En conséquence, le 3o septembre 1875, à trois heures, les
Ministres de Russie, des États-Unis et d'Allemagne, ainsi
que M. de Roquette, représentant M. de Rochechouart,
retenu au lit à la suite d'une chute de cheval, se rendirent
au Tsoung-li Yamen.
Après avoir échangé quelques phrases de politesse, M. de
Butzov, en sa qualité de second doyen du corps diplomatique,
s'exprima à peu près en ces termes ^ :
« Nous avons appris que \V. EE. avaient présenté au
Trône un placet qui modifiait dans une certaine mesure les
rapports des Légations étrangères avec les autorités chinoises,
et que ce placet avait reçu la sanction impériale. Tout en
rendant justice aux sentiments de bonne amitié que cette pièce
exprimait, nous sommes venus ici pour vous déclarer que
nous ne pouvions admettre dans le présent comme dans le
futur qu'on disposât en dehors de nous de nos propres intérêts,
et que le moins qu'on aurait du faire eût été de nous prévenir
et de nous consulter avant de prendre une décision dont
nous demeurons profondément surpris. »
Le Ministre Chen, qui suivait avec la plus vive attention
la traduction de M. l'interprète Arendt, se tourna vers ses
deux collègues, les consulta du regard et répondit ces seuls
mots : « Vous avez raison. »
M. Wade, auquel M. de Butzov fit part de cette entrevue
tant en son nom qu'en celui de ses collègues, ne sembla pas
attacher grande importance à la démarche collective du corps
diplomatique.
« J'ai causé deux heures avec notre collègue d'Angleterre,
disait le ministre de J\ussie à la suite de sa visite, et je vous
avoue que je me sens incapable devons rapporter ce qu'il m'a
dit ; ses idées sont si confuses, et les questions qu'il a embrassées
si hétérogènes que j'ai renoncé à les comprendre. Cependant,
I. Rapport de M. de Roquette à M. de Rochechouart.
LETTRE DE M. WADE, 9 OCTOBRE 1875 67
«i on venait me dire que M. Wade partira demain, je n'en
éprouverais aucun étonnement. »
A ce sujet, M. de Rochcchouart écrivait à M. le duc Decazcs,
Pé-king, le i" octobre 1876 :
M. AVade avait dit à Tun de nous que le secret qu'il avait
lenu à garder vis-à-vis de ses collègues provenait de deux causes :
le désir de réserver entièrement à son pays le droit de réj^ler
une aiïaire anglaise, et le senlimcnl qu'il avait de ne |>as être
approuvé de nous, en introduisant dans ses négociations cer-
taines questions complètement étrangères au meurtre de M. Mar-
j^ai . . telles que la révision des droits du llkin, et les prérogatives
du corps diplomatique établi à l*é-King.
Comme M. Wade change souvent de plan, nous n'avions pas
attaché plus d'importance à celui-ci qu'à bien d'autres, lorsque
nous apprîmes simplement j>ar la Gazette Officielle que M. Wade
avait demandé et obtenu jx)ur les représentants étrangers le droit
d'entrer en relations personnelles avec les din'ércnts fonctionnaires
qui président aux principales administrations.
M. Wade se décida enfin à envoyer à ses collègues du corps
diplomatique une lettre identique et confidentielle :
LETTRE DE M. WADE, g OCTOBRE 1875
Pe-King, 9**» october 1875.
Mt dear Colleague,
I acquainted you some days since witli my détermination to
send Mr. Grosvenor to England. I bave now received from the
Chinese Government guarantees in my opinion snflicient to
induce me to change my cari ier décision, and I hope to Icavc this
for Shanghaï on the iilh instant for the pûrpose of despatching
Mr. Grosvenor to Yûn-Nan.
1 bave as yet spoken on this subject only to yourself and such
olher of my collcagues as I was associated with in conférence on
the question of Emigration to Cuba, last Mardi Avhen the intel-
ligence of the YiJn-Nan outrage obliged me to in for m you that I
musl for ibc time withdraw from the work of médiation, and I
58 l'affaire margary
hâve a parlicular reason for intruding myself upon you once
more.
My guarantees hâve been more or less ihe subject of discussion
ever since the beginningof August. Speaking of course, as a Bri-
lish Minisler, I shall be correct in describing what I required
as proof in one form or olher of a bona fide intention to observe
more exactiy the provisions of Articles IV, IX, and XXVIII of
the British Treaty of i858. Thèse were at least my propositions
in chief.
In such a case as that I bave in hand, an attack that is to sav,
on a party of British Oflicers furnished with passports, and the
murder of one of their number, it might seem at first sight that
Article IX, the Article on Passports was the only Article to
which référence could be relcvantly made. Article IV refers to
what may in suin be callcd the privilèges of the British Repré-
sentative ; Article XXVIII. with other Articles and Rules con-
nectcd with it, to the taxation of British trade inland.
I bave antécédent reasons for bringing forward thèse two
questions, both in Mardi last, and more recently which I do not
conceive it necessary herc to recite. On one point however I
think it désirable to offer some explanation, because I Lelieve
that what I bave donc bas been misunderstood by yourself and
other s.
I shall first briefly mention the guarantees obtained, promi-
sing that it had been my désire, fron the first, rather to indicate
the direction I desired to be taken than to lay down the précise
conditions. To this course, however, it bas not been in my power
alwavs to adhère.
The most formai assurances having been given regarding the
safe conduct of Mr. Grosvenor to the frontier, and of a mission
from India sbould anv be sent, I desired farther that the Gover-
nor of Yûn-Nanshould be censured for bis dilatoriness, and that a
mission of apoloj^y should be sent to England. The mission
was appoinled and tlie Govcrnor Ts'ôn was censured in a Decrec
suflTiciently emphalic ; but the Decrec was not publishcd and 1
had beg^cd it should be, and in another Decree referring to tHe
Mission to England which was published, I saw reason to object
to the phraseology employed.
It was to ncutralize more or Icss the objectionableness of this
latter Decree that I urgcd the publication of a third, in which
the intercourse between foreign Représentatives and the Chicfs of
LETTRE DE M. WADE, 9 OCTOBRE 1876 69
ihe Chinese Government should be spoken of, such intercourse
betng as I had pointed out ail along, but a part of the Minis-
terial privilèges to which, under Article IV of the Treaty of i858
the Brîtish Représentative is entitled.
I shall return to this Decree presently, but I hère beg your
attention to the fact that I asked for it as an amende for the short-
comîngs of that which had already appcared and the non appea-
rance of the Decree of censure. I had urged very strongly the
adoption of the course the Decree prescribes, but I had not at
firsl urged the solicitation of a Decree in the malter; believing
that it was perfectly within the compétence of the Tsung-li
Yamen constituted as it is, to take action without any such
authority.
As to trade ail I proposed to scek in the first instance was an
engagement that the abuses in the matter of taxation complain-
ed of daily, should be enquired inlo with a view to their removal.
The Chinese Government was formally engaged to give such
instructions as will ensure a complète report upon this question.
This produced, I need not say that I bave no idea whatever of
attempting the introduction of any reform single-handcd. The
régulation of the gênerai trade is a matter that not only con-
cerns us in common« but in respect of which, to make any rule
opérât ive, foreign Représentatives must be ail agreed.
In a new direction upon the Yûn-Nan frontier, I am promi-
sed that when a British offîcer appears for the purpose, we shall
be met by a Chinese officiai compétent to consider with him the
conditions under which trade is to be carried on between British
Burma and Yûn-Nan. It may interest you to know howcver that
no oflicer will be sent by me for the above purpose to Yùn-Nan
unlil the judicial enquiry is dcfmitively disposed of.
I hâve recommended the Chinese Government, I may add,
not to send the mission now under ordcrs for England, unlil
the Yûn-Nan aflair is sellled.
Lastly as you will bave seen in this evcning's Gazetle, a
Decree lias been issued calling attention to ihe Passport clauses
of the Treatics, their violation in the case of the unCortunale
Mr. Margary, and the conséquent appoinlment of the Govornor
General Li Han-tchang as a spécial commissioncr.
The Prince of Kung bas communicated to me an aulhcntica-
led copy of this Decree and of the Mémorial of the Tsung-li
Yamen to which the Decree is a rcply.
6o t/affaire margary
And now to relurn for a moment to ihe Decree on ministerial
inlercourse which is really ^hal lias commilted me to ihis very
lenglhy lelter. If the Yamen, as 1 undersUnd it lo hâve been
implicd, was to blamc for making the public démonstration it
lias donc» of its purpose to attempt a modification of forms
alTecting intercoursc with foreign Ministers, without previously
Consulting thcm, it is I, the foreign Minister who, as I hâve
shewn abovc, suggested that démonstration, who should be bla-
med rather than the Yamen.
Speaking for myself I should certainly not bave deemed it
necessary that the Chinese Government, if about to adopt an
improvement in relations that bas been frequently pressed on it
(by various Ministers besides myself) should give me previous
notice of its intention. It did not occur to me therefore, I admit,
to warn the Yamen that bcfore moving in this matter foreign
Représentatives ougbt to be advised of that intention, and I take
tliis opportun ity of expressing my regret that any proposition
of mine should bave committed the Chinese to a course of action
which my colleagucs bave felt obliged, howcver mildly, to depre-
cate.
I remain
M y dear colleague
Yours very truly,
T. Wade.
Notre chargé d'affaires ne crut pas devoir se séparer de ses
collègues dans la circonstance, mais pour bien marquer la
situation qu'il entendait garder, il envoya sa lettre en anglais
telle qu'elle avait été rédigée, prouvant ainsi qu'il n'en était
ni le rédacteur, ni même l'inspirateur. 11 était incontestable
d'ailleurs, remarquait un diplomate, que l'attitude de
M. Wade dans cette négociation n'avait été ni des plus
franches, ni des plus cordiales, et qu'il avait soulevé un
mécontentement en quelque sorte légitime : rien n'autorisait le
Ministre d'Angleterre à user d'une méfiance que ses rapports
antérieurs avec ses collègues ne justifiaient en aucune façon ;
le meurtre d'un étranger, et à plus forte raison d'un fonc-
tionnaire étranger, devenait de suite une question d'intérêt
LETTRE DE M. DE ROCHEGHOUART A M. WADE, 1 1 OCTOBRE 1876 61
général, et M. Wade était sûr de Tappui de tous ses collègues
pour Taider, si cela était nécessaire, à obtenir le châtiment
exemplaire des auteurs du guet-apens.
LETTRE DE M. DE ROCHEGHOUART A M. WADE, II OCTOBRE 1876
Pé-King. le II octobre 1875.
Mo:f CHER Ministre,
1 jast received your letter of the gth instant informing me
thaï You bave obtained from the Ghinese Government guarantecs
sufficient lo induce you to change your earlier décision wliich
you had kindly communicated to me and to despatch Mr. Gros-
Ycnor to Yun-Nan instead of sending him lo Lotidon. 1 hâve no
doubt ihat thèse news, when becoming known will contribule
lo remove the feeling of anxiely and uiicertainly which lo our
appréhension had taken hold of the foreign cominunity in Gliina.
While thanking you for this communication, there is one part
of your letter which I cannot leavc wilhout a remark. You
appear to be under the impression that the step taken in com-
mon by my colleagues and myself was intcnded to throw blamc
upon the Ghinese for the course adopted by the Yamen. Nothing
of this kind was donc, or intended ; we only wished to draw
Ihe attention of the Yamen to the fact that there were certain
questions — arrangements on which lo becomc operalive must
be agreed to by ail foreign représentatives. Our step iherefore
very far from referring to the past, bore exclusively upon the
future, and the Yamen instead of receiving a blâme in it, consi-
dered it in the same friendly manner in which it was made.
1 myself as well as my colleagues are fully- aware of the great
and bénéficiai influence common action bas always had in
China, and we consider it an important élément for preserving
friendlv relations with the Ghinese Government.
I nced hardly add that I always bave been and shall be happy
lo cooperate with ail my colleagues in this direction.
Recevez, mon cher Ministre, l'assurance de ma haute considé-
ration.
Signe, : Rochechouart.
Ga l'affaire maagary
La Gazette de Pé-King, du lo octobre, renfermait un
autre rapport sur les passeports étrangers.
M. Wade quitta Pé-King subitement, ayant décidé le départ
de M. Grosvenor pour le Yun-iSan et celui de M. H. G.
Edwardes' pour Londres. La veille de son départ, il eut une
explication orageuse avec ses collègues, MM. de Butzov,
Avery et de Brandt qui se plaignaient d'avoir été tenus en
dehors de toutes les négociations. M. Avery surtout se mon-
trait fort irrité du tort fait aux affaires.
« M. Wade, paraît-il, s'est défendu en déclarant qu'en agis-
sant ainsi il n'avait fait qu'user de son droit, que c'était une
affaire purement anglaise, et qu'en conséquence il n'avait cru
devoir consulter personne pour la régler. M. de Brandt serait
alors intervenu, faisant observer que, si M. Wade avait agi
régulièrement en se réservant la direction exclusive d'une affaire
anglaise, lui, M. de Brandt, n'avait pas agi moins régulière-
ment en prévenant les Chinois que tout engagement pris en
dehors de lui ne pouvait lier ni son gouvernement, ni ses
nationaux.
(( Le Prince Koung a dépeint* la situation d'une façon
réellement originale en disant à M. de Schaefer, le nouvel
envoyé austro-hongrois : « Il y a un plat dont nous sommes
obligés de manger, c'est celui du Yun-Nan ; son aspect nous
donne des haut-le-corps, mais enfin, puisqu'il le faut, en nous
pinçant le nez, nous allons essayer ; mais voilà que M. Wade
nous présente quinze autres plats tout aussi répugnants, et
veut nous forcer à les manger avant celui du Yun-Nan, sans
pour cela nous dispenser d'avaler le dernier. Nos estomacs
ne supporteraient pas cette nourriture nauséabonde ; il est
donc préférable de nous en tenir au seul plat du Yun-Nan et
de rejeter les autres. » Puis il ajouta sérieusement : « Les
I. Mort 3o décembre 1896.
3. M. de Rochechouart au duc Decazcs, Pé-King, 18 octobre 1875.
COMMUNICATION DE M. WADE 63
choses qui ne sont pas absolument impossibles nous les
faisons quand nous en reconnaissons la nécessité, et cela
malgré les désagréments qui quelquefois en retombent sur
nous; mais, malgré toul notre désir d'éviter les complications,
il est un certain nombre de principes auxquels nous ne
saurions souscrire, même au lendemain d'une guerre malheu-
reuse ; nous les laisser imposer serait consentir à la ruine
cleTEmpire. »
Dès son arrivée à Chang-Haï, M. Wade voulut faire
connaître à ses compatriotes Tétat de la question ':
COMMUNICATION DE M. WADE
Notification, n° 18 de 1870*.
Le Soussigné a grand plaisir de publier pour que Ton sache à
quoi 8*en tenir, la copie ci-jointe d*une dépêche qu'il vient de
recevoir de M. T. F. Wade, Ministre Plénipotentiaire de
S. M. B.
W. H. Medhuhst,
Consul.
Consulat de S. M.
Chang-Haï, 17 octobre 1875.
\
Chang-Haï, le 17 octobre 1875.
Monsieur ,
J'ai à vous prier d'annoncer, pour Tédification des sujets de
S. M. dans ce port, qu'à la suite des arrangements qui ont été
faits, j'ai pu autoriser M. Grosvenor à se diriger, sans plus de
retard, vers le Yun-Nan afin d'assister à l'enquête que l'on va
faire sur les faits relatifs à l'attaque dirigée contre la mission du
Colonel Browne et au meurtre de M. Margary.
Les obstacles qui ont longtemps retenu M. Grosvenor et le fait
que l'on me savait engagé dans des négociations plus ou moins
relatives à l'aflaire de sa mission ont excité d'assez légitimes
appréhensions. La communication que je vous ai autorisé à faire,
les calmera, je l'espère.
I. Traduction.
64 L AFFAIRE MARGARY
Je ne m'étendrais pas davantage sur les négociations dont il
s'agit, si je ne croyais utile de dissiper les inquiétudes qu'un cer-
tain sujet a fait naitre. J'apprends que le bruit court que j'ai
signé une Convention dont les clauses auraient les conséquences
les plus importantes pour le commerce anglais. Tel n'est point le
cas. J'ai saisi l'occasion qui se présentait pour insister très sérieu-
sement sur le devoir qui incombait au gouvernement chinois
d'observer plus rigoureusement plusieurs clauses du Traité,
notamment celles relatives à la Taxation de notre commerce,
toutes clauses dont l'inobservance a si souvent excité des plaintes.
Si l'on obser.vait les clauses du Traité — tel qu'il est. — il n'y
aurait évidemment aucune nécessité de faire une Convention.
Mais s'il devenait utile de modifier les stipulations actuelles du
Traité — en ce qui touche le commerce — une Convention serait
indubitablement nécessaire. Or aucune Convention ne pourrait
être eilicace, si elle était négociée par moi ou par quelqu'autrc
représentant d'une Puissance agissant seul. Le commerce étran-
ger en Chine est une propriété commune, dont les lois, si on les
veut modifier, et si on les veut elïïcacer doivent avoir été étu-
diées et acceptées par tous également. En conséquence, ce que je
me suis efforcé d'obtenir dans cet ordre de choses, est un enga-
gement formel de la part du gouvernement chinois que l'on
ferait une enquête sur la question des impôts qui frappent le
commerce étranger, soit dans les ports consulaires, soit au-delà
de leurs limites, et qu'il élaborerait un rapport sur les conclu-
sions duquel on pourrait négocier des changements à apporter
aux stipulations existantes, dans le cas où l'on ne trouverait point
d'autre moyen possible de détruire les abus dont on se plaint. Il
a été pris des engagements qui permettront, je l'espère,
d'atteindre le but désiré.
Vous êtes libre de publier cette dépêche.
Votre obéissant serviteur,
Thomas-Francis Wade.
W. H. Mcdhurst Esq.
&c., &c., &c.
On ne peut dire que M. Wade eût une bonne presse ; il
fut attaqué violemment, en particulier par le Shanghaï
Courier ^ China Gazette] il y était habitué.
MISSION GnOSVENOR 65
MISSION GROSVENOR
M. Wade consentit enfin au départ de la mission anglaise
composée de THon. T. G. Grosvenor et de MM. \rlhur
Daven|)orl *, vice-consul à Chang-Haï et Baber*.
M. Daven|X)rt, désigné seulement le 22 octobre pour
prendre part à la mission, était, dit Wade, « Tu n des rares
membres du service qui avaient étudié le droit con amore. »
La Mission quitta Han-Keou le 5 novembre 1875 sur une
jonque du Hou-Nan et remonta le Yang-tseu à I-tcbang et à
Tchoung-King où elle parvint le 3o décembre ; elle partit de
celte dernière ville le 3 janvier 187C et arriva enfin à Yun-
Xan fou dans l'après-midi du 6 mars 1876. Une comparu-
lion de douze accusés eut lieu dans le yamen du nié-laï
I. Davenport, Arthur, élève interprète à Hong-Kong, 9 juin 1857;
•i Chang-HaT. 13 avril i858; a<^ assistant h INiéou-tchouang, 3o mai 1859.
Accompagna Texpédilion dans le Nord on 18O0, attaché à la troupe de
réserve à Takou chan ; et ensuite servit d'interprète & Tamirai Sir James
Hope. commandant en chef de la flotte. Reçu la médaille militaire pour
ses services. Pendant Thiver de 1860-61, servi comme interprète de Lord
John Ha Y, oflicier de marine le plus ancien de grade de l'escadre du
^o^d. Fut envové par l'amiral Ho|>e à Niéou-tchouang pour ouvrir ce port,
avant l'arrivée du consul Meadows. Fut nommé i*^'' assistant à Niéou-
tchouang. le aa avril 1861 ; a<^ interprète à Chang-llaï, janvier i8C5;
intrrprèle faisant fonction de consul à Tchen-kiang, ao février i8C5;
interprète à Han-kéou, 6 juillet 1868; faisant fonction de vice-consul à
Chang-llaî, a5 juillet 1870, et de consul & Chang-Haï du 10 octobre
1871 au la février 187a ; faisant fonction de !•"■ interprète à la légation
de Pé-King du 7 mai 187a au 16 avril 1878 ; vice-consul à Canton,
aa mai 1878 (non installé), puis à Chang-Haï, 9 septembre 1878 ; faisant
fonction d'a^esseur à Cliang-Haï du 9 janvier au a4 octobre 1875 ; consul
àTché-fou, 9 novembre 1877; ^^i^^^l fonction de consul k Chang-Haï
du I*»" janvier 1877 au 3i mars 1880. Transféré à Tien-Tsin et h Pé-
King, a5 février 1880. Admis à la retraite !•*" octobre i885.
a. Baber. Edivard-Colborne, mort h Bhamo le 16 juin 1890, âgé de
47 ans; élève interprète, a8 juillet 1866; assistant de a« classe. a4
août 1871 ; en 1879, ^^ vivait été premier interprète à Pé-King et en i885,
consul général à Séoul. Voir T'oung Pao, I, p. i64.
CORDIER. H. — 5
66 L*AFFAIRE MAnGAUY
Ts'ang en présence de Davenport et de Baber d'une part, et
de Ting Tao-taï, Tching Tao-laï, Tcb'en Wei-youen, P'an
Fan-taï, Ts'ang Nie-taï, Soung ïché-fou, de l'autre, le 20
mars. Ting Tao-laï prétendait que les meurtriers de Margary
étaient des montagnards sauvages, voleurs de profession, qui
habitaient les Yé-jen cban et quelques Cbinois renégats, 4*uyant
la justice, associés aux sauvages. Les Anglais au contraire sou-
tenaient que leur malbeureux compatriote avait été massacré,
non par des sauvages ou des Chinois du pays, mais bien par
ordre de fonctionnaires chinois venus de Momein. Les Hauts
Commissaires chinois, lors du départ de Grosvenor, envoyè-
rent à Pé-King un mémoire dans lequel ils demandaient au
Trône de donner des instructions au Tsoung-li Yamen et au
Ministère des ChAtiments (Haute Cour de justice criminelle)
pour prononcer la sentence contre les individus qu'ils avaient
trouvés coupables, cVst-à-dire les sauvages accusés du
meurtre de Margary et Li Tchen-Wouo, accusé d'avoir poussé
les habitants de Momein à prendre les armes. Grosvenor
quitta Yun Nan fou le 26 mars 1876 et par voie de Ta-li,
Young-tcirang, Teng-Yué (Momein, 3 mai), Manwyne,
arriva à Bhamo le 21 mai 187G. Son rapport contradictoire
fut reçu par Wade le 8 avril.
Le voyage de la mission anglaise nous a valu deux rapports
intéressants au point de vue scientifique : l'un de M. Daven-
port' sur le commerce des régions parcourues ; Tautre extrê-
mement remarquable sur la géographie de l'Ouest et le Sud-
Ouest de la Chine, par E. C. Baber*.
I. China, n® 3 (1877). Yunnan Mission. Report hy Mr, Davenport
on the Trading Capahilities of the Countries traversée! hy... (in-8).
[G. — 1712.]
•x. China, n» 3 (1878). Report hy Mr. Baheron the Route followed
hy Mr. Grosvenor s Misfiion hetween Tali-fu and Momein. |VVilh
Iliiicrary and Mapof lload from Yiiiinan-fu.] Presenicd..., 1878. Lond.,
in-fol [C. — 199^].
RAPPORT DE Ll HAX-TCMAXG G']
M. Wade eut la satisfaction de voir ses efforts récompensés
par sa nomination au rang de Chevalier Commandeur du
Bain*j faite, lui télégraphiait Lord Derby, le 25 novembre
« en considération de ses services diplomatiques en général,
et spécialement pour Fénergie et Tesprit de ressource montrés
par lui pendant les difficultés avec le Gouvernement chinois
au sujet du Yun-ISan Outrage. »
RAPPORT DE LI HAîS-TCHARG
Cependant Li Han-tchang communiquait le résultat <le
son enquête :
Décret^.
Li Ilan-tchang et autres adressent un rapport au Trône :
Suivant les ordres que nous avons re^us nous avons pris en
main ralTairc du meurtre de M. Margary et après une enquête
sommaire faite sur les circonstances qui ont accompagné ce
crime nous présentons un rapport proposant la dégradation des
fonctionnaires fautifs et leur interrogatoire.
Li Han-tchang et autres ont fait par eux-mêmes et par leurs
délégués une enquête dans laquelle ils se sont fait représenter le
dossier complet de celte affaire. Des délégués intelligents ont été
envoyés pour faire Tinstruclion conformément h la justice.
11 résulte des rapports de ces derniers que le pays situé entre
la Birmanie et la Chine est peuplé par des tribus sauvages et
est infc!>té de bandes de brigands ; que lorsque les notables et
que le peuple de ï'eng y né curent entendu parler du prochain
j>assage d*étrangers suivis de nombreux soldats, ils postèrent des
individus armés dans le but de se défendre eux-mêmes. Or, M.
Trai'els and Researches in the fnterior of China. By E.. Gol-
bome Baber, Cliînesc sccrelary of Légation, Peking.
Forme le voL I, part, i des Supplemenlary Papers delà RojalGeog.
Soc., Londori, Murray, 1883, in -8.
I. Knight Commander of tho Mosi Honourablc Order of the Bath,
K. C. B. — La nomination parut dans la I.ondon Gazette, du qO no-
vembre 1875.
a. Gazette de Péking, du i3 de la ii» lune (10 décembre 1875).
*.
» V -
68 L*AFFAinE MARGARY
Margary lors de son voyage du Yun-Nan en Birmanie était muni
d'un passeport et fut escorte d'une façon satisfaisante par les
soins des autorités locales qui n'eurent à encourir aucun blâme.
Mais lorsqu'il revint de Birmanie au Yun-Nan, il ne montra pas
ce passeport aux autorités locales et ne leur demanda pas de lui
donner une escorte, aussi des malfaiteurs, au mépris de la loi,
le voyant ainsi isolé, l'attaquèrent et le mirent à mort.
Le sous-préfet de Ïeng-Yué Ting, nommé AVou K'i-liang n'a
pas eu connaissance des dispositions hostiles des notables et du
peuple de T'eng-Yué, il n'a ni dissuadé, ni arrêté ces derniers,
et a négligé de prendre les précautions voulues ; malgré l'ordre
sévère qui lui avait été envoyé par Ts'ên Yû-ying d'exercer des
poursuites et de saisir immédiatement les coupables, il a mis
plusieurs mois pour s'emparer des assassins, il a certainement
été fautif.
Le général de Teng-Yué nommé Tsiang Tsoung-han et dans
le ressort duquel s'est perpétré un aussi grand crime, n'en a pas
été averti et évidemment est répréliensible. Wou K'i-liang,
Tsiang Tsoung-lian seront révoqués et dégradés provisoirement,
puis interrogés sur les deux points suivants, à savoir :
1° S'ils ont entravé l'envoi d'une escorte destinée à protéger
M. Margary ;
2° S'ils ont secrètement envoyé des individus dans le but d'as-
sassiner M. Margary.
Lorsque Li Han-tchang les aura interrogés minutieusement
sur ces deux points, l'affaire pourra être considérée comme élu-
cidée, et il n'aura pas été permis un seul instant qu'on ait usé
de partialité (à l'égard des coupables).
Respectez ceci*.
Rapport^.
Les sujets, Li Han-tchang, Sié Houan, Ts'ôn Yû-ying, age-
nouillés, adressent un rapport au Trône contenant la date de
leur arrivée au Yun-Nan et un exposé sommaire de ce qui s'est
passé dans cette province ; ils concluent à la dégradation et à
l'interrogatoire des fonctionnaires civils et militaires qui ont été
fautifs. Ils soumettent ce rapport à l'examen de S. M.
I. Pour traduction conforme : Le premier interprèle p. /. : F. Scher
ZI'K.
3. Gazette de Péking^ i4 de la ii« lune (ii décembre 1875).
RAPPORT DE Ll HAΫ-TCII%NG 69
Le a3 de la 5* lune de la i" année du règne de Kouang Siu
(le 26 juin 1875), nous reçûmes Tordre Impérial suivant :
Par un ordre date d'aujourd'hui, Li Ilan-tchang est envoyé
au Yun-Nan pour y faire une enquête, il lui est prescrit de se
rendre sans retard dans celte province pour s'y livrer, de con-
cert avec le Vice-Roi et le Gouverneur à une enquête impartiale
sur les circonstances du meurtre de M. Margary.
Respectez ceci * .
Nous sujets après avoir annoncé au Trône notre départ, nous
nous rendîmes d'étape en étape au but de notre mission.
Le sujet (Li) Ilan-tchang arriva au Yun-Nan le iG de la 10*
lune (i3 novembre).
Le sujet (Slé) llouan^ arriva au Yun-Nan postérieurement
le 33 de la lo' lune (ao novembre).
Sur la route nous avions commencé à recueillir par nous-
mêmes et aussi secrètement des renseignements sur cette affaire.
Apn»s notre arrivée, nous eûmes des entrevues avec Ts'ên Yii-
}ing et des entretiens sur les points principaux de celle affaire
dont nous nous fîmes apporter tout le dossier, nous fîmes égale-
ment comparaître les meurtriers. Nous envoyâmes d'urgence des
délégués intelligents pour faire une enquête minutieuse sur ce
qui sélait passé et nous adresser un rapport.
Nous, sujets, avons reconnu que M. Margary lors de son
vo>age du Yun-Nan en Birmanie était muni d'un passeport
émané du Tsoung-li Y amen, et fut escorlé d'une façon satisfai-
sante par les soins des autorités locales qui n'eurent à encourir
aucun blâme. Mais lorsque cet étranger et d'autres revinrent de
Birmanie au Yun-Nan, ils eurent à traverser un territoire oc-
cupé par des tribus sauvages alliées a des bandes de brigands
dont les routes étaient infestées. Ce fut alors que les notables et
I. 11 faut ajouter: « Aussi, que, le 7 septembre, le décret suivant a
été rc<:u :
«t Que Wou T'ang [Gouverneur général du Se-lch'ouen] donne l'ordre
à Tel vice -président Sié-Houan de se rendre avec toute la rapidité pos-
sible au Yun-Nan, pour aider Li llan-tchang dans ce qu'il a à faire, afin
qu'un coadjuleur compétent lui soit donne. » H. C.
1. il était à la retraite depuis 1868 ; Tao-taï à Chang-llai en i858, il
avait, conjointement avec M. Lay, conduit les négociations relatives aux
tarifs; il fut ensuite gouverneur^, i. du Kouang-Si, puis en i8()3 mem-
bre du Tsoung-li Yamen.
7
O L AFFAIRE MARGAHY
le peuple (le T'eng-Yuc, entendant dire partout que des étrangers
accompagnés de soldats européens allaient entrer dans leur ter-
ritoire, et n'ayant jamais eu connaissance du caractère des soldats
étrangers, dans la crainte qu'ils ne vinssent chez eux commettre
des méfaits réunirent plusieurs individus armés dans le but de
se défendre eux-mêmes. D'un autre côté, les brigands réunis
aux tribus sauvages, attaquèrent sans raison l'étranger cl le
tuèrent, d'où surgit cette grave adaire. Or, cet étranger revenant
de Birmanie au Yun-\an n'avait pas demandé d'escorte au\ au-
torités locales. Cependant le sous-préfet de ï'eng Yué Ting,
VVou K'i-liang, n'ayant pas eu connaissance des dispositions
hostiles des notables et du peuple et n'ayant ni dissuadé ni ar-
rêté ces derniers, a négligé de prendre les précautions voulues :
malgré l'ordre sévère qu'il avait reçu de Ts'èn Yû-ying d'exercer
des poursuites et de saisir immédiatement les coupables, ce fonc-
tionnaire ayant mis plusieurs mois pour s'emparer des meurtriers,
a donné lieu à des reproches fondés de l'Empire étranger et est
certainement fautif.
Le général p. L de T'eng-Yué Ting, Tsiang Tsoung-han,
dans le ressort duquel s'est perpétré un aussi grand crime, n'en
ayant pas été averti, est évidemment répréhcnsible.
\ous croyons devoir prier S. M. de donner l'ordre que le
sous-préfet de Ï'eng-Yué Ting, Wou K'i-liang, que le général
p. l. de T'eng-Yué Ting, Tsiang Tsoung-han soient tous les
deux destitués et dégradés provisoirement puis interrogés sur les
deux points suivants, à savoir :
1° S'ils ont entravé l'envoi d'une escorte destinée à protéger
M. Margary;
3" S'ils ont secrètement envoyé des individus dans le but
d'assassiner M. Marjçarv.
Ensuite on les jugera sévèrement conformément à la loi.
Nous, sujets, dans nos conférences qui se renouvellent tous
les jours, nous trouvant partager la même opinion, nous l'avons
exposée respectueusement dans un rapport au Trône en priant
les Impératrices et l'Empereur de l'examiiier.
Le Vice-Roi du Yun-Nan, Licou Yo-tchao n'étant pas présent
à son poste, nous n'avons pas pu faire ligurer son nom dans
notre rapport * .
I. Pour Iraduclion conforme : Le premier interprète p. i.: F. Scher-
7;er.
RAPPORT DE Ll IIAN-TCIIANG 7 1
A la lecture de ce rapport, M. Wade fut pris d'un accès de
rajre ; il rencontrait d'ailleurs des difficultés ailleurs que chez
les Chinois ; il y a\ait conflit entre lui et le gouvernement
indien qui aurait désiré profiter des circonstances pour im-
pliquer la Birmanie dans l'attaque de la mission Brownc et
se débarrasser du roi Meng-doun^ qui reprenant une tradition,
interrompue par les événements, avait cette année même en-
voyé une ambassade porterie tribut à Pé-King.
M. Wade fit une démarche auprès du Tsoung-li ^amen
en >ue d'une audience ; il ne donna d'ailleurs pas suite à son
projet, mais pour servir le cas échéant, notre chargé d'af-
faires reçut le 20 décembre i8y5 du Minisire des Allai res
étrangères l'autorisation de s'associer aux démarches de ses
collègues au sujet de l'audience.
Parallèlement h l'enquête Grosvenor, avait été conduite
celle de Li Han- tchang, longue comme on le voit :
Décret^.
Li Ilan-tchang et autres adressent un rapport au Trône: dans
ce rapjx>rt ils exposent les motifs tendant à la dégradation d'un
tousse^ en non activité, à son implication (dans TalTaire Mar-
i;arv) et à son interrogatoire. Li Tchcn-kono autrefois tousse
intérimaire à ^lan-lien ayant été cité, lors de l'enquête sur l'af-
faire Margary, dans la déposition suivante :
« Les notables de T'eng Yué ayant appris la nouvelle de l'ar-
« rivée d'étrangers escortés de nombreux soldats, réimirent les
« milices pour assurer leur protection personnelle et en avisèrent
« le dit Tousse. »
Il est de toute nécessité de savoir au juste et sans retard s'il y a
eu ou non quclqn'autrc circonstance aggravante.
En conséquence, Li Tchen-kouo est préalablement dé^aadé,
el Tordre est donné à Li Ilan-tchang et autres de lui faire subir
I. Mengdoun Mcng mourut lo i*''' oclobrc 1878 et fut remplucé par
son fils Thibau. — Les ambassadeurs birmans, venant de Pé-Ring, quit-
tèrent Kouei-yang pour la Birmanie le a avril 1876.
3. Gazette de Pekingy du 3^ janvier 1876.
3. Mandarin militaire de l\^ rang.
•J2 L AFFAIRE MARGARY
lin interrogatoire conlradictoiremcnt avec Tsiang Tsoung-lian»
tsong-ping dégrade, avec Wou K*i-liang, sous-préfet dégradé :
de cette façon les résultats de l'instruction ne pourront pas être
mis en doute.
Que le Tribunal compétent prenne connaissance du présent
décret.
Respectez ceci.
Nota : Le rapport mentionné dans ce décret a paru dans la
Gazette de Péking, du 35 janvier*.
Rapport *.
Le sujet Li Ilan-tchang, décoré du bouton de i*** classe, Vice-
Roi du Hou-Rouang, commissaire exlniordinaire au Yun-\an.
Le sujet Sié-Houan, décoré du bouton de i""" classe, sous-
directeur de Tribunal honoraire, adjoint au Commissaire extra-
ordinaire au Yun-\an : agenouillés, présentent un rapport au
Trône, dans lequel ils prient l'Empereur d'ordonner la dégrada-
tion préalable et l'interrogatoire minutieux de l'ancien lou-sse
intérimaire que, d'après l'enquête, ils présument avoir été l'ins-
tigateur de la résistance opposée à l'entrée des étrangers dans le
territoire (de T'eng-Yué).
On a commencé par l'interrogatoire des coupables dans l'af-
faire du meurtre de Margary. A cet eflet, l'intendant Ting (ibe-
ping et le préfet Kiang Si-chun ont été immédiatement délégués
pour, de concert avec le Grand Trésorier et le grand Juge de la
province, interroger avec le plus grand soin chacun des coupa-
bles. Il est résulté de l'interrogatoire que, voyant ses bagages
pillés, l'étranger tira un coup de pistolet qui tua un des bri-
gands nommé A-gong, que sur le champ les malfaiteurs résolu-
rent de tuer l'étranger et le mirent à mort ainsi que quatre de
ses serviteurs, mais jamais ils ne voulurent dire qui leur avait
donné le conseil de tuer Margary. Wou K'i-liang déposa en ces
termes : « En vérité, je n'ai entendu parler de rien de tout cela,
et je n'y ai pris aucune part. »
Li Tchen-kouo, qui a été désigné dans une dépèche de Wei
To-ma (Thomas Wade), nia les diflerents faits qui lui étaient
reprochés et, dans un nouvel interrogatoire, déposa en ces termes :
I. L'interprète: F. Sciiekzer.
a. Gazette de Péking, du a5 janvier 187^.
RAPPORT DE LI HAN-TCHANG 7 3
c La la'' lune de Tannée dernière, les notables de T'cng-Yué
« ayant appris F arrivée d étrangers escortés par de nombreux
« soldats, dans la crainte d'être victimes de quelque méfait,
e réunirent les milices pour assurer leur protection personnelle
a et m'en avisèrent. »
Ce détail éveilla les soupçons du sujet Li llan-tchang qui,
étant en route ([X)ur le Yun-Nan) envoya un commandant
militaire de Tsoui kin tcben appelé Li cbang, à T'eng \ué, pour
y faire une enquête secrète. A son retour, il adressa le rapport
suivant :
« J'ai fait une enquête minutieuse de laquelle il résulte que
« Tassassinat de Margary est du à la résistance que ce dernier
« opposa aux malfaiteurs qui voulaient le dévaliser, quant à
c relui qui a été secrètement Tinsligateur de cette attaque des-
e linée à enq)èclier l'étranger d'entrer sur le territoire (de T'eng
« Yué), on crie par les chemins que c'est Li Tchen-kouo. Ce-
« (Mandant ce dernier n'était pas présent lors de l'assassinat et ses
« sf)ldats n'ont pas participé au meurtre. »
Dans la 3*" lune de cette année, le sujet Ts'cn Vù-ying. gou-
verneur de la province, reçut un rapport de I^i Tchen-kouo dans
iMjuel il disait : a Les notables de T'eng-Yué m'ont envoyé à
deux reprises des lettres ofTicielIcs. » Le dit Tousse ajoutait :
« J'exercerai sérieusement ma protection et je veillerai sur le
territoire qui m'est confié. » Le gouverneur Ts'ên Yu-ying lui ré-
|)ondit en lui donnant pour instructions a d'exhorter la popula-
tion de l'arrêter et de ne pas lui laisser commettre de désordres ».
Mais cette lettre, étant arrivée à destination postérieurement à
rallenlal, fut sans effet. Aussi Li Tchen-kouo, bien qu'il n'ait
pas eu l'intention de causer la mort (de Margary) est pourtant
coupble d'avoir conseillé la résistance à l'entrée des étrangers.
Les sujets, après avoir mûrement délibéré, ont reconnu qu'il
était dilljcile de laisser Li Tchen-kouo arguer de sa position
oflicielle et de sa prétendue ignorance pour pallier sa faute, aussi
croyent-ils devoir prier S. M. de dégrader préalablement Li
Tchen-kouo, Fou-kiang honoraire*, Tsan-kiang ^ expectant,
faisant fonction de Tousse h Nan-tien, d'ordonner son interro-
|?aloire ainsi que celui de Wou R'i-Iiang, sous-piéfet dégradé,
1. Mandarin militaire de 3^ rang.
2. Mandarin militaire de 4° rang.
•yi L*AIFAinK M\Rt;ARY
(V ordonner la comparution à jour fixe de Tsiang Tsoung-han,
Tsoung-ping * dégrade. De l'interrogatoire contradictoire de ces
prévenus, on obtiendra des résultats qui ne jwurront pas être
mis en doute.
Rapport présenté respectueusement de concert avec le sujet
Vice-Hoi intérimaire du Yun-Nan et du Kouei-tchéou.Ts*cn Yii-
\ing. Les sujets prient l'Empereur et les deux Impératrices d'exa-
miner ce rapport et de leur donner leurs instructions'*.
LI HOUNG-TCHANG, PLExMPOTENTlAlRE
Le 28 juillet 1876, un décret nommait le Grand secré-
taire Li Houng-tchang, Haut Ministre Plénipolentiaire, et
lui ordonnait de se rendre sans reUrd à Yên-tVi (Tché-fou)
pour conférer sur toutes les affaires en discussion avec Wei
T'o-ma (Thomas Wadc) avec pouvoir d'agir suivant les
circonstances. Sir Thomas arriva à Tché-fou le 10 août et Li,
le 18 ; les deux diplomates eurent ensemble plusieurs confé-
rences ; Tenlenlc paraissait suDisamment établie [)our que Li of-
frit un grand banquet le 3o août auquel assistaient quatorze
invités : Sir Thomas Wade ; M. de Butzov, Ministre de Rus-
sie ; M. von Brandt, Ministre dWllemagne ; Tllon. (ieo. F.
Scward, Ministre des Etals-Unis; M. de Espana, Ministre
d'Espagne ; le Vicoriite Brenicr de Monlmorand, Ministre de
France ; le Clicvalicr de Schacfer, Ministre d'Autriche- Hon-
grie ; le Vice-Amiral Ryder, commandant en chef les forces
navales anglaises en Chine ; le contre-amiral Lambert, com-
mandant Tcscadrc volante anglaise ; M. Otal, secrétaire de
la légation d'Espagne; \V. F. Mayers, Premier interprète
de la légation d'Vnglelerre ; Siu K'ien-chèn, ministre de
Chine à Londres; Tong King-sing et Tchan Laï-soun, in-
terprètes.
1. Mandarin militaire de 2^ rang.
2. Pour traduction conforme: Le i®'* interprète p, i., F. Schf.r/kk.
TOVST DE Ll HOU.NG-TGHANG, TCIIK-FOU, 3o AOUT 1876 ^5
A la lin du Banquet, Tong King-sing lut le discours sui-
vant au nom du Vice-Roi :
TOVST DE LI IIOL'NG-TCHANG, TCHÉ-FOL', 3o AOUT 1876
Je dé>ire maintenant remercier mes h(Mes de l'iionnenr et du
plaisir qu'ils m'ont procurés en s'assemblant pour prendre part
à ce |>a livre repas.
J'ai déjà eu le plaisir de rencontrer à plusieurs reprises la plu-
part d<*s hôtes ici présents, mais c'est isolément et dans des en-
droits dillérenls que je les ai rencontrés; le plaisir bien plus
'^raïul de les voir tous réunis à la fois et de jouir ]>erH]aiit plu-
sieurs heures de leur agréable compagnie, sans a\oir à subir la
contrainte qu'imposent les affaires publiques, m'avait été refusé
jusfju'à ce jour.
Ici, dans ce port de Yen-taï (Tcbé-fou) le magnifKpie aspect
du pays charme l'œil, et les fraîches brises procurent la santé au
rorps. Il convient donc que nos esprits soient en harmonie avec
les beautés de la nature et cultivent l'amitié et la sincérité, ces
deux plus nobles traits du caractère humain.
Faisant application de ce même principe h nos devoirs olli-
ciels, je souhaite que les Nations ici représentées puissent tou-
jours vivre en paix les unes avec les autres, s'aîmant comilie des
frères; car un ancien Sage de la Chine a dit : « Tous ceux qui
vivent dans l'espace borné par les Quatre Mers sont frères. »
C'est dans ce sentiment que je bois à la santé des hôtes illustres
qui m'ont fait l'honneur de s'asseoir à ma table en ce jour.
Sir T. \V ade répondit à ce toast qui fut suivi de plusieurs
autres portés par les divers invités.
Le i*"" septembre, Sir Thomas Wadc rcmetlait a Li une
note marquant les conditions auxquelles la veille dans une
conférence, il s'était déclaré prêt à traiter.
Ces laborieuses négociations furent enfin terminées par la
signature à Tché-fou d'une Convention le i3 septembre
1876.
•76 i/affaire margary
CONVENTION DE TCHÉ-FOU ', l3 SEPTEMBRE 1876*
Arrangement intervenu entre Sir Thomas Wade, K. C. B.^
Envoyé extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire de Sa Majesté
Britannique à la Cour de Chine, et Li, Ministre Plénipotentiaire de
Sa Majesté l Empereur de Chine, premier Grand Secrétaire, Gou-
verneur-Général de la Province de Tché-li, de la i^^ classe du S*"
ordre de la noblesse.
La négociation entre les Ministres sus-nommés lire son ori-
gine d'une dépêche reçue au printemps de Tannée actuelle par
Sir Thomas Wade, du Comte de Derby, principal Secrétaire
d'État pour les AlFaires étrangères, en date du i*"^ janvier 1876.
Cette dépêche contenait des instructions concernant la solution
de trois questions :
1° Un arrangement satisfaisant de ralTaire du Yun-Nan ;
2° L'exécution lidèle des engagements de l'année dernière au
sujet des rap|X)rts entre les Oflîciers des deux Gouvernements ;
3° L'adoption d'un système uniforme en conformité de l'en-
tente conclue au sujet de la rectification des conditions du com-
merce, au mois de septembre 187;") (8® lune de la i" année du
règne de Kouang-Siu). C'est a cette dépêche que Sir Thomas
Wade s'est référé dans ses discussions sur ces questions avec le
Tsoung-li Yamen, et à laquelle il est considéré superflu de se
référer ici.
Skction I
Arrangement au sujet de Faffaire du Yun^an conclu entre Sir
Thomas Wade et le Grand Secrétaire Li, etc.
l. — Un Mémoire sera présente au Trône (il est indifTérenl
qu'il soit présenté soit par le Tsoung-li Yamen, soit par le Grand
Secrétaire Li), dans le sens du mémorandum préparé par Sir
1. Traduction.
2. China, n^- 3 (1877). Voir p. 4i.
— China y n° 3 (1880). — Correspondence respect ing the Agree-
ment between the Ministers plenipotentiary of the Governmeuts of
Great Britain and China signed ai Chefoo on seplember i3, 1876
(In continuation of « China, n" 3 (1877) »]. Présentée!..., 1880. Ix)nd.,
in-fol. [C. — 3716.]
CONVENTION DE TCHÉ-FOU, l3 SEPTEMBRE 1876 77
Thomas Wade. Avant que le mémoire ne soit présenté, le texte
chinois en sera montré à Sir Thomas Wade.
II. — Le Mémoire ayant été présenté au Trône et le décret
impérial > répondant ayant été reçu» le Tsoung-li Yamen com-
muniquera à Sir Thomas Wade des copies du mémoire et du
décret impérial, ainsi que la copie d'une lettre du Tsoung-li
\amen aux Gouvernements provinciaux, leur enjoignant de lan-
cer une proclamation qui contiendra au long le mémoire et le
décret susmentionnés. L'ohjet de la réponse de Sir Thomas
Wade sera alors que pendant deux ans à venir, le Ministre an-
glais enverra des Ofïiciers en différents endroits des provinces
|X)ur veiller à ce que la proclamation soit afTichée. Sur la demande
du Ministre anglais ou du Consul d'un [)ort quelconque au(piol
il aura donné Tinslruction d'en faire la demande, les (irands
Olïîciers des Provinces députeront des Officiers compétents pour
accompagner aux endroits qu'ils auront à surveiller ceux (pii au-
ront été ainsi envoyés.
III. — Dans le but de servir de base à telles réglementations
qui seront nécessaires pour le commerce de frontière entre la
Birmanie et le Yun-\an, le mémoire soumettant l'arrangement
projeté de l'aflaire du Yun-Nan contiendra la requête (pi'un dé-
cret inip(*rial soit rendu enjoignant le Gouverneur Général et le
(louverneur de choisir un Officier compétent de rang élevé pour
conférer avec les Officiers que le Gouvernement Anglais enverra
dans le Yun-Nan et conclure avec eux un arrangement satisfai-
sant.
IV. — Le Gouvernement anglais sera libre pendant cinq ans, à
prlir du premier janvier prochain (étant le 17* jour de la 11®
lune de la 3* année du régne de Kouang-Siu) de stationner des
OUiciers à Ta-Ii fou ou à quelque autre endroit convenable dans
le ^ un-Nan, pour observer les conditions du commerce, à telle fin
qu'ils puissent avoir les informations nécessaires pour baser les
n'iîleuienls de commerce, quand ceux-ci auront à ôlrc discutés.
Pour ce qui regardera l'investigation et l'arrangement de toute
affaire ayant trait aux Officiers ou sujets Anglais, ces Officiers
stTout libres de s'adresser aux autorités de la Province.
L'ouverture du Commerce pourra être proposée par le Gou-
>crnement Anglais comme il le jugera à propos, à une époque
quelconque dans le laps de cinq ans ou à l'expiration du terme
de cinq ans.
Des passeports ayant été obtenus l'année dernière pour une
78 L*AFFAI!IE MARGARY
mission de l'Inde dans le Yun-Nan. le Vice-Roi de l'Inde est
libre d'envoyer celle mission lorsqu'il le jugera h propos.
V. — !^e montant de l'indemnité à payer pour le comple des
familles et autres [personnes tuées dans le Yun-Nan ; pour le
comple des dépenses que l'alTaire du Yun-Nan a occasionnées ;
et pour le compte des réclamations des marcliands anglais pro-
venant du fait des Officiers du Gouvernement Chinois, jusqu'au
commencement de l'année présente a été fixée par Sir Thomas
Wade, qui a pris sur lui cet acle, à la somme de deux cent mille
taels payables sur demande.
\ I. — Quand l'affaire ;»era terminée, une lettre impériale sera
écrite exprimant des regrets pour ce qui s'est passé dans le Yun-
Nan.
La mission portant la lettre impériale se rendra immédiate-
ment en Angleterre. Sir Thomas Wade sera informé de la com-
position de cette mission pour l'instruction de son Gouvernement.
Le lexte de la lellre impériale sera aussi conununiqué par le
Tsoung-li Yamen à Sir Thomas Wade.
Section II
Rela lions Officie lies .
Sous ce titre sont comprises les conditions des relations enlrc
les Grands Officiers dans la Capitale et les Provinces, et entre les
Officiers consulaires et les enqiloyés officiels chinois dans les
ports ; aussi la conduite de la procédure judiciaire dans les cas
mixtes.
I. — Dans le mémoire du Tsoung-li Yamen du 28 septembre
1876, le Prince Koung et les ministres constatèrent que leur
but en le présentant n'avait pas été simplement les transactions
commerciales; les missions à l'Etranger et la question des rela-
tions diplomatiques se trouvaient aussi contenues dans leur
requête.
Pour prévenir des malentendus ultérieurs au sujet des rela-
tions et de la correspondance, l'état actuel des unes et de l'autre
ayant donné sujet de plainte dans la capitale et dans les pro-
vinces, il est convenu que le Tsoung-li Yamen adressera une
circulaire aux Légations invitant les Ueprésentants étrangers à
étudier avec lui notre code d'étiquette; afin que les employés
officiels étrangers en Chine, soit dans les ports, soit ailleurs,
soient traités avec la même considération qui leur est montrée
CONVENTION DE TCHÉ-FOU, l3 SEPTEMBRE 1876 79
lorsqu'ils servent dans d'autres pays, et qui serait montrée aux
Agents de la Chine servant ainsi dans les pays étrangers.
Le fait que la Chine est sur le point d'établir des missions et
des consulats dans les pays étrangers rend essentielle une entente
sur ces points.
II. — Le Traité anglais de i858» art. X\L établit que les
sujets chinois « qui se rendraient coupables de quelqu'acte cri-
« minel envers des sujets anglais seront arrêtés et punis par les
« autorités chinoises conformément aux lois de la Chine. »
« Lt*s sujets anglais qui commettraient quelque crime en
« Chine seraient jugés et punis par le Consul, ou tout autre fonc-
« tionnaire public autorisé, conformément aux lois de la (îrande-
c Bretagne. »
« La justice sera administrée équilablement et imparliale-
« ment des deux côtés. »
ï^s mots « fonctionnaires autorisés » sont traduits dans le
texte chinois par « Gouvernement anglais » .
Afin de remplir les obligations que lui impose son Traité, le
^iouvernement Anglais a établi une Cour Suprême h Chang-Ilaï
avec un code spécial de règlements, qu'il est maintenant sur le
pint de réviser; le Gouvernement Chinois a établi à Chang-
Ilaï une Cour mixte, mais l'Officier qui la préside, soit manque
de puissance, soit crainte d'impopularité, manque constamment
d'enforcer ses décisions. Il est maintenant entendu que le Tsouni;-
li \amen écrira une circulaire aux représentants étrangers, im-
médiatement pour étudier avec le Tsoung-li Yamen les mesures
nécessaires pour assurer une administration plus efficace de la
jnslice dans les ports ouverts au commerce.
III. — Il est convenu que toutes les fois qu'un crime sera
commis, attaquant la personne ou la propriété d'un sujet anglais,
soit dans l'Intérieur, soit dans les ports ouverts, le Ministre an-
glais sera libre d'envoyer des Officiers sur les lieux, pour être
présents à l'enquête.
Afin de prévenir un malentendu sur ce |ioint. Sir Thomas
Hade écrira une note à l'etTet ci-dessus, note h laquelle le
Tsoimg-li Yamen répondra en affirmant que ceci est la marche
à suivre dans l'avenir.
Il est en outre convenu que tant que les lois des deux pays
différeront, il ne pourra exister qu'un principe pour guider les
procédures judiciaires dans les cas mixtes en Chine, savoir : que
le cas est jugé par l'Officier de la nationalité du défendant;
8o l'affaire margary
l'Officier de la nationalité du plaignant assistant simplement
pour surveiller la procédure dans l'intérêt de la justice.
Si rOfficier assistant ainsi est mécontent de la manière d'agir,
il sera en son pouvoir de protester en détail. La loi administrée
sera la loi de l'Officier jugeant le cas. Ceci est le sens des mois
Houei Cing indiquant une action combinée dans la procédure judi-
ciaire, dans l'art. XVI du Traité de Tien-Tsin. et ceci est la lisne
qui doit être suivie respectivement par les Officiers de l'une ou
de l'autre nationalité.
Section III
Commerce.
I. — Par rapport à l'étendue en dedans de laquelle confor-
mément aux traités en vigueur, le Li Kin ne doit pas être perçu,
dans les ports ouverts, sur les marchandises étrangères. Sir Tho-
mas Wade consent à engager son Gouvernement à permettre
que le terrain loué par les étrangers (appelé concession) dans les
différents ports, soit regardé comme la zone exemple de Li Kin
et, en conséquence, le Gouvernement chinois permettra que
I-tchang*, dans la province du Hou-Pé, Wou-lïou ^, dans le
Ngan-Houei, Wen-Tchéou ^, dans le Tché Riang et Pé-Haï (Pak-
Hoï) *, dans le Rouang-Toung, soient ajoutés au nombre des
ports ouverts au commerce, et deviennent des postes consulaires.
Le Gouvernement anglais sera en oulre libre d'envover des OlFi-
ciers résider à Tchoung-Ring pour surveiller l'état du com-
merce anglais dans le Se-tch'ouen. Les négociants anglais ne
seront pas autorisés à résider à Tchoung-Ring, ou d'y ouvrir des
établissements ou des entrepots, tant que des navires à vapeur
n'auront jjas accès à ce port. Quand des navires à vapeur auront
réussi à remonter la rivière jusqu'à ce point, des arrangements
ultérieurs pourront être pris en considération.
Il est en outre proposé, comme mesure de compromis, que,
à certains points sur la rive de la grande Ui>ière, notamment
Ta Toung et Ngan-Ring, dans la province de ^gan-Houei, Ho-
I. A clé ouvert le i" avril 1877.
3. Wou-Uou, sur le Yanp:-lseu, entre Rieou-Kiang et Tchcn-Riang;
ouvert le i*"" avril 1877.
3. Sur la rive droite du Ou-Riang; ouvert en avril 1877.
4. Sur le golfe du Tong-Ring ; ouvert en avril 1877.
C0NVE^N10X DE TCIIÉ-FOU, l3 SEPTRMBRE 1876 81
Réou, dans le Kiang-Si, Wou sué, Lou Ki k*eou et Cha-Si, dans
le Hou Kouang (ces endroits étant des lieux de commerce dans
l'intérieur, dans lesquels les négociants étrangers ne sont pas
légalement autorisés à débarquer ou à embarquer des marcban-
dises, parce que ce ne sont pas des ports ouverts), il sera permis
aux navires à vapeur de relâcher pour débarquer ou embarquer
des passagers ou des marchandises ; mais dans tous les cas, par le
moyen de navires indigènes seulement, et soumis aux règle-
ments en vigueur qui régissent le commerce indigène.
Les produits accompagnés d'un certificat de demi-taxe pour-
ront être embarqués à ces endroits par les navires à vapeur, mais
ne pourront pas être débarqués par eux pour être vendus.
Et, sur tous ces points, excepté dans le cas d'importations ac-
compagnées par un certificat de droit de transit, ou d'exporta-
tions munies de certificats semblables, qui seront individuelle-
ment passes en franchise de Li-Kin sur présentation de tels
certificats, le Li-Kin sera dûment perçu sur les marchandises
quelles qu'elles soient par les autorités indigènes. Les négociants
étrangers ne seront pas autorisés à résider ou à ouvrir des mai-
sons de commerce ou des entrepôts sur les points énumérés
comme ports de relâche.
U. — Dans tous les ports ouverts au commerce en vertu d'un
accord antérieur ou postérieur, où la zone de colonisation n'a
pas été préalablement déterminée, ce sera le devoir du Consul
anglais, agissant de concert avec ses collègues les Consuls des
autres puissances, d'arriver avec les autorités locales à une en-
tente sur la délimitation de la zone de la colonisation étrangère.
III. — Pour la question de l'opium. Sir Thomas Wade en-
gagera son gouvernement à sanctionner un arrangement diffé-
rent de celui qui atteint les autres importations. Les négociants
anglais, lorsque l'opium sera apporté dans le port, seront obligés
d'en faire faire la reconnaissance par les douanes, et de le déposer
en entrepôt, soit dans un magasin, soit dans un ponton, jusqu'au
moment où l'on pourra le vendre. Les importateurs paieront
alors les droits de douane, et les acheteurs paieront le Li-Kin,
afin d'empêcher que les droits ne soient éludés. Le montant du
Li-Kin à percevoir sera décidé par les différents gouvernements
provinciaux et conformément à la position de chacun d'eux.
IV. — Le Gouvernement Chinois consent à ce que les certi-
ficats de droit de transit soient basés sur une seule règle pour
tous le& ports, sans qu'aucune modification ne soit apportée aux
GORDIEH. II — 6
84 l'affaire margary
Cependant malgré les critiques dont elle a été l'objet, on ne
saurait nier l'iraporlance de la Convention de Tché-fou ; elle
est, on peut dire, la troisième étape de rHistoire des rela-
y tions de l'Europe avec la Chine dans les temps modernes :
la première marquée par le traité de Nan-King en 1842, la
seconde parles traités de Tien-tsin de i858 et les conven-
tions de Pé-King de 1860. En dehors des réparations exigées
pour l'affaire même du \un-Nan, les ports de I-tch'ang,
Wou-llou, \\ en-tchéou et Pakhoï étaient ouverts au com-
merce et les Anglais avaient le droit de placer des fonction-
naires à Tchoung-King, point avancé du Haut Yang-tseu ;
de nouveaux avantages commerciaux et autres étaient concé-
dés; mais ce qui, à mon point de vue, fait le principal in-
térêt de la convention, c'est l'établissement d'agents diplo-
matiques chinois dans les pays étrangers. Les résultats obte-
nus par rinstallation des légations européennes à Pé-King,
à la suite de la guerre de 1860, se trouvaient complétés par
la création de postes chinois hors du territoire du Céleste
Empire.
RAPPORT DE LI-HOUNG-TCHANG *
Le sujet, Li Houng-tchang, haut Dignitaire, Envoyé Extraor-
dinaire, Membre du Grand Conseil. ^ ice-Koi du ïché-li. Comte
de !'■'' classe, présente à genoux un rapport au Trône, sur Iccjuel
il prie l'Empereur de vouloir bien faire connaître sa décision.
Dans la 6® lune de la 1 3* année du règne T'oung-Tchc (juillet
1874), le Ministre d'Angleterre en Chine annonce l'envoi de
l'interprète Margary à la rencontre de la Commission envoyée par
(le Gouverneur de) l'Inde au Yun-Nan par la voie de Birmanie,
il demande (pour ce dernier) après en avoir conféré avec le
Tsoung-li Yamen, un passcjx)rt régulier muni des sceaux voulus
et l'envoi d'instructions à chaque province située sur son parcours
ainsi qu'au Vice-Roi et au Gouverneur du Yun-Nan. Peu après,
I . Ga zelte (manuscrite) de Pé-King (traduction), 1 a septembre 1 876 .
RAPPORT DE LI HOUNG-TCHANG 85
le Ministre d'Angleterre annonça que dans la i"* lune (janvier
1875), rinlerprèle Margary était arrive après un long voyage à
Pin Sin, en Birmanie, où il avait rencontré le colonel Browne
et autres commissaires envoyés par (le gouverneur de) l'Inde,
qu'il allait revenir sur ses pas et rentrer dans le Yun-Nan.
Le 17 de la i" lune de la i*"* année du règne de Kouang-Siu,
M. Margary passait àMen-Yunn, sous la juridiction de Teng-Yué
Ting, y fut massacré. Le i8 de cette lune, le Colonel Browne et
autres furent attaqués et arrêtés (dans leur marche). — Dans la
5* lune, l'Empereur envoya le sujet Li Han-lchang. du IIou-
Kouang, en commission extraordinaire au Yun-Nan pour y faire
une enquête et régler l'affaire (Margary), de concert avec Tex
Vice-Président du Ministère, Sié-Houan. — En même temps, le
Ministre d'Angleterre désigna et envoya M. Grosvenor (secrétaire
de Légation) et autres pour assister au jugement.
Dans la 3* lune de la i*"*" année du règne de Kouang Siu, Li
Han-tchang et autres, après avoir terminé leur enquête, répon-
dirent par un rapport au Trône dans lequel il était dit :
L'Interprète Margary a été massacré pour avoir refusé de céder
aux exigences des brigands qui voulaient le rançonner. Quant
aux divers fonctionnaires qui accompagnaient M. Margary, s'ils
furent arrêtés dans leur marche, ce fut à l'instigation du capitaine
actuellement dégradé. Li Tchen-kouo.
Cette affaire intéressant les relations de la Chine avec les étran-
«rers, il est délicat d'apprécier le degré de gravité de son crime.
Aussi avons-nous prié l'Empereur de donner l'ordre au ïsoung-
U Yamen de se mettre d'accord avec le" Ministre de la Justice et
de répondre par un rapport sur ce point.
Nous avons reçu l'ordre suivant : Qu'il soit fait comme vous le
proposez.
Le Tsoung-li Yamen fit faire respectueusement copie des
dépèches du Ministre d'Angleterre, des rapports de Li Ilan-
tchang et autres et des différents interrogatoires et lettres ; ces
copies furent communiquées (au Ministre de la Justice) jx)ur son
information. Les interrogatoires de Li Tchen-kouo et des autres
coupables pouvant servir de preuves, il était nécessaire d'appré-
cier avec discernement le degré de gravité du crime de chacun et
d'appliquer la loi chinoise ; — mais ayant reçu une note du Ministre
d'Angleterre ainsi conçue : Considérant que l'enquête faite par le
Secrétaire est d'accord sur tous les points avec l'instruction et les
interrogatoires faits par le sujet Vice-Roi du Ilou-Kouang, Li
86 l'affaire margary
Han-tcbang, qui désignent Li Tchen-kouo et autres comme les
principaux coupables et qui, suivant les lois chinoises, offrent des
preuves différentes pour établir leur culpabilité ; — considérant
que l'interprétation des lois anglaises ne permettant pas de dire
qu'on est arrivé à une certitude complète (au sujet des coupables) ;
attendu que si l'on punit le coupable dont il a été parlé plus
haut, l'Angleterre ne peut pas se considérer satisfaite et est fondée
à craindre qu'une arrière-pensée puisse subsister dans l'esprit des
populations ; — attendu que ce sont des fonctionnaires anglais
qui ont été massacrés ou arrêtés ; — attendu que les États euro-
péens ont le respect du droit, que plutôt que de récriminer sur
des faits passés, il est préférable d'assurer l'avenir (en en empê-
chant le retour) et je demande l'amnistie pour chacun des cou-
pables compromis dans Taffaire (du meurtre de M. Margary) ; —
Moi, sujet, conformément aux ordres de S. M., je me suis rendu
à Tché-fou pour y Irai ter avec le Mmistre d'Angleterre. Les lois
criminelles de la Chine et des nations occidentales étant diffé-
rentes, ainsi que les manières de procéder, il faut Jonc, dans le
cas actuel, arriver à régler cette affaire en employant des moyens
exceptionnels.
A l'exception du Général p. i. de Teng Yué, Tsang ïsoung*
han, et du sous-préfet de Teng Yué. VVou K'i-liang, qui ont été
dégradés et dont il n'est plus nécessaire de parler, le capitaine Li
Tchen-kouo qui est déjà dégradé et les assassins Eur Tong. Oua
La-t'ou, etc., etc., au nombre de ii, pourront-ils devoir à la
clémence impériale et à sa miséricorde exct^ptionnce la . mise
du châtiment du à leurs crimes et pourront-ils, conformément
au désir de l'Envoyé d'Angleterre, être amnistiés ? — Je prie Sa
Majesté de prendre une décision sur cette question.
Je considère que l'interprète Margary, qui avait une mission
d'un Empire ami, ayant été massacré, alors qu'il portait le pas-
seport qui lui avait été délivré ; — que les fonctionnaires qui
l'accompagnaient ayant été altaqu/s et arrêtés (dans leur marche) ;
— que tous ces faits ont pu altérer les rapports des deux Empares
et que la Cour, en apprenant la mort de Margary, a dii en éprou-
ver le plus grand regret ; — aussi, je prie S. M. de le faire savoir
à tous. Chinois et Etrangers, afm de dissiper les doutes qui peu-
vent exister. La Chine et les Ëtats étrangers qui depuis longtemps
ont échangé des traités doivent tous, chacun de son côté, les
mettre à exécution.
Dans la g* lune de la i^* année du règne Kouang-Siu, le
RAPPORT DE LI HOUNG-TCHANG 87
Tsoung-lî Yamen ^ adressé un rapport au Trône, expliquant les
articles des Traités relatifs aux Étrangers circulant dans l'intérieur
de la Chine, enjoignant à chaque fonctionnaire de chaque pro-
vince d'étudier avec soin Tesprit des traités et de s'y conformer
a\ec discernement. 11 est de mon devoir de prier Sa Majesté de
donner l'ordre aux Vice-Hois et Gouverneurs d'obéir respec-
tueusement au décret du 1 1 de la 9* lune de l'année dernière,
d'envoyer les ordres les plus sévères aux Officiers sous leur juri-
diction, de se préoccuper de satisfaire le désir qu'a le gouverne-
ment chinois d'entretenir la concorde avec les Étrangers. — A
l'avenir, les autorités devront se conformer aux stipulations des
Traités dans leur conduite vis-à-vis des Etrangers munis de pas-
seports et circulant dans l'intérieur et ils devront leur assurer une
protection efficace. Si jamais, au mépris des traités, un étranger
venait à être victime d'injures, de sévices, ou d'un meurtre, les
Officiers supérieurs de la province devront faire l'instruction. En
outre, une proclamation sera affichée dans chaque préfecture,
sous-préfecture, canton, afin d'instruire les individus et leurs
familles, et leur faire comprendre les rapports d'amitié (de la
Chine et de l'Étranger), de façon qu'à Tavenir il ne puisse plus
surgir une cause de désordre. — Si S. M. voulait bien m'ap-
prouver, le Tsoung-li Yamen ferait une proclamation qui serait
envovée dans toutes les provinces et au contenu de laquelle tous
devraient conformer leur conduite. Je prie les Impératrices et
l'Empereur de décider si les difrércnts détails de la solution de
l'aflaire Margary sont ou non satisfaisants.
Que S. M. daigne me faire connaître sa décision, je m'y con-
formerai.
Rapport présenté respectueusement. Reçu un décct impérial.
Déjà copié (dans la Gazelle) .
Li lloung-tchang présente un placet au Trône : Lo Tsoung-li
Yamen avait déjà, dans la 9" lune de l'année dernière, écrit au
Ministre d'Angleterre que la Ciiine avait envoyé au Yun-Nan des
fonctionnaires pour y étudier les questions relatives au commerce
par la frontière du Yun-Nan ; mais que l'Angleterre dorait éga-
lement envoyer des officiers |>our v faire de concert (avec les
commissaires chinois) une enquête et après elrc tombés d'accord
élaborer les règlements. Ceci se trouve conloiui dans les 8 articles
convenus à Pé-King dans la 5'' lune de celte amiée.
88
L AFFAIRE MARGART
Le rioment est venu de mettre à exécution l'article concernant
le commerce sur la frontière du Yun-Nan. On augmentera ainsi
la confiance ; et l'aflaire du Yun-Nan se trouve avoir une
solution satisfaisante. Je supplie TEmpcreur de faire sentir sa
bonté céleste en envoyant Tordre aux Yice-Roi et Gouverneur
du Yun-Nan d'attendre l'arrivée des Commissaires anglais pour
choisir des fonctionnaires expérimentés d'un rang élevé. Ces
derniers se rendront sur la frontière pour y faire de concert (avec
les commissaires anglais) une enquête et y étudier (les conditions
du commerce). Les règlements qui après discussion seront arrê-
tés, feront en temps et lieu l'objet d'un rapport au Trône et mis
à exécution. — Je prie l'Empereur de vouloir bien examiner le
placet présenté respectueusement.
Rapport respectueux.
Reçu l'ordre respectueux (qui , déjà a été copié) (dans la
Gazette) *.
Ces documents sont communiqués aux ministres étran-
gers :
1
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, à M. le vicomte
de MoNTMORAND, Ministre de France.
Communication officielle
Pé-King. le 36 septembre 1876.
Le 16 septembre de celle année, le Vice-Roi de ïché-li. Mi-
nistre Plénipotentiaire de S. M., adressa un rapport au Trône
sur la solution de l'afTairedu Yun-Nan et présenla aussi au Trône
les articles composant l'accord intervenu entre S. Exe. sir Tho-
mas Wade et lui. Je reçus l'ordre impérial suivant :
« Qu'il soit fait ainsi qu'il a été convenu. »
Le Tsoung-li Yamen vous a déjà adressé à ce sujet des com-
munications contenant la copie des Décrels impériaux, il vous a
aussi communiqué dans une lettre le texte des articles de l'accord
(de Li Houng-tchang).
I. Pour traduction conforme: Signé: F, Sciiehzer,
COMMUNICATION OFFICIELLE 89
Un des articles dit :
(Suit la reproduction du paragraphe i de l'article II de Tac-
cord de sir Thomas Wade).
Cet article démontre la sincérité du désir qu'a Sa Majesté d^
voir s'entretenir les sentiments d'amitié (qui unissent la Chine
et l'Étranger). Aussi faut-il étudier les conditions dans lesquelles
on pourrait s'entendre pour discuter et fixer (les hases d'un code)
qui fera ressortir les liens de sympathie qui unissent la Chine et
l'Étranger.
J'ai cru devoir envoyer à Votre Excellence et à ses collègues
copie de cet article afin que vous puissiez vous entendre à ce
sujet.
Quand vous vous serez concertés (sur l'adoption d'un code
d'étiquette) je vous prierai de me le faire savoir afin que nous
puissions le discuter dans des conférences générales.
Recevez, etc., etc.
(Le sceau du Tsoung-li Yamen.)*
II
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, à M, le vicomte
Bre:«ier de Montmorand, Ministre de France.
COMMUNICATION OFFICIELLE
Pé-King, le 26 septembre 1876.
Le 16 septembre de cette année, le Vice-Roi du Tché-li. Mi-
nistre plénipotentiaire de S. M., adressa un rapport au Trône
sur la solution de raffaire du Yun-Nan : il présenta aussi au Trône
les articles composant l'accord intervenu entre S. Exe. sir Tho-
mas Wade et lui.
Je reçus de S. M. l'ordre suivant :
« Qu'il soit fait ainsi qu'il a été convenu. »
Le Tsoung-li Yamen vous a déjà adressé à ce sujet des com-
munications contenant la copie des Décrets impériaux, et il vous
a aussi communiqué dans une lettre le texte des articles de l'accord
(de Li Houng-tchang).
I. Pour traduction conforme: Signe: F. Schehzeb.
go L AFFAIRE MARGARY
Un de ces articles dit :
(Suit la reproduction des paragraphes a et 3 de Tarticle II de
l'accord de sir Thomas Wade).
• Outre la dépêche que j'ai écrite à sir Thomas Wade, confor-
mément au texte de cet article ainsi conçu : <r II est maintenant
entendu que le Tsoung-li Yamen adressera sans délai une cir-
culaire aux Représentants Étrangers pour assurer une adminis-
tration plus efficace de la justice dans les ports ouverts au com-
merce », je viens vous demander s'il vous est possible ou non
d'adopter un règlement uniforme qui serait appliqué à l'avenir
dans la conduite des procès entre Étrangers et Chinois. Je crois
devoir prier Votre Excellence de vouloir bien s'entendre au
préalable à ce sujet avec ses collègues ; je vous prie de me faire
savoir quand vous serez tombés d'accord sur un règlement satis-
faisant afin que nous puissions le discuter dans des conférences
générales.
Recevez, etc., etc.
(Le sceau du Tsoung-li Yamen.) ^
III
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, à M. le vicomte
Brenieh de Montmohand, Ministre de France.
COMMUNICATION OFFICI»="LLE
Pé-King, le a8 septembre '876.
Le 16 septembre de celte année le Vice-Roi du Tché-li, Mi-
nistre plénipotentiaire de S. M., adressa au Trône un rapport sur
la solution de l'aHaire du Yun-Nan : il lui présenta aussi les arti-
cles* composant l'accord intervenu entre sir Thomas Wade et lui.
Je reçus de S. M. l'ordre impérial suivant :
« Qu'il soit fait ainsi qu'il a été convenu. »
Le Tsoung-li Yamen a déjà envoyé à V. Exe. une copie res-
pectueuse des Décrets et celle des articles (de cet accord) : Dans
un de ces articles, il est dit : Par rapport à l'étendue en dedans
de laquelle conformément aux Traités en vigueur, le Ukin ne
I. Pour traduction conforme: Signe: F. Sgiierzer.
COMMUNICATION OFFICIELLE gt
doit pas être perçu dans les ports ouverts sur les marchandises
étrangères, sir Thomas Wade consent à engager son Gouverne-
ment à permettre que le terrain appelé a concession » dans les
diflërents ports soit regardé comme la zone exempte de Likin.
Il est dît aussi : a (Suit la reproduction du paragraphe 3
de Tarticle III de Taccord de sir Thomas Wade)... » La Chine
a établi les droits dits de ce Li-kin » pour subvenir aux exigences
du budget de la guerre. A ces droits sont sujets non seulement
les produits chinois mais encore les marchandises étrangères qui
n'ont pas acquitté le 1/3 droit (de transit).
Mais les commerçants étrangers disent que du inoinent qu'ils
ont acquitté la totalité des droits qui frap|)ent les marchandises
étrangères, on ne peut imposer à ces dernières les taxes dites
« li'^kin 9 avant leur arrivée aux barrières locales ; il résultait de
la divergence des deux manières de voir, des discussions conti-
nuelles. * . Thomas Wade engagea le Gouvernement chinois à
se concerter avec les Gouvernements étrangers pour prohiber la
perception du li-kin sur les concessions étrangères et pour éviter
à l'avenir tout sujet de remaniement (des règlent" nt»).
On adoptera un règlement spécial |X)ur Timporlation de l'opium,
?n vertu duquel les droits de douane ei de « Li-kin » seront
perçus en nnême temps; quant à l'importance de ces droits, elle
sera fixée dans chaque province après étude de la question (par
les autorités provinciales). Les deux paragraphes concernant la
prohibition de la perception du « li-kin » sur les marchandises
étrangères dans lazoncd«»sconccssi(Mis et la perception simultanée
des Droits de Douane et ceux dits « li-kin » sur l'opium, ne
seront définitifs, qu'après vous être concerté avec vos collègues
sur les deux paragraphes sus- mention nés, >ous preniez les
instructions de votre Gouvern?mcnt.
Lorsque les Gouvernements étrangers se seront mis d'accord à
ce sujet. Votre Excellence voudra bien aviser leTsoung-li ^amcn
qui prendra une solution définilive de concert (avec les Puis-
sances Étrangères). Telles sont les affaires dont je voidais vous
entretenir respectueusement.
Agréez, etc., etc.
(Le sceau du Tsoung-li Yamen.) '
1. Pour traduction conforme: Le premier interprète p. 1., Signé:
F. SCHERZRR.
ga L AFFAIRE MARGARY
MM. de Biilzov et von l^randt se montrèrent fort mécon-
tents de ce que Sir Thomas Wade eût introduit dans son
traité des questions d'étiquette et de li-ki'n. Les taxes de li-
kin étaient d'aill.eurs en contradiction avec l'article 23 du
traité français de Tien-Tsin.
Sir Thomas Wade, après les Chinois, fait part à ses col-
lègues de la signature de la Convention :
LETTRE DE SIR THOMAS WADE AU VICOMTE BRE>'1ER DE MONT-
MORAND
^ Pe-King, septernber 3o, 1876.
Monsieur le Mimstre et cher Collègue,
1 found on m y return to Peking last week that the Chinese
Text of the agreement between the Grand secretary Li llung-
changand mysclf, signed at Chcfoo on the iS^*" instant, had already
been conimunicated to the Représentatives of the Treaty Powers
and that copies had been also forwardcd to the Provincial Govern-
ments. As I bave had the honour to slate to such of my coUea-
gues as are within rcach, the cnglish text is being printod at
Shang-Haï and, as soon as I rcceivc it in this form, it is niy
purpose similarly to communicatc copies to ail.
Before signing the Agreement, I declared my readincss (if on
my arrivai the mémorial and decrees referred to in the Agree-
ment should be immcdiately publishcd and the circulars, for
the expédition of which the agreement farther stipulated, immc-
diately written) to telegraph to my Government that 1 had taken
upon me to close the Yun-Nan Case. The engagements, above
referred to, having been so far satisficd, I beg to acquaint you.
Monsieur le Ministre, that I bave this day informed the Prince
of Kung that 1 hâve sent the proniised message to my Government.
I avail, etc.
Signé : Thomas-Francis Wade.
RÉPONSE DU CORPS DIPLOMATIQUE
A une réunion des Ministres de France, de Russie, des
1
REPOnSE DU CORPS DIPLOMATIQUE gi
Élats-Unis, d'Espagne et d'Allemagne, M. de Butzov pré-
senta un projet de lettre au Tsoung-li Yamen qu'il avait ré-
digé, qui après quelques modifications proposées par
M. Seward^ fut adopté ; il fut convenu que cette lettre en-
voyée par chacun des ministres étrangers serait communi-
quée k Sir Thomas Wade par M. de Butzov, sous-doyen du
corps diplomatique, après qu'elle aurait été expédiée au
Tsoung-li Yamen. Sir Thomas trouva la lettre tout à fait de
son goût et ne nuisant en aucune manière à son arrangement.
Pe-King, a"** october 1876.
The undersîgned has the honour to acknowledge thc receipt
of Your Impérial Highnessand Your Exc.'s despatches of the aôth
and aSth seplember, in which, referring to several clauses
of the agreement signcd at Chefoo by the Plenipotentiaries of
China and Great Britain, you invile me a? wcll as niy collea-
gues the Représentatives of others Powers to consider conjointly
Ihe questions referred to and to inform you of the resuit of our
délibérations.
Whibt thanking Y. I. H. and Y. E.E. for the above commu-
nications, I beg to inform you that it is, in my opinion, advi-
sable as it would also be conformable with the established eus-
tom of diplomatie intercourse, that we should Qrst of ail consider
and décide what question require a settlement and are therefore
lobe brought under discussion. 1 bave consulled my colleagues
on this point and, as a complète undcrsianding exists betwccn
ns regarding this way of procédure, 1 beg to inform Y. 1. H. and
Y E. E. that I shall be ready whenever you may lind convenient
lo confer with you in view of the object above slated and having
once determined the points to be discussed lo corne with you lo
an understanding on the varions questions that may become the
subject of our délibérations.
In regard, however, lo likin taxes and the proposed références
lo ihc several Governmenls I mustal once remark that the négo-
ciation should be pursued in the usual manner and that pending
Ihe resuit I cannot consent to the abridgement of Ihe existing
ireaty stipulations.
I avail, etc.
94 L* AFFAIRE MAR6ART
CIRCULAIRE DE M. BRENIER DE MONTMORAND AUX COSSULS
ET VICE-CONSULS DE FRANCE EN CHINE
Pé-King, le 4 octobre 1876.
Monsieur,
L'article 11 de la section III de Tarrangement intervenu le ï3
septembre 1876 entre sir Thomas Wade et Li Houng-tchang est
ainsi conçu :
« At ail ports opened to trade whether by earlier or la ter agree-
ment, at which no settlement area bas been previously defined,
it will bc tbe duty of the British Consul acting in concert with
bis colleagues the Consuls of the other Powers. to corne to an
undcrstanding with tbc authorittes regarding tbe définition of
of tbc foreign settlement area. -»
Au cas où votre collègue d'Angleterre désirerait vous voir fixer
avec lui rétendue deTareaen question, con^forniémentà la teneur
de l'article ci-dessus, vous voudrez bien lui répondre que vous
n'avez pas reçu d'instruction à ce sujet. L'accord n'étant pas
encore coniplètement établi à cet égard entre les différents Repré-
sentants des Puissances étrangères, il est à propos que vous ne
fassiez rien sans m'en avoir préalablement référé.
Recevez, etc.
Signé : V" Brënier de Montmorand.
NOTE DE M. VON BRANDT
Le Ministre d'Allemagne regrette de ne pas pouvoir en-
trer pour le moment dans une discussion ayant pour but
d'amener des pourparlers avec le Gouvernement chinois au
sujet de quelques points isolés faisant partie du projet de re-
vision communiqué par le Cabinet de Berlin aux Cabinets
des puissances signataires avec la Chine, avant qi^e les né-
gociations qu'il poursuit avec le Tsoung-li Yamen au sujet
de la revision du traité allemand-chinois ne lui aient donné
la conviction qu'une base satisfaisante pour la revision géné-
rale du traité ait été obtenue.
!«OTE DE U. VO.\ BRANDT QD
Le Ministre d^AUemagne en faisant cette déclaration est
convaincu que ses collègues ne verront en elle que le résul-
tat inévitable de la situation donnée et ne douteront ni du
désir de son Gouvernement ni du sien propre de maintenir
intact le principe de IMdentité des intérêts et de Faction
commune que le Gouvernement allemand regarde comme le
plus important pour les relations entre les puissances signa-
taires et la Chine.
Trois points de la convention de Tché-fou appartenaient
au domaine commun de la diplomatie étrangère àPé-King : le
code d'étiquette (diplomatie intercourse), procédure judi-
ciaire et likin. Le code d'étiquette méritait d'être étudié au
triple point de vue de la question de l'audience, des rapports
entre les représentants étrangers et les ministres chinois, les
rapports entre les Consuls et les autorités locales. Le likin était
contraire aux stipulations de notre traité de Ticn-Tsin ; l'Alle-
magne qui préparait la revision de son traité n'était nulle-
ment disposée à accepter des clauses qu'elle n'avait pas
discutées elle-même. Les ministres de Russie, d'Allemagne,
des États-Unis, d'Espagne et de France s'étant réunis en
novembre 1876, décidèrent que pour le moment il n'y avait
pas lieu de s'occuper de l'audience et qu'ils n'entreraient
pas en pourparlers avec le Yamen sur les trois points de la
Convention de Tché-fou.
CHAPITRE V
NOUVEL AN CHINOIS, 1876. - PORTUGAL. — TRAITÉ DE
KANG-HOA. - WEN-SIANG. — H. BRENIER DE MONTHO-
RAND. — AFFAIRE DE NING-KOUO FOU. — CHEMIN DE
FER. — CORPS DIPLOMATIQUE CHINOIS.
NOUVEL AN CHINOIS, 1876
Le vendredi 4 février 1876, c'est-à-dire le 10® jour de la
i^^ lune de la 2® année Kouang-Siu, la population de Pé-
King, à sa très grande stupéfaction, fut témoin à l'occasion
du nouvel an chinois, de la réception solennelle des minis-
tres étrangers par le prince Koung, entouré des hauts fonc-
tionnaires de l'Empire : Ying Kouci, grand secrétaire ad-
joint, président du ministère de l'Intcrieur ; Peng Kouei-yii,
vice-président de ce même ministère ; le duc Tsai Ling,
président du ministère des Finances*; Youen Pao-hêng et
King Cheng, vice-présidents de ce même ministère ; Ling
Kouei, président, Kouang-tcho, Mien I, et Siu Toung,
vice-présidents du ministère des Rites ; Kouang-cheou, pré-
sident, le marquis En Sing et Hia T'oung-chan, vice-prési-
dents du ministère de la Guerre ; Chou-Ki, Houang-yù et
Weng T'oung-ho, vice-présidents du ministère de la Justice ;
Li Houng-tsao, président. Ho ï'ing Kieu, Kouei-Ts'ing et
I-tchen, vice-présidents du ministère des Travaux ; Tsao-
Pao, président, Té-Tchoung et Sin-Chou, vice-présidents
I. Devint i8-ig février 1877, président du ministère de l'Intérieur
et grand secrétaire adjoint, à la place de Ying Kouci.
I
NOUVEL AN CHINOIS, 1876 97
du Bureau colonial ; King-lien, président', Tang Yên-chên,
Houei-Sin el Toung-Houa, membres de la Cour des Cen-
seurs; outre ces >ingl-six fonctionnaires, il faut ajouter les
membres du Tsoung-li Yamen (présidé par le prince
Koung) : les grands secrétaires Wen-Siang et Pao-yiin,
chancelier de TAcadémie ilan-lin, le grand secrétaire
adjoint, Kouei-fên, président du ministère de la («uerre,
tous membres du (jrand Conseil ; Toung Siun, président du
ministère des Finances ; Mao Tch'ang-hi, président du mi-
nistère de l'Intérieur ; Tch'oung-Heou, vice-président du
ministère de Tlnlérieur ; KouoSoung-tao, faisant fonctions de
vice-président du ministère de Tlnlérieur, et Envoyé extraor-
dinaire en Grande-Bretagne ; Tch'éng-lin, vice-président du
ministère des Travaux, et second lieutenant-général de Gen-
darmerie ; Hia Kia-hao, vice-président de la Cour de Irans
mission de la correspondance*.
Le corps diplomatique fut reçu dans Tordre suivant : 1 1 heu-
resdu matin, Sir Thomas Wade, Grande-Bretagne ; ii h. 3o,
M. de Butzov, Russie ; midi, M. Ilolcombe, Elats-Lnis; 12
h. 3o, M. von Brandt, Allemagne; i heure, M. de Schaefer,
Autriche; 1 h. 3o, M. Mori', Japon ; 2 heures, D' Ehiiore,
Pérou; 2 h. 3o, le comte de Rochechouart, Franco*.
Pourquoi cette innovation? Affaires de Corée, peut-être?
Ou bien comme conséquence du mémorandum du 28 sep-
tembre 1870 sur les relations entre les hauts fonctionnaires
chinois et les ministres étrangers ?
1. Devint à la menic date, 18-19 février 1877, pf^'sidcnl du minislère
<ies Travaux et fut remplacé au Censorat par Ts'iuen K'ingqul devint, le
i5a\ril 1878, président du ministère de la Justice.
2. Toung Tchéng Se.
3. M. \fori, le nouveau ministre japonais, était arrivé à Tché-fou, le
13 décembre 1876, sur le navire de guerre japonais Hurodaï\ il se rendit
i Pé-King, par terre.
/|. Norlh-China Herald^ a mars 187G, p. 187.
CoRDiBR. II. — 7
98 ANNÉE 1876
Les fôles du nouvel an chinois, écrit M. de Rochechouart, ont
été signalées cette année par une innovation ; le prince Koung,
au lieu de nous recevoir, comme il le faisait habituellement en
petit comité, avait convoqué tous les grands dignitaires de l'Etat,
les Princes exceptés, et il nous a donné une sorte de réception
de gala. L'Assemblée se composait des membres du Grand Conseil,
des Présidents et Vice-Présidents des sept ministères, des gou-
verneurs de l'Empereur, des Académiciens, du gouverneur
militaire de la ville, des censeurs et de deux chefs de bannière,
en tout vingt-six, sans compter les membres du Tsoung-li Yamen.
Le Prince a été très aimable, et comme depuis que je lui ai
donné un perroc[uet que j'avais rapporté de Singapore, il affecte
chaque fois que je le vois de faire à propos de cet oiseau un cours
de géographie assez fantaisiste, il n'a pas perdu cette occasion
de montrer ses connaissances à un public aussi lettré.
MINISTRE PORTUGAIS
Au commencement de 1876 on fit courir le bruit de Ma-
cao, que le gouvernement portugais avait nommé E>om
Lobo d'Avila?, ministre plénipotentiaire, avec Tordre de se
rendre à Pé-King pour faire ratifier le traité de 1862*. Une
escorte suffisante devait lui être envoyée, en cas de besoin.
Rien de sérieux, d'ailleurs'. Déjà, M. de S. JanuaTio avait eu
celle môme pensée, mais, à la suite du scandale causé par
la traite des coolies, les circonstances avaient paru peu fa-
vorables.
JAPON ET CORÉE, TRAITÉ DE RANG-HOA, 2G FÉVRIER 1876
Nous disions^ que ce que n'avaient pu faire en Corée ni
les Français, ni les Américains, les Japonais Tenlreprirent
avec succès en 1876. Après le règlement des affaires de For-
1. I, p. 1^6.
2. North'China Herald^ 1 3 janvier 1876.
3. I, p. 394.
MORT DE WEN-SIANG
Le grand secrétaire Wen-Siang mourut à Po-King le 26
mai 1876* ; avec lui disparaissait une grande figure de Tad-
minislralion chinoise. Il avait passe son examen de docteur
tsin-che à Pé-King en i845 ; à Tépoque des difficultés avec
la France cl l'Angleterre (i 858- 1860), il était vice président
du ministère des finances et fut le principal conseiller du
prince Koung. Le 5 novembre 1861, apr(*s le coup d'état
qui avait coûté la vie à Sou-Chouen^, il fut replacé au Grand
I. Vicomte Mori Arinori, assassiné le 1 1 février 1889. Voir Jhe Far
F.ast, 1, p. iiQ sq. 11 était originaire de Kagoshima.
a. 36* jour, 2** mois, g" année Mei-dji.
3. Ministre des affaires étrangères en 187g.
^i. Ratifié le aQ mars 1876, 22^ jour, 3* mois, 9® année Mci-dji.
5. China. — Impérial Maritime Customs. — III. Miscellancous Séries:
n" ig. — Trfiaties, Régulations, etc., hetween Corea and other
Powers, 1 876-1 88g.., Shanghaï, i8gi, in- 4.
6. I, p. lia, note; c'est, par erreur que la date de sa mort est marquée
1S-5, d'après Giles.
7 I. p. lag.
MORT DE WEN-SIANG QQ
mose et que M. Mori', ministre du Japon à Pé-Kinp, fut
>ur de la neutralité de la Chine, une escadre japonaise com-
mandée par le général Kuroda fut chargée de faire une dé-
monstration pacifique sur les côtes de Corée ; elle arriva à
Fou-san le 1 5 janvier 1876; le mois suivant, le 26 février*,
kuroda-kiyotaka et Inouyé-Kaoru^ pour le Japon, et Sin-
IlOn et In Jà-s\ng pour la Corée, signèrent à kang-hoa, en
chinois et en japonais, un traité* en douze articles ex-
trêmement important par lequel l'indépendance de la Corée
était affirmée et l'ouverture de deux ports au commerce ac-
cordée en plus de Tchoriang-hang (Fou-san). L'article i*''
dit en effet que « la Corée étant un état indépendant jouit des
mêmes droits souverains que le Japon m)*^.
ÎOO ANNÉE 1876
Conseil dont il avait été chassé lors de la fuite de Hien-Foung ;
son avancement est alors rapide: au commencement de 1862,
il est nommé président de la Cour des Censeurs ; quelques
mois, plus tard, il devient Tun des ministres de la Maison
Impériale, et président du ministère de la Guerre, et à Tau-
tomne, président du ministère des Travaux. En i863, il est
à la tête du Li-fan-youen, bureau de Mongolie ; en i864, il
reçut le titre honorifique de Premier Tuteur de l'héritier du
trône ; en 1866, il devient président du premier des ministè-
res, celui de l'intérieur, Li-Poiij et il entre en 1871, au
grand secrétariat comme l'un des deux Ifiep Pan Ta-IIio
Cfie (grand secrétaire adjoint) ; enfin en 1872, il devenait
Grand-Secrétaire (^Ta-IJio-Chey.
Depuis 1870, il souffrait d'un asthme qui augmentant d'an-
née en année, l'obligea à demander sa retraite le i3 mars
187/1 ; on lui enleva le fardeau de ses principales fonctions,
ne lui laissant que celui des affaires élrangères. La mort de
Wen-Siang fut rapide et inattendue ; il était moins âgé, il
n'avait pas atteint soixante ans, que fatigué :
« Agé et surtout infirme, écrit un diplomate, Wen-Siang était
retiré officiellement des affaires, mais ses avis étaient toujours
pris et suivis dans les circonstances graves ; ennemi des Euro|x»ens
et surtout de la religion clirélieime, il jouissait d'une grande
réputation dans le parti conservateur chinois et sa mort est une
sorte de deuil public. »
Dès le début de sa maladie, l'empereur envoya à Wen-
Siang du gin-scng pour le réconforter. Le lendemain de sa
mort, la Gazette de Pé-Kiny (27 mai) renfermait un décret
faisant son éloge : « Il avait brillé par la pureté et rinlégrilé
de sa conduite, non moins que par l'application assidue de
son intelligence aux intérêts de l'Etat. » En vérité, l'on peut
I. ï, p. io4. — North-China Herald^ 17 juin 1876, p. 585.
M. BRENIER DE MONTMORAND lOI
dire de Wen-Siang qu'il fut le bras droit de l'Empereur et
la sagesse qui inspirait son c^eur*.
M. BRENIER DE MONTMORA7ÏD
M. le vicomte Brenier de Montmorand* qui avait été
consul général à Chang-Haï fut nommé ministre à Pé-King,
en remplacement de M. Louis de Geofroy, par décret du 24
avril 1876. Il quitta Paris, le 3 juin, et se rendit en Chine
par le Havre et l'Amérique, et il arriva à Pé-King, le 1/4
.^plembre 1876.
Notre chargé d'affaires, M. de Rochechouarl avait quitté
la capitale le 20 juin au soir après avoir remis le service à
M. de Roquette ; celui-ci, à son tour, remit le service le i5
septembre à M. Brenier de Montmorand ; ce dernier, sur le
conseil de ses collègues, ne demanda pas à présenter ses let-
tres de créance ; il se borna à rendre visite au prince Koung
el aux membres du Tsoung-li Yamen le 19 septembre à 3
heures.
I. Comme conséquence de la mort de Wen Siang, Pao Yiin, qui était
prand secrétaire (7a Hio Che) du T'i Jen Ko, devint grand secrétaire du
^'ou Ying Tien, à la place de Wen Siang, titulaire depuis le 9 jan-
vier 1875; et Ying Kouei remplaça Pao Yûn comme T'i Jen Ko Ta
flio Che; les deux autres grands secrétaires étaient Tso Tsoung-t'ang cl
l^i Houng-tchang, qui le 9 janvier 1875, était devenu IVen Noua Tien
Ta Hio Che* à la place de Joui- Lin.
"i. Né en t8i3, il était fils cadet du général Antoine- François Brenier;
tn iS'iS, le gouvernement le nomma commissaire général. On l'envoya
ensuite h San Remo, puis k Soville, où sa conduite pendant One épidémie
à^ choléra fut remarquée. 11 fut nommé successivement consul général à
i^iiang-Haï, ministre plénipotentiaire de 3*^ classe au Chili, consul général
en Egypte en 1870. En 1876, il est nommé ministre de i" classe k Pé-
King où il reste jusqu'en 1879; il prend définitivement sa retraite Tannée
suivante (1880). Il est mort le 16 février 1894 à Saint-Marcellin (Isère),
^n pays natal.
lOa ANNÉE 1876
AFFAIRE DE WING-ROUO-FOU *
En arrivant àChang-Haï au mois d'août 1876, M. Bre-
nior apprit du supérieur des Jésuites, le P. Foucault*, les
graves événements qui s'étaient passés le i3 juillet à ^ing-
Kouo-fou, dans le Ngan-houei.
La résidence de Ning-kouo avait été détruite le 22 février
1876 à l'instigation du général Fang Tong-lin, mais le P.
Seckinger' avait pu faire écrire de Chang-Haï, le i5 mai
1876:
« L'affaire de Ning-ko fou est à peu près terminée. Les
mandarins accordent aux missionnaires une indemnité de
1800 piastres (9000 fr.) et un terrain de 29 arpents de
terre dans la ville de Ning-ko fou. De plus, une proclama-
tion favorable au christianisme sera probablement aflichée
dans les bourgs des six sous-préfectures*. »
Mais le i3 juillet 1876, le prêtre indigène François
Ilouang Tche-chcn, originaire de Hai-men, et son caté-
chiste Vang Che-fou, furent massacrés au village de Ngou-
tchen-wan (Lou-tsen), sous-préfecture de Kien-p'ing ;
« quarante chapelles furent ince'ndiées ou démolies, et les
chrétiens pillés, puis traqués, comme des bêtes fauves, durent
chercher un abri au fond des bois, sur les montagnes y>^.
I. Missions catholif/ues, 1876, p. aSa, 3^i, 4i6, 5i8, 629, SgS,
6o4. — f^c Pays de Ning-ko^ par le P. Ravary, Ihid., pass.
a. Foucault, Auguste^ ne à Sable, le i*^** mai i8a6; arrivé en Chine,
le 8 décembre 1866; supérieur de la mission du Kiang-Nan du 7 février
1878 au 3o octobre 1876 ; revint en Europe on 1877 ; supérieur de Kouen
et de Nantes; mort à Paris, la septembre 1889.
3. Seckinger, Joseph ^ le véritable fondateur de la mission du Ngan-
Houei ; voir I, p. 3/jii note.
4. Missions catholiques^ 1876, p. 34 1.
5. La Mission du Kiang-nan^ son histoire, ses œuvres. Paris,
1900, in-8, p. i33.
PROCLAMATIONS DU TAO-TAÏ DE CHANG-HAI Io3
Le P. Seckinger se rendit à Nan-King pour obtenir jus-
tice des autorités provinciales et arriva à Wou-Hou avec trois
délégués chinois après avoir terminé ses négociations. D'au-
tre part le mercredi, 3 août, le P. Foucault rendait visite à
M. Brenîer qui, le dimanche suivant, partit pour Nan-King
sur le Talisman afin d'appuyer par sa présence les revendi-
cations des missionnaires auprès du vice-roi Chen Pao-lcheng ^
quilulfi.! bon accueil; il eut avec Chen trois entrevues et se
laissa « circonvenir par les roueries mandarinales et taxa d'exa-
gération le récit fidèle de ces excès monstrueux. Les autorités
chinoises le constatèrent vite et s'enhardirent d'autant »*.
D'ailleurs Li Houng-tchang écrivit au vice-roi Chen, chargé
d'instruire le procès : « La France n'est plus qu'une puis-
sance de second ordre ; cette affaire du Ning-kouo fou peut
cire traitée librement ; il n'y a rien à craindre de personne *. »
« Les faits ne tardèrent point à démontrer que le mot li-
hrement signifiait « çans égard pour la plus vulgaire équité ».
Los victimes furent juridiquement vilipendées, des innocents
décapités, des scélérats et des assassins de marque absous
avec honneur. A la fin de janvier 1877, en pleine ville de
Nan-King, Pé Houei-tsing, autre catéchiste du P. Houang,
fui décapité pour de soi-disant forfaits*. »
PROCLAMATION DU TAO-TAÏ DE CHANG-HAÏ
A la suite des affaires de Ning-Kouo fou, M. Brenier de
1. Né à Fou-tchéou. — Ancien commissaire de Tarscnal de Pou-
tcbcou ; il fut envoyé à Formose en 1874 (K p. 533); en 1862, il avait
été gouverneur du Kiang-Si; en 1875, il remplaça Lieou Kouen-i, comme
vice-roi des deux Kiang, qu*il eut pour successeur à sa mort à Nan-King,
le 18 décembre 1879.
2. Nankin Port ouvert..., par le P. Louis Gaillard, p. a^ô.
3. Chinois et Missionnaires. Une persécution dans la province
df Ning~ho fou, par le P. Bizeul. Limoges, Barbou, in 4. p. 277.
i. P. Gaillard, /. c, p. 347.
I04 ANNÉE 1876
Montmorand écrivit à Chen Pao-tcheng, vice-roi de Nanking,
Chang-Haï, 1 5 août 1876, pour lui rappeler les dispositions
bienveillantes dont il l'avait entretenu, les promesses qu'il lui
avait faites de lancer une proclamation en faveur des chré-
tiens. Chen s'exécuta de bonne grâce et fit afficher la cir-
culaire suivante par le Tao-Taï de Chang-Haï :
Le i3* article du Traité français est ainsi conçu : « La reli-
gion chrétienne ayant pour objet essentiel d'exhorter les hommes
à la vertu, les membres des communions chrétiennes jouiront
d'une entière sécurité pour leur personne, leurs propriétés, etc.
Aucune entrave ne sera apportée au droit qui est reconnu h tout
individu en Chine d'embrasser la religion chrétienne et d'en
suivre les pratiques.
D'un autre côté, un édit en date du 3* jour de la 11'' lune
de la 1 1° année du règne de l'Empereur Hicn-Foung ordonne :
« A l'avenir, dans toutes les affaires concernant les chrétiens ou
la religion, les mandarins locaux devront se rendre un compte
exact de la question, et statuer selon la justice. Les chrétiens qui
se conduisent comme il convient, c'est-à-dire en honnêtes gens,
étant aussi les Fils de la Chine, ont droit k la même protection
que ceux qui n'ont point embrassé le Christianisme, et ne sau-
raient être molestés parce qu'ils sont chrétiens : et, dans toutes
leurs décisions, les mandarins locaux devront se baser sur la
justice, afin que l'on sache que la protection est accordée aux
gens vertueux » .
Respectez ceci » .
Nous nous sommes conformés à cet édit depuis bon nombre
d'années déjà, ainsi que le prouvent nos archives. Faire le bien
est le fondement de la religion chrétienne ; l'empereur K*ang-Hi
l'a autorisée et depuis lors, elle n'a jamais usé de moyens diabo-
liques pour porter préjudice à autrui.
Aujourd'hui, j'apprends que les bruits qui circulent dans les
endroits soumis à ma juridiction relativement aux hommes en
papier', aux tresses coupées, se tourneraient contre les Chrétiens
qu'on accuse, et donneraient naissance à de mauvais projets
contre eux. Si je me reporte au temps passé, je vois que les
I. On prétendait que des lutins de papier coupaient les nattes des
Chinois.
PROCLAMATION DU TAO-TAÏ DE CHANG-HAI Io5
membres de la Société du Nénuphar blanc ont employé ces
moyens ; hommes en papier, tresses et plumes de poulets cou-
pées, afin d'arriver en troublant les esprits, à s'emparer des
valeurs d'autrui.
Depuis quelque temps des gens sans aveu font circuler des
bruits sur les tresses et les cheveux coupés. Tout le monde en
parle, mais personne ne l'a vu de ses yeux ; personne ne s'est
assuré du fait. D'un autre côté, tous ces bruits ridicules n'ont
rien à faire avec la religion chrétienne. Vous devez donc rester
ailmes, paisibles, ne point prêter attention aux histoires sans
fondement, ne point vous effrayer, ne point vous exciter.
Maintenant, si vous voulez saisir le vent ou l'ombre, c'est-à-
dire créer du désordre pour des motifs qui n'existent pas. et
soupçonner le peuple chrétien, c'est que vous êtes des gens sans
aveu, des fauteurs de trouble. L'autorité locale a le devoir de
faire jouir le peuple de la tranquillité et de maintenir en consé-
quence les bons rapports entre la Chine et l'Etranger ; nous ne
saurions donc ne pas punir les perturbateurs. Partout, depuis
longtemps déjà, les églises sont en paix, et on n'a jamais appris
qu'elles aient violé la loi, ni employé des maléfices, etc. ; elles
n'en ont que mérité davantage notre protection. On ne doit ni
soupçonner les missions, ni les accuser injustement, ni les com-
promettre, ni les molester, ni les attaquer. Vous devez donc
obéir à l'édit impérial et vous conformer au Traité. Si vous osez
faire circuler des bruits, attiser les craintes, et qu'on vous
découvre, vous serez saisis et punis selon la rigueur des lois.
Votre repentir sera tardif. Ceux qui pour un motif d'extorsion
ou autre porteraient de fausses accusations contre les Chrétiens,
ceux-là seront punis plus sévèrement encore.
D'une part, j'ai ordonné qu'on arrêtât les coquins et qu'on
protégeât les honnêtes gens, d'autre part je fais la présente pro-
clamation pour que le peuple et les soldats soumis à mon anto-
rilé aient à s'y conformer.
J'aime le peuple, je ne crains donc pas de me donner la peine
de lui prodiguer ces avertissements. Obéissez avec respect, ne
désobéissez point * .
I. Pour traduction conforme : l'interprète J. Arène.
I06 ANNÉE 1876
CIRCULAIRE DE M. BRENIER DE MONTMORAPiD
Eu prenant possession de son poste, M. Brenier de Mont-
morand envoya une circulaire aux évêques et aux supérieurs
des différentes missions catholiques en Chine.
Pc-King, le i5 septembre 1876.
Monseigneur,
Je suis arrive hier à Pé-King et mon premier soin est d'en in-
former Votre Grandeur.
Je suis heureux de revenir dans un pays que j*ai déjà habité
pendant cinq ans et d'y renouer les excellents rapports que j'ai
toujours eus avec les Missionnaires dont plusieurs sont pour moi
d'anciens amis. Je mettrai tous mes soins à les protéger de mon
mieux ; c'est pour moi un devoir et je le remplirai avec
plaisir ; je m'empresse, Monseigneur, de vous en donner la ferme
assurance.
Mais, pour que mes efforts soient couronnés de succès, j'ai
besoin du précieux concours de Votre Grandeur etje dois compter
sur l'efficace coopération de tous vos saints missionnaires. La
Chine traverse en ce moment une crise politique fomentée par
les sociétés secrètes dont le principal but est de créer des embar-
ras au Gouvernement chinois. Notre devoir est certainement de
nous tenir complètement en dehors de ces luttes intestines, mais
nous devons également éviter tout ce qui pourrait fournir l'occa-
sion aux fauteurs de désordres de susciter des troubles dans
l'Empire.
Permettez-moi donc. Monseigneur, de compter sur votre entier
dévouement aux intérêts généraux de la France et de votre Mis-
sion et je vous prie, en même temps, de recommander à lous
vos missionnaires d'être encore plus prudents et circonspects que
par le passé.
Veuillez, etc.
Signé : V*** Brenier de Montmoranu.
P. S. — Par une lettre en date du i5 août dernier à S. Exe.
Chcn Pao-tcheng, j'avais prié le Vice-Roi de Nanking de lancer
une proclamation en faveur de nos missionnaires :
CHEMIN DE FER DE WOL-SOUNG IO7
c Ce sonl des hommes de bien, lui disais-je, qui ne cherchent
9 qu'à améliorer le peuple et à faire triompher les vrais prin-
ce cipes delà morale. Que V. E. daigne le faire savoir à tous ses
« administrés et ce sera un moyen sûr de calmer Tirritation que
c de faux bruits, colportés par des gens intéressés, répandent
< dans le peuple chinois ? »
Le Vice-Roi Chen Pao-lcheng vient d'accomplir une partie de
mes désirs en autorisant le Tao-Taï de Chang-llaï à aflicher la
proclamation dont j'ai l'honneur d'adresser sous ce pli une copie
à V. (i. Je crois qu'après en avoir pris connaissance, elle se
convaincra que rien d'aussi favorable à nos missions n'est sorti
jusqu'à ce jour d'un Yamcn chinois.
CHEMIN DE FER DE \V0U-80rNG
A la suite d'une concession de route ordinaire, la maison
anglaise de Chang-Haï, Jardine, Malheson & C'*', établit du vil-
lage de Wou-Soung à Tentrée de la rivière de Chang-llaï,
jusqu'à cette ville, environ i6 kilomètres, le premier chemin
de fer qu'on ait vu dans FEmpire du Milieu. Le 3o juin
1876, on en inaugurait le premier tronçon de Chang-IIaï à
Kou-Wang. Mais le 22 août. Sir T. Wade fit arrêter la cir-
culation des trains sur la demande de Li Houng Ichang.
Malgré le succès que rencontra auprès des Chinois le nou-
veau moyen de transport, les fonctionnaires qui avaient été
joués se fâchèrent et d'épineuses négociations furent enta-
mées ; enfin une convention signée le 24 octobre 1876
céda la nouvelle ligne ferrée aux Chinois moyennant une
somme d'argent.
CONVENTION, 24 OCTOBRE 1876
Entre Foung *, Tao-Taï de Sou-tchéou, Soung-Riang etTaïtian,
I. Foung Kiun-Kouang était originaire du Kouang-Toiing ; voir la
Gazette de PéKing du i8 juillet et du a août 1878.
Io8 ANNÉE 1876
intendant de la Douane de Chang-Haï ; Tchou, bouton bleu clair,
Tao-laï en expectative au Hou -Pc ; Ciiung, Tao-taï en expectative
pour la première j)lace vacante auïché-li, du grade de Fou-taï,
d'une part ;
Et M. Mayers, secrétaire-interprète de la Légation d'Angle-
terre, d'autre part;
Ont été convenus les articles suivants au sujet du chemin de
fer de Gliang-Haï à Wou-Soung :
i*^' Article. — Son Excellence Li à Tché-fou a discuté avec
S. E. M. Wade l'affaire du chemin de fer, afin de sauvegarder le
droit qu'a la Chine d'être seule juge chez elle en certaines ma-
tières. Des deux côtés ont été désignés des délégués, ce sont les
Tao-taï Tchou et Chung, qui conjointement à M. Mayers et au
ïao-taï de Chang-llaï, Foung, ont discuté verbalement la solution
à donner. Les articles convenus à Nan-King ont été soumis à
l'approbation de S. E. le Vice-Roi des deux Kiang; des deux
côtés on a apposé les signatures et chaque partie a conservé un
exemplaire de la Convention en double ; les Tao-taï délégués ont
soumis également la Convention à Son Exe. Li et au Fou-taï du
Riang-Sou ; M. Mayers de son côté a soumis ladite convention à
M. Wade.
a* Article. — La Chine acquiert la propriété du chemin de
fer, c'est-à-dire des terrains qu'il occupe, de la voie ferrée, des
wagons et des machines, etc. La vente une fois opérée, la Société
qui l'administrait n'aura plus rien à voir audit chemin de fer.
3® Article. — Pour fixer le prix du terrain, de la voie ferrée,
des wagons, des machines et des remises, etc., à rembourser à
la Compagnie actuelle, le Tao-taï de Chang-Haï et le Consul
d'Angleterre choisiront chacun doux experts qui, après sérieux
examens, fixeront équitablement le prix à payer par le Gouver-
nement chinois, en tenant compte de la dépréciation du matériel
pendant un an, dépréciation basée sur les règlements de la Con)-
pagnie à cet effet.
i^ Article. — Le paiement s'opérera en trois versements. Le
jour où le prix aura été convenu, la Chine paiera le tiers de la
somme totale et la Compagnie remettra les titres de propriété
au Tao-taï de Chang-Haï ; six mois après, le Gouvernement
chinois paiera le second tiers et, l'année achevée, il versera le
dernier tiers. Le Tao-taï priera le Consul d'Angleterre d'in%iler
la Compagnie à venir loucher ces trois versements.
5' Article. — Dans le cours d'une année, du i5* jour de la
CHEMIN DE FER DE WOU-SOUNG lOQ
9* lune de la a* année de Kouang-Siu au i5* jour du g* mois
de ta 3* année de Kouang-Siu, le Gouvernement Chinois
aura pavé intégralement le prix convenu ; les terrains, la voie
ferrée, les wagons, etc., seront livrés immédiatement au Gouver-
nement Chinois qui sera lihre de faire marcher ou d'arrêter le
chemin de fer ; Tancienne Compagnie n'aura plus à s*en inquié-
ter. Dans le cours de Tannée, c'est-à-dire à partir du i5* jour
de la 9' lune de la a' année de Kouang-Siu, la Compagnie sera
libre de faire marcher ou de suspendre le chemin de fer selon
son bon plaisir ; qu'elle fasse des bénéfices ou subisse des pertes,
pendant ce laps de temps, les Chinois n'ont point h s'en inquié-
ter. Pour ce qui est des règlements concernant la sécurité
publique, le Tao-taï de Chang-lïaï et le Consul d'Angleterre les
détermineront de concert et Ton s'y conformera quand ils seront
établis.
6* Article. — La longueur de la voie ferrée de W ou-Soung
à Chang-Haï est d'environ trente lis ; jusqu'à l'expiration de
l'année, la Compagnie actuelle administrera cette voie : elle sera
hbre de faire le transport des voyageurs, mais ne devra rien faire
de contraire aux règlements de la douane, ni acheter de nouveaux
leiTains pour arrondir la voie actuelle.
7' Article. — Une indemnité sera accordée à la famille de
l'individu qui a été écrasé par le passage d'un train *.
8* Article. — On s'en tiendra aux présents articles sans leur
faire subir d'autres modifications ; toute l'ancienne correspon-
dance entre le Tao-Taï et le Consul d'Angleterre sera regardée
comme lettre morte et l'on ne reviendra plus sur les anciennes
discussions.
9* Article. — La présente Convention entre deux nations
amies a pour but de sauvegarder les droits de la Chine chez elle ;
elle est avantageuse pour la Chine et ne fait point de tort aux
négociants étrangers ; c'est pourquoi elle a été dirigée dans un
^rand esprit de conciliation. Quand le Gouvernement chinois
sera devenu propriétaire dudit chemin de fer, et si l'on voulait
construire d'autres lignes, on devrait s'entendre d'abord avec le
Gouvernement chinois ; le présent règlement ne saurait, dans
tous les cas, servir de précédent.
10* Article. — Les ouvriers étrangers et l'Ingénieur Morrison
i. Le 3 août.
IIO ANNÉE 1876
seront, après l'achat du chemin de fer, conservés ou renvoyés-
chez eux par les Chinois, d'après les clauses stipulées dans leur
contrai avec la présente Compagnie. Si on les conserve, ils de-
dront recevoir leurs ordres de l'autorité chinoise et ne point agir
de leur propre autorité.
Les articles ci-dessus ont été convenus et revêtus de la
signature des parties contractantes h Nan-King ; à Chang-Haï, ils
seront revêtus du sceau pour faire foi.
Le 8* jour de la 9* lune de la 2* année de Kouang-Siu (soit le
24 octobre 187G).
Ont signé : Le Tao-Taï de Chang-Haî,
FoUNG.
Le Tao-Taï en expectative au Hou-Pé,
Tciiou.
Le Tao-Taï en expectative au Tché-li pour la première vacance,
CilUNG.
Le secrétaire-interprète,
Mayers.
Le prix d'acliat du chemin de fer fut fixé à 285 000 taels.
La circulation fut rétablie le i""* décembre 1876, mais les
Chinois avaient décide la destruction de la ligne : le samedi,
20 octobre 1877, un peu après midi, le dernier train partit
de Chang-IIaï pour Wou-Soung avec douze wagons et 4oo
passagers, et le lundi suivant, chemin de fer et matériel fu-
rent remis officiellement aux Chinois par l'ingénieur en chef
Morrison. Pendant sa courte existence, le chemin de fer
avait porté 187876 passagers et produit 42oi4 piastres 02,
somme plus que suffisante pour couvrir les frais*. Le che-
min de fer, démonté, fut transporté à Formose.
CORPS DIPLOMATIQUE CHINOIS
Après la signature de la convention de Tché-fou, rien
I. Nortli-China Herald, a5 octobre 1877, p. 867.
CORPS diplomatique!' chinois I I I
n'empêchait le départ des deux envoyés extraordinaires
Kouo et Lieoii. Koiio Soung-lao, originaire du Hou -^an,
compatriote et ami de Ts'êng Kouo-fan, était un lettré dis-
tingué, jouissant d'une grande réputation de probité ; au
moment de sa nomination comme envoyé à Londres, il était,
depuis mars 1876, juge au Fou-Kien ; un décret du i**" dé-
cembre 1870 le nomma, à la place de Yin Tchao-yong,
pour remplir les fonctions de vice -président du ministère de
la Guerre et Tappella au Tsoung-li Yamen. Le 19 septembre
1S76, il fut désigné pour faire fonction de vice-président du
ministère des Cérémonies à la place de Houang-tcbo, nommé
HIft-Tchény, directeur de Téducatien (chancelier littéraire) du
Tché-Kiang.
« S. E. Kouo, écrivait un de nos secrétaires d'ambassade à
M. Brenier de Montmorand, le 24 novembre 1876, est accom-
pagné d'un second envoyé, Lieou Si-houng, et des secrétaires de
Léf:pLtion Tcbang Tse-mou du grade de Fan-t'aï (Trésorier pro-
^incial), Tao-t'aïen expectative pour la province de Koueï-tcheou,
et Li Chou-tchan. de grade de Tcbe Tclieou en expectative pour
la province de Kiang-Sou (bouton de 5* rang) ; des interprètes
Té-Ming, du grade de Youen-Wei-lang en expectative au minis-
tère de la Guerre, soit bouton de 5" rang et Foung-Yi du incmc
erade au ministère des Finances * ; des cqiployés à la Cbancel-
lerie Wang Ghou-tang du grade de Tchou-che, au ministère de
la Justice, soit bouton de 6* rang, Li Tching-men, Tche-liicn en
expectative dans la province de Canton, soit bouton du 7" rang et
Louo Che-coun, aspirant Tche-hien, soit du bouton du 8^ rang.
En plus, des docteurs, cuisiniers, coiflcurs, domestiques ; en
tout 3o personnes.
Kouo qui a été nommé le 38 août 1870 ^. Envoyé extraordi-
naire à la Cour de Saint-James, est originaire de la province du
Hou-Nan, est âgé d'une soixantaine d'années et s'est acquis dans
les lettres une certaine réputation.
I. Ils avaient accompagné Burlingame en Europe et parlaient l'anglais
couramment.
a. En réalité, septembre 1875.
112 •année 1876
Il a occupé diflerents postes adininistratifs en Province et fut
envoyé en i865 à Canton en. qualité de Commissaire judiciaire ;
il fut même cliargé pendant quelques mois du Gouvernement de
Canton. Sa conduite ou ses remontrances ayant déplu, il fui
destitué et se retira dans son pays natal pendant environ dix ans.
Au commencement de 1875, il vint à Pé-Ring avec le frère * de
Ts'éng Kouo-fan, son ami et son protecteur, ancien vice-roi du
Pc Tché-li et de Nanking ; fut peu après, nommé commissaire
judiciaire à Fou-tcliéou et quelques mois plus tard, désigné
pour remplir les fonctions de premier envoyé régulier du Gou-
vernement Chinois à l'Étranger.
Kouo qui est veuf depuis nombre d'années, emmène cependant
avec lui deux petites femmes ou concubines, toutes deux d'un
certain âge. Il jouit parmi ses compatriotes d'une réputation
d'extrême probité, d'une grande fermeté de caractère et il regarde
la simplicité dans la manière de vivre comme un des premiers
devoirs d'un fonctionnaire public.
Le 3" Envoyé, Lieou Si-houng est un personnage complète-
ment inconnu et qui, jusqu'à présent, n'a occupé que des grades
inférieurs de la commission des Châtiments à Pé-King. Il est doué
de manières peu engageantes et, bien qu'on le dise fort instruit,
l'amitié que lui porte le chef de la mission parait éti'e son prin-
cipal titre à l'emploi dont il vient d'être revêtu.
Quant aux secrétaires et autres employés complétant le per-
sonnel de l'ambassade, je ne sais rien à leur sujet....
L'ambassade chinoise quitta Chang-Haï^ par le vapeur de
la Péninsulaire, le Travancore, le 2 décembre 1876 ; Kouo
était accompagné du D*" Ilalliday Macartney, qui devait
remplir les fonctions de secrétaire anglais, et de Mr. \\ . C.
Hillier. Le Ministre chinois arriva à Londres, le 22 jan-
vier 1877.
Sir Thomas Wade avait lui-même quitte Pé-King, le 6 no-
vembre 1876 et était arrivé à Chang-IIaï le i5 pour s'embar-
quer pour l'Europe ; les résidents étrangers du grand port chi-
nois lui remirent le 28 novembre une adresse de félicitations.
I. Ts'êng Kouo-ts'iuen.
a. Kouo partit le 18 de la lo^^ lune de la 2*-' année Kouang-Siu.
CORPS DIPLOMATIQUE CHINOIS I 1 3
Sir Thomas n^était pas rentré en Angleterre depuis sept ans
et il y avait trente-cinq ans qu'il travaillait en Chine : il avait
bien gagné son congé*.
Le D*" S. Wells Williams, secrétaire de la légation des
Etats-Unis quitta Pé-King le 20 octobre 1876; il était ar-
rivé en Chine en i833 : quarante -trois années de résidence ^ I
L'année précédente, le 11 décembre 1875, un décret im-
périal nommait Tch'ên Lan-pin et Young Wing, envoyés
extraordinaires en mission aux Etats-Unis, en Espagne et au
Pérou, c'est-à-dire dans les pays d'émigration. On se rap-
pellera que Tch'ên avait été commissaire à Cuba en 1873-
1874'. Young ^^ing était un fonctionnaire provincial que
Ton promut lao-taï et qui reçut à cette occasion le bouton de
2* rang.
Les premiers éléments d'un corps diplomatique chinois
étaient constitués.
Enfin par un décret impérial du 12 décembre 1876,
Tch'oung-Heou* était nommé gouverneur général de Mand-
chourie, à la place de son frère qui venait de mourir ; par
suite, il quittait le Tsoung-li Yamen, où il était remplacé
par Li Houng-tsao, président du ministère des Travaux.
1. Il arriva à Londres, le 4 janvier 1877.
a. I, p. a85, note.
3. T, p. 5i6.
4. I, p. 366.
CORDIER. II. — 8
CHAPITRE VI
NOUVEL AN CHINOIS, 1877. - NOUVEAUX PORTS OUVERTS. —
DEUIL DE T'OUNG-TGHÉ. — LETTRES DE CRÉANCE. — FA-
MINE. - CONVENTION D'ÉMIGRATION. — M. DE ES-
PANA.
NOUVEL AN CHINOIS, 1877
Le nouvel an chinois, en 1877, '^^ marqué comme le pré-
cédent par une innovation :
Un incident d'une certaine importance ici s*est passé cette an-
née à Pé-King à roccasion des visites du premier jour de l'an.
Jusqu'à présent S. A. 1. le Prince Koung et les Membres du
Tsoung-li \amen venaient seuls faire visite aux Ministres étran-
gers et les titulaires des autres ministères. Secrétaires d'État, ou
chefs de service, s'abstenaient complètement de remplir cet acte
de courtoisie. — L'année dernière, cependant, deux d'entre eux
vinrent en personne faire leur visite, mais on apprit plus tard
que c'était par suite d'une erreur qu'ils étaient entrés chez les
Ministres. Les autres hauts mandarins, et seulement quatorze
d'entre eux, — dé|)osèrent simplement leur carte à la porte des
Légations ; quelques-uns de mes collègues en firent le sujet
d'une plainte au Prince Koung.
Celte année, l'innovation est complète et inattendue! Le
Prince Koung s'est fait accompagner des Membres du Tsoung-li
Yamen et de vingt-six grands dignitaires de la couronne, trente-
cinq personnes en tout. Pendant trois jours nous avons été en
fête, ces mandarins s'étant divisés en trois groupes... Cet événe-
NOCVEL AH CHINOIS, 1877 Il5
nement qui, en Europe, n'aurait aucune signification, est consi-
déré ici comme un réel succès pour les Étrangers * .
n semblerait d'ailleurs qu'un changeaient favorable se fût
produit dans les dispositions des hauts fonctionnaires à
l'égard des étrangers et même des chrétiens, qu'un décret
recommande de traiter avec la même justice c^ue leurs com-
patriotes païens. 11 est vTai que ce décret peut aussi être re-
gardé comme la rccom|)ense du dévouement montré par les
étrangers lors de la famine du Chan-Toung dont nous par-
l .15 plus loin.
Décret, i" février 1877.
Les Membres du ïsoung-li Yamen apportèrent ofliciellemcnt
au Ministre de France le décret suivant paru dans la Gazette de
Pé-King, du i" février 1877.
[Considérations générales sur les inondations et la sécheresse
qui ont frappé plusieurs provinces, sur le devoir qu'ont les man-
darins d'être honnêtes et de rendre le peuple heureux, selon le
désir de l'Empereur]...
... Le Peuple et les Chrétiens étant également les fils de l'Em-
pereur, je ne les ai jamais traités de deux manières. J'ordonne
aux Généraux-cn-Chef, aux Vice-Rois, aux Gouverneurs de pro-
wnce, aux Gouverneurs des villes (Moukden et Péking) de don-
ner des instructions à leurs subordonnés pour que, dans les
procès entre les Chrétiens et le peuple, ils se conforment à la
justice, — qu'ils se contentent de rechercher de quel côté est le
droit, sans établir de distinction entre le peuple et les Chrétiens,
qu'ils donnent une prompte solution à ces procès, qu'ils ne
montrent pas la moindre partialité et ne mettent point de
retard préjudiciable aux deux parties. Je donne ces instructions
à tous. Respectez ceci *.
I. M. Brenicr de Montmorand au duc Pecazes. Péking, i4 janvier
a. Pour traduction conforme, le premier interprète, p. /., signé :
J. Arèxe.
Il6 ANNÉE 1877
OUVERTURE DE NOUVEAUX PORTS AU COMMERCE, 1°*" AVRIL 1877
Les Chinois tenaient d'ailleurs loyalement la promesse
qu'ils avaient faite dans la Convention de Tché-fou d'ouvrir
de nouveaux ports :
S. A. I. le Prince Koung à S. E. M. le Ministre de France.
Pé-King, le 12 mars 1877.
Nous avons Thonneur de porter à la connaissance de Y. E.
que, le Tsoung-li Yamen ayant, dans un rapport collectif au
Trône, soumis la date du i'''* avril 1877, pour TouYerturc des
quatre nouveaux ports, 1-tchang, Wou-IIou, Wen-tchéou,
Pakhoï * . et proposé d'attendre que des règlements aient été con-
venus avant de fixer l'ouverture des six points intermédiaires sur
le Yang-tseu, Sa Majesté, par un rcscrit du 1 1 de ce mois « ap-
prouve ce qui a été discuté. Respectez ceci. »
Et c'est ce que nous croyons devoir transcrire respectueuse-
ment pour l'information de V^. E. et de MM. les représentants
des Puissances étrangères^.
DEUIL DE t'oUNG-TCHÉ
Le deuil de l'empereur ï'oung-ïché devait prendre fin
dans le courant de mai 1877 ; les impératrices remirent par
décret les fêtes à plus tard.
La Gazette de Pé-Kiny, du 28 mars 1877, contenait le
décret suivant des deux Impératrices :
Pé-King, i4* jour de la 2*^ lune de la 3*^ année Kouang-Siu.
Trois années se sont écoulées comme un instant depuis que
1. Les trois premiers p(^ls furent ouverts le i**" avril 1877, mais
Pakhoi ne fut ouvert que le 2 avril ; le consul anglais iiissa son pavillon
le l'r mai 1877.
2. Pour traduction conforme, le premier interprète, p. 1., signé:
J. Arène.
DEUIL DE t'oUNG-TCHÉ I I7
feu TEmpereur Toung-Tché est allé sur un dragon prendre sa
place en baut. Les années et les mois s'écoulent avec la rapidité
des flots, la 3*" lune sera la date de Texpiration du deuil et notre
tristesse est profonde encore. Les règles établies de notre dynas-
tie veulent qu'à Tcxpiration d'un deuil impérial, les cérémonies
ou félicitations à Sa nouvelle Majesté se pratiquent dans Tordre
normal. Toutefois, le cercueil de S. M. Toung-Tché n*a pas
encore été mis en terre pour l'éternel repos et, si Ton donnait
cours aux félicitations d'usage, nos cœurs en seraient alîectés.
Déplus, S. M. Rouang-Siu étant encore en bas âge. certaines
cérémonies ne sauraient être pratiquées : il faut donc détermi-
ner et peser ce qui convient.
A rexceplion des grands levers ou réceptions générales qui se
tiendront comme à l'ordinaire, les repas de (in d'année offerts
aux Princes et Ducs Mongols dans la salle Tchin tchong lien, le
ihé offert aux lamas lors des exorcismes dans la salle Tchoung
Ichong tien * et les repas offerts dans la salle Tse Kouang Ko * —
à la r- lune, aux Princes et Ducs Mongols et aux Envoyés des
pays étrangers seront remisa plus tard.
Pour les autres cérémonies, les Yamens que cela concerne au-
ront respectivement à se conformer aux précédents de la a** année
de feu Toung-Tclié. Respectez ceci ! '.
L'emploi dans le décret des expressions Wal kouo che
irhen était propre à répandre la confusion et « il semblerait
ré>nller qu'un des motifs qui ont dicté la dérision des Im-
ptTalrices Régentes a été d'éviter, sous des prélexlos plausi-
bles et courtois, toute nouvelle demande d'audience, à celte
occasion, de la part des ministres étrangers ».
A propos justement de certaines expressions employées
dans rÉclit des deux Impératrices, notre premier interprète
/>. /., M. Jules Arène, écrivait:
« L'expression « Envoyés de Pays Etrangers », en cbinois
I. Palais du Juste Milieu, dans la ville réservée.
3. I, p. 47^1.
3. Pour traduction conforme, le premier interprète, p. 1., signé :
i. Arène.
Il8 ANNÉE 1877
ce Wai-kouo-che-tchen », tout en ne désignant pas absolument
r.IM. les Ministres Plénipotentiaires résidant à Pé-King, doit tou-
tefois faire naître des doutes dans l'esprit des lecteurs de la
Gazette de Pé-King.
«L'expression «Wai-Kouo», «Pays Étrangers», s'applique
ordinaire irtent aux Puissances Occidentales et l'expression «Ghe-
tchen», «Envoyé », dans les documents ofliciels chinois, sert
aussi bien à désigner le Représentant d'une Puissance ayant
un traité avec la Chine que l'Envoyé d'un pays tributaire quel-
conque, Corée, Birmanie, ou Annam. D'un autre côté, si l'on
considère que l'Audience impériale accordée en t873 à MM. les
Ministres étrangers s'est tenue dans cette môme salle Tse
Kouang Ko où sont traités d'habitude, à la première lune, les
Princes et Ducs Mongols et les envoyés des pays tributaires, la
confusion devient d'autant plus facile et un doute regrettable
subsiste. »
LETTRES DE CRÉANCE
M. de Roquette quitta Pé-King, le 18 avril 1877 pour
rentrer en Europe ; il fut remplacé par le vicomte de La-
vaur de Sainte-Fortunade, secrétaire de 3® classe*.
La question si intéressante de la remise des lettres de
créance se posa lors de Tarrivce à Pé-King du comte Fe
d'Ostiani, ministre d'Italie en Chine et au Japon, qui rési-
dait habituellement dans ce dernier pays. Une réunion des
ministres étrangers eut lieu le 4 juin, et le comte Fc de-
manda à ses collègues « leur opinion sur la conduite qu'il
devait tenir au sujet de ses lettres de créance? ». M. von
I. Lavaur de Sainte-Fortunade, Henri-Frédéric- Marie, vicomte de,
né le a3 novembre 18/19 • licencié en droit; lieutenant de mobiles, 1870-
1871 ; attachée Buenos-Ayres, 7 mars 1878; à Madrid» 1 5 décembre
1876; secrétaire de 3« classe à Pé-King, 28 août 1877; à Athènes, lO dé-
cembre 1880; secrétaire de 3*^ classe à la même légation, 33 janvieri88i;
officier d'Académie, 5 juillet i88'i ; secrétaire do i'*'-' classe à Tokyo (non
installé), 8 c.îcrmbre i885; à Rome (Quirinal), i" mars 1886; envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Rio-de-Janeiro, 39 décembre
1897; ^ négocié et signé Taccord commercial entre la France et le Bré>.i,
relativement aux droits d'entrée sur le café, juin-juillet 1900.
FAMINE 119
Brandi déclara qu'il avait encore en sa possession les lettres
de créance de son prédécesseur, M. von Rehfues, ainsi que
les siennes propres et qu'il les garderait jusqu'à ce qu'il
puisse les présenter personnellement à l'Empereur. Les re-
présentants de Russie et d'Espagne, Butzov et de Espana,
furent du même avis. M. Brenier suggéra d'envoyer des co-
pies des lettres au prince Koung et de réserver les originaux
à l'Empereur ; il se heurta à l'opposition de ses collègues,
cpioique sa proposition fut fort raisonnable.
FAMINE
L*année 1877 fut marquée par une terrible famine qui
désola le Chan Toung ; dans le vicariat de M'^'' Cosi, la sé-
cheresse s'ajouta à la misère ; du mois de septembre 1875
au mois de juillet 1876, il ne tomba pas une goutte de
pluie ; des bandes de voleurs détroussaient les passants, pil-
laient les maisons des gens riches, assassinaient les fonc-
tionnaires. L'hiver de 1876-7 fut le plus rigoureux qu'on
eût vu en Chine depuis 1861-2. Emus des souffrances du
peuple, les missionnaires anglo-américains firent circuler pour
secourir les malheureux des listes de souscription en tête
desquels s'inscrivirent les ministres étrangers. Le Tsoung-li
Yamen témoigna sa reconnaissance par la lettre suivante
adressée à tous les ministres souscripteurs.
Pé-King, le 26 mai 1877(13 de la 4^ lune).
Nous venons d'apprendre par les journaux que les Puissances
Ktrangères se sont cotisées pour subvenir aux besoins des locali-
tés du Chan-ïoung éprouvées par la famine. Nous avons été tou-
chés d'un tel acte de charité accompli en dépit des distances et
nous tenons à vous en exprimer ici notre reconnaissance *.
Une lettre semblable fut écrite plus tard pour les secours
i. Pour traduction conforme, le i'''* interprète : G. Dkvéria,
120 AKNÉE 1877
apportés par les étrangers aux malheureux du Chan-Si et du
Ho-Nan, provinces également dévastées par la famine :
Pé-King, le 1 5 janvier 1879.
Le Prince Roung et les Membres du Tsoung-li Yamen au
Ministre de France.
Nos provinces du Chan-Si et du Ho-Nan ont été désolées par
la famine pendant plusieurs années consécutives, ce qui a été
pour Votre Gouvernement une occasion de manifester ses senti-
ments de charité. Grâce à cela des existences ont été préservées
et des appétits satisfaits. Votre Gouvernement nous a prouvé
dans Cv.5 circonstances qu'il n'établit pas de distinction de natio-
nalité quand il s'agit d'aider le prochain. Nos relations de bonne
amitié en profitent en s' affermissant davantage; Nous, Prince et
Ministres, nous ne saurions vous remercier avec trop d'effusion.
Veuillez agréer, etc. *.
Des milliers de malheureux étaient morts pendant cette
famine ; Tincuric du gouvernement chinois fut extrême. Le
22 juin 1876, la Gazette de Pé-Idng renfermait un décret
ordonnant que des prières fussent dites, pour obtenir de la
pluie, dans les temples de TEtat par TEmpereur, les princes
Toun et Koung.
Les sommes d'argent recueillies par les étrangers *: 'élevè-
rent à environ 36 000 taëis sur un total de taëls 2 023644
fournis par Fadministration indigène : à Tché-fou, MM. Cor-
nabé ramassèrent taëls -22 245,73 et le Rév. John L. Ne-
vius, taëls 7 620,02 ; à Tien-Tsin, le Rév. Jonathan A. Lees
réunit taëls 6 5i5,2o'.
I. Pour traduction conforme, signé : G. Devéria.
a. Chinât n" a (1878). — Beport on ihe Famine in the Northern
Provinces of China. — Wilh a Map. — Prescnled..., 1878. Lond., in-
fol. (G. - 1957J.
Renferme un rapport intéressant de W. F. Mayers, Peking, octobre 3o»
1877.
— China t n® 6 (1878). — Further Papers respecting the Famine
in China. Presenled..., 1878. Lond., in-fol. (G. — 2107].
cosvENTio?r d'émigratiox avec l'espao'e 131
COKVENTIO?i d'eMIGRATIO?! AVEC l'eSPAO'E
Depuis la mission* envoyée par les Chinois à Cuba pour
étudier les conditions dans lesquelles se produisait Immigra-
tion des coolies, des négociations avaient été engagées entre
l'Espagne et le Céleste Empire pour établir les bases d'une
convention é^piitable. (irâce au concours des ministres étran-
gera, une convention fut enfin signée à Pé-King par cinq
membres du Yamen, le ministre d'Kspagne, Dcn Carlos de
Espaiia*, le 17 novembre 1877. L'article 10 du traité espa-
gnol de 1864 était abrogé; il était ainsi conçu :
Les autorités Impériales permettront que les sujets chinois qui
désirent aller et voyager aux possessions espagnoles d'outre-nier,
signent des contrats à cet eflet avec les sujets espagnols et s'cni-
barqucn. seuls ou avec leurs familles, dans n'importe quel
port ouvert de Chine, et les autorités locales établiront les règle-
ments nécessaires dans chaque port, d'accord avec les représen-
tants de S. M. Catholique pour la protection des travailleurs
susmentionnés.
Ne pourront être admis les déserteurs ni ceux qui auront été
enlevés contre leur gré; si un tel cas se produisait, l'autorité
locale préviendrait le Consul Espagnol pour qu'ils soient ra-
menés.
Convention relative à t émigration chinoise dans Vile de Cuba y
17 novembre 1877.
Sa Majesté le Roi d'Espagne et Sa Majesté l'Empereur de la
Chine, désirant établir sur de nouvelles bases l'émigration des
sujets chinois à l'île de Cuba et éviter toute complication qui
pourrait surgir à l'avenir, ont nommé pour leurs pléni[)otcn-
tiaires respectifs, à savoir: S. M. le Roi d'Espagne, Don Carlos
I. 1, p. 5o8.
a. M. de E^tpafSa mourut le i'^'* octobre 1880, des suites d'une chute
de cheval qu'il fil à Pé-King dans la soirée du 36 septembre 1880.
rv» "î
123 AN?îÉE 1877
Antonio de Espana, son ministre plénipotentiaire en Chine,
Annam et Siam, grand-croix de Tordre royal d'Isabelle-la-Ca-
tholique, chevalier des ordres de Saint-Jean de Jérusalem et du
Lion Néerlandais, etc..
Et S. M. l'Empereur de Chine LL. EE. Shen, Mao, Tung,
Chéîïg et Hshia, membres du Tsoung-li yamen.
Lesquels ont convenu de ce qui suit :
Article l""". — Les hautes parties contractantes par les pré-
sentes conviennent qu'à l'avenir l'émigration par contrat des
sujets chinois dont parle l'article X du traité conclu à Tien-ïsin
le 10 octobre 1864 * reste et demeure abrogé.
La stipulation du susdit article relative à la remise aux auto-
rités de tous ceux qui seront réclamés comme déserteurs, crimi-
nels et prévenus reste seule en vigueur.
Art. 3. — Les difficultés auxquelles l'application des disposi-
tions du dit traité de Tien-Tsin, relatives à l'émigration, avait
donné lieu, ayant été écartées, les deux gouvernements renoncent
de part et d'autre à toute indemnité pécuniaire.
Art. 3. — Il est convenu entre les hautes parties contractantes
que l'émigration de leurs sujets respectifs, qu'ils soient ou non
accompagnés de leur famille, sera à l'avenir libre et volontaire.
Elles désapprouvent tout acte de violence ou de ruse qui serait
commis dans les ports de la Chine ou partout ailleurs dans le
but d'expatrier des sujets chinois contre leur gré. Les deux gou-
vernements s'engagent à poursuivre avec toute la rigueur des
lois toute contravention à la stipulation précédente et à soumettre
aux peines établies par leurs législations respectives les personnes
et les navires qui violeraient celte stipulation.
Le gouvernement de S. M. le Roi d'Espagne s'engage envers
celui de la Chine à traiter les sujets chinois qui se trouvent à
l'île de Cuba ou qui s'y rendront h l'avenir à l'égal des étrangers
de la môme catégorie, sujets de la puissance la plus favorisée.
Art. l\. — Le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur de la
Chine autorisera le départ h leurs frais d'émigranfs des deux
sexe pour l'île de ^iuba, de tous les ports de l'Empire ouverts au
commerce étranger ; il s'engage à n'apporter aucune entrave à la
libre émigration de ses sujets et a défendre aux autorités des dits
ports et surtout aux Taotai des douanes de susciter des difficultés
soit à TalTrétage soit à la habilitation des navires destinés au
I, 1, p. i'|8.
CONVENTION D*ÉMIGRATION AVEC L*ESPAGNE laS
transport des passagers chinois, sous quelque pavillon qu'ils na-
viguent, soit aux opérations des armateurs, consignataires et
agents, pourvu toutefois qu'ils se conforment aux stipulations de
la présente convention.
Art. 5. — 11 est bien entendu que les Tao-taï des Douanes et
les autres autorités chinoises dans les ports ouverts auront le
droit de s'informer par elles-mêmes si l'émigration s'effectue con-
formément à l'esprit et aux termes de la présente convention.
Les Taotaï des Douanes prépareront des passeports imprimés
dont ils muniront tout émigrant qui aura décidé de s'embarquer.
Ces passeports, dûment visés par le Consul d'Espagne dans le
port du départ, seront remis aux Consuls chinois pir les autorités
compétentes de l'île de Cuba, à l'arrivée des navires amenant les
émîgrants.
Le tao-taï de la Douane du port de départ du navire condui-
sant des émigrants aura en outre le droit de nommer des Délé-
gués chinois qui, de concert aACC ceux désignés par le Consul
d*Espagne, se rendront à bord des navires en partance pour
s'enquérir si les passagers s'embarquent de leur propre gré.
Les passagers qui, au moment du départ, ne se trouveraient
pas munis des documents nécessaires, devront être immédiate-
ment débarqués.
Toutefois, si, à l'arrivée du navire à destination, il se trouvait
quelque passager n'ayant aucun document, les autorités espa-
gnoles pourront, d'accord avec les Consuls de la Chine, adopter
à son ég?»rd les mesures qu'elles jugeront convenables.
Afin que la \isite des délégués susmenliontiés puisse avoir lieu
et s'effectuer d'une manière efficace, le capitaine et l'armateur
seront tenus de déclarer d'avance l'heure du départ du navire.
Si le capitaine d'un navire conduisant des émigrants ne se
soumettait pas à cette condition et s'il déclarait avoir l'intention
de partir «ivant la visite des délégués, le Consul d'Kspagne, après
qu'une communication officielle lui aura été faite, devra lui
refuser ses papiers de bord ot le navire sera détenu et traité sui-
vant les lois de son pays jusqu'à ce que toutes les formalités
prescrites par la présente convention soit-nl dûment accomplies.
Aux. 6. — Le gouvernement de S. M. l'Emperenr de la Chine
nommera un Consul général à la Havane; il aura aussi le droit
de nommer des agents consulaires dans toutes les villes où le
gouvernement espagnol admet ceux des autres nations.
11 est bien entendu que ces nominations se feront dans les
124 ANNÉE 1877
conditions arrêtées d'un commun accord entre les hautes parties
contractantes.
Le gouvernement espagnol accordera aux Consuls chinois les
mêmes prérogatives que celles dont jouissent les Consuls des
autres nations résidant à Cuba.
Les autorités de Tile de Cuba accorderont au Consul général,
ainsi qu'aux Consuls et Yice-Consuls de la Chine, toutes les faci-
lités compatibles avec l'exercice de leurs fonctions pour les placer
en rapport avec leurs nationaux et les mettre en mesure de
don...:r à ceux-ci la protection à laquelle ils ont droit.
Art. 7. — Les sujets chinois pourront quitter à leur gré l'île
de Cuba, si toutefois ils ne se trouvent pas sous le coup de jx)ur-
suites judiciaires.
En outre, en vue de faciliter la circulation et l'établissement
des sujets chinois à Cuba et afin qu'ils jouissent des droits qui
leur sont acquis par l'article 3 de la présente convention, le gou-
vernement espagnol, conjointement avec le représentant chinois
à Madrid, ou les autorités de la Havane, de concert avec le
Consul Général de Chine, établiront des règlements qui, sans
s'écarter des lois d'ordre public existantes ou qui seraient décré-
tées à l'avenir, assureront aux Chinois le traitement égal aux
étrangers de la même catégorie, sujets de la puissance la plus
favorisée. Les autorités espagnoles devront en outre délivrer aux
sujets chinois un bulletin de circulation pareil à ceux dont sont
munis les autres étrangers.
Art. 8. — Les sujets chinois auront la faculté de recourir aux
tribunaux espagnols pour défendre ou poursuivre leurs droits et
jouiront à cet égard des mêmes droits et privilèges que les sujets
de la nation la plus favorisée.
Les sujets chinois auront la faculté de se faire accompagner aux
tribunaux par des avocats et par des interprêtes espagnols ou
étrangers qui auront, selon la loi espagnole, qualité suflisante
pour être présents aux audiences des tribunaux et qui pourront
être désignés par les Consuls chinois résidant à l'île de Cuba.
Les plaintes que les sujets chinois résidant actuellement à l'île
de Cuba auraient à présenter au sujet des mauvais traitements
qu'ils prétendraient avoir reçus antérieurement à la date de
l'échange des ratifications de la présente convention, seront exa-
minées par les tribunaux espagnols et jugées équitablement delà
même manière que cela se pratique pour les sujets de la nation
la plus favorisée.
CONVE!«TION D* ÉMIGRATION AVEC L*ESPAGNE I a5
Aht. 9. — Les autorités compétentes de Tilc de Cuba et le
Consul général de la Chine à la Havane établiront de commun
accord et le plus tùt possible les règles que les émigrés chinois
n^idant actuellement à Cuba et ceux qui y arriveront à Tavenir
devront observer pour obtenir un certificat constatant leur inscri|>-
lion sur un registre tenu par les Consuls chinois. Ces derniers
leur délivreront un certificat d'immatriculation qui sera visé par
le commissaire de police ou toute autre autorité compétente dans
]e district, ville ou plantation de l'arrondissement où l'émigré
établira sa résidence.
Les autorités cubaines communiqueront aux Consuls chinois
des renseignements détaillés concernant le nombre et le nom des
sujets chinois qui se trouvent dans les dilTérenles localités de l'ilc
et leur faciliteront les moyens de s'assurer personnellement de
l'état des Chinois engagés comme travailleurs aux plantations.
Art. 10. — Le trans|X>rt des émigrants ne pourra s'elVectucr
que par les navires qui se conformeront aux stipulations de la
présente convention, ainsi qu'aux conditions d'aménagement,
approvisionnement et salubrité exigées par les lois de leur pays.
Art. II. — Le gouvernement de S. M. le Roi d'Espagne, dé-
sirant donner au gouvernement de S. M. TEmpereur de la Chine
une preuve d'amitié et de bon vouloir, s'engage à rapatrier à ses
frais, aussitôt que la présente convention sera ratifiée, les per-
sonnes qui ont fait autrefois en Chine leurs études littéraires
ainsi que celles d'un rang ofliciel et les individus appartenant h
des familles de cette catégorie qui j)ourraient se trouver actuelle-
ment à l'île de Cuba. Ce rapatriement s'elTeeluera sur les rcnsei-
g^nements fournis par les agents consulaires chinois et dûment
vérifiés par les autorités espagnoles.
Seront également rapatriés les vieillards empêchés par Tàge de
travailler et qui demanderaient à rentrer en Chine, ainsi que les
orphelines chinoises non mariées qui désireraient retourner dans
leur pays.
Art. 12. — Le gouvernement espagnol obligera les patrons
des émigrés chinois dont les contrats sont échus et qui, aux
termes de ceux-ci, ont droit au ra[)atriement, à rcnq)Iir les obli-
gations qu'ils ont contractées envers ces émigrés.
Quant à ceux qui auraient rempli tous leurs engagements
mais qui, n'avant pas droit au rapatriement aux frais de leurs
patrons, sont dénués des moyens d'y subvenir eux-mêmes, les
autorités locales, d'accord avec les Consuls chinois à Cuba, adop-
134 ANNÉE 1877
conditions arrêtées d'nn commun accord entre les hautes parties
contractantes.
Le gouvernement espagnol accordera auï Consuls chinois les
mi^mes prérogatives que celles dont jouissent les Consuls des
autres nations résidant à Cuba.
Les auloriti^ de l'Ile de Cuba accorderont au Consul général,
ainsi qu'aux Consuls et Vice-Consuls de la Chine, toutes les faci—
liti'S compatibles avec l'exercice de leurs fonctions pour les placer
en rap|xirt avec leurs nationaux et les mettre en mesure de
don... r h ceux-ci la protection à laquelle ils ont droit.
AuT. 7. — Les sujets chinois pourront <iuitter à Iciir gré l'ilc
de <:ul)a, si toutefois ils ne selrouvenl pas sous le coup de pour-
suites judiciaires.
Kn outre, en \ucde faciliter la circulation et l'établissemcitt
des sujets chinois à <'.ul)a et alin qu'ils jouissent des droits qui
leur sont acquis [»ar l'article 3 de la présente convention, le goii—
vernemenl espagnol, conjointement avec le représentant chinois
Il Madri<l, ou les autorités de la Havane, de concert avec Ic^
Consul Général de Chine, établiront des règlements qui. sar^ -^
s'écarter des lois d'ordre public existantes nu qui seraient décr«!sï_
tt'-ca H l'avenir, assureront aux Chinois le traitement égal ai'^^^\
étrangers de la môme catégorie, sujets de la puissance la pV.— ^^^
favorisée. Les autorités espagnoles devront en outre délivrer -^j^ m
sujets chinois un bulletin de circulation pareil à ceux dont ^^nn^
munis les autres élrangers.
Abt. 8. — Les sujets chinois auront la faculté de recouriK,—' BM.'i
tribunaux espagnols |>our défendre ou (wursuivre leurs dr^:;;^ ~^^% ftVi
Ui. 9. — Lw iiii.
:.-,l .Tik-ral Je U '.
..rJrttplu>l...| --
■.j,nticturll.TU«ni 1
■ri.filntMTTTIii'Hr ■
laÔ ANNÉE 1877
teront les mesures qu'ils jugeront nécessaires pour les ra-
patrier.
Les émigrés, résidant actuellement à Tilc de Cuba et dont les
contrats seraient expirés, recevront aussitôt que la présente con-
vention sera mise en vigueur un certificat dans lequel il sera
constaté qu'ils ont rempli leurs engagements ; ils entreront parle
fait dans la jouissance de tous les avantages assurés aux autres
Chinois par le règlement mentionné dans l'avlicle 7 de la pré-
sente convention et seront libres, soit de rester dans Tllc de Cuba,
soit de la quitter.
Art. i3. — Les autorités de File de Cuba pourront, si les
circonstances l'exigent et malgré le règlement dont il a été fait
mention, s'opposer h la circulation et résidence des sujets chi-
nois dans toutes localités où elles le jugeraient convenable, si par
des raisons spéciales elles trouvaient que l'accumulation d'indi-
vidus dans les susdites localités pouvait être nuisible à l'ordre
public. Dans ce cas, les autorités locales observeront envers les
sujets chinois les mêmes règles qu'envers les autres étrangers et
feront part au Consul de Chine de la décision qu'elles auraient
prises.
Art. i/|. — Les journaliers, qui ont encore des obligations à
remplir aux termes de leur contrat, devront en tous cas remplir
ces obligations, mais jouiront quant aux certificats, etc., des
avantages qui sont accordés à leurs compatriotes nouvellement
débarqués ou qui auront terminé leur engagement.
De même, tous les sujets chinois, qui pourraient se trouver
détenus dans les dépôts du gouvernement dans l'île de Cuba,
seront mis en liberté aussitôt que la présente convention sera en
vigueur ; ils seront munis des documents que le règlement aura
établis et traités à l'égal des autres Chinois.
Seront exceptés de la clause qui précède tous ceux qui se trou-
veraient dans les prisons du gouvernement sous le coup d'une
condamnation ou d'une accusation.
Art. i5. — Le gouvernement de S. M. le Roid'Espagne et le
gouvernement de Sa Majesté l'EnqKîreur de la Chine conviennent
que si l'un d'eux jugeait par la suite convenable d'apporter des
modifications à quelques-unes des clauses de la présente conven-
tion ou de les annuler, des négociations ne pourront être ouvertes
à cet effet qu'au moins un an après la notification par l'une des
hautes parties contractantes de son désir d'y procéder.
11 est aussi entendu que, si à l'avenir le gouvernement chinois
conye:«tion d*émigration avec l^espagne* 127
accordait à toute autre puissance des avantages non-mentionnés
dans la présente convention au sujet de l'émigration de sujets
chinois, ces avantages seront de fait acquis au gouvernement
espagnol.
Art. 16. — La présente Convention sera ratifiée et les ratiG-
cations seront échangées à Pé-King dans le délai de huit mois ou
plus tôt, si faire se pourra.
Fait à Pé-King en double expédition en langues espagnole,
française et chinoise, dont les copies collationnécs et trouvées
conformes, les Plénipotentiaires respectifs ont signé et apposé le
sceau de leurs armes le dix-sept novembre mil huit cent soixante
et dix-sept.
Sceau et Signatures.
Les articles 3, 5, 7, 8 et 11 de la Convention semblaient
justifier la joie que témoignèrent les Chinois après la signa-
ture; Farticle 6 était agréable à TEspagne. « Il est vrai
ainsi, écrit un diplomate au sujet de la Convention, que les
rôles liabituels de ceux qui négocient à Pé-king étaient chan-
gés, en ce sens que TEspagne n'a point d'intérêts en Chine
et que la Chine en a de très importants à Cuba. »
Le prince Koung s'empressa de remercier les diplomates
étrangers de leur concours :
Pé-Ring, le 17 novembre 1877'.
Grâce au concours qu'ont bien voulu nous prêter les Repré-
sentants étrangers à Pé-King dans ralTairc de Cuba, nous venons
d'arrêter définitivement les termes d'une Convention qui a été
signée aujourd'hui par M. d'Espaîïa et nous pour faire foi.
Nous remercions les Ministres étrangers de s'être intéresses à
celte question et nous avons l'honneur de vous faire tenir ci-joint
une copie de la susdite convention.
J'espère que V. E. voudra- bien informer le Gouvernement
français afin qu'il invite son Consul général à la Havane à prêter
assistance dans le sens de cette Convention au Consul général
que nous enverrons résider à Cuba. Nous espérons que vous le
I. Lettre du prince Roung au ministre de bVancc.
ia8 ANNÉE 1877
ferez pour resserrer encore davantage les liens d'amitié qui nous
unissent.
Veuillez agréer, etc. *.
Les ratifications furent échangées Tannée suivante et le
prince Koung en fit part au corps diplomatique auquel fu-
rent remis des exemplaires imprimés du texte chinois de la
Convention.
Le Prince Koung au Ministre de France, 12 décembre 1878.
Grâce à l'assistance que nous ont prêtée les Légations étran-
gères à l'occasion de l'émigration chinoise à la Havane, nous
avions arrêté, signé et scellé, M. de Espaîla et nous, les termes
d'une convention dont nous vous avons communiqué le texte en
date du 17 novembre 1877. ^^"^ avons ensuite soumis celle
Convention à nos Gouvernements respectifs; elle a été revêtue
du sanctionnemcnt de l'Empereur.
Le G décembre 1878, notre Yamen a reçu ampliation de celle
sanction en vertu de laquelle le texte chinois a été revêtu du sceau
impérial.
De son côté, M. de Espaiia avait obtenu ratification, signature
et sceau de son souverain sur les textes espagnol et français de
ladite Convention.
Nous avons donc pu procéder à l'échange de ces ratifications,
et, dans le procès-verbal rédigé à cette occasion en chinois et en
langue étrangère, il a été bien entendu que cette convention de
1877 serait perpétuellement respectée.
Nous avons l'honneur de transmettre ci-joint à V. Exe. un
exemplaire imprimé de cette Convention (texte chinois) contenant
le procès-verbal de la ratification par les deux Gouvernements.
J'espère que V. Exe. voudra bien prier le Gouvernement fran-
çais d'inviter son Consul à Cuba à prendre en considération les
dits règlements, lorsqu'il se présentera une a (Ta ire intéressant l'émi-
gration chinoise et à aider à leur exécution ; ce sera nous donner
une marque d'amitié. Tel est ce que nous espérons vivement.
Veuillez agréer, etc. *.
1. Pour traduction conforme, signe : G. Devéria.
li. Pour traduction conforme, signé : G. Dkvéria.
M. BRENIER k M. WADDINGTON lùQ
M. DE ESPA>A
M. de Espana était un homme d'une activité débordante;
personnage agité, fébrile, brouillon même, s'attaquantàla fois
à tous les problèmes sans se préoccuper des inconvénients de
ce rôle de louche-à-lout ; jamais on ne vit di|)lomatc plus
mobile, courant les fners avec plus de facilite, un jour à
Pé-King, quelque temps après à Hué, surgissant de manière
imprévue à Hong-Kong et à Chang-Haï, il aurait facilement
brouillé les cartes entre la France et TEspagne, sans la
sagesse de nos agents : la question de Témigration réglée,
c'est TAnnam qui le préoccupe ainsi qu'en témoigne la let-
tre très intéressante suivante ; nous verrons d'ailleurs M. de
Espana se montrer l'un des diplomates les plus acharnés à
contrecarrer en Indo-Chine les projets de cette France qui eut
le tort de rendre, à Pé-King, trop de services à des ingrats, aussi
bien étrangers que Chinois : témoin M. d'Eulenbourg pour
la signature du traité allemand, M. de Espana pour la ques-
tion de l'émigration, le marquis Ts'éng pour le règlement
de l'affaire de Kouldja, pour ne citer que ceux-là. « Chacun
pour soi et Dieu pour tous », doit être la devise des diplo-
mates dans ce pays lointain de Chine où les intérêts se ja-
lousent les uns les autres, où la course aux concessions est
effrénée, où le succès de l'un est considéré comme la défaite
de Tautre, où l'appui donné à un allié, qui le lendemain se
révélera un adversaire, n'est qu'une arme fournie à un concur-
rent, parfois à un ennemi.
M. BHE?IIER A M. WADDINGTO?», MINISTRE DES AFFAIRES
ÉTRANGÈRES
Pé-King, le 2 décembre 1878.
Monsieur le Ministre,
Monsieur de Espana était à Hongkong depuis quelque temps
GORDIER. II — 9
l3o ANNÉE 1877
et se disposait à s'embarquer pour Hue sur une canonnière espa-
gnole El Marques del Du^ro, lorsqu'il a reçu un télégramme de son
'gouvernement, l'invitant, tous soins cessant, à se rendre à Pé-
Ring, pour ratifier sa convention de Tannée dernière.
Monsieur de Espana est arrivé ici avant-hier et en repartira
probablement le 5 de ce mois, afin de profiter du dernier vapeur
qui doit venir à Tien-Tsin, avant la fermeture complète de la
rivière. Je ne pense pas qu'il éprouve le moindre retard, car le
gouvernement chinois est depuis longtemps désireux de ratifier
une convention qu'il regarde comme lui étant favorable.
J'ai vu dc^à deux fois Monsieur de Espana et hier encore il est
venu m'apporter un volumineux dossier, relatif à l'affaire du
Zamboaga, Votre Excellence sait déjà que le capitaine de ce
navire espagnol, ayant été accusé de faire de la coni rebande à
Haï-phong, s'est vu interdit l'entrée de tous les ports du Tong-
King et de l'Annam. Si j'en crois les pièces qui ont passé sous
mes veux, il serait actuellement difficile aux autorités annamites
et françaises de prouver le fait de contrebande reproché au capi-
taine du Zamboaga, les témoins seraient morts, rapatriés ou dis-
persés, et je crois que les agents français occupant la douane de
Haï-phong eussent peut-élre mieux fait de régler cette affaire,
moyennant l'amende de cinq cents piastres qu'offrait de payer la
maison consignataire du Zamboaga.
Quoi qu'il en soit, mon collègue m'ayant exprimé le désir do
se rendre à Hué, en quittant Pé-King afin de demander des expli-
cations au roi d'Annam, au sujet du traitement infligé à son
navire, et m'ayant, à cette occasion , demandé mon avis sur les
faits qui s'étaient passés au Tong-King, je ne lui ai pas caché
que, selon moi, le fait de contrebande semblait prouvé par le
refus du capitaine, refus constaté, de subir la contre-visite or-
donnée par la douane. Que, d'un autre d^té, la maison consi-
gnataire en offrant de payer une amende de cinq cents piastres,
qui est la plus forte somme imposée en pareille occurence, me
semblait démontrer également qu'elle avouait le fait reproché à
son capitaine. J'ai ajouté que les affaires de Cochinchine et du
Tong-King ne me regardaient que très indirectement; mais que,
puisqu'il me faisait l'honneur de demander mon avis, j'avouais
franchement que je préférerais, a sa place, aller à Hué. avc»c une
entrée en matières différente de celle d'un cas de contrebande
plus ou moins prouvé,
Monsieur de Espana est andalous de naissance et de caractère.
M. BRENTER A M. T\*ADDINGTON l3l
Il aime le bruit ; il sait d*ailleurs que, devant les chambres espa-
srnoles, celle croisade entreprise en faveur d'un navire de com-
merce et du pavillon de sa nation, fera bien dans le paysage,
pour me servir d'une expression triviale, et je crois, en consé-
quence, qu'il persistera dans son intention d'aller faire du tapa^sfe
a Hué : d'autant plus qu'il est appelé à se rendre, en Mars ou
Avril, à Madrid, pour conférer avec ïcirên Lan-pin, le Ministre
de Chine aux États-Unis et en Espagne, et qui doit se trouver
vers celle époque dans ce dernier pays.
De Hué, Monsieur de Espana a l'intention de se rendre à
Manille, où il a, dit-il, a s'entendre avec le gouverneur des Phi-
lippines, au sujet des îles So-lo, etc. Puis il reviendra en Chine
pour s*occuper des coolies et c'est Tché-fou. qui doit-ôtre, dit-il,
le centre des opérations de l'émigration des coolies. Il sait le
vice-roi de Canton mal disposé et les habitants du Sud plus dif-
ficiles à gouverner que ceux du Nord. Il faut d'ailleurs recon-
naître que les habitants du Chan-Toung spécialement émigrent
\oIontier$, et font de meilleurs travailleurs que les Cantonais.
L'essai fait par la Russie à Vladivoslock en est la preuve et on
assure que cette année seulement, par suite de la famine, plus
de aooooo habitants du Chan-Toung ont émigré en Mandchourie.
Monsieur de Es[3ana ajoute qu'il ne permettra à aucune maison
espagnole de faire de l'émigration et que le seul et unifjue agent
s<*ra celui de la Compagnie qui s'est formée à la Havane, pour
réniigration des coolies et qui, sous peu, établira une ligne de
vapeurs faisant le service direct entre la Chine et Cuba, (ics
\a|>eurs seront également chargés de porter les lettres des Chi-
nois émigrants et de leurs familles et de rapatrier immédiatement
ceux que leur santé ou tout autre motif sérieux empêcheraient
de séjourner davantage dans la reine des Antilles. Il faut espérer
que ces projets et ces promesses seront fidèlement tenus.
Veuillez, etc.
Signé : V*® Brenier de Montmorand.
P. S. — J'oubliais de dire h Votre Excellence que M. d'Es-
pafia dit s'être assuré le concours du gouverneur anglais de Hong-
Rong. Toutefois, je crois savoir que ce dernier lui a seulement
déclaré que si. Lord Salisbury après avoir eu connaissance de la
Convention Espano-Chi noise, lui faisait savoir qu'il l'approu-
vait, il se conformerait aux ordres que son gouvernement lui
ferait parvenir. Je suis d'autant plus porté à croire à l'exactitude
l32
ANNÉE 1877
de ce renseignement que M. d^Ëspaûa l'avoue lui-même et qu'il
fait en môme temps grand bruit d'une leçon qu'il aurait donnée
au Gouverneur en question, qui, dans un diner auquel assistait
M. d'Espafîa en uniforme, aurait porté la santé des trois grands
Empereurs de l'Asie : l'Empereur de Russie, l'Impératrice des
Indes et l'Empereur de la Chine — sans y ajouter celle de S. M.^
le roi d'Espagne. M. d'Espaiia se serait levé immédiatement et
aurait porté la santé de son souverain et de la Reine d'Angle-
terre.
Signé : Brenier.
CHAPITRE VII
LE MARQUIS TSENG. — DISGRACE DE LIEOU. — LI FOUNG-
PAO.— VICARIAT APOSTOLIQUE DU KAN-SOU.— AU6USTINS
ESPAGNOLS. — DÉPART DE M. BRENIER DE MONTMORAND.
- M. PATENOTRE. — LÉGATION D'ITALIE. — ARMEMENTS
DE U H0UN6-TCHANG. — M. BOURÉE.
LE MARQUIS TS'ÊNG
De nombreux chatigemenls eurent Heu dans le corps di-
plomatique chinois en 1878. Le 22 février 1878, un décret'
accrédita le ministre de Chine en Angleterre également au-
près du gouvernement français. Il fut reçu le 6 mai 1878
par le Président de la République. Mais Kouo ne devait pas
occuper longtemps ses nouvelles fonctions : il assista avec toute
sa Légation à l'inauguration pluvieuse de l'Exposition
universelle, le i'*" mai 1878. Kouo, esprit éclairé, était d'une
grande courtoisie, d'un commerce sAr, et il est certainement
l'un des hauts fonctionnaires chinois que j'ai connus avec
lequel j'ai eu les plus agréables relations. Desservi par
son collègue, le second ministre, Lieou, il fut rappelé quoi-
que originaire du pays de Ts'êng, le IIou-Nan. Rentré dans
son pays, Kouo subit sa disgrâce avec beaucoup de dignité,
prit sa retraite en 1879* ^* mourut en 1887.
Au mois d'août 1878, le fils aîné du célèbre Ts'éng
Kouo-fan*, Ts'êng Ki-tseu' remplaça Kouo. Le nouveau
I. li arriva à Chang-Haï, par VAnadjr, le 36 mars 1879.
a. I, p. 2o5 el '|'|6-
3. Son pore était mort le la mars 1873; sa mère mourut le 33 sep-
l34 DE FÉVRIER 1878 A JUIN 1880
ministre, né dans le district de Siang-H'iang, préfecture do
Tchang-Cha [Hoii-Nan], avait quarante et un ans, savait
passablement l'anglais, était intelligent, aimable et hospita-
lier, et sans aucun doute il eut fait une excellente carrière
en Europe, si, malheureusement, il n'avait pas écoute les
avis de conseillers étrangers, funestes pour lui aussi bien
que pour son pays. C'est grâce à ces conseils, plus encore
qu'à l'obstination de Ts'êng*, que la question du Tong-King
a conduit à une guerre, facilement évi table, avec la France.
Le Prince Koung au Ministre de France.
Pé-King. le a6 août 1878.
Le 35 de ce mois, j'ai reçu respectueusement le décret impérial
suivant :
« Ts'êng Ki-tseu, Marquis (de 1 *■" classe) de Y-Yoïig, dirccleur
surnuméraire de quatrième et cinquième classe, décoré de la plume
de paon de 3^ classe, est envoyé en Angleterre et en France comme
Ministre de Chine. Kouo Soung-tao revient à Pé-King reprendre
ses fondions. Respectez ceci. »
C'est avec respect que je prends copie du présent décret pour
Tin formation de V. E.
Veuillez, etc., etc. *^.
Ts'éng était accompagné dans son ambassade d'un nom-
breux personnel; il quitta Chang-Haï le 22 novembre 1878.
LÉGATION DE TS'ÊNG, I9 .NOVEMBRE 1878
Secrétaires :
Tchen Yuan-ld, secrétaire d'ambassade de 2" classe ; secrétaire
honoraire de ministère, tao-taï honoraire.
tetnbre 187.^, dans la capitale du Hou-Nan, au moment où, aérant ter-
miné la période du deuil paternel, il allait se mettre en route pour
Pé-King.
I. Nous le désignerons par le titre de Marquis^ l'équivalent du second
degré de la noblesse chinoise qui avait été accordé à son père pour ses
actions d'éclat.
a. Pour traduction conforme, signé : Devéhia.
DISGRACE DE LIEOU Sl-IIOUNG l35
Leoa Han-tsing, secrétaire d*ambassade de 3® classe, inspecteur
honoraire des canaux, aspirant tao-taï, préfet suppléant.
Interprètes :
Tso Ping-long, interprète de 3* classe pour la langue anglaise,
globule de 5' classe, élève-assistant à la Cour des Censeurs.
Tcheng Tche-ing, interprète de 3* classe pour la langue an-
glaise, sous-préfet suppléant de la province du Kiang-Sou.
Lien-hing, interprète de 3" classe pour la langue française,
secrétaire surnuméraire du Grand Conseil.
Attachés à TAmbassade :
Yang Wen-houei, attaché surnuméraire au Grand Conseil.
Ts'ao Kin-yong, aspirant sous-préfet.
Li Kouei-tch'ao, aspirant de sous-préfecture.
Sieou Jen-kie, aspirant sous-préfet.
Tseng Nien-tsou, médecin, sous-préfet honoraire.
Li Pin-lin, sous-préfet honoraire et surnuméraire.
Wang Kouo-tche, attaché à la direction des prisons.
Attachés militaires :
Ting Houo-jong, chef de bataillon hors cadre.
Wcuig AV?n-A*ai, capitaine hors cadre.
]Vang Chi-ichen, sous-lieutenant de marine.
Ma Teng-lien (sujet anglais), instructeur d'artillerie.
Divers :
Yang-tcfieou, élève-dessinateur, sous-préfet honoraire de 3"
classe.
Sié Sien-jen, élève-ingénieur, sous-préfet honoraire.
Wang Che-cheou, élève -ingénieur ^,
DISGRACE DE LIEOU Sl-HOUTSG
Le collègue de Kouo Soung-tao, Licou, fonctionnaire de
3* classe, secrétaire-surnuméraire de 5° rang, envoyé en An-
gleterre comme ministre-adjoint, avait été, par décret du 3o
avril 1877, désigné pour remplir les fonctions de ministre de
I . Liste fournie par le prince Koung.
136 DE FÉVRIER 1878 A JUIN 1880
Chine en Allemagne V M. von Brandi, alors occupé à Pé-King
de la révision du traité allemand, crut (jue cette nomination
était faite pour contrecarrer ses projets à Berlin ; il n'en était
rien ; on voulait tout simplement débarrasser Kouo de ce
personnage obtus, jajoux et acariâtre. L'année suivante, on
le rappela en même temps que Kouo et on lui donna Li
Foung-pao comme successeur.
LI FOl'>T,-PAO
Le Prince Roung au Ministre de France.
Pé-King, le 37 août 1878.
Le a5 courant, j'ai reçu avec respect le décret impérial sui-
vant :
« Li Foung-pao est décoré du globule de seconde classe et chargé
d'affaires de la Légation de Chine en Allemagne.
Licou Si-houng revient prendre ses fonctions à Pé-King.
Respectez ceci. »
C'est avec respect que je prends copie du présent décret pour
en donner connaissance à Votre Excellence.
Agréez, etc., etc. *.
Li Foung-pao était du Kiang-Sou et une créature de Li
Houng-tchang. Il avait été directeur de l'arsenal de Kao-
tchang Miao'* et il était venu en Europe en 1877 comme
l'un des directeurs de la première mission envoyée par l'ar-
senal de Fou-tchéou, poste qu'il occupait lorsqu'il fut ap[Mîlé
à Berlin. C'était le type du Chinois gras, et la propreté fut
toujours le moindre de ses soucis ; il était commun, peu
lettré dans le sens chinois du mot, mais il était avide de
s'instruire et connaissait les sciences européennes beaucoup
mieux que la plupart de ses compatriotes ; en outre, il
1. Lieoii remit ses lettres de créance à Berlin le 36 novembre 1877.
2. Pour traduction conforme, signé : G. Devéria.
3. I, p. "2 '18-9. — 11 mourut le 0 août 1887, dans une petite île, près
Chang-Hai, où il s'était retiré.
VICARIAT APOSTOLIQUE DU KAN-SOU. 3 1 JUIN 1878 187
était fort intelligent, sans être dépourvu d'un bon gros sens
pratique ; il fut nomme- titulaire de l'ambassade de Berlin,
en mai 1S79, et les grandes afiaires industrielles qu'il
traita dans celle cajntale ne furent pas étrangères à sa dis-
grâce en i8S5. H commanda en Allemagne des cuirassés, et
ses envieux prétendirent qu'il n'était pas sorti les mains nettes
de ses marchés. Attaché à la personne de Li à son retour en
Chine, son protecteur, menacé lui-même à Tépoque, ne put
le défendre plus longtemps contre les censeurs, et le décret
suivant panit dans la Gazette de Pë-King du 22 novembre
i885.
Li Foung-pao, fonctionnaire décoré du boulon de deuxième
rang et dignitaire du troisième degré honoraire dans une des
cours secondaires de Pé-Kiiig, porté sur le tableau des futurs
Tao-taï de la douane maritime, étant d'un caractère vil et cor-
rompu, quoique habile à se pousser par Tintrigue, Nous a été
dénoncé à plusieurs reprises. Nous ordonnons qu'il soit privé de
toutes SCS dignités et le déclarons impropre à exercer aucunes
fonctions ultérieures. — Respect à ceci !
Les nouveaux agents chinois allaient avoir à traiter la ques-
tion délicate de la revision des traités avec la Chine, et au
mois d'octobre 1878, ils reçurent une circulaire du ïsoung-
li Yamen ayant {X)ur objet de préciser le point de vue auquel
la Chine entendait se placer pour discuter avec les puissan-
ces intéressées.
VICARIAT APOSTOLIQUE DU KANSOU, 21 JUIN 1878.
Par bref du 21 juin 1878, Léon XIII créa au Kan-Sou
un nouveau vic^iriat apostolique qui fut confié aux mission-
naires belgas de la Congrégation de Scheutveld-lez-Bruxcl-
les, et un prêtre hollandais de cette société, M. Ferdinand
Hamer, qui résidait en Mongolie depuis i865, en fut
chargé, avec le titre d'évéque de Trémithe in partibus infi-
l38 DE FÉVRIER 1 878 A JUIN 1880
delhini. Le moment était mal choisi pour établir une
mission au Kan-Sou, avant que cette province, reprise par
Tso, ne fut complètement pacifiée. Mais ce qui fut plus sin-
gulier encore, c'est que la Propagande négligea de préve-
nir de cette création d'un nouveau vicariat apostolique, la
France dont le représentant à Pé-King devait munir de pas-
seports Tévéquc et ses compagnons.
Pé-King, le i5 octobre 1878.
Monsieur le Ministre,
La mission belgede Mongolie m'a député ces jours-ci. Monsieur
Ferdinand-Hubert Ilamer, \icaire apostolique, chargé, m'a-t-il
dit, par le Saint-Siège de l'Administration spirituelle de la pro-
vince du Ran-Sou. 11 venait solliciter de moi six passeports pour
lui et les cinq missionnaires désignés pour aller évangéliser celte
province qui est loin, cependant, d'être encore paciiiée et où les
insurgés existent en grand nombre. Je me suis donc vu dans la
nécessité de différer ma réj^nse jusqu'à ce que j'aie consulté le
ïsoung-li Yamen à ce sujet.
En effet, l'article 8 de notre traité de i858 s'exprime ainsi :
« Les agents français en Chine ne déhvreroiit de passeports à
« leurs nationaux que pour les lieux où les rebelles ne seront
« pas établis, dans le moment où le passeport sera demandé. »
Or, le vice-roi Tso, le vainqueur du Turkcstan et qui est gou-
verneur-général de toutes ces provinces, m'a fait prier à plusieurs
reprises de ne pas délivrer de passeports pour la province du
(]hen-Si où cependant les rebelles sont bien plus nombreux que
dans la province du Ran-Sou.
A cette occasion, peut-être, me sera-t-il permis de demander
respectueusement à Votre Excellence, si elle ne jugeait pas op-
portun, de prier le Saint-Siège de ne pas établir de nouvelles
missions en Chine, avant de s'être entendu préalablement avec
le gouvernement français. Rome n'est pas toujours tenue exacte-
ment au courant de ce qui se passe dans certaines parties de la
Chine et les missionnaires, désirant évangéliser le plus |K)ssible,
lui cachent parfois les dangers qu'il peut ) avoir pour leur sécu-
rité, à aller s'établir dans telle ou telle province. Mais comme
c'est nous, en délinilive, qui supporterons la responsabilité de cet
n-s de zèle, il m'a st^mblû qu'il est de mon ôe\o\
s obsprtations à Voirp Bxcollcnce.
\i!iii]lez airrc'er, Monsieur le Ministre, etc., elc.
Signe
Y'" Bremer de Mo:-
M"' Marner arriva au Kan-Sou pu févrior 1879 ; il ne pa-
rait pas avdir reçu bon acrueil si j'en jugp par une lettre
qu'il adressa au Chargé d'affaires de Kiance, de Lan-tcliéoii ,
le 32 juin 1879. Le malheureux prélat a été une des victi-
mes des événements de 1900'.
Le même fait sti produisit l'année suivante (1879) lorsque
M. Palenùlre était Chargé d'Airaii'es. Peux [)ères augiisliniens
esjMipnoIs, Elias Suarez et Augustin Villanueva, furent eii-
vdvésde Manille pour fonder une nouvelle mission dans la
partie septentrionale du Iloii-nan, et ils demandèrent [wir
l'intermédiaire du P. Vaiidagna, procureur des Franciscains
italiens à flan-Kéoii, des passeports à M. lilancheton, notre
consul. M. Ulancheton fit ressortir le danger qu'il y avait
|>oureii\ à aller dans cette province, refusa les passeiK>rlM et
en référa à Pé-King. Voyant les difficultés de la situation au
moisd'aoïU 1879, les Augustiniens décidèrent d'aller s'établir
dans la partie du Ilou-^ian', administrée par M" Scmprini,
vicaire apostolique franciscain. Ils pensaient que, dans ces
conditions, la Légation ne refuserait plus de leur donner des
passeports o en s'abstenant toutefois d'y mentionner le lieu
de leur future destination pour ne pas éveiller la suspicion
I. >'é h \itaigue, le 11 août l8'|o.
1. Le vicariat aposlotiquc du HouNan a
timbre 187(1; le Suil ftaîl roslc aux KriTcs
aux Au^uttins.
1,
1^ l/jO DE FÉVRIER 187S A JUIN 1880
des autorités chinoises ». M. Palenùlre ne se préla pas à cet
L arrangement; le Tsounp-li Vamen ne devait pas apposer sa
signature sur une pièce dont il ne pouvait soupçonner l'em-
Les aiigustiniens espagnols, découragés parMM.Blanclielon
et Patenôtre, appnnivés par le Département, s'adressèrent
pour les passeports à la Légation d'Espagne ; !e Cliargé d'Af-
(faires, M. Ossa, les leur délivra, mais les nouveaux mission-
naires furent mal accueillis au Hou-Nan et obligés de s'en
aller. Sans être découragés, ils frappèrent à la [xtrtedu con-
sul d'Angleterre à llan-Kéou, M. Chaloner Alabaster, qui les
renvoja à notre agent, M. Fcrnand Scherzer. Celui-ci ayant
i-eçu un apjwl fort peu convenable du pro-vicairc, le P.
> (iuadilla, mort depuis à Ïa-Kou, écrivit à Pé-King et notre
;. ministre, M. Boui-ée (lajuillct 1880), approuva et expliqua
I la conduite de M. Patenôtre, et approuve [Mir le Département,
" il dc*'ida qu'on ne »'(jccuiM?rait plus des augustiniens.
I' Le P. Suarez, rappelé à Manille, était mort; la pro\ince
I de ilou-Nan était plus calme; après la paix entre la l-'rance
f et la Chine, le P. F. S. de la Torrc se rendit à Pé-King, et
déclinant la protection que lui oITrait le ministre d'Espagne,
; M, de Alba Salcedo, il écrivit le i3 juillet i885, à noire mi-
nistre, M. Patenôtre, |K)ur obtenir des passeports pour lui,
i provicairc apostolique, et cinq compagnons. Les circons-
tances étant changées, le ministre de France accéda à leur
demande.
Cependant M. Brenicrsongeaità prendre unerelrailc bien
gagnée et M. Patenôti-e devait ^eni^ à Pé-King comme Chargé
d'.ViTaires, ayant visite l'Inde avant de rejoindre son |>oste.
M. Brenier de Montmnrand se décida à partir, et, désireux de
ne pas retarder son retour en France, le i" avril 1879, il
M. PATENOTRE I^I
remit le service à M. le vicomte de Petiteville*, deuxième
secrétaire d'ambassade.
Le départ de M. Brenier et l'absence de Sir T. Wade, fai-
saient de Don Juan Federico Elmore, ministre du Pérou,
le doyen du corps diplomatique à Pé-King.
M. PATETIÔTRE
M. Patenôtre' s'était embarqué le ^4 décembre 1878 et ar-
rivait à Calcutta le 29 janvier suivant, puis il fit escale à
Kangoun, Maulmein et Malacca, toucha à Singapour le [\
mars, d'où il se rendit à Siam, puis à Hong-Kong : il était à
Chang-Haï le 6 avril, où il rencontra M. Brenier qui s'em-
barqua le 12 ^VLvVAnadyr. M. Pâtenôlre quitta Chang-Haï
I. Petîtcville, Charles- Guillaume Gouhier^ vicomte de, né le 3 mai
i8ii7: attache à Saint-Pétersbourg, 10 mai 1867; à Vienne, \!\ octobre
1868; secrétaire de 3<^ classe à Constantinople, 3 juin 187/1; à Londres,
3i décembre 1870 ; secrétaire de 3^ classe à Pé-King, 3 mai 1878 ; sccré
lairc de 3*^ classe à Constantinople, 30 avril 1880; à Londres, 16 mars
1883 ; secrétaire de i^** classe, i^' octobre 1883 ; consul général à Bey-
routh, 3 février 1886.
1. Patenôtre, Jules^ né le 30 avril l845; licencié es lettres; ancien
élève de TÉcole normale supérieure; professeur de l'Université, 1867-
1871 ; attaché à Athènes, 35 juin 1873; à Téhéran, 35 octobre 1873;
attaché payé à la direction politique, i'"' septembre 1875 ; rédacteur
adjoint, faisant fonctions de deuxième secrétaire, k Buenos- Ayres, 1 5 sep-
tembre 1876; rédacteur à la direction politique, 35 décembre 1877;
secrétaire de première classe à Pé-King, 7 décembre 1878; chargé d'af-
faires en Chine, 30 avril 1879; envoyé extraordinaire et ministre pléni-
potentiaire à Stockholm. 16 octobre 1880; envoyé extraordinaire et
ministre pléni|>otentiaire à Pé-King, 13 septembre i883 ; chargé d'une
mission spéciale en Annam et au Tong-king, avril 188^1 ; en disponibilité,
ic» juin 1886; chargé de travaux particuliers, i'-*'^ novembre 1886; pré-
sident de la délégation française à la commission internationale des Pyré-
nées et délégué du Gouvernement français à la Commission franco-
espagnole des chemins de fer des Pyrénées, 30 décembre 1887; envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Tanger, i «^i* décembre 1888;
à Washington, 13 août 1891 ; ambassadeur à Washington, 35 mars 1893;
à Madrid, 1/1 octobre 1897.
lia DE FÉVRIER 1878 K JUIN 1880
le i3 avril pour Ticn-Tsin et, le vto, il arriva à Pé-King oii
M. de Pelileville lui remit le service.
M. Patenôtre avait k remettre la lettre olïicielle destinée à
notifiera TEmpereur de Chine Télévation de M. Jules Grévy
à la Présidence de la République.
Après un retard involontaire, dii à un deuil privé, le
prince Koung reçut notre chargé d'affaires, qui décrit ainsi
une audience (7 mai) dans sa lettre à M. Waddington, mi-
nistre des Affaires Etrangères, 8 mai 1879.
« L'Envoyé européen. Ministre ou Chargé d'affaires, est reçu
dans une sorte de kiosque, d'aspect plus que modeste ; à peine
en a-t-il franchi le seuil, que le Prince Koung le fait asseoir à sa
gauche, devant une tahlc chargée de sucreries, autour de laquelle
prennent place les membres du Tsoung-H Yamen. La scène a
plutôt le caractère d'un lunch que d'une réception officielle. Dans
ces conditions, la remise de la lettre Présidentielle devait être
forcément déjwuillée de toute espèce de solennité. Le Prince s'est
néanmoins levé pour prendre le sachet qui la renfermait ; il en a
immédiatement tiré la lettre, dont il a rompu le cachet et qu'il
a fait mine de parcourir — curiosité quelque peu enfantine,
puisque Son Altesse ne sait pas un mot de français. Une traduc-
tion apportée par M. Devéria circulait en même temps parmi les
membres du Tsoung-li Yamen, qui en prenaient connaissance, —
sans quitter pour cela leurs bAlonnets d'ivoire. Le Prince Koung.
après s'être dtVidé à replacer dans son cn\elop|)ela lettre adressée
k son Souverain, s'est tourné vers moi, en médisant qu'il aurait
l'honneur de la transmettre à son auguste destinataire.
Le prince Koung mit j^eu d'empressement à rendre la vi-
site de notre Chargé d'Affaires ; au sujet de la lettre annon-
çant la nomination de M. Grévy à la présidence de la Ré-
publique, il envoya la communication suivante :
Pé-King, le 6 juillet 1879.
Le 7 mai dernier, V. Exe. est venue au Tsoung-li Yamen nous
remettre une lettre du Président de la République Française.
L'ayant fait parvenir h la Cour, nous en avons reçu la réponse ;
M. PATENOTRE l43
désirant vous la faire tenir, je compte me rendre à la Légation
de France avec les membres du Yanien, le 8, à a heures.
J'espère que V. Exe. pourra nous recevoir, et je la prie
d'a^cer, etc. '.
M. Patenôlre écrivait le 9 juillet 1879 : « J'ai remercié
Son Altesse, en lui faisant savoir, toutefois, que la Chine
ayant un Ministre à Paris, il était conforme aux traditions
diplomatiques que la réponse en question fut remise par le
Marquis IVéng ».
La situation était d'ailleurs assez délicate pour M. Pate-
Hotre, car les chargés d'affaires ne pouvaient prétendre h une
audience impériale, non parce qu'ils étaient en Chine, mais
parce que c'est la règle commune de tous les pays, il n'y
avait pas, d'autre part, de précédent à Pé-king.
«f Je n'ai pu retrouver, dit-il, dans les Archives de la Légation
trace de ce qui avait été fait par M. de Rochechouart, lors de la
nomination de M. Thiers. Lorsque M. le Maréchal de Mac-Mahon
Tut ap])elé à la Présidence de la République, M. de Geofroy —
qui, en sa qualité de Ministre Plénipotentiaire, avait le droit de
roineltre directement au Souverain la lettre autographe du Chef
de l'État — prévoyant des difficultés de la part du Gouverne-
ment Chinois, jugea préférable d'éluder la question et se contenta
de notifier par écrit au Tsoung-li Yamcn la décision de TAsseni-
blée Nationale. Le Prince Koung répondit naturellement dans
la même forme. Aucun des Représentants accrédités à Pé-King
n'a eu depuis h faire de notification semblable. »
Le Ministère approuva la conduite de notre Chargé d'Af-
faires et la réponse du Gouvernement chinois fut remise par
le Marquis Ts'éng au Président de la République, suivant
l'usage, en audience privée, le i5 octobre 1879 ; Ts'éng
s'était embarqué exprès de Londres pour remettre la lettre.
I. Traduction conforme, signé : G. Dkvéki
i44
DE FÉVRIER 1878 A JUIN 1880
LÉGATION d'iTALIE
En 1879, rilalie qui n'avait alors qu'un seul représentant
pour la Chine et le Japon, accrédita à Pé-King un agent
spécial avec le titre de ministre résident, M. de Luca, qui
arriva à Chang-Haï, peu de temps avant le départ de M. Bre-
nier. Il descendit à Pé-King à la Légation d'Allemagne et
s'enquit d'un terrain pour s'y établir. Il s'adressa dans ce
but aux Lazaristes, riches propriétaires fonciers, qui avaient
déjà cédé des terrains à M. llart, pour l'hôtel des Douanes et
à la Belgique, pour l'installation de sa légation.
M. de Luca se heurta à un refus poli, le Pape n'avait-il
pas déclaré à Rome à M^"" Delaplace : Nallo modo debes agere
ciim pseudo-regis Italiae minlstro.
Par suite de la Convention de Tché-fou d'épineuses né-
gociations étaient engagées par le corps diplomatique' tout
entier au sujet des réformes à apporter dans les taxes pré-
levées à l'intérieur de Tempire (novembre 1879)'.
ARMEMENTS DE LI HOUNG-TCHANG
En décembre 1879, Li Iloung-tchang avait engagé les
services de M. von Hanneken^ comme aide de camp, et lui
1. 11 était alors con[i|K>sé (le T. F. Wadc (Grande-Bretagne), M. von
Brandi (Allemagne), G. F. Seward (Étals-Unis), J. H. Ferguson (Pays-
Bas), J. F. Elmore (Pérou), Ferd. de Luca (llalie), lloUer dfe Koflenfels
(Autriche- Hongrie) et des chargés d'affaires A. Koyander (Russie, repré-
sentant le Danemark), Ramon Gulierrez y Ossa (Espagne), J, Patenôtre
(France), Hub. Serruvs (Belgique).
2. China y n" 3 (i88a). — Correspond ence respccting the Agree-
ment hetween the Ministers Plenipolentiary of the GoK'ernments of
Great Britain and China, signed ai Chefoo^ seplember i3, 1876.
fin continuation of China y n® -j (1880).] Prescnled.,., 188a. Lond., in-
fol. [C. — SScjf)].
3. Un de nos officiers écrivait au sujet de M. v. Hanneken, âgé alors
1
ARMEMENTS DE LI IIOUNG-TGUANG l/|5
demanda de lui soumettre un plan de réorganisation
de l'armée chinoise sur la base du système du service
obligatoire. A la fin de la même année, Li fil venir d'Angle-
terre quatre canonnières qui se montrèrent inférieures à ce
qu'on en attendait, quoiqu'elles fussent d'un modèle nou-
veau ; d'aulrcs commandes, d'au moins trente millions de
francs, devaient être faites à la maison Armstrong en 1880.
En novembre 1879, le commandant Fournier, venu avec le
Ly/urpour prendre la station d'hiver à Tien-Tsin, fit visite
au vice-roi avec lequel il établit des relations assez cordiales
[X)ur que Li lui offrit le commandement en chef de la ma-
rine chinoise. Fournier déclina celte offre flatteuse pour lui,
aussi bien que pour un de ses officiers, mais il proposa les
ser\ices de M. Paul Mignard, lieutenant de vaisseau démis-
sionnaire, comme inspecteur général de la marine militaire
pour les ports de la Chine septentrionale, qui furent agréés
(mars 1880).
Un autre lieutenant de vaisseau français, commandant
d'un paquebot des Messageries depuis quinze ans, M. (iau-
vain, fut engagé l'année suivante (1881) pour trois ans pour
s'employer à créer dans le golfe du Pe Tché-li une école
navale professionnelle où s'instruiraient les officiers et les
matelots destinés à commander ou à armer les bâtiments de
la flotte chinoise du Nord*.
d*environ 3 4 ans (ia décembre 1879): « [Il est] fîls d'un lieutenant-
général de l'armée allemande, oiEcier distingué, et Tauleur d'un ouvrage
militaire sur le siège de Metz, qui a servi de base au plaidoyer de M»
Lâchaud, dans le procès Bazaine. Il est sorti de rÉcole militaire comme
officier d'artillerie et a fait un stage dans Tinfanterie et dans la cavalerie;
c'est à Berlin qu'il a été engagé })ar l'ambassade chinoise, sans doute à
la demande du gouvernement allemand. »
I. M. Gauvain donna sa démission en avril i88a ; on lui donna une
indemnité d'une année de traitement, qui était de Taels 5oo par mois,
et Taels 1000 pour ses frais de voyage. — Norlh- China Herald,
April 3:1, i88a.
GoKDIÈR. Il 10
l46 DE FÉVRIER 1878 A JUIN 1880
En mai i88o, des cuirassés destinés à la Turquie furent
achetés pour le compte de la Chine, par l'entremise de
M. Hart, et Li Iloung-tchang demanda à Tien-Tsin à Tami-
ral Coote de lui procurer deux officiers anglais pour en pren-
dre le commandement.
Li était alors hanté par la crainte des Russes et des Japo-
nais ; contre les premiers, il recrutait une armée ; contre les
seconds, il préparait ime flotte.
M. BOUREE
Le nouveau ministre de France, désigné pour Pé-King,
était im diplomate de carrière et d'expérience, sous-direc-
teur au ministère des Aflaires Étrangères, M. Bourée', fils
de notre ancien ambassadeur à Constantinople. M. Bourée
parUait avec des instructions pour faire aboutir la question
du Tong-King. Il s'embarqua à Marseille le l\ avril 1880 et
il arriva h Chang-IIaï le i/| mai, oii il rencontra l'amiral
Duperré. Il fut convenu que le Champlain porterait le mi-
nistre à Ta-Kou, et que de là, le Lynx le conduirait à Tien-
Tsin. M. Bourée arriva à Pé Ring le 12 juin 1880, et
I. Bourse, Frédéric-Albert^ né le 16 août i838; attaché à Athènes,
7 septembre 1860 ; attaclié payé au cabinet, iG mars i8C4 ; chargé des
fonctions de deuxième secrétaire à Constantinople en 1867; rédacteur adjoint
au cabinet, i [\ avril 1 870 ; désigné pour faire partie de la Délégation à Tours
et à Bordeaux, 10 septembre 1870; rédacteur à la direction politique,
36 juin 1878; sous-directeur adjoint, chargé de la sous-direction de
l'Amérique, 3i décembre 1875; sous- directeur à la direction politique
(Amérique), l'i février 1877 » envoyé extraordinaire cl ministre plénipo-
tentiaire en Chine, 23 janvier 1880; en disponibilité, 3i mai i883 ;
ministre plénipotentiaire de \^^ classe en disponibilité, 6 juin i885;
envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Copenhague, 7 juillet
i885; à Bruxelles, 3 0 juillet 1886; premier plénipotentiaire à la confé-
rence an ti- esclavagiste de Bruxelles, i5 novembre 1889; envoyé extraor-
dinaire et ministre pléni{K>tentiaire à Athènes, 30 décembre 1894 ; à la
disposition, i*"" janvier 1898 ; ambassadeur h la disposition, 10 décembre
i8q8; en disponibilité, 1 1 avril 1900.
M. BOURÉE 1^7
M. Palenôtre lui remit le service. Il fut reçu au Tsoung-li
Yamen le i6 juin par le prince Koung, qui lui fit un accueil
empressé et cordial.
La même année 1880, deux princes visitèrent la Chine, le
prince Henri de Prusse et le prince Thomas de Savoie, duc
de Gènes, arrivés à IIong-Kong, le premier, le i®*" mai, sur
la corvette Prmj .4 (/a/ter/, le second, le 11, sur la corvette
Vetlor Pisani.
*
\
CHAPITRE VIII
TRAITÉ ALLEMAND. - TRAITÉS AMÉRICAINS
Dès Tété de 1872, le Irailé négocié à Ticn-Tsin, le 2 scp-
leiTibre 1861 par le comte d'Eulenbourg avait été dénoncé;
ce n'était qu'un€ simple mesnre de conservation. Mais en
1876, alors que la Chine n'avait pas encore réglé Taffaire
Margary, les circonstances parurent favorables au gouverne-
ment impérial pour commencer les négociations, et après
s'être assuré le concours de la plupart des grandes puis-
sances, r Allemagne réclama également les bons offices de la
h'rance par la noie suivante du prince de Hohenlohe, son
ambassadeur à Paris :
AMBASSADE IMPÉRIALE d'aLLEMAGNE EN FRANCE
NOTE VERBALE
Depuis nombre d'années, les diverses puissances européennes
qui ont conclu des traités de commerce avec la Chine, ont pris
en considération la révision de ces traités. Dès Tété 187a, le
Gouvernement Allemand a informé le Gouvernement Chinois
de son intention de se prévaloir du droit de révision prévu i3ar
l'article 71 du traité du 2 septembre 1861.
L'ouverture des négociations ayant été retardée pour difleren-
les causes, le ministre d'Allemagne à Pé-king n'a reçu que tout
récemment les instructions nécessaires à cet effet. Le Gouverne-
ment Allemand se place au point de vue qu'il s'agit, d'une part
AMBASSADE IMPKRIALE D ALLEMAGNE EN FHANCE IV,)
d'inspirer au Gouvernement Chinois la conviction qu'on ne
lui demande pas de nouveaux sacrifices, et d*autre part, de lui
démontrer que, malgré la divergence de certains intérêts, les puis-
sances européennes sont unies en ce qui concerne la question
principale.
Le Gouvernement Allemand fera abstraction de toute récla-
mation non basée sur un fait? ainsi que de celles qui n'ont
auame chance d'être accueillies par le Gouvernement Chinois.
On évitera également de faire des propositions de nature à pro-
voc|uer des demandes de réciprocité qui jx)urraient être gonaiilcs
soit pour l'Allemagne, soit pour une des autres puissances con-
tractantes. Nous nous abstiendrons, par exemple, de formuler des
demandes pour rabaissement du tarif, ou pour un droit absolu
d établissement des étrangers à l'intérieur ou pour l'exploitation
des mines par des étrangers.
En bornant nos réclamations strictement au domaine com-
mercial, en évitant d'introduire dès à présent des questions
avant une portée politique et sur lesquelles l'identité d'intérêts
n'est pas encore établie parmi les puissances, nous croyons con-
tribuer pour notre part à une révision plus prompte.
Malgré ce programme restreint nous espérons arriver à un ré-
.sullat utile pour toutes les puissances contractantes, si nous
réussissons à procurer au commerce étranger quelques ports
nouveaux et quelques voies navigables vers l'intérieur, à assurer
l'emploi des droits de tonnage pour des travaux utiles à la navi-
gation, mais surtout si nous |K)uvons arriver à faire mettre fin à
l'arbitraire qui régit actuellement la perception des droits dits
Likin, et qui sont considérés par les commerçants comme l'obs-
tacle principal contre le développement du commerce extérieur
de la Chine.
Nous essaierons également d'obtenir quelques-unes des con-
cessions faites à l'Angleterre en rSOg. 11 est vrai que cette con-
vention additionnelle ^ qui ne fut pas ratifiée, stipulait pour la
Chine des avantages considérables par rapport à la perce[)tion
des droits Likin.
Quelque modeste que puisse être le résultat de nos négociations,
il constituerait un progrès réel, parce que la voie se trouverait
ainsi ouverte pour la révision des Traités des autres puissances.
1. Convention Alcock. — Voir I, p. 3o6.
l5o TRAITE ALLEMAND — TRAITÉS AMÉRICAINS
Nous croyons servir les intérêts solidaires de toutes les puis-
sances contractantes, en traitant isolément avec la Chine. Les
autres puissances, pourront, en procédant subséquemment et
chacune séparément à la révision des traités respectifs, obtenir
petit à petit des avantages que le Gouvernement Chinois ne sera
guère disposé à accorder en première instance. Mais nous avons
l'espoir que toutes les puissances intéressées à ce résultat ulté-
rieur voudront donner expression au sentiment de solidarité, en
faisant appuyer à Pé-king le négociateur allemand par leurs re-
présentants respectifs.
Après avoir, dans une phase précédente de la question, acquis
la conviction que les Gouvernements de la Grandd*Brctagne, de
rAutriche-lIongrie, de la Russie et des États-Unis partagent la
manière de voir qui vient d'être exposée, le Gouvernement Alle-
mand s'adresse aujourd'hui à toutes les puissances contractantes,
en les priant de l'informer si elles sont disposées à faire donner
leur appui et leurs bons conseils au Ministre d'Allemagne à
Pé-king dans les négociations qu'il va entamer en vue de la révi-
sion du traité actuellement existant entre l'Allemagne et la
Chine.
Le Gouvernement Impérial ne doute pas que l'attitude du
Gouvernement Français correspondra aux bons rapports des
deux Gouvernements.
Paris, le 22 mars 1876.
Rien dans le projet allemand n'était contraire aux idéos
générales de notre politique en Chine, il est d'ailleurs de
rintérêl des puissances étrangères de se montrer unies autant
que possible dans rExtrème-Oricnt, en conséquence des
instructions furent données à notre Chargé d'Affaires à
Pé-King, M. de Rochechouart, de prêter ses bons offices
au ministre d'Allemagne, M. v. Brandt. L'aide de la France
était d'ailleurs presque indispensable. L'article 4o de notre
traite de Tien-Tsin de i858 * a une importance capitale ; il
n'est inséré dans aucun autre traité, et il empêchait toute
négociation sans le concours de noire pays.
I. I, p. 36.
LE MINISTRE DES AFFAIHES ETRANGERES IJI
LE Mi::«ISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES A M. DE ROCHECIIOUART
Versailles, le 7 avril 1876.
Monsieur,
M. r Ambassadeur d* Allemagne m'a annoncé l'intention où se
trouverait le Gouvernement Im[)érial d'entamer avec la Chine
des négociations dont l'objet serait d'arriver à faire modifier dans
un sens profitable à toutes les Puissances Européennes les sti-
pulations du traité de 1861. Se fondant sur le caractère d'intérêt
général que présenteraient les démarches dont M. de Brandtdoit
être charge auprès du Tsoung-li Yamen, le Cabinet de Berlin
désirerait que son représentant fût appuyé par les différents
chefs de Mission accrédités à Pé-king. Le Prince de riohcnlohe
m'a remis à cet eflet une note verbale que vous trouverez ci-an-
nexée en copie et où vous verrez que le Gouvernement Allemand
croit pouvoir compter sur le concours que l'Angleterre, l'Autri-
chc-Hongrie. la Russie et les Ktats-Unis seraient disposés à lui
fournir en cette occasion. Je n'ai pour ma part aucune objection
à faire aux idées générales exprimées dans ce document et je ne
puis que vous engager à prêter à M. de Brandt vos bons oflices
pour l'aider à réaliser le programme tracé par son Gouverne-
ment.
La clause du Traité de Tien-ïsin qui nous réserve le traite-
ment de la nation la plus favorisée nous assure elTcctivement
notre part dans le bénéfice des concessions nouvelles qui vien-
draient à cire accordées par le Gouvernement Chinois et la mo-
dération même des demandes que le Ministre d'Allemagne a
mission de lui soumettre doit écarter pour nous toute crainte
de complications embarrassantes. Je me propose toutefois, après
a>oir mûrement examiné le projet qui nous a été communiqué
dans son ensemfjlc*. de vous adresser sous le timbre de la Direc-
tion des Consulats et alTairos commerciales des indications plus
précises sur les points particuliers au sujet desquels nous pour-
rions avoir des observations de détail à présenter.
Recevez...
D'autre part, M. v. Brandt recul, au romnioncement
d'avril 1876, Tordre de se mettre on ra[)porl avec le Chargé
d'Affaires de France en vue de la revision du traité.
l52 TRAITÉ ALLEMAND TRAITÉS AMÉRICAINS
La note du prince de Hohenlohc recul la réponse sui-
vante :
NOTE VERDALE, 1 3 avrîl 1876
Le Gouvernement français reconnaît l'avantage que peuvent
présenter les négociations que le Gouvernement Allemand pro-
|K)se d'ouvrir à Pé-king, à l'effet de provoquer la révision du
traité conclu en 1861 entre le Représentant du Zollverein et le
Céleste Empire et d'obtenir des concessions dont toutes les puis-
sances seraient appelées à profiter. Les vues exposées dans la note
verbale de Son Altesse le Prince de Hohenlohe sont en com-
plète harmonie avec cet esprit de solidarité dont la France s'est
inspirée toutes les fois qu'elle a eu l'occasion de s'associer à des
tentatives ayant pour objet d'étendre en Chine et au Japon la
situation faite aux Étrangers. Le Gouvernement français est,
par suite, tout disposé, en ce qui le concerne, à concourir à une
œuvre de progrès pacifique dont la poursuite est le principal
objet de sa politique générale en Chine. Le Chargé d'Affaires de
France appuiera donc les démarches présentes de M. de Brandt
et recommandera de concert avec ses collègues, au Tsoung-li
Yamen, l'adoption du programme tracé par le Gouvernement
Impérial. Des instructions conçues dans cet esprit ont été en-
voyées par le courrier du 7 Avril à M. le Comte de Roche-
chouart.
Si les arrangements projetés doivent avoir pour effet d'accroî-
tre les privilèges dont jouissent les étrangers de toute nationalité
en Chine et d'ajouter, en leur faveur, des garanties nouvelles à
celles que le Traité de Tien-Tsin a déjà stipulées, le Gouverne-
ment français s'estimera heureux d'avoir aidé, jM)ur sa part, à
atteindre un résultat conforme aux intérêts collectifs de toutes les
Puissances maritimes.
Paris, le 13 avril 1876.
M. de Brandi adressa, en mai 187 G, au Gouvernement
chinois, un mémorandum dans lequel il exposait ses deside-
rata, peu nombreux d'ailleurs cl peu importants :
« Les réformes qu'il réclame, écrit un diplomate, portent sur
les droits de transit, sur la juridiction des cours mixtes, sur les
délais accordés au cabotage pour le paiement des droits de Ion-
MEMOUANDUM 153
nage, silr l'organisation des drawbacks et des docks, sur Touver-
ture d'un plus grand nombre de ports, soit sur la cote, soit sur
le Yang-tseu, que, notamment il voudrait voir ouvert jusqu'à
I-tchang, ville située sur la frontière du Hou-Pé et au-dessus
de laquelle commencent presque immédiatement les rapides
infranchissables. »
Entre temps, sir T. Wade signait la convciilion de Trhé-
fou(i7 ^n^*- ^^7^) ^"' entraînait des pourparlers dilTiciles
avec les différentes puissances, en particulier sur ce qui était
relatif au likin, douanes intérieures. A ce sujet, le prince
Koung adrcssii la lettre suivante à tous les ministres étran-
gers :
13 décembre 1876.
Dans un précédent entcelien avec le Tsoung-li Yamen soit au
sujet de la non-perception du Likin sur les marchandises de
provenance étrangère vendues par des négociants étrangers dans
les limites des Concessions étrangères de Chang-llaï, soit au
sujet des certificats de réexportation (Drawbacks) valables pour
une période de trente-six mois et de la date où ces mesures
seraient mises en pratique, S. E. M. le ministre d'Allemagne
nous avait déclaré s'être concerté avec Votre Excellence.
Art. i'^''. — Dans les limites des Concessions Etrangères de
Chang-Haï, on ne percevra plus la taxe du likin. Quant aux
[K)rls autres que Chang-Haï anciennement ou récemment ouverts
au Commerce et où des concessions pour tous les étrangers n'ont
point encore été établies, on attendra qu'après une entente préa-
lable, des limites aient été déterminées |X)ur fixer l'épocpie à la-
quelle la perception du likin sur les marchandises étrangères ces-
sera d'avoir lieu dans les dites limites.
Dans les limites établies des concessions étrangères de Chang-
Haï, et à dater du i" jour de la i"*" lune de la troisième année
kouang Siu, la taxe du likin ne sera plus perçue sur les mar-
chandises de provenance étrangère parfaitement autlientique,
soit que le négociant étranger les vende à un étranger, soit qu'il
les vende à un négociant indigène.
Art. 3. — Période pendant laquelle les certificats de réexpor-
tation seront valables. — .\ dater du premier jour de la i"^ lune
104 TKAITÉ ALLEMAND — TRAITÉS AMÉRICAINS
(le la Iroisiomc année Kouang Siu, tout négociant étranger qui
voudrait ré-cxpédicr des marcliandises de provenance étrangère
parfaitement authentique, pourra, à la condition que Teinballage
primitif subsiste, que la marchandise primitive soit la même et
qu'elle n'ait subi ni modification, ni substitution, pourra, disons-
nous, pendant une période de trente-six mois, s'étendant du jour
d'entrée dans le [)ort de la marchandise jusqu'au jour de sa ré-
o\|)ortation, adresser des demandes de certificats de ré-exporta-
lion (drawbacks) ou encore en réclamer le montant à sa
convenance.
Toutefois, les certificats de ré-exportation délivrés antérieuro-
nient au i**' jour de la première Unie de la 3* année de Kouang-
Siu sans limite de date, ne pourront élre employés que comme
versements pour droits de douane ; le montant n'en sera pas
remboursé.
Les deux articles ci-dessus ont été communiqués à MM. les
Ministres étrangers, aux Intendants du Commerce du Nord et
du Sud (Li lloung-tchang et Chen l*ao-tcheng), pour que ces
hautes autorités les fassent mettre en vigueur et j'ai riionneur
de les porter à la connaissance de V. Excellence*,
M. le vicomte Brcnier de Montmorand répondit au
Tsoung-li-Yamea.
Pé-Ring, i8 décembre 1876.
J'ai eu l'honneur de recevoir la Dépèche de V. A. 1. et de V. V.
E. E. en date du 12 courant, m'annonçant que, en conséquence
d'une entente survenue entre le Ministre d'Allemagne et vous, vous
avez envoyé des instructions aux autorités comj)étenles portant
qu'à partir du i3 féxjier prochain, la perception de l'impôt du
Ukin sur les importations étrangères à Chang-Haï sera discon-
tinuée et qu'à partir delà même date les drawbacks seront rache-
tables comptant et [)ourront être obtenus pendant trois ans après
l'importation des marchandises, etc., etc.
En réponse, j'ai l'honneur d'informer V. A. I. et V. V. E. E.
que je regarde les arrangements faits comme entièrement satis-
faisants en ce qui concerne les drawbacks. Pour ce qui est de
l'abandon de la perception du droit de likin sur les marchandi-
I. Pour traduction conforme, le i«r interprète 0. 1. (signé): Ark^e.
ULTIMATUM l'ô'ô
ses étrangères à Cliang-Haï, je ne puis que déclarer que je le
considère comme une mesure conforme aux clauses des Traités
existants. Néanmoins, relativement aux droits de Likin en géné-
ral, il est de mon devoir d'exprimer Tespoir que vous pourrez
bientôt abandonner cette taxe partout et donner ainsi pleine
vigueur à ces clauses.
Signé : V**^ Bremer de Montmorand.
Le matin du i*' décembre 1876, M. de Brandt, ministre
d'Allemagne, écrivait au Tsoung-li Yamen que :
« Si dans les quarante-huit heures, le Gouvernement Chinois
« n'avait pas :
« i**, aUranchi les marchandises allemandes importées en
(f Chine de la taxe du Li-kin dans le ra>on des concessions
« étrangères de Chang-IIaï ;
« 2®, levé rinterdiction de l'exportation des sapèques dans
a rintérieur du pays, décrétée par le ïao-taï de Tien-ïsin, à la
a demande des banques chinoises ;
« 3°, enfin, accordé aux négociants allemands le droit d'échan-
« ger contre de l'argent comptant ou contre le paiement de nou-
« veaux droits de douane, les drawbacks ou certificats de ré-
« exportation, — après trente mois de la date de leur déli-
« vrance * ,
c II chargerait le chef des forces maritimes allemandes en
« Chine du soin de faire respecter le traité allemand; et, dans
c ce but, une fois les quarante-huit heures expirées, il se ren-
a drait de sa personne à Ghang-Haï. Il priait, en conséquence
« le Tsoung-li Yamen de lui préparer des passe-ports afin (|u'il
« put se rendre par terre de Tien-Tsin à Chang-Haï, si, comme
« c'était probable, il trouvait la rivière fermée pai* les glaces à
« son arrivée dans la première de ces villes. »
1 Le Gouvernement chinois avait soutenu, bien que ce droit lui ont
toujours été conteste, que c'était à lui de fixer ic délai après lequel les
drawbacks ne pourraient plus être réclames en faveur des marchandises
imporlces et en remplacement de celles ré- exportées et ayant paye les
droits. Trente mois était l'usage adopté jusc]u'alors. La Convention de
Tché-fou avait fixe un terme de trois ans après lequel ces certificats de
ré-exportation, ou drawbacks, ne pourraient plus être réclamés.
l5G TRAITÉ ALLEMAND — TRAITÉS AMÉRICAINS
Il faut avouer que M. v. Brandi avait lieu de se montrer
peu satisfait des tergiversations des Chinois et surtout de
Tinipolitessc du prince Koung :
« Fatigué de cet état de choses, dit un diplomate, M. de
Brandt écrivit peu de temps auparavant, au Prince Koung [wur
lui demander une entrevue. Le Prince répondit à cette demande
siH* sa carte de visite et sans même la mettre sous enveloppe :
« qu'il ne traitait pas les affaires chez lui et que si le Min^tre
d'Allemagne avait quelque chose de pressé à lui communiquer,
il devait s'adresser au Tsoung-li Yamen, qui lui en référerait. »
« Le Ministre d'Allemagne, blessé avec raison de ce procédé
un |M3u trop sans gène, prit la carte du Prince, la mit sous enve-
loppe avec ces simples mots écrits sur la sienne : « V. A. L
ignore sans doute ce qui a été écrit sur sa carte et j'ai en consé-
quence l'honneur de la lui renvoyer. »
a Le même soir, M. de Brandt, reçut du Prince une lettre
ln''s polie lui disant qu'il le recevrait avec plaisir le samedi
a décembre à a heures de l'après-midi au Tsoung-li Yamen. »
Le 1°"*, à onze heures du malin, Koung faisait dire au
Ministre d'Allemagne (pi'il était malade et ne pouvait le
rerevoir. D\>ù ultimatum de M. de Brandi.
VL v. Brandt fit ses pré[)a rai ifs de dépari, ne croyant pas
(pie le Yamen céderait ; il fut retenu j)ar les Chinois au
moment de partir :
. Il décembre 1870.
M. de Brandi est reveiui liicr soir à (i li. du Tsoung-li
Yamen, après Irois heures cl demie de séance; nous l'attendions
chez M. de Ihitzov, noire doyen, et voici ce qu'il nous a ra-
conté :
<f A mon arrivée au Yamen, où je m'étais rendu à 3 heures
pour faire mes adieu\ à Leurs Excellencos, on m'a reçu avec un
déjeuner meilleur (pie d'habitude. Pendant vingt-cinq minutes
nous avons ])arlé de la pluie et du beau temps, sans dire un mol
de l'affaire qui nous préoccupait tous. Au bout de ce temps, ne
voyanl rien venir, je dis à Leurs Excellences que je ne voulais
pas occuper leur temps davantage et je me levai pour prendre
VISITE AU YAMEK 167
congé. Tous les Membres du Tsoung-H Yamcn m'accoinpagnè-
renl jusqu'à la porte. Là, je me retournai, et, m'adressanl à
Chen, je le priai de ne pas oublier de m'envoyer mes passeports
\e soir même, attendu que je partais le lendemain matin |K)ur
Tien-Tsin et Chang-Haï. A ces mots, Chen devint vert ponnue
(sic) et. me dit en tremblant : «Ne parlez pas de partir sans
avoir notre réponse et ne pourrions-nous pas causer amicalement
de celte affaire? »
— a Volontiers », répondis-je. Nous rentrons et on se rassied
autour de la table.
« Chen prend alors la parole et dit : « Le Prince Koung con-
sent au premier point de vos demandes, le Likin. Quant au se-
cond point, nous avons déjà donné des ordres à Tien-Tsin, en
envoyant des remontrances au Tao-taï. Pour le troisième point,
nous consentons également. Mais pour le likin, comme il faut
que nous en référions au Vice-Roi de Nanking, cela ne pourra
guère être mis en vigueur avant le i''' avril prochain. D'ailleurs
nous voulons faire ces mêmes avantages à toutes les Puissances
qui ont des traités avec la Chine et, comme nous comptons en
informer vos collègues, nous vous demandons un peu de
temps. D
M. de Brandi. — « Je le veux bien, mais je ne puis vous don-
ner que jusqu'à la fin de l'année chinoise, c'est-à-dire jusqu'en
février prochain, et, si vous ne consentez pas, rien n'est arrangé,
cl je pars. »
Chen. — « Ne parlez pas de partir: vous savez bien que nous
ne le permettrions pas. »
Là-dessus, on se sépara et M. de Brandi reste ! — C'est un
succès évidemment, mais le jeu est dangereux et il ne serait,
je crois, ni sage ni prudent de le recommencer souvent*.
Le i/| décembre 1876, le Ministre d'Allemagne présenta
au Gouvernement chinois un mémorandum en quatorze
articles pour arriver à trouver une base du traité allemand
chinois.
Au mois d\ivril 1877, M. von Brandi ayant en vain jus-
qu'alors essayé de faire accepter ses articles par le Gouver-
nement chinois, ado|)ta une nouvelle lactique :
I. Lettre de M. Brcnier, 1" décembre 187G, au duc Decazes.
ITI^ ALLEMAND TltAIT^S AMËIIICAINS
1 11 ne parle plus de révision, écrit un diplomate, 3 avril 1877.
refuse, au contraire, tout entretien Ji ce sujet; mais, en re-
inclic, il fait connaître les instructions qu'il a reçues de Berlin
qui l'invitent il exiger la stricte exécution du traité qui existe
ijà entre les deux Empires. Il a fnil, dans ce but, des recher-
les ininuticuacs au sujet des infractions commises par les
ilorités chinoises de l'inlérieur au traité en question et la liste
1 est longue, a
JjC Yamcn ré[»ncl ou sujet du li-kin :
LE TSOING-LI VAMEN AU MI7IISTHE d'aLLEMAG^E
Pé-King, le 8 juin 1877.
Le II avril de celte anni^e nous avons reçu de V. E. une
é|)iV;lie relative au mode de |>erceplion des droits de Douane
ir les marchandises ctrangcrcs.
Volii Gouvernement désire d'accord avec les autres puissan-
s ilranfjircs (.laborer un règlement dans lequel il sérail qucs-
on des mconvinients de la perception du IJ-kin (décimes
ttiaordinaires) V E nous dit la satisfaction qu'elle éprouvera
raiment d une entente générale sur ce point.
La perception des droits de douanes et les prélèvements du
I km mtéicssent le budget du Gou^c^^ement de la Gbine.
Quant au projet que nous exprime V. E.,dans sa dépêche.
tnlrer en conférence a^ec ses collègues et le Gouvernement
limois en vue de ngler cette question des pei'ceplions de droits
des pr<le\ements de décimes additionnels (on dehors des droits
entrée et de sortie) sur les mai'chandises entrant dans l'inté-
eur sans avoir piealablcmcnt acquitte le demi-droit (de tran-
t) : — le Gouvernement Gbitiois y adhère cl nttend, pour en-
er en conférence, que V. E. ait fait connaître au Tsoung-li
amen comment et sur quelles bases il sera procédé à cette dis-
Agréei, etc.
M. V. Brandi rentrait h Pc-King le 3 juillet, après une
LETTRE DE M. DE BRANDT 15^
absence, et, le jour même, il adressait la lellre suivante à
M. Brenier de Monlmorafid :
Pé-King, le 3 juillet 1877.
Monsieur le Ministre et cher Collègue,
Les négociations, que d*ordre de mon haut Gouvernement, j*ai
piilamées avec le Gouvernement Chinois au sujet de la révision
du traité allemand-chinois de 186 1, négociations qui continuent
encore, ont porté naturellement aussi sur la question du li-kin.
A plus d'une reprise, j*ai été à même de déclarer au Tsoung-li
^amen que, tout en protestant de la manière la plus formelle
contre Tétat de choses actuel, le Gouvernement Allemand préfé-
rerait un arrangement général, conclu entre toutes les Puissances
sit;nataires des traités et la Chine, à une Convention entre les
deux Puissances, qui par cette raison môme ne serait applicable
en première ligne qu'aux administrés ainsi qu'aux marchandises
allemandes.
Le Tsoung-li Yamen, après une résistance assez longue, fai-
sant enfin droit à mes réclamations, s'est déclaré prêt à entrer
en pourparlers avec les représentants de toutes les puissances
signataires au sujet d'un règlement général de la question de la
taxation des marchandises étrangères, les droits d'entrée et de
sortie exceptés.
En ayant l'honneur de transmettre ci-joint h Votre Excellence
une copie du texte chinois de la note par laquelle le Tsoung-li
\ainen m'a informé de cette décision, j'ose espérer. Monsieur le
Ministre et cher Collègue, que vos instructions vous permet-
tront de vous joindre à ces négociations dont l'importance ne
saurait échapper à votre haute sagacité.
Plusieurs des représentants accrédités à Pé-king, ainsi que le
Directeur général des Douanes, dont le concours serait proba-
blement nécessaire au gouvernement chinois étant absents, il
est probable que les négociations au sujet de cette question ne
pourront être reprises utilement que vers le mois de Novembre
de cette année.
C'est donc vers cette époque que j'espère pouvoir compter sur
le concours que Votre Excellence a bien voulu m'offrir si gra-
cieusement il y a quelque temps.
Je saisis celte occasion, Monsieur le Ministre et cher Collègue,
iGo TRAITÉ ALLEMAND TRAITÉS AMÉRICAINS
pour renouveler à Votre Excellence, Tassurancc de ma haute
considération.
Signé : Von Brandt.
Au mois d'oclobre 1877, noire ministre est autorise h par-
ticiper à la conférence sur le Li-hi'n, ses instruclions géné-
rales étant d'appuyer les néfçociations de T Envoyé allemand.
Je ne suivrai pas cette affaire fastidieuse dans toutes ses
phases ; ce cpie j'en dis esl suffisant pour montrer le temps
perdu, quatre ans, pour toucher à un but cpji paraissait
proche en mars 1870.
TRAITÉ ALLEMAND, 3l MARS 1880*
Enfin le 3i mars 1880 (21° jour, 2** mois, 6^ année
Kouang-Siu) M. Max Auguste Scipio von Brandi, ministre
de Chine, signa avec Chén Kouei-feun et Tching Lien,
membres du Tsoung-li Yamen, une convention supplémen-
taire pour assurer l'exécution plus parfaite du traité du
2 septembre 1861, en dix articles relatifs au commerce et
à la navigation ; la convention était accompagnée de neuf
stipulations explicatives. Je ne comprends pas qu'il ail fallu
autant de temps et d'aussi épineuses négociations |X)ur
arriver à un résultat facile à obtenir en apparence, — les con-
cessions accordées par les Chinois n'offrant rien de particu-
lièrement important :
« Les pourparlers engagés depuis plusieurs années entre les
cabinets de Berlin et dcPé-king, écrit un diplomate (avril 1880),
pour la révision du traité de 1861, viennent enfin d'aboutir.
Une convention additionnelle, dont le texte n'est pas encore
connu, mais qui, si j'en crois M. de Brandt, ne porterait que sur
les questions commerciales d'une importance secondaire, a été
I. China, n» a (1881). — Despatch from Sir John Walsham,
Bart., Her Majestr's Charge d'affaires at Berlin, inclosing Copy
of a supplementary Convention hotiveen Germa ny and China y signed
at Peking, Marchai, 1880; mlh Documents reiating thereto. Pre-
scnled..., 1881. liOml., iii-fol., pp. 7 [C. — ag'iSJ.
TRAITÉS AMÉRICAINS — MÉMORANDUM ANGLAIS (1880) 161
signée, il y a deux ou trois jours, par le Ministre d'Allemagne
avec le Tsoung-li-Yamen. Ce document, rédigé en allemand et en
chinois, est en ce moment à l'impression et doit être très pro-
chainement communiqué aux légations. »
Les ratifications de cette Convention supplémentaire
furent échangées le i6 septembre 1881.
TRAITÉS AHERICAl^fS. MEMORANDUM ANGLAIS (iSSo).
Imitant l'exemple de TEspagne pour Cuba, les États-Unis
signèrent, en chinois et en anglais, avec la Chine, à Pé-King,
un traité en quatre articles pour régler Témigration des
Chinois dans le premier de ces pays, le 17 novembre 1880.
Les États-Unis étaient représentés par James B. Angcll, de
Michigan, John F. Swift, de Californie et William Henry
Trescot, de la Caroline du Sud, la Chine par Pao Tsiun et
Li Houng-tsao, membres du Conseil Privé. Le même jour,
les mêmes plénipotentiaires signèrent un traité supplémen-
taire en quatre articles relatif aux relations commerciales et
à la procédure judiciaire. Ces deux traités furent ratifiés à
Pé-King le 19 juillet 1881.
Plus tard, le 17 mars 1894, une nouvelle Convention,
en six articles, relative à l'émigration fut signée à Washing-
ton, par Yang Yû, Ministre de Chine, et Waller Q. Gres-
ham, Secrétaire d'État ; les ratifications en furent échangées
à Washington, le 7 décembre 1894.
Le 10 décembre 1880, un mémorandum fut rédigé pour
bien établir les relations personnelles et les rapports officiels
entre les fonctionnaires du service consulaire anglais et les
autorités provinciales chinoises ^
I. Treaties, etc., between Gréai Rritain and China; and between
China and Foreign Powers ; and Orders in Councilt Rules^ Régu-
lations, Acts of Parliament, Decrees, and Notifications afjecting
Britisk Inlerests in China, — in force on the ist January, 1896. —
Bj Sir Edward Hertslet, K. G. B. London, Harrison, 1896, 2vol.in-8,
pp. v-4ai, 423 à 768.
CORDIER. II. — Il
^
CHAPITRE IX
L'AFFAIRE DE KOULDJA
Avant que les évcnemenls actuels n'aient relégué au se-
cond plan les questions qui agitèrent le règne de Kouang-
Siu, quatre grosses affaires, depuis vingt-cinq ans, ont occupé
Tattention et troublé de terrible mtinière la quiétude habi-
tuelle des hommes d'Etat chinois ; deux fois ceux-ci évitèrent
la guerre : après l'assassinat de Margary et lors de la dénon-
ciation du traité de 1879, avec la Russie, relatif à Kouldja ;
ils eurent la guerre avec la France pour la possession du
Tong-King et avec le Japon pour rinfluence en Corée.
L'affaire Margary fut réglée par la Convention de Tché-fou ;
l'occupation de Kouldja par les Russes amena de longs pour-
parlers que nous allons rappeler et de délicates négociations
que nous devons retracer, mais il nous faut auparavant in-
diquer la cause d'une prise de possession temporaire par les
troupes du tsar de la partie de l'Empire chinois située au
Nord des Ï'ien-Chan.
CONQUÊTE DES t'iEN-CHAN
En 1769, Tempereur K'ien-Loung annexa à son empire le
Nord et le Sud des T'ien-Chan et le nouveau territoire, Sin
Kiéing, fut divisé en Tien Clian Pé Lou (route Nord) et
Tien Clian Nan Lou (route Sud); dès 1762 (27* année K'ien
Loung), un gouverneur mihtaire fut chargé d'administrer la
CONQUÊTE DES t'iEN-CHAN i63
région ; une nouvelle ville fortifiée, Houeï yuan, fut construite
(1764) près de Tancien Kouldja et des colons mandchous y
furent installés ; plus tard un grand nombre de Chinois du
kan-Sou et du Chen-Si voisins vinrent s'y établir. La popu-
lation se compose de Chinois musulmans, désignés sous le
nom de Houei Min (sujets musulmans) ou, par leurs voisins
lurks, de Dounganes ou Tounganes, et de colons musulmans
de Kachgarie, appelés Tarantchis *, de langue turke, d'ori-
gine turke ou ouïgour. L'administration est confiée à un
gouverneur général, /// Tsiang ,Kmn,dîs^c trois sous-gouver-
neurs militaires, Ts[an tsan Ta Tchen, à Ili, Tarbagataï et
\arkand ; les chefs locaux sont désignés sous le nom de begs,
répartis en cinq classes qui varient du troisième au septième
degré de la hiérarchie chinoise ; les gouverneurs locaux sont
désignés sous le nom de Hak'im Beg, et les sous-gouverneurs
sous celui de Ichkhan Beg,
La religion musulmane, qui avait pénétré dans le Turkestan
dès répoque des Souï (58i-6i8) et des T'ang (618-907)
sous le nom de Secte fleurie ÇHoa men)^ n'avait pas tardé à
y remplacer complètement le bouddhisme mongol. Aussi,
dès la fin de la dynastie mongole, dans ce pays qui avait été
attribué au second fils de Tchinguiz-Khan, Djagataï, vit-on
détruire les chrétientés florissantes et en particulier la mis-
sion d'Ili-bâliq (i342). Vers la fin des Ming, un descendant
du Prophète à la vingt-sixième génération, Mahmoud
(Makhdoum), vint s'établir à Kachgar et fut reconnu comme
chef par tous les princes de la contrée. Ce fut alors que les
Eleuthes (Kalmouks ou Mongols occidentaux) commencèrent
à dominer dans les T'ien-chan. Les tribus mongoles for-
maient quatre oïrats (d'où nous avons fait éleiithe par l'in-
termédiaire du chinois) : dans Tlli, les Tclioros, qui sont
I. Taran, millet, qui fait croître le millet, fermier.
i()4 l'affaire de kouldja
les Dzoungares ; les Dourbet, sur Tlrlych ; les Tourgoules,
dans le Tarbagalaï ; les Kochols, dans le pays d'Ouroumtsi.
Sous le règne de K'ang Hi, un chef tchoro, FErdeni Baha-
dour K'ong-Taïchi, fils d' Abonda Ablaï Taïchî, fortement
établi au Nord des T'ien-chan, avait essayé de reconstituer
l'aile gauche mongole (Dzoungares) en attaquant les princes
musulmans : le khan de Kachgar, Ismaël, fut envoyé pri-
sonnier à Ili et l'administration de son pays fut confiée, sous
la suzeraineté des Kalmouks (Eleuthes), à Hazrat Afak
(Ilidayat Allah), descendant du grand prêtre musulman
Makhdoum Azam, qui créa la dynastie des Khodjas(i678).
K'ong-Taïchi étant mort en i665, son second fils, Galdan
Boushtou, allait continuer son œuvre lorsque K'ang-Hi
réussit à arrêter sa puissance naissante. Les Eleuthes mena-
çaient de s'avancer jusqu'au Kou-kou Nor, mais leur roule
était barrée par les K'alkhas. Les K'alkhas descendaient de
Gcrcssandsa Jelaïr K'ong-Taï-chi, fils de Dayan Khan, qui
avait été Khakaan de 1^70 à i544 et qui, lui-même, avait
pour ancêtre K'oubilaï. Ces K'alkhas servaient d'Etat-tampon
entre les Eleuthes et la Chine ; leur écrasement pouvait
amener Tcnvahisscment du Céleste Empire; aussi K'ang-Hi
n'hésita-t-il pas à se porter à leur secours dès qu'il eut ré-
duit les dernières révoltes intérieures.
Galdan, campé sur TOrkhon avec son armée, chassait les
K'alkhas devant lui ; à la suite de quelques succès des Chi-
nois, il fit à l'empereur (en 1690) une soumission plus appa-
rente que réelle. La guerre recommença en 1696 : K'ang Hi
s'avança jusqu'au Keroulen et mit Galdan en faite. L'année
suivante, l'empereur reprit la campagne, mais les ambassa-
deurs ennemis le vinrent trouver sur les bords du Houang-ho
dans le pays des Ordos. K'ang Hi accordait un délai de
soixante-dix jours pour la soumission de Galdan, lorsqu'il
apprit que celui-ci venait de mourir (1697). La mort de
Galdan avait laissé sans grand chef effectif la nation des
CONQUÊTE DES t'iEN-CHAN i65
Eleuthes ; ses neveux, fils de son frère aîné Senghe, Tsewang
Arablan et Chereng Donduk, assuraient l'avenir de la dy-
nastie ; le pouvoir resta dans la famille du premier et il fut
exercé tourà tour par ses petits-fils Baïan Adshanct Dardsiia,
puis par le petit-fils de Chereng Donduk, Tawatsi, qui fut
le dixième souverain des Eleuthes. En lySS, un des chefs
eleuthes^ Amoursana, étant entré en lutte à la suite des
iiiules d'Adshan, qui avait remplacé comme huitième souve-
rain son père Galdan Chereng (^ 1745), fils de Tscwang
Arabtan (•{• 1727), un lama nommé Torgui essaya de s'emparer
du pouvoir, mais fut tué. Tawatsi fit appel à Tempereur de
la Chine, qui intervint en sa faveur, mais laissa la vie à son
adversaire. Amoursana, craignant de voir Tawatsi servir un
jour d'instrument contre lui, gêné par le contrôle des fonc-
tionnaires chinois, leva en 1755 l'étendard de la révolte.
Deux frères musulmans, descendants de Ilazrat Afak, qui
'avaient longtemps servi d'otages aux Chinois, Bourhân ed-
Din (Boronitou) et K'odzichân (Houo-tsitchan), désignés
sous les noms de Grand et de Petit Khodja, avaient été remis
en liberté en 1755. Tandis que l'aîné était à Kachgar, le
second se rendait à Yarkand. Bourhân ed-Din embrassa le
parti d' Amoursana qui, battu par le général chinois Tchao-
Houei, fut obligé de fuir en Sibérie, où il mourut de la petite
vérole. Bourhân ed-Din se réfugia chez son frère, qui refusa
de le livrer aux Chinois. C'était recommencer une nouvelle
^nierre. Malgré leur bravoure et une résistance opiniâtre, les
Khodja, défaits, se réfugièrent dans le Badak'chan. Le sultan
de ce pays fit l'un prisonnier et tua l'autre dans une bataille
livrée à la petite armée fidèle qui les suivait. Lorsque Tchao-
llouei les réclama, on lui livra la tête du Petit Khodja et le
cadavre du Grand Khodja V
C'est alors que le pays fut annexé.
I . Histoire générale.. . Lavisse et Rambaud. . . Henri Gordier, passim .
i66 l'affaire de kouldja
DJIHANGHIR
L'annexion des T'ien-Chan par Tempereur K'ien-Loung
ne devait pas arrêter les révoltes dans ce pays. Le choix de
mauvais administrateurs causa un nouveau et terrible soulè-
vement ; Pi-Tsing, gouverneur d'Ili, crut pouvoir réprimer
un mouvement à la tête duquel se mit Djihanghir, fils de
Saadct Ali Sarimsak (Sa Mou-ko) et petit-fils du grand
Khodja, Bourhân ed-Din. D'abord malheureux, Djihanghir
réussit à obtenir un grand succès en octobre i825. Les quatre
grandes villes du T'ien-Chan Nan-Lou, Kachgar, Yangi
Hissar, Yarkand et Khotan, tombèrent quelque temps après
aux mains des rebelles. Tao-Kouang s'aperçut enfin qu'il
était temps d'agir : il mit Tch'ang-Ling à la tête de ses
troupes, qu'il concentra avec les vivres à Aksou. Celle ville
faillit tomber entre les mains de Djihanghir, mais en 1827,*
les Chinois reprennent l'offensive ; à la suite de combats heu-
reux, Kachgar retombe entre leurs mains, ainsi que les trois
autres villes de l'Ouest dont nous venons de parler. Djihanghir,
en fuite, se décida à repasser la frontière à la suite d'une
ruse du général Tch'ang-Ling. Attaqué à K'artié Kaï,
Djihanghir fut battu, fait prisonnier (1828), envoyé à Pé-
King et mis à mort ^ de la plus barbare manière.
D'autre part, la fondation d'Orenbourg par les Russes,
l'exploration du Syr-Daria par Batiakov, la fondation près de
Tembouchure de ce fleuve de Kazalinsk (i848), les efforts
de Perovsky, les entreprises des Cosaques contre le khanat
de Khokand, devaient forcément entraîner les Russes dans la
vallée de l'Ili.
Le 25 juillet i85i, les Russes s'implantaient à Kouldjapar
un traité de commerce signé par le colonel Kovaleski :
1. Henri Gordicr, dans Y Histoire générale.
TRAITÉ COMMERCIAL DE KOI LDJA iT)"
THAITÉ COMMERCIAL DE KOULDJA, 25 JUILLET l85l
Le plcnipotenliaire de S. M. l'Empereur de toutes les Russies
et les plénipotentiaires de S. M. le bogdokhan du Ta-Tsing,
savoir : le gouverneur générai de l'ili et d'autres provinces, ainsi
que son adjoint, ont, après avoir conféré ensemble, conclu dans
la ville d'Ili (Kouldja), en faveur des sujets des deux empires,
un traité de commerce qui établit un trafic dans les villes d'il i
(Kouldja) et de Tarbagataï (l'chougoutchak). Ce traité se com-
pose des articles qui suivent :
Art. i**". — Le présent traité de commerce, conclu dans l'in-
térêt des deux puissances, en témoignant de leur sollicitude [K)ur
le maintien de la paix ainsi que pour le bien-être de leurs sujets,
doit resserrer encore davantage les liens d'amitié qui unissent
les deux puissances.
Art. 2. — Les marchands des deux empires feront entre eux
le commerce d'échange et régleront les prix librement et à leur
gré. Il sera nommé, pour surveiller les a flaires des sujets russes,
un consul de la part de la l\ussie, et pour les aflaires des com-
merçants chinois, un fonctionnaire de l'administration supé-
rieure de i'Ili. En cas de collision entre les sujets de l'une et de
l'autre puissance, chacun de ces agents décidera selon toute jus-
tice les affaires de ses nationaux.
Art. 3. — Ce commerce étant ouvert en considération de
l'amitié mutuelle des deux puissances, ne sera passible de part
ni d'autre d'aucun droit quelconque.
Art. /|. — Les marchands russes allant soit à Ili (Kouldja),
soit à Tarbagataï (ïchougoutcliak), seront accompagnés d'un
syndic (Karavan-bascha). Lorsqu'une caravane allant à Ili arri-
vera au piquet chinois de Boro-Khoudjir, et que celle destinée
pour Tarbagataï (Tchougoutchak) atteindra le premier piquet
chinois, le syndic présentera à l'officier de garde le billet de son
gouvernement. Ledit officier, après avoir pris note du nombre
d'hommes, de bestiaux et de charges de marchandises, laissera
passer la caravane en la faisant escorter, de piquet en piquet, par
un officier et des soldats. Pendant la marche, toute vexation ou
offense sera interdite aux soldats comme aux marchands.
Art. 5. — Pour faciliter le service des escortes d'officiers et
de soldats, les marchands russes seront obligés, en vertu du pré-
i68 l'affaire de rouldja
sent traité, de suivre la route des corps de garde, tant en allant
qu'à leur retour.
Art. 6. — Si, pendant que les caravanes russes suivront leur
route en dehors de la ligne des corps de garde chinois, les ban-
des de pillards des aoûls extérieurs (Kirghises) commettaient dos
actes de brigandage, d'agression ou d'autres crimes, le gouver-
nement chinois n'aura point à intervenir dans l'enquête à la-
quelle cela donnerait lieu. Lorsque la caravane sera arrivée
sur territoire chinois, de même que pendant le séjour dans les
factoreries où les marchandises seront déposées, les marchands
russes devront garder et défendre eux-mêmes leur propriété ; ils
seront tenus de surveiller avec encore plus de soin leur bétail au
pâturage. Si, contre toute attente, quelque chose venait à se
perdre, il en sera immédiatement donné avis au fonctionnaire
chinois, qui, conjointement avec le consul russe, poursuivra
avec toute la diligence possible les traces de l'objet perdu. Si ces
traces étaient découvertes dans des villages de sujets chinois et
que le voleur fût saisi, il devra être jugé sans relard et sévè-
rement. Si Ton retrouvait quelques-unes des choses volées, elles
seront restituées à qui il appartient.
Art. 7. — En cas de brouilleries, de contestations ou autres
incidents de peu d'importance entre les sujets respectifs, le con-
sul russe et le fonctionnaire chinois dont il a été fait mention
plus haut, apporteront tous leurs soins h la décision de l'aflaire.
Mais si, contre toule attente, il se présentait une affaire criminelle
ou un cas important en général, il sera procédé conformément
aux règles actuellement en vigueur sur la frontière de Kiakhta.
Art. 8. — Les marchands russes arriveront chaque année
avec leurs marchandises, depuis le ab mars jusqu'au 10 décem-
bre (de notre style, ou, d'après le calendrier chinois, depuis le
jour ïçing-ming jusqu'au jour Tong-tchi) ; passé cette dernière
date, l'arrivée des caravanes cessera. Si toutefois les marchan-
dises importées pendant cette période (huit mois et demi)
n'étaient pas vendues, il sera loisible aux marchands de rester
plus longtemps en Chine pour achever la vente, après quoi le
consul prendra soin de leur départ. Il est entendu de plus que
les marchands russes n'obtiendront une escorte d'officiers et de
soldats, ni pour aller ni pour leur retour, s'ils n'ont pour le
moins vingt chameaux avec des marchandises. Au reste, si un
marchand ou le consul russe avait besoin, pour une affaire quel-
conque, d'expédier un exprès, il en aura la faculté.
TRAITÉ COMMERCIAL DE KOULDJA 1 69
Mais pour que le service des officiers et soldats fournissant Tes-
corte ne devienne pas trop onéreux, il n*y aura que deux fois par
mois de ces expéditions extraordinaires hors de la ligne des corps
de garde.
Art. 9. — Les marchands russes et chinois pourront se voir
librement pour affaires de commerce : mais les sujets russes se
trouvant dans la factorerie sous la surveillance du consul russe,
ne pourront circuler dans les faubourgs et les rues que munis
d un permis du consul ; sans ce permis ils ne pourront pas sortir
de Fenceinte. Quiconque sortira sans permis sera reconduit chez
le consul, qui procédera contre lui comme de droit.
Art. 10. — Si un criminel appartenant à l'un des deux em-
pires se réfugiait dans Tautre, il n'y sera pas toléré ; mais de part
et d'autre les autorités locales prendront les mesures les plus sé-
vères et les informations les plus exactes pdur rechercher ses traces.
11 y aura extradition réciproque de transfuges de celle espèce.
Art. II. — Comme il est à prévoir que les marchands russes
qui \iendront en Chine pour affaires de commerce auront avec
eux des montures et des bèlcs de somme, il sera assigné a leur
usage, près de la ville dlii, des places sur les bords de la rivière
Ili, et près de la ville de Tarbagataï, des lieux où il y a de Teau
et de l'herbe. Dans ces pâturages, les marchands russes confie-
ront leurs bestiaux à la garde de leurs gens, qui veilleront à ce
que les terres labourées et les cimetières ne puissent dans aucun
cas être foulés. Les contrevenants seront amenés devant le consul
pour être punis.
Art. 12. — Dans l'échange de marchandises entre les com-
merçants des deux empires il ne sera rien livré à crédit de part
ni d'autre. Si, malgré cet article, quelqu'un livrait sa marchan-
dise à crédit, les fonctionnaires russes et chinois n'auront point
à intervenir et n'admettront aucune plainte, quand même il y
en aurait.
Art. i3. — Comme les marchands russes arrivant en Chine
pour affaires de commerce doivent nécessairement avoir des em-
placements pour leurs factoreries, le gouvernement chinois leur
assignera, dans les deux villes de commerce d'Ili et de Tarba-
gataï, des terrains près des bazars, afin que les sujets russes
puissent y construire à leurs frais des maisons d'habitation et des
magasins d'entrepôt pour leurs marchandises.
Art. i4. — Le gouvernement chinois ne s'interposera en aucun
cas lorsque les sujets russes célébreront dans leurs factoreries le
170 L AFFAIRE DE KOULDJA
service divin selon le rite de leur religion. Pour le cas où quel-
qu'un des sujets russes en Chine viendrait à mourir à Ili ou à Tar-
bagataï, le gouvernement chinois assignera hors de Tenceinte de
chacune de ces villes un terrain vague pour servir de cimetière.
Art. i5. — Si les marchands russes amènent à IH ou à ïar-
bagataï des moutons pour les y échanger, les autorités locales
prendront pour compte du gouvernement deux moutons sur dix,
et livreront en échange de chaque mouton une pièce de toile
(da-ba, de la mesure légale) ; le reste du bétail et toute autre
marchandise seront échangés entre les marchands des deux em-
pires au prix convenu de gré à gré, et le gouvernement chinois
ne s'en mêlera d'aucune façon.
Anr. 16. — La correspondance oflicielle ordinaire entre les
deux empires se fera, de la part du gouvernement russe, par
l'entremise de l'administration supérieure de la Sibérie occiden-
tale et sous le cachet de cette administration, et de la part du
gouvernement chinois, par l'entremise et sous le cachet de l'admi-
nistration supérieure de l'ili.
Art. 17. — Le présent traité sera revêtu des signatures et
cachets des plénipotentiaires respectifs. Il en sera dressé, du côté
de la Russie, quatre exemplaires en langue russe, signés par le
plénipotentiaire de la Russie, et du côté de la Chine, quatre
exemplaires en langue manlchoue, signés par le plénipotentiaire
cliinois et son adjoint. Les plénipotentiaires respectifs garderont
chacun un exemplaire en langue russe et un exemplaire en
langue mantclioue, pour la mise à exécution du traité et pour
servir de règle constante. Un exemplaire russe et un exemplaire
mantchou seront envoyés au Sénat dirigeant de Russie, et un
exemplaire dans l'une et l'autre langue au tribunal chinois des
relations extérieures, pour y être scellés et gardés après l'échange
des ratifications du traité.
Tous les articles ci-dessus du présent traité conclu par les plé-
nipotentiaires respectifs de la Russie et de la Chine sont signés
et munis de cachets.
Le vingt-cinq Juillet de l'an mil huit cent cinquante et un,
vingt-sixième année du règne de Sa Majesté Impériale l'Empe-
reur et Autocrate de toutes les Russies.
Signé :
(L. S.) Le colonel au corps des ingénieurs des mines, Kovalevsky.
(L. S.) I-CHAN.
BoUYAKTAl.
YAKOin BEG iri
Ce traité a été présenté au Sénat dirigeant de Russie, et par
ordre de Sa Majesté l^Empereur il y a été apposé le sceau de
Tempire en signe de confirmation.
Saint-Pétersbourg, le i3 novembre i85i.
(L. S.)
YAKOUB BEG
La mort de Djihanghir n'avait donné que quelques années
de répit aux gouverneurs chinois ; en i846, un des Khodja,
Katli Torah, avec ses frères, s'empara de Kachgar, mais fut
bientôt battu et chassé par les Chinois à Kok Robat ; en 1857 ,
révolte d'un autre Khodja, Wali Khan, et de Kichik Khan,
son frère, mais ce n'est que deux ans plus tard qu'il réussit
à quitter Khokand ; il s'empara successivement de Kachgar,
d'Artoch et de Yangi-Hissar. Profitant de la rébellion des
musulmans dans le Kan-Sou, le fils de Djihanghir, Bouzourk
Khan, se révolta contre les autorités chinoises, aidé jxir un
soldai de fortune, Yakoub Beg.
Mohammed Yakoub, fils d'Ismet Oulla, naquit vers 1820
à Pskent, dans le khanat de Khokand, et il fut élevé chez
un boucher de cette ville qui avait épousé sa mère en
secondes noces. Ayant perdu ses parents, il fut mené à
Khokand cl patronné par le Hak'im beg de cette ville, Karim
Kachka ; après la mort de celui-ci, il passa au service du
Hak'im de Tachkent qui prit sa sœur pour femme. Yakoub
monta en grade et devint capitaine, puis beg ; le 4- 16 mars
i852, il lutta à Ak-Gerik, près du fort d'Aral, contre le
major Engman qui le mit en fuite avec ses partisans. Son
chef Bouzourk, adonné à tous les vices, ne tarda pas à être
déposé par lui (1866). Les Dounganes avaient pris le fort de
Yarkand, à l'automne de i863. Ce ne fut que l'année sui
vante que commence la guerre ; d'année en année, Yakoub,
homme intelligent et énergique, remporte de nouveaux
succès: hiver de 1 864-1 865, prise de Kachgar; printemps
I-ja L AFFAIRE DE ROULDJA
de i865, prise de Yarkand ; janvier 1867, prise de Khotan ;
été et automne de 1867, prise d*Aksou, de Kou-lche, etc. ;
janvier 1869, prise de Sarikol, etc. Les Russes ne pouvaient
voir cette puissance nouvelle s'établir au cœur de l'Asie cen-
trale : la prise (27 juin i865) de la seconde ville du khanat
de Khokand, Tachkent, par le col. Tchernaïev, après une
première attaque malheureuse (2 octobre i864) et malgré
les ordres de Tempereur Alexandre II, et la création du Gou-
vernement du Turkestan, avec cette ville pour capitale, leur
créaient des intérêts considérables.
Pendant quelque temps, Yakoub fut le souverain redouté
d'un véritable empire dont la capitale était Yarkand. L'An-
gleterre envoya en mission spéciale près de lui en 1870 et
1873, Sir Douglas T. Forsyth ; en 1872, le colonel russe
d'état-major Baron Kaulbars signait avec lui un traité de
commerce.
• Le l\ juillet 1871, la Russie occupait Ili, c'est-à-dire le
pays nord des T'ien-Chan.
Voici, au point de vue chinois, l'historique delà question :
MÉMOIRE DU TSOUNG-LÎ YAMBN, 20 JUILLET 1880
Le Tsoung-li Yamen, le 20 juillet 1880, remit confiden-
tiellement à Sir Thomas Wade et à M. Bourée, un résumé
des dtflcrentes phases par lesquelles avait passé la question
de rili, afin que ces deux ministres puissent se rendre compte
de la situation de la Chine ; en voici le début :
Nous avons déjà fait savoir à V. E. par une dépêche qu'en
témoignage des bons sentiments dont la France est animée envers
la Chine, la Cour nous avait communiqué le texte d'un décret
graciant le ministre Tch'oung [licou].
Voici plus de 200 ans que la Russie et la Chine sont liées
d'amitié, sans qu'il y ait jamais eu le moindre désaccord entre
elles.
MÉMOIRE DU TSOUNG-Ll YAMEN I-jS
Tch'oung-Heou est criminel, car Jcs négociations qu'il a dû
poursui>Te relativement à la restitution de Tlli ne sont rien
moins que satisfaisantes sur beaucoup de points. A celte occa-
sion, des appréciations erronées se sont dernièrement donné
carrière au dehors. Craignant les conséquences qui pourraient
s*en suivre, nous croyons devoir faire à V. E. un récit détaillé et
complet de tout ce qui se rapportée cette affaire depuis son origine.
L'Ili constitue un de nos points stratégiques les plus impor-
tants au Nord-Ouest.
Sous le règne de TEmpereur T'oung-Tché, la rébellion mu-
sulmane s'emparait de la nouvelle frontière (Dzoungarie) ; au
mois de février 1866, aucune ville de 1*1 li n'était plus en notre
possession.
Le 28 Août 1871, alors que la Chine n'avait pas encore recou-
vré ce qu'elle avait ainsi perdu, l'interprète russe Lenzy nous
adressa inopinément une note disant en quelques mots que le
Gouverneur de la Province des Sept Rivières s'était emparé de la
ville d'ili, le 4 juillet. M. Vlangaly, Ministre de Russie, ajoutait
que la Chine devait envoyer un haut fonctionnaire à Ili |X)ur se
la faire remettre.
D'une part, notre Yamen remercia (la Légation russe) ; d'autre
part nous informâmes la Cour. Celle-ci rendit un décret donnant
l'ordre au maréchal Jong d'aller à Ili s'occuper de la récupéra-
tion de ce territoire. Nous avons entretenu plusieurs fois de ces
faits M. Vlangaly. Celui-ci pensait en résumé que, vu l'insufli-
sance des forces militaires chinoises, il était difficile de répondre
que la rétrocession de l'Ili ne serait pas suivie de troubles sur la
frontière. Le Ministre de Russie nous dit aussi qu'après que le
maréchal Jong serait arrivé au but de sa mission et qu'il aurait
r^lé d'une manière satisfaisante avec le Gouverneur Ko (KaulT-
mann) les différents points dont il avait à s'occuper, ce haut
fonctionnaire restituerait l'Ili et retournerait aussitôt après en
Russie. Nous reçûmes en outre une lettre nous entretenant de la
désignation du haut fonctionnaire Bogolavsky comme second
négociateur russe pour traiter avec le maréchal Jong ; cette
missive nous parlait aussi de l'entente toute amicale qui existait
entre eux.
Le 20 juillet 1872, notre Yamen remettait à M. Vlangaly * une
1. I, p. 322. — Le général Gporge Vlangaly, qui avait été consul
général â Belgrade (i86a), a été ministre de Russie (en remplacement de
I "74 l'affaire de KOL'LDJA
note clans laquelle nous disions que la Chine n'oublierai l jamais
ce qu'elle devait de reconnaissance à la Russie, pour n'avoir pas
cherché à spéculer sur les frais d'expédition et d'occupation de
son année, ni sur les pertes subies partout par son commerce.
Nous ajoutions que rien ne s'opposait à ce que tous les points
restés en suspens fussent réglés équitablement de telle sorte que
chacun y trouvât avantage sans qu'il en résultât d'inconvénient
pour personne.
Peu de temps après, M. Ylangaly examinant avec nous la ma-
nière dont on procéderait, arrêta que d'une part on rétrocéderait
rili, et que d'autre part on préparerait successivement des solu-
tions possibles pour toutes les autres aflaires. Nous en instruisîmes
le maréciial Jong pour sa gouverne.
Le 36 septembre 1873, M. Bogolavsky * étant arrivé à Pé-king
M. Léon de BaUiouzck), de i863 à 1878 ; à la retraite pendant plusieurs
années, il a été successivement adjoint du ministre des aflaires étrangères,
i88a; ambassadeur à Rome, 1891-97; ensuite membre du Conseil de
TEmpire.
I. Au sujet de la mission Bogolavsky, un diplomate écrivait de Pé-
King, le ai octobre 1872 :
« Kachgar et la Dzoungarie étant limitrophes du Khokand, il est arrivé
au milieu de ces troubles que des tribus Kirghiz campées des doux côtés
do la frontière ont fait des incursions les unes chez les autres, ce qui a
oblige les Russes à entrer dans le pays révolté et à en occuper amicale-
ment une partie en attendant que le Gouvernement chinois soit en état
d'y restaurer son autorité.
« Celui-ci, il y a huit mois, fît marcher un porps de a 000 hommes on
priant les Russes de mettre fin à leur occupation et de la laisser faire la
police chez lui. Là-dessus, on a envoyé de Saint-Pétersbourg le général
Bogolavsky pour s'entendre sur les lieux avec le commandant chinois et
lui faire la remise des territoires en question, après avoir constaté qu*il
avait des forces suffisantes pour s'y maintenir et y maintenir Tordre.
Naturellement, il a constaté le contraire, ce qui d'ailleurs est assez pro.
bable, et à la suite de son inspection, il a reçu l'ordre de pousser jusqu'à
Pé-king pour y exposer l'état des choses.
« Le général Bogolavsky a été présenté au prince Koung par M. Ylan-
galy. Après quoi ils ont eu ensemble une conférence avec les mandarins
du Tsoung-li Yamen. La mauvaise humeur que le général Bogola\'5ky
n'a pas dissimulée à la suite de cette entrevue, montre qu'il n'a pas réussi
à convaincre ceux-ci de l'avantage qu'il y aurait pour la Chine à laisser
ses voisins administrer ses intérêts dans l'Ili. Il est reparti pour Saint-
Pétersbourg par Chang-Haï, l'Isthme et Constantinoplc, laissant à M.
MÉMOIRE DU T80UNG-LI YAMEN 1^5
vint avec M. Vlangaly faire une visite au Yamen. Noua lui dîmes
que les troupes russes, depuis si longtemps qu'elles occupaient
rili, dcvaienl être bien fatiguées et que leurs frais d'entretien
avaient dû ôtre 1res considérables. Les deux personnages russes
répliquèrent que la dépense n'était qu'une cliose tout à fait acces-
soire et qu'ils allaient faire savoir à leur Gouvernement ({u'après
la rétrocession de l'Ui entre les mains du maréchal Jong, on
pourrait Mre assuré que la domination de la Chine sur celte pro-
\ince ne serait plus ébranlée. Nous informâmes la Cour de ces
choses.
Dans un entretien que nous avons eu le aS octobre avec Son
Excellence M. Vlangaly, nous lui fîmes remarquer que puisc|u'oii
ne devait nous livrer l'Ili que dans un avenir indéterminé, c'était
comme si on ne nous le rendait pas, qu'on pouvait dès lors et
sans plus tarder passer à l'examen des autres affaires dont nous
avons à nous occuper.
S. E. M. Vlangaly nous répéta que la Russie ne voulait pas
s'emparer indûment d'un territoire chinois.
Le même jour, on discuta de nouveau la manière de procéder,
quant à la rétrocession de l'Ili d'une part et l'examen de toutes
les autres questions d'autre part.
Un procès- verbal de cette conversation fut rédigé et commu-
niqué au Général Vlangaly pour qu'il l'examinât: le 3i octobre,
il nous envoya à son tour une note dans laquelle il disait qu'il
fallait s'occuper de la rétrocession de l'Ili parallèlement avec
toutes les autres alTaires.
Plus tard, le i4 janvier 1876, nous envoyâmes h M. de Butzov,
Ministre de Russie, une dépêche pour répondre à la demande
qu'il nous adressait, d'introduire dans la révision de la conven-
tion du commerce par terre, un article relatif au transport du
thé par la passe de Ria-yu-Kouan : nous lui disions qu'il fallait
attendre que nous eussions repris Ouroumtsi et que l'Ili nous
eût été restitué ; que c'était d'ailleurs au Vice-Roi Tso qu'il appar-
tenait de s'occuper du règlement de cette affaire et qu'ainsi il n'y
Vlangaly le soin de continuer ses démonstrations. Celui-ci a encore une
fois vu Wcn-Siang avant-hier. « Il n*y a rien à tirer, m'a-til dit, de ces
gens-là. C'est pure question d *a mou r- propre. Ils savent bien qu'ils no
seront jamais capables de reprendre l'Ili, mais ils s'cnlèteni à repousser
tout arrangement, afin, comme on dit en chinois, de ne pas perdre la
face. »
I7C L*AFF.\inE DE KOULDJA
avait pas à la rattacher à la convention régissant le transit par
terre * .
Tso tsoung-t'ang
Cependant la Chine, débarrassée des musulmans du Yun-
Nan par la prise de Ta-li, avait pu diriger toutes ses forces
vers le Nord-Ouest. Tso Tsoung-t'ang, vice-roi du Kan-Sou et
du Chen-Si en 1867, fut nommé généralissime des troupes
envoyées contre Kachgar.
Tso, comme Ts'êng Kouo-fan sous les ordres duquel il
servit, était originaire de la province de Hou-Nan, où il
naquit en 1812 à Siang-yin. En 1882, il passa Texamen de
Kiu-jen (licencié), mais il n'atteignit jamais au grade de
docteur, aussi lorsqu'il fut plus tard nommé Grand Secré-
taire (Ta-Hio Ché), les lettrés firent-ils la remarque qu'il
était, depuis l'avènement de la dynastie actuelle, le seul
homme qui, simple licencié, fut arrivé à une aussi haute
position. Tso prit une part active à la guerre des T'aï P'ing,
et devenu en mai i863, gouverneur-général du Tché-Kiang
et du Fou-Kien, il fut le fondateur de l'arsenal de Fou-
tchéou.
Tso était un petit homme gras et jovial, aux traits gros-
siers et aux petits yeux brillants de malice toujours en mou-
vement. Il était soldat dans l'âme, sévère pour ses troupes,
cruel, vôire féroce ; honnête d'ailleurs, vivant simplement et
employant son argent à acheter des canons pour son armée.
Tel l'a connu le comte Bêla Széchenyi à cette époque (1877-
1880).
Tso mit le siège, en 187 1, devant Sou-tchéou, dans le
Kan-Sou, qui tomba entre ses mains au mois d'octobre 1878 :
I. Voir la suite de ce mémoire, p. 187, 192, 2i4.
*
RAPPORT DE TSO TSOL'NG-T ANG ET DE UN CHOUEN I77
RAPPORT DE TSO TSOUNG-t'aTïG ET DE KIN CHOUEN *
« La ville de deuxième classe Sou-Tchéou est reprise.
a Les principaux chefs rebelles ont été tués jusqu'au dernier.
•t Nous adressons à l'Empereur une liste de propositions ten-
dant à récompenser ses serviteurs qui se sont distingués.
a Les Maliométans révoltés après avoir été débusques du fau-
bourg oriental de la ville se retirèrent au cœur de la place où
acculés il résistaient encore.
« Au mois d'octobre, Tso Tsoung-t'ang et Sin Tclian-piao. à
la léte de leurs troupes arrivèrent devant Sou-tchéou. L'armée
fut di\isée en plusieurs colonnes. Du 6 au lo octobre beaucoup
de rebelles périrent. On demanda du renfort à Licou Rin-t'ang.
Le 24 octobre, Kin-Ghouen lança les colonnes d'assaut. Elles
bivouaquèrent sur les remparts. L'ennemi subit des perles
sérieuses. Un de leurs chefs nommé Masçcu sachant d'avance
que son crime le destinait à une mort certaine vint demander
merci. Le 4 novembre Tso Tsoung-tang le fit comparaître devant
lui et le II novembre ses crimes lui furent émumérés ainsi que
ceux de Ma Young-fouct autres. Masçeu fut ensuite mis à mort
avec ses complices.
« Kin-Ghouen, Soung-Teigne, Sin Tchan-piao, Lieou Rin-
t'ang mirent en môme temps à mort tous les prisonniers qu'ils
avaient faits parmi le5 troupes musulmanes battant la campagne.
« Toutes nos colonnes après avoir pénétré dans la ville pas-
sèrent au fil de l'épéc tous les musulmans natifs de Sou-Tchéou.
Leur crime était impardonnable car la ville de Sou-tchéou n'a
été reprise qu'après être restée dix ans entre leurs mains.
« Tso Tsoung-t'ang et Rin-Ghouen en faisant disparaître les
principaux chefs de la rébellion ont été les instruments de la
vengeance céleste et font l'objet de l'admiration des hommes.
« Tso Tsoung-t'ang a payé de sa personne et donné l'exemple
à ses lieutenants. Une place bien fortifiée et bien défendue n'a
pu résister à sa valeur grâce h ses moyens tactiques et straté-
giques. T.SO Tsoung-t'ang a bien mérité de nous.
« Kin-Ghouen mérite également d'être largement récompensé.
« Tso Tsoung-t'ang est nommé Vice-Grand Secrétaire du Grand
I. Décret delà Gazette de Pé King, du i5 décembre 1878.
GORDIER. IL — 13
nseil de l'Empire et promu noble hi'râjitajre de troisième
sae. »
Après s'être avancé jusqu'à Hanii(fin de 187a), le maoque
irgenl et de vivres relarda les opérations de Tso jusqu'en
ril 1S76, époque h laquelle il s'avança au delà de la Grande
jraille, et s'empara d'Ouroumlai, Ti-Hoa et Manas. A la
ise de cette dernière ville assiégée par k.in-Ghouen depuis
2 septembre 1876 et prise le 16 novembre 1876 après
e héroïque défense, Tso renouvela' les atrocités commises
Yun-Nan fou, et s'attira une protestation indignée du
néral Kautfmann, gouverneur général du Turkcstan russe.
LETTRE DU GÉNÉRAL KAl'FFMAHN A TSO TSOUHG-t'aBG
En ma qualité de représentant au Turkestan d'un Empereur
md, juste et humain, je m'adresse h vous, très honorable Tso
3ung-l'ang, à votre titre de général en chef de l'armée d'une
mde puissance amie et je crois devoir attirer votre attention
- la manière dont la guerre est faite par les troupes impériales
Bogdokhan dans le territoire situé h l'Ouest de Goulchéne
f)t la population se compose principalement de Doungancs.
Vous savez, très-honorable Tso Tsoung-t'ang, que le détache-
nt qui est commandé par le tsiang-kiun K.in a assiégé pendant
j\ mois l'automne dernier la ville de Manas.
Plusieurs assauts livrés par les troupes chinoises ont été re-
issés et ia population de cette ville, son chef à la tête, n'ont
litulé qu'fi la suite de la promesse faite par le tsiang-kiun qu'on
r accorderait une amnistie complète.
Le chef du détachement en question n'a pas tenu sa parole
onnôte guerrier et plus de t 5oo Doungancs, ainsi que des
imes et des enfants, ont été trailreusement massacrés après
x;upation de Manas par les lrou[}e3 chinoises.
I*areillc manière d'agir, aussi cruelle que perfide, n'est pas
ne du chef de l'armée d'une grande puissance et ne peut que
•duire une impression des plus désavantageuses sur l'esprit des
)ulations que le gouvernement chinois se propose de soumettre
. Gazelle de Pé-Kiiig, iS janvier 1877.
> FIN DE LA RÉBELLIOK MUSULMANE I79
à sa loi ; des cruautés aussi terribles ne peuvent avoir pour résultat
direct que la dépopulation complète du pays et seront certainement
très-nuisibles aux intérêts du gouvernement chinois lui-même.
En conséquence, je considère comme un devoir de vous prier,
Irès-honorable Tso Tsoung-t*ang, de vouloir bien porter une
attention sérieuse sur les atrocités que se permettent d'accomplir
Yos subordonnés et de prendre des mesures pour qu'elles ne se
renouvellent pas, car pareille manière d'agir ne peut certaine-
ment pas entrer dans les vues du gouvernement.
Le devoir du soldat consiste . à lutter avec l'ennemi qui le
combat les armes à la main et non pas à tuer des habitants dés-
armés, des femmes et des enfants.
Je me suis adressé directement à vous, étant persuadé que,
partageant mon opinion, vous ne permettrez pas à des chefs de
détachement de jeter une ombre défavorable sur la gloire et la
célébrité que vous avez si justement acquises parmi les généraux
du gouvernement chinois.
J'espère, très-honorable Tso Tsoung-t'ang, qu'en votre qualité
de haut fonctionnaire ayant une grande autorité et jouissant de
la pleine confiance de votre gouvernement, vous trouverez les
moyens d'arrêter un mal aussi contraire aux lois de Dieu, et à
celles de l'humanité.
FIN DE LA RÉBELLION MUSULMANE
Tso marchait contre Yakoub lorsque celui-ci mourut à
Korla, miné par la fatigue, après une maladie de treize jours,
devenu presque fou, le 29 mai 1877 *. Son corps fut trans-
porté à Kachgar où il fut inhumé. L'œuvre de Yakoub finis-
sait avec lui : les Chinois contre lesquels ses successeurs ne
pouvaient lutter, s'emparèrent successivement de la capitale
de Témir, Aksou, le 19 octobre 1877, de Yarkand, le 21 dé-
cembre, de Kachgar, sans combat, le 26 décembre, et enfin
de Khotan, le 4 janvier 1878.
I. Kathgaria... by A. N. Kuropatkin... Translatcd from the Russian
bj Walter E. Gowan... Calcutta, i88a, in-S.
— The fJfe of Yakooh Beg... by D. C. Boulger... London, W. 11.
Allen, 1878. in-8.
ï8o
L AFFAIRE DE KOLLDJA
Tso annonça à la Cour ses \icloires et on Ten récompensait
magnifiquemen t .
Décbeï * rendu sur un rapport du Vice-Roi Tso, de Kin
CiiouEN cl de LiEou Tien (envoyé par courrier de i 200 lis
par jour avec drapeau rouge) * relatif à la prise de quatre
villes dans TOuest et à la suppression de la rébellion dans le
Turkestan chinois.
Dès Tannée dernière, quatre des places fortes du Turkestan
chinois oriental étaient prises. — Aussitôt après ces victoires
Lieou Rin-t'ang fit ses plans pour s'emparer des quatre places
fortifiées restant à prendre dans l'Ouest du Turkestan.
Il envoya d'abord d'Aksou le général Yu Hou-ngen à Barjouk
Manarbash avec des troupes régulières, marchant à découvert.
Il fit partir en même temps de Oush, le général Houang Wan-
p'ung avec des troupes dont la marche devait être dissimulée
jusqu'au moment Gxé pour l'attaque de Kachgar. Lieou Kin-t'ang
s'établit fortement h Barjouk Manarbash. Ses troupes qui s'étaient
mises en marche rapidement le 19 décembre, reprenaient posses-
sion de Yarkand le ai suivant. Le 34» précipitant davantage leur
marcfie, elles entraient dans Yangi liissar et faisaient rentrer
ainsi sous notre domination les musulmans à Turban.
Poussant plus en avant, elles arrivaient le 26 décembre devant
Kachgar. Le général Yu Hou-ngcn se trouvait dans le voisinage
de celle place déjà depuis le 17. On attaqua de deux côtés à la
fois.
Le pseudo-général rebelle Wang Yang-lin et ses bandes furent
exlerminées. Trois ou quatre mille hommes de cavalerie et d'in-
fanterie musulmanes venus à leur secours eurent à combattre le
général Yu Hou-ngen ; ils furent dispersés ; la ville fut ouverte.
— Yn Ilou-ngen disposa une partie de ses troupes de manière
à couper la retraite à l'ennemi, puis il lança des colonnes à sa
poursuite. Ces rebelles furent mis hors de combat.
Le chef rebelle Yu Siao-hou fut fait prisonnier ; un autre chef
1. Gazette de PéKing, du i5 mars 1878.
a. Le drapeau rougo désigne les courriers annonçant, le succès définitif
d'une expédition et la capture du chef d'une insurrection.
A la réce[)tion de ces courriers, l'Empereur, quelle que soit l'heure,
doit immédiatement réunir son conseil.
FIN DE LA RÉDELUON' MUSULMANE l8l
nommé Lan Te-kîn trouva la mort, lui et ses bandes sur le cliamp
de bataille.
L'infanterie du général Sîao Yuan-heng combattit conjointe-
ment avec les troupes du général liouang Wan-p'ung ; le pseudo-
général en chef Ma-yuan fut fait prisonnier vivant et le pseudo-
général rebelle Po Jen-long fut tué. Toutes leurs bandes sont
anéanties. Lieou Kin-t'ang fit écorcher vifs et lentement le rebelle
musulman King Siang-in et son fils, Yu Siao-hou, Ma- Yuan ;
leur tête fut exposée. En deliors de ceux-ci, onze cents prisonniers
faits à Kachgar furent décapités. Kachgar est donc complélement
délivrée des rebelles.
Le général Toung Fou-siang conduisit à marche forcée ses
troupes sur Khotan ; du a au 4 janvier, ce fut une succession de
combats et de soumissions, Khotan est débarrassée des rebelles.
Voici dix ans que les Pourouths s*étant révoltés, le musulman
King Siang-in s'empara par la force de Kacbgar ; il rongea pro-
gressivement les huit villes qui constituent le Turkestan cliinois,
puis Tour fan, Ouroumlsi furent comprises dans ce désastre.
Voici dix ans que nous sommes les instruments célestes de la
punition de ces rebelles. — Nous avions confié au Vice-Roi Tso,
le soin d'agir comme commissaire impérial dans les limites des
nouvelles frontières (Turkestan et Dzoungarie). C'est lui qui
conçut le plan d'opérer d'abord en Dzoungarie. 11 prit donc Ou-
roumtsi comme étant le point le plus important ; de là, il marcha
sur Manas. 11 put ensuite avancer sur Tour fan par les diverses
routes dont ces places lui livraient la clef du Turkestan. Bientôt
s'avançant dans l'Ouest, il en fut de l'insurrection comme d'un
bambou qui, une fois fendu, éclate et se brise dans toute son
étendue.
Los huit villes du Turkestan nous sont rendues et nous le
devons à la protection du Ciel et à la sainte intercession de nos
aïeux .
(Suivent les récompenses, /îq pages.)
Le Vice-Roi Tso est fait duc de a" classe ; Lieou Kin-t'ang est
fait baron *.
Le Turkestan Chinois était débarrassé de la rébellion ;
I. Pour traduction conforme, signé : G. Devékia.
i8a l'affaire de kouldja
le chef insurgé^ Po Yen-hou et d'aulrcs rebelles se réfugièrent
sur le territoire russe.
(c La Cour ordonna immédiatement au Prince Koung et aux
membres du Tsoung-li Yamen de rappeler à M. de Butzov que
le traité ne permettait pas de donner asile aux rebelles et de le
prier, en conséquence, d'aviser le Gouvernement russe, afin que
Po Yen-hou et les autres insurgés fussent livrés à la Chine et que
l'amitié qui unit les deux Gouvernements reçut par là une nou-
velle consécration. Cette question donna lieu à plusieurs entre-
tiens *. »
I. Mémoire du Yamen du ao juillet 1880.
CHAPITRE X
L'AFFAIRE DE KOULDJA
(Suite).
MISSION DE TCh'oUNG-HEOU
L'ancien ambassadeur en France, Tch'oiing-Heou, alors
gouverneur-général de Fêng-t'ien (Mandchourie) fut désigné,
au mois de juin 1878, pour aller en Russie remplir les
fonctions de ministre plénipotentiaire et traiter de la restitu-
tion de Kouldja à son gouvernement ; avis de cette nomina-
tion fut donné aux légations étrangères par le prince Koung :
Pé-king, le 34 août 1878.
Le 19 de ce mois, j*ai reçu avec respect le décret impérial
suivant :
Tch'oung Heou, décoré de la plume de paon à double œil et
du globule de première classe. Tuteur de 3" classe du prince
héritier du Trône, Membre du Conseil des Affaires étrangères.
vice-président de gauche du Ministère de l'Intérieur, déjà nommé
Ministre de Chine près la Cour de Russie, sera notre plénipo-
tentiaire.
Veuillez agréer, etc. *.
Tch'oung-Heou aurait voulu prendre avec lui comme
interprète M. Devéria qui lui avait rendu de grands services
lors de sa première mission en Europe, mais il était impos-
I. Pour traduction conforme, signé : G. Devéria.
r «les raisons faciles h comprendre, que noire
séparât du principal fonctionnaire de so légation.
I fnil à Saint-Pétcrsbourf^ h la nouvelle de la
I de Tcli'oiing-Heou ne fut pas sans rései-ve :
it que le Cabinet de St. Pétersbourg fut informe par
d'Affaires à Téking de la nomination d'un ministre
nt pour mission d'installer dans la capitale russe une
rmanenle, il s'cmprcs»a de faire ressortir les anciennes
licalcs qui unissent les deux pays : on déclara que
rait la présence d'un ministre cliinois à la Cour du
• une nouvelle marque de ces bonnes relations,
ellcrie impériale, pourtant, au milieu de ces paroles
, empreintes de l'esprit le plus conciliant, ne manqua
: sentir au Gouvernement chinois que, d'après les
avait pas le droit d'entretenir une Légation en Itussie.
riction inattendue, sans doute, donna h réfléchir aux
I Tsoung-li Yamen et ils en viennent à se demander
I ton qu'il convenait de prendi'e devant une réponse
i peu d'empressement. Ce fut Tch'oung'^leou, celui-là
on discutait l'envoi à Si. Pétcrsbourg qui prit la parole
X qui prouve son esprit de conciliation, que le mcil-
prendrc cette réponse était de la regarder comnie
lion pure et simple. 11 eut soin toutefois de faire rc-
l'il convenait de lui conférer le titre de Plénipolcn-
qui donnait a sa mission un caractère spécial et la
me au droit qu'a tout Pa)'s d'envoyer des Anibassa-
panL d'.MTaires. . . La principale raison,... qui a décidé
ment chinois ii envoyer pri-s la grande Cour du Nord
tcnliaire a été son désir de régler définitivement la
nii'.
lellcs furent les inslruclîons données à Tcii'oung-
fonclionnaire reçut une lettre de créance aux termes
il devait dans l'iiitériM de nos relations c
Je M. Brcnicr de Monlmorand i M. Waddington, Pé-Kiog.
MISSION DE TCh'oCNO-HEOU i85
faire un traité et négocier la rétrocession de Tlli, ainsi que la
remise du rebelle Po Yen-hou ; des insf ructions lui furent données
par la Cour lui recommandant d*user de la plus grande pru-
dence, de ne rien faire sans consulter le Palais ou sans prévenir
le Tsoung-li Yamen. Lors des audiences de congé qui furent
accordées à Tch'oung-Heou, Leurs Majestés les Impératrices et
l'Empereur lui réitérèrent les mèjnes recommandations. De plus,
enOn, le Prince Koung et les membres du Tsoung-li Yamen lui
dirent que l'affaire qu'il était chargé de régler était de la plus
haute importance, et qu'il fallait tenir le Tsoung-li Yamen au
courant de ses négociations. *
Le 3i décembre 1878, Tch'oung-Hcou arrivait en Russie. Au
mois de mars, il eut une conférence sur la question de Tlli avec
le Ministre des Affaires étrangères Ko (Gortchakov). Pour ce qui
est du remboursement des dépenses occasionnées par l'occupation
de rili en notre lieu et place, la Russie en admit le principe,
seulement avant de donner une réponse définitive, elle voulut
qu'une entente s'établît à cet égard entre le Ministère de la
Guerre et celui des Finances. C'est postérieurement à cela que
nous reçûmes de Tch'oung-Heou une lettre disant que la Russie
consentait à rendre l'Ili. Notre représentant nous envoyait du
même coup un aperçu de ce qui s'était passé entre lui et MM.
Gortchakov et Bulzov au cours de leurs entretiens qui avaient
porté sur trois points principaux :
I" Commerce. — 2° Frontière. — 3° Indemnités.
Nous nous empressâmes d'en informer la Cour.
Peu de jours après, une nouvelle lettre de Tch'oung-Heou nous
disant que comme indemnité, il était convenu d'une somme de
cinq millions de roubles.
Qu'en ce qui touche le commerce, la Russie réclamait l'ouver-
ture d'un débouché commercial à Kia-yu-kouan.
Quant aux routes commerciales, la Russie désirait que le com-
merce de Han-kéou put se faire par Lan-tchéou, lïan-tchong cl
Tché-ta et qu'on pût avoir des communications à travers les roules
du Sud et du Nord des Monts Célestes. Elle demandait aussi
qu'on y ajoutât les routes de Niptchou et de Kobdo.
Enfin pour ce qui est des frontières, la Russie en désirait la
rectification et voulait une ligne passant par Ili, Kachgar et Tar-
bagataï ; elle désirait de plus retenir une enclave de la partie Sud
de riii.
Les 6 et a 3 juillet, les i4. 18 et 27 Août, nous avons télégra-
tréscnlalions énergiques de la Russie amenèrent une
ti'in de la Icrrible peine et les enfants de Yakouh
ndaninés h l'emprisonnement dans une pnivincc
THAlTi: DE
in^-llcnu fut reçu en audience le 8/20 janvier 1^*70
élire ses lettres de créance ; il réclamait le mn^r
tdcur, tandis que ses lettres ne lui donnaient que
ivojé cxtraoïflinaire et ministre plénipotentiaire ; en
nce, il fut traite en « Heprésentant » de l'empereur
lîté en (li\'Iniil articles fut signe ii Livadia [tar
; IIe<«i, d'ime part, MM. de Giers cl de Butitov, de
«ici l'analyse des principales causes: 1. La Russie
Ii, à l'exception de la portion Sud-Ouest, dans la
de la rivière Tekkea ; II. \mnistie aux liabttanls
lométans on non ; Ul. Les liabilants d'Ili sont libres
dans le pays ou d'émigrcr en territoire russe et
iijets russes ; IV. Les sujets russes qui pourraient
fié des propriétés dans l'Ili, après que le pays aura
, en conserveront le contrôle ; V. Les fonctionnaires
u transfert se réuniront dans la ville d'Ili et aginmt
)s ordres dn gouverneur général du Cben-Si et du
' et du gouverneur général du Turkestan '. Quand
lura été approuvé par l'empereur de la Chine, le
jr général du Chcn-SÎ et du Kan-Sou enverra un
aire à Tachkent pour prévenir le gouverneur général
tstan qui, dans une période de deux mois, devra
le transfert de l'Ili ; VI. L'empereur de la Chine
millions de roubles à la Russie dans l'année qui
diange du traité comme frais d'occupation depuis
'toiing-t'ang.
TRAITÉ DE LIVADIA 189
1871 el indeinnilé aux marcliands russes pour leurs perles;
VII. Après que l'Ili aura été repris par la Chine, TOuest de
rili et le voisinage de la rivière Tek Les seront rendus à la
Russie, afin que ceux qui deviennent sujets russes puissent
s'y établir ; la frontière séparant les deux pays est ainsi
délimitée :
La frontière des deux pays commencera à la montagne
Piehchentao * et suivra la rivière Gorchos jusqu'à Tendroit
où elle se jette dans la rivière Ili. Elle suivra alors la rivière 11 i
dans une direction Sud jusqu'au mont Wou tsoung tan, à TEst
du village Kouo-li-cha-t'eh. Elle suivra la ligne de faîte des mon-
tagnes Akburtash jusqu'à Tendroit où la rivière Ili se divise
au Nord, et de là à FEst. Le mont Ha-la-k'ai et le mont Ch'a-
pu-ch'a-leh appartiendront à la Russie. Suivant la rivière Tek-
kes, la frontière suivra de nouveau la ligne de faîte de la mon-
tagne Akburtash à la passe Kouo-keh-su-ta-wan. De là vers le
Sud au mont Ai-sh-ko-bash, et alors dans une direction Sud-
Ouest le long des monts suivants des T'ien-Chan : Ha-lei-
ko-tao, Khan-lien-ka-li *, Sa-lei-ya-seh-ka-chierh-te-liu-k'o-
kouo, et Kara Tekke à la passe du mont Panyok'eh.
La frontière de l'ancien Khokand, maintenant la province
russe de Ferganah, est limitrophe de la frontière chinoise de
kachgar, etc., el les limites sont fixées de la manière suivante :
Du sommet de la montagne Suyok (dont la passe appar-
tient à la Russie), vers le Sud le long de In-a-la-kouo-leh et
le pied de la passe Sa-oo-yester jusqu'à mi-chemin entre les
deux stations de Yeching et Nakola Ch'alat. De là à la ri-
vière Ch'i ki lo pan à l'Est de la station Irkosht'ang, et alors
au Sud au mont MaUtarbar ^.
VIII. Modification de la frontière de Tarbagataï fixée par
le i*' et le 2® article du traité de i864 ; IX. Des bornes fron-
1 . PÎDchen, carte de Sohuyler.
2. Rhan-Tengri (Schuyler).
3. Presque tous ces noms sont méconnaissables en chinois.
tf|0 L AFFAIRE DE KOULDJA
tières seront placées quand les limites auront été fixées;
\. Suivant l'ancien traite, la Russie avait des consuls à
lii, Tarbagatai, Kachgar et Kouroun. Elle aura en plus de
ceux-ci la liberté de placer des consuls à la passe de Kia yù,
Kobdo,Ouliasoutaï, Hami, Tourfan, Ouroumtsi et Kouchteng.
Elle pourra nommer deux consuls en tout pour ces quatre
derniers points. Le consul russe de kia yU kouan contr61era
le commerce russe passant par le Kan-Sou et le Chen-Si,
suivant les termes du traité de Pé-King de 1860; XI. Traite-
ment des réciproques ; XII. Les sujets russes sont autorisés
à faire le commerce en Mongolie sans payer de droits ;
XIII. Des boutiques et des magasins pourront être construits
par les Russes dans les endroits oîi se trouvent des consuls
ainsi qu'à Kalgan ; XIV. Les marchands russes apportant des
marchandises par terre de Russie en Chine sont autorisés à
passer par Kalgan et la passe de Kia-yU à Tien-Tsin et à llan-
Kéou, et à les vendre aussi à Kalgan, Kia-yii, Tang-lchéou, Si-
ngan et Han-tchong fou ; ou ils peuvent prendre des mar-
cliandisesdeces endroits pour les vendre à l'intérieur, comme
ils choisiront. Les négociants russes achetant des marchan-
dises dans les villes et ports ci-dessus, ou ailleurs dans l'in-
térieur, ont aussi la liberté de transporter leurs marchandises
par les roules ci-dessus par Kalgan et la passe de Kia-yu en
Russie; XV. Ce traite, en ce qui concerne le commerce,
[Kiurra être revisé cinq ans après l'échange des ratifications ;
XVI. Une réduction des droits sur le thé de qualité inférieure
sera décidée par le Tsoung-li Yamen, de concert avec le plé-
nipotentiaire russe à Pé-King, dans l'espace d'un an après
l'échange des ratifications ; XVII. Bétail traversant la fron-
tière ; XVIII. Les ralificalions devront être réhangées &
Saint-Pélei-sbourg dans l'espace d'un an. Ce traité signé à
deux exemplaires en mandchou, chinois, russe et français'.
I. Le traité do LivtJia n'ajanl pis ii6 promulgué, j'ai été obligé pour
fairo ce résumé de me servir d'une traduction anglaise, inédite je croii,
DISGRACE DE TCH OUNG-HEOU IQI
Il faut que Tch'oung-Heou ail été frappé d'alicnaiion men-
tale pour avoir signe un traité pareil ; même vaincue, après
une lutte acharnée, la Chine n'aurait jamais accordé à la
Russie les avantages qu'elle obtenait par le traité de Livadia.
Non seulement le Pe Lou était abandonné à la Russie, mais
aussi les passes, entre autres celle de Mouzarte, par laquelle
traverse la roule militaire de K'ien-Loung, conduisant de
kouidja à Aksou, qui commandent le Nan-Lou. Mais ce qui
était cependant plus grave aux yeux des Chinois, c'étaient les
privilèges commerciaux et la liberté de circulation en Chine
concédée aux Russes.
Après avoir expédié son télégramme daté de la Mer
Noire, Tch'oung-Heou n'attendit pas en Russie qu'un décret
vint l'autoriser h se mettre en route pour la Chine. Il était
extrêmement superstitieux et on raconte qu'une sorcière lui
avait prédit avant son départ de Chine qu'il mourrait s'il
re>tail au delà d'un certain temps en Europe. Il arriva à
Chang-Haï au commencement de décembre 1879 et il se
rendit par terre à Pé-King, où il parvint le 3 janvier 1880.
La veille paraissait un décret le destituant et déférant son
cas au jugement du ministre du Personnel.
DISGRACE DE TCh'oUNG-HEOU
DÉCRET *
Le Président de gauche de la Cour des Censeurs, Tciroung-
Hcou, qui avait été envoyé par nous en mission à l'étranger,
5*esl permis de se mettre en route et de rentrer à Pc-King sans
avoir attendu nos ordres. Que d'abord un blâme doublement
sévère lui soit infligé au Ministère du Personnel auquel est dé-
féré son cas, que ses emplois soient en même temps déclarés va-
cants; — et qu'il attende le verdict dudit Ministère; que les
faite par sir T. VVade, sur le texte chinois. Outre le traité, des règlements
coocemant le commerce par terre entre la Russie et la Chine furent signés.
I. Gazette de Pé-King, a janvier 1880.
la Gronde Chancellerie Impériale, les Sii Minis-
ir Cours, l'Académie des Han-Lin, la Direction de
Publique, la Cour Métropolitaine des Censeurs, la
ialc des Censeurs, nous] adressent un rapport col-
al sur les articles de la Convention élaborée et sur
ri que nous a fait |Kirvenir, è dilTérentes reprises,
1 ' prétendait que :
■■ stipulations de la Convention que Tcli'oung-lleou
: étant contraires aux instructions qu'il avait rc-
ur, ce document fut soumis à l'cxanicn d'un ftrand
>sé des Princes, des liauts fonctionnaires, des grands
les douze ministres et des neufs présidents de Cour.
FIS que fait cette convention — quant aux Fronliè-
ortdes marchandises, A l'ouverture du Turkestan et
aric au commerce, au transport des marchandises,
régions jusqu'à Ilan-kéou, à la navigation jusqu'à
it, à l'unanimité, été reconnus préjudiciables et
. Quant à Tch'oung-Heou qui n'a pas su se confor-
uctions de la Cour, qui n'a tenu dans ces négocia-
omptc des télégrammes et des lettres du Tsoung-li
'a agi qu'à sa guise et qui est revenu à Pé-King sans
préalablement l'autorisation qu'il était également
ndcr, il a été reconnu coupable cl sur la demande
rivé de ses emplois par le Ministère du Personnel.
dé>cret ordonna au Ministère de la Justice de statuer
lalc faisait la remarque suivante :
ernement chinois se serait montré beaucoup moins
andon dérinitif d'une portion de l'Ili que du refus
te Gouvernement Russe de lui livrer l'ancien chef
I ¥en~liou. actuellement réfugié sur son territoire.
rotection dont le promoteur de l'insurrection du
t l'objet de la part de la Russie, aurait fortement
lucllon conforme, signé : G. Devrai*.
Au 30 juillet 18B0; voir p. 176. 187. ai4.
DISGRACE DE TCH*OUNG-HEOU IÇ^i
indisposé la Cour de Pé-King et elle ne pardonnerait pas à son
négociateur de n'avoir pu triompher sur ce point des résistances
du Cabinet de Sl.-Pétersbourg. »
En réalité, les poursuites dirigées contre Tch'oung-Heou
fiaient le triomphe de la réaction ; elles créaient une situa-
tion qui pouvait donner des inquiétudes aux agents étran-
gers accrédités près de la cour de Pé-King et devait provo-
quer une démarche en faveur du malheureux ambassadeur
chinois.
a Les [joursuites dirigées aujourd'hui contre Tch'oung-Hcou,
écrit M. Patenôtre. à M. Waddinglon, Pé-King, 8 février 1880,
peuvent donc être considérées comme une sorte de manifestation
du parti anti-européen, contre la politique du Tsoung-li Yamen.
Cette situation devait naturellement éveiller l'attention dti Corps
diplomatique et elle a provoqué dans ces derniers temps un
échange de pourparlers assez fréquent entre les chefs de mission
présents à Pé-King. Dans une réunion récente, Sir Thomas
Wade, envisageant les conséc{uences fâcheuses que pourrait avoir
la condamnation de Tcli'oung-Heou et l'impression désastreuse
qu'elle ne manquerait pas de produire en Europe, a proposé à
ses collègues de tenter, en sa faveur, une démarche collective
auprès du Gouvernement Chinois. Cette ingérence, plus ou
moins directe de la diplomatie étrangère, dans les alTaires de la
Chine, n'était pas sans danger dans les circonstances actuelles :
elle pouvait achever de compromettre celui qu'on voulait sauver
et rendre plus difficile encore la position du Prince Koung. Le
Ministre d'Allemagne en fit l'observation et j'avoue que je
n'étais pas éloigné de partager ses hésitations. Sir Thomas ré-
pliqua que l'opinion publique en Angleterre lui reprocherait son
abstention, quelque motivée qu'elle put être et que, de toute
façon, il était résolu à intervenir. Le représentant des Etats-Unis
obéissant h des préoccupations du même ordre, déclara se rallier
à l'opinion du ministre anglais. Il importait, avant tout, de ne
pas rompre l'accord unanime qui est ici notre seule sauvegarde
vis-à-vis du Gouvernement chinois, — nous nous décidâmes donc
M. de Brandt et moi à suivre Tcxemple de Sir Thomas Wade
et de M. Seward, — le chargé d'alTaires de Russie restant natu-
rellement en dehors d'une négociation h laquelle il ne lui était
CuRDlER. II. — i3
I()4 L AFFAIRE DE KOULDJA
pas possible de prendre part, sans être soupçonné de l'avoir pro-
voquée. Comme nous diflerions, néanmoins, d'avis sur l'argu-
menlalion la plus propre à faire impression sur le Gouvernement
Chinois, il fut convenu que chacun de nous resterait libre
d'adopter la rédaction qu'il préférerait, mais que nous nous com-
muniquerions réciproquement nos notes, avant de les envoyer
au Tsoung-li Yamen...
Dans sa note :
Le Ministre d'Angleterre, après avoir posé en principe qu'il
n'entend nullement contester à la Chine le droit de régler,
comme il lui plait, les questions qui touchent à son administra-
tion intérieure, ajoute qu'il croit néanmoins de son devoir de la
mettre en garde contre des mesures qui auraient pour effet de
blesser le sentiment public dans les pays étrangers. Faisant
allusion aux rigueurs draconiennes déployées en i858 contre un
négociateur chinois, on butte aux mêmes accusations que
Tch'oung-IIeou, il appelle l'attention du gouvernement impérial
sur les conséquences d'une condamnation capitale, dont la nou-
velle ne manquerait pas d'être accueillie avec une extrême sévé-
rité par les Cabinets européens.
M. Sewarda cru pouvoir aller plus loin encore ; sa note est un
véritable plaidoyer en faveur de l'Ambassadeur chinois ; les pour-
suites, dirigées contre ce mandarin, y sont dénoncées comme ins-
pirées par le parti hostile aux étrangers et comme pouvant avoir
les plus regrettables conséquences, au point de vue des relations
internationales du Céleste Empire.
Le Ministre d'Allemagne s'est borné à signaler au Tsoung-li
Yamen les rumeurs fâcheuses qui courent en ce moment dans
le public et qui sembleraient l'indice de tendances peu favorables
au maintien de la politique inaugurée par la Chine dans ces der-
nières années; il a exprimé en même temps l'espoir que les
Impératrices Régentes aviseraient aux moyens de mettre une
prompte fin aux difficultés de la situation présente.
Voici la note ' de noire chargé d'affaires au prince Koung
I. Los noies des ministres étrangers furent envoyées au Yamen le
6 février 1880.
DISOilACE DE TCll'oUNG-UEOU igS
et aux membres du Tsbung-li Yamen ; la note est conçue
dans un esprit analogue h celle de M. von Brandt.
Pé-King, le 6 février 1880.
Monseigneur,
Messieurs,
Depuis que des relations régulières se sont établies entre nous
et la Chine, notre constant espoir a toujours été de voir se res-
serrer et s'afTermir les liens d'amitié qui existent actuellement
entre le Céleste Empire cl les Puissances Occidentales. En admet-
tant, comme elle Ta fait dans ces dernières années, le principe
de réciprocité en matière de représentation diplomatique, la Cour
de Pé-Ring semblait s*ètre placée au même point de vue et avoir
compris les avantages d'une entente plus intime avec des gou-
vernements qui, tout en obéissant aux principes d'une ci\ilisa-
lion différente, n'ont jamais manqué de témoigner leurs sympa-
thies pour la dynastie des Tsing. Nous nous étions plu de notre
cûté, à considérer la présence d'envoyés chinois dans les princi-
pales capitales de l'Europe, comme un gage de ces dispositions
favorables et l'accueil empressé fait en toutes circonstances aux
ambassadeurs de S. M. I. eçt une preuve suffîsante que les Puis-
sances ne se sont point montrées insensibles à cette marque de
bon vouloir.
11 nous était permis d'eipérer que quelques-uns des hauts
fonctionnaires que la Cour Impériale avait jugés dignes d'assez
de coVi fiance pour représenter leur pays à l'étranger, pourraient
être un jour appelés à faire partie des conseils de l'Empire, et
qu'après avoir contribué à faire mieux connaître la Chine aux
(jouvcrnements européens, ils pourraient plus tard contribuer à
donner au Gouvernement Chinois une notion plus complète de
l'Europe et travailler dans un intérêt commun à dissiper de re-
grettables malentendus.
Les événements paraissent malheureusement démentir en par-
tie ces espérances. Les divers personnages que la Cour de
Pé-King a jusqu'ici accrédités auprès des nations étrangères, sem-
blent devoir, à leur retour, rester, pour une cause ou pour une
autre, en dehors des aiïaircs publiques et perdre ainsi l'occasion
de mettre au service du Trône, l'expérience aajuise par leur
séjour au dehors.
I9(> L*AFFA1RE DE KOULDJA
Les décrets insérés les 3 et 38 janvier dans la Gazelle de Pé-
kincj, — si nous en avons bien compris la portée et s'il faut tenir
compte surtout des commentaires dont ils sont Tobjet, — au-
raient pour eflct de rendre plus précaire que jamais la situation
des représentants de la Chine, et de diminuer par suite leur
autorité auprès des Gouvernements étrangers, au grand détri-
ment des intérêts généraux qu'ils sont appelés à sauvegarder.
Convaincu que rien n'est plus contraire aux intentions du Gou-
vernement Impérial, j'ai cru de mon devoir de l'aviser de l'in-
terprétation qui pourrait, peut-être, être donnée en Europe à
des mesures, dont la rumeur publique dénature certainement
la signification, mais qui méritent néanmoins de fixer notre
attention.
V. A. I. ne se méprendra pas sur la pensée tout amicale qui
m'a dicté celle démarche et je serais heureux qu'elle voulut bien
y voir une preuve nouvelle du sincère désir dont je suis animé,
de maintenir intacts les bons rapports qui unissent nos deux
gouvernements.
Veuillez...
Signé : Patenôtre.
Le Yamen répondit :
Pé-Kinfi;, le 16 février 1880.
Nous avons Thonneur de vous accuser réception de la lettre
(|ue nous a adressée Votre Excellence à l'occasion des affaires
sino-russes et des délibérations qui ont eu lieu relativement au
haut fonctionnaire Tch'oung.
Nous sommes confus des marques de sollicitude que nous
donne V. Exe. dans cette circonstance, sollicitude qui nous
prouve combien vous prenez à cœur tout ce qui serait de nature
à influer en bien ou en mal sur la prospérité de nos relations
d'amitié.
Nous ne saurions taire combien de tels sentiments d'amitié
nous agréent.
Quant à ce dont on s'est occupé ces derniers temps, bien qu'on
n'ait encore rien décidé, il faut es|K'rer que la solution qu'on at-
tend sera à la satisfaction de tous, telle que les temps et les cir-
constances la comjwrtent. En cela, nous sommes du môme sen-
j
TCHANG TCm-TOlNG ï ()7
timeni que V. Exe, et reconnaissants de ses marques d'intérél,
nous la prions d'agréer, etc. * .
TCHAî«ïG TCHI-t'oUNG
Parmi ceux qui se montrèrent le plus acharnés à la porto
de ce malheureux Tch'oung-Heou, se trouvait Tchang Tchi-
foung^, sous-lecteur à TAcadémie Han-Lin (juin 1880), no
en i835 ou 1837 h Nan-p'i, dans le Tché-li. Juge au Kouang
Toung(mars i865), puis Irésorier au Kiang-Sou (mai 1868),
Tchang, homme fort intelligent et lettré distingué, s'est ton -
jours montré fort hostile aux étrangers, quoi qu'on en ait
dit. On pourra juger de son état d'esprit par la supplique
dont voici la fin, qu'il adressa au trône en décembre 1870,
quelques mois après le massacre de Tien-Tsin :
« Nous supplions donc le gouvernement de montrer une re-
crudescence de vigueur. 11 agira ainsi suivant le vœu du jwuple.
Qu'on rompe toute relation avec ces démons malfaisants î Qu'on
cesse de pactiser avec ces renards. Qu'on se débarrasse d'abord
des Barbares à l'intérieur. On avisera ensuite aux moyens de les
arrêter à l'extérieur. Qu'on forme une ligue pour défendre les
approches du territoire, qu'on répare les forteresses des ports,
qu on arrête la circulation des navires des Barbares ! Nos troupes
sont innombrables. Les collines et les fleuves se lèveront contre
nos ennemis et quand ces vils insectes, quand ces jeteurs de
inalcfices seront exterminés, le Soleil et la Lune resplendiront
de nouveau dans tout leur éclat. On aura lavé la tache qui pol-
lue l'Empire; satisfaction sera donnée au Ciel et à l'indignation
du peuple. Le déshonneur de deux Empereurs sera vengé, l'hu-
miliation de deux règnes réparée, la joie éclatera dans l'Empire.
1^ Trône sera glorifié ^?
Mais la grande fortune politique de Tchang, «ilors sous-
1. Pour traduction conforme, signé : Devéria.
2. Frère de Tchang Tchi-\van, mort juillet i8g8; Fou-l'aï du lio-Nan,
pais Min-Tché Tsong-tou.
3. Inédit.
198 l'affaire de kouldja
lecteur à rAcadémie des Han-Lin*, date du rapport violent
qu'il adressa au trône, dénonçant le traité signé à Livadia
par Tch*oung-Heou ; ce mémoire, véritable acte d'accusation,
est écrit avec une grande éloquence et il est bon de recon-
naître que ses réclamations, au point de vue chinois, étaient
parfaitement justes * :
A rexception des plus étourdissantes bévues dans les dix -huit
articles du nouveau traité, je ne parlerai pas du traité : Par une
route de terre commerciale de Kia Yu Kouan directement à llau
Keou, via les villes de Si-ngan et Uan-tchong, les points vulné-
rables du Kan-Sou et du Ghen-Si et les parties en amont de
Tching et Tch*ou (Hou-Pé, etc.) sont tous menacés. Des lieux
de' commerce, augmentant chaque jour de nombre, se propage-
ront comme de mauvaises herbes, les nouvelles circuleront par-
tout et quoique notre frontière sera gardée, nous aurons perdu
le vrai cœur de la nation. Ceci est la première concession à re-
fuser.
Les provinces mandchouriennes sont le berceau de la famille
impériale et la ville de Petuné ' est le centre de la province de
Kirin. Si Votre Majesté autorise l'approche de vaisseaux russes,
la concession équivaut à ouvrir toute la Mandchourie aux Russes.
Ils seront alors tout près de Pé-King, notre frontière du nord
(littéralement la tête et les épaules) sera sans défense et exposée
et nous nous serons volontairement retirés à a 000 U à Touest de
Soui Fcn* sans aucune raison. La navigation dans nos fleuves
intérieurs a été depuis de longues années recherchée en vain [>ar
les puissances étrangères, et si nous accordons ce privilège à la
Russie, les autres Etats seront guidés dans leurs demandes par
cet exemple. Ceci est la seconde concession à refuser.
Quand notre gouvernement n'insiste pas sur le paiement des
droits, c'est comme une mesurer de soulagement pour les com-
merçants. Mais si en Dzoungarie, en Kachgarie, et dans toute la
1. Che Fou ; il y en a cinq : deux mandchous et trois chinois.
2. Traduit de l'anglais; la traduction anglaise du rapport entier a élc
publiée dans le NorthChina Herald, 18 mai et i" juin 1880.
3. N.-O. de Kirin.
A. Petite rivière se jcttant dans la Baie de Pierre -le-Grand, en face et
à l'Ouest de Vladivostock.
TCIIANG TCIU-T OUNG 199
Mongolie, les Russes sont autorisés à faire le commerce sans payer
aucun droit, les marchands chinois seront réduits à la mendicité
avec le temps. Ceci est une petite considération en comparaison
de ce qui suivra. Les faibles et misérables Mongols existeront
seulement pour être les victimes des exactions russes et la grande
dépense qui résultera de la soumission de la Nouvelle Frontière *
aura été perdue pour le seulbénéEcc des Russes. Et, en outre, les
établissements de commerce qu'ils ont ouverts h Kalgan ^ et
autres villes dans l'intérieur s'étendront graduellement de tous
côtés, de telle façon que, au début des hostilités, leurs commu-
nications seront complètes d'un bout à l'autre, loooo li en
dedans de nos frontières. Ceci est la troisième concession à re-
fuser.
Les dépendances de la Mongolie intérieure et extérieure sont
les boulevards de la Chine. Le désert de Gobi ', d'une étendue
de 10 000 /(' est une barrière mise par le Ciel contre les Russes,
et s'ils cherchent à envahir nos frontières, ils la trouveront, toub
le long de nos limites septentrionales, difficile et contrariante.
Mais si les Russes sont autorisés à séduire par des avantages pécu-
fiiaires les Mongols qui sont déjà à leur service comme courriers
et employés dans les stations postales de Mongolie, et que la
guerre vienne à éclater un jour, les Russes auront une parfaite
et simple communication par lettre, leur Commissariat et leur
Trésorerie ne seront pas gênés ; par leur influence, ils souille-
ront la rébellion dans nos Ëtats tributaires, et nos tribus agiront
comme guides russes. Ceci est la quatrième concession à refuvser.
Le Traité énumère trente-six barrières par lesquelles les Russes
ont le droit de passer la frontière. Elles comprennent une ligne
l)eaucoup trop longue; nous rendant également impossible d'exa-
miner les caravanes de commerce en temps de paix ou de repousser
une armée d'invasion en temps de guerre. Ceci est la cinquième
concession à refuser.
11 n'y a pas de loi qui permette à un marchand, de quelque
nationalité qu'il soit, à porter des armes. Qu'est-ce que peut
signifier alors une déclaration du traité, faite sans la moindre
raison, que chaque Russe peut porter un fusil 7 A l'entrée sou-
daine d'une bande d'une centaine ou d'un millier de Russes, qui
1. Sin-Kîang.
a. Tchang kia k'cou.
3. Cba Mo.
a capable de distinguer les soldats des marchands? Ceci est lu
iènie concession à refuser.
Dans toutes les clauses visant le commerce et les droits, les
isses obtiennent, d'une fa^on détournée, quelque avantaf^e ;
autres paijs espéreront des privilèges semblables, et feront des
mandes similaires et le revenu de la douane de Han-keou mon-
ira cliaquc année un déficit de millions de taëls. Ceci est la
iliùme concession h refuser.
Quoique, dans la troisième année T'oung-Tcbé (i86^-i86î>},
frontières du Nouvel Etat (Sin-Kin/iy) ont été définies |iar
lité, les Russes désirent maintenant annexer du terrain dans
ntéricur de ces limites et de couper nos communications avec
plus méridionale des huit villes du Turkeslan'. La portion
ird du Territoire Nouveau (^Sin-Kiang') est stérile et aride, mais
, villes du Sud sont riches et populeuses. Nous luttons pour
1 désert pierreux, et abandonnons un sol fertile. Nous luttons
ur une fausse gloire et nous nous heurtons à une vraie cala-
itc. Ceci est la huitième concession à refuser.
Nous allons autoriser les Russes k installer des Consuls à lli.
irbagataî, Kobdo, Ouliasout'al, Kacbgar, Ouroumtsi, Koulcbé,
imi, Tourfan, Kia Yu Kouan, etc., et leur donnons ainsi le
nlrôle de la frontière nord-ouest et de la totalité du Territoire
luvcau. .\vec les fonctionnaires étrangers viennent les commer-
nts étrangers, et avec les commerçants étrangers viennent les
Idats étrangers. Ils usurperont noire autorité et notre influence
pur commencer, et avec le temps, nos invités seront devenus
is hôtes. Il arrivera que les fonctionnaires seront Russes, et que
)us n'aurons pas de fonctionnaires: que les soldats seront russes
que nous n'aurons pas de soldats. Par une loi reconnue dans
ut |)ays, les côtes et les frontièresde Chine sont les scuiscndroits
I les consuls des Ëtats Étrangers sont autorisés à résider. Mais
(S villes comme Ouliasout'al, Kobdo. Ouroumtsi, Koutehé,
ami et Kia Yu Kouan sont en dei,'à de nos frontières, et avec
laque pays, suivant l'exemple donné par la Russie, tout Tinte-
cur des dix-huit provinces de la Chine sera inondé de fonction-
aires étrangers. Ceci est la neuvième concession à refuser.
En autorisant tes Russes à nous rendre lli, pendant qu'ils s'at-
ichent encore fièrcuient a trois côtés des passes montagneuses,
I. Kachgar, K'arachar, Koutehé. Aluou, Kholan, Hami, Och et
TCHANG TCHI-t'oUNG 20I
à leurs barrières intérieures et extérieures, et demeurent sur les
hauteurs qui dominent les plaines, nous perdons les clefs du
pays. Retranchez de l'Ili, la partie à l'ouest de la rivière Koksou
cl au nord de Koerhmantou, et il ne restera pas d*élendue de
terrain pour labourer, pas de pâturage pour faire paitre nos trou-
peaux et il ne restera rien de la richesse du pays. Kin-ling-so
aussi, qui a été longtemps un marché commercial russe ne doit
pas nous revenir, et deviendra par traité, une possession russe.
Ainsi la longue route principale de TEst (c'est à dire la Chine
propre) à Tlli, devra passer à travers un nid de Russes et le pays
$era sans un débouché. Aussi peu qu'il y a d'habilants laissés
dans cette contrée, eux aussi seront chassés par les Russes, le
pays sera abandonné et nous aurons jeté a 800000 taëls d'argent
utile pour rentrer en possession d'un Ili sans défenses niaturelles,
sans ressources matérielles, sans population, et sans un débouché.
El pour quel bien ? Ceci est la dixième concession à refuser.
Devenu gouverneur du Chan-Si (janvier 1882), puis gou-
verneur général des deux Kouang (août i884) et enfin des
deux Hou (8 août 1889), ïchang restera toujours ultra-
conservateur; il a écrit récemment* :
c Dernièrement une revue anglaise se moquait des Chinois en
disant : « Ceux-ci ne veulent pas que la Chine devienne un em-
pire puissant en changeant ses vieilles méthodes », et on donnait
comme raison de cette déraisonnable conduite leur excessif atta-
chement à la doctrine de Gonfucius. Mais en disant cela, la Revue
se trompait ; car nos Quatre Classiques que les Européens ont
traduits ne contiennent que la doctrine telle qu'elle leur a été
expliquée par quelque lettré vulgaire, ou par quelque maître
d'école de village ; en sorle que le journaliste anglais, ne connais-
sant pas la doctrine de Confucius, est après tout assez excusable...
En vérité, la doctrine de Confucius développe grandement la
culture (intellectuelle et morale) de ses adeptes ; elle façonne et
restreint Fortement leurs mœurs au moyen des rites : elle pres-
crit de repasser les connaissances de l'antiquité tout en apprenant
les choses nouvelles ; elle aide le ciel (et la terre) dans la pro-
I. K'iuen Hio-p'ien (Exhortations à l'Etude), traduit parle P. Jérôme
Tobar. Shanghaï, 1898, p. i3.
rliH'lion et le développe menl des ^Ircs et pénètre jusqu'au fond
l'inltmc nature des choses. Quant au gouvernement enseigné par
(innrucius, il se réduit à faire respecter ceux qui sont dignes de
respect cl à faire aimer ses proches ; il enrichit d'abord le peuple,
puis il s'occupe de son éducation ; il cultive les vertus propres au
temps de la pan et fait des préparatifs pour la guerre-, il acco-
uukIc enfin son cnscigncnicnt aux besoins du temps présent.
Kn un mot. Confucius. |>ar ses vertus, s'est joint aux mille saints.
il égale les cent roi», il forme une troisième puissance avec le
('.'k\ et la Terre et coopère ainsi à la transformation de toutes
choses. »
Mise EN JUGEMENT DE TCn'OUNGHEOl'
Ordre est donne à la Haute Cour constituée de lixer la peine
mérîtce par Tch'oung-Hcou :
Nous ordonnons au Prïnce Toun de prendre part aux. Conseils
qui se réuniront pour statuer sur le cas de Tch'oung-Ileou et de
nous adresser un rapport.
Kespoctez ceci ' .
Second décret du môme jour':
Tch'oung- licou ajant pris sur lui de revenir à Pé-King sans
avoir attendu nos ordres a été dégradé, arrélé et mis en juge-
ment au Ministère de la Justice, cliargé de statuer sur son crime.
Ce Ministère, vu la gravité du cas de Tch'oung-lleou. nous a .
e'tprimc le désir d'être assisté d'un Conseil composé de Princes
et de hauts fonctionnaires.
Le Ministère de la Justice et le Conseil assesseur nous ont fait
Ihirvenir chacun un rapport établissant que Tch'oung-Hcou.
chargé d'une mission à l'étranger, a, dans les alTaircs qu'il a
traitées, enfreint les instructions qu'il avait reçues et outrepassé
Ce cas étant très grave, nous ordonnons aux Princes de i" et
de a° rang, aux grands oflîeicrs de la Présence, au Prince et aux
i. Gazelle de Pé-King, du 17 février 1880. — Décret dos deux Impé-
ratrice*.
a Gazette de PéKing. du 17 février 1880.
DÉCRET DES DEUX IMPÉRATRICES ao3
Ministres membres du Tsoung-li Yamen, à la grande Chancel-
lerie, aux six Ministères, à la Cour des Censeurs de se réunir en
Conseil pour fixer la peine à laquelle doit être condamne
Tch oung-Heou .
Respectez ceci * .
NOMINATION! DU MARQUIS Ts'Ê^G '
D'autre part la Chine décrète l'envoi en Russie, du Mar-
quis Ts'êng, ministre à Paris, pour remettre une lettre de
TEmpereur au Tsar, et lui expliquer, dit le Mémoire du
Yamen déjà cité, « de point en point, en vue d'affirmer leurs
bonnes relations, ce qu'il y a d'impraticable et de fâcheux
dans les différentes clauses du traité précédemment négocié ».
DÉCRET DES DEUX IMPÉRATRICES
Nous avons précédemment ordonné que l'on soumette aux
Princes de i*** et de 3* rang, aux Ministres de la Présence, aux
membres du Conseil Privé, au Prince et Ministres du Tsoung-li
Yamen, aux Six Ministères, aux Neufs Cours, aux Grands Chan-
celiers, aux Président de la Cour des Censeurs, afin qu'ils les exa-
minent de nouveau :
1° Les rapports adressés à la Cour par la Grande Chancellerie,
les Six Ministères, les Neuf Cours, TAcadémie, les Censeurs mé-
tropolitains et provinciaux, et dans lesquels, pour se conformer
à nos ordres, ces administrations exposaient leur manière de voir
sur les articles du Traité et autres affaires négociées par Tch'oung-
Hcou.
2" Les rapports et notes que nous avaient fait parvenir à dif-
férentes reprises des fonctionnaires de rang supérieur ou infé-
rieur.
Nous avons aussi ordonné au Prince Toun de prendre part
aux délibérations du Conseil (ainsi formé).
En conséquence de ces ordres, les Princes et hauts fonction-
I. Pour traduction conforme, signé: Devéria.
3. Gazette de Pé-King, du 17 février 1880.
Jo4 l'affaire de kouldja
naires ont délibéré en conseil et nous ont adressé leur rapport ;
le Prince Toun nous a fait tenir une note séparée.
Tous ces rapports expriment la môme manière de voir :
Tch'oung-IIeou avait reçu de la Cour Tordre de se rendre à
l'étranger ; dans le Traité et autres affaires qu'il a négociées, il
a, sur certains points, enfreint nos instructions et outrepassé ses
pouvoirs.
Mais, comme d'autre part, il y a beaucoup de choses imprati-
cables dans ce dont nous entretiennent les rapports à nous
adressés par les fonctionnaires de la capitale et des provinces,
nous ordonnons à Tseng Ki-tseu, Marquis de Y-Yong, Vice-Pré-
sident de la Cour de Cassation, d'aller négocier de nouveau les
points à traiter en vue d'un accord satisfaisant et pour affermir
les relations internationales *.
RAPPORT DE WEN-YU, MINISTRE DE LA JUSTICE*
Tciroung-IIeou était un personnage considérable, et le
Ministre de la justice, Wen-yu, n'était pas sans appréhen-
sion sur la responsabilil43 qu'il courait et les vengeances qu'il
pouvait attirer sur lui, aussi chercha- t-il à s'abriter derrière
quelques collègues :
Le recueil de nos lois ne contenant rien d'applicable au cas
très grave (de Tch'oung-Heou), je m'agenouille cl prie la Cour
(le déléguer des Princes et de hauts fonctionnaires pour s'occuper
conjointement avec moi de ce procès et donner ainsi à la procé-
dure le caractère sérieux qu'elle comporte.
Conformément à un décret, en date du iG de la la'' lune de
l'année dernière, ordonnant de statuer sévèrement dans l'aflaire
de Tch'oung-IIcou, coupable d'avoir enfreint les règlements, le
Ministère du Personnel décida sa destitution. La Cour, jugeant
cette peine insufïisante, ordonna que Tch'oung-Heou fut arrêté et
conduit au Ministère de la Justice, chargé de statuer sur son crime.
En vertu de ce décret, Tch'oung-Heou nous a été amené par
des soldats de la bannière tarlare à laquelle il appartient, et nous
avons aussitôt désigné des fonctionnaires pour procéder à son
I. Pour traduction conforme, signé : Devéria.
a. Gazette de Pé-King, 27 février 1880.
RAPPORT DE WEN-YU, MINISTRE DE LA JUSTICE aof)
interrogatoire. Il a répondu que, jusqu'ici, les fonctionnaires en-
voyés en mission à l'étranger s'étaient toujours mis en route pour
Pé-king après avoir simplement salué à genoux * le rapport qu'ils
e\[)édiaienl en même temps à la Cour (pour rendre compte de leur
Mission et annoncer leur retour) ; que son erreur avait été de
s'autoriser de ce précédent pour partir dans les mêmes conditions.
Tch'oung-Heou, en sa qualité de haut fonctionnaire, avait reçu
de la Cour une mission importante ; au lieu d'attendre respec-
tueusement que la Cour ait fait connaître si elle approuvait la
manière dont il s'en était acquitté, il prit sur lui de revenir à
Pé-Ring, se mettant ainsi dans un cas très-grave.
Pour me conformer au décret dans lequel il est dit que sa des-
titution est une peine trop légère, j'ai recherché dans nos lois
quelle était celle qui s'approprierait le mieux au cas de Tch'oung-
Heou. Je n'ai rien trouvé qui s'y rapportât spécialement.
La 8* année du règne de Hien-Foung, Ki-Ying avait commis
le même crime que Tch'oung-Heou, c'est-à-dire que lui aussi
a^aitpris sur lui seul de revenir à Pé-King avant d'en avoir reçu
l'autorisation. Un décret spécial enjoignit aux Princes et aux
hauts fonctionnaires de se réunir en Conseil et de faire connaître
leur verdict à la Cour.
En plus de ce précédent, j'ai pu constater que toutes les fois
qu'il s'est agi d'un crime commis par de hauts fonctionnaires,
leur peine a toujours été déterminée par un Conseil composé de
Princes, de hauts fonctionnaires, de grands Chanceliers, etc., etc.
Or, considérant d'une part, que le cas de Tch'oung-Heou, qui
est haut fonctionnaire, est au Ministère de la Justice ; considé-
rant, d'autre part, que le cas en question n'est prévu par aucune
de nos lois, je me vois obligé de prier la Cour d'adjoindre au
Ministère de la Justice un Conseil composé de Princes et de hauts
fonctionnaTkes, chargé de statuer sur le sort de Tch'oung-Heou.
Son cas étant extrêmement grave, je n'ai pas osé prendre sur
moi seul de le juger ; j'explique respectueusement ici pourquoi
je demande l'assistance d'un Conseil.
Réponse sera faite au rapport ci-dessus ^.
I. Toutes les fois qu'un fonctionnaire chinois expédie une pièce offi-
cielle à la Cour, l'étiquette exige qu'il fasse le simulacre d'une remise
personnelle à l'Empereur et se prosterne devant le document destine à son
souverain.
a. Pour traduction conforme, signe: G. Devéria,
ao6 l'affaire de kouldja
La Chine n'était pas sans inquiétude au sujet de la con-
damnation probable de Tch'oung-Heou, ainsi qu'en témoi-
gne le décret impérial suivant* dans lequel le Gouverne-
ment fait appel aux capacités :
Les temps étant devenus durs et les circonstances malheu-
reuses, j'ai le plus grand besoin du concours de tous les talents
supérieurs. Maintes fois déjà, j'ai ordonné aux Vice-Rois et gou-
verneurs provinciaux de me faire connaître les talents de cha-
cun, afin de pouvoir, à un moment donné, recourir à leurs
services. Mais j'ai lieu de craindre que la plus grande partie des
hommes doués de capacités extraordinaires et de facultés supé-
rieures ne soit encore dans l'ombre. Les Vice-Rois et les Gou-
verneurs, ne pouvant qu'incomplètement voir et s'informer, n'ont
pas encore été à même de me les désigner d'une façon suflisante,
et comme il importe que des recherches soient faites sur une plus
grande échelle, j'ordonne aux membres de la Grande Chancel-
lerie, aux Six Ministères, aux Neuf Cours, aux Maréchaux, Vice-
Rois et Gouverneurs de toutes provinces, aux ex-généraux P'ông
Yû-lin et Yang Pao-pin de redoubler de zèle dans les mômes
investigations. Que les hommes de science et de génie, que ceux
qui peuvent répondre aux besoins du Gouvernement, que les
hommes dont l'activité égale la vigilance, que les fonctionnaires
expérimentés, que les stratégistes d'un talent supérieur, que ceux
(jui sont capables de commander en chef des troupes, que les
gens de bravoure propres au combat, que ceux qui peuvent être
employés comme lieutenants, que ceux qui sont versés dans les
choses concernant à la fois la Chine et les étrangers, que ceux
(]ui savent parler et écrire les langues étrangères, qui s'entendent
en matière de génie maritime, qui sont versés en mathématiques,
qui sont capables de nous approvisionner d'armes, que ceux qui
ont l'expérience des choses navales; que tous, civils ou militaires,
anciens fonctionnaires ou simples particuliers, que tous me soient
désignés d'une manière précise par ceux qui les auront remar-
qués. Je veux qu'on y mette la plus grande impartialité et qu'on
se garde de me recommander, pour faire nombre, des hommes
qui ne seraient pas tels qu'on me les aurait annoncés ; qu'on se
garde également de croire qu'on en serait quitte en me répon-
I. Gazette de Pé-Kins, a mars 1880.
CONDAMNATION DE TCH OUNG-HEOU 307
dant qu'on n*a personne à me désigner. De la sorte, les qualités
de chacun seront mises en lumière et l'on |X)urra y avoir recours
en temps ordinaire, aussi bien que dans les cas urgents. Ainsi se
trouvera réalisé le désir qu'a la Cour d'ôlre entourée d'hommes
de talent.
Que le présent décret soit publié dans tout l'Empire.
Respectez ceci.
AUTRES DÉCRETS
I. — Lieou Kin-t'ang*, Président de la Cour de Transmission,
est nommé administrateur adjoint des affaires militaires dans le
Turkestan et la Dzoungarie.
Respectez ceci.
II. — Le Tao-taï (Chef de Circuit) VVou Ta-tch'eng, Président
de Cour honoraire, a l'ordre de se rendre dans le Kirin pour
assister le Général et Gouverneur militaire Ming-ngan dans toutes
les alTaires dont il a à s'occuper.
Respectez ceci *^.
CONDAMNATION DE TCh'oUNG-HEOU
EnGn la condamnation à mort avec sursis fut prononcée
contre l'infortuné Tch'oung-Heou* :
Ghe-to, Prince de Li. et autres nous rapportent qu'après s'être
réunis en Conseil, ils ont examiné le cas de Tch'oung-IIeou, ex-
Président de la Cour des Censeurs. Us proposent, en vertu des
lois régissant la matière, que ledit Ïch'oung-Heou, soit condamné
à la décapitation avec sursis.
Nous ordonnons qu'il soit fait ainsi qu'il est proposé. Le Mi-
nblère de la Justice est chargé de l'exécution du présent décret.
Respectez ceci *.
I. Ancien lieutenant du Vice-Roi Tso, chargé de diriger l'expédilion
qui, en 1877, a abouti à la reprise du Turkestan; voir p. 180.
a. Pour traduction conforme : signé : G. Devbria.
3. Gazette de Pé-King, 3 mars 1880. — Décret des Impératrices.
4- Pour traduction conforme, signé : G. Devkkia.
indamniilion k mort de Tch'oung-Heou pouvait ôtre
i-éo comme une victoire du parti antî-europcen et das
ES pouvaicnlen résulter; une rupture entre la Russie
line était à craindre; les intérêts étrangers seraient
e mis en péril; il était nécessaire de parer à toute
lilé. Les légations décid(:rcnt rjue deux canonnières
înt en station à Tien-Tsin. Comme les bâtiments
et russe ancres dans le Pei-ho devaient, dès la dé-
;s glaces, rallier Chang-llaï, sur la demande de ses
!3, notre chargé d'alTaires invita le commandant du
mouillé à Tien-Tsin, A différer son départ jusqu'à
! de la canonnière allemande mouillée h Tclié-fou.
rc, il fut décidé que les forces navales de France,
terre, d'Allemagne et des Etals-Unis, seraient con-
i à Chang-llaï pour que leur présence mette la cour
king en garde contre des insinuations funestes qui
;nl lui être suggérées par l'ignorance et la présomp^
juelques-uns de ses conseillers et, qu'en cas d'urgence,
islres étrangers puissent s'entendre avec les comman-
» escadres pour une action commune,
juin 11S80, le ministre des affaires étrangères ccri-
Paris à notre ministre à Pé-King, M. Bourée :
crélairc d'Ëlat russe a récemment donné au Chargé d'AP-
! la République à St. l'élersbourg des indicnlions assez
s sur l'attitude que le Cabinet Impérial entend observer
nce des difficultés auxquelles a donné lieu la condamna-
Tch'oung-llcou. D'après les indications fournies par
icrs, le gouvernement russe, tout en considérant comme
ibles la rupture du traité de Livadia et te chAtiment in-
in négociateur, n'a pas l'intention, pour le moment du
le relever cette provocation. Il se contentera de renforcer
isons dans le territoire contesté de Kouldja et de garder
sivc sur les autres points de la frontière asiatique de
! qu'il regarderait comme menacés en cas d'boslililés avec
:; il écoutera les propositions qui lui seront faites par le
CONDAMNATION DE TCII Ol NG-HEOL" 3O9
Marquis Ts'êng et s'efforcera de prolonger la discussion. M. de
Giers paraît compter que le temps apaisera les passions excitées
par les derniers événements et il considère l'arrivée au pouvoir
d'un cabinet libéral en Angleterre, comme une circonstance
favorable qui permettra à l'action des Puissances européennes de
s'exercer cflicacement auprès du gouvernement chinois dans le
sens du maintien de la paix.
CORDIEH. H- — i4
CHAPITRE XI
L'AFFAIRE DE KOULDJA
( Suite.)
Les Chinois purent se rendre compte de bonne heure
que, seules, la France et TAngleterre étaient sérieusement en
faveur de la paix et disposées à les aider pour la maintenir, en
cherchant à modérer les exigences des uns, en persuadant
aux autres d'entrer dans la voie des concessions. La France
ne pouvait oublier la chaude alerte de 1875 et craignait de
voir la Russie se lancer dans une aventure d'une certaine
durée qui pouvait entraver sa liberté d'action sur les bords de
la Baltique ; et cependant, la France pouvait redouter, et
l'événement a prouvé qu'elle aurait eu raison, de voir
la Chine, libre du côté de l'Asie Centrale, ingrate, se retour-
ner contre la puissance qui l'avait aidée à sortir de ses diffi-
cultés et essayer de lui arracher le Tong-King. L'Angleterre
guettait le gros morceau qu'était l'Egypte et préparant de
longue date une occupation, que nous ne sûmes empêcher,
elle pouvait craindre que pendant qu'elle était immobilisée
ailleurs, la Russie eût les coudées trop franches en Chine :
en cela, elle n'avait pas tort, la guerre du Transvaal au
moment où la crise de l'année dernière éclatait, a certaine-
ment empêché l'Angleterre de prendre dans le règlement des
affaires d'Extrême-Orient la part que ses antécédents laissaient
entrevoir qu'elle réclamerait et Ta condamnée h ne jouer
dans le Céleste Empire qu'un rôle secondaire alors qu'elle
l'affaire de KOULDJA 2Î1
avait tenu jusqu'alors la première place. Koung et Li étaient
trop éclairés pour ne pas voir le danger de la situation et
n^étre pas disposés à entrer dans la voie des concessions,
mais ils avaient à lutter contre le parti réactionnaire dirigé
par le victorieux Tso Tsoung-t'ang et par la bande des cen-
seurs au milieu de laquelle se distinguait Tchang Tchi-
toung. Le Japon désirait se faire payer sa neutralité. Inouyé
fut envoyé à Pé-King en juin 1880. D'après un journal
japonais, le cabinet du Mikado proposerait au Tsoung-li
\amen le partage de l'archipel des Lieou K'iéoû, et pro-
mettrait, en échange de cette combinaison, sa neutralité bien-
veillante à la Chine, dans le cas où elle viendrait à engager
la guerre avec la Russie.
M. Von Brandt, non content des lauriers qu'il avait rem-
portés avec la revision du traité allemand, poussait ouverte-
ment à la guerre : « Eh! mon Dieu, nous pécherons bien
quelque chose dans l'eau trouble. » L'Allemagne, au fond,
aurait été satisfaite de voir la Russie aux prises avec les diffi-
cultés. M. Koyander, chargé d'affaires de la Russie, était
d'humeur non moins belliqueuse, mais, heureusement pour
la paix, .son gouvernement ne partageait pas ses idées. La
Russie prévoyant des éventualités qui, depuis, lui ont fait
chercher une alliance à l'Ouest de l'Europe, désirait non
moins que la France, réserver sa liberté d'action dans la
Baltique, elle n'était d'ailleurs pas prête pour une guerre
asiatique. En octobre 1880, lorsque j'étais à Saint-Péters-
bourg, on donnait les chiffres suivants comme étant ceux des
forces russes en Asie :
Sibérie Orientale, hommes combattants, 12 781, c'est-à-
dire 1 1 généraux, 62 officiers supérieurs, 3oo olTiciers subal-
ternes, 7/17 sous-officiers, et ii63i soldats, plus 16 pièces
de canon ; cosaques, 2937, c'est-à-dire 27 officiers supé-
rieurs, 118 officiers subalternes, 199 sous-ofïiciers et 2 OgS
soldats, plus 2 batteries de 8 pièces de canon ; il faut ajouter
213 L*AFFAinE DE KOI LDJA
encore 6 008 cosaques de FAmour et du Transbaikal dispo-
nibles.
Sibérie occidentale, Combattants, 11 721, c'est-à-dire
8 généraux, 4? officiers supérieurs, 227 officiers subalternes,
760 sous-officiers et 10 689 soldats, plus i batterie de 8 pièces ;
cosaques, i 8/17, c'est-à-dire 8 officiers supérieurs, 27 officiers
subalternes, 84 sous-officiers, et 1228 soldats; il faut ajou-
ter encore 5554 cosaques sibériens disponibles; toutes ces
troupes se trouvaient dans la province de Semipalatinsk, à
l'exception d'un bataillon en garnison à Margbilan.
Turkestan, Combattants (artillerie, infanterie, génie),
3o38o, c'est-à-dire i3 généraux, 1 35 officiers supérieurs,
810 officiers subalternes, 2 453 sous-officiers et 26 969 sol-
dats, plus 70 pièces de canon ; cosaques, 7828, c'est-à-dire
45 officiers supérieurs, 217 officiers subalternes, 467 sous-
officiers et 7 094 soldats ; ces 7 828 cosaques comprenaient
6 5oo cavaliers et i 323 artilleurs avec 2 batteries à clievai
de 6 pièces ; il faut ajouter 7 ii5 recrues disponibles et, en
cas de besoin, 10 000 cosaques d'Orenbourg.
Koukija, en septembre 1880, il y avait à Kouldja 7 à
8 000 hommes comprenant une brigade de 4 bataillons de
tirailleurs, 3 bataillons frontière, la 2" brigade d'artillerie du
Turkestan, la 5° batterie des cosaques d'Orenbourg et un
demi- bataillon du génie.
A mon humble avis, ces troupes, munies d'armes d*un
modèle arriéré, auraient été insuffisantes pour écraser l'armée
victorieuse de ïso, ou tout au moins il eût fallu des ren-
forts, des troupes mieux outillées et un assez long temps pour
obtenir le succès.
Un placet avait été remis le 1 5 juin 1880, par le ministre
d'Angleterre, au palais, pour solliciter, au nom de la Reine,
de la clémence impériale, la grâce de Tch'oung-Heou ; le mi-
nistre de France fut autorisé à faire une démarche semblable
au nom du président de la République ; en conséquence, le
GRACE PnOVISOlRF. DE TCu'oUNG-HEOr 2l3
26 juin, M. Bourée, ministre de France, était invité à se
rendre au Yamen pour y recevoir confidentiellement commu-
nication des décrets suivants, rendus par les impératrices, en
réponse à la demande officielle de grâce dont elles étaient
saisies. Sur la demande des ministres chinois, M. Bourée
télégraphia à Paris que le marquis Ts'êng, après avoir annoncé
secrètement aux cabinets français et anglais la grâce provi-
soire de Tch'oung-IIeou, en ratifierait le sens à Saint-Pé-
Icrsbourg et se prévaudrait de cette satisfaction donnée aux
susceptibilités russes pour demander la reprise des négocia-
tions au sujet de l'Ili.
GRACE PROVISOIRE DE TCh'ol:NG-IIEOU, 26 JUIN 1880
Le 19° jour de la 5* lune de la 6** année du règne de Kouang-
Siu (26 juin 1880) le Grand Conseil de TEmpire a eu rhonneur
de recevoir le décret suivant :
Attendu que Tch'oung-Heou n'a pas agi suivant ses instruc-
tions et qu'il a outrepassé ses pouvoirs lors de sa mission en
Russie ; attendu d'autre part que le Traité qu'il a négocié con-
tient beaucoup de points qu'on ne saurait approuver ; vu ces
motifs, Tch'oung-Heou a mérité la sentence qu'a prononcée la
Haute-Cour appelée ^à le juger, c'est-à-dire la peine de la déca-
pitation avec sursis.
Or, il nous revient qu'une opinion prévaut d'après laquelle la
condamnation de ïch'oung-IIeou, à l'cncontre de nos intentions,
atteindrait le gouvernement russe. Voici plus de deux cents ans
que la Chine et la Russie entretiennent des relations amicales.
Notre plus sincère désir est qu'elles ne cessent jamais d'être ce
qu'elles ont été dans le passé.
Tch'oung-Hoou n'a pas clairement exposé au Gouvernement
russe les choses dont la concession était incompatible avec les
instructions qu'il avait reçues de nous lors de son envoi à l'étran-
ger. S'étant montré trop peu réserve dans ses négociations, il est
seul responsable du châtiment qu'il a encouru et Son Souverain
Ta puni conformément aux statuts de l'Empire.
Ce fait d'un sujet chinois jugé conformément aux lois de son
pays ne saurait d'aucune manière affecter le Gouvernement Russe.
." «
21 4 i/afi'aïhj: di: koildja
Cependant, comme il se pourrait que ceux dont les rapports
ont circulé ne se soient pas rendu un compte exact de ce qu'a
fait le Gouvernement chinois, comme d'autre part leur méprise
pourrait faire naître des suspicions qui ne manqueraient pas de
compromettre les relations d'amitié que nous entretenons avec la
Russie, Nous décidons que la sentence qui condamne Tch'oung-
Heou h la peine de mort avec sursis ne sera provisoirement pas
exécutée, mais que toutefois Tch'oung-IIeou sera maintenu en
prison jusqu'à ce qu'on sache, après l'arrivée de ïs'ông Ki-tseu,
comment les choses auront tourné, Nous rendrons alors un
nouveau décret.
Que ïs'êng Ri-lseu, aussitôt qu'il aura connaissance du présent
document, fasse donc savoir au Gouvernement Russe que pour
le moment Tch'oung-Heou ne sera pas décapité et qu'en cela se
trouve la preuve des sentiments amicaux qui lient la Chine à la
Russie.
Quant à ces négociations, le marquis ïs'èng devra les mener
à bonne fm dans le sens de nos instructions antérieures.
Respectez ceci.
Le vendredi 16 juillet, M. Dcvéria, interprète de la léga-
tion, fut convoqué au Yanien, où il fut reçu par Chen et
Wang, qui lui déclarèrent qu'ils enverraient à Sir Thomas
Wade et à M. Bourée seuls un historique de leurs difficultés
avec la Russie. Le Yanien remit en effet, le 20 juillet 1880,
le mémoire dont nous avons déjà donné le commencement et
des extraits et dont voici la fin* :
En résumé. l'Ili est un territoire dépendant du Céleste Em-
pire, la Russie l'a pris et gardé au lieu et place de la Chine.
Dans les entretiens fréquents qu'eurent avec nous MM. Vlan-
galy et de Butzov, il ne semblait pas que la Russie eût l'inten-
tion de s'en emparer indûment, ni que la Chine eiit celle de ne
pas se montrer reconnaissante de ce qui s'était |)assé.
Dans l'accomplissement de sa mission, Ïch'oung-Heou n'a
fidèlement exécuté les ordres de la Cour ni dans les questions
de frontières, ni dans les questions commerciales. De plus
ïch'oung-IIeou, malgré les reconmianda lions réitérées du
1. Voir p. 176, 187, 192.
GORDON a I O
Yamen, a tout conclu sans en référer à nous. Eniin, il est
revenu à Pé-King sans y èlre autorisé. D'une part, la Cour lui
a témoigné combien elle le désapprouvait ; d*autre part elle a
envoyé en Russie le Marquis de Ts'êng pour reprendre les négo-
ciations du Traité. Telle est la garantie de bonne amitié qu'oflrc
à la Russie le Gouvernement chinois.
De peur que les fausses interprétations qui circulent au dehors
sur notre conduite ne nous rendent suspects à la Russie, la Cour
a voulu prouver qu'elle désirait le maintien, comme par le
liasse, des rapports d'amitié existant entre les deux Gouverne-
ments. A cet effet elle a rendu un décret faisant remise à
Tch'oung-Heou de sa peine. Dans ce fait se trouve l'expression
indubitablement sincère des intentions de la Cour de Chinée
M. Koyander, chargé de la légation de Russie, en rabsencc
de M. de Butzov, ne cessait de s'étendre sur les armements
de la Chine, sur les acquisitions d'engins perfectionnés et
de munitions de toutes sortes en quantité considérable.
D'^ailleurs, en juillet 1880, les Russes réunissaient dans les
mers d'Extrême-Orient une véritable armée navale, comman-
dée par un amiral ayant deux contre amiraux sous ses ordres,
et se composant de : quatre vaisseaux cuirassés, trois croi-
seurs à grande vitesse, trois corvettes, six canonnières et
avisos, quatre grands vapeurs de la marine volontaire, plus
un nombre considérable de torpilleurs.
GORDON
L'alarme était extrêmement grande en Chine ; Li Iloung-
Ichang résolut de faire appel aux lumières d'un vieil ami,
compagnon des heures difficiles, Gordon, le héros de la
guerre des T'ai-P*ing.
Gordon était en route pour Calcutta où il allait remplir des
fonctions auprès du vice-roi de l'Inde, lorsqu'il reçut l'invi-
tation pressante de Li Iloung-tchang de venir à Tien-Tsin.
I. Pour Iraduclion conforme, signe : G. Devéuia.
3l6 t/aFF4IHK de KOrLDJA
Gordon accourut à l'appel de Li, qui le conjura de se rendre
à Pé-King pour faire entendre à la cour la voix de la vérité.
Gordon, se faisant précéder par de nombreuses lettres por-
tées par des courriers, arriva à Pé-King le 28 juillet 1880.
Il se mit immédiatement en rapports directs avec les mi-
nistres chinois et voici ce qu'il leur dit en substance :
« La guerre est devenue la conséquence fatale des fautes que
vous avez accumulées depuis plusieurs mois. Elle est désormais
imminente et avant cinquante-six jours les Russes seront en mar-
che sur Pé-King ; (ces cinquante-six jours se rapportent à la pé-
riode de temps utiHsable encore par des troupes, avant que les
glaces du Péi Ho ne soient venues rendre les opérations mili-
taires impossibles). Il faut dès aujourd'hui, et sans perdre une
heure se préparer à cette éventualité en évacuant le Trésor, les
archives, tout l'appareil gouvernemental et en transportant
l'Empereur dans une résidence de l'intérieur où sa sécurité ne
soit pas compromise. En môme temps, afin de ne pas encourir
des responsabilités de la nature la plus lourde vis-à-vis des
Représentants des Puissances amies, il convient d'aviser les
Chefs de Missions établies à Pé-King que vous ne pouvez plus ré-
pondre de leur sécurité, afin qu'ils aient le temps, eux et leur per-
sonnel, aussi bien que les Agents fixés à Tien-Tsin de se replier
sur un point choisi, de telle sorte qu'ils n'aient pas à craindre le
contre-coup des désordres que la guerre, une guerre désastreuse,
entraînera à sa suite. »
Gordon adressa ensuite aux minisires d'Angleterre et de
France la lettre « très confidentielle » suivante :
Pé-King, le 39 juillet 1880.
Excellences,
Quoique je n'ai aucun locus standi pour vous adresser, j'ai
l'honneur de vous faire savoir que j'ai vu trojs grands officiers
du Tsoung-li Yamen aujourd'hui, que ces ministres savent les
dangers auxquels la Chine est exposée et que la Chine est prête
à faire des concessions :
I ° De céder lli complètement à la Russie ;
GORI>OX 317
2« De soumettre à l'arbitrage d'une puissance amie la somme
qui doit t^tre payée pour les préparatifs de guerre de la Russie ;
3** De satisfaire aux réclamations de la Russie, en tant que les
négociants dudit j3ays ont souflerldu fait des autorités chinoises;
4" D'envoyer Tcb'oung-Hcou à Tien-Tsin pour affaire (un
prétexte seulement pour le libérer).
Serait-il possible. Excellences, d'écrire une lettre dans tel sens
au Gouvernement chinois, qu'il nous reconnaîtrait les termes
des concessions qu'il est prêta offrir, et que V.V. E.E. au reçu
de cette communication, soient à même de transmettre les con-
cessions indiquées au Gouvernement russe, à Saint-Pétersbourg.
Signé : Gordon.
Gordon s'embarqua à Ticn-Tsin le 11 aoiit 1880, son rôle
étant terminé ; sa présence, toutefois, n'avait pas été inutile
pour ouvrir les veux aux Chinois.
Ln télégramme du marquis ïs'êng acheva d'éclairer le gou-
vemenient impérial.
Los membres du Tsoung-li Yamen au ministre de France en
Chine.
Pé-King, 13 août 1880.
Nous avons reçu du M'* Ts'éng un télégramme daté de Saint-
Pélersbourg, dans lequel il nous dit ce qui suit :
« Je m'occupe en ce moment de ce qui est relatif aux négo-
ciations et je vous prie d'intercéder auprès de la Cour, en faveur
deTch'oung-Heou. »
La Grande Chancellerie de l'Empire a reçu aujourd'hui com-
munication d'un décret dont nous avons l'honneur de vous cn-
\oyer copie.
Nous comptons aller causer avec Votre Excellence le i4 à
4 heures ; nous espérons que vous pourrez nous recevoir.
\euillez... *.
Le décret, envoyé par le Yamen, ordonnait la mise en
>erté de Tch'oi
rcment obtenue.
liberté de Tch'oung-IIeou. La grâce entière était donc enliè-
I. Pour traduction conforme, signé : G. Devéuia.
2l8
L VFFAIUE DK KOL'LDJA
GR.iCE DÉriMTlVE DE ïCh'oLNG-HEOU, 12 AOUT 1880
Le 13 août, la grande Chancellerie de TEmpire a reçu com-
munication du DÉCRET suivant :
Par un décret précédent, Tch'oung-Hcou condamné à la peine
capitale avec sursis, était provisoirement gracié, mais devait être
maintenu en prison ; ordre était donné à Ts*ông Ki-tseu de s'oc-
cuper activement des négociations relatives au Traité.
Le Tsoung-li Yamen vient de nous annoncer qu'il a reçu un
télégramme dans lequel fc M'* Ts*cng s'occupant des négociations,
le supplie d'intercéder en faveur de Tch'oung-Heou.
Nous ordonnons que par un effet extraordinaire de notre clé-
mence, Ïcli'oung-Heou soit mis en liberté et que les administra-
tions compétentes soient informées de la présente décision.
Respectez ceci * .
Dès qu'ils eurent appris la grâce définitive de Tch'oung
Heou, les ministres russes déclarèrent à l'envoyé chinois que
rien ne s'opposait plus à la remise de ses lettres de créance.
L'accueil fait au marquis Ts*êng fut courtois et aimable et le
tsar invita le diplomate chinois à entamer avec le ministre
des Affaires étrangères les négociations qu'il avait mission de
suivre h Saint-Pétersbourg. Le prince Gortschakov désigna
MM. de Jomini et de Giers pour se mettre en rapportis avec
l'ambassadeur du Céleste Empire.
A la grande consternation de Ts'ông, on lui déclara tout
d'abord qu'on ne reviendrait pas sur des points du traité de
Livadia, qui* aux yeux des Russes, étaient formellement et
définitivement réglés ; qu'au surplus, c'était à Pé-King que
seraient bientôt tranchées les questions pendantes entre les
deux gouvernenienls, mais les sentiments pacifiques prédo-
minèrent; M. de Butzov, qui allait partir pour Pé-King, fut
retenu à Saint-Pétersbourg et la Russie, qui avait notifié à
I. Pour traduction conforme, signe : G. Devéria.
GKVCE DÉFINITIVE DE TCll OUNG-IIEOU QIC)
Ts'èng que les négociations devaient être closes à Saint-
Pétersbourg avant le 9 novembre, recula ce terme jusqu'à la
fin de décembre.
La situation de Ts'êng était d'ailleurs rendue plus difficile
encore par les tiraillements dont il était l'objet : Li Iloung-
tchang l'invitait à se hâter et à se montrer coulant dans les
détails; Chen Kouei-feun lui' télégraphiait le contraire et lui
mandait qu'il n'avait à tenir compte que de ses avis à lui,
Chen. Cruelle énigme que ne pouvaient aider Ts'éng à ré-
soudre, Giquel et Macartney qui se trouvaient près de lui.
M. Bourée (Pé-King, i3 août 1880) écrivait au président du
Conseil, Ministre des Affaires étrangères, M. de Freycinet :
a II me paraîtrait très souhaitable que les bons offices de notre
ambassade à Pétersbourg vinssent en aide aux efforts du M'**
Tseng dans la tâche de conciliation et d*apaiscmcnt qui lui a été
confiée.
Le conseil avait déjii été donné ou fut suivi.
On ne fut pas peu surpris dans les légations de voir quel-
ques jours après paraître dans la Gazette de PéhiiKj un
décret*, difficile à expliquer dans les circonstances.
Dans la situation critique où nous nous trouvons, nous avions
à maintes reprises ordonné aux membres du Conseil privé de
nous assister et d'employer tous leurs efforts à prévenir les moin-
dres retards dans Texpédilion des affaires. Récemment, les mem-
bres de ce Conseil ont fait preuve de négligence dans la ma-
nière dont ils se sont acquittés de ce devoir ; ils sont vraiment
dans l'impossibilité d'excuser leur conduite ; aussi ordonnons-
nous aux administrations compétentes de statuer sur leur cas.
Respectez ceci '.
I. Chen Kouei-feun, membre du grand Conseil et du Tsoung-li Ya-
men. Ministre de la guerre, mort le 3o janvier 1881, veille du premier
jour de la nouvelle année chinoise.
a. 19 août 1880.
3. Pour traduction conforme, signe : G. Dkvéria.
220 i/affairr de kouldja
Quelle pouvait être la raison de ce décret, si inconséquent
en apparence, au lendemain de la grâce de Tch'oung-Heou ?
Pourquoi ce blâme aux membres du Conseil privé ? Six des
membres de cette assemblée faisaient partie du Tsoung-li
Yamen. Était-ce donc une revanche du septième prince et des
censeurs, c'est-à-dire du parti ultra-réactionnaire, contre la
politique libérale du prince Koung et de ses collègues ? Peut-
être au contraire n'était-ce qu'une feinte de ce même Koung
pour se dérober de la sorte à des négociations impopulaires
avec la Russie ?
Rien ne peut donner une meilleure idée des vues de l'Al-
lemagne sur la question que la lettre suivante adressée à
M. Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des Affaires étrangères,
par notre ambassadeur à Berlin, le comte de Saint-Vallier
(il novembre 1880).
Au mois de juin dernier, votre prédécesseur, M. de Freycinet,
m'avait déjà invité à l'instruire des vues de la Chancellerie im-
périale sur le différend russo-chinois ; j'en avais entretenu le
Prince de llohenlohe et le Prince de Bismarck lui-même et
j'avais pu constater chez eux une intention arrêtée de se tenir
soigneusement à l'écart de tout pourparler relatif à cette ques-
tion ; non seulement ils avaient formellement décliné la sug-
gestion anglaise d'olfrir aux deux parties les bons oflices de l'Eu-
rope, mais ils avaient manifesté la pensée que toute tentative
d'immixtion de l'Europe et surtout de l'Empire allemand dans
ce débat aurait [X)ur effet de blesser l'orgueil de la Russie, d'ex-
citer ses défiances et de la pousser plus encore dans la voie des
résolutions violentes.
La manière de voir du Cabinet de Berlin est demeurée la
même depuis cette époque et le Comte de Limburg-Stirum m'a
tenu hier un langage analogue à celui que les Princes de Bis-
marck et de llohenlohe m'avaient fait entendre il y a cinq mois.
Le Ministre intérimaire sait, m*a-t-il dit, que, dans la pensée
du Chancelier, les chances de solution pacifique seraient fort
amoindries si l'Allemagne semblait s'intéresser à la question ;
la Russie, qui n'a réclamé les bons offices de personne, entend
traiter cette affaire seule à seule avec son voisin asiatique comme
GRACE DEFINITIVE DE TCII OLNG-IIEOr 331
un débat particulier absolument étranger à toute conférence
européenne ; elle a fort mal accueilli une offre timidement faite
par l'Angleterre ; elle accueillerait plus mal encore une sugges-
tion allemande ; une complète abstention est donc regardée
comme indispensable par le Cabinet de Berlin qui ne se dissimule
pas cependant les fâcheuses conséquences qu'aurait pour le com-
merce européen en général, pour le commerce allemand en par-
ticulier, une guerre entre la Russie et la Chine ; cette dernière a
déjà laissé entendre qu'elle délivrerait des lettres de marque, ce
qui serait un grand danger, car des corsaires chinois ne seraient
pas autre chose que des pirates qui, sous le prétexte de surveil-
ler les bâtiments neutres, les pilleraient et les brûleraient ; les
Puissances européennes, en cas de guerre russo-chinoise, seront
donc forcées d'envoyer de nombreux navires de guerre dans
l'Océan Pacifique afin d'y protéger par eux-mêmes leur com-
merce. Ce sera une coûteuse et regrettable extrémité, mais nous
n'aurons pas d'autre ressource à notre disposition, n'ayant aucun
moyen d'empêcher la rupture si elle doit se produire entre les
deux plus grandes Puissances de l'Asie ; le comte de Limburg a
terminé en me disant qu'il y avait encore lieu d'espérer que les
choses ne prendront pas cette tournure et qu'il voit un indice
favorable dans la prorogation du Traité de Livadia.
Voici d'autre part ce qu'écrivait à Paris, le général Chanzy,
nolTe ambassadeur à Saint-Pétersbourg (i i iiov. 1880) :
D'après ce que [le marquis Ts'êngJ a bien voulu me dire, le
Tsoung-li Yaraen voulant affirmer son désir de conciliation, ad-
mettrait en principe la notification du Traité de Livadia. tout
en demandant qu'on tint compte dans un article additionnel des
objections qu'il avait présentées et qui, sans rien changer à l'es-
prit ou à la portée du Traité, garantissaient cependant des inté-
rêts qu'il ne pouvait abandonner. C'est évidemment un grand
point obtenu, et qui ne peut que faciliter l'arrangement définitif
que les deux puissances paraissent également désirer. Il semble
que la grande difficulté qui subsiste encore soit la prétention de
la Russie de se faire indemniser d'une façon ou d'une autre des
frais auxquels l'ont entraînée ses préparatifs militaires aussi
bien sur ses frontières que dans la mer du Japon.
Je viens de voir le Baron Jomini sortant d'un long entretien
232 L*AFFATnE DE KOULDJA
avec le Marquis Ts'èng. On y avait surtout discute cette question
des indemnités. « Les Puissances européennes, aurait dit Fam-
bassadeur chinois, ne réclameront certainement pas à la Turquie
les frais de la démonstration navale dans l'Adriatique. Était-il
plus juste pour la Russie de soulever une pareille prétention à
l'endroit de la Chine. »
« L'Europe, d'après le Baron Jomini, a décidé elle-même cette
démonstration ; elle n'y a été amenée que par son désir de hâter
la solution de l'affaire du Monténégro, et d'établir aux yeux de
la Turquie sa résolution d'assurer l'exécution du traité de Ber-
lin. Elle n'a donc à demander à la Porte que la solution des
questions encore pendantes. Il n'en est pas de même pour la
Chine, qui, dans un conflit personnel avec la Russie, a été la pre-
mière à provoquer une rupture et à donner l'exemple d'arme-
ments, forçant ainsi cette dernière à assurer la défense de ses
droits et de ses intérêts, aussi bien que de sa sécurité, par des
préparatifs constituant pour elle des sacrifieras dont elle deman-
dait aujourd'hui à être indemnisée. »
CHAPITRE XII
L'AFFAIRE DE KOULDJA
(Fin.)
Enfin le marquis Ts'êng réussissait à signer à Saint-
Pétersbourg le 12 février 1881 un traité qui rendait à la
Chine la plus grande partie du Pe-Lou, y compris Kouldja
et la passe de Mouzarte et modifiait les règlements commer-
ciaux :
TRAITÉ DE SAINT-PÉTERSBOURG, 12 (24) FÉVRIER 1881 ^
Sa Majesté rEmpcrcur et Autocrate de toutes les Russies cl Sa
Majesté rEinpcreur de la Chine, désirant régler quelques ques-
tions de frontière et de comnicrce touchant aux intérêts des deux
Empires, afin de cimenter les rapports d'amitié entre les deux
pavs, ont nommé pour leurs plénipotentiaires, k- reflet d*étahlir
un accord sur ces questions :
Sa Majesté 1* Empereur de toutes les Russies ;
Son secrétaire d'état Nicolas de Giers, sénateur, conseiller
privé actuel, dirigeant le Ministère Impérial des Afl*aires Étran-
gères, et
Son envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près
I. CkinOy n» i (i88a). — Despatch from Mr. Wyndharriy lier
Majesty's chargé d'affaires at -St'Petersburgh, inclosing copy of a
Treaiy beiween Russia and China ^ signed at Sl-Petersburgh^ Fe-
bruary la, 1881 ; wiih Documents relaiingthereto. Présentée!..., 1883.
Lond., in-fol. [G. — 3i34]. ^— Trailé f3/a4 février 1881. — Le traité
a éié ratifié à Pé-king, le i5 mai 1881.
32a • L AFFVIIIE DK KOrLDJA
Sa Majesté rEinpcreur de la Chine, Eugène de Butzov, conseil-
ler d'état actuel ;
et Sa Majesté l'Empereur de la Chine :
Ts'eng, marquis de Neyong, vice-président de la haute cour
de justice. Son envoyé extraordinaire et ministre plénipoten-
tiaire près Sa Majesté IT^mpereur de toutes les Russies, muni de
pouvoirs spéciaux pour signer le présent Traité en qualité d'am-
bassadeur extraordinaire.
Les susdits plénipotentiaires, munis de pleins pouvoirs qui ont
été trouvés suffisants, sont convenus des stipulations suivantes :
Article premier. — Sa Majesté l'Empereur de toutes les'
llussies consent au rétablissement de l'autorité du gouvernement
chinois dans le pays d'Ili, temporairement occupé, depuis 1871,
par les armées russes.
La Russie reste en possession de la partie occidentale de ce
pays, dans les limites indiquées à l'article 7 du présent Traité.
Art. 2. — Sa Majesté l'F^mpereur de la Chine s'engage à
décréter les mesures propres à mettre les habitants du pays d*Ili,
à quelque race et à quelque religion qu'ils appartiennent, à
l'abri de toute poursuite, dans leurs biens ou dans leurs per-
sonnes, pour actes commis durant ou après les troubles qui ont
eu lieu dans ce pays.
Une proclamation conforme à cet engagement sera adressée
par les autorités chinoises, au nom de Sa Majesté l'Empereur de
la Chine, à la population du pays d'Ili, avant la remise de ce
pays aux dites autorités.
Art. 3. — Les habitants du pays d'Ili seront libres de rester
sur les lieux de leur résidence actuelle, comme sujets chinois ou
d'émigrer en Russie et d'adopter la sujétion russe. Us seront
appelés à se prononcer à ce sujet avant le rétablissement de l'au-
torité chinoise dans le pays d'Ili, et un délai d'un an, à partir
du jour de la remise du pays aux autorités chinoises, sera accordé
à ceux qui témoigneront le désir d'émigrer en Russie. Les auto-
rités chinoises n'opposeront aucune entrave à leur émigration et
a l'exportation de leur propriété mobilière.
Art. II. — Les sujets russes possédant des terrains dans le
pays d'Ili conserveront leurs droits de propriété, même après le
rétablissement de l'autorité du gouvernement chinois dans ce pays.
Cette disposition n'est pas applicable aux habitants du pays
d'Ili qui adopteront la sujétion russe, lors du rétablissement de
l'autorité chinoise dans ce pays.
THAÎTÉ DE SAIIST-PÉTERSBOURG 335
Les sujets russes dont les terrains sont situ^ en dehors des
einplaceinenls affectés aux factoreries russes, en vertu de l'ar-
ticle i3 du traité de Kouldja de ï8oi, devront acquitter les
mêmes impôts et contributions que les sujets chinois.
Aai. 5. — Les deux gouvernements délégueront à Kouldja
des commissaires qui procéderont à la remise d'une part, et à la
reprise de l'autre, de l'administration de la province d'Ui, et qui
seront chargés, en général, de l'exécution des stipulations du
présent Traité se rapportant au rétablissement, dans ce pays, de
l'autorité du gouvernement chinois.
Les dits commissaires rempliront leur mandat, en se confor-
mant à l'entente qui sera établie quant au mode de remise d'une
part et de reprise de l'autre, de l'administration du pays d'Ili,
entre le gouverneur-général du ïurkestan et le gouverneur-géné-
ral des provinces du Chen-si et du Kan-Sou, chargés par les
deux gouvernements de la haute direction de cette affaire.
La remise de l'administration du pays d'Ili doit être terminée
dans un délai de trois mois ou plus tôt, si faire se peut, à dater
du jour de l'arrivée à ïachkent du fonctionnaire qui sera délé-
gué par le gouverneur-général du Chen-si et du Kan-Sou
auprès du gouverneur-général du Turkestan, pour lui notifier la
ratification et la promulgation du présent Traité par Sa Majesté
l'Empereur de la Chine.
Art. VL — Le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur de
la Chine paiera au gouvernement russe la somme de neuf mil-
lions de roubles métalliques destinée : à couvrir les frais occasion-
nés par l'occupation du pays d'Ili par les troupes russes depuis
1871, à satisfaire toutes les réclamations pécuniaires auxquelles
ont donné lieu, jusqu'aujourd'hui, les pertes que les sujets
russes ont subies dans leurs biens pillés sur territoire chinois, et
à fournir des secours aux familles des sujets russes tués dans les
attaques armées, dont ils ont été victimes sur territoire chinois
La somme sus-mention née de neuf millions de roubles métal-
liques sera versée, dans le terme de deux ans à partir du jour
de l'échange des ratifications du présent Traité, suivant l'ordre
et les conditions convenus entre les deux gouvernements dans le
Protocole spécial annexé au présent Traité.
Art. 7. — La partie occidentale du pays d'Ili est incorporée
à la Russie, pour servir de lieu d'établissement aux habitants de
ce pays qui adopteront la sujétion russe, et qui, par ce fait,
auront dû abandonner les terrains qu'ils y possédaient.
CoRDiEK. n. — i5
2 26 l'affaire dp. rouldja
La frontière entre les possessions de la Russie et la province
chinoise d'ili suivra, en partant des montagnes Bédjin-taou, le
cours de la rivière Khorgos, jusqu'à l'endroit où celle-ci se jetl^
dans la rivière Ili et, traversant cette dernière, se dirigera au
sud, vers les montagnes Ouzoun-taou, en laissant à l'ouest le
village de Koldjat. A partir de ce point, elle suivra, en se diri-
geant au sud, le tracé fixé par le protocole signé à Tchougou-
tcliak en 1864.
Art. 8. — Une partie de la ligne frontière, fixée par le pro-
tocole signé à Tchougoutchak en 1864, à Test du lac Zaîsan,
ayant été trouvée défectueuse, les deux gouvernements nomme-
ront des commissaires qui modifieront, d'un commun accord,
l'ancien tracé, de manière à (îcarter les défectuosités signalées et
à établir une séparation cflicaces entre les tribus Kirgbises sou-
mises aux deux Empires.
Il sera donné au nouveau tracé, en tant que possible, une
direction intermédiaire entre l'ancienne frontière et une ligne
droite se dirigeant des monts Kouïtoun vers les monts Saour,
en traversant le Tcliern y-Irtych.
Art. 9. — Des commissaires seront nommés par les deux
parties contractantes, pour procéder à la pose de poteaux de
démarcation, tant sur le tracé Hxé par les articles précédents 7
et 8, que sur les parties de la frontière où il n'a pas encore été
posé de poteaux. L'époque et le lieu de réunion de ces commis-
saires seront fixés par une entente entre les deux gouverne-
ments.
Les deux gouvernements nommeront également des commis-
saires pour examiner la frontière et pour poser des poteaux de
démarcation entre la province russe de Ferganah et la partie
occidentale de la province chinoise de Kachgar. Ces commis-
saires prendront pour base de leurs travaux la frontière existante.
Art. 10. — Le droit reconnu au gouvernement russe, par
les traités, de nommer des consuls à Ili, à Tarbagataï, à Kachgar
et à Ourga, est étendu, dès à présent, aux villes de Sou-tchéou
(Kia-yû-Kouan)etde Tourfan. Dans les villes suivantes : Kobdo.
Ouliasoutaï, Hami, Ouroumtsi et Goutchen, le gouvernement
russe établira des consulats au fur et à mesure du développement
du commerce et après entente avec le gouvernement chinois.
Les consuls de Sou-tchéou (Kia-yû-Kouan) et de Tourfan
exerceront les fonctions consulaires dans les districts voisins, où
les inlérels des sujets russes réclameront leur présence.
TRAITÉ DE SAINT-PÉTERSBOURG 327
Les dispositions contenues dans les articles 5 et G du traité
conclu à Pé-King. en 1860» et relatives à la concession de terrains
pour les maisons des consulats, pour les cimetières et pour les
piturages, s'appliqueront également aux villes de Sou-tchéou
(Ria->û-Rouan) et de Tourfan. Les autorités locales aideront
les consuls à trouver des habitations provisoires jusqu'au moment
où les maisons des consulats seront construites.
Les consuls russes en Mongolie et dans les arrondissements
situés sur les deux versants du Ti'en-Chan se serviront, pour
leurs voyages et pour l'envoi de leur correspondance, des insti-
tutions postales du gouvernement, conformément aux stipula-
lions de l'article 1 1 du traité de Tien-ïsin et de l'article 12 du
traité de Pé-King. Les autorités chinoises, auxquelles ils s'adres-
seront à ces fins, leur prêteront aide et assistance.
La ville de Tourfan n'étant pas une localité ouverte au com-
merce étranger, le droit d'y établir un consulat ne saurait cMrc
invoqué comme précédent pour obtenir un droit analogue par
rapport aux ports de la Chine, aux provinces intérieures et à la
Mandchourîe.
Art. II. — Les consuls russes en Chine communiqueront,
pour alTaires de service, soit avec les autorités locales de la
^ille de leur résidence, soit avec les autorités supérieures Je
l'arrondissement ou de la province, suivant que les intérêts (|ui
leur sont respectivement confiés, l'importance des affaires à traiter
et leur prompte expédition l'exigeront. La correspondance entre
eux se fera sous forme de lettres officielles. Quant aux règles
d'étiquette à observer lors de leurs entrevues et, en général,
dans leurs relations, elles seront basées sur les égards que se
doivent réciproquement les fonctionnaires de deux puissances
amies.
Toutes les affaires qui surgiront sur territoire chinois, au
sujet de transactions commerciales ou autres, entre les ressortis-
sants des deux états, seront examinées et réglées, d'un commun
accord, par les consuls et les autorités chinoises.
Dans les litiges en matière de commerce, les deux parties
pourront terminer leurs différends à l'amiable, au moyen d'ar-
bitres choisis de part et d'autre. Si l'entente ne s'établit pas par
cette voie, l'affaire sera examinée et réglée par les autorités des
deux états.
Les engagements contractés par écrit, entre sujets russes et
chinois, relativement h des commandes de marchandises, au
3q8 l'affaire de kouldja
transport de colles-ci, à la location de boutiques, de maisons et
d'autres emplacements, ou relatifs à d'autres transactions du
m(Mne genre, peuvent être présentés à la légalisation des consulats
et des administrations supérieures locales qui sont tenus de
légaliser les documents qui leur sont présentés. En cas de non-
exécution des engfigenients contractés, le consul et les autorités
chinoises aviseront aux mesures capables d'assurer l'exécution de
ces obligations.
Art. 12. — Les sujets russes sont autorisés à faire, comme
par le passé, le commerce en franchise de droits dans la Mongo-
lie soumise à la Chine, tant dans les localités et les aïmaks où il
se trouve une administration chinoise, que dans ceux où il n'en
existe point.
Les sujeU russes jouiront également de la faculté de faire le
commerce en franchise de droits, dans les villes et autres loca-
lités des provinces d'ili, de Tarbagataï, de Kachgar, d'Ourounitsi
et autres, situées sur les versants nord et sud de la chaîne des
T'ien-Chan, jusqu'à la Grande Muraille. Cette immunité sera
abrogée, lorsque le développement du commerce nécessitera
l'établissement d'un tarif douanier, conformément h une entente
à survenir entre les deux gouvernements.
Les sujets russes pourront importer dans les susdites provinces
de la Chine, et en exporter, toute espèce de produits, de quelque
provenance qu'ils soient. Ils pourront faire des achats et des
ventes, soit au comptant, soit par voie d'échange ; ils auront le
droit d'effectuer leurs paiements en marchandises de toute espèce.
Art. i3. — Dans les localités où le gouvernement russe aura
le droit d'établir des consulats, ainsi que dans la ville de Kalgan,
les sujets russes pourront construire des maisons, des boutiques,
des magasins et d'autres b<^timents, sur les terrains qu'ils
acquerront par voie d'achat, ou qui leur seront concédés par les
autorités locales, conformément h ce qui a été établi pour l'Ili
et le Tarbagataï, par l'article i3 du traité de Kouldja de i85ï.
Les privilèges accordés aux sujets russes, dans la ville de
Kalgan, où il n'y aura pas de consulat, constituent une excep-
tion qui ne saurait être étendue à aucune autre localité des pro-
\inces intérieures.
Art. i4. — Les négociants russes qui voudront expédier de
llussie, par voie de t(»rre, des marchandises dans les provinces
intérieures de la Chine, pourront, comme autrefois, les diriger
par les villes de Kalgan et de Toimg-tchéou, sur le port de Tien-
TRAITÉ DE SAIMT-PÉTERSBOURG ISQ,
Tsin, et de là. sur d'autres ports et marchés intérieurs, et les
vendre dans ces diflcrentes localités.
Les marchands se serviront de cette même voie pour exporter
en Russie des marchandises achetées, tant dans les villes et ports
susnommés, que sur les marchés intérieurs.
Ils auront également le droit de se rendre, pour a (Ta ires de
commerce, h Sou-tchéou (Kia-yû-Kouan), point terminal des
caravanes russes, et ils y jouiront de tous les droits accordés au
commerce russe à Tien-Tsin.
Art. i5. — Le commerce par voie de terre, exercé par
Ips sujets russes dans les provinces intérieures et extérieures de
la Chine, sera régi par le règlement annexé au présent Traité.
Les stipulations commerciales du présent Traité, ainsi que le
Règlement qui lui sert de complément, pourront être re visés
après un intervalle de dix ans révolus, à partir du jour de
l'échange des ratifications du Traité ; mais si, dans le courant de
six mois avant l'expiration de ce terme, aucune des parties con-
tractantes ne manifeste le désir de procéder à la revision, les
stipulations commerciales, ainsi que le Règlement, resteront en
vigueur pour un nouveau terme de dix ans.
Le commerce par voie de mer des sujets russes en Chine sera
soumis aux règlements généraux, établis pour le commerce
maritime étranger en Chine.
S'il devient nécessaire d'apporter des modifications h ces
règlements, les deux gouvernements établiront une entente à ce
sujet.
Abt. i6. — Si le développement du commerce russe par voie
de terre provoque la nécessité de l'établissement, pour les mar-
cliaiidises d'exportation et d'importation en Chine, d'un tarif
douanier, plus en rapport, que les tarifs actuellement en vigueur,
avec les ntkessilés de ce commerce, les gouvernements russe et
chinois procéderont à une entente à ce sujet, en adoptant, pour
base de la fixation des droits d'entrée et de sortie, le taux de
cinq pour cent de la valeur des marchandises.
Jusqu'à l'établissement de ce tarif, les droits d'exportation,
prélevés sur quelques espèces de thés de qualités inférieures,
actuellement imposés au taux établi pour le thé de qualité
supérieure, seront diminués proportionnellement à letir valeur.
Il sera procédé a la fixation de ces droits, pour chac(ue espèce de
tlH*. par une entente entre le gouvernement chinois et l'envayé
de Russie à Pé-Ring, dans le terme d'un an, au plus tard, à
rechange des rslificalions du présent Traité.
j divergences d'opinion s'élanl produite? jus-
cation de l'article lo du traite conclu à Pc-
cst établi par les présentes, que les stipula-
lusdit. relatives aux répétitions k exercer, en
^tourncment de bétail au delà de la fronlière,
*, interprétées dans ce sens, que lors de 4a
'idus coupables do vol ou de détournement de
ondamnés à paver la valeur réelle du bétail
a restitué. Il est entendu qu'en cas d'insoKa-
is coupables de vol de bétail, rindemnilc à
;tre mise a lu charge des autorités locales,
rrontièrcs des deux états poursuivront, selon
es lois de leur pajs, les individus coupables de
de vol de bétail, et devront pn-ndre les
endront d'elles pour ta restitution, à qui de
étourné ou qui aurait passé la frontière.
Ëtail détourné ou qui aurait passé la frontière
[juées non-seulement aux gardiens des postes
iLssi aux anciens des villages les plus proches.
es stipulations du traité conclu à Aïgoun le
ernaiit les droits de sujets des deux empires de
)our, sur le Soungari et sur l'Ousouri. et de
; avec les populations des localités riveraines,
l confirmées.
Tnements procèileront à l'établissement d'une
it le mode d'application des dites stipulations.
s dispositions des anciens traités entre la Itussie
modifiées par le présent Traité, restent eîi
présent Traité, après avoir été ratidé yjar les
sera promulgué dans chaque empire, pour la
gouverne de chacun. L'écban^ des ratilica-
Saint-Pétcrsbourg. dans le délai de six mois h
Je la signature du Traité.
;s articles ci-dessus, les plénipotentiaires des
Iraclantcs ont signe et scellé de leurs sceaux
du pix'sent Traité, en langues ru.sse, chinoise
Irois textes, dûment confrontés et trouvés con-
français fera foi pour l'interprétation du pré-
PROTOCOLE 23 I
Fait à Saint-Pétersbourg, le douze février mil huit-cent
qua Ire-vingt-un .
(Signé :) Nicolas de Giers.
(L. S.) (Signé :) Tseng.
(Signé :) Eugène Butzov (L. S.)
(L. S.)
PROTOCOLE
En vertu de l'article 6 du Traite signé aujourd'hui par les
plénipotentiaires des gouvernements russe et chinois, le gouver-
nement chinois paiera au gouvernement russe la somme de
neuf millions de roubles métalliques, destinée à couvrir les frais de
l'occupation d'Iii par les troupes russes, et à satisfaire diverses
réclamations pécuniaires des sujets russes. Cette somme doit être
payée dans le délai de deux ans à compter du jour de l'échange
des ratifications du Traité.
Désirant préciser le mode de paiement de la somme précitée,
les soussignés sont convenus de ce qui suit :
Le gouvernement chinois versera l'équivalent de la somme de
neuf millions de roubles métalliques en livres sterling, soit un
million quatre cent trente et un mille six cent soixante quatre livres
sterling deux shillings, chez MM. Baring frères et C''^ à Londres,
en six parts égales de deux cent trente-huit mille six cent-dix
livres sterling treize shillings huit pence chacune, moins les
frais de banque d'usage qui seront occasionnés par le transfert
de ces paiements à Londres.
Les versements seront échelonnés à quatre mois de distance
l'un de l'autre, le premier devant être c^flectué quatre mois après
l'échange des ratifications du Traité signé aujourd'hui, et le der-
nier au terme de deux ans révolus après cet échange.
IjC présent protocole aura la même force et valeur que s'il était
insère mot à mot dans le Traité signé aujourd'hui.
En foi de quoi les plénipotentiaires des deux gouvernements
ont signé le présent Protocole et y ont apposé leurs sceaux.
Fait à Saint-Pétersbourg, le douze février mil huit crnlquatre-
>iiigt-un.
(Signé:) Nicolas de Giers.
(L. S.) (Signé :) Tseng.
(*Signé :) Eugène Bctzov. (L. S.)
(L. S.)
REGLEUE^T POUR LE COMMERCE PAR VOIE DE TEHRB
Article i". — Un commerce de libre écliongc cl en fraii-
cliisc de droiU. entre sujcU russes et chinois, est autorisa' sur une
zone limitrophe s'étcridant des deux calés de la fronticrc h la
distance de cinquante versles (œnl U). Chacun dos deus gou-
vernements se réserve de surveiller ce commerce conrormcmcnt
à SCS règlements fronlicres.
Art. 3. — Les sujets russes, se rendant pour alTairesdc com-
merce en Mongolie et dans les districts situés sur les versants
nord et sud des T'ien-Clian, peuvent franclilr la frontière seule-
ment en certains points, cnuinérés dans la Liste annexée au pré-
sent Règlement.
Us doivent èlrc munis, par les autorilés russes, de permis en
langue russe et chinoise, avec traduction mongole et latarc. Le
nom du propriétaire de la marchandise ou du chef de la cara-
vane, la spécilleation des marchandises, le nombre des colis cl
celui du bétail peuvent être indiqués, en langue mongole ou la-
tare, dans le tc.\te chinois de ces permis.
A leur entrée sur territoire chinois, les marchands sont tenus
de présenter leurs permis au poste chinois le plus proche de la
frontière, où, après vérification, le. permis devra être visé par le
chef du poste.
Les autorités chinoises ont le droit d'arrêter les marchands qui
auraient franchi la frontière sans jx^rmis. cl de lesremetlreentre
les mains des autorités russes les plus proches de la frontière, ou
au consul russecompétenl, pour qu'une punition sévère leur soi)
En cas de perle du permis, le propriétaire est tenu d'en aviser
le consul russe le plus proche, pour s'en faire délivrer un nou-
veau, et d'en informer les autorités locales pour ohlenir un cer-
tilicat temporaire lui permettant de continuer sa route.
Les marchandises imjiortées en Mongolie cl dans les arron-
dissements situés sur les versants des T'ien-chan. qui n'y auraient
)>oint été vendues, peuvent étrè.dirigées sur les villes de T'ien-
Tsin et de Sou-lché-ou (Kia-yii-Kouan), pour v être vendues,
ou pour être expédic'-es plus loin en Chine.
Pour le prélèvement des droits'sur ces marchandises, pour la
délivrance des permis de transport et pour les autres formalités
RÈGLEMEINT POUR LE COMMERCE PAR VOIE DE TERRE 3 33
de douane, il sera procédé conforméinent aux dispositions ci-
dessous détaillées.
Art. 3. — Les marchands russes qui expédient des mar-
chandises de Kiakhta et du pays 'de Nertchinsk à Tien-Tsin,
sont tenus de les faire passer par Kalgan, Dounba et Toun^»-
tchéou. La même voie sera prise par les marchandises dirigées
sur Tien-Tsin, de la frontière russe, par Kobdo et Kouëi-houa-
Ichen.
Les marchands doivent être munis de permis de transport
délivrés par les autorités russes, dûment visés par les autorités
chinoises compétentes, et portant indication, en langues russe et
chinoise, du nom du propriétaire des marchandises, du nombre
des colis et du genre de la marchandise qu'ils contiennent.
Les fonctionnaires des douanes chinoises situées sur ]a route
sui>ie par les marchandises, procéderont, sans retard, à la vérifi-
cation du nombre des colis et à la visite des marchandises qu'ils
{abuseront passer, après avoir apposé le visa sur le permis.
Les colis ouverts durant la visite douanière seront refermés par
les soins de la douane, qui marquera sur le permis le nombre
des colis ouverts.
La visite douanière ne doit pas durer plus de deux heures.
Les permis devront être présentés, dans un délai de six mois,
à la douane de Tien-Tsin, pour être annulés. Si le propriétaire
des marchandises trouve ce délai insulTîsant, il est tenu d'en in-
former, en temps et lieu, les autorités chinoises.
En cas de perte du permis, le marchand est tenu d'en aviser
les autorités qui le lui ont délivré, pour obtenir un duplicata, et
de déclarer à cet effet le numéro et la date du permis égaré. La
douane la plus proche, située sur sa route, après avoir constaté
l'exactitude de la déclaration du marchand, lui délivre un certi-
ficat provisoire, avec lequel les marchandises peuvent être diri-
gées plus loin.
Une déclaration inexacte de la quantité des marchandises, s'il
<*sl prouvé qu'elle a été faite avec l'intention de dissimuler des
ventes opérées en route, ou d'échapper au paiement des droits,
entraîne, pour le marchand, l'application des peines établies daris
l'article 8 du présent Règlement.
\rt. 4- — Les marchands russes qui désireraient vendre à
Kalgan une partie quelconque des marchandises importées de
Russie, doivent en faire la déclaration à Fautorité locale dans le
délai de cinq jours. Celle-ci, après acquittement par le marchand
234 l'affaire de kovldja
des droits d'importation entiers, lui délivre un permis de vente
des marchandises.
Art. 5. '■ — JLes marchandises importées de Russie par voie de
terre, par les marchands russes, à Ïien-Tsin, y acquitteront un
droit d'importation équivalent aux deux tiers des droits établis
par le tarif.
Les marchandises importées de Russie à Sou-tchéou (Kia-Yû-
Kouan) paieront, dans cette ville, les mêmes droits et seront
soumises aux mômes règlements qu'à Ticn-Tsin.
Art. 6. — Si les marchandises laissées à Kalgan et qui y ont
acquitta les droits d'entrée, n'y sont point vendues, leur proprié-
taire pourra les expédier à Toung-tchéou, ou à Ïien-Tsin, et la
douane, sans percevoir de nouveaux droits, restituera au mar-
chand un tiers du droit d'entrée payé à Kalgan, en faisant une
annotation correspondante sur le permis délivré en ce cas par la
douane de Kalgan.
Les négociants russes peuvent expédier sur les marchés de
l'intérieur les marchandises laissées à Kalgan et qui y ont ac([uitté
les droits d'entrée, en se conformant aux conditions générales
élablics jwur le commerce étranger en Chine, après acquittement
d'un droit de transit (i. e. la moitié des droits spécifiés dans le
tarif). Il sera délivré pour ces marchandises un permis de trans-
port qui doit être exhibé à toutes les douanes et barrières situées
sur la route. Les marchandises non accompagnées de ce permis
auront à acquitter les droits aux douanes qu'elles traverseront et
le likin aux barrières.
Art. 7. — Les marchandises importées de Russie à Sou-tchéou
(Kia-yû-Kouan) peuvent être expédiées sur les marchés de l'in-
térieur, aux conditions stipulées dans l'article 9 du présent Rè-
glement, pour les marchandises expédiées de Ticn-Tsin en desti-
nation des marchés de l'intérieur.
\rt. 8. — S'il était constaté, lors de la visite douanière des
marchandises importées de Russie à Tien-Tsin que les marchan-
dises spécifiées dans le permis ont été retirées des colis et rem-
placées par d'autres, ou bien que leur quantité (déduction faite
do ce qui en aura clé laissé à Kalgan) est inférieure au chiffre
indiqué dans le permis, toutes les marchandises présentées à la
\isite seront conlisquées par la douane.
Il est entendu que les colis avariés en route et qui, par suite de
cela, auront subi un réemballage, ne seront pas sujets à confis-
cation, si toutefois le fait d'avarie a été dûment déclaré h la
RÈGLEMENT POUR LE COMMERCE PAR VOIE DE TERRE 3 35
douane Ja plus proche et si celle dernière, après consla talion de
l'élat intacl de la marchandise primilivemcnt expédiée, a fail
une annotation correspondante sur le permis.
ScrORl sujettes à confiscation les marchandises dont il sera
constate qu'une partie a été vendue en chemin.
Si les marchandises ont été transportées par des voies détour-
nées, afin de les soustraire aux visites des douanes établies sur la
route indiquée à Tarlicle 3, le propriétaire en sera passible d'une
amende ^ale au droit d'importation entier.
Si l'infraction aux règlements susmentionnés a été commise à
Finsu et sans la participation du propriétaire de la marchandise,
par les voituriers, les douanes, en iixant l'amende, prendront
celte circonstance en considération. Celle disposition se rapporte
exclusivement aux localités traversées par le commerce russe par
voie de terre, et ne saurait être appliquée à des cas analogues
qui se produiraient dans les ports et dans l'intérieur des pro-
vinces.
£n cas de confiscation des marchandises^ le négociant a le droit
de libérer celles-ci moyennant le versement d'une somme équi-
valente à leur valeur, dûment déterminée par une entente avec
les autorités chinoises.
Art. q. — A l'exportation de Tien-Tsin, par mer, en destina-
lion de quelque autre port chinois, ouvert par les traités au
commerce étranger, des marchandises importées de Russie par
voie de terre, la douane de Tien-Tsin prélève sur ces marchan-
dises un tiers des droits entiers lixés par le tarif, en sus des deux
tiers déjà perçus. Aucun droit ne sera prélevé sur ces marchan-
dises dans les autres ports.
Les marchandises exportées de Tien-Tsin, ou des autres ports,
en destination des marchés intérieurs, seront frappées du droit
de transit (i. e. la moitié des droits spécifiés dans le tarif) d'après
les dispositions générales établies pour le commerce étranger.
Art. lo. — Les marchandises chinoises, exportées de Tien-Tsin
on Russie par les marchands russes, doivent être dirigées sur
Kalgan par la voie indiquée à l'article 3.
Il sera prélevé sur ces marchandises, à leur sortie, dos droits
d'exportation entiers. Toutefois, les marchandises de réimporta-
tion achetées à Tien-Tsin, ainsi que celles achetées dans un autre
port, et expédiées, en transit, à Tien-Tsin, pour exportation en
Russie, étant accompagnées d'un reçu de la douane constatant le
paicmenl des droits de sortie, n'en seront pas frappées une seconde
336
fois, el le demi-droit do réimportation (droit côlier) versé à Tien-
'Vmn, sera restitué au marchand, si les marchandises qui auront
acquitté ce droit sont exportées en Russie dans le délai d'un an
aprts le versement de ce droit.
Le consul de Itussie délivre, pour le trans|>ort des marchan-
dises en Russie, un permis portant indication, en langues russe
et chinoise, du nom du propriétaire de la marchandise, (lu
nombre des colis et des marchandises qu'ils contiennent. Ces
|icrmis seront visés par la douane du port el devront aecompa-
(fiier les marchandises, pour être exhibés lots de la visite de
celles-ci aux douanes établies sur la route.
On se conformera aux rf'glcs détaillées h l'article 3 quant au
délai dans lequel le permis doit élre présenté à la douane [x>ur
être annulé, el |>our les cas de porte du permis.
Les marchandises doivent suivre la voie indiquée à l'article 3
et ne devront pas être vendues en roule ; l'infraction à celle rê^lp
entraînera, pour le marchand, l'application des pénalités indi-
quée-i fi l'arlicle 8. La visite des marchandises aux douanes situées
sur la route se fera conformément aux règles indiquées ii l'ar-
ticle 3,
Les marchandises chinoises que les marchands russes nchtteronl
à Sou-tehéon (Kia-vû-K.ouan) ou qu'ils j amèneront des marchés
de l'intérieur en destination de la Russie, auront à acquillcr. k
leur exporlation de Sou-tchéou en Russie, les droits fiiiés pour
les marchandises exportées de Tien-Tsin. et seront soumises aux
règlemenUs établis pour ce port.
Art, II, — Les marchandises achetées k Toung-tchéou auront
h aeiiuiller, à leur exportation en Russie par voie de terre, 1rs
droils de sorlie enliers. selon le tarif.
Les marchandises achetées à Kal<;an ac<|uitlcront dans cette
ville, à leur c\|)Drtation en Russie, un droit L^iuivalent k la moi-
tié des droits spécifiés dans le tarif,
(Jnanl an\ marchandises acheté-es |Mr les négociants russes sur
les marchés intérieurs et im|>ortées à Toung-tcliéou et kalgan,
|)oiir être exportées de là en Russie, elles seront, eu outre, frappées
de droits de tr-tiisit. confornicmenl aux refiles générales établies
|iour le commerce étranger sur les marchés intérieurs.
Les douanes locales des villes ci-dessus énuméri-es. après avoir
prélevé les droits, délivreront au marchand un |>c>rmis |>our le
IraiispuL'l des marclinndisi-s. I\>ur les marchandises emportées de
Toung-tchéuu, ce permis sera délivré par la douane de Douiiba,
RÈGLEMENT POUR LE COMMERCE PAR VOIE DE TERRE aSy
à laquelle se feront la demande de ce permis, ainsi (|iie le ver-
sement des droits que les marchandises auront à acquitter. Il
sera fait mention dans le permis de la défense de vendre les mar-
chandises en route.
Les règles détaillées à l'article 3, relatives aux permis, à la
visite des marchandises, etc., se rapportent également aux mar-
chandises exportées des localités énumérées dans le présent
article.
Art. 12. — Les marchandises de provenance étrangère ex-
portées en destination de la Russie, par voie de terre, de Tien-
Tsin, de Toung-tchéou, de Kalgan et de Sou-tchéou (Ria-yû-
Kouan), n'auront pas de droits à acquitter, si le marchand
produit un reçu de la douane accusant paiement des droits d'im-
portation et de transit sur ces marchandises. Si elles n'ont accjuitté
que les droits d'entrée, la douane compétente réclamera, en
outre, du négociant, le versement du droit de transit fixé par le
tarif.
Art. i3. — Les marchandises importées en Chine par les
marchandi^ russes, ou exportées par eux, acquitteront les droits
de douane, selon le tarif général établi pour le commerce étran-
ger en Chine, et selon le tarif additionnel établi en 1862 pour
le commerce russe.
Les marchandises non énumérées dans l'un ou l'autre de ces
tarifs seront imposées d'un droit de cinq pour cent ad valorem.
Art. i4- — Seront admis, en franchise de droits, à l'impor-
tation et h l'exportation, les articles suivants : L'or et l'argent en
lingots. La monnaie étrangère. Les farines de toute espèce. Le
.sagou. Les biscuits. Les viandes et les légumes en conserves. Le
Iromage. Le beurre. Les produits de confiserie. Les vêtements
étrangers. Les objets de joaillerie. L'argenterie. Les parfums et les
savons de toute espèce. Le charbon de bois. Le bois de chauflage.
l^-es bougies de fabrication étrangère. Le tabac et les cigares
étrangers. Les vins. La bière. Les boissons spiritueuscs. Les pro-
visions et ustensiles de ménage, employés dans les maisons et sur
les na\ires. Le bagage des voyageui-s. Les fournitures de chan-
cellerie. Les articles de tapisserie. La coutellerie. Les médicaments
étrangers. La verroterie et les objets en cristal.
Les articles ci-dessus énumérés passeront en franchise de droits,
à leur entrée et h leur sortie par voie de terre ; mais s'ils sont
expédiés, des villes et des ports mentionnés dans le présent Rè-
glement, sur les marchés intérieurs, ils seront frappés d'un droit
rr,,--
2/\0 L AFFAIRE DE KOULDJA
consuls de Russie et par les autorites frontières chinoises. Ces
modifications porteront sur Texclusion de certains |K)ints qui
seront reconnus superflus, ou sur leur remplacement par d'autres,
plus nécessaires au mouvement du commerce *.
(Signé :) Nicolas de Giërs.
(L. S.)
(Signé :) Tseng.
(L. S.)
(Signé :) Eugène Butzov.
(L. S.)
Le traité signé par le marquis T'sêng à Saint-Pétersbourg
eut pour résultat de rendre la Chine arrogante ; elle se mit à
chercher à faire naître des complications ; le revirement des
Kusses avait étonné les Chinois; ils attribuèrent à rinliinî-
dation ce qui n'était qu'intérêt et longanimité et, sans tran-
sition, ils passèrent de l'épouvante et de la panique à la
jactance la plus insensée. Le retour du bouillant Tso à Pé-
King, à la fin de février 1881 , n'était pas fait pour calmer les
esprits ; il fut reçu avec une grande solennité. On faisait
courir le bruit que l'impératrice régente allait mourir et l'on
disait qu'un décret était préparé à l'effet de faire de Tso
Tsoung-t'ang un vice-empereur à côté du 7' prince, régenl
nominal. Les inquiétudes de Li Houng-tchang, toujours en
éveil, furent augmentées en voyant grandir l'influence de ce
nouveau et formidable rival.
Tso tenait de bruyants propos au Tsoung-li Yamen :
Si on voulait tenir compte de ses avis, il serait aisé de débar-
rasser la Chine de ces intrus malfaisant, dont la présence cons-
titue pour l'Empire une difliculté capitale et un danger. Il no
s'agirait que de le vouloir et de s'affranchir de scrupules pusilla-
nimes... La Chine est un grand pays puissant et riche : il a des
armes en quantité et des hommes plus qu'il ne lui en faut ;
l'arrangement avec la Russie a été une lâcheté ; il faut prendre
sa revanche contre les étrangers d'où qu'ils soient venus et en
finir une bonne fois avec eux.
I. Voirie recueil de Traités avec la Chine, publié en 1889, à Saint -
Pélersbourg, par le Ministère des A.ffaircs étrangères.
CORDIXB.
II. - l6
CHAPITRE XIII
L'AFFAIRE DU TONG-KING : HARQDIS TS'ËHG. - LA
FRANCE AD TONG-KING. - L'ËTÊQDE D'ADRAN ET GIA-
LONG. — LA RESTADRATION ETCHAIGNEAD. - CONQUÊTE
SE LA BA3SE-C0CHINCHINE. — TRAITÉ DE SAIGON, 1862.
— EXPLORATION DU ME-KONG. — JEAN DUPDIS. —
FRANCIS GARNIER. — TRAITÉS DE SAIGON, 1874. — COM-
MUNICATION DU TRAITÉ A LA CHINE.
A la fin de 1880, la France employait ses bons offices à
l'é-Kînget à Saint-Pélersbourg pour aplanir les difficnllés qui
nvaicnl surgi, par suile de l'occupation prolongée de Koiildja
[>nr les troupes du tsar, entre la Oiine et la Russie, lorsque
le plénijxitcntiairo chinois, le maixiiiis Ts'êng, rédigea une
lettre qui transformait la question annamite en une question
chinoise, longue, fertile en incidents et qui ne fui résohie
[ju'aprèa une guen-e, cofileusc à la fois pour la bourse des
'ontribuables et, parfois, pour l'amour-propre de la France.
\prî's de nombreuses péripéties, des fautes faciles !k éviter,
l'avantage nous est reslé, grâce h un homme politique, dont
a ténacilc cl le patriotisme clairvoyant eurent raison de l'hos-
ilité que sa [jersonne avait soulevée et de l'impoputarilé avec
aqnelle son entreprise était regardée par la grande masiiic de
a nation, Jules Ferry, qui n donné à la France le Tong-King
linsi que la Tunisie, joyaux de l'empire colonial que la
République a construit en un quart de siècle.
LETTRE DU M\I1QUIS Ts'ÊNG
Ï--C 10 novembre 1880, le marquis Ts'éng adressait la lettre
LETTRE DU MARQUIS Ts'ÉHG 3^3
suivante à M. Barthélémy Sainl-Hilaire, ministre des Affaires
étrangères :
Sainl-Pélersbourg, le lo novembre 1880.
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur d'informer V. E. qu'à la suite des bruits qui
avaient couru sur certaines causes de nature à créer un conflit
entre le Gouvernement Français et le Prince du Ïong-King, j'ai
eu le a5 janvier une entrevue avec M. de Freycinet, au Minis-
tèrc des Affaires Étrangères. Et, après avoir fait connaître à
S. E., lors de cet entretien, les liens de vassalité qui unissent le
Tong-King à la Chine, je lui ai demandé s'il y avait réellement
des causes de cette uature. S. E. a déclaré que de pareilles causes
n'existaient point et oette assurance a pu calmer mes appréhen-
sions sur ce sujet.
Mais d'après des informations plus récentes, il parait que le
Gouvernement Français aurait l'intention d'envoyer ou déjà
expédié des troupes au Tong-King, ce qui m'a fait renaître des
appréhensions. J'ai donc l'honneur de prier V. E. de vouloir
bien m'informer si ces informations sont authentiques et si,
depuis l'entretien que j'ai eu avec M. de Freycinet, les intentions
du Gouvernement français ont subi quelque changement.
J'espère que Y. E. voudra bien me faire connaître comme
son prédécesseur les vues de votre Gouvernement relatives à la
question du Tong-King, car je n'ai pas besoin de déclarer à
N . E. que le Gouvernement Chinois ne saurait regarder avec
indifférence des opérations qui tendraient à changer la situation
politique d'un pays limitrophe comme le royaume du Tong-
King, dont le prince a reçu jusqu'à présent son investiture de
l'Empereur de Chine.
Comme je suis occupé à des négociations avec le Gouverne-
ment Russe, je n'ai pu à mon regret présenter mes félicitations
à V. E. le jour de votre entrée au Ministère. Dès que je serai
arrivé à un arrangement à Pétersbourg, je m'empresserai de
>cnir à Paris pour présenter mes devoirs à V. E. Pour le mo-
ment, je dois prier V. E. de vouloir bien me donner une ré-
ponse à la note que j'ai l'honneur de lui adresser.
LA FRANCE AU TONG-KING
Il noua semble que ropinion publique avait au début sin-
gulièrement diminué l'imporlance de notre action au Tong-
king. Il ne s'agissait pas d'une aventure surgissant par hasard ;
il ne s'agissait pas d'un projet appartenant en propre à un
ministère, voire à la République, mais bien d'une grande
pensée conçue il y a plus de cent ans, dont la réalisation avait
élé retardée par suite d'événements malheureux, mais qui a
été reprise par tous les régîmes qui ont gouverné la France.
L'idée d'un grand établissement colonial sur la côte de l'Indo-
Chine, mise en avant sous Louis XVI, ajournée, mais non
abandonnée par Napoléon I", ressaisie sous Louis XVIH, a
reçu un commencement d'exécution sous le règne de Napo-
léon 111. La troisième République a complété une œuvre
à laquelle ont pris part aussi bien les conservateurs, puis-
que le traité de 1874 a été négocié par les agents de
M. le duc de Broglie, que les républicains. Nous nous
trouvons donc en présence d'une grande politique colo-
niale, propre non pas à un groupe, non pas A un parti, mais
à la France entière: nous voudrions essayer de retracer les
phases principales de celle politique nationale avant d'abor-
der le récit des luttes et des négociations qui en ont assuré le
triomphe.
La Compagnie des Indes orientales, créée en i664i donna
au commerce français, dans l 'Extrême-Orient, un débouché
qu'il n'avait jmis eu jusqu'alors. Les Portugais, les Hollandais
et les Anglais nous avaient d'ailleurs devancés. Dès i684, la
Compagnie dos Indes orientales envoyait au Tong-king un
agent nommé Le CbappcHor qui trouva les habitants bien
L\ FRANCE AU TONG-UNG 3/|5
disposés pour les Européens et établit un comptoir dans le
pays. Deux années plus lard, un autre agent de la Compa-
gnie, nommé Verret, se rendit à son tour en Cochinchine
pour choisir un emplacement favorable à la création d'un
comptoir.
Il se décida pour Poulo-Condor. Malheureusement, la série
des guerres qui affligèrent la fin du règne de Louis XIV arrêta
tous les projets d'établissement qu'avaient pu avoir les Fran-
çais. Plus tard, les rapports de différents autres agents furent
également favorables à un établissement, soit à Poulo-Condor,
soit en un autre point de la Cochinchine, mais on peut con-
sidérer le voyage de Pierre Poivre à la Cochinchine en 17/19
et 1760 comme le vrai point de départ de nos relations avec
ce pays.
Son voyage à bord du Machaidl est extrêmement intéres-
sant. Poivre avait pour but d'ouvrir un commerce à la Cochin-
chine, d'y étabUr un comptoir et de se procurer, par la voie
de Manille ou des places voisines, des plants de noix muscade
et de girofle qui devaient être totis portés aux îles de France
et de Bourbon. Vers la même époque, un missionnaire de la
Société des Missions étrangères, Charles Thomas de Sainl-
Phalle, fournissait à Dupleix les renseignements les plus
précis sur le Tong-King.
Deux occasions d'assurer d'une manière sérieuse l'influence
française dans Tlndo-Chine nous avaient déjà été fournies : l'une
sous Louis XIV, par le ministre du roi de Siam, Constance
Phaulkon, dont la chute et la mort, à la révolution de 1688,
amena la ruine de notre crédit ; l'autre nous avait été indi-
quée par Dupleix qui, en 1 750-1 762, cherchait par une
alliance avec le roi de Pégou à nous assurer la possession des
bouches de l'Irawadi. Une troisième occasion allait nous être
fournie par une révolution qui éclata en 1 77^ en Cochinchine..
Un nommé Nguyên van-Nhac et ses frères, réfugiés dans les
montagnes Tay-So'n à la suite d'un vol, avaient réuni autour
a 46 l'affaire du tong-king
d'eux des bandits et des méconlcnls à l'aide desquels ils
levèrent l'étendard de la révolte,
l'évëque d'adhan et gia-lokg
Le dernier choaa (maire du Palais) de la Gochinchine,
Duê-Tong ou Hué-vu'o'ng, avait éiA cliassé de ses Étals et mis à
mort parles rebelles Tay-son en 1776; son neveuNguyén-Anh,
plus tard Gîa-long, réfugié à Sflïgon, s'était décidé, sur le con-
seil d'un missionnaire français, PigneaudeBehaine',évêque in
partibusd'hdraa, k implorer le secours de la France pour ren-
trer dans ses États. Il envoya le prélat, muni de pleins pouvoirs
ctacconipagnéde l'héritîerprésomptifdn trône, le prince Canh,
h Pondicbéry, dont te gouverneur, n'ayant pas à sa disposition
de troupes pour faire une expédition, engagea révèqucd'A.dran
à passer en France. Pigneau de Béhaine fut bien reçu à Ver-
sailles. On lui promit un secours de i 65o hommes, de l'ar-
tillerie, des armes, quatre frégates et deux ou trois bâtiments
de transport nécessaires k l'expédition. Par un traite signé à
Versailles, le 38 novembre 1787, le roi de la Cocliîncbîne
cédait à la France la propriété absolue et la souveraineté de
l'île, formant le port principal de la Cochinchine, appelé
a Hoï-nan » et par les Européens « Touron », ainsi que
Poulo-Condor, en échange des secours que Louis XVI pro-
mettait d'envoyer.
TRAITÉ ENTRE LE ROY ET LE ROT DE LA COCHinCHmE
Ncitïen-Anh, Roy de la Cochinchine, ayant été dcpotiillé de
ses Étals, et se trouvant dans la nécessité d'employer la force
des armes pour les recouvrer, a envoyé en France le Sieur
PtERRE-JoSEPH-GEORGES PiGNEAU DE BeHAINE, év£qUC d'AdraU,
Pir.NFJHi RE BÉHAiHE, Pierre- Josi-ph- Ceorges. né »u boiirg d'Ori-
n Thiérache (Aitno), le a novembre 17/1I.
TRAITÉ E.^TRE LE ROT ET LE ROY DE LA COCHtNClIlNE 2^7
ààns la vue de réclamer le secours et Tassistance de S. M. le
Roi T. C. ; cl Sadite Majesté étant convaincue de la justice de
la cansc de ce Prince, et voulant lui donner une marque signa-
lée de son amitié comme de son amour pour la justice» s'est
déterminée à accueillir favorablement la demande faite en son
nom. En conséquence Elle a autorisé le sieur Comte de Mont-
morin. Maréchal de ses camps et armées. Chevalier de ses ordres
el de la Toison d'or, son (Conseiller en tous ses conseils. Ministre
et Secrétaire d'Klat de ses commandements et finances, aiant le
Déparlement des affaires étrangères, à discuter et arrêter avec
ledit sieur évèque d'.Vdran la nature, l'étendue et les conditions
des secours à fournir, et les deux Plénipotentiaires, après s'être
légitimés, savoir : le Comte de Montmorin en communiquant
son plein pouvoir, et Tévèque d'Vdran en produisant le grand
sceau du royaume de la Cochinchine, ainsi qu'une délibération du
grand Conseil dudit royaume, sont convenus des points et arti-
cles suivante :
Article premier. — Le Roy Très-chrétien promet et s'engage
de seconder de la manière la plus efficace les eflbrlvS que le Roy
de la Cochinchine est résolu de faire pour rentrer dans la posses-
sion et jouissance de ses Ëtats.
\rt. 2. — Pour cet elTet Sa Majesté Très-chrétienne enverra
incessamment sur les côtes de la Cochinchine à ses frais quatre
frégates avec un corps de troupes de douze cents hommes d'in-
fanterie, den\ cents hommes d'artillerie et de deux cent cin-
quante CaflFres. Ces troupes seront munies de tout leur attirail
de guerre cl nommément d'une artillerie compétente de cam-
pagne.
Art. 3. — Le Roy de la Cochinchine, dans Tatlenle du ser-
vice important que le Roy Très-chrélien est disposé à lui rendre,
lui cède éventuellement ainsi qu'à la couronne de France, la
propriété absolue et la souveraineté de l'ile formant le port prin-
cipal de la Cochinchine appelé Hoi-nan et par les Européens
Toaron ; et celte propriété et souveraineté seront immutablement
acquises dès l'instant où les troupes françaises auront occupé l'ile
susmentionnée.
Art. 4- — Il est convenu en outre que le Roy Très-chré-
tien aura concurremment avec celui de la Cochinchine la pro-
priété du port susdit et que les Français pourront faire sur le
continent tous les établissements qu'ils jugeront utiles tant pour
leur navigation et leur commerce, que pour garder et caréner
leurs vaisseaux et pour en construire. Quant à la police du po.-t,
elle sera réglée sur les lieux par une convention particulière.
Art. 5. — Le Ro^ Très-chrétien aura aussi la propriété ^t la
souveraineté de Pah-Condor.
Abt. 6, — Les sujets du Roj Très-chrétien jouiront d'i«e en-
tière liberté de commerce dans tous les Étais du Roy de la Co-
chinchine, à l'exclusion de toutes les autres nations euroiécnnes.
Us pourront pour cet effet aller, venir et séjourner iiirement.
sans obstacle et sans payer aucun droit quelconque pur leurs
personnes, à condition toutefois qu'ils seront munis d'un passe-
port du commandant de l'tlc de Hoi-nan. Ils pourront importer
toutes les marchandises d'Europe et des autres parties du monle.
à l'exception de celles qui seront défendues par les loisdu pays :ils
pourront également emporter toutes les denrées et marchandées
du païa et despaïs voiains sans aucune exception ; ils ne paieront
d'autres droits d'entrée et de sortie que ceux qu'acquittent acti«l-
lement les naturels du pals, et ces droits ne pourront être haus-
sés en aucun cas et sous quelque dénomination que ce puise
. être. Il est convenu, de plus, qu'aucun bâtiment étranger, «mit
marchand, soit de guerre, ne sera admis dans les Ëtal« du Koy
de la Cochinchinc que sous pavillon français et avec un passe-
port français.
Art. 7. — Le gouvernement cochinchinois accordera aut su-
jets du Rov Très-chrétien la protection la plus cITicace poar la
liberté et la sûreté tant de leurs personnes que de leurs effets, et
en cas de difficulté ou de contestation, il leur fera rendre la
justice la plus exacte et la plus prompte.
Art. 8. — Dans -le cas ou le Roy Très-chrétien serait attaqué
ou menacé par quelque puissance que ce puisse être, relative-
ment à la jouissance des Iles de Hoi-nan et de Puh-Condor et
dans le cas où Sa Majesté Très-chrétienne serait en guerre a»ec
quelque puissance soit européenne, soit asiatique, le Roy de la
Cochinchine s'engagea lui donner des ressources en soldats, ma-
telots, vivres, vaisseaux et galères. Ces secours seront fournis
trois mois après la réquisition ; mais ils ne pourront pas être
emploies au delà des ties Molutpies et de la Sonde et du détroit
de Malacca. Quant à leur entrelien, il sera h la charge du Sou-
verain qui les fournira.
Art. 9. — En échange de l'engagement énoncé dans l'article
précédent, le Roy Très-chrétien s'oblige d'assister le Roy de la
Cochinchine lorsqu'il sera troublé dans la possession de ses Etals.
I
TRAITÉ ENTRE LE ROY ET LE ROY DE LA COCHIMCHINE 3/^9
Ces secours seront proportionnés à la nécessite des circonstances»
cependant ils ne pourront en aucun cas excéder ceux énoncés
dans Tarticle deuxième du présent traité.
A.RT. lo. — Le présent traité sera ratifié par les deux souve-
rains contractants, et les ratifications seront échangées dans l'es-
pace d'un an ou plus tôt si faire se peut.
En foi de quoi. Nous, Plénipotentiaires, avons signé le présent
traité et y avons fait apposer le cachet de nos armes.
Fait à Versailles, le vingt-huit novembre mil sept cent quatre-
vingts-sept.
Le Comte de Montm«rin.
(L. S.) •{• P. J. G., évéque d'Adran.
Article séparé
Dans la vue de prévenir toutes difficultés et méscn tendus rela-
tivement aux établissements que le Roy Très-chrétien est auto-
risé à faire sur le continent pour Futilité de la navigation et du
commerce, il est convenu avec le Roy de la Cochinchine que ces
mêmes établissements seront et appartiendront en toute pro-
priété à Sa Majesté Très-chrétienne et que la juridiction, la po-
lice, la garde et tous actes d'autorité sans exception s'y exerceront
priva tivement en son nom.
Pour prévenir les abus auxquels les établissements mentionnés
ci-dessus pourraient donner lieu, il est convenu expressément
que Ton n'y recevra aucun Cochinchinois poursuivi pour crime,
et que ceux qui pourraient s'y être introduits seront extradés à
la première réquisition du gouvernement. 11 est convenu égale-
ment que tous les Français transfuges seront extradés à la pre-
mière réquisition du commandant de Hoi-nan ou de celui de
Pulo-Condor.
Le présent article séparé aura la même force et valeur que s'il
était inséré mot à mot dans le présent Traité.
En foi de quoi, Nous, Plénipotentiaires, avons signé le présent
article séparé et y avons fait apposer le cachet de nos armes.
Fait à Versailles, le 28 novembre 1787.
Le comte de Montmorin.
(y»- S.) -{- P. J. G., évéque d'Adran.
'^^
25o l'affaire du TOi\G-RING
DÉCLAnATION DE L*ÉVÊQUE d'AdUAN
Quoique dans la convention signée aujourd'hui, il ne soit fait
aucune mention des frais qu'occasionneront les établissements
que Sa Majesté Très-chrctienne pourra former soit dans les îles
de Hoi-nan et Pulo-Condor, soit sur le continent du royaume
de Gochinchine, le soussigné, en vertu de l'autorisation dont il
est muni, déclare que le Roy de la Cochincliinc prendra à sa
charge, soit par fourniture en nature, soit en argent, d'après Icîs
évaluations qui en seront faites, les premiers frais de l'établisse-
ment à former pour la sûreté et la protection, tels que fortifica-
tions, casernes, hôpitaux, magasins, bâtiments militaires et
logement de Commandant.
En foi de quoi j'ai signé la présente déclaration et y ai apposé
le cachet de mes armes, avec promesse d'en procurer la ratifica-
tion de la part du Roy de la Gochinchine.
A Versailles, le 28 novembre 1787.
(L. S.) -|- P. J. G., évoque d'Adran.
L'évêque d'Adran repassa à Pondichéry, dont le gouver-
neur, l'Irlandais comte de Conway, devait commander l'expé-
dition projetée. L'Anglais John Barrow raconte qu'à l'arrivée
du prélat dans la colonie, Conway avait pour maîtresse M"* de
Vienne, la femme d'un de ses aides de camp. L'évèque d'Adran
lit des visites aux femmes des différents fonctionnaires de Pon-
dichéry à l'exception de M'"° de Vienne qui, fort irritée d'être
traitée de la sorte, fit retarder l'envoi des troupes en Gochin-
chine. D'autre part, ce qui est plus vraisemblable, le gouverneu r
était peu favorable à l'expédition parce qu'il ne la considérait
pas comme avantageuse à la France et que les instructions
((u'il avait reçues directement de France le laissaient juge de
la situation. Quoi qu'il en soit, le traité de Versailles ne recul
pas son exécution ; les projets de l'évèque avortèrent et, an
lieu d'im secours important qu'on lui avait promis, le prélat
n'obtint que l'escorte de la frégate la Méduse, pour deux
navires de commerce armés et équipés à ses frais. Néanmoins,
LA RESTAURATION ET GHAIGNEAU 35l
révêque d'Adran était accompagné d'un certain nombre d'of-
ficiers français, dont le concours ne contribua pas peu à
permettre à Nguyen-Anh de remonter sur le trône de ses
pères. Parmi ces officiers se trouvaient quelques ingénieurs
distingués qui construisirent les citadelles de Saigon et de
Hanoï et fortifièrent la rivière de Hué. En 1801, Nguyen-Anh
fit la conquête du Tong-King, en 27 jours, et ayant ainsi
réuni sous son sceptre toute la partie orientale de Tlndo-
Chine, il prit le nom de Gia-Long, sous lequel il est plus
connu dans l'histoire. Ce prince témoigna toujours la plus
grande bienveillance aux Français, mais il exprima à diffé-
rentes reprises la satisfaction que lui causait la non-exécution
du traite de Versailles. Il redoutait fort les Anglais, et il
craignait que, s'il eût accordé à la France les possessions
jadis promises, il n'attirât sur lui la colère de la nation
puissante, maîtresse des Indes, qui méditait déjà la conquête
de la Birmanie.
La chute de la royauté, les événements de la Révolution, les
guerres de l'empire ne permirent pas à la France de s'oc-
cuper de l'Annam. Ce n'est pas que, parmi les innombrables
projets que forma Napoléon il ne s'en trouve peut-être pas
un relatif à ce royaume, car un mémoire ayant été écrit le
2 frimaire an X par le citoyen Cossigny, pour faire ressortir
rimportance du choix d'un évêque en remplacement de
Pigneau de Behaine, mort le 9 octobre 1799, Bonaparte,
alors premier consul, écrivit en marge de ce document, con-
servé aux archives des colonies : « Renvoyé au ministre de
la marine pour me faire connaître son opinion sur ce mé-
moire. Paris, le 29 frimaire an X. »
LA RESTAURATION ET GHAIGNEAU
Le gouvernement de la Restauration reprit la tradition
de Louis XVI et chercha à renouveler avec les pays de
303 L AFFAIRE DU TONG-KING
rExtrême-Orient les relations brisées brusquement à la fin
du siècle dernier.
De la brillante pléiade d'officiers français qui, appelés par
révêque d'Adran, avaient aidé Gia-long à remonter sur le
trône de ses pères, deux seulement, au commencement de
la Restauration, avaient survécu et étaient restés à la cour du
souverain qui leur devait son trône: Philippe Vanieret Jean-
Baptiste Chaigneau.
Chaigneau « appartenait, dit son fils*, à une honorable
famille de la Bretagne. Son père, chevalier de Saint-Louis,
avait été capitaine de brûlot et commandant de vaisseau de
la Compagnie des Indes. Un de ses frères, Etienne, officier
de marine, embarqué sur la corvette française la Bacchante,
fut tué, le 6 messidor an II, dans4in combat contre la fré-
gate anglaise VEndymion, Il avait encore en France deux
frères, qui ont occupé, sous le premier Empire, des grades
élevés dans Tarmée de terre; un beau-frère, M. de Rosières,
ancien commissaire général ordonnateur de la marine sous
l'empereur Napoléon P''; tous trois étaient décorés de la croix
de la Légion d'honneur. M. Chaigneau avait, de plus, deux
sœurs, dont l'une était veuve, avec une fille. Parmi ses
alliés, il avait encore le vicomte de Chateaubriand, l'une des
illustrations du siècle. »
Chaigneau « s'embarqua*, à l'âge de douze ans, comme
volontaire, dans la marine royale, sur la flûte le Necker, qui
fut prise par le vaisseau anglais le Petit-Annibal, Conduit a
Sainte-Hélène comme prisonnier de guerre, M. Chaigneau y
resta quelques mois, et fut ramené en France par le parle-
mentaire le Petit-Sévère, de Nantes. Il s'embarqua de nouveau
sur la frégate VArielle, puis sur la frégate la Subtile, avec
1. Souvenirs de Hué, par Michel Dù*c Chaigneau. Paris, 1867. in-8.
p. 228.
2. L. c, p. 16.
LA RESTAURATION ET CHAIGNEAU a 53
laquelle il fit dans Tlnde une station de plus de quarante-trois
mois » Au retour de cette station, Ghaigneau « était
parti de France, en 1791, sur le vaisseau la Flavie, com-
mandé par M. Magon de la Villaumont, qui devait faire un
voyage autour du monde, ayant pour but principal la re-
cherche de La Pérouse ; mais par suite des événements poli-
tiques, la Flavie n^ayant pu poursuivTe son voyage, fut
désarmée à Macao. »
CVst de Macao que Ghaigneau se rendit en Gochinchine
et offrit ses services à Gia-long qui les accepta. Lorsque
ce prince eut réuni sous un même sceptre la Gochinchine et
le Tong-king, Ghaigneau acheta à un kilomètre de Hué une
habitation: il s'était marié, avait été élevé à la dignité de
grand mandarin et il paraissait devoir terminer ses jours
dans ce pays d\\nnam où s'était passée la plus grande partie
de sa vie. quand le Duc de Richelieu, ministre des Affaires
étrangères, lui adressa la lettre suivante :
Paris, ce 17 septembre 181 7.
Monsieur, M. de La Bissachère* m*a instruit des événements
qui vous ont conduit dans les Ëtats de TEmpercur de Cochin-
cliioc ainsi que de la considération que vous avez obtenue de ce
Prince par le mérite de vos qualités personnelles ; je sais en ou-
tre que, demeuré constamment dévoué à votre souverain et atta-
ché à votre patrie, vous ne désirez rien tant que l'occasion de
faire preuve de ces sentiments honorables. C'est dans cette per-
suasion que je n'hésite point à réclamer le concours de votre zèle
dans une conjoncture où il peut être utile à la France. Quelques-
uns de nos armateurs ont fait ou se proposent de faire des expé-
ditions, pour le Tonquin et la Gochinchine. Le gouvernement a
encouragé ces essais, surtout dans l'espérance qu'ils pourraient
nous conduire à fonder dans ces pays un commerce permanent.
Vous pouvez. M., vous associer à ces vues bienfaisantes du gou-
I. Pierre Jacques Lemonnierde la Bissachère, missionnaire au Tong-
King, des missions étrangères de Paris; député au séminaire de Paris par
Ja mission de Gochinchine en 1807; f à Paris, le i«'' mars i83o.
a5â
vernemcnl, d'abord en favorisant de tous les moyens que vous
donne volrc position acluellc les premières entreprises de nos
armateurs, cl ensuite en m'adressant les informations propres
h m'Éclairersur ce qu'il y a de mieux à faire pour parvenir au but
qu'il voudrait atteindre, c'esl-à-dirc l'établissement d'un com-
merce régulier et permanent avec le pays où vous résidez.
Ces informations. M., devraient présenter un exposa de la
situation du pays considérée spécialemijpt sous les trois points de
I* Quels seroient les moyens de protection et de sûreté pwir
notre commerce dans ce pays, tels que son gouvernement, sa
police, les mœurs des liabitanis, leurs usages en fait de com-
merce ?
3' Seroit-il nécessaire de lui donner une organisation particu-
lière, vu les circonstances propres au pays et quelle devroit être
cette organisation ?
3° Quels sont les celianges qui peuvent constituer un com-
merce permanent soit en lesupposanl direct, soit en le combinant
avec le commerce de l'Inde et de la Cbinc ?
Les notions que nous avons sur ces pays sont trop incertaines
pour que j'ajoute aucun développement au\ deux dernières
questions. Quant h la première, vous n'ignorez pas. M., qu'il a
existé entre la France et le gouvernement de Cocbinchine des
rapports assez intimes dont M. l'ovèquc d'Adran a él^ l'inter-
médiaire et qui dévoient nous procurer les moyens de faire le
commerce de cette contrée avec avantage et sûreté. Les événe-
ments survenus depuis, tanl on Europe qu'en Asie, ont changé
totalement l'état des choses, et il n'y a plus à penser aux arran-
gements projetés à cette époque, mais on peut supposer que
l'esprit de bienveillance qui avoil rapproché les deux gouver-
nements, a continué de subsister, et que celui de Cocbinchine
nous a conservé des dispositions favorables, il y auroil. M., à
pressentir ces dispositions et à reconnu ttrc jusqu'où elles pour-
roicnt s'étendre. Rien n'empêchera que vous n'entriez en expli-
cation à ce sujet si votre position vous met à mèiue de le faire,
mais alors il faudrait considérer quelles espèces de concessions
sont réellement nécessaires pour l'établissement de notre com-
merce et borner les explications il ces points en écartant toute vue
qui aboutiroit à des intentions politiques, attendu que le gou-
vernement de S. M. ne se propose rien autre chose que de faci-
liter au commerce la nouvelle voie qu'il paroit vouloir s'ouvrir.
LA RESTAURATION ET CHAIGNEAU 255
Cette dépêche vous sera remise. M., par M. Meiiiolie qui di-
rige une expédition faite par la maison Opperman Mandrot. Je
le recommande à voire intérêt particulier.
M. Mcniolle est neveu de M. l'évêque d'Adran ; les souvenirs
honorables que son oncle a laissés en Cochinchine doivent lui
procurer dans ce pays un accueil plus favorable qu'à toute autre ;
peut-être cette circonstance, bien ménagée, est-elle propre h
assurer le succès de son entreprise et par suite des vues du gou-
vernement. Vous en jugerez. M., et je vous invite h lui donner
dans cette intention tous les avis que vous croirez convenables
et qu'il est d'ailleurs très disposé à suivre.
Recevez, M., etc.
C'était le début de nouvelles relations avec TAnnam.
En 1817, deux expéditions faites par des maisons de com-
merce françaises ne furent pas très heureuses, mais une troi-
sième, composée des deux trois-mâts le Larose et le Henri
réussit complètement. La vue de ces bâtiments inspira ou
raviva dans l'âme de Gbaigneau le désir de revoir son pays
natal; d'ailleurs le gouvernement français réclamait son con-
cours; il pensa que l'occasion était favorable pour donner à
la France les renseignements qu'elle demandait, et pour re-
voir sa famille. Il obtint, non sans regret, du vieux Gia-long
un congé et il s'embarqua au mois de novembre 1819. Les
doaiments que j'ai publiés ^ disent quel fut le résultat de ce
voyage. En 1820, Gbaigneau était nommé consul.
a Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre,
à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
« Ayant jugé convenable d'établir un consul dans les Riais de
la Cochinchine, pour veiller à la sûreté des personnes et des pro-
priétés de ceux de nos sujets qui y feront le commerce; et étant
informé de l'intelligence, probité, zèle et fidélité à notre service
«lu sieur J.-B. Chaigneau, ofTicier de la marine et mandarin co-
chinchinois, qui, en outre, a une connaissance exacte des mœurs
/Consulat de France à Hué sous la Restauration... par
|/>oi*clier. Paris, i884, in-8.
L AFFAIRE DU TONG-KtNQ
de CCS paja, par la longue résidence qu'il y a faite,
)s fait choix de sa personne, et noua l'avons nommé et
et, par ces présentes, signées de notre main, nous le
i et constituons notre consul dans tous les Ëtats de la
ne. pour, en cette qualité, exercer avec l'autorité né-
s fonctions attachées k cet olTice, conformément aux
et ordonnances du royaume,
innons h tous navigateurs, commerçants et autres, nos
le reconnaître cl de lui obéir en tout ce qu'il leur
era à raison de ladite charge de consul dont ï) nous a
revêtir.
oi de quoi nous avons fait mettre notre sceau k ces pré-
lé à Paris, le douzième jour du mois d'octobre de l'an
mil huit cent vingt, et de notre règne le vingt-sixième.
leau, à son retour b Hué, trouva Gîa-long mort de-
que temps (a5 janvier 1820). Son fils, Minh-mang,
as les mêmes idées. Chaigneau ne put obtenir de
I avantage pour la France et il quitta Hué le i5 no-
[82^ pour Saïgon où il tomba gravement malade;
de cette ville le 21 mars i8a5 pour aller s'enibar-
ingapore sur le brick le Courrier de la Paix qui le
m France. Le vice-consulat de Eugène-Louis Chai-
leveu de Chaigneau, fut également éphémère,
olution de Juillet changea d'ailleurs le cours de
litique coloniale, et le gouvernement de Louis-
n'intervinl en Cochinchine qu'accidentellement,
sacres de missionnaires ordonnés par Minh-Mang
ai janvier iS^i), remplacé par son (ils Tbiéu-Tri,
le commandant Favin-Lévêque, de VHéroïne (sS
M3), le contre-amiral Cécilte(i8i4) et le comnian-
licrre (i5 avril 18^7) à agir vigoureusement à dif-
reprises; mais il fallait une occasion et un prétexte
is faire prendre pied définitivement dans un pajsoù
la presque séculaires élaient restés sans succès.
•■
TRAITÉ DE SAIGON, 5 JUIN l86a ib'J
CONQUÊTE DE LA BASSE-COGHINCHINE
Thieû-Tri, furieux de la destruction de sa flotte par le
commandant Lapierre, était mort de la fièvre le 4 novembre
1847 et ^^ fi's Hoang Nhàm (Tu-Duc) lui succéda.
Ce fui à Napoléon III qu'incomba la mission de continuer
Tœuvre de Louis XVI. Le 16 septembre i856, le comman-
dant Lelieur de Ville-sur- Arce, sur le Catinat, puis notre
consul à Chang-Haï, M. de Montigny, envoyé extraordinaire
le 23 janvier 1857, ne purent obtenir d'être reçus h Hué.
Un édit fut rendu le 21 mars i85i, pour mettre à mort les
prêtres européens et indigènes ; Augustin Schœfiler, le 1°' mai
i85i; Jean-Louis Bonnard, le i**" mai 1862, des Missions
étrangères furent martyrisés. Le 20 juillet 1807, Tévêque
Jose-Maria Diaz était exécuté ; les persécutions redoublaient ;
le prétexte était bon. D'autre part, les armements pour l'ex-
pédition de Chine nous fournissaient l'occasion et nous faci-
litaient une action prompte en Cochinchine. Les victoires
des amiraux Rigault de Genouilly (Tourane, i*"" septembre
i858; Saigon, 18 février 1869), Charner (Ki-Hoa, 25 fé-
vrier 1861), Page (My-Tho), i3 avril 1861), Bonard (Bien-
Hoa, 9 décembre 186 1), amenaient la conclusion d'un traité
signé à Saï'gon le 5 juin 1862 par les représentants de l'An-
nam, de la France et de l'Espagne notre alliée, traité qui
nous assurait la possession des trois provinces méridionales
de Gia-Dinh (Saïgon), Dinh-Tuong (My-Tho), Bien-Hoaet
de rUe de Poulo-Condor.
TRAITÉ DE SAÏGON, 5 JUIN 1862
Traité de paix et d'amitié conclu à Saïgon, le 5 juin 1862,
entre la France et rEspayne, d'une part, et le royaume
d'Annam, d'autre part.
Leurs Majestés Napoléon lll, Empereur des Français, Isa-
CoRDiER. 11. — 17
TRAITÉ DE SÛGON, 5 JUIN ïSÔî 269
Art. 3. — Les trois provinces complètes dt Bien^IIoay de
Gia-Dinh et de Dinh-Tuong (Mytho), ainsi que l'Ile de Poulo-
Condory sont cédées entièrement par ce traité en toute souverai-
neté à S. M. TEmpereur des Français. En outre, les commer-
çants Français pourront librement commercer et circuler sur des
bâtiments quels qu'ils soient, dans le grand fleuve du Cambodge
et dans tous les bras de ce fleuve ; il en sera de même pour les
bâtiments de guerre français envoyés en surveillance dans ce
inéine fleuve ou dans ses affluents.
Art. 4. — La paix étant faite, si une nation étrangère vou-
lait, soit en usant de provocation, soit par un Traité, se faire
céder une partie du territoire annamite, le Roi d'Annam pré-
viendra par un Envoyé l'Empereur des Français, afin de lui
soumettre le cas qui se présente, en laissant à l'Empereur pleine
liberté de venir en aide ou non au Royaume d'Annam; mais si.
dans ledit Traité avec la nation étrangère, il est question de
cession de territoire, cette cession ne pourra être sanctionnée
qu'avec le consentement de rEm[)ercur des Français.
Art. 5. — Les sujets de l'Empire de France et du Royaume
d'Espagne pourront librement commercer dans les trois ports de
Tourane, de Balat et de Quang-An. Les sujets annamites pour-
ront également librement commercer dans les ports de France
et d'Espagne, en se conformant toutefois à la règle des droits
établis.
Si un pays étranger fait du commerce avec le Royaume d'An-
nam, les sujets de ce pays étranger ne pourront pas jouir d'une
protection plus grande que ceux de France ou d'Espagne, et si
cedit pays étranger obtient un avantage dans le Royaume d'An-
nam, ce ne pourra jamais être un avantage plus considérable
que ceux accordés à la France ou à l'Espagne.
Art. 6. — La paix étant faite, s'il y a à traiter quelque aiTaire
importante, les trois Souverains pourront envoyer des représen-
tants pour traiter ces aflaires dans une des trois capitales. Si,
sans affaire importante, l'un des trois Souverains désirait envoyer
des félicitations aux autres, il pourra également envoyer un
représentant. Le bâtiment de l'envoyé français ou espagnol
mouillera dans le port de Tourane, et l'envoyé ira de là à Hué,
par terre où il sera reçu par le Roi d'Annam.
Art. 7. — La paix étant faite, l'iniinilié disparait entièrement ;
c'est pourquoi l'Empereur des Français accorde une amnistie
générale aux sujets, soit militaires, soit civils, du Royaume d'An-
aôo l'affaire du tong-king
nam, compromis dans la guerre, et leurs propriétés séquestrées
leur seront rendues. Le Roi d'Annam accorde également une
amnistie générale à ceux de ses sujets qui se sont soumis à l'au>
torité Française, et son amnistie s*étend sur eux et sur leurs
familles.
Art. 8. — Le Roi d*Annam devra payer à titre d'indemnité,
dans un lajjs de dix ans, la somme de quatre millions de dollars.
Quatre cent mille dollars seront, en conséquence, remis chaque
année au représentant de TEmpcreur des Français, à Saigon.
Cette somme est destincn; h indemniser la France et TEspagne
de leurs dépenses de guerre. Les cent mille ligatures déjà payées
seront déduites de celte somme. Le Royaume d'Annam n'ayant
pas de dollars, le dollar sera représenté par une valeur de
soixante et douze centièmes de taël.
Art. 9. — Si quelque brigand, pirate ou fauteur de troubles,
annamite, commet quelque brigandage ou désordre sur le terri-
toire français, ou si quelque sujet eurojjéen, coupable de quelque
délit, s'enfuit sur le territoire annamite, aussitôt que l'autorité
française aura donné connaissance du fait à l'autorité annamite,
celle-ci devra faire ses efforts pour s'emparer du coupable, afin
de le livrer à l'autorité française. Il en sera de même en ce qui
concerne les brigands, pirates ou fauteurs de troubles annamites
qui, après s'être rendus coupables de délits, s'enfuiraient sur le
territoire français.
Art. 10. — Les habitants des trois provinces de Vinh-Long,
cVAn-Gian et de Ila-Tien pourront librement commercer dans les
trois provinces françaises, en se soumettant aux droits en vigueur:
mais les convois de troupes, d'armes, de munitions ou de vivres
entre les trois susdites provinces devront se faire exclusivement
par mer. C^lcpendant l'Empereur des Français permet à ces
convois d'entrer dans le Cambodge par la passe de Mytho dite
Cua-Tieû, à la condition toutefois que les autorités annamites en
préviendront à l'avance le représentant de l'Empereur, qui leur
fera délivrer un laisser-passer. Si cette formalité était négligée,
et qu'un envoi pareil entrât sans un permis, ledit convoi et ce
qui le compose sera de bonne prise, et les objets saisis seront
détruits.
Art. II. — La citadelle de Vinh-Long sera gardée jusqu'à
nouvel ordre par les troupes françaises, sans empêcher pourtant
en aucune façon l'action des mandarins annamites. Cette cita-
delle sera rendue au Roi d'Annam aussitôt qu'il aura mis lin à
EXPLORATION DU ME-RONG a6l
la rébellion qui existe aujourd'hui par ses ordres dans les pro-
vinces de Gia-Dinh el de Dinh-Tuong, et lorsque les chefs de ces
rébellions seront partis et le pays tranquille et soumis comme il
convient à un pays en paix.
Art. 12. — Ce Traité étant conclu entre les trois nations, et
les ministres plénipotentiaires desdites trois nations Tayant signé
Pi revêtu de leurs sceaux, ils en rendront compte, chacun à son
Souverain ; et, à partir d'aujourd'hui, jour de la signature, dans
Tintervalle d'un an, les trois Souverains avant examiné et ratifié
ledit Traité, l'échange des ratifications aura lieu dans la capitale
du Royaume d'Annam.
En foi de quoi, les Plénipotentiaires respectifs susnommés ont
signé le présent Traite et y ont apposé leurs cachets.
A Saigon, l'an 1863, le 5 juin.
Tu-Duc, i5® année, 5" mois, 9* jour.
Bo?iARD. Carlos Palanca-Gutierres.
(Cachet et signatures des plénipotentiaires annamites.) '
En même temps, un traité signé avec le Cambodge (ratifié
en 1864) substituait notre protectorat sur ce pays à Tin-
fluence qu'exerçaient l'Annam et Siam. Les intrigues et la
mauvaise foi de Tu-Duc obligèrent, en juin 1867, l'amiral
de la Grandière à annexer à nos possessions les trois provinces
occidentales de la Basse-Cochinchine : VinhLong (20 juin),
Chaudoc (22 juin) et Ha-Tien (24 juin). Notre colonie de
la Basse-Cochinchine était définitivement fondée.
EXPLORATION DU ME-KONG
La possession de Saigon devait fatalement nous conduire
à explorer le grand fleuve qui arrose la péninsule indo-
cbinoise sous le nom de Me-Kong el le Sud de la Chine sous
le nom de Lan-tsan-kiang. Francis Garnier*, sous le pseu-
I. Les ratifications ont été échangées h Hué, le i^ avril i863.
a. Garnîcr, Marie-Joseph- François y dit Francis, né à Saint-Etienne,
le 25 juillet 1839.
a62 l'affaire du tong-king
donyrae de G. Francis, avait lancé une brochure faisant
ressortir l'importance de cette grande voie déjà explorée par
noire compatriote Henri Mouhot*. Dès i865, le marquis de
Chasseloup-Laubat, ministre de la marine, et président de
la Société de Géographie, annonçait son intention d'orga-
niser une mission scientifique en Indo-Chine; au mois de
décembre de la même année, Tamiral de la Grandière en
offrait le commandement au capitaine de frégate Doudarl
de Lagrée*. La commission d'exploration fut déflnitivement
constituée le i®** juin 1866. Le lieutenant de vaisseau Francis
Garnier, inspecteur des affaires indigènes, en faisait partie.
L'expédition quitta Saigon le 5 juin 1866; elle visita les
ruines d'Angkor, qu'elle laissait le 5 juillet pour se rendre à
Siem-reap; le 16 septembre, elle était à Bassac, se rendait
dans l'ancienne capitale Vieng-chan, puis à Luang Prabang ;
elle répara le tombeau de Mouhotet pénétra dans le Yun-Nan
après avoir constaté la non-navigabilité du Me-Kong. On
sait que de nouveaux voyages ont fait prévaloir d'autres
idées. Garnier à deux reprises se sépara de l'expédition
principale, descendit le Ho-ti Kiang, à partir de Yuen-
Kiang en novembre 1867, jusqu'à ce qu'il fut arrêté par les
rapides ; il devinait la future route du Tong-King. A gauche,
il se rendait à Ta-li, capitale du sultan musulman Tou-
Wen-sieou'*, où Sladen* l'avait précédé, mais il fut obligé
de revenir en arrière. La mission arrivait le 16 janvier 1868
à Tong-tchouen ; c'est là que Lagrée, épuisé par son long
1. Mouhot, Alexandre- Henri, no à Montbéliard, le i5 mai i8a6;
mort à Luang Prabang, octobre i86i. Quand Doudart de Lagrée passa
dans celte ville, il fît élever un monument à notre compatriote. — Tra-
vels in the Centrai Paris of Indo-China... London, Murray, i864.
2 vol, in-8.
2. Doudart de Lagrée, Ernest-Marc- Louis-de-Gonzague, né le 3i
mars 1828, à Saint- Vincent-dc-Mercuze, canton de Touvel (Isère).
3. 1, p. 553.
4- I, p. 55o-i.
JEAN DUPUIS
l63
séjour au Cambodge et en Cochinchine, non moins que par
le dur voyage qu'il venait d^accomplir, mourut le 12 mars.
Garnier ramena Texpédition au Kiang, où il s'embarqua ; il
arriva à Ghang-Haï le 12 juin 1868, et à Saïgon le 29 du
même mois. Ainsi se termina ce voyage mémorable', si con-
sidérable au point de vue géographique, et qui devait avoir
une importance énorme au point de vue politique ^
JEAN DUPUIS
Si la voie du Me-Kong était momentanément écartée, à
la suite de l'exploration de Doudart de Lagrée, le projet
d'établir une route du Yun-Nan à la mer n'était pas aban-
donné, et l'idée de Francis Garnier de la chercher par le
fleuve qu'il avait rencontré à Yucn-Kiang était venue égale-
ment à un autre Français qui devait le premier la mettre à
exécution: Jean Dupuis^.
Dupuis, en 1861, remonta le Yang-tseu avec l'expédition
anglaise chargée d'ouvrir au commerce étranger les trois
ports du fleuve désignés par les traités et il arriva à Han-
Kéou le II mars 1 861, où il s'établit. Sur un rapport de Li
Han-tchang, il fut autorisé à établir dans cette ville un dépôt
d'armes sous la sauvegarde du vice-roi des deux Hou; il
allait partir pour le Yun-Nan, lorsque la mission de Lagrée,
décapitée de son chef, passa à Han-Kéou. Dupuis partit de
ce |K)rt le 18 septembre 1868, se rendit à Si-ngan et à Han-
Ichong, dansleChen-Si, àTchoung-King dans le Se-tch'ouen,
et enfin à Yun-Nan fou, alors assiégé par les rebelles mu-
1. Voyage d'exploration en Indo-Chine... publié... sous la direc-
tion de... Francis Garnier. Paris, Hachelto, 1873, 2 vol. in-^.
— Explorations et missions de Doudart de Lagrée... mis en
ordre par M. A.-B. de Villemereuil. Paris, i883, in-4.
3. Henri Cordier, Histoire générale de Lavisso et Rambaud, XI, p.
754-755.
3. Né à Saint-Just-la-Pendue (Loire), 8 décembre 1839.
L ArFAIBE DU TONC-SING
ipuis obtint des hauts fonctionnaires de la pro-
mmandes importantes d'armes et rentra à Han-
nai 1869.
«bre 1870, Dupuis quittait de nouveau son port
arrivait à Yun-Nan-fou le 3 1 janvier 1871 avec
'explorer le Tong-King. Il se rendit k Mong-tscu
arte fournie par le maréchal Ma, continua jusqu'à
f embarqua sur le Fleuve Rouge, passa à Lao-
t le chef des Pavillons-Noirs, Lieou Yen-fou, et
(qu'à l'endroit où est établi aujourd'hui le poste
où il s'assura que la navigation n'offrait plus de
isqu'à la mer. 11 retourna ensuite au Yun-Nan.
des autorités les pouvoirs pour transporter des
ers le Tong-King jusqu'à la Chine, pour écraser
n musulmane, et pour ouvrir la nouvelle voie
:, en la protégeant contre les bandits et les pirates
es établis selon la nécessité des lieux, moyennant:
ine somme d'argent; 2" l'argent étant rare dans
épuisée par la guerre, 10000 piculs d'élain soit
ogrammcs', calculés à forfait, sur le pied de
e picul. En outre, il avait commission de vendre
pte des mandarins, h valoir sur les frais de l'ex-
000 piculs de cuivre. Dupuis quitta Yun-Nan
lobre 1871, et rentra à Han-Kéou te i5 dé-
, ni Dupuis ni Garnier n'avaient découvert la
uve Rouge, car elle était fort bien connue des Chi-
missionnaires d'autrefois. Si l'on jette les yeux
innecartedu Tong-King, on remarquera un grand
uéFou-liangKlang qui se jette dans la mer par des
ibreuscs: en remontant vers la Chine, le cours
ri'nes dr la question du Tong-Kiu, par JeiD Dupuii
lel, 1896, 2 vol. [ri'ia.
FRANCIS GARNIER a65
d'eau prend les noms de Li-houa Kiang, Li-houa t'an et Ho-li-
Kiang. Le Fou-liang Kiang reçoit plusieurs affluents dont
Tun de droite, le Li sien Kiang, qui prend le nom de He-ho,
ou Hac-ho, rivière noire, l'autre de gauche, le Tsin-ho, ri-
vière claire. Le fleuve du Tong-King est désigné aujourd'hui
sous le nom chinois de IIoung-Kiang, rivière rouge, et
annamite de S'ong-Koy. Du Yun-Nan, il y a deux routes
pour se rendre au Tong-King, l'une par la rive gauche, l'autre
par la rive droite du fleuve, celle-ci grande et plate, tandis
que la première est difliciie à cause des sentiers étroits de la
montagne. Les deux routes se rejoignent à Bach-hac-huyèn,
entre Houng hoa et Ha-noï.
FRANCIS GARNIER
Au commencement de 1872, le contre-amiral Dupré, alors
gouverneur de la Basse-Cochinchinc, demanda aux autoril<'s
annamites d'envoyer des ambassadeurs à Saigon, pour
donner des explications au sujet des mauvais traitements
infligés aux chrétiens et il les menaça, en cas de refus, de
faire lui-même par la force, exécuter le traité. Il fut averti
que deux ambassadeurs seraient bientôt nommés, mais trois
mois après, les ministres de Tu- Duc annoncèrent à l'amiral
que le Surintendant du Commerce, l'un des envoyés choisis,
était très malade et que l'ambassade serait reculée à cause de
ce fait. Pressé de nouveau par l'amiral Dupré, le Gouverne-
ment annamite répliqua enfin qu'il avait choisi comme re-
présentant à Saigon un homme qui ne pourrait manquer d'(*trc
agréable au gouverneur, car il n'était autre que le haut com-
missaire royal Li, de Quang-Yen, qui avait eu déjà des rela-
tions avec les autorités françaises. Naturellement, le déport
de Li fut aussi remis.
D'autre part, en février 1872, Dupuis et son associe, Ernest
Millot, obtinrent du ministre de la marine, que l'aviso à va-
266 l'affaire du TONG-RING
peur Bourayne, commandant Senez, les protégerait pour se
rendre au Tong-King, d'où ils devaient passer au Yun-Nan,
pour aller exécuter le marché qui leur avait été confié par les
autorités chinoises. Dupuis arriva à Yun-Nan fou le 16 mars
1878, deux mois après que Ta-li s'était rendu aux autorités
impériales; il redescendit à Hanoï*, où pendant son absence.
Millot avait eu des difficultés avec les Annamites. Au mois
d'août 1873, Tu-Duc envoya deux agents à l'amiral Dupré
pour lui dire que Dupuis refusait de quitter le Tong-King ;
il priait le Gouverneur de la Cochinchine d'envoyer un na-
vire de guerre pour aider les Annamites à expulser de leur
territoire cet audacieux Français.
Il est évident qu'alors la première idée de l'expédition
dirigée ensuite au Tong-King avait été suggérée à l'amiral
Dupré et qu'il envoya chercher Garnier.
Quel qu'ait été alors le but réel du Gouverneur de la
Cochinchine, le résultat semble en avoir été que, par les
Annamites, l'expédition préparée par l'amiral pouvait être
considérée comme étant envoyée à leur requête pour expulser
Dupuis ; par Dupuis, elle pouvait être regardée comme une
aide tardivd pour lui-même.
L'amiral Dupré rappela de Chang-Haï, où il revenait d'une
exploration du haut Yang-tseu, Francis Garnier, qui quitta,
dolinitivement la Chine le i5 septembre 1873. L'expédition
devait rétablir Vordre au Tong-King, mais de quelle manière,
personne ne le savait. Dupuis devait-il être expulsé comme
un malfaiteur? devait-on soutenir les Annamites? devait-on
au contraire s'emparer d'une partie de leurs possessions ?
chacun l'ignorait. L'ordre devait être rétabli. La vérité est
que l'amiral Dupré, sous des apparences extrêmement éner-
giques, était un homme d'un caractère irrésolu et il ne savait
pas exactement ce qu'il voulait.
I. Il arriva le 3o avril 1873.
FBANGIS GARNIER 267
Nous ne raconterons pas encore une fois l'épopée de celle
poi^ée d'hommes qui fit, en un mois, la conquête du Delta
du Tong-King. Gamier arriva à Hanoï le 5 novembre 1878,
s'emparait de la citadelle le 20; Hai-du'o'ng, Ninh-binh,
Nam-dinh, tombaient entre nos mains le 4? le 5, le lo dé-
cembre. Mais l'orage s'amoncelait derrière nos braves com-
patriotes ; les Pavillons-Noirs, appelés par les Annamites,
descendaient le Fleuve Rouge, et Garnier périssait dans une
embuscade, le dimanche 21 décembre 1873. Le commandant
Esmez, qui remplaçait Garnier dans le commandement,
signait avec deux envoyés de Tu Duc, Tran-dinh-tuc, et
Nguyên-trong-hiep, une convention qui sauvegardait notre
situation et stipulait que les garnisons françaises seraient
maintenues dans les citadelles jusqu'à la ratification d'un
traité définitif. Malheureusement, un commissaire, M. Phi-
lastre, était envoyé au Tong-King; le 6 février 1874, il
signait une nouvelle convention, qui ordonnait l'évacuation
du Fleuve Rouge : le drapeau français, arraché et mis en
pièces à Hanoï rendu aux Annamites, Dupuis expulsé, le
seul souvenir laissé des efforts de Garnier et de Dupuis était
des villages incendiés, des chrétiens matyrisés et quarante
hommes, à peine en sécurité, tenant garnison à Haï-phong,
avec M. Rheinart*, successeur de M. Philastre*.
I. Rheinart, Pierre-Paul^ capitaine d'infanterie de marine, inspecteur
des affaires indigènes, ne le i®*" novembre i8/|0.
a. A Narrative of ike Récent Events in Tong-King^ by Henri Cor-
dicr... Shanghaï, 1875, gr. in-8.
— Pétition adressée à MM. les Députés. Mémoire et Documents
à iappui de la pétition présentée à l'Assemblée nationale. Par
M. J. Dupuis. Paris, juin f876, br. in-4.
— Histoire de l'Intervention française au Tong-King de 1872 à
1874. Par F. Romanet du Gaiilaud. Paris, Challaniel, 1880, in-8.
— Les Français au Tonkin, 1 787-1 883, par Hippoljle (iaulicr.
Paris, i884t in- 13.
— Henri Cordier, Bibliotheca Sinica^ col. 157-161, i^QI-i^qS.
308 L*AFFAIKE DU TONG-KING
Le i5 mars 1874^ Tamiral Krantz signait à Saigon un
traité dont voici le texte :
TRAITÉ DE SAÏGON, l5 MARS iSyA
Traité de paix et d'alliance conclu à Saigon, fe i5 mars 1874.
entre la France et le Royaume dAnnam\
S. Exe. le Président de la République Française et S. M. le
Roi de l'Annam. voulant unir leurs deux pays par les liens d'une
amitié durable, ont résolu de conclure un traité de paix et d'al-
liance remplaçant celui du 5 juin 1862, et ils ont en consé-
(juence nommé leurs plénipotentiaires à cet effet, savoir :
S. Exe. le Président de la République Française; le Contre-
Amiral DuPRÉ, gouverneur et commandant en chef de la Basse-
Cochinchine, Grand-Oflîcier de l'ordre national de la Légion
d'Honneur, officier de l'Instruction Publique, etc., etc.;
Et S. M. le Roi de l'Annam : Le Tuan, Ministre de la Justice,
premier Ambassadeur, et Nguyen Van-Tuong, premier conseiller
du Ministre des Rites, deuxième Ambassadeur, qui, après com-
munication de leurs pouvoirs respectifs, trouvés en bonne et due
forme, sont convenus des articles suivants :
Article premier. — 11 y aura paix, amitié et alliance perpé-
turlles entre la France et le royaume d'Annam.
Art. 3. — S. Exe. le Président de la République Française,
reconnaissant la souveraineté du Roi de l'Annam et son entière
indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère, quelle qu'elle
soil, lui promet aide et assistance et s'engage à lui donner, sur
sa demande, et gratuitement, l'appui nécessaire pour maintenir
dans ses États l'ordre et la tranquillité, pour le défendre contre
toute attaque, et pour détruire la piraterie qui désole une partie
des côtes du royaume.
Art. 3. — En reconnaissance de cette protection. Sa Majesté
le Roi de l'Annam s'engage à conformer sa politique extérieure
à celle de la France et à ne rien changer à ses relations diplo-
matiques actuelles.
Cet engagement politique ne s'étend pas aux traités de com-
I. Les ratifications ont été échangées à Hué-Saigon, le 26 août 1875.
TRAITÉ DE SAÎGON, l5 MARS 1874 269
merce. Mais, dans aucun cas. Sa Majesté le Roi de rx\nnam ne
pourra faire avec une nation, quelle qu'elle soit, de traité de
commerce en désaccord avec celui conclu entre la France et le
Royaume d'Annam, et sans en avoir préalablement informé le
Gouvernement Français.
Art. 4- — S. Exe. le Président de la République Française
s'engage à faire à Sa Majesté le Roi d'Annam don gratuit :
I® De cinq bâtiments à vapeur d'une force réunie de cinq
cents chevaux, en parfait état, ainsi que leurs chaudières et ma-
chines, armés et équipés, conformément aux prescriptions du
règlement d'armement;
3® De cent canons de sept à seize centimètres de diamètre ap-
provisionnés à deux cents coups par pièce ;
3* De mille fusils à tabatière et de cinq cent mille cartou-
ches;
Ces bâtiments et armes seront rendus en Cochinchine et livrés
dans le délai maximum d'un an h partir de la date de l'échange
des ratifications.
S. Exe. le Président de la République Française promet en
outre de mettre à la disposition du Roi des instructeurs militai-
res et marins en nombre su (lisant pour reconstituer son armée et
sa flotte; a® des ingénieurs et chefs d'ateliers capables de diriger
les travaux qu'il plaira à Sa Majesté de faire entreprendre ; des
hommes experts en matière de finances pour organiser le service
des impôts et des douanes dans le royaume ; des professeurs pour
fonder un collège à Hué. Il promet en outre de fournir au Roi
les bâtiments de guerre, les armes et les munitions que Sa Ma-
jesté jugera nécessaires à son service.
La rémunération équitable des services ainsi rendus sera fixve
d'un commun accord entre les Fiantes Parties Contractantes.
Art. 5. — S. M. le Roi de TAnnam reconnaît la pleine et
entière souveraineté de la France sur tout le territoire actuelle-
ment occupé par elle et compris entre les frontières suivantes :
A Test, la mer de Chine et le Royaume d'Annam (province
de Binh-Thûan) ;
A l'ouest, le golfe de Siam ;
Au sud, la mer de Chine;
Au nord, le Royaume du Cambodge et le Royaume d'Annam
(province de Binh-Thûan).
Les onze tombeaux de la famille Pham situés sur le territoire
des villages de Tannien Dong et de Tanquan-Dong (province
Ii< Snigon) d les trois Inmbos de la l'amillc Hô. silu^ sur l*^
crriloires des villages de l.inh-Cliun Taj et de Tan Maj (pro-
iLDCo de Uten-Jioa) ne pourront 6trc ouvvrls. creusés, violés ni
lélruils.
Il sera assigné un lot de terrain de cent maos d'étendue aux
.oinbes de la famiUc Pham et un lot d'égale étendue à celtes de
ia famille HA. Les revenus de ces terres seront consacrés à l'cn-
Irelien de^ lombes et è la subsistance des familles cbargées de
leur conservalion. Les terres seront exemptes d'impâts et les
linmmes de ces familles seront également exempts des impôts
[XM-sonncls, du service militaire et des corvées.
Art. g. — Il est fait remise au Uoi par la France de tout ce
jui lui reste dû de l'ancienne indemnité de guerre.
Art, 7. — S. M. s'engage formellement h rembourser, par
l'entremise du Gouvernement Français le restant de l'indcmiiilé
lue h l'Espagne s'élevanl à un million de dollars (k 0,7a de taêl
le dollar), et à aiïecter à ce remboursement la moitié du revenu
net des douanes des poris ouverts au commerce Europét-n et
\méricain, quel qu'en soit d'ailleurs le produit. Le montant en
jera versé cbaque année au Trésor public de Saigon, chargé d'en
faire la remise au Gouvernement espagnol, d'en tirer reçu et de
Iransmetti-e ce reçu au Gouvernement Annamite.
Art. 8. — S. E\c. le Président de la Uépubliquc Française
?lS. M. le Roi accordent une amnistie générale, pleine et entière,
jvec levée de tous séquestres mis sur les biens, à ceux de leurs
iiujels respectifs (jui, jusqu'il la conclusion du traité cl aupara-
sant. se sont compromis j>our le service de l'autre Partie Con-
tractante.
Art. 9, — S. M. le IW de l'Annam, reconnaissant que la
religion catholique enseigne aux hommes à faire le bien, révo-
que et annule toutes les pi'ohibilions portées contre cette reli-
gion et accorde à tous ses sujets la permission de l'embrasser et
de la pratiquer librement.
En conséquence, les chrétiens du Royaume d'Annam pourront
se réunir dans les églises en nombre illimité pour les exercices
de leur culte. Ils ne seront plus obligés, sous aucun pi-éte\le. à
di<s actes contraires à leur religion, ni soumis h des recensements
|)arlicu liera. Ils seront admis h tous les concours et aux emplois
publics sans être tenus pour cela à aucun acte prohibé par la
religion .
S, M. s'engage k faire détruire les registres de dénombrement
F-» -
TRAITÉ DE SAIGON, l5 MARS 1874 S?!
des chr<?tiens faits depuis quinze ans et à les traiter, quant aux
recensements et impôts, exactement comme tous ses autres sujets.
Elle s'engage en outre à renouveler la défense, si sagement jx)r-
lée par elle, d'employer dans le langage ou dans les écrits des
termes injurieux pour la religion et à faire corriger les articles
du Thâp Dieu dans lesquels de semblables termes sont employés.
Les évèques et missionnaires pourront librement entrer dans
le royaume et circuler dans leurs diocèses avec un passeport du
gou\erneur de la Gocliincbine visé par le Ministre des Rites ou
par le gouverneur de la province. Ils jx)urront prêcher en tous
lieux la doctrine catholique. Us ne seront soumis à aucune sur-
>eillance particulière et les villages ne seront plus tenus de dé-
clarer aux mandarins ni leur arrivée, ni leur présence, ni leur
départ.
Les prêtres annamites exerceront librement, comme les mis-
sionnaires, leur ministère. Si leur conduite est repréhensible, et
si, aux termes de la loi, la faute par eux commise est passible de
la jieine du bâton ou du rotin, cette peine sera commuée en une
punition équivalente.
Les évêques, les missionnaires et les prêtres annamites auront
le droit d'acheter et de louer des terres et des maisons, de bâtir
des églises, hôpitaux, écoles, orphelinats et tous autres édifices
destinés au service de leur culte.
Les biens enlevés aux chrétiens pour fait de religion, qui se
trouvent encore sous séquestre, leur seront restitués.
Toutes les dispositions précédentes sans exception s'appliquent
aux missionnaires espagnols aussi bien qu'aux français.
\]n édit royal, publié aussitôt après l'échange des ratifications,
proclamera dans toutes les communes la liberté accordée par
S. M. aux chrétiens de son royaume.
Art. 10. — Le gouvernement annamite aura la faculté d'ou-
mr à Saïgon un collège placé sous la surveillance du directeur
de l'intérieur et dans lequel rien de contraire à la morale et à
Texercice de l'autorité française ne pourra être enseigné. Le culte
V sera entièrement libre.
En cas de contravention , le professeur c|ui aura enfreint ces
prescriptions sera renvoyé dans son pays, et môme, si la gravité
du cas l'exige, le collège pourra être fermé.
Art. II. — Le Gouvernement Annamite s'engage à ouvrir au
commerce les ports de Thin-Naï dans la province de Binh-Dinh,
de Ninh-Haï, dans la province de Haï-Du'ong, la ville de Hanoï
a^a L AFFAIRE
cl le passage par le fleuve du Nliï-HiV, depuis la mer jusqu'au
Vun-Nan.
Une convention addilionncllp au Iraiié. ayant même force que
lui. fixera les conditions auxquelles ce commerce pourra être exerce.
Le porl de Ninli-IIal. celui de Hanoi el le Iransil par le Douve
seront ouverla aussitôt aprf-s l'ccliange des ratifications et m^ine
plus tôt si faire se peut; celui de Thin-N'aï un an après.
D'autres ports ou rivières pourront être ultérieurement ou-
verts au commerce, si le nombre et l'importance des relations
établies montrent l'utilité de colle mesure.
Art. la. — 1.^^ sujets Français ou Annamites de la Franco et
ii-s f.tranprs en général pourront, en respcclanl les lois du pava,
s'établir, posséder, et se livrer librement à toutes opérations
commerciales et industrielles dans les villes ci-dt-ssus désignées.
Ia' Gouvernement de S. M. mettra à leur disposition les terrains
né-cessaires à leur établissement.
Ils pourront de u)éme naviguer cl commercer entre la rnrr ot
la province du Yun-Nan et par la voie du Nfii-Ilâ. moyonnaiil
l'acquitlemenl des droits fixés, et à la condition de s'interdire
tout trafic sur les rives du fleuve entre la mer et Hanoï et entre
Hanoi et la frontière de Chine.
Ils (lonrront librement choisir et engager h leur service des com-
jirndnrs, interprètes, écrivains, ouvriers, bateliers et domestiques.
Art. i3. ~ La France nommera dans cliacun des |>orts ou-
verts au commerce un Consul ou Agent assisté d'une force sufTi-
sante dont le chiffre ne devra pas dé|Msser le nombre de cent
bommes, pour assurer sa sécurité et faire respecter son autorité.
)>oiir faire la police des étrangers jusqu'à ce que toute crainte à
ce sujet soit dissl[H^ par l'établissement des Imns rapfKirls que no
peut manquer de faire naître la loyale exécution du traité.
Art. i^. — Les sujets du lloi pourront, de leur coté, libro-
ment voyager, résider, posséder et commercer en France el dans
les colonies françaises en se conformant aux lois. Pour assurer
leur protection, S. M. aura la faculté de faire résider des agents
dans les ports ou villes dont elle fera choix.
Aht. i5. — Lorsque des sujets Français. Européens ou Co-
rliinchinois ou d'autres étrangers désireront s'établir dans un
des lieux ci-dessus spécifiés, ils devront se faire inscrire cher le
Ui'-sidenl français qui en avisera l'autorité locale.
Les sujets Annamites voulant s'établir en territoire français
seront soumis aux mêmes dispositions.
TRAITÉ DE SAIGON, l5 MARS 1874 ^'jS
Les Français ou Étrangers qui voudront voyager dans l'inté-
rieur du pays, ne pourront le faire que s'ils sont munis d*un
pasae-port délivré par un agent français et avec le consentement
pI le visa des autorités annamites. Tout commerce leur sera in-
terdit sous peine de confiscation de leurs marchandises.
Cette faculté de voyager pouvant présenter des dangers dans
I état actuel du pays, les Étrangers n'en jouiront qu'après que
le Gouvernement annamite, d'accord avec le représentant de la
trance à Hué, jugera le pays sullisamment calmé.
Si des voyageurs français doivent parcourir le pays en qualité
de savants, déclaration en sera également faite; ils jouiront à ce
litre de la protection du Gouvernement qui leur délivrera les
passc-prts nécessaires, les aidera dans l'accomplissement de leur
mission et facilitera leurs études.
Art. 16. — Toutes contestations entre Français ou entre
Français et Étrangers seront jugées par le Résident Français.
Lorsque des sujets Français ou Étrangers auront quelque con-
testation avec des Annamites ou quelque plainte ou réclamation
à' formuler, ils devront d'abord exposer l'affaire au Résident qui
s'efforcera de l'arranger à l'amiable.
Si l'arrangement est impossible, le Résident requerra l'assis-
tance d'un juge annamite commissionné à cet elTet, et tous deux,
après avoir examiné l'affaire conjointement, statueront d'après
les règles de l'équité.
11 en sera de même en cas de contestation d'un Annamite avec
un Français ou un Étranger : le premier s'adressera au Magis-
trat qui, s'il ne peut concilier les parties, requerra l'assistance
du Résident Français et jugera avec lui.
Mais toutes les contestations entre Français ou entre Français
et Étrangers seront jugées par le Résident Français seul.
Art. 17. — Les crimes et délits commis par des Français ou
(iw Étrangers sur le territoire de l'Annam seront connus et jugés
à Saigon par les tribunaux compétents. Sur la réquisition du
R(^ident Français, les autorités locales feront tous leurs elTorts
pour arrêter le ou les coupables et les lui livrer.
Si un crime ou délit est commis sur le territoire Français
par un sujet de Sa Majesté, le Consul ou Agent de Sa Majesté
dnTa être officiellement informé des poursuites dirigées contre
l'accusé et mis en mesure de s'assurer que toutes les formes légales
sont bien observées.
Art. 18. — Si quelque malfaiteur coupable de désordres ou
GORDIEH. H — 18
hrif^aiidagos sur Ip Icrriloirc
Annamilc. l'autorilé locale :
donner avis, de s'eniparor di
rili'S françaisTs.
Il en sera de mftmc si des
conqii<-s siijcU du Roi se rélugicm sui rc k-hiiuiiv i lanvois . i»
d[>vront ^Ire poursuivis aussitôt qu'avis en sera donné, et, ai fairp
sf |>oul. arrêtas et livri^s aux autorités de leur Pays.
Abt. ig. — En cas de déc^s d'un sujet Trançais ou élronf^er
sur le territoire annamite, ou d'un sujet annamile sur le terri-
toire français, les biens du décédé seront remis h ses héritiers ;
en leur absence ou à leur défaut, au Résident qui sera chargé de
les faire jMirvenîr auï ayants-droit,
Abt. ao. — Pour assurer et faciliter l'exécution des clauseset
slipulalions du présent traité, un an aprè^ sa sif^nalurr. ï>. Exe.
le Pn'-sident de la République Française nommera un Késidenl
ayant le ran){ de Ministre auprès de Sa Majesté le Roi de l'.\n-
nam. Le Résident sera chargé de maintenir les relations nnii-
caUs entre les Hautes Parties Contractantes et de veiller à *la
ctuisciencieuse exécution des articles du traité.
Le rang de cet Envoyé, les honneurs et prérogatives auxquels
il a droit seront ulti''rieurement l'églés d'un commun accord et
sur le pied d'une parfaite réciprocité entre les Hautes Parties
Conlraclanles.
S. M. le Roi" de l'Annam aura la faculté de nommer des Ré-
sidents Il Paris et à Saîgon.
Les dépenses de toute espèce, occasionnées par le séjour de ces
Résidents auprès du (lOuvernemenl allié, seront supportées par
le Gouvernement de chacun d'eux.
Art. ai. ^ Ce traité remplace le traité de i86a et le Gou-
vernement Français se charj^'e d'obtenir l'assenlimenl du Gou-
veniemenl Espagnol. Dans le cas où l'Espagne n'accepterait pas
c<-s modil'iealions au traité de 1863, le présent traité n'aurait
d'effet qu'entre la France et l'Annam, et les anciennes stipula-
tions concernant rEs[tagne continueraient h être exécutoires. La
France, dans ce cas, se chargerait du remboursement de l'in-
demnité es|)agnolc et se substituerait à l'Espagne, comme créan-
cière de l'.Annam. [wur élre remboursée conforniéinent aux dis-
|iosilioiis de l'arltcle 7 du présent traité.
Aht. aa. — Le pn'seni traité est fait à perpétuité, il sera
raltlié et les ralilicalions en seront échangées i Hué dans le délai
TRAITÉ DE COMMERCE, il AOUT 1^74 37^
d'un an et moins, si faire se peut. Il sera publié et mis en vi-
f|iueur aussitôt que cet échange aura eu lieu.
En foi de quoi les Plénipotentiaires respectifs ont signé le pré-
sent traité et y ont apposé leurs cachets.
Fait à Saigon, au palais du Gouvernement de la Gochinchine
française, en quatre expéditions, le Dimanche, quinzième jour
du mois de Mars de Tan de grâce 1874, correspondant au viugl-
seplième jour du premier mois de la vingt-septième année de
Tu-Duc.
C. Am** Dupré.Le Tuan et Nguyen-var Tu'o'ng.
Le traité de 1874 n'était pas un point de départ; il n'était
que le résultat d'opinions contradictoires; il ne marquait pas
nettement notre suzeraineté ; il nous apportait toutes les dif-
ficultés d'un protectorat qui n'était pas clairement stipulé,
sans nous en donner les avantages; nous acceptions les res-
ponsabilités, sans obtenir le bénéCce de la situation acquise.
Ce traité portait en lui les germes de toutes nos difficultés
futures et il ne fait guère honneur à la clairvoyance de notre
ministre des affaires étrangères, le duc de Broglie, qui s'est,
dans la circonstance, montré aussi pusillanime que le marquis
de Moustier lors du traité avec le Siarn en 1867.
TRAITÉ DE COMMERCE, 3l AOUT 187^
Comme complément au traité du i5 mars 187^, un traité
de commerce' fut conclu à Saïgon le 3i août 187^ par
l'amiral Lrantz et Nguyen van Tu'o'ng et Nguyen tang Doan ;
il comprend 29 articles avec les clauses additionnelles sui-
vantes:
Afin d'éviter les difficultés dans l'interprétation de quelques
[Kiasages des nouveaux traités» les plénipotentiaires des deux
hautes parties contractantes sont convenus d'ajouter au présent
I. Voir le texte dans le Recueil de M. de Clercq, X.I, p. 337.
I
'276 l'affaire du tong-ring
Irai lé un article additionnel qui sera considéré comme en faisant
partie intégrante.
Article additionnel. — Il est entendu que la ville même de
Hanoï est ouverte au commerce étranger et qu'il y aura dans
cette ville un consul avec son escorte, une douane, et que les
Européens pourront y avoir des magasins et des maisons d'habi-
tation aussi bien qu'à Ninli-Haï et à Thi-Naï.
Si par la suite on reconnaissait que la douane de Hanoï est
inutile et que celle de Ninh-Haï suflit, la douane de Hanoï pour-
rait être supprimée, mais il y aurait toujours dans celte ville
un consul et son escorte, et les Européens continueraient à y
avoir des magasins et des maisons d'habitation.
Les terrains nécessaires pour bâtir les habitations des consuls
et de leurs escortes seront cédés gratuitement au Gouvernement
Français par le gouvernement annamite.
L'étendue de ces terrains sera dans chacune des villes ou ports
ouverts, de 5 maus, mesure Annamite (environ a hectares cl
demi). Les terrains nécessaires aux Européens pour élever leurs
maisons d'habitation ou leurs magasins seront achetés par eux
aux propriéUires ; les consuls et les autorités annamites inter-
viendront dans ces achats, de façon à ce que tout se passe avec
équité. Les magasins et les habitations des commerçants seront
aussi rapprochés que possible de la demeure des consuls.
A Ninh-Haï, le consul et son escorte continueront à occuper
les forts, tant que cela sera jngé nécessaire pour assurer la police
et la sécurité du commerce. Il habitera plus tard sur le terrain
de 5 maus qui lui aura été concédé.
On respectera les pagodes et les sépultures, et les Européens
ne pourront acheter les terrains sur lesquels il existe des habita-
tions, qu'avec le consentement des propriétaires et en payant
une juste indemnité.
Les commerçants Européens payeront l'impôt foncier d'apri^
les tarifs en usage dans la localité où ils habiteront, mais ils ne
payeront aucun autre impùt.
A Saigon, le trente et un août mil huit cent soixante-qua-
torze.
Signé : Krantz, etc., etc.
Convention annexe au traité de commerce du 3r août 1874.
Le contre-amiral Krant/, commandant en chef la division na-
TRAITÉ DE COMMERCE, 3l AOUT 187/4 377
vale dos mers de Chine et du Japon, gouverneur par intérim et
commandant en chef en Cochinchîne, commandeur de Tordre
national de la Légion d'honneur, etc., muni des pleins pouvoirs
de Son Excellence le Président de la Republique française.
Et le haut fonctionnaire Nguyen Van Tu'o'ng, ministre dv la
justice, décore du litre de Ki vi Bu, muni des pleins pouvoirs
de Sa Majesté le roi d'Annam, sont convenus d\ip|)orter au
traite de commerce, signé le 3i août 1874» les modiiications
suivantes :
« Est et demeure supprimé le dernier paragraphe de l'article :à
du susdit traité ainsi conçu :
« 11 est entendu que les marchandises importées ou exportées
par les bâtiments Chinois ou appartenant à l'Annain, seront sou-
mises aux mêmes interdictions, et que celles importées ou expor-
tées sous pavillon Chinois seront soumises au mêmes droite (pic
les marchandises importées ou exportées sous pavillon Européen
ou Américain (ce que Ton entend, dans ces deux traités, par
pvillon étranger). Mais ces droits seront j>erçus séparément par
les mandarins Annamites du service de la douane, et versés dans
une caisse spéciale, à l'entière disposition du gouvernement An-
namite. »
Ledit paragraphe supprimé est remplacé par le texte suivant :
a II est entendu que les marchandises importées de l'étranger
dans les ports ouverts, ou exportées des ports ouverts à l'étranger
par des bâtiments Chinois ou appartenant à l'Annam, seront sou-
mises aux mêmes interdictions et aux mêmes droits que celles
importées de l'étranger ou exportées à l'étranger sous tout autre
pavillon; et que ces droits seront perçus par les mêmes employés
et versés dans les mêmes caisses que ceux perçus sur les mar-
chandises importées de l'étranger ou exportées à l'étranger sous
les pavillons dits étrangers. »
La présente convention sera rattachée au traité du 3 1 août 187^1 ,
lors de l'échange des actes de ratitication et en fera partie inté-
grante.
En foi de quoi les plénipotentiaires ont signé aujourd'hui
33 novembre 1874, correspondant au lô'' jour du 10" mois de la
27* année de Tu Duc.
Signé : Contre-amiral Rrantz, etc., etc.
Ce traité de commerce fut sanctionné par une loi du
1
\
COMMUNICATION DC TII\1TÉ A LA CHINE ^79
Lettre de M. de Rochechouart au Prince Koung.
Monseigneur,
J*ai l'honneur de vous adresser ci-joinl une copie du traité
conclu entre le Gouvernement français et S. M. le Roi de TAn-
nam le i5 mars 1874. Ce traité, après avoir été approuvé par
rAssemblce a été définitivement ratifié k Hué le i4 avril der-
nier.
Votre Altesse Impériale verra que dorénavant c'est à la France
qu'il appartient de veiller à la sécurité et à l'indépendance de
S. M. Tu-Duc et le gouvernement chinois comprendra, je n'en
doute pas, combien il est nécessaire pour le maintien des bonnes
relations qui existent entre la France et la Chine de donner les
ordres les plus sévères aux autorités du Yun-Nan pour les enga-
ger, non seulement à empêcher de nouvelles bandes chinoises
d'entrer dans le royaume d'Annam, mais même à rappeler celles
qui s'y livrent actuellement à toutes sortes de sévices.
Le Gouvernement Français est décidé à remplir les engage-
ments qu'il a contractés vis-à-vis du roi Tu-Duc et à assurer la
tranquillité dans les états de ce souverain. Son premier soin sera
donc de disperser et de détruire ces bandes qui entretiennent le
Irouhlc et la guerre civile, et il serait à désirer, je le répète, que
^ot^c Altesse impériale prît les mesures nécessaires pour faciliter
cette tâche dont la province du Yun-Nan, si troublée elle aussi,
ne peut que profiter.
il est un second point sur lequel je désire également appeler
l'attention de Votre Altesse Impériale, je veux parler de l'ouver-
ture à la Navigation du Fleuve Rouge ou So'ng-Koy depuis son
embouchure jusqu'aux frontières de la Chine. 11 n'existe dans les
traités de Tien-Tsin et de Pé-King aucune clause relative à cette
éventualité qu'on ne pouvait pas prévoir à l'époque où ils furent
conclus, mais aujourd'hui qu'elle se présente elle doit être réglée
cl il faut le faire de suite afin d'empêcher des complications qui
ne manqueraient pas de se produire des le début. Le Gouverne-
w^ent français a longtemps réfléchi avant de conclure ce traité et
s est parfaitement rendu compte et de ses charges et de ses avan-
tages et il est aussi décidé à remplir ses engagements qu'à user
^cses privilèges, aussi ai-je été chargé de m'entendre avec Votre
Altesse Impériale sur ces deux questions : i** la suppression des
hinoises qui d<^solpn( l'Arninm ; a' l'ouveHure d'un point
Nan où nos bfltimcnls puissent alterrir et se livrn- aux
ons commerciales régulières. Je ne doute pas que Volt»
mpcrialc ne comprenne clic aussi la nécessilÉ de régler
^n pratique ces doux questions et ne préfère rétablisse-
rapports réguliers à un étAt de trouble qui pourrait avoir
'qucDces les plus graves en forçant le roi d'Annam à
des résolutions énergiques pour sauvegarder la sécurité
als et la prospérité de son commerce,
lis, etc.. etc.
Signé : RocnECHOL'.tRT.
ng, le ai ' mai 1875.
rince Koung, dans sa i-éponsc au Comte de Roche-
, constate qu'en effet rien ne marque dans les traités
Yun-Nan doive être ouvert au commerce étranger;
troupes ctiinoises entrées au Tong-King ont clé ap-
lar le gouvernement de ce pays, depuis longtemps
:c la Chine, pour supprimer le brigandage; aucune
tion d'ailleurs contre le traité de 1874.
Pc-King. le iSjuin 1875.
eçn la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
c du a5 mai. et dans laquelle vous me faisiez part de la
ion du traité entre l'Annam et la France. En me don-
nmiinication de en traité, vous exprimiez le déair de voir
ornement chinois envoyer de» ordres précis aux autorités
-Nan, leur enjoignant d'empêcher les bandes chinoises
sur le territoire annamite, et de rappeler les bandes qui
introduites. « De cette façon, dites-vous, nos bonnes
9 seront maintenues et alTermies. s
m'entretenez également de la communication qui existe
Annam et la Chine par le moyen du So'ng-Kov. qui,
'oir traversé le Tong-Ring, pénètre dans la province du
in. Ce point, me dites-vous, ne se trouve pas indiqué
traité parce qu'on ne pouvait prévoir alors la situation
COMMUNICATION DU TRAITÉ A LA CHINE sSl
acliiplle; mais maintenant que cette question se présente il im-
porte qu'elle soit réglée dans le plus bref délai. Le gouvernement
français vous a chargé de vous entendre avec nous sur ces deux
questions : i* Tanéantissement des bandes chinoises qui désolent
TAnnam ; 2° Touverlure d*un port du Yun-Nan où vos steamers
puissent atterrir et se livrer à des transactions commerciales ré-
gulières.
Dans la ii* lune de la 12* année du règne de T'oung-Tché,
j'ai reçu une lettre de M. de Geofroy contenant la copie d\ine
lettre adressée par ce dernier au gouverneur du Yun-Nan, dans
laquelle il était question des avantages que recueillerait le com-
merce de l'ouverture de cette province. J'ai répondu à M. de
Geofroy que le Yun-Nan n'était pas ouvert au commerce étran-
ger, et j'ai écrit au gouverneur de cette province de conformer
sa conduite aux stipulations du traité. Maintenant que voire
gouvernement réclame l'ouverture d'un port sur le Song-Roy,
je suis obligé de répondre également que le Yun-Nan est fermé
au commerce étranger, et que dès lors, dans votre traité, ni dans
celui d'aucune autre nation, il ne saurait y avoir de stipidation
relative à l'ouverture d'un port de commerce dans le Yun-Nan.
L'Annam est la contrée appelée également Yué-Nan ; elle a
clé* tributaire de la Chine, et les habitants de la frontière chi-
noise ont eu de tout temps avec les habitants des états tributaires
voisins des rapports commerciaux dont la nature varie suivant
les provinces. Il est nécessaire que j'envoie une dépêche pour
ordonner une enquête au Yun-Nan h ce sujet ; dès que la réponse
me sera parvenue, nous nous occuperons de délibérer sur cette
affaire.
D'un autre côté, l'Annam était jadis infesté de brigands, et
son gouvernement a, à plusieurs reprises, demandé du secours
à la Chine. La Chine ne pouvait refuser aide et protection à un
pays tributaire, aussi envoya-t-ellc des troupes pour poursuivre
ces brigands ; les troupes qui se trouvent dans l'Annam y sont
donc sur la demande du gouvernement annamite, et dans le but
de protéger la frontière: ce but, une fois atteint, leur présence
sur le territoire annamite n'avait plus de raison d'être et on les
a rappelées.
Dans le douzième mois de la la" année du règne de T'oung-
X* C*est une erreur de traduction ; lire : « elle est depuis longtemps. »
nois de l'nnnée dernière, j'ni écrit ii
: rapport présenté par le gouverneur
e, sur la frontière qui sépare le Yun-
de brigands Houang Tsoung-yn ' et
profondémcnl l'Aiinam qu'ils vou-
en comble.' qu'il avait envoyé des
:lte dévastation, et que le plan dp
ien exécuté: il priait le Tsoung-lî
français résidant dans l'Annain pour
Yun-Nan qui ont paasé la frontière
n que d'arrêter les dévastations des
I à voir avee les troupes françaises.
B au Tsoung-li Yamen de se conFor-
lupcs dans l'Annam, sur la demande
s, et dans le but de détruire le bri-
, qui se trouvent sur la frontière du
but de protéger l'Annam contre les
1 même temps, d'assurer ta sécurité
landes qui passent la frontière, les
uvent les laisser faire sans manquer
les poursuivre et les punir. Après ce
s nous crojons tenu d'écrire de nou-
n-Nan poiir l'engager à arrêter sévè-
raient de pénétrer dans l'Annam.
lunicalion spéciale'.
ndc que lit M. de Rochechouarl, le
l'ouverlufc au commerce de Man-
, au Yun-Nan, notre Chargé d'Af-
vantc du Prince Koung :
l'é-King, le 6 septembre 1875.
ous m'avez écrite h la date du 4 août
1 Gouvernement de de-
COMMUNICATION DU TRAITÉ A LA CHINE 283
o mander Touverlure dans la province du Yun-Nan d'un nou-
« veau port de commerce à Man-Hao sur les bords du So'ng-
« Kov. »
Dans le courant du mois de mai, j'ai reçu la d(^i)^hc dans
laquelle vous m'entreteniez de rétablissement dans le Yun-Nan
d'un port sur les bords du fleuve, où les bateaux puissent at~
lerrir.
J'ai répondu à cette dépèche que le Yun-Nan n'était pas ouvert
au commerce, que, devant votre désir, je croyais devoir écrire
aux autorités du Yun-Nan à ce sujet et que dès l'arrivée de leur
réponse, je m'empresserais de régler cette affaire.
Maintenant que votre Gouvernement veut l'ouverture d'un
nouveau port de commerce, je dois vous faire observer que la
province du Yun-Nan est très éloignée de Pé-King, qu'il est ur-
gent d'aviser aux moyens de régler tout ce qui touche aux fron-
tières de cette province et que dès lors je ne puis rien préjuger
ni décider.
S. Exe. Li [Han-tchang] ayant été envoyé par S. M. pour pro-
céder à une enquête sur l'affaire Margary et la régler, il lui sera
possible dès que ce règlement aura eu lieu, de faire une cncpiélc
sur la situation des différents points de la province et des fron -
tières, d'étudier et de régler cette question. J'écris à S. Exe. Li
de faire immédiatement après le règlement de l'affaire Margary
une enquête minutieuse sur la possibilité de donner suite (à voire
projet). Dès que j'aurai reçu la réponse de ce fonctionnaire, je
m'empresserai de vous la communiquer.
Telle est la communication que j'ai cru devoir vous envoyer
en réponse.
(Le sceau du Tsoung-li Yamen *.)
La réponse était dilatoire ; la Chine était dans la périodo
aiguë de ses négociations avec T Angleterre au sujet du meurtre
de Margary. M. de Rochechouart pouvait écrire le i5 sep
lembrc 1875, au Duc Decazes :
A mon avis, le gouvernement chinois attend le résultat de ses
négociations avec M. Wade pour prendre une décision, et je
I. Traduction certifiée eonforme : le i^^' interprète/?. /., F. Scherzer.
CHAPITRE XIV
L'AFFAIRE DU T0N6-KING (Suite).
MISSION DE M. DE KERGARADEC, 1 876- 1 877
Le 18 juillet 1876, l'amiral Victor Duperré adressait au
Ministre de France à Pé-king une demande de renseigne-
ments sur le sud du Yun-Nan et le priait de solliciter du
Tsoung-li Yamen des lettres de recommandation et des passe
ports pour M. de Kergaradec, consul à Ha-noï', et quinze
soldats ou marins qui devaient raccompagner dans une mis-
sion d'exploration dans le So'ng-Koy et le Yun-Nan méri-
dional que l'amiral désirait confier à ce fonctionnaire.
M. Brenier en référa à Paris, car il craignait d'essuyer un
refus : la Chine sachant que sa responsabilité était engagée
dès qu'elle avait remis des passeports, — l'affaire Margary
lui avait servi de leçon, — et que son autorité dans le Sud
I. Kergaradec, AUxandre-Camille- Jules- Marie Le Jumeau, comte
de. né le i®' janvier i84i ; élève à l'École navale, i"" octobre 1857;
aspirant de a« classe, i*^ août xSSg ; de i^^ classe, i^^ septembre 1861 ;
enseigne de vaisseau, i"* septembre i863 ; lieutenant de vaisseau, 7 mars
1868; attaché à Tétat-major du ministre de la marine, 2 juin 1874*.
charge du consulat de France à Ha-noï, 16 mai 1875 ; administrateur
principal des afTairos indigènes, i^r janvier i88a ; capitaine de frégate,
i3 avril i883; en mission k Hué, i3 avril i883 ; consul de i^*' classe et
commissaire du gouvernement à Bang-Kok, 5 juillet i883 ; consul général
et chargé d'aflaires, 5 août 1887; consul général à Moscou, 5 janvier
1891 ; mort 3 octobre 1894, ^ Berlin, où il était de passage.
TRIBUT ANNAMITE 287
M. de Kergcaradec se mit en route de Ha-noï, le 23 no-
vembre 1876, accompagné de douze soldats d'infanterie de
marine, commandés par un sergent, et il arriva à Lao-kay,
le I*** janvier après un voyage de quarante jours; revenu à
Ha-noï, sans avoir pénétré au Yun-Nan, il en repartit le
18 février, et plus heureux que la première fois, il entra en
Chine, passa à Man~hao, remonta à Mong-tseu, et visita les
mines de Ko-kieou. M. de Kergaradec était de retour à Ha-noï
le 18 avril, après un voyage do deux mois. Il résumait ainsi
son rapport :
Au point de vue politique, la paix est partout rétablie. Le
Yun-Nan est parfaitement tranquille. Les provinces annamites
du haut du fleuve le sont également ; seulement, la présence des
drapeaux noirs, formant à Lao-kay un petit Ëtat, indépendant
de fait, rend le passage incertain et dangereux. D'un autre côté,
la navigation, facile jusqu'au pied des rapides, est possible juscpi'à
la frontière de Chine, c'est-à-dire jusqu'à Lao-kay pour des ba-
teaux à vapeur d'un très faible tirant d'eau et d'une construction
spéciale. Mais au-dessus de ce point, les rapides deviennent trop
difficiles pour qu'on puisse espérer de les faire jamais franchir à
des bateaux à vapeur. A Man-Hao s'arrête toute navigation du
fleuve. Quant au commerce, il semble qu'on se soit singulière-
ment exagéré, non pas certes les ressources naturelles du Yun-
Nan, mais le mouvement auquel elles pourraient actuellement
donner lieu... *.
TRIBUT ANNAMITE, 1877
Les Annamites dans leurs relations avec la Chine tenaient
le traité de 187^ comme non avenu. En 1877, ils envoyèrent
Pei Wcn-i, avec une mission, porter le tribut ordinaire* à
Pé-king. La mission annamite passa la frontière le 18 sep-
I. Rapport sur la reconnaissance du fleuve du Tonkiny par M. de
Kergaradec... Paris, 1877, in-8. — (Ext. de la Revue maritime et
coloniale,)
a. En 1873, le tribut annamite avait passé la frontière le 37 avril.
L APPArRE
elle quilUi la capiL
passage à Kouei-lîi
;laralîon suivante à 1
-Si:
13 a fait savoir qu'ayant eu ta faveur d'être reçu & la
'olr€ Majesté a daigné accoi-der, comme une faveur à
inc lettre patente, du satin, de la pelleterie et d'autres
j'il i^tait cliar^ d'emporter respectueusement dans son
ir les remettre à son maître, comme la marque d'une
ont un |)etit l^.tat n'est pas ordinairement l'objet. Il a
u'il avait fait bon voyage, et il remercie du fond du
Cour Céleste de la misciicorde avec laquelle elle traite
ncs venus de loin'.
esclianel remarque' : <i En 1877, M. de Kergaradec
I soin de demander au\ ambassadeurs annamites,
iir départ, si, une fois arrivés à Pé-king, iU iraient
ministre de France. Ils repondirent qu'ils avaient
* instructions à cet égard; qu'une fois leur mission
, ils feraient cette visite, mais seulement après avoir
l'agrément des mandarins chinois chargés de les
nvoyés annamites ne mirent pas le pied à la légation
ne à Pé king: la conclusion est facile à tirer.
RÉVOLTE DE LI IANG-Ts'aÏ (1878)
grave encore fut de laisser TAnnam demander Tinter-
de la Chine pour supprimer les rébellions de sa
t. Vers la fin de septembre 1878, nn général de bri-
inois, Li Yang-ts'aï (Ly Yung-lchoï), originaire de
EVÉHIA, p. 7S.
1 87! . d^mbre
RÉVOLTE DE LI TANG-TS'aÏ 389
Lin-Chan h'ién, mécontent de ne pas obtenir ravancement
auquel il avait droit, réalisa sa fortune, qui était considérable,
leva des troupes, et envahit FAnnam avec quelques milliers
d'hommes. De Tsin-tchéou, du Kouang-Toung, il passa dans
la province du Kouang-Si, puis sur le territoire des tribus
autochtones semi-indépendantes et pénétra dans le Tong-
King; il s^empara d'une place appelée Tsieou-Lô, et de
là, attaqua le chef-lieu de la province tongkinoise de Lang-
S'on. Le 8 octobre, les troupes auxiliaires chinoises ayant
repris de force Tsieou-Lô, obligèrent Li Yang-ts'aï à battre
en retraite. Un décret impérial qui avait destitué Li Yang-
ts'ai, ordonnait en même temps à Lieou Kouen-I, gouverneur
des deux Kouang et à Yang Tchong-ya, ancien gouverneur
du Kouang-Si, d'envoyer des troupes pour barrer le passage
au rebelle. Le général Feung Tseu-ts'aï recevait également
Vordre spécial de passer la frontière avec un corps d'armée
pour aller lui livrer bataille. Le chef rebelle fut cerné et pris
sur la montagne Long-teng, près de la préfecture de Tcho-
yèn. Un décret impérial du ii décembre 1879, parlant des
troupes chinoises, dit « qu'elles s'acquittèrent promptement
et avec succès de la tâche qui leur était dévolue ; elles s'em-
parèrent du coupable vivant, force reste donc ainsi aux lois
de la Chine; de plus, le calme est du même coup rétabli
chez ceux que notre investiture rend nos vassaux » . Li Yang-
Is'aï fut amené à Kouei-lin, capitale du Kouang-Si, où il fut
interrogé le i3 novembre : un décret du 19 décembre 1879
le condamna à être décapité dans cette ville le 27 de la
II* lune (8 janvier 1880) et décida « que sa tête sera en-
voyée en Annam (Viêt-nam) pour y être exposée aux yeux
de tous et montrer de quelle peine est puni un crime pareil
au sien ».
Dans son rapport au Trône (4 janvier 1880) le gouverneur
du Kouang-Si, Tchang Chou-cheun, faisait cette remarque
très caractéristique : « Son crime n'est digne d'aucune in-
CORDIEB. Il 19
DU TONC-KINC
mais, consulcrant que Li Vang-ls'aï a eu pour
sa lévoile, le toniloire (rim i<assal Inpcslî par
:as est diflëi-enl de celui de rebelles qui auraient
erritoire chinois, n
ilro de la Marine, au sujet de l'envoi de la tête de
ai au Tong-Ring écrivait à M. Le Mjre de Vilers,
■de la Cochincliinc (ai février 1880):
s doute fort regrellabli?, mais il n'est \ia»
ention militaire cliiiioiso cjuc nous avons
ïnt it n'est, à vrai dire, que la conséquence...
outefois que vous pouvez saisir cette occasion pour
quer au Gouvernement d'Annam que l'intervention
licilée par lui a porté une atteinte grave aux droits
it |>our nous des traita de 1874 et constitue de sa part
m des engagements qu'il avait pris vis^-vis de nous.
CODVËnNEUHS DE LA CCX:ir[NCHINE
Viclor Dnperré, gouverneur de la Cochinchine,
?s alTaircs du Tong-King des idées peirsonncUes ;
ilonliers abandonné le pays el l'aurait replacé sous
été (le Pé-King; il ne considérait l'envoi du tribut
Ciel que comme un simple acte de courtoisie,
lur ainsi dire, qu'une iniport<ince purement bisto-
epoliliquedevaitnalurellenient trauvcr de la rt-sis-
parldc la Marine où l'on méditait des entreprises ra-
l'a toujours eu malheureusement pour nous dualité
itique des amiraux-gouverneurs de la Cochinchine
nos ministres en Chine; les premiers faisaient à
es concessions impolitiques, telle que la licence
un ambassadeur i Pé-King, ce qui contrecarrait
lent notre Légation dans la capitale de l'Empire
serait injuste de ne pas reconnaître que semblable
c le gouvernement de l'Inde britannique a gôné
s Wade pour le règlement de l'afTaire Margary.
GOUVEKNEUBS DE LA GOCHINCHIXE 3g T
Le contre-amiral Lafont*, nommé gouverneur et com-
mandant en chef de la Cochinchine le 5 juillet 1877, ^^^^c
en fonctions le 16 octobre suivant, pas plus que son prédé-
cesseur, ne parait avoir eu un sentiment exact du pays qu'il
était appelé à administrer; et, pas plus que Duperré ne s'in-
quiétait des rapports de Hué avec Pé-King, il ne parut se
troubler des efforts de Tu-Duc pour renouer des relations
avec le Siam.
Le i3 mai 1879, M. Le Myre de Vilers* était nommé
gouverneur de la Cochinchine; la nomination d'un fonction-
naire civil marquait la fin de la politique préconisée par les
derniers amiraux dont l'ignorance des affaires chinoises au-
rait pu porter un coup fatal à notre influence dans l'Annam.
M. Le Myre de Vilers arriva à Saïgon, le 5 juillet 1879, et
il prenait le service le surlendemain. Le gouverneur de la
Cochinchine était accompagné d'un fonctionnaire des Affaires
Etrangères, M. Raindre, second secrétaire d^ambassade, dont
les talents de diplomate devaient lui être fort utiles pour les
relations de son chef avec la Légation de Pé-King.
1. Lafont, Louis- Charles-Georges-J aies t né le a5 avril i8a5, à Fort-
de- France (Martinique).
2. LeMjre de Vilers, Charles- Marie y né le 17 février i833 ; élève
à rÉcole navale, i^' octobre 1849; inspirant de a" classe, i^i* août i85i ;
aspirant de i**' classe, i^^ septembre i853 ; enseigne de vaisseau, 3 fé-
vrier i855 ; chevalier de la Légion d'honneur, i3 août 1869 ; démission-
naire, 8 mai 18&1 ; sous-préfet de Joigny, i^ mars i863 ; de Bergerac,
3o octobre 1867 > P^^^t d* Alger, 11 novembre 1869 ; admis à servir avec
son ancien grade, i3 septembre 1870 ; lieutenant de vaisseau, 8 décembre
1870; officier de la Légion d*honneur, a6 janvier 1871 ; licencié, 16 fé-
vrier 1871 ; préfet de la Haute-Vienne, a6 mai 1873 ; directeur général
des affaires civiles et financières de l'Algérie, conseiller d'État, as février
1877 > gouverneur de la Cochinchine, ministre plénipotentiaire près la
coardeHué, i3 mai 1879; commandeur de la Légion d'honneur, i4
juillet i88a ; admis à faire valoir ses droits à la retraite, a5 mai i883 ;
ministre plénipotentiaire de i^^ classe, chargé des fonctions de résident
général à Madagascar, 9 mars 1886 ; grand officier de la Légion d'hon-
neur, aa août 1888; député de la Cochinchine, la décembre 1889; en
disponibilité, la décembre 1889; ambassadeur honoraire, la fév. 1895.
* ''•n?:'s*3 *•
393
L^FFAIRE DU TONG-RING
RAPPORT DE M. RAI?iDRE, 1879
M. Raindre* fut envoyé en nnission près de M. Rheinart à
Hue, par M. Le Myre de Vilers à la fin de juillet 1879. A
son retour il Saigon il rédigea (19 août 1879) un rapport
qui, écrit le gouverneur de la Cochincbine', « fait ressortir
rimportance de deux questions sur lesquelles mon attention
s'était déjà portée: Tabsence de communications directes
onlre le Roi et notre Chargé d'Affaires et la tendance de la
Cour de Hué à chercher dans ses anciennes relations avec
la Chine un moyen d'échapper à notre prépondérance ex-
clusive ».
M. Raindre se mettait en rapport avec notre Légation de
Clïine et y adressait à notre Chargé d'Affaires, M. Pale-
nôtre, un véritable mémoire dans lequel il marquait claire-
ment la situation au Tong-King:
Saigon, le novembre 1879.
Monsieur le Chargé d'Affaires,
Permet Icz-moi, comme entrée en matières, de Vous présenter
à f>rands traits notre situation en Indo-Chine, telle qu'elle, m'est
1. Raindre, Gaston, né le 10 janvier i848; licencié en droit, élève à
TËcole navale, du i*-'** octobre i864 au 7 décembre i865 ; attaché k la
direction des consulats, 4 juin 1870; élève-consul, i»' avril 1875; à Bu-
carest, 3o septembre 1875 ; gérant du consulat de France au Caire, puis
de l'agence et consulat général en Egypte, 1 3 novembre 1876-1 a décembre
1878 ; attaché payé à la direction politique à la disposition de Tagcnt et
consul général en Egypte, 21 novembre 1877; secrétaire de aidasse
(hors cadre) k la disposition du gouverneur général de la Cochinchine,
27 mai 1879 ; chevalier de la Légion d'honneur, la juillet 1880; rédac-
teur à la direction politique, 18 septembre 1880; chargé par intérim de
l'agence et consulat général en Egypte du a5 septembre i88a au 5 no-
vembre i883; conseiller d'ambassade & Berlin, 4 novembre i883 ; secré-
taire de la conférence africaine de Berlin, 1 884-85 ; officier de la Légion
d'honneur, 3 janvier 1888; chargé des fonctions de ministre résident de
France à Luxembourg, 10 décembre 1890; etc., directeur des Affaires
politiques, 23 déc, 1898.
2. Lettre de Saïgon, 24 août 1879, *" ministre de la marine.
RAPPORT DE M. R A INDRE QqS
apparue depuis mon arrivée à Saigon. Cela m'entraînera pour
aujourd'hui à être un peu long, mais je n'aurai plus ainsi à re-
venir sur tout ce qui concerne le passe.
Ainsi que vous le savez, nos relations avec TAnnam sont ré-
glées par deux Traités, Tun politique, du i5 mars 187/1, Tantrc
commercial, du 3i août de la même année. Eût-on pu obtenir
à celle époque des conditions plus favorables que celles inscriles
dans ces conventions? Au commencement de 1874, à la suite do
Texpédition de M. Garnier, les Annamites étaient épouvantés
des résultats inouïs obtenus par une poignée de Français, et ce
coup de force avait ravivé le souvenir de notre supériorité qui,
depuis la conquête des protinces méridionales, était allé s*alTai-
blLssanl. L'heure semblait donc propice pour demander beaucoup
et assurer définitivement notre position en Extrême-Orient ;
bien des gens affirment qu'on pouvait le faire et que l'amiral
Dupré a été conduit, par un trop vif désir de conclure, à concé-
der plus qu'il n'était nécessaire. Je n'ai point qualité pour me
prononcer à cet égard, mais ce qui est certain, c'est qu'une fois
la convention signée, il semble que tout le monde se soit donné
le mot pour en abandonner, sous un prétexte et sous ime forme
quelconque, ce qu'elle contenait de meilleur, et j'ajouterai que
c'est parfois dans les milieux mêmes où on a abandonné le plus
que j'ai entendu critiquer comme insuiïisant l'acte de 1874-
Dès 1870, on entrait dans la voie des concessions ; l'Angleterre
réclamait : 1° contre la clause du traité qui a pour objet de con-
sacrer la juridiction de nos consuls sur tous les Européens en
Annam ; 2^ contre les droits différentiels prévus à l'avantage des
produits importés du port de Saigon dans les porls Annamites.
On a voulu alors donner une satisfaction au Gouvernement Bri-
tannique et on a cherché un terrain de conciliation. Gomment
les choses se sont-elles passées à Paris, à cette époque, je l'ignore ;
mais je ne puis oublier que, d'une part, le Ministère des Affaires
Etrangères a dû se sentir moins attaché à un Traité politique
conclu en dehors de son action par un Gouverneur de Gochin-
chine, et que, d'autre part, lœ sentiments coloniaux du Ministère
de la Marine ont dû lui rendre bien sensible celle des réclama-
tions qui visait le port de Saigon. Quoi qu'il en soit, on a tenu
ferme pour les droits différentiels, et on a abandonné, par voie
d'interprétation, ce droit exclusif de juridiction qui était la ca-
ractéristique du protectorat plus ou moins déguisé conféré à la
France par le Traité du i5 mars. Les Anglais, après avoir forcé
RAPPORT DE M. RAINDRE 396
des Annamiles ? Pour ma part, je serais peu dispose à le croire
et telle semble avoir été, d'ailleurs, tout d'abord l'opinion du
Gouvernement Français. Nous avons, en effet, notifie les traités
de 1874 à Pé-King, et nous avons insisté pour que la Cour de
Hué fasse une notilication semblable, impliquant la rupture des
liens de vassalité qui la rattachaient à la Chine. Je n'ai rien
trouvé dans nos Archives qui me fasse supposer que nous avons
réussi à celle époque. Depuis, les Gouverneurs de la Cochinchine
paraissent avoir abandonné ce point de vue et s'être laissé per-
suader de comprendre le Traité comme suit : l'art. 2 ne procla-
merait l'indépendance de l'Annam qu'au profit du seul Gouver-
nement de Hué qui resterait libre de donner sur ce point au
Traité le sens qu'il considérerait comme le plus conforme à ses
intérêts. D'autre port, le § 1**' de l'art. 111, malgré sa forme im-
[)éralive, aurait le caractère d'un engagement bilatéral et devrait
(Hre entendu en ce sens, qu'en nous donnant le droit d'interdire
à rx\nnam de rien changer à ses relations, il aurait en même
temps consacré implicitement l'état de choses existant avant 187^
et permis à la Cour de Hué de nous opposer, comme autant de
droits acquis, tous ses précédents diplomatiques.
On a trouvé bon dès lors que la Cour de Hué continuât à se
considérer comme vassale de la Chine et à lui envover des A m-
I>assadeurs, de sorte qu'un beau jour, quand des troubles ont
oclatc au Tong-King, c'est une armée chinoise qui est entrée
dans la province pour battre les rebelles sous les yeux de nos
garnisons de Ha-Noï et de Haï-Phong, pendant que les canon-
nières chinoises faisaient la police des côtes et brûlaient des
villages et des jonques en vue des navires de notre station du
Tong-King.
Un semblable état de choses est ruineux pour notre influence :
doit-on et peut-on y remédier ? Je crois que oui. Le Gouverneur
semble disposé à accepter cette opinion, mais sera-t-elle aussi
facile à faire partager à Paris et à Pé-King ? Sur ce dernier
jwint, je serais très heureux d'avoir votre avis. La prise de Li
Yung-tchoy va probablement faire rentrer en Chine les troupes
impériales ; le terrain sera ainsi déblayé ; ne jugerez-vous pas
opportun que nous prissions nos mesures pour qu'il ne nous fut
plus jamais disputé ?
Je ne saurais, d'ailleurs, nierqu'il faut s'attendre à trouver le
Gouvernement Annamite peu disposé à nous donner des garan-
ties de ce côté. On a fort bien compris à Hué que le voisin du
296 l'affaire du tong-ung
Sud est aujourd'hui le seul vraiment redoutable ; c'est, de plus,
relui dont Faction est la plus désastreuse au point de vue des
lettrés et des classes dirigeantes, dont les prévarications et le»
abus seraient tout au moins fort menacés par le triomphe de
notre influence. Aussi la Cour et les Mandarins s*attachent-îls à
conserver au dehors un point d'appui contre nous, et, en l'élal
présent des choses, ce n'est guère que sur la Chine qu'ils peuvenl
tenter d'étayer quelque résistance.
Je passe à une question sur laquelle j'aurai peut-être l'occa-
sion de revenir dans mes conversations épistolaires avec vous.
L'ouverture du Yun-Nan donnerait aux ports du Tong-King un
développement incalculable ; elle ferait dévier une partie impor-
tante du commerce de la Chine vers des établissements qui,
malgré nos fautes, garderont encore, pendant quelque temps du
moins, comme une attache française. Croiriez-vous le niomenl
propice pour reprendre des négociations à Pé-King. en vue d'ob-
tenir l'ouverture au commerce européen d'un point de la fron-
tière situé sur le Fleuve Rouge? Si des pourparlers devaient
avoir aujourd'hui quelque chance d'aboutir, le Gouverneur de la
Cochinchine serait certainement disposé à réveiller la question,
et une action combinée entraînerait peut-être, de ce côté, des
résultats importants. Ces résultats eussent été sans doute plus
désirables encore à une autre époque, ne fût-ce que pour nous
amener à ne rien abandonner dans ce^î pays des avantages |>oli-
tiques si péniblement conquis ; mais à quoi bon des regrets ré-
trospectifs ?
Peut-être, en obligeant l'Annam à se dégager de la suzeraineté
chinoise, rendrions-nous plus difficile le succès de négociations
pour l'ouverture du Yun-Nan. Dans l'alternative, la question
politique ne serait-elle pas la plus urgente ? L'autre viendra fata-
lement à maturité dans un avenir quelconque, alors surtout que
nous ne serons pas les seuls intéressés.
Signé : Raindre.
ATTITUDE DE l'aNNAM
L'Annam cherchait par tous les moyens possibles à
échapper à la France et, dans ce but, il s'clTorçait de nouer
des relations avec ses voisins et avec les puissances euro-
m
I
ATTITUDE DE L ANNAM 297
péennes. Nous avons vu que Tu Duc avait envoyé en 1877
le tribut à Pé-King; il fit ensuite des avances au Siam. Le
Siam, 1res coTrectement, exprima à TamiralLafont, alors gou-
verneur de la Cochinchine, le désir de savoir si à raison des
conventions qui liaient TAnnam vis-à-vis de la France, nous
n'élèverions pas d'objections à ce que le gouvernement de
Bang-Kok envoyât une ambassade à Hué pour répondre k
une démarche analogue dont le roi Tu-Duc avait pris ré-
cemment riniliative. L'amiral Lafont, tout en demandant les
instructions au gouvernement français au sujet de Tlnterpré-
tation à donner h l'article 3 du traité de i87i5, déclarait qu'il
ne voyait personnellement aucun inconvénient au rétablis-
sement des relations directes entre le Siam et TAnnam. M. Le
Myre de Vilers se montra d'un avis totalement opposé et,
sans redouter un danger quelconque, pour la sécurité de notre
colonie par suit€ d'un rapprochement entre les deux royaumes
asiatiques, il trouvait nécessaire d'arrêter les velléités d'éman-
cipation de Tu-Duc désireux de restreindre autant qu'il
était en son pouvoir les effets d'un traité que lui avaient
imposé ses défaites.
Le ministre de la Marine écrivait au gouverneur le 9 sep-
lerabre 1879:
M. Waddinglon pense, comme moi, qu'il n'y a pas lieu de
prendre ombrage d'un fait qui ne porte pas directement atteinte
à l'influence prépondérante que les traités de 187/4 nous ont
assurée. Toutefois, il est d'avis qu'il y a lieu d'écarter par avance
toute occasion d'intervention du gouvernement siamois dans les
Affaires de TAnnam dont, seuls, nous devons connaître, et pour
lesquelles notre compétence exclusive a été consacrée par la Con-
vention précitée.
En réponse à la lettre que lui adressait M. Le Myre de
Vilers le 20 septembre, et dans laquelle le gouverneur ex-
posait les vues que j'indique plus haut, le ministre de la
Marine répondait le 5 novembre 1879 :
398 l'affaire du TONG-KING
La politique annamite, enserrée par le traité de 1874. cherche
à échapper aux conséquences de sa situation dépendante vis-^-\is
de nous, en renouant les liens qui l'unissaient aux autres puis-
sances de rExtréme-Orienl. Il ne peut entrer dans nos vues cl
nos intérêts d'encourager ces tentatives par notre laisser-aller et,
puisque le Gouvernement Siamois nous a demandé si nous voyons
des objections à cette reprise de rapports, je pense que nous
devons en profiter pour aîïirmer de nouveau notre situation pré-
pondérante sur TAnnam en déconseillant au cabinet de Bangkok
l'envoi d'une x\mbassade Siamoise à Hué.
L'attitude correcte du gouvernement siamois évita toulo
dilliculté; c'est par notre intermédiaire qu'il envoie ses ca-
deaux au roi d'Annam :
Paris, le 28 février 1882.
Monsieur le Gouverneur *,
Par lettre en date du 4 janvier dernier, vous m'avez fait
connaître que le Gouvernement de Siam, désireux de se délier
des obligations qu'il a contractées vis-à-vis du gouvernement
annamite par la réception des présents portés par l'ambassade de
1879, sollicite notre concours pour faire parvenir h son tour, à
Sa Majesté Ïu-I)uc par notre intermédiaire et à ses frais, ses
présents et une lettre autographe du Roi.
En nous choisissant pour intermédiaire, le gouvernement sia-
mois se conforme aux traités conclus en 1874, qui interdisent
à l'Annam d'entretenir des relations directes avec toute autre
puissance que la France.
Je ne puis que vous féliciter d'avoir réussi à amener la Cour
de Bangkok à employer notre intermédiaire auprès du Gouver-
nement de Hué, et à renoncer définitivement à la reprise de re-
lations interrompues entre les deux pays depuis i83o.
Ainsi que vous le dites, celte solution vient terminer très favo-
rablement pour nos intérêts la ligne de conduite que vous vous
étiez vous-même tracée dans la lettre adressée par vous au Dé-
partement le 19 mai 1880.
I. Lettre du ministre de la marine à M. Le M^rre de Vilers.
L ESPAGNE 399
LES PUlSSA^iCES EUROPEENNES
La question était plus grave avec les puissances euro-
péennes.
Nous eûmes le plus grand tort à la suite du traité du
i5 mai 187^ d'écouter les criailleries du gouvernement an-
glais et, en cédant aux réclamations de ce pays, en ce (|ui
concerne Tinterdiction au gouvernement annamite de rien
changer à Tétat de ses relations avec les puissances étrangères
(Article 16 du traité), nous amoindrissions encore les eflets
d'une convention déjà défectueuse, et nous renoncions taci-
tement au principe du protectorat.
Vers le mois d'août 1878, le Chargé d'Affaires d'Alle-
magne faisait part à la France de l'intention de son gouver-
nement d'établir des consuls au Tong-King, à Haï-phong
notamment. Le précédent créé pour l'Angleterre ne nous
permettait pas de refuser la demande de l'Allemagne.
l'espagne
Avec l'Espagne, l'affaire se compliqua. L'Espagne envoya
une mission spéciale, dirigée par le colonel Ordonez, chargée
de signer un traité avec l'Annam :
Le Colonel Ordonez, écrit M. Le Mvre de Vilers ', sVsl cm-
barque à Singaporc sur l'aviso espagnol Marquez del Duero qui
•est venu mouiller le 19 août en rade de Saigon. Le personnel do
la mission de M. Ordonez se compose d'un attaché an Ministère
des Affaires Étrangères et de deux otiîciers de Marine. J'ai fait le
meilleur accueil à l'envoyé, à son personnel et à rElat-niajor de
l'aviso. M. Ordonez a témoigné d'ailleurs très visiblement de son
désir de se faire bien venir, non seulement au palais du Gou-
vernement, mais encore dans la colonie. C'est ainsi que, dès le
I. Au ministre de la marine, Saigon, 34 août 1879.
m <l(; son arrivée, il a TaiL des visites à tous les prinri-
LctîonTiaires de Saigon.
(«niions que le plt^nipotcntinirc espagnol m'a exprimées
iuivanlcs : il comptait pasiser quatre mois on Indo-Chine,
rc. pendant ce tcm|>s, la direction provisoire du Consulat
ic à Saigon, confiée en ce moment au consul d'Italie en
d'un titulaire. De Saîgon considéré comme son point
■■ l'agent espagnol voulait se rendre successivement »
r négocier le traité de commerce qui forme l'objet prin-
sa mission, Ji liangkok et à Phnotn-Penl) pour saluer les
is de Siam et du Cambodge et leur porter des présents.
jclara à M. Ordoilcz qu'il trouverait auprès des auln-
concours nécessaire pour signer un traité avec l'Aii-
. Ordorlex expliquait ainsi les motifs de sa mission
isons pour lesquelles l'Espagne désirait conclure une
on commerciale avec r.\nnam ; o Le jeune roi
c aurait été flatté de la visite des ambassadeurs de
à Madrid et il l'a témoigné, parait-il, en leur faisant
eil hors de proportion avec leur importance et celle
souverain, il compte le reconnaître encore par de
résents dont .M. Ordofle/. est porteur pour la cmir de
aulrc part, M. Martine;'. Campos a été vivement sol-
r les Cubains, ses anciens administrés, de trou%er
lillcurs asiatiques pour remplacer les nègres qui font
ant défaut à Cuba, et le président du Conseil aurait
la conclusion d'un traité autorisant les Annamites à
er, donnerait à la colonie les coolies qu'elle réclanio ;
lat parait toutefois fort doulcu.i quand on connaît le
3 des indigènes. »
à ces motifs s'ajoutait peul-élre le souvenir de la
ïe de 1860 faite avec la France et le désir de ne pas
ntièrenient prescrire l'influence acquise alors.
7 janvier 1880, un traité était signé à Hué entre
le et r.\nnam.
; qui concernait le \oyago an Cambodge, on Gt ob-
L*ESPAGNE Soi
sener à M. Ordoîiez qu'il présenterait de grands inconvé-
nients et qu'il était difficile à la France de Tautoriser. D'autre
part, en juin 1880, M. de Freycinet chargea notre ambassa-
deur à Madrid d'appeler l'attention du gouvernement espagnol
sur les objections que devaient nécessairement rencontrer les
démarches de M. Ordofiez. Le 2 juillet, le ministre de la
Marine pouvait écrire au gouverneur de la Cochinchine que
le Marquis del Pazzo de la Merced avait accepté la déclara-
tion de notre ambassadeur et la décision du gouvernement
de la Cochinchine.
La lettre suivante clôt l'incident, qui n'a été rendu im-
portant que par l'excès de zèle de l'envoyé espagnol.
En effet le vicomte de Bresson, Chargé d'Affaires de France
à Madrid, écrivait (Madrid, i4 août 1880) au Président du
Conseil, Ministre des Affaires étrangères :
Jai rappelé à M. le Ministre d'État que, dans son entretien
avec M. rÂniiral Jaurès* au commencement de juin, il avait paru
admettre complètement la légitimité des motifs invoqués par
M. le Gouverneur de la Cochinchine pour s'opposer au voyage
de M. le Colonel Ordonez à la Cour du Roi du Cambodge, et
qu'en conséquence le Gouvernement de la République avait lieu
d'espérer que des instructions avaient été envoyées dans ce sens
au plénipotentiaire espagnol.
M. Elduayen m'a répondu qu'il n'avait rien à retirer des assu-
rances qu'il avait données à ce sujet à M. l'Amiral Jaurès, et
qu'en effet, peu de jours après avoir traité la question avec lui,
il avait adressé lui-même une lettre particulière à M. le Colonel
Ordonez, pour l'inviter h renoncer à son projet. Il avait dit que,
pur sa. part, il n'avait jamais attaché d'importance à cette vi-
site qui, en tout état de cause, ne devait avoir d'autre caractère
cfue celui d'une démarche de pure courtoisie vis-à-vis du roi
N'orodom, et que par suite, il n'avait éprouvé aucune difficulté à
acquiescer à notre désir de ne pas la voir se réaliser. Enfm M. le
Ministre d'Ëtat a ajouté que la mission du Colonel Ordonez se
trouvant terminée par la signature du Traité avec l'Annam, il
1. Ambassadeur de France à Madrid, depuis le 13 décembre 1878.
LETTRE DU MINISTRE ANNAMITE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES 3o3
a /honneur d'adresser la présente lellrc respectueuse h Son Kx-
celkncc M. le Gouverneur de la Cochinchine Française.
Alors que Monsieur Philastre, chargé d*afTaires de France à
Hué, était encore ici, il m*a informé de l'abdication de l'ex-em-
pereur des Français* et de ravènement de son successeur; celte
nouyelle ma été confirmée par M. Rheinart, Chargé d'aflaires
actuel.
J'ai fait part de cet avènement à mon Souverain qui, pour
témoigner manifestement ses sentiments de cordialité, a décidé
qu'une ambassade partirait pour Paris Tannée prochaine, afin de
présenter ses félicitations au nouveau souverain et donner ainsi
un f*clatant témoignage de sinc^re amitié.
Sa Majesté fait parvenir à ce sujet une lettre à Sa Majesté
r Empereur des Français ^.
J'ai l'honneur de prier votre Excellence, aussitôt qu'il aura
été statué sur la date à laquelle l'Ambassade pourra se mettre en
route, de vouloir bien m'en informer.
Conformément aux ordres de mon Souverain, la Dépêche de
Sa Majesté est scellée et recouverte d'une enveloppe sur laquelle
une adresse très lisible a été écrite, la dite dépêche est en outre
renfermée dans une boite et elle parviendra à votre Excellence
par l'intermédiaire du Gouverneur du Binh-Thuan à qui elle a
été envoyée.
J'ai adressé une lettre à Monsieur le Chargé d'aflaires de France
à Hué, pour lui faire part de l'envoi de la I)é[3éche de Sa Ma-
jesté.
C'est aussi pour faire part de cet envoi h Votre Excellence que
ai l'honneur de lui adresser la présente lettre, La priant de vou-
oir bien se charger de faire parvenir avec sûreté à son adresse la
dépêche précitée, et l'envoi terminé, de m'honorer d'une réponse,
afin d'être fixé.
Tel est mon désir,
ao* jour 8* mois, 32" année de Tu-Duc
(5 octobre 1879).
1. Le Président de la République, maréchal de Mac-Mahon, qui donna
sa démission, le 3o janvier 1879.
a. M. Jules Grévj,
.» •
i
LETTRE DU flOI TU-DUC AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Hué, le 5 octobre 1879.
Sa Majpïlf^ l'Empereur d'Annam a l'honneur d'adresser la
présenlcd6[>felieh Sa "Majesté l'Empereur des Français, La priant
de l'examiner de son Palais.
Notre Ministre des AlTaires Etrangères nous a informé que
Monsieur Pliilaslre, ex-cliargé d'aiïairea de France h Hué, lui
avait annoncé l'abdication de l'ex-Empcreur cl l'avènement do
Votre Majesté : cette nouvelle nous a été confirmée par Monsieur
Rheinart, Cliar^ d'affaires actuel.
L'intimité réciproque des deux Gouvernements étant une choao
sacrée (religion) il faut pour la maintenir être pénétré de sincé-
rité et de confiance en se faisant parfois des visitcj de réciprocité
pour donner plus de témoignage aux bons rapports.
Un traité de paix a été conclu entre les deux nations il n'v a
guère plus de dix années, mais des liens d'amitié dataient déjà
depuis près d'un siècle. Des navires, des armes nous ont été gra-
cieusement donnés. Tout cela prouve indubitablement de l'amicié
et le désir do nous être utile (nous secourir).
Indépendamment de cela, les récentes nouvelles que nous ont
apportées nos Ambassadeurs (l'échange des présents) n'ont fait
qu'ajouter aux sentiments d'intimité : aussi, quoique séparé ]Mr
les mers de plusieurs milliers de lieues, notre souvenir d'un seul
jour est égal h trois automnes.
Maintenant que votre Majesté est sur le Inine, nous ne dou-
tons pas un seul instant qu'Ellc fera, en toutes circonstances,
tous ses cITorts pour maintenir une cordiale amitié, en la rendant
plus vivifiante encore.
Nous venons de décider qu'une ambassade de courtoisie se
rendrait l'année procliaine k Paris pour féliciter votre Majesté,
afin de manifester les seutimenU de cordialité dont nous sommes
animés et témoigner de notre éternel atlacliement.
Noua ne cessons de former des vœux jKJur la prospérité et la
jouissance de la France, de même que nous comptons sur l'irré-
vocable bouté de cœur de Votre Majesté pour la prospérité et le
bonheur commun des deux nations.
Les clforts de Voire Majesté en ces diverses circonstances con-
M. PATENÔTRE A PÉ-KING 3o5
tribueront à la perpétuelle harmonie des deux nations, ce qui est
de la plus haute importance.
Tel est mon fervent désir.
Nous adressons les présentes dépêches à Votre Majesté La priant
de vouloir bien en prendre clairement connaissance.
Pour ce qui concerne le départ de l'ambassade, je prie Voire
Majesté de vouloir bien me faire connaître l'époque convenable
à laquelle elle pourra partir d'ici.
32* année de Tu-Duc, 8* mois, ao* jour
(5 octobre 1879).
M. Le Myre de Vilers, dans sa lettre au Ministre Anna-
mite, évita de préjuger l'accueil qui serait fait par le Gou-
vernement de la République au projet du roi Tu-Duc.
M. PATENÔTRE A PÉ-KING
Pendant ce temps, la Légation de France à Pé-King restait
dans rignorance la plus complète de ce qui se passait dans
TAnnam. Les journaux de Chang-Haï annonçaient comme
imminentes l'occupation du Tong-King par les Français et
la nomination de l'amiral Charles Duperré comme futur
commandant en chef chargé de s'entendre avec M. Le Myre
de Vilers.
M. Patenôtre se plaint amèrement de la situation qui lui
est faite à Pé-King, à M. Waddington, ministre des Affaires
Étrangères (28 février 1880):
J'ai déjà pris la liberté de signaler à plusieurs reprises les sérieux
inconvénients, résultant de l'ignorance où l'on est presque toujours
à Pé-King de la ligne politique suivie par le Département dos Co-
lonies, vis-à-vis de l'Annam. J'ai montré les contradictions inévi-
tables qui en sont la conséquence, — l'envoi en Chine, par exemple,
d'une ambassade annamite, considérée à Saigon comme sans im-
portance, alors que la Légation la dénonçait comme un acte do
>assalité parfaitement caractérise'', — les troupes impériales, laissées
libres de faire la police du Tong-King, alors que M. de Ro-
chechouart était invité par le Département à notifier au Tsoung-li
CoRDiER. II. — 20
notre rcrme r^solulion v de ne pas reconnaître à d'autres
<u-mimet U droit de rélahlir l'ordre » dans les étals de Tu
» rappelé à ce propos que M. Itrenier de Montmorand,
conslatanl l'opporlunilé qu'il y aurait à demander des
ions catégoriques au Cabinet de Pé-King pour la ^iola-
la rrontiî're annamite, avait cru devoir s'abstenir de toute
l)e de ce genre, vu la presque certitude où il était de
loint soutenu dans ses i-éc la mations par l'Administration
le. J'ai dû, pour les mêmes raisons, — ainsi que je l'ni
^'otre F^xcctlence, laisser passer sans protcslalions les difTé-
L'crels, insérés récemment à la Ciozelte de Pé-King el
. à réveiller le souvenir d'une suïierainelé. dont le traité
iiars 187;!, avait pi-écisi'-ment jiour objet d'effacer les dcr-
jtais que noti'c inaction prolongée ne pouvait manquer
rager la Chine dans une voie de revendication où elle ne
rait aucun obstacle el qu'il était assez naturel qu'elle eût
: peine fi croire à la réalité d'un protectorat qui, jusqu'ici,
lit allirmé que dans des protocoles. Un incident, qu'il
t de réduire à de justes proportioiis, mais sur le(|uel je
anmoins utile d'appeler l'attention de Votre Eicetlcnce.
ait prouver que. dans cet ordre d'idées, les illusions du
icnicnt Im|M'rial sont peut-être plus grandes encore qu'on
) février, le corps diplomatique s'était rendu au Tsourig-li
pour présenter ses complinients au Prince Koung, a
m du jour de l'an chinoiii. .\u moment où nous prenions
!> Son Altesse, un des membres du Yamen s'approcha de
5ria et le pria de différer son du|>art de quelques instants,
Lan! qu'onavaitune communication h lui faire : la môme
jt adressée à M. Areiidt, premier interprète de la Léga-
Ucmagne. M. Arendt et M. Devéria ayant été conduilsà
ordinaire des Conférences, un des Secrétaires du Ynmen
cnt alors au nombre de quatre) remit k l'interprète allc-
n pli sans suscrlption en lui disant : « Voici la note
que vous nous avez demandée. » M, Arendt semblait
ce dont il s'agissait : il prit la pièce qu'on lui tendait et
n devoir de la parcourir. Un des autres mandarins, se
l alors vers M. Devéria, lui dit h liButc vois : « Les
\ [larlcnt de vos projets sur le Tong-King. Avcz-vous lu
dans le Cken-Pao ?» Il lui pré-
M. PATETI^RE A PÉ-RING 3o7
sentait en même temps un papier sur lequel étaient transcrites
quelques lignes, dont je donne ci-après la traduction :
« Le Chen-Pao du a* jour de la la" lune (i 3 janvier î88o)
publie les détails suivants, extraits d*un journal français :
t La France désire Touverture du Song-Koy à la navigation ;
ce fleuve est en communication avec le Yun-Nan.
< Le Gouvernement Annamite n'y a pas encore consenti, mais
ia France Vy contraindra certainement. Si la France n'obtenait
pas ce qu'elle désire, les deux Ëtats cesseraient d'être d'accord et
une guerre ne manquerait pas de s'ensuivre. »
M. Devcria, assez surpris de voir la conversation s'engager sur
ce terrain, en présence de l'interprète alleman4« répondit qu'il
ignorait ce qui avait pu motiver l'article mentionné par le
Chen Pao, que le rédacteur de celte note était vraisemblablement
a«»ez mal renseigné, puisqu'il paraissait ne pas savoir que la libre
navigation du Song-Koy était spécifiée dans notre traité avec
r.Vnnam, que l'acte de 1874 ayant été communiqué ofliciellemcnt
au gouvernement chinois, le Tsoung-li Yamen devait, d'ailleurs,
èlre depuis longtemps fixé à cet égard, et qu'il ne comprenait
pas trop pourquoi une semblable question lui était posée. »
Le Secrétaire chinois répondit d'un ton assez embarrassé « que
a cet article avait été signalé à l'attention du Yamen par le
« D' Martin (Directeur du Collège de Pé-Ring) et qu'en raison
c des liens de vassalité qui rattachaient l'Annam à la Chine, le
« Gouvernement Impérial ne pouvait manquer de s'intéresser à
« ce qui concernait le Tong-King. »
Le premier Interprète de la Légation jugea prudent de couper
court à une discussion qui s'ouvrait dans des conditions aussi
délicates et se contenta de renvoyer encore une fois son interlo-
cuteur au traité de 1874. L'entretien en resta là et M. Devéria
partit avec M. Arendt sans qu'un seul mot fût échangé entre eux
au sujet de cet incident.
Mais le fardeau des afTaires de Chine allait passer sur les
épaules de M. Bourée qui arrivait avec un plan arrêté à
Paris,
r*^^'^
CHAPITRE XV
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6
(Suite.)
M. Bourée était arrivé à Pé-King le 12 juin 1880*; avant
son départ, à la fin du ministère Waddington, un plan de
conduite lui avait été tracé par la direction politique. Il
était convenu que, dès que les circonstances le permettraient,
une démonstration aurait lieu à Tcntrée de la rivière de
Hué, au moment où la Chine était occupée ailleurs (affaire
de Kouldja), qu'un envoyé se rendrait à la cour de Tu-Duc
et que par un coup de main, la vallée du Fleuve-Rouge
serait occupée par nos troupes au nom de TAnnam. L'ordre,
rétabli par la France, au Tong-King, rendrait dorénavant
inutile le recours du souverain de Hué à la Chine : c'était le
plan de l'amiral Jauréguiberry, ministre de la Marine.
M. Waddington se relirait le 27 décembre 1879 et était
remplacé par M. de Freycinet.
M. DE FREYCINET.
Le nouveau ministre des affaires étrangères, M. de Frey-
cinet, écrivait en janvier 1880 à M. Patenôtre :
« Il faut surtout, disait-il en substance, ne rien faire qui puisse
nous exposer à un conflit avec le Céleste Empire, car si le fait
T. Voir p. i46.
NOUVEAU TRI BIT ANNAMITE 3o()
devait se produire, la somme des dangers et des sacrifices aux-
quels nous pourrions être entraînés, dépasserait tellement les
avantages qu^il y aurait à attendre de notre entreprise, au Tong-
King, que le plus sage serait peut-être d*y renoncer tout à fait. »
Cependant, M. de Freycinel ne tardait pas à se rallier
aux idées de Painiral Jauréguiberry auquel il écrivait :
Paris, le 36 juillet 1880.
D'après rétude'de nouveaux documents sur le Tong-King, je
crois que votre première idée d'occupation de ce pays était plus
juste que celle d'une simple police des embouchures du ileuvo,
à laquelle s'est rallié le Conseil des Ministres. A mon sens, il
faudrait en revenir à la pensée d'une véritable expédition abou-
tissant à une solide occupation du fleuve jusque dans sa partie
supérieure. D'après les derniers témoignages qui m'ont été four-
nis, 3 000 hommes sufliraient, et l'on serait largement rémunéré
des frais par le produit de la douane sur les ports de commerce
sur le fleuve. Il n'y aurait aucune complication à redouter du
côté de la Chine, qui peut-être même verrait volontiers qu'on la
soulageât de la police intermittente qu'elle fait actuellement aux
embouchures pour protéger son commerce de Canton * .
M. Bouréc, en passant à Saigon, vit M. Le Myre de Vi-
lers, qui avait d'ailleurs ses idées personnelles sur la poli-
tique à suivre au Tong-King ; il était partisan de l'annexion
de portions successives de territoire, mais non d'une conquête
en bloc. Ce plan a admirablement réussi aux Russes en
Transcaspie, mais dans cette région, rien ne pouvait contre-
carrer les projets de l'envahisseur, tandis que dans l'Annam,
nous avions à craindre, nous avions même subi, l'ingérence
de puissances étrangères.
NOUVEAU TRIBUT ANNAMITE , 1880-I
Le roi Tu-Duc continuait à resserrer de plus en plus ses
I. Livre jaune. Affaire du Tonkin^ 18741 décembre 1882, p. i56.
issalité envers la Chine cl nous avons vu que
s efforts, il avait envoyé le tribut en 1877: en
cril au Gouverneur du Kouang-SÏ pour savoir à
que le tribut devra franchir la frontière.
^liou-Chcnj^'. gouverneur delà province du Kouang-
lent nommé Vicc-rol du Kouang-Si et du Kouang-
igenouille pour rapporter à la Cour ijuc le roi de Vîcl-
linchine), devait faire parvenir son tribut l'année du
■se', demande qu'on lui fasse savoir h quelle époque
Icvra franchir la fronliérc. En conséquence de celte
Tchang Chou-Cheng lève les yeux vers Leurs Majestés
[nandant dos instructions :
lang Chou-Clicng, j'ai reçu du roi Ngujèn-phuoc-lhi '
une missive', dans laquelle ce prince me dit qu'à
laquelle il doit faire parvenir (& Pé-King) le tribut
ire tombe la septième année du règne de l'Empereur
u, c'est-ù-dirc l'année du cycle Hing-se, que les régle-
imposcnt de choisir des fonctionnaires assislanU ', pour
'spcctuciisement les objets détermines par l'Etiquette ;
■ savoir en quel mois et quel jour, il leur sera permis
■ la frontière, il me demande une réponse h la teneur
il se conformera.
.la communication que m'a faite ce prince,
ements établissent que lous les quatre ans. le Viet-
lochinchine) doit apporter son tribut; c'est l'anuée
:iue tombe celte échéance, aussi le roi alteiid-il i\t!s
s. Je me fais tin devoir de rapporter ces faits a la Cour
andant h quelle époque, l'année prochaine, elle vou-
te de Pé-King. 5 mai 18R0.
e du cycle Hing-se ne commencera que lo 3o janvier 1881.
oua lequel Tu Duc a reçu de U Chine ron investiture i, Hué
me do eorreipondancc dont s'est servi le roi Tu-Duc, en écri-
lemeur du Kouang-Si, est em|<loj6o en Chine par un intérieiir
son supérieur. La coDimunicalion que doit lui adresser le
et à laquelle il est fail allusion plus loin, Tchao Houei. esl
a correspondance dVgal à égal.
s lequel le gouvornenient chinois désigne d'une manière
is des Ëlats vassaui.
NOUVEAU TRIBUT ANNAMITE 3ll
dra bien permettre aux fonctionnaires de ce royaume d'entrer à
Pé-King. De la sorte je pourrai déterminer la date à laquelle ils
devront passer la frontière et en donner communication * au
roi, pour sa gouverne.
C'est conjointement avec Yu-Kouan, vice-roi intérimaire des
deux Kouang, que nous venons nous adresser respectueusement
à la Cour et conformément aux Rites le présent rapport auquel
noii:$ annexons la copie de la lettre originale que m'a écrite le
dit roi, afin que Vos Majestés daignent y jeter les yeux.
Nous supplions Leurs Majestés les Impératrices et l'Empereur de
vouloir bien prendre en considération notre respectueuse requête.
Les Membres du Conseil Privé ont reçu le décret suivant :
« Nous ordonnons qu'il soit adressé une communication au dit
roi, en lui enjoignant d'observer ce qui s'est pratiqué jusqu'ici^,
quant à l'époque fixée pour le passage de la frontière.
Respectez ceci '.
Le ministre de la marine et des colonies, se rendant compte
de l'importance de cette démarche, écrivait (5 juin 1880)
au gouverneur de la Cochinchine :
« J'estime que nous devons faire tous nos eflForts pour détour-
ner indirectement le Gouvernement annamite de son projet :
dans ce but, vous inviterez M. Rheinart à représenter à la Cour
de Hué que la France, sans y opposer d'objection formelle, ver-
rait d'un mauvais œil l'envoi d'une mission à Pé-King. Il est très
probable que si notre Chargé d'Affaires s'exprime en ce sens avec
l'énergie et la prudence nécessaires, les Ministres de Tu-Duc
réfléchiront plus mûrement à la démarche qu'ils médilent et
mettront, dans son exécution, des lenteurs et des délais qui ne
peuvent que tourner à notre avantage, en nous permettant de
gagner le moment où nous pourrons nous occuper sérieusement
de la revision des traites de iS']ii* »
«
M. Le Myre de Vilers se procm'ait les lettres que les en-
I. Tchao Houei, forme de correspondance usitée d'égal à égal.
3. En 1873, le tribut annamite a passé la frontière le 27 avril ; en
1877, il Ta passée le 18 septembre.
3. Pour traduction certifiée conforme : le i*!!* interprète de la légation,
signé: G. Devéria.
lamites étaient chargés de porter à l'Empereur de
Saigon, le i5 Octobre iSSo.
inncur de votis adresser cî-joînt. copie de deux leUrcs
le Roi d'Annam à l'Empereur do Chine, à qui elles
re présentées par une ambassade en roule pour Pé-Kin(-.
ouïons constater en lisant ces pièces que la cour de
ic ses regards et ses espérances du côté de la Chine et
i Tu-Duc atlend de son suzerain, le Céleste Empereur,
■rotection demandée par les cirsconslances pour le pré-
ns ro>enir. Je crois devoir signaler ce fait à l'attention
1 Département.
ticle 111 du traité du i5 Mars 1874, le Boi d'Annam
çé à ne rien changer aux relations diplomatiques cxis-
;nvoi des ambassades triennales étant un usage ancien,
ions pas eu h nous occuper d'un acte politique, qui
^nd'inquiélantpour nous.
ns l'article 11 du même traité, en promettant notre pro-
Lous avons reconnu l'cnliére indépendance de notre
s-à-\is de toute Puissance étrangère. Tout acte de ^as-
inc violation de cet article, qui lie le souverain d'An-
res oflicielles portées par les ambassadeurs mcscmblent
pinte au trailé. car elles présentent un caractère de
tance de la suzeraineté de la Chine ; de plus, l'inlerten-
[uellc elles font appel, pourrait nous créer de gra>es
. Une armée chinoise a été chargée l'année dernière de
une insurrection au Tong-King et je vous ai rendu
lans mes dépêches aniérieures, des eompliealions qui
en' résulter.
larait donc nécessaire. M. le Ministre, de soumettre ces
tions et ces documents k tolre haute appréciation, afin
ivern cm ont français puisse faire connaître ses inlenlious.
re y aurait-il lieu de prévoir les mesures qu'il faudrait
our éviter l'envoi futur de semblables ambassades qui
■gation de notre Protectorat.
le texte du Mémoire adressé par le roî d'Annam à
ur de Chine :
GAZETTE DE PÊRING, 26 DÉCEMBRE 1 880 3l3
GAZETTE DE PEKING, 25 DÉCEMBRE 1 880
JouAN Fou-cheu*, roi d'Annam, se prosterne humblement cl
adresse le mémoire suivant à l'Empereur au sujet de Tenvoi
prochain du Tribut et des préparatifs qui sont respectueusement
faits pour réunir les caisses qui doivent les contenir,
V. M. a toujours daigné accorder Tinvestiture des grâces par-
ticulières aux souverains de mon pays qui depuis longtemps fait
partie des royaumes tributaires de la Chine. Nous avons reçu autre-
fois l'ordre impérial d'apporter le tribut, une fois tous les quatre
ans : c'est une règle établie pour l éternité : aussi lorsque l'époque
d offrir ce tribut arrive nous devons respectueusement nous con-
former aux règlements.
Comme Tannée prochaine est l'époque fixée pour offrir le tri-
but, j'ai écrit le 8 du i*' mois de la 6*' année de Kouang-Siu
(17 février 1880) au Gouverneur de la province du Kouang-Si, en
le priant de vouloir bien faire part à V. M. de ma communication.
J'ai reçu dans la suite l'avis que les passes de la frontière (chi-
noise) seraient ouvertes le i"" du 9® mois de cette année (4 octo-
bre 1880).
Ayant appris la volonté de V. M. je me suis respectueusement
inclinée.
Les montagnes et les cours d'eau de l'Annam sont immobiles
et reçoivent les ordres de Votre Dynastie ; tous les royaumes tribu-
taires nedemandcnt qu'à aller vous offrir tribut continuellement.
L'épocjue du tribut étant arrivée, j'éprouve le plus vif désir de
me conformer aux règlements et d'aller vous l'offrir, afin que
V. M. daigne s'apercevoir de la sincérité de mon respect et de mon
obéissance, et pour que mon humble pays puisse mettre au jour
les sentiments de respectueuse amitié qu'il a pour elle.
Je me suis conformé avec respect aux régies que doivent suivre
les princes vassaux et, de loin, j'ai les yeux fixés sur Votre Cour.
Je remets diligemment les objets du tribut de 188 1 âmes minis-
tres Jouan-chou et autres qui iront les offrir et j'attends hum-
blement que V. M. daigne les recevoir.
Outre que j'adresse ce mémoire à V. M. je prends la liberté
de lui présenter un placet. J'attends avec respect les ordres de
V. M. et espère qu'elle voudra bien y jeter les regards.
1. Nom chinois de Tu-Duc.
3l4 l'affaire du TONG-KING
J'envoie trois de mes Officiers, les nommes Jouan-chou, Tchen
Tching-lien et Jouan-tchouan, et présente la liste suivante des
objets composant le tribut :
2 dents d'éléphant.
3 cornes de rhinocéros.
45 livres de noix d'arec.
/|5 livres de graines de Paradis.
()00 onces de Sou-chiang (parfum" provenant d'un arbre rési-
neux).
3oo onces de bois d'aloès.
100 pièces de satin indigène.
100 pièces de soie indigène.
100 pièces de lafletas indigène.
100 pièces de toile indigène.
Les Membres du Conseil Privé ont reçu un Décret acquiesçant
à ce Mémoire * .
Le ministre de France écrivait (Pé-King, 27 décembre
1880) :
« Des renseignements que je tiens d'une source confidentielle
mais sûre, m'autorisent d'ailleurs à penser que le roi Tu-Duc ne
s'est pas borné à des démonstrations purement platoniques et que
la mission de ses ambassadeurs ne se rapporte pas uniquement à
de.s questions de cérémonial et d'étiquette. Il me revient, en
edet, qu'outre le mémoire publié dans les journaux officiels, il
on existe un autre d'une nature très-confidentielle, destiné à sol-
liciter l'appui matériel de la Chine contre les vues envahissantes
que l'on nous attribue, dont ferait foi la canifmgne ouverte
depuis plusieurs mois dans la presse française, et qui mettrait en
péril l'intégi'ité de l'Annam. »
Le ministre de la Marine et des Colonies télégraphiait
tardivement le 28 décembre 1880 au Gouvernement de la
Cochinchine :
Exercer pression sur cour Hué pour empêcher départ ambas-
sade pour Chine.
t. Pour traduction conforme: le i'^'" interprète /i. i., P. Ristbliiusber.
— Livre jaune t p. 180-181.
LE MARQUIS TS*ÊNG 3l5
Rien ne put arrêter [^ambassade annamite. M. Boiiréc
(Pé-King, 13 juillet i88i) en annonça rarrivée dans la
capitale de la Chine « sans grand bruit » le 3o juin 1881.
Elle avait franchi la frontière du Kouang-Si le [\ octobre
1 880, mettant neuf mois pour faire le voyage ; elle se com-
posait de Jouan-chou, Jouan-tchouan, Tchen Tching-lien,
de huit officiers subalternes et neuf gens de service.
LE BiARQUIS TS'ÊNG
Nous avons lu au commencement du récit de cette aflaire'
la lettre adressée, le lo novembre 1880, par le marquis
Ts'êng à M. Barthélémy Saint-Hilaire*, ministre des Affaires
étrangères.
Le ministre des Affaires étrangères écrivit (Paris, 26' no-
vembre 1880) à M. Bourée :
J'ai reçu du M**Ts*êng une communication dont je crois devoir
vous adresser la copie sous ce pli. Elle est relative aux rapports
de la France avec le royaume d'Anna m et annonce, au sujet des
prétentions de la Chine à la suzeraineté de ce dernier état, une
théorie qu'il nous est impossible d'admettre, vous le savez.
Notre traité du i5 mars 1874 avec le Roi d'Annam, en pro-
mettant h ce souverain notre Protection, a reconnu son entière
indépendance vis-à-vis de toute Puissance étrangère. Tout acte
de vassalité de sa part, toute prétention à la suzeraineté de l'An-
nam de la part d'une tierce Puissance serait donc en contradic-
tion directe avec notre Traité, et, par conséquent, avec les droits
en découlant pour nous.
Cette observation me paraît d'autant plus opportune que le
Ministre de la Marine vient de recevoir du Gouverneur de la
Cochînchine le texte de deux lettres adressées à l'Empereur de la
Chine par le roi Tu-Duc, destinées à être présentées à la Cour
de Pé-King par une solennelle ambassade annamite, et contenant
1. Voir p. a4a-
3. M. Barthélémy- Saint Hilaire avait remplacé M. de Freycinet, le
a3 septembre 1880, comme ministre dos aiTairos étrangères.
3i6 l'affaire du tong-king
des expressions qui impliquent de la pari du Roi, noire protégé,
en dépit de ses obligations formelles envers nous, la reconnais-
sance des prétendues prérogatives du Céleste Empire... *.
D'accord avec ramiral Cloue, ministre de la Marine,
M. Barthélémy Saint-IIilaire fit celle réponse au marquis
iseng.
Paris, le 27 décembre 1880.
Monsieur le Ministre, vous m'avez fait l'honneur de m'écriro
de Si. Péicrsbourg sous la date du 10 Novembre pour nie
demander des renseignements sur l'état actuel des rapports de
la France avec le Tong-Ring et vous avez bien voulu me rappeler
les termes d'une conversation qui a eu lieu, sur le même sujet,
en Ire mon prédécesseur et vous dans les premiers jours de l'an-
née courante,
Nos rapports avec le Tong-King sont réglés par le Traité conclu
le i5 Mars 1874, enlre la République Française et l'empire
d'Annam, dont le Tong-King, vous ne l'ignorez pas est une dépen-
dance.
En vertu de l'art, a de cet acte solennel, la France a reconnu
l'entière indépendance du souverain de l'Annam vis-à-vis de
toute puissance étrangère, quelle qu'elle soit, lui a promis aide
cl assistance et s'est engagée à lui donner tout l'appui nécessairt*
|K)ur maintenir dans ses états l'ordre et la tranquillité : enfin
pour le défendre contre toute attaque. Je dois ajouter que le
même traité a placé sous la protection de la France les intérêts
européens en Anna m.
L'acte dont je viens d'indiquer les principales clauses a été
communiqué en son temps aux différents Gouvernements qu'il
pouvait intéresser. La Cour de Chine en particulier en a reçu
notification par l'entremise de la Légation de France à Pé-King;
les relations du Gouvernement de la République avec l'Annam
et ses différentes provinces se trouvent depuis lors définies avec
une précision sullisanle et je ne doute pas que M. de Freycinel à
l'entretien amical de qui vous vous êtes référé, ne vous ait donné
avant moi, des explications parfaitement concordantes avec le
texte du traité qui détermine les droits et les obligations de la
I. Livre jaune, p. 161.
LE MARQUIS TS*ÊNG Si']
France. Je ne fais pas difficulté de vous assurer à mon tour que
le Gouvernement de la République a Tintent ion de se confor-
mer aux stipulations du Traité de 1874 et de remplir les obli-
gations qui peuvent en découler pour lui.
11 comprend sans peine Tintérêt que la Cour de Pé-King attaclio,
comme nous-mêmes, au maintien du bon ordre dans une con-
trée voisine de la frontière du Céleste Empire, et il appliquera
tousses efforts à empêcher qu'aucune difficulté ou aucun malen-
tendu ne s'élève de ce chef entre la France et le Gouvernement
Impérial Chinois * .
A la suite d'une conversation du marquis Ts'êng avec le
général Chanzy, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg,
M. Barthélémy Saint-Hilaire, minisire des Affaires étran-
gères, écrivait (Paris, 21 janvier 1881) à ce dernier :
Je constate, d'ailleurs, avec satisfaction que le Marquis Ts'êng
est convenu des avantages que doit assurer à la Chine elle-même
le maintien du bon ordre sur sa frontière méridionale, grâce à
la sécurité que l'exercice du Protectorat français est destiné à
garantir dans la péninsule annamite.
L'heure des résolutions énergiques est proche, l'amiral
Cloué, ministre de la Marine et des Colonies, adresse la lettre
suivante à M. le Myre de Vilers, gouverneur de la Cochin-
chine :
Paris, 3i avril 1881.
Monsieur le Gouverneur,
Le moment est venu, vous le savez, d'introduire dans nos re-
lations avec la cour de Hué les modifications importantes qu'a
eues en vue le Parlement lorsqu'il a mis à la disposition du
Dt'îparlement les crédits nécessaires à cette intervention.
Les récentes corresjwndances de M. le Gouverneur p. i. de la
Cochinchine apportent chaque jour de nouvelles preuves do la
mauvaise volonté avec laquelle le Gouvernement annamite ac-
cueille sans cesse nos réclamations justifiées et basées sur les
ternies des traités de 187^. Il convient donc de couper court aux
I. Livre jaune t ^. i64-i65
1 j
•5
3i8 l'affaire du tong-king
(Jiffîcultés nouvelles qui pourraient surgir de ce chef, on plaçant
la cour de Hué plus directement et plus complètement sous
notre influence.
L'établissement d'un protectorat nettement défini me parait
devoir être l'objectif principal que nous devons nous efforcer
i d'atteindre : le règlement définitif de la question des relations
î' extérieures de la cour de Hué en sera la conséquence naturelle,
f._ c'est-à-dire qu'à l'avenir ces relations devront être exclusivement
*; et expressément soumises à notre contrôle et à notre inlermé-
^i ^ diaire. Il est nécessaire, en effet, d'éviter le retour des incidents
qui se sont produits lors de l'envoi à Pé-Ring d'une ambassade
annamite, de la tentative qui a été faite par le cabinet de Ma-
drid pour accréditer auprès du roi Tu-Duc un représentant, etc.
De plus, le Gouvernement Espagnol étant complètement désin-
téressé par suite du paiement par anticipation des dettes de
l'Annam, le produit des Douanes pourra nous être totalement
acquis au Tong-King. Il y aura également lieu de se préoccuper
de la mesure dans laquelle l'administration générale du pays
pourra être placée sous le haut contrôle d'agents commissionnés
par le gouvernement français. En un mot il conviendra que la
cour de Hué soit tenue de remplir vis-à-vis de nous toutes les
obligations d'une puissance vassale envers son Suzerain.
Je vous communique ci-joint une lettre dans laquelle M. le
Ministre des Affaires Éltrangcres exprime le désir de connaître
votre avis sur la marche générale à suivre pour arriver plus
facilement au but que nous poursuivons. Je ne puis, par suite, I
que vo^s prier de me faire parvenir un plan exposant les modi-
fications que vous croirez utiles d'introduire dans nos relations
avec l'Annam.
Je m'empresserai de m'entendre avec M. le Ministre des j
Affaires étrangères sur la ligne de conduite qu'il conviendra
d'adopter, de manière à préparer des instructions précises qui
vous permettront d'appliquer en toute connaissance de cause les
nouveaux principes qui régiront notre protectorat.
LE MINISTRE D^ESPAGNE
Un nouvel incident espagnol surgit tout à coup. Don Ti-
burcio Rodrlguez notiGe à M. Bourée qu'il est nommé
minisire plénipotentiaire en Chine, Siam et Annain.
I
I
/
1
LE MINISTRE D* ESPAGNE SfQ
LEG\C10N DE ESPASA
EX
CHINA, SIAH Y AISNAM
Shang-haï, le 9 juillet 1881.
Monsieur le Ministre,
J'ai rhonncur d'informer Votre Excellence que Sa Majesté lo
roi d'Espagne, mon Auguste Souverain, ayant daigné me nom-
mer son Ministre piénijjotentiaire en Chine, Siam et Annam, je
>iens de prendre, à mon arrivée d'Europe, la gestion de la Lé-
galion d'EIspagne, M. Agar ayant pour tant cesse dans ses fonc-
tions de Chargé d'Affaires.
Je me félicite des excellents rapports officiels qui heureuse-
ment existent entre nos deux pays, et dans l'espoir que Votre
Excellence voudra me prêter sa bienveillante coopération pour
ceux que j'aurai à entretenir avec Elle, je saisis avec empresse-
ment cette occasion pour vous offrir. Monsieur le Ministre, les
assurances de ma considération la plus distinguée.
Signé : Tiburcio Rodriguez.
Son Excellence M. A. Bourée,
Ministre plénipotentiaire de France.
M. Bourée n'élève pas d'objection,. mais il prévient du
fait le gouverneur intérimaire de la Cochinchine*.
Notre ambassade à Madrid fut chargée d'interroger le
gouvernement espagnol au sujet de la mission de M. Rodri-
guez en Annam.
Notre Chargé d'Affaires à Madrid, le vicomte de Bresson,
écrivait à M. Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des Affaires
étrangères de Madrid, le 24 octobre 1881 :
« M. le Ministre d'État [Marquis de la Vega de Armijo] s'est
lrou>é en mesure de m'autoriser à adresser le i4 de ce mois à
^otre Excellence le télégramme dans lequel je lui annonçais que
I. M. Le Myrc do Vilers était parti le 4 mars 1881 pour la France,
en mission ; l'intérim du gouvernement avait été fait par le général de
bn'gade d'infanterie de marine, de Trentinian, jusqu'au 3i octobre 1881,
époque du retour de M. Le Myrc de Vilers.
'Tk^
820 l'affaire du tong-king
le représentant espagnol en Chine n'avait ni la mission, ni l'in-
lenlion de se rendre à Hue. — Je sais en outre que des ordres
ont été donnés au même moment à M. Rodriguez pour le con-
firmer dans le projet de limiter son voyage à une visite à
Bangkok. 11 n'y a donc plus à redouter aujourd'hui aucune des
dillicultés auxquelles aurait pu donner lieu l'arrivée inopinée
du Ministre d'Espagne, à la Cour du roi Ïu-Duc. Mais la ques-
tion se trouvant posée par suite de notre intervention, M. le
Ministre d'État n'a pas cru pouvoir abandonner tout-à-coup la
thèse qu'il avait précédemment soutenue avec moi, à savoir qu'il
ne voit dans le traité de 1874 aucun article qui interdise à l'Es-
pagne de se faire représenter à Hué, et qu'il ne peut de son
propre mouvement aliéner un droit qui lui paraît exister pour
son Gouvernement, bien qu'il n'ait pas été exercé depuis 1874*
Quant à l'assentiment de son prédécesseur, M. Ulloa, au traité
de 1874, formulé dans une lettre du !•*" juin de la môme année
à M. de Vernouillet, M. de la Yega de Armijo soutient qu'il
n'a été précisément accordé que parce que la renonciation de
r£spagne au droit d'avoir une représentation diplomatique en
Annam ne résultait nullement des dispositions de cet acte inler-
nationaL II a ajouté d'ailleura que M. Ulloa avait donné cette
approbation sans consulter les Gortès, ce qui constituait une
irrégularité qui pourrait avoir* des conséquences graves pour cet
homme d'État s'il vivait encore. J'ai fait observer à M. V ega de
Armijo que c'était là un détail d'ordre intérieur dans lequel
nous n'avions pas à entrer et qui ne pouvait avoir aucun poids
à nos yeux pour infirmer la signature de M. Ulloa. — M. le
Ministre d'État a répété aussi que le fait relevé par M. Bourée à
l'égard de M. Rodriguez n'était pas une innovation, car de tout
temps les Ministres d'Espagne en Chine avaient été munis de
lettres de créance qui les accréditaient à la fois à Siam et en
Annam, môme depuis 1874. Tel était, paraît-il, le cas des deux
agents qui ont précédé M. Rodriguez à Péking, MM. Faraldo et
Espana, à l'égard desfjuels nous n'avions élevé cependant aucune
réclamation.
En résumé, malgré les réserves que M. le Ministre d'Etat a
cru de son devoir de formuler pour dégager sa responsabilité,
je ne pense pas qu'en présence de l'espèce de veto que j'ai nette-
ment prononcé au nom du Gouvernement français, il puisse
sérieusement entrer dans les intentions du cabinet de Madrid de
revendiquer au sujet de sa représentation en Annam un pré-
DÉCLARATION DE LA CHINE 3a I
tendu droit qui restera sans doute pour Tavenir à l'état de
lettre-morte, ainsi que cela a eu lieu depuis 1874.
L'effet de notre démarche ne tarda pas à se faire sentir à
Pé-King et le 28 novembre 1881, M. Bourée, alors à Chang-
Ha!, jput écrire au ministre des Affaires étrangères :
Depuis huit jours/ M. Rodriguez est en possession d'un télé-
gramme de son gouvernement qui lui défend de se rendre à
Hué jusqu'à nouvel ordre. Ce fait seul m'a prouvé très claire-
ment que le Cabinet de Madrid avait été saisi de notre réclama-
lion. Je n'en ai pas moins demandé à M. Rodriguez s'il savait
à quoi attribuer un aussi étrange malentendu. Son explication
a été fort simple et je la crois parfaitement sincère. Bien avant
nos traités de 1874 avec l'Annam et depuis l'installation même
d'un agent diplomatique espagnol en Chine, le représentant de
Sa Majesté Catholique près la Cour de Péking, a toujours porté
le titre de a Ministre en Chine, en Annam et à Siam ». Cette
désignation a été conservée par une pure inadvertance, quand
la Direction du Protocole à Madrid a préparé les lettres de
créance de M. Rodriguez : on aurait recopié, dans un bureau
mal renseigné, de vieilles formules qui n'étaient plus de saison.
De là l'imbroglio que Votre Excellence connaît et qui évidem-
ment n'aura pas d'autre suite.
DÉCLARATION DE LA CHINE
Le 29 septembre 1881, le ministre des Affaires étran-
gères transmettait à M. Bourée la lettre du marquis Ts'êng
(24 sept.) dont l'objet était de faire savoir que le gouverne-
ment chinois ne reconnaissait pas le traité conclu en 187 4
entre la République française et le roi d'Ànnam.
Dans la séance du 21 juiUet 1881, fut discuté à la Cham-
bre des Députés le projet de loi portant ouverture d'un
crédit supplémentaire de 2 4oo 000 francs au ministre de la
Marine et des Colonies, sur Texercice 1881, pour le ren-
forcement des forces navales au Tong-King, qui, malgré une
vive opposition de M. George Périn, fut adopté par 890 vo-
tants contre 82.
GoRDiER. II. — ai
CHAPITRE XVI
MORT DE L'IMPÉRATRICE DE L'EST (1881). - TRAITÉ BRÉ-
SILIEN. — DISGRACE DE TSO. — LE P. GRIMAUD
MORT DE L^IMPÉRATRICE DE L^EST
L'impératrice de l'Est, Ts'eu-ngan*, mourut le 9 avril
1881, presque subitement, dans sa quarante-cinquième
année ; cette mort était due sans doute à une maladie de
cœur, mais l'amour du scandale fit courir le bruit de la
maladie et de la grossesse de l'impératrice de l'Ouest, d'où
émotion mortelle chez l'impératrice de l'Est; le mot de
poison lut même prononcé; il n'avait rien de surprenant
dans celte cour qui rappelait Byzance par beaucoup de
cotés ^
Le Prince Koung fit part de la mort de Ts'eu-ngan à
M. Bourée par la lettre suivante:
Le II avril 1881.
(i 3 de la 3* lune de la 7* année Kouang Siu).
Le g avril (11 de la 3* lune) la Chancellerie Impériale a eu
rhonneur de recevoir le Décret suivant dont nous crovons de-
voir donner communication à Votre Excellence :
I. I, p. i3o; II, p. 9.
a. Sur le titre canonique de Timpératrice, voir la Gazette de Pé-King,
19 avril 1881.
MORT DE L*IMPÉRATRICE DE l'eST 3^3
c Dq)uis que nous avons recueilli l'héritage de TEmpire,
rimpératrice défunte Nous a traité comme si nous avions été
son propre (Ils ; aussi notre reconnaissance pour Elle est si
grande que nous ne pouvons l'exprimer avec assez de force.
Voilà sept années que nous sommes sur le Trône : nous nous
sommes toujours efforcé d'être agréable et d'obéir à notre Mère
et nous aimons à croire que nous ne lui avons jamais donné
que de la satisfaction. Elle paraissait jouir d'une parfaite santé
et s'occupait activement des Affaires de l'Ëtat : nous nous en
réjouissions dans notre cœur et espérions qu'EUe parviendrait à
un âge fort avancé. Tout à coup, le 7 avril elle fut prise d'une
légère indisposition. Nous lui donnâmes aussitôt les soins que
nécessitait son état et nous n'avions aucun doute quant à son
prompt rétablissement. Malheureusement, le 8, le mal s'ag-
grava, les humeurs remontèrent à la gorge, la respiration fut
obstruée et le danger apparût. Vers onze heures du soir, Elle
expira (mot à moi elle fut transportée vers la contrée lointaine
dans le char du Génie). Nous sommes plongé dans la plus pro-
fonde désolation : quel plus grand malheur pouvait nous ar-
river !
Nous avons reçu avec respect les dernières volontés de l'Im-
pératrice défunte : Elle veut que nous ne portions que pendant
vingt-sept jours les vêtements de deuil. Mais il nous serait par
trop pénible de nous rendre à un tel désir. Nous porterons les
habits de grand deuil pendant cent jours et les habits de demi-
deuil pendant vingt-sept mois, et en agissant ainsi nous ne ma-
nifestons que bien faiblement tout le chagrin que nous éprou-
vons.
Notre mère nous recommande de surmonter notre douleur
afin de ne pas laisser péricliter les affaires de l'Ëtat, tout en
continuant à l'Impératrice qui nous élève et prend soin de nous
les égards qui lui sont dus.
Nous ne pouvons pas ne pas nous conformer à ces volontés
dernières et nous tâcherons de prendre sur nous afm de ne pas
nous laisser abattre par le chagrin.
Pour tout ce qui est relatif aux funérailles, nous chargeons
les princes Toun Ts'ing-wang, et Koung Ts'ing-wang, le beilô
Yi-kouang, le Grand Chambellan Ting-tcho, le Grand Chance-
lier Pao-tiun, le Président et Vice-Chancelier Ling-Kouei, les
Présidents Ngerv-tchang et Wang T'oung-ho de prendre avec dili-
gence et le plus grand soin les dispositions nécessaires en se
iionT PE l'iupératrice de l'est
]I aux coutumes ^labli» et en reclicrchanl les précé-
tba s'Mre consultés, ils devront sans relard nous adres-
iport.
i soit connu de tous dans la capitale et dans les pro-
iratrice de l'Estqui était morte au mois d'avril 1881
■réc au Mausolée impérial le 1 9 de la 9* lune (3 1 oc-
[. Bonrée écrivait (Pé-King, 16 novembre 1881) :
aine dernière, un décret impérial en a prescrit la
L dans la sépulture ordinaire deâ souverains de la dy-
Tsing. - — Di's que cet oi-dre eut été rendu, les Léga-
)t olliciellcmcnt informées du jour où la cérémonie
I et les chefs de mission furent priés d'inviter \ci
le leur personnel, aussi bien que leurs nationaux
à ne (Miint se trouver sui- le ]jarcours du corlpge.
catafalque sortirait du Palais pour traverser la ville.
LE BRESIL
sil qui n'avait pas encore de traité avec la Chine
)mine plénipotentiaire M. Eduardo Galiado qui
long-Kong le 28 mai 1880, avec l'amiral daMota,
velte brésilienne Vital d'Oliveira; de Ilong-Kong,
lit à Chang-Haï sur IMca, accompagné, comme
de M. Arnold Vissière*, aujourd'hui mon col-
raducLion conforme : lo l" interprète p. i. de la légation,
e, Arnold-Jacqiies'Amoine, ni le 3 août i858; élève di-
colc des langues orienUioa, ï5 novembre 1879 ; élève>inter-
:adres) détaché â la mission brc^Hîenno en Chine. iG janvier
>ri'tc-adjoinl ï Pé-King, ai février 18S3 ; necond interprète,
3 ; interprMe de seconde cUsse, 1"' n^aï i8S^: premier in-
1 légation. ï8 mai 188G: interprèle de première claue, g
I87 : consul de sccondo cUise, 1:1 mars 189!; géraut du
I
TRAITÉ BRÉSILIEN, 5 SEPTEMBRE 1880 3'j5
lègue à l'École des Langues Orientales, dont c'était les
débuts en Chine.
TRAITÉ BRÉSILIEN, 3 SEPTEMBRE 1880
Le 5 septembre 1880, sans avoir voulu demander de con-
seils, M. Callado signait en chinois et en français avec Li
Houng-tchang, un traité d'amitié, de commerce et de na-
vigation, en quinze articles, trahissant une rare inexpérience
des aflaires de Chine et plaçant les consuls ou les agents
consulaires dans une situation d'infériorité des plus marquées.
Je note quelques-uns des articles avec les remarques qu'ils
suggérèrent à un diplomate de Pé-King :
Art. m. — Chacune des Hautes Parties contractantes pourra
nommer dans les ports et villes de l'intérieur ouverts au com-
merce, où ses intérêts Tcxigeront, un Consul Général, des Con-
suls, Vice-Consuls et Agents Consulaires.
Ceux-ci n'entreront pas en fonctions avant d'avoir reçu Vexe-
tjaatur du gouvernement du pays oà ils devront résider.
Ces consuls ne pourront être choisis parmi les commerçants ; ils
devront être de véritables fonctionnaires et il leur sera défendu
de faire le Commerce.
Dans les ports où il n'aura pas été nommé de Consul, on
))ourra charger un consul étranger d'en remplir les fonctions,
pourvu que celui-^i ne soit pas un commerçant^. Les autorités lo-
consulat deTien-Tsin, 5 avril 1897-38 mai 1898 ; consul de première classe
à Canton (non inslallc), 10 février 1899 ; secrétaire -interprète à Paris,
16 octobre 1899; professeur à TÉcole des langues orientales vivantes.
I. Ceci constitue une innovation des plus regrettables. Pourquoi avoir
reconnu ainsi au gouvernement chinois la faculté très dangereuse de re-
pousser des agents que le Brésil aurait juge dignes de le représenter ? Et
pourquoi avoir admis celte distinction entre les agents de carrière et les
négociants commissionnés ? C'est avoir limité ses choix d'une façon em-
barrassante et n*est-il pas à craindre d'autre part que le gouvernement
chinois n'y trouve un motif tout au moins un prétexte pour créer plus
tard des tracasseries aux agents, dos autres puissances qui auraient été
désignés parmi des commerçants ?
TRAITÉ BRÉSILIEN, 3 OCTOBRE 1881 837
Ce traité ne fut pas ratifié par le gouvernement brésilien.
M. Callado revint brusquement à Tien-Tsin au mois d'avril
1881, sous le prétexte d'ajouter à son traité une clause ana-
logue à celle du dernier traité américain sur Topium.
TRAITÉ BRÉSILIEN, 3 OCTOBRE 1881
Un nouveau traité en 17 articles fut signé au Tai-Wang-
Miao, à Tien-Tsin, le 3 octobre 1881 (11® jour, 8* lune,
7* année Kouang-Siu) par M. Eduardo Callado et Li Houng-
tchang.
« La résistance opposée par le Cabinet de Rio en cette occa-
sion aux vues de son représentant en Chine, les changements
qu'il a fait introduire dans celles des clauses qui avaient soulevé
de justes critiques, prouvent que Ton a tenu compte des obser-
vations qui s'étaient attachées à l'œuvre des négociateurs brési-
liens et, dans l'instrument définitif, plusieurs des concessions
qu'on devait regretter de voir faites aux Chinois ont été sensi-
blement atténuées. Quelques passages ont également reçu une
nouvelle rédaction plus favorable aux intérêts brésiliens.
« L'article I a subi une modification de forme qui substitue
à « tous les droits, avantages et privilèges concédés aux sujets
de toutes les autres nations », la garantie de « tous les droits,
avantages et privilèges concédés aux sujets de la nation la plus
favorisée ».
« L'exequatur est toujours nécessaire pour qu'un Consul de
l'une des deux Parties Contractantes puisse exercer ses fonctions
sur un point du territoire de l'autre, mais il est spécifié désor-
mais que la délivrance de cet Exequatur se fera gi-atuitement
(Art. III).
« Le mode de juridiction qui soumet tout procès, civil ou
criminel, entre Chinois et Brésiliens en Chine à la décision des
autorités dont dépend le défendeur ou l'accusé, demeure con-
sacré dans le nouveau Traité ; toutefois, — et c'est en cela que
consiste la modification la plus importante qui y ait été intro-
duite, — les arrestations de sujets chinois coupables, dans les
résidences, les magasins ou les navires de Commerce des sujets
brésiliens en Chine ne pourront plus se faire sans que le Consul
■*^f •
3a8 MORT DE l'impératrice de l'est
du Brésil en ait élc prévenu officicUemenl par les autorités lo-
cales et sans l'intervention de sa police, qui devra agir de con-
cert avec la police chinoise (Art. X)*.
En échange des changements apportés au Traité à la de-
mande du Gouvernement du Brésil, celui-ci à l'exemple des
États-Unis, quelques mois auparavant, consentit à la prohi-
bition absolue du transport et du commerce de Topium par
les sujets de l'un des deux pays sur tout le territoire de
l'autre; les Anglais se montrèrent ennuyés de cette clause
des traités qui paraissait un blâme à leur adresse :
Art. XIV. — Les Hautes Parties contractantes sont convenues
d'interdire aux sujets de chacune d'elles l'importation de l'opium
dans les ports de l'autre ouverts au commerce, et le transport
de l'opium d'un port à l'autre de l'autre pays, soit pour leur
propre compte, soit pour le compte de sujets ou citoyens de
toute autre nation, aussi bien dans les navires appartenant aux
sujets des deux Hautes Parties Contractantes, que dans des^ na-
vires appartenant à sujets ou citoyens d'une tierce nation.
Il ne sera pas permis non plus aux sujets de l'une des Hautes
Parties Contractantes de se livrer au commerce de l'opium, dans
les ports de l'autre ouverts au commerce.
La clause de la nation la plus favorisée ne pourra être invo-
quée contre les dispositions de cet article.
L'ancien article XIV devient l'article XV ; et l'article XV
ancien devient l'article XVL
Art. XVI. — Si, par la suite, les Hautes Parties Contrac-
tantes désirent apporter quelques modifications aux stipulations
de ce Traité, elles auront, après un laps de temps de dix an-
nées, à dater du jour de l'échange des ratifications, à ouvrir des
négociations dans ce but.
La notification oflicielle des modifications qu'on désirera pro-
poser sera toujours faite six mois à l'avance.
Si pareille notification n'est point faite, le Traité restera en
vigueur.
I. Lettre de M. Bourée au Département, Pé-King, 35 juin i88a.
DISGKACE DE TSO 3a9
Enfin le dernier article (XVII) est relatif aux ratifications
qui devront être échangées dans le plus bref délai possible
soit à Chang-Haï, soit à Tien-tsin.
Les ratifications furent échangées à Chang-Haï le 3 juin
1882 (i 8® jour, 4'lune, 8® année Kouang-Siu) par M . Eduardo
Callado et Tang, Commissaire et Trésorier du Kiang-Sou et
un procès-verbal fut dressé en six exemplaires, dont deux en
Portugais, deux en Chinois et deux en Français.
Le traité brésilien est malgré tout, même avec ses atté-
nuations, le plus mauvais qu'on eût signé jusqu'alors avec
la Chine ; Texpérience de ses prédécesseurs n'avait nulle-
ment servi à M. Callado, personnage infatué de son mérite,
qui devait tristement terminer à Rome sa carrière diplo-
matique.
■
DISGRACE DE TSO
En novembre 1881, Tso Tsoung-t'ang, qui avait fatigué
tout le monde à la Cour par ses violences, fut disgracié, mais
au lieu de le faire rentrer dans la vie privée, on l'envoya à
Nan-King remplacer Lieou Kouen-i dont Li Houng-tchang,
plus puissant que jamais, avait deux mois auparavant ré-
clamé la destitution pour le punir d'avoir manqué aux enga-
gements pris envers lui, quand il s'était agi de recommander
à la Cour la construction de chemins de fer en Chine. En
effet, le général Lieou Ming-tchouan ayant adressé au Trône
un mémoire pour demander l'installation des chemins de
fer, un décret impérial avait, le 3 décembre 1880, chargé
Li de faire un rapport à ce sujet. Li s'était réconcilié avec
Tso et c'est lui qui avait fait nommer ce dernier à Nan-King.
Le nouveau vice-roi des deux Kiang quitta Pé-king, le 9 dé-
cembre 1881, pour se rendre par terre au Hou-Nan puis à
^an-King où il arriva le 22* jour de la 12* lune. On avait
d'abord offert la vice-royauté des Liang-Kiang à Ts'êng
CHAPITRE XVII
L'AFFAIRE DU TONG-KING
(Suite.)
M. Gambetta avait été nommé le i4 novembre 1881, mî-
nislre des Affaires étrangères, en remplacement de M. Bar-
thélémy Saint-Hilaire ; pendant son court passage aux af-
faires*, il eut à reprendre les négociations* avec le marquis
Ts'êng :
Paris, I®' janvier 1882.
Je me suis fait représenter dernièrement une lettre que vous
avez adressée, sous la date du ai septembre 1881, à M. Barthé-
lémy Saint-Hilaire, mon prédécesseur au Département des
Affaires étrangères, en réponse à sa communication du 27 Dé-
cembre 1880, concernant les affaires de la Colonie française de
Cochinchine. Vous développiez dans cette lettre différentes con-
sidérations relatives à la situation internationale de l'Empire
d'Annam, et j*ai regretté de constater une certaine différence
entre vos appréciations à cet égard et celles que M. Barthélémy
Saint-Hilaire vous avait exposées au nom du Gouvernement de
la République. Je croirais inopportun d'engager ici une discus-
sion de principe; je préfère me borner à mentionner que la
communication qui vous a été transmise à la date du 27 dé-
I. Il fut remplacé le 3o janvier 1882, par M. de Freycincl.
3. Ministère des affaires étrangères. — Documents diplomatiques. —
Affaires du Tonkin. Première partie, 1874-décembre 1883. Paris, i883,
in-fol.
— Deaiième partie, décembre i883-i883. Paris, i883, in-fol.
332 L* AFFAIRE DU TONG-KING
cembre 1880, coatient l'indication exacte des faits auxquels le
Gouvernement français a le devoir de se tenir.
Il est toutefois un point dans votre lettre que je ne saurais
laisser passer sans une observation particulière. Le Gouverne-
nement Impérial cliinois, écriviez-vous, ne peut pas reconnaître
le traité de 1874 conclu entre la France et TAnnam. Or, ce
traité qui règle précisément nos rapports avec l'Annam, a été
olFiciellemcnt communiqué au Gouvernement Chinois, le ab Mai
1876, par le Comte de Rochechouart, Chargé d'affaires de France
à Pé-King, et dans la réponse en date du i5 juin suivant, que le
Prince Koung a envoyée à M. de Ilocliechouart, il n'a été élevé
aucune objection contre la conclusion du traité, ni contre aucune
de ses clauses; l'Annam est mentionné simplement comme
ayant été autrefois ' un pays tributaire de la Chine, ce qui iic
présente, à vrai dire, qu'un intérêt historique.
Vous comprendrez sans peine que, dans ces conditions, il
nous soit malaisé d'admettre que le Gouvernement chinois
vienne contester aujourd'hui un traité existant et déjà entré
dans la période d'application depuis près de huit années; nous
ne saurions nous arrêter en tout cas à une réclamation aussi
tardive, et le Gouvernement de la République hésite d'autant
moins à revendiquer l'entière liberté de ses actes en ce qui con-
cerne l'exécution de ses conventions avec l'Annam, qu'il ne
nourrit, ainsi que M. de Freycinet et M. Barthélémy Sainl-
Hilaire vous en ont successivement donné l'assurance, aucun
dessein qui puisse porter ombrage à la Chine ou qui soit préju-
diciable à ses intérêts '.
Copie de cette lettre fut envoyée à Pé-King à M. Bourée
(4 janvier 1882).
LA CHINE ET l'aNNAM
En réalité, quels étaient les droits de la Chine sur l'An-
nam ?
La légende annamite fait remonter Torigine de ses rois à
un parent de l'empereur de la Chine. Placés l'un à côté de
I. Voir p. 381, rcrrcur d'un traducteur,
a. Livre jaune t p. igS-ô.
LA CHINE ET L*AKNAM 333
raiilre, le Céleste-Empire et son voisin moins puissant,
l'Ânnam, ont été en relations constantes depuis un temps
immémorial. Ces relations ont été de natures diverses. Nous
voyons les deux pays, tantôt s^en voyant des ambassades
réciproques, tantôt en guerre ; parfois FAnnam, victorieux
de la Chine, repousse Tenvahisseur dans son pays, tantôt
Ini-même, vaincu, est réduit en province chinoise. Finale-
ment, TAnnam accepte une sorte d'investiture de son for-
midable voisin qui donne à ce dernier une supériorité hono-
rifiqwe sur son faible adversaire.
\oicien quelques lignes l'histoire des principales relations
de la Chine avec TAnnam, dont les limites n'ont pas tou-
jours été aussi nettement définies qu'elles le sont aujourd'hui.
Il est convenu, en effet, actuellement que l'empire d'An-
nam se compose de trois parties ; le Tong-King au nord, Pé-
ky, ou Bac-ky ; la Cochinchine ou Annam proprement dit au
centre, Hué-ky ; et, au sud, la basse Cochinchine ou Cochin-
chine française, Nam-ky, En réalité, l'Annam était jadis le
pays que nous appelons aujourd'hui le Tong-King, qui s'est
étendu à certaines époques de l'histoire jusqu'à Canton.
L'Annam s'est trouvé cinq fois réduit en province chi-
noise : de 1 1 1 avant J.-C. à 89 après J.-C. ; de 4^ à 186 ;
pour la troisième fois, de 226 à 54o, pendant une période
de trois cent quatorze années ; une quatrième fois, pendant
trois cent trente-six ans, de 6o3 à 989 ; la Chine s'empare
une dernière fois de l'Annam en 1^07, et cette occupation
dure une vingtaine d'années.
Ces différentes conquêtes de l'Annam par la Chine n'ont
pas été sans laisser dans le pays une trace profonde. Dès
J année 186 de notre ère, la littérature chinoise était intro-
duite dans l'Annam et les préceptes de Confucius y étaient
enseignés, mais c'est surtout à l'époque de leur dernière do-
mination que les Chinois, sur lesquels régnait alors la dy-
nastie des Ming, imposèrent aux vaincus un grand nombre
-^^-f^
334 L* AFFAIRE DU TON6-K1NG 1
de leurs coutumes : le tatouage, en usage dans TAnnam, fut
défendu ; les femmes furent obligées de porter des vêtements
courts à manches larges et les hommes de porter les che-
veux longs. On n'ignore pas que Tusage de se raser le haut
de la tète et de réunir les cheveux en une longue tresse qui
tomhe dans le dos ne date, chez les Chinois, que de la con-
quête tartare au milieu du xvn° siècle.
Les Chinois établirent une nouvelle administration, intro-
duisirent les cinq livres canoniques et les quatre livres classi-
ques de Confucius et de ses disciples, et construisirent des
écoles dans lesquelles on enseigna les caractères chinois.
A différentes reprises, des aventuriers ou des descendants
d'anciennes familles régnantes secouèrent le joug chinois et
régnèrent sur FAnnam, tantôt sous le nom de princes, tan-
tôt sous le nom de rois ou d'empereurs. Depuis le x" siècle
de notre ère, on ne compte pas moins de six dynasties qui
ont gouverné ce pays : i® les Dinh (968); 2® les Le anté-
rieurs (980) ; 3** les Ly postérieurs (1010) ; 4" les Trân
(1225); 5** les Le postérieurs (1428), et 6^ les Nguyen
(1802). Cette dernière dynastie est celle qui a été fondée par
Gia-Long après qu'il eut réuni le Tong-King à l'Annam.
Elle a donné depuis lui les souverains : Ming-Mang, Thiëu-
Tri, Tu-Duc, jusqu'à leur successeur actuel, Thanh Thaï.
Les différentes dynasties chinoises ont accordé aux princes
annamites, depuis plusieurs siècles, une investiture qui n'a
d'ailleurs jamais eu un effet pratique sérieux, car elle n'im-
pliquait pas de concessions mutuelles, d'alliance offensive ou
défensive, mais simplement la remise d'un sceau au chef de
la dynastie, sceau dont le souverain de l'Annam ne faisait
usage que dans sa correspondance avec le Fils du Ciel, l'en-
voi d'ambassades, et le payement d'un tribut de médiocre
importance.
Cette investiture et ce tribut laissent subsister entièrement
la souveraineté de l'Annam, ainsi que nous avons déjà eu
LA CHINE BT L*ANNAM 335
ailleurs l'occasion de le démontrer*. En effet, « dans une
alliance entre deux pays de force inégale, quand Tallié infé-
rieur se réserve la souveraineté ou le droit de gouverner lui-
même, il doit être, dit Vattel, regardé comme indépendant.
Le payement d'un tribut, qui enlève de la dignité au pays
qui le paye, n'enlève rien à la souveraineté de ce pays ».
Dans le cas présent, l'Annam rentre bien dans la catégorie
des États souverains; car depuis 1407, c'est-à-dire depuis
Toccupation des Ming, la Chine n'est jamais intervenue dans
les aflaires intérieures du royaume : la succession au trône,
Tadministration, la promulgation des lois, se sont faites sans
que la Chine fût consultée.
Quand la Chine a été en guerre avec des puissances euro-
péennes, en 1842 et en 1860, nous ne l'avons pas vue re-
quérir l'aide des troupes de son soi-disant vassal. Si, à des
reprises différentes, dans les dernières années, les Chinois
ont fait passer k leurs troupes la frontière annamite, moins
à la suite d'un appel de Tu-Duc que dans leur intérêt pro-
pre: en 1864, ils poursuivaient les débris des rebelles Taï-
pings, devenus Pavillons jaunes et PaviUons noirs pour les
écraser ; en 1879, ils pourchassaient Li Yang-ts'sai, qui avait
levé l'étendard de la révolte dans le Kouang-Si. Admettons
qu'il y avait là l'acte d'un suzerain appelé par un vassal à
son secours, et non le fait d'une puissance qui, sachant
qu'on n'aura pas la force de la repousser, pénètre chez son
voisin pour se faire justice elle-même.
Cet argument que prétendait fournir la Chine à l'appui de
ses prétentions retourne contre elle, car, si le simple fait
d'une invasion d'un territoire constitue une suzeraineté ou
une prise de possession de ce territoire, l'histoire nous four-
nit plusieurs exemples de l'invasion du territoire chinois par
les Annamites et, pour n'en citer qu'un : au xv® siècle, nous
I. Cercle Saint-Simon, décembre i88a.
336 l'affaire du To^(:-K1^-G
rappellerons que le roi d'Annam, Le Thanh-Tong, fit une
campagne contre les Bat-Ba-Tuc-Phu, tribus sauvages tribu-
taires de la Chine, qui furent plus tard incorporées à la Bir-
manie, et que le Céleste-Empire ne put empêcher la cam-
pagne du souverain annamite.
D'ailleurs, il est impossible de traiter de la soi-disant sou-
veraineté de la Chine sur l'Annam sans traiter également
des prétendus droits qu'elle a sur les autres pays de l'Indo-
Chine, pays qui, comme l'Annam, ont reçu du Céleste-Em-
pire l'investiture et le sceau. Ainsi Siam a reçu l'investiture
trois fois sous les empereurs Kang-Hi, k'ien-Ixiung et Kia-
K'ing, en iSyS, 1786 et 1810. En 1780, le Laos eut à
payer le tribut tous les cinq ans ; le tribut fut renouvelé avec
l'investiture et le sceau en 1795. Quant à la Birmanie,
elle paya le tribut en 17&1 ; en 1790, le sceau et l'in-
vestiture lui ayant été accordés, elle eut k payer le tribut
tous les dix ans. Quelle a été la politique de la Chine
vis-à-vis de ces puissances et en particulier vis-à-vis de
la Birmanie, sa voisine, comme l'Annam ? Elle a laissé
l'Angleterre s'emparer successivement de l'Assam, de l'Arn-
kan, du Pégou, du Tenasserim, la Birmanie restant de la
sorte isolée du reste du monde, sans qu'une protestation se
soit fait entendre de la cour de Pé-King. Bien plus, les Chinois
laissant sans secours les Birmans, qui, depuis 1876, récla-
maient leur aide contre les Anglais, ont laissé ceux-ci détrôner
le roi Thibau en 1886 ! Si de la Birmanie nous passons au
Laos, nous verrons que la Chine, malgré l'investiture qu'elle
lui avait accordée, ne s'est nullement préoccupée du partage
de ce pays, jadis indépendant, en 1839, entre la Birmanie,
le Siam et l'Annam. Enfin, en 1879, puis en 1882, le
royaume de Siam a refusé catégoriquement de répondre aux
LA CHINE ET l'aNNAM 337
avances des envoyés du Fils du Ciel. Ainsi donc une poli-
tique bonne pour TAnnam ne Test plus ni pour le Siam ni
pour la Birmanie : deux poids, deux mesures ; absence com-
plète de logique.
*
* *
Nous avons vu que la Chine n'était jamais intervenue en-
tre les différents pays de l'Indo-Chine, ni dans leurs rela-
Gons entre eux, ni dans leurs relations avec l'Angleterre.
Nous pouvons ajouter que jusqu'en 1880 la Chine n'avait
nuUement songé à protester contre notre action diplomatique
ou militaire en Annam. Ni le traité de 1787 avec Gia-Long,
ni la nomination d'un consul de France à Hué sous
Louis XVIII, ni les divers exploits de nos marins sous le
règne de Louis-Philippe pour punir les autorités annamites
du massacre des missionnaires espagnols, n'ont amené l'in-
tervention de la Chine. Enfin, l'occupation de la basse Co-
chinchine, résultant de la guerre de 1860 et du traité de
Saigon de 1862, n'est-elle pas aujourd'hui un fait acquis P
Enfin, le dernier traité de 1874, conséquence de l'expédi-
tion de Garnier, n'avait été à aucune époque l'objet d'une
réclamation de la cour de Péking à la cour de Hué. Tu-Duc
lui-même n'a songé à faire part de ce traité à la Chine que
six ans plus tard, lorsque, se sentant trop faible pour résister
à la France, il demanda du secours à son puissant voisin.
*
* *
Il ne nous suffit pas de montrer l'inanité des prétentions
(le la Chine au point de vue chinois même et au point de
yne du droit des gens : l'attitude même de son prétendu
vassal montre que la Chine n'a jamais eu de véritable suze-
mineté, qu'il n'y a jamais eu entré les deux pays que des
relations traditionnelles.
GoRDiBR. II. — a 3
338 l'affaire du tong-king
En eflel, nous avons déjà vu que Tu-Duc avait attendu
six ans pour faire part du traité de 1874 à la Chine, et cela,
non pas par devoir, mais simplement pour demander du
secours. Le droit de suzeraineté implique voix délibéra live
dans le choix du prince, et dans aucun temps la Chine n'a
été consultée lorsqu'il s'est agi de régler la succession au
trône d'Annam. L'investiture même était considérée comme
chose si peu importante, que les princes cochinchinois ne la
demandaient souvent qu'au bout de trois ans, de cinq ans
et même plus, de règne.
Ïu-Duc, qui a reçu l'investiture à Hué au lieu de Hanoï,
était disposé à s'en passer si les envoyés chinois ne venaient
pas jusqu'à sa capitale.
Ce fameux sceau que la Chine remettait au chef de cha-
que nouvelle dynastie, quel usage en faisait le souverain
annamite ? Il s'en servait par courtoisie, dans sa correspon-
dance avec la Chine exclusivement ; mais pour tous ses au-
tres actes, et en particulier pour ses actes avec les puissances
étrangères, il se servait du grand sceau dont nous donnons
la reproduction ci-contre, dans lequel il prenait un titre
égal à celui de l'empereur de la Chine. Le sceau jK)rle en
effet les caractères : Ta nam Iloang ti Tche si, c'est-à-diire :
« Le grand sceau des empereurs du Grand-Sud. » Les
commissaires impériaux annamites ne se considèrent pas
non plus comme inférieurs à leurs collègues de Chine, ainsi
qu'on en pourra juger par le sceau que nous reproduisons
également ci-contre et qui porte les caractères : Kin che ta
tchen Koiian fang, qui veulent dire : « Sceau du ministre
envoyé impérial. »
Enfin, les Annamites se sont eux-mêmes chargés de dis-
siper nos derniers doutes sur la nature de leurs relations avec
la Chine. Dans le cours d'une conversation entre Tamiral
Dupré et les ambassadeurs annamites en 1874, à Saigon,
l'amiral remarqua que, suivant les annales de leur pays,
J
l'Annam avait été pendant longtemps sous la proteclion de
la Chine, le mot protection impliquant, suivant l'interpréta-
tion annamite du terme, le droit absolument deR{>olique d'un
père sur son Cls. Les ambassadeurs annamites protestèrent
énergiquement contre cette interprétation et déclarèrent que
la cour de Hué n'avait jamais reconnu la suzeraineté de la
ScMD de l'ampanur d'AnDam.
Chine. L'amiral leur rappela les tributs envoyés à Pé-King ;
les ambassadeurs répondirent que l'Annam, étant beaucoup
plus petit que la Chine, sa voisine, avait été envahi fréquem-
meol par les armées chinoises et obligé de se soumettre con-
tre sa volonté; qu'à des intervalles irréguliers et éloignés,
les Annamites avaient envoyé des présents à Pé-King pour
s'éviter des ennuis, mais qu'ils n'avaient jamais commis
34o
d'acte qui pût fitre interprété comme une reconnaissance de
leur soumission.
C'est exactement la définition que donne Valtel de l'État
tributaire: « Il n'y a pas plus de dilïculté h l'égard des
États Iribuloires, car, bien qu'un tribut payé à une puissance
Sce*u d'uD eaToyiS Impérial aniumlle.
étrangère diminue quelque chose de la dignité de ces États,
étant un aveu de leur faiblesse, il laisse subsister entière-
ment leur souveraineté. L'usage de payer tribut était autre-
fois très fréquent ; les plus faibles se raclielaient jKir là des
vexations du plus fort, en se ménaj^eant ii ce prix sa pro- .
loclion, sans cesser d'être souverains. »
I-A CHINE RT L VNXVM 3^1
Mais, nous dira-t-on, puisque cette soi-disant suzeraineté
n'est que platonique, qu'elle n'est qu'une tradition sans im-
portance pratique, pourquoi tout en traitant directement
avec FAnnam et en lui imposant notre protectorat, ne pas
laisser à la Chine la légère satisfaction de voir reconnaître
la coutume? Simplement parce que d'un privilège purement
honorifique, la Chine prétendait faire un droit absolu et que,
s appuyant sur une fiction, elle aurait voulu obtenir une
suzeraineté réelle. Comme l'a fort bien dit le marquis Tseng,
dans une conversation reproduite par le Temps, du 28 juin
i883 : « La question à débattre à Chang-Haï comme h Paris
est celle des droits de suzeraineté de la Chine sur l'Annam,
et c'est de l'accord qui interviendra entre les deux gouver-
nements sur ce premier point que dépendra l'issue de toutes
les négociations ultérieures. »
Or, nous venons d'examiner quelle était la valeur de la
soi-disant suzeraineté de la Chine, quelles étaient les pré-
tentions chimériqpies du Céleste-Empire. La base même des
négociations du marquis Ts'êng n'existait pas. C'est ce que
nous voulions démontrer*.
La lettre de Ts'êng était son œuvre personnelle, moins
toutefois que celle de conseillers étrangers qu'il avait près de
lui. Au mois de janvier 1882, ni l'Angleterre, ni l'Alle-
magne ne poussaient le diplomate chinois. M. de Brandt ré-
pétait à satiété à M. Bourée que non seulement son gouver-
nement verrait sans déplaisir la France aller au Tong-King,
mais qu'il appelait même de tous ses vœux une expédition
destinée à ouvrir au commerce allemand de nouveaux et
précieux débouchés, en laissant à d'autres les difficultés et
les frais d'une entreprise profitable pour tous. Li Houng-
tchang lui-même n'apportait pas dans les négociations, l'âpreté
I. Le conflit entre la France et la Chine... par Henri Cordier.
Paris, i883, br. in-8.
343 i/affaire du tong-ring
de Ts'êng en qui, il redoutait avec raison un rival. Toute-
fois, il ne fallait plus se bercer d'illusions : Tentente était
nouée entre la cour de Hué et celle de Pé-King dans une
pensée de résistance contre nous ; toute la contrée où nous
voulions nous établir était envahie par les forces chinoises.
LES PAVILLONS NOIRS
Deux Français, MM. Courtin et Villeroi, en route pour le
Yun-Nan, insultés au sortir de Bao-hâ, le 8 octobre, furent
attaqués par les Pavillons Noirs le i5 octobre au petit fort
de Lu, situé sur la rive gauche du fleuve en face de Ngoi
Nu, à 4o milles environ de Lao-kay, et un Malais à leur
service fut blessé ; obligés de redescendre le fleuve, les
voyageurs arrivèrent le 17 à Houng Hoa, où précisément le
Chef des Pavillons Noirs venait d'arriver avec une troupe
assez nombreuse pour assister à une fête en Thonneur du
roi ; insultés là encore, ils furent obligés de fuir jusqu'à
l'embouchure de la Rivière Noire d'où ils expédièrent leur
blessé à Ha-noï.
J*ai demandé au Thuong-Bac, écrivait au Gouverneur notre
chargé d'afTaircs à Hué, le 3i déc. 1881,... quelle décision avait
été prise rolativcincnt aux « Pavillons Noirs ». Il m'a répondu
qu'on allait écrire, pour dire de les renvoyer, mais que le délai
fixé par nous était trop court , qu'il fallait deux mois , au
moins, jX)ur régler cette aflaire. 11 a entrepris ensuite de justi-
fier la présence de ces bandes au Tong-King, disant que depuis
longtemps, bien avant le traité, il y avait des rebelles dans cette
région. Ses explications furent aussi vagues, aussi confuses
qu'inintelligibles.
Plus tard, M. Rheinart disait encore (Hué, 4 janvier
1882) :
Les slatisti(|ues de la Douane, et la connaissance que nous avons
des tarifs douaniers de Luu Vinh-phuoc, nous permettraient
LES PAVILLO^S NOIRS S/lS
dVlablir à peu près le relevé des sommes indûment perçues par
ce chef de bande, avec les noms des commerçants qui ont payé.
Si nous désirons embarrasser le Gouvernement annamite, nous
pourrions le mettre en demeure de rembourser ces sommes, en
faisant valoir que Luu Vinh-phuoc était fonctionnaire anna-
mite.
Dans une entrevue de M. Rheinart avec le Thuong Bâo,
celui-ci vient à prendre ouvertement la défense des Pavillons
Noirs * : .
Le Tliuong-Bàc « représente d'abord Luu Vinh-phuoc et sa
l)ande comme étant de trop mince valeur pour que nous nous
ima'^înions devoir intervenir : Tautorité annamite saurait vite,
si nous le souhaitions, les faire disparaître. Il contesta ensuite
qu'il Y eût jamais eu de droits perçus sur les marchandises par ces
fîens : ce sont les commerçants, prétend-on, qui ont imaginé ces
fables auxquelles on ne doit pas ajouter foi. Peu à peu le discours
changea. Luu Vinh-phuoc ayant rendu des services et fait sa
soumission avait été chargé de garder le haut du fleuve sans cesse
exposé, sans secours, aux incursions de bandes de brigands. Si
on le chassait, le pays serait sans défense contre eux : que devien-
draient aussi ces « Pavillons Noirs » débandés et pourchassés ; ils
susciteraient des désordres dont nous serions la cause première,
dont nous aurions en quelque sorte la responsabilité. Luu Vinh-
phuoc n'a jamais pu se permettre de nous insulter, et, enfin,
pourquoi nous imposer inutilement de grosses dépenses. Le
Irailé nous oblige à secourir l'Annam en cas de besoin, et cepen-
dant on ne nous a jamais adressé aucune demande pour nous
causer de dérangements que l'on peut éviter.
Au mois de février 1882, il est question d'envoyer en
France une ambassade dont le chef serait le Tong-Doc de
Binh-Dinh, ancien Tham-Bien du Thuong Bac, puis Tuan
Phu, au Quang-Binh ; le second amba«adeur serait le bien
Ly trân. A ce sujet, M. Rheinart écrivait au Gouverneur
(Hué, 18 février 1882) : « J'espère que Ton demeurera
rigoureusement fidèle à la résolution adoptée, de ne laisser
I. M. Rheinart au Gouverneur, la avril 1S82.
ï^Ti
LE COMMANDANT RIVIÈRE A HA-KOÏ 3^5
prendre avant rarrivée de Tamiral Pierre, nommé comman-
dant supérieur des forces de terre et de mer. Le i*^*" février,
on apprend h Saigon la chute du ministère Gambetta,
M. Gougeard suit le premier ministre dans sa retraite ^ »
Saigon, 17 janvier 1882*.
A la suite de Taltaque dont ont clé victimes MM. Courlin et Vil-
leroi, voyageurs Français munis de passeports réguliers. j*ai dû
faire des représentations au Gouvernement Annamite et Tengager
à expulser de son territoire les mercenaires chinois h sa solde
connus sous le nom de « Pavillons Noirs ». Sans repousser ma
demande, la Cour de Hué. sous le prétexte que ces irréguliers lui
avaient rendu des services, mais en réalité par impuissance, n*a
pu me donner satisfaction ; elle s'est contentée de me répondre
qu'elle éloignerait ces bandes.
D'un autre côté, j'apprends que Luu Vinh-phuoc vient de se
rendre en Chine, salué sur son passage comme un chef d'ar-
mée, et emportant des sommes considérables destinées sans aucun
doute, à recruter de nouveaux soldats. En même temps, dos
saisies opérées par les t>ouanes ont prouvé qu'il se faisait un
approvisionnement considérable d'armes à tir rapide et de mu-
nitions de guerre.
Dans ces conditions, il me parait nécessaire de mettre nos
troupes à l'abri d'une surprise et j'ai décidé que la garnison
de Hanoï serait doublée.
Vous voudrez bien donner des instructions pour que le « Drac »
appareille Jeudi soir et porte au Tong-King deux compagnies de
renfort.
Je désire que vous présidiez à cette opération. Vous connaissez,
mon cher Commandant, les vues du Gouvernement de la Répu-
blique, il ne veut à aucun prix faire, à 4 mille lieues de la
France, une guerre de conquête qui entraînerait le pays dans de
graves complications.
C'est politiquement, pacifiquement, administrativement que
I. I^ commandant Bivière et l'expédition du Tonkin^ par Charles
Baude de Maurcelej, avec une préface de Alexandre Dumas fils. Paris,
Paul OliendorfT, i884. gr. in-i8; voir p. 107.
a. M. Le Mjre de Vilers au commandant Rivière. — Livre jaune,
p. aoa.
-•«»-^ •"
3^6 l'affaire du tong-e^ing
nous devons étendre et affermir notre influence au Tong-Ring et
en Annam : aussi la mesure que nous prenons, aujourd'hui, csl-
ellc essentiellement préventive.
Vous devrez donc n'avoir recours à la force qu'en cas d'abso-
lue nécessité, et je compte sur votre prudence pour éviter celte
éventualité peu probable d'ailleurs.
Nous n'avons pas à Hanoï le casernement nécessaire pour loger
45o hommes. Vous aurez à créer une installation provisoire ; je
vous recommande de la faire aussi salubre que possible, car
avant tout il faut ménager la vie et la santé de nos soldats.
Gomme vous le savez, des Douanes intérieures ont été placées
par les Pavillons Noirs sur le cours du Song-Koy et de ses affluents,
contrairement aux traités. Vous aurez à surveiller le Fleuve, et je
considère comme très utile d'établir un poste fortifié à l'embou-
chure de la Rivière Glaire. Vous ferez étudier le projet par l'ofli-
cier du génie que je mets h votre disposition et vous commen -
cercz les travaux lorsque vous jugerez pouvoir le faire sans sortir
du programme pacifique que je vous ai indiqué.
Incontestablement les autorités annamites auxquelles nous
nous adresserons pour obtenir la cession du terrain, feront des
observations , demanderont à en référer à Hué et chercheront à
gagner du temps ; vous passerez outre, lorsque le moment vous
paraîtra venu. J'ai, du reste, tout lieu de croire que vous ne
rencontrerez aucune opposition sérieuse. Vous ne devez avoir
aucun rapport direct ou indirect avec les Pavillons Noirs; pour
nous ce sont des pirates et vous les traiterez comme tels, s'ils se
mettent sur votre route; seulement comme nous devons nous
montrer ménager de la vie humaine, au lieu de les passer par
les armes, vous les expédieriez à Saigon et je les ferais interner à
Poulo-Gondor.
Dans le cas peu probable où vous rencontreriez des troupes
impériales chinoises, vous éviterez soigneusement un conflit.
11 est possible que votre présence seule provoque un mouve-
ment insurrectionnel de la part de la population : vous aurez
grand soin de ne pas vous y associer sans m'en avoir référé.
Les fonds nécessaires à la première installation seront mis à
votre disposition par M. le Ghef du service administratif; ulté-
rieurement, je prendrai les mesures nécessaires pour que les tra-
vaux d'établissement soient payés sur les Douanes.
Si vous aviez besoin de forces supplémentaires, vous m'en
feriez la demande et j'y satisferais immédiatement.
LE COMMANDANT RIVIÈRE A HA-NOÏ 347
Je ne crois pas devoir vous donner d'instructions plus détail-
lées, elles ne feraient que vous entraver, car probablement il se
produira des incidents et des nécessités que je ne puis prévoir,
mais je compte sur votre patriotisme et votre sagesse pour ne
pas engager le Gouvernement de la République dans une voie
qu'il ne veut pas suivre.
Toute ma pensée peut se résumer en cette phrase : évitez les
coups de fusil, ils ne serviraient à rien qu'à nous créer des
embarras.
L^amiral Jauréguiberry, ministre de la Marine, donna
son approbation à ces instructions (Paris, 4 mars 1882) et
ajoutait dans sa lettre au gouverneur de la Cochinchine :
« J'ai tout lieu d'espérer que M . Rivière saura faire face à
la situation délicate que nous crée au Tong-King la présence
de nombreuses bandes armées qui occupent ce pays sous
divers pavillons. » De son côté, M. de Freycinet, ministre
des Affaires étrangères, écrivait à son collègue de la Marine
(16 mars 1882) qu'il ne pouvait qu'approuver les ordres
écrits de M. Le Myre de Vilers. D'ailleurs, le gouvernement
français était déterminé à donner un caractère plus accentué
à notre protectorat sur le royaume d'Annam.
Enfin, Rivière quitte Ha-noï le 25 mars en qualité de
commandant supérieur avec le Drac et le Primauguet, por-
tant deux compagnies d'infanterie de marine, commandées
par le chef de bataillon Chanu, vingt tirailleurs annamites,
M. Dupommier, capitaine du génie, trente marins du Tilsitt
sous les ordres du lieutenant de vaisseau Thesmar, quelques
artilleurs et le D*" Maget. En arrivant. Rivière trouvait
M. Berthe de Villers, deux compagnies et trois canons*.
Notre consul, à Ha-noï, écrivait le 16 avril au gouver-
neur :
L'arrivée de nos troupes a produit un grand cflet dans lo
pays. Les mandarins de Hanoï surtout ont été très émus.
I. Baude do Maurcelcj, p. lai.
348 i/affaike du tong-king
Malgré les assurances toutes pacifiques que leur a données dès
son arrivée M. le Commandant Rivière, ils ont commencé aus-
si tM à mettre la citadelle en état de défense et nous en ont
interdit Tentrée, sauf pour les visites officielles, qui doivent èlre
chaque fois l'objet d'un accord spécial; encore le Tong-Doc.
Gouverneur général de Ha-noï et Ninh-Binh, refuse-t-il de les
rendre en personne, ne voulant plus sortir un seul instant de la
place qui lui est confiée. Tous les soldats en congé ont été raj)-
pelés; d'autres arrivent des provinces voisines et on ordonne
partout de nouvelles levées. Enfin, sauf l'apjx?! aux Chinois, qui
serait une provocation trop directe à notre endroit, les autorités
de Ha-noï rassemblent toutes les forces à leur disposition. Quant
à la population, elle n'a pas cessé de nous témoigner de la bien-
veillance, mais, en général, on croit peu à la paix. 11 ne m*csl
pas possible de vous le cacher, M. le Gouverneur, je pense moi-
même que les circonstances amèneront fatalement la rupture
que nous aurions voulu éviter.
De Hué, le même jour, i6 avril, notre chargé d'Affaires
écrivait au gouverneur :
Cet envoi de troupes a causé ici une grande émotion ; on se
demande quels sont nos projets, on craint que nous regrettions
d'avoir rendu les quatre provinces dont les citadelles avaient été
enlevées en 1873 par M. Garnier, et que nous nous disposions
à les reprendre. S. M. est. dit-on, en proie à une grande agita-
tion, qui se traduit par de généreuses distributions de coups de
rotins à ses femmes innocentes, victimes de la politique.
Les mandarins de Ha-noï accumulant soldats et munitions
dans la citadelle qu'ils entouraient de nouvelles fortifications,
le danger pouvait devenir grand pour la petite armée fran-
çaise. Les mêmes causes engendrent les mêmes effets, et ce
qui provoqua la prise de la citadelle de Ha-noï par Francis
Garnier en 1878, devait forcer Rivière à Faction en 1882.
Voyant ses remontrances restées sans effet, Rivière se décide
à adresser l'ultimatum suivant au Tong-Doc' :
1. Livre jaune, p. a^a.
LE COMMANDANT RIVIÈRE A HA-NOÏ 3^9
Hanoï, le 25 avril 1882.
Monsieur le Gouverneur,
Dès mon arrivée, je vous ai fait dire et je vous ai écrit dans
quelles intentions la France envoyait dos troupes à Hanoï. Elle
voulait être en situation meilleure pour protéger ses nationaux
et ses voyageurs contre les Drapeaux Noirs, 11 n*y avait dans cet
acte rien que d'amical et de conforme avec son alliance avec le
Gouvernement Annamite.
Comment avez-vous répondu à mes communications ? Par la
défiance et par l'hostilité.
Le lendemain même de notre arrivée, vous faisiez fermer
devant nos officiers, qui la traversaient librement la veille, les
portes de la citadelle. Dans la visite que je vous ai faite, je récla-
mais avec courtoisie contre cette mesure et néanmoins vous y
persévériez.
Vous ne m'avez pas rendu la visite que je vous ai faite.
Vous avez commencé immédiatement des travaux de défense
et vous les avez poussés plus vivement chaque jour de la façon la
moins déguisée et la plus apparente à nos yeux.
A deux reprises et à quelques jours de distance, quand le
Quan-anel le Tuan-Phu m'ont fait visite, je les ai priés de vous
dire que je ne voyais pas avec satisfaction ces travaux de la cita-
delle.
C'était un avertissement amical que je vous donnais. Vous
n'en avez pas tenu compte et les travaux ont été continués avec
plus d'activité que jamais.
Cet état de choses. Monsieur le Gouverneur, ne peut pas se
prolonger. La citadelle serait désormais pour nos troupes un
danger qui doit disparaître.
Or, écoutez maintenant ce que je vais vous dire.
La proposition que je vais vous faire est un moyen de conci-
liation pour que le différend actuel ne s'aggrave pas entre les
doux gouvernements.
Je vous propose, aux conditions que je vais dire, de me rendre
la citadelle.
Dans ce but, aujourd'hui, et aussitôt avoir reçu cette lettre,
vous donnerez à vos troupes l'ordre d'évacuer la citadelle après
y avoir déposé leurs armes et d'en ouvrir les portes ; et pour
gage que ces ordres seront exécutés, vous vous remettrez de
votre personne entre mes mains, ainsi que le Tuan-Phu , le
J» -faj. ».
35o l'affaire du tong-king
Quan-bô, le Quan-an, le Dé>Doc, le Chànli Lânh-binh et le
Pho Lành-binh à huit heures précises du matin.
Le délai est court, mais il y a assez longtemps que vous pouvez
prévoir toutes les conséquences de ce qui se passe pour que vous
n'en soyez pas étonné.
Je vous attendrai donc chez moi à huit heures du matin. Mes
soldats prendront alors, de votre aveu et sans] qu'aucune résis-
tance leur soit opposée, possession de la citadelle.
Je me réserve de prendre dans la citadelle Tes dispositions qui
nie paraîtront convenables pour la rendre désormais hors d*élat
de nuire à nos troupes.
Mais après avoir pris ces dis|)osi lions, ce qui nécessitera un
espace de trois jours, je m'engage à vous remettre la citadelle
avec ses magasins, établissements cl logements, ainsi que la plus
grande partie de son enceinte.
Rien ne sera changé dans l'administration intérieure de la
province, qui continuera à appartenir au gouvernement de
S. M. le Roi d'Annam.
La citadelle seule sans cesser de vous appartenir, aura cessé
d'être pour nous un sujet de défiance.
Si vous acceptez ces conditions, la bonne harmonie sera réta-
blie enlre nous et votre arrivée à huit heures au Consulat prou-
vera que vous voulez la paix et la concorde.
Mais si à huit heures précises vous n'êtes pas venu vous-même
au Consulat avec tous les mandarins ci-dessus dénommés pour
me faire savoir que vous avez accepté mes conditions, l'attaque
de la citadelle par mes troupes commencera immédiatement.
Le Tong-Doc n'ayant rien répondu à cet ultimatum, Tal-
taque de la citadelle par les troupes françaises commença :
PRISE DE LA CITADELLE DE HA->'OÏ
Hanoï, le a5 avril 1882*.
Monsieur le Gouverneur,
Ainsi que ma lettre du 10-18 avril vous le faisait pressentir,
1. LeUre du commandant Rivière à M. Le Myre de Viicrs. — Livre
jaune ^ p 'jt\i. — Voir le rapport de Rivière au ministre de la marine,
ibid., p. 246.
PRISE DE LA CITADELLE DE HA-NOÏ 35 1
j'ai dû prendre la citadelle de Hanoï. Cela ne pouvait pas durer.
Je TOUS envoie ma lettre au Tong-Doc, qui vous mettra provi-
soirement au courant.
A 8 heures i5, la « Fanfare ». la a Massue » et la « Cara-
bine » ont commencé le bombardement. A lo heures 45. on a
donné l'assaut par escalade et en attaquant directement les portes
Nord et Est et à 1 1 heures i5 la citadelle était prise. Nous avons
quatre blessés, non grièvement, dont Monsieur le Chef de Ba-
taillon de Villers (contusion d*un biscaïen au genou). J'ai fait
aussitôt prendre les douanes à Kergaradec.
Je pense que nous pourrons laisser l'administration civile aux
mandarins. J'ai négocié et négocié pour cela. Il y aura tout
profit pour nous et aucune peine. Je crois que notre occupation
au Tong-king doit se résumer en une occupation militaire. On
tourne doucement la vis et l'argent, comme l'influence, nous
restent acquis. Je m'empresse de rendre la citadelle inolTensive
à l'avenir. J'ai fait jeter dès aujourd'hui la moitié de ses canons
dans les fossés. Demain on fera le reste, sauter les portes, et des
brèches. Notre concession fortifiée, et je vais y aviser, en com-
munication par eau, avec Ilaï-Phong, est notre seul point d'oc-
cupation vrai. Tout au plus un bon {)etit blockhaus dans la cita-
delle, avec un chemin libre qui la relie à la concession. Avec
un poste sur la rivière Claire, la navigation du fleuve Rouge est
déjà assurée. On verra après. J'attends vos ordres.
Quand Rivière entra dans la citadelle, le Tong-Doc s'était
pendu. Les mesures prises par le Commandant furent com-
plètement approuvées par le gouverneur de la Cochinchine
et le Ministre de la Marine.
Paris, le 20 juin 1882.
Monsieur le Gouverneur,
Votre lettre du 37 Avril dernier concernant l'état de nos rela-
tions avec TAnnam faisait prévoir les événements qui se sont
produits depuis lors au Tong-king et dont m'informe votre dé-
pêche du 2 Mai, confirma tive du télégramme du !•' du même
mois. La facilité du succès m'était démontrée par les événements
précédents et j'applaudis à la vigueur et à l'entrain avec lequel
cette affaire a été menée.
35 a l'affaire du tomg-king
Ce qui me préoccupe est la pensée au devant de laquelle,
d'ailleurs, vous allez vous-même : la nécessité de rendre nos
succès efficaces en bornant notre occupation.
Comme vous le dites : ce La seule éventualité qui me parait à
redouter serait de trop nous étendre ; en disséminant nos forces,
nous les rendrions inefficaces et nous nous exposerions à des
échecs de détail qui ruineraient notre prestige. »
Votre préoccupation est sage et je donne ma pleine adhésion
à l'intention que vous manifestez de faire administrer provisoi-
rement la province de Hanoï au nom du roi Tu-Duc, en ne
conservant en nos mains que la haute police et la gestion des
Douanes. Cette attitude est d'ailleurs conforme au Traité de 1874.
Vous vous proposez d'assurer la libre navigation du Song-Koy
et de tenir en respect les <c Pavillons Noirs » en créant un poste
fortifié au confluent de la rivière Claire. L'emplacement est bien
choisi : en nous établissant sur quelques points où nous con-
centrerons nos ressources militaires et où nous pourrons faire
rayonner notre action, nous arriverons au but sans exagérer nos
effectifs. Vous pensez que les fonds trouvés dans la citadelle suf-
firont à payer les frais de cet établissement.
Vous prévoyez, en outre, que l'ouverture du port de Nam-
Dinh vous procurera une augmentation de droits d'environ
100 000 piastres et qu'aucun crédit ne vous sera nécessaire. Je
prends acte avec plaisir de cette double déclaration.
Le Gouvernement de Hué peut se convaincre à cette heure
que nous sommes décidés à faire respecter les traités et à em-
ployer les moyens nécessaires pour les exécuter; en un mot à
assurer la libre navigation du Song-Koy que ce gouvernement se
montrait impuissant à garantir, si, toutefois, il le désirait. Main-
tenant il s'aperçoit que les mesures dilatoires ne sauraient pré-
valoir contre notre ferme volonté.
Je donne donc mon approbation aux premières mesures que
vous avez prises.
J'approuve également les nouvelles instructions par vous
données le a Mai à M. le Commandant Rivière et la recomman-
dation que vous lui adressez d'éviter des complications inutiles,
l'état de l'Europe ' ne permettant pas à la France de s'engager
dans des entreprises longues et coûteuses.
I. Alexandrie fut bombardée en juillet 1882.
PRISE DE LA CITADELLE DE HA-NOÏ 353
Je constate avec plaisir que sagement vous ne voulez rien
laisser à Taventurc et à rentrainement du succès, et que votre
politique tracée par votre dépêche du 5 Mai est conforme à
celle du Département : « Profiter du terrain actjuis par noire
acte de vigueur pour asseoir d'une manière plus complète notre
autorité et notre influence dans le bassin du Song-Koy, sans
avoir recours à l'occupation effective du pays. »
Nos relations avec la cour de Hué, pouvait écrire M. Le
Myre de Vîlers au ministre de la Marine, le ii juin 1882,
trop tendues à la suite de la prise de la citadelle, ont été
maintenues grâce à la modération dans le succès de M. le
commandant de la station navale, à la prudence de notre
chargé d'Affaires et au désir de S. M. le roi Tu -Duc de con-
server la paix pendant la fin de son règne.
Le marquis Ts'êng s'émut de la nouvelle, parvenue à
Paris, de la prise de la citadelle de Hanoï, et présenta par
écrit et de vive voix à M. de Freycinet des observations
fondées sur le prétendu droit de suzeraineté de la Chine sur
r.Vnnam ; il demandait même le rappel de nos troupes du
Tong-King (6 mai 1882). M. de Freycinet lui répondit
(3i mai) « que le gouvernement de la République, soucieux
de faire respecter un acte qu'il a signé, avait donné aux
autorités coloniales en Cochincbine l'ordre d'assurer l'exc-
cution du traité conclu entre la France et l'empire annamite
en 1874 ».
Le 9 mai, les ministres du Tsoung-li Yamen se rendirent
à Pé-King à notre légation, pour avoir des renseignements
sur ce qui se passait au Tong-King, et demander à notre
ministre d'aviser le gouvernement français pour « rappeler
que l'Annam est placé sous la suzeraineté de la Chine et
jKJur demander que le fait soit ainsi constaté ».
Suivant une habitude trop répandue dans notre pays, les
diverses administrations ne se concertaient pas entre elles,
aussi l'action manquait-elle d'unité.
CORDIER. II. — 2 3
354 l'affah
M. Bourée, ministre de
Freycinel, président du ce
gères à Paris.
P6-King. le a6juin iSSa.
Jo continue d'être sans nouvelle aucune de ce qui se passe au
Tong-King autrement que par quelques rares corrcs|Kindancrs
publiées dans les journaux de Cdiang-Hai. Le ton nous en est d'ail-
leurs, très »)'iiipalliique. J'ai écrit la semaine dernière à M. Le
Vivre de Vîlers pour faire ressortir k ses yeux les évidents incon-
vénients qu'il y a à laisser ainsi la Légation démunie de toute
inTornialion sur les événements qui l'intéreasent h un si haut
degré, et au sujet desquels je puis, d'un instant i l'autre, avoir
à répondre, connue je me suis ti'ouvé dans le cas de le faire, à des
interpellation!! qui ne devraient jamais me prcndi'c au dépourvu.
J<- serais reconnaissant h votre Evcellcncc de vouloir bien insister
auprès de son collègue, M. l'annral Jauréguiberry pour que
M. le Gouverneur de la Cocliincliine reçoive des instructions
dans ce sens. De mon càté je ne manquerai |>as de faire tenir k
M. Le Myre de Vilers. tous les renseignements se rapportant aux
allaires de l'Annam que je parviendrais k recueillir et qui me
pi rai Iraient de nature à l'intéresser.
J'ai reçu liier de M. 'l'amiral Meyer, actuellement au Japon,
un lélégramnM^ m'aniionçant qu'il venaitd'étrc invité à envover
deux des navires de sa division à ilaïphong. Le Conuuandnnl
de notre station navale n'est jias plus au courant que moi-même
do ce qui a pu pro>0(]uer cette décision et I) me demande si j'ai
entendu parler de n l'apparition d'une escadrille de canonnièrft*
elilnoiscs dans le golfe du Tong-King s. Les journaux chinois
avalent il y a trois semaines, parlé de quelque chose de semhla-
lilo, mais je n'y avais attaché aucune importance. La commu-
nication de l'Amiral me ht supposer que nous nous trouvions
en présence d'une manifestation plus sérieuse que je ne l'avais
pensé. Je me suis hâté de demander des éclaircissements au
Vamon. Les Ministres m'ont donné l'assurance formelle n que
B cette nouvelle était dénuée de tout fondement et qu'aucun
u olliclcr général, ni aucun Lâtiincnt de guerre chinois, n'avait
e été envoyé dans cette direction ».
Car conlrc, des troupes Impériales en assez grand nonibre,
auraient élé é(.-heloi niées tout le long de la frontière sur le terri-
toire annamile.
PRISE DE LA CITADELLE DE HA-NOÏ 355
« Ces dispositions ont été prises, a-l-il été dit à mon premier
« interprète, uniquement en vue d'interdire l'accès du terri-
(t toirc chinois aux bandes des insurgés qui parcourent les dis-
« tricls septentrionaux du Tonkin et que vous poursuivez vous-
« même : mais elles ne sauraient avoir aucune influence sur
Œ rien de ce qui a trait à notre police fluviale du Song-Koy.
« Du Teste, ont ajouté en terminant, les membres du Yamon,
nous avons chargé le Marquis Tseng de traiter celte alTairc à
Paris, et c'est pourquoi nous avons évité d'y revenir dans nos
entretiens avec M. Bourée. »
Voici la réponse du gouverneur de la Cochinchine à la
lettre de notre ministre à Pé-King :
Saigon, le 8 juillet 1883.
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre dépt'fche,
en date du 9 juin, et de la lettre particulière que vous avez bien
voulu me communiquer.
Notre situation au Tong-King est aussi bonne que possible et
nos relations avec la Cour de Hué sont devenues plus cordiales
qil'elles ne l'ont jamais été.
La prise de la citadelle d'Hanoï n'a été qu'un incident fâ-
cheux causé par la maladresse et le zèle intempestif du long
Doc ; le Gouvernement Annamite l'a reconnu lui-même et a,
depuis, par de judicieuses instructions données à dos gouver-
neurs de province, prévenu le retour de semblables nécessités.
Mes instructions du i et t4 Janvier sont tellement catégori-
ques que je ne crois pas avoir à me préoccuper des observations
que peut présenter la Cour de Pé-king ; M. le Ministre des Af-
faires étrangères a d'ailleurs prévenu M. le Marquis de Ts'èng
que les réclamations de Son Gouvernement ne pourraient être
accueillies et que nous gardions notre liberté d'action.
Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, les assurances de ma
haute considération.
Le Gouverneur :
Le Myre de Yilers.
i
356 L AFFAIRE DU TONG-KING
Le Ministre de la Marine semble partager la manière de
voir de M. Bourée :
Paris, le 6 Septembre 1882.
Monsieur le Gouverneur,
M. le Ministre des Aflaires Étrangères m'ayant fait part der-
nièrement d'une dcpôche de notre consul à Canton, qui signa-
lait le bruit de l'envoi de canonnières chinoises dans les eaux
du ïonkin, j*ai fait connaître à mon collègue les doutes que
m'inspirait ce renseignement.
Sur ces entrefaites, M. Duclerc* recevait de noire Ministre en
Chine la lettre du 26 Juin, dont une copie est ci-jointe, et do
laquelle il résulte que la nouvelle en question a été efTectivc-
mciit répandue dans rExtrème-Orient. Mais, lorsque M. Bourée,
avisé par M. le Contre-Amiral Meyer, a interrogé à ce sujet le
Tsong-li Yamen, les membres du Conseil des Affaires élrangères
lui ont formellement déclaré qu'aucun bAtiment de guerre chinois
n'avait reçu l'ordre de se rendre dans le golfe duTonkin.
Comme vous le verrez, notre ministre en Chine signale les
avantages qu'il y aurait à ce que la légation fût tenue, pr
vous, au courant des principaux événements du Tonquin. De
son côté, M. Bourée se propose de vous faire parvenir toutes les
informations se rapportant aux affaires de l'Annam et qui se-
raient de nature à vous intéresser.
Le service ne peut, en effet, que gagner à l'échange de ces
communications réciproques, entre le Couverneur de Cochin-
chine d'une part, et le Ministre de France, ainsi que le Contre-
Amiral, Conunandant en Chef de la Division des Mers de
Chine, d'autre part.
J'ai l'honneur de vous prier, en conséquence de vouloir bien
échanger, avec M. Bourée et avec M. le Contre-Amiral Meyer,
d(»s communications aussi fréquentes que les circonstances vous
paraîtront l'exiger, pour les tenir au courant des faits les plus
importants qui se produisent au Tong-King. J'écris, en même
temps, à M. le Contre-Amiral Commandant en Chef la division
de Chine, pour qu'il ne manque pas non plus de vous fournir,
dans le même ordre d'idées, les indications qu'il jwurrait re-
cueillir et (ju'il croirait devoir vous intéresser.
I. M. Duclerc avait remplacé M. de Freycinet, le 7 août 1882.
PRISE DE LA CITADKU.K DK II\->OÏ ^'^J
Il y avait une grande différence entre le langage tenu par
Ts'êng à Paris, et celui du Tsoung-li Yamen à Pé-King. Le
Miaislre de la Marine écrivait à M. Le Myre de Vilers :
Paris, le 29 Septembre 1882.
MoKsiEUR LE Gouverneur,
J'allais saisir M. le Ministre des Affaires Etrangrres du projet
de convention additionnelle au traité de 187/i avec TAnnani
joint à votre comunuiicalion du 3 Juillet dernier , lors(pie m'est
parvenu votre télégramme ainsi conçu :
« Ne déposez pas convention au Parlement, situation cliaii-
gce. »
Depuis lors, vos deux lettres des 6, 7 et ï3 Août dernier,
mont fait connaître le revirement complet qui s'est produit
dans votre esprit au sujet des Affaires du Tong-Ki ng et de la
politique à suivre avec la Cour de Hué. J'ai peine à m'expliquer,
je l'avoue, en m'en tenant aux termes de vos dernières corres-
pondances, les causes qui ont pu produire une moditicatioii,
aussi complète de votre attitude. De vos communications anté-
rieures, de celles de notre chargé d'affaires à Hué, il résultait ce
fait que la prise de la citadelle d'Hanoï avait produit sur S. M.
Tu-Duc et sur son entourage un effet considérable et dout il
était important de profiter immédiatement. Se soumettant au
fait accompli, le Gouvernement annamite avait désavoué ceux
de ses agents dont la résistance avait motivé de notre part cet
acte d'énergie et les avait remplacés par des Gonmiissaires plus
raisonnables et manifestement sympathiques h notre influence.
Tout en prévoyant la nécessité d'une action plus énergique de
notre part contre les chinois du pavillon noir et en manifestant
quelque doute sur les ouvertures de soumission faites par leiu'
chef, vous considériez comme possible d'asseoir d'une manière
plus complète notre autorité et notre influence sur le bassin du
Song Koy sans avoir recours à l'occupation effective. Le soin de
l'administration et de la distribution de la Justice devait rester
confié aux mandarins annamites : nous ne nous réservions que
la haute police sur toute la région et la gérance directe des
Douanes en tenant les autorités annamites au courant de nos
opérations. Vous estimiez que, pour prendre dans le pays celte
altitude plus accentuée et plus conforme à nos intérêts et à notre
358 i/affaire du tong-king
dignité, vous possédiez des ressoiirœs suffisantes en hommes et
en argent.
Enfm, vous exprimiez Ta vis qu'il convenait de profiler de
l'émotion profonde produite sur la cour de Hué pour obtenir
de S. M. Tu-Duc la signature d'un traité additionnel plaçant
nettement l'Annam sous notre protectorat. Cette disposition nie
paraissait emprunter un caractère particulier d'urgence à l'inci-
dent fâcheux qui a eu pour dénouement l'exécution du fermier
d'opium, Nai Dzong. Ce chinois étant un sujet anglais de Sîn-
gaporc, le Gouvernement britannique pouvait profiter de Tin-
suffisance du traité de 1874 pour demander directement satis-
faction au Gouvernement de Hué et mettre ainsi en échec notre
situation vis-à-vis de l'Annam.
Cette politique, si nettement accusée et à laquelle j'avais
adhéré en donnant mon approbation aux instructions par vous
adressées en ce sens à M. Rheinart et à M. le Commandant
Rivière, se trouve aujourd'hui presque complètement infirmée.
D'une part, prenant texte des événements survenus en Égvple
et de mes recommandations de ne nous engager dans aucune
complication nouvelle, vous limitez notre action au Tonkin à
l'occupation de la pagode royale d'Hanoï et à la gérance directe
dos Douanes ; de l'autre, vous êtes d'avis de n'apporl«r aucune
amélioration au traité de 1874 dont l'insuflisance vous paraissait
si nettement démontrée.
Quels sont les incidents locaux qui ont motivé ces change-
ments ? J'en cherche en vain la trace dans votre corresjX)ndanre.
Je ne saurais, en efTct, considérer comme sérieusement menaçant
l'article du Chen pao. Gazette de Chang-Haî, que vous a adresse
notre consul général et dans lequel on prête à la Chine des in-
tentions hostiles à notre endroit. Déjà, on avait fait courir le
bruit que le Céleste Empire avait envoyé ou se disposait à en-
voyer des canonnières dans le Tong-King pour nous en expulser,
vérification faite, ces nouvelles ont été reconnues dénuées do
fondement. Nous sommes bien résolus, d'autre part, à repousser
énergiquemcnt, le traité de 1874 en main, l'intervention de la
Chine dans les aflaires de l'Annam, et j'ai lieu de |)enser que
celle attitude bien nette de notre part, suffira'à faire disparaître
toute démonstration sérieuse de ce côté. Quant aux alTaires
d'Egypte, elles sont maintenant entrées dans une phase qui ne
pont avoir aucune influenre directe sur notre politique au Tong-
King et vis-à-vis de l'Annam. A moins de difficultcs que je ne
PRISK DE LA CITADELLE DE HA-NOÏ 35 ()
connais pas, je ne vois guère, je le répèle, les raisons qui ont
pu vous conduire à modifier la ligne politique par vous-même
Iracëe et que j'avais acceptée dans la mesure de prudence et de
réserve dont vous ne devez jamais vous départir.
J'aime à penser que vous trouverez l'occasion de renouer avec
l'Annam les négociations nécessaires pour apporter au traité du
1 5 mars 1874 des modifications qui nous assurent, sans con-
teste, le protectorat de ce pays et une action prépondérante dans
le Tong-King.
P. S. La Dépêche télégraphique que vous m'avez adressée lo
24 de ce mois et à laquelle je réponds spécialement ne me pa-
raît pas de nature à modifier la ligne de conduite que j'ai tracée
plus haut.
Un revirement, en effet, s'était produit dans Tesprit des
conseillers de Tu-Duc, probablement sous rinflucncc des
nouvelles de Chine : on faisait courir le bruit que 5oo hom-
mes de l'armée chinoise avaient débarqué à Pak-hoi et qu'un
vice-roi hostile était nommé à Canton. Il fallait absolument
mettre un terme à la situation qui nous était faite au Tong-
King, aussi M. Duclerc, ministre des Affaires étrangères,
écrivait-il le i4 novembre 1882 à l'amiral Jauréguiberry :
Le résultat que vous avez en vtie n'est pas, quant à présent,
l'exercice de la souveraineté sur cette province, mais l'établisse-
ment d'un protectorat complet, avec prélèvement d'une partie
des impôts en vue de diminuer les charges de notre occupa-
lion.
Vous proposez à cet effet d'envoyer h Hué un Envoyé extraor-
dinaire qui recevrait pour mission de représenter au (iouverne-
ment annamite l'impossibilité où il se trouve de maintenir
Tordre dans le Tong-King, et qui s'efforcerait de lui faire ac-
cepter formellement notre protectorat. Nous nous engagerions,
de notre côté, à rétablir l'ordre dans la province vassale sur
laquelle l'Annam n'exerce en ce moment qu'une souveraineté
nominale.
Une double démonstration militaire appuierait, à Hué et
même au Tong-King, les démarches de notre Représentant,
36o L* AFFAIRE DU TONG-KING
tandis qiio notre Ministre à Pé-King s'appliquerait à désinti^rcs-
ser le Tsoung-li Yamen de la question.
Je donne, en ce qui me concerne, ma pleine approbation au
projet que vous avez bien voulu ni*exposer. Je désirerais toute-
fois connaître, en temps utile, la teneur des dispositions con-
ventionnelles que vous proposez d*ajoutcr au traité de 1874»
afin d'en examiner les termes de concert avec vous.
Je suis tout prêt à me joindre à vous à Tefict de demander
aux Chambres les crédits nécessaires pour subvenir aux frais
d'expédition et d'occupation, et je ne doute pas que le Parle-
ment ne consente aisément h une dépense annuelle de 10 mil-
lions, qui paraît d'ailleurs devoir être couverte, dans un avenir
prochain, par les ressources des contrées sur lescjuelles nous au-
rons étendu notre protectorat.
Mais une dépêche de M. Bourée annonce le rappel des
troupes chinoises du Tong-King :
Ghang-IIaï, 5 Décembre 1882.
La guerre avec la Chine semblait inévitable ; je crois mainte-
nant que le danger est écarté ; après une résistance opiniâtre, le
Gouvernement chinois consent à rappeler ses troupes du Tong-
King. L'ordre de retraite a été expédié par courrier rapide au
Kouang-Si et au Yun-Nan. En attendant, il est urgent de télé-
graphier en Cochinchinc, afin de prévenir l'ouverture des hosti-
lités contre les trou|)es impériales. Nous sommes convenus que
pendant le délai nécessaire pour exécuter les instructions de Pé-
King, la responsabilité d'aucun des deux Gouvernements ne
serait engagée par une collision.
Je discute et je vous soumettrai bientôt les bases d'un arran-
gement pour l'ouverture du Yun-Nan.
M. Duclerc s'empresse d'annoncer à notre agent qu'il
donne l'ordre d'éviter tout conflit armé :
Paris, le 6 Décembre 188a.
Dès le reçu de votre télégramme d'hier, le Ministre de la
Marine a invité le Gonverneur de la Cochinchine à donner des
ordres précis pour que, k moins d'attaque à repousser, on n'en-
gage au Tong-King aucune action contre les troupes chinoises.
PHISR DE L\ CITADBLLK DE ll\-NOÏ 36 1
M. Le .Vivre de Vilers vient de répondre que celles-ci paraissiMit
s'être retirées sur la frontière, et qu'aucun engagement ne sem-
ble possible. Il envoie néanmoins des instructions au comman-
dant des forces françaises au Tong-King.
Enfin un nouveau télégramme de notre agent à Pé-King
annonçait l'envoi d'un projet de Convention :
Ghang-Haï, le 29 Décembre 1883.
Le prochain courrier portera un projet de convention com-
biné avec le Vice-Roi du Pe Tché-li et agréé par le Tsoung-li
Yamen ; ouverture du Yun-Nan ; reconnaissance de la protec-
tion française au Tong-King sauf sur une zone à délimiter sui-
vant la frontière chinoise ; garantie réciproque de cet état de
choses contre toute entreprise extérieure. Des télégrammes re-
présentent nos préparatifs pour le Tong-King comme hostiles à
la Chine. Si vous ne m'aidez pas à les démentir, l'accord paci-
fique sur les bases indiquées pourrait être compromis. Les forces
militaires chinoises dépassent beaucoup les appréciations du
Ministre de la Marine, Détails par la poste.
Les bases de l'arrangement négocié à Chang-Haï étaient
formulées dans un acte que M. Bourée qualifie lui-même de
mémorandum (Chang-Haï du 20 décembre 1882)* :
1° Il est stipulé, en premier lieu, que les troupes chinoises
évacueront le Tong-King, à condition que M. Bourée écrive
au Tsoung-li Yamen une lettre dans laquelle il déclarera
que la France ne poursuit aucun projet de conquête, aucune
entreprise contre la souveraineté territoriale de TAnnam.
Cette lettre a été remise par M, Bourée (même dépêche) ;
2" En second lieu, il est convenu que la ville de Lao-
Kay sera cédée à la Chine, qui y établira un poste de douane,
« de telle sorte que les produits étrangers ayant franchi
« cette barrière se trouveraient placés au delà sous le régime
« ordinaire de tous les produits qui ont pénétré dans Tinté-
I. Livre jaune, p. 3o-i.
362
L AFFAIRE DU TONG-KING
« rieur de la Chine par les ports ouverts ». — Dans la pen-
sée de M. Bource, cette clause impliquerait à notre avantage
Fouverture du Yun-Nan (télégramme de Chang-Haï du
29 décembre) ;
3" Enfin, une dernière clause divise le Tong-King en deuiL
zones placées sous la surveillance respective de la Chine cl
de la France, et consacre pour les deux Etals Tobligation de
garantir le Tong-King ainsi organisé.
Des trois clauses qui constituent rarrangemenl, Tune, la
première, a été immédiatement exécutée par les parties ;
quant aux deux dernières, elles ne pouvaient naturellement
être acceptées que ad référendum.
M. Duclerc donna son adhésion au principe de ces né-
gociations ; il ne se rendait peut-être pas compte de leur
portée.
Aussi bien la question du Tong-King était alors reléguée
au second plan : les yeux étaient fixés sur l'Egypte que
l'Angleterre avait occupée grâce à la faiblesse de nos gou-
vernants. Sans adopter un plan grandiose proposé par
l'amiral Jauréguiberry, qui était d'ailleurs le seul qui vît
juste, on envoyait au Tong-King la Corrèze avec 700 hom-
mes pour soutenir le commandant Rivière dont la position
pouvait être difficile sans renforts.
DISGRACE DE M. BOUREE
Le 21 février i883, un cabinet était constitué sous la
présidence de M. Jules Ferry qui prenait l'instruction pu-
blique ; M. Challemel-Lacour assumait la direction des
Affaires étrangères ^
Le 23 février i883, M. Bourée télégraphiait à M. Chal-
lemel-Lacour:
I. M. Ducicrc élant lombc malade, M. Falli^res avait ëté chargé de
rinlériin des aiïaircs clrangcrcs, du 29 janvier au 31 février i883.
\ DISGRACE DK M. DOL'RKE 363
i Le \ice-roî de Tché-li est très impatient de connaître l'accueil
fait aux propositions que vous savez. L'ajournement de notre
réponse nous expose à perdre le bénéfice de circonstances favo-
rables, et à laisser surgir des complications nouvelles ; je vous
prie de me télégraphier le plus tôt possible.
On lui répondit par un télégramme le rappelant en France
et mettant fin à sa mission.
« Le 4 mars, M. Challemel-Lacour, d*accord avec M. Jules
Ferr)', arrêtait ses vues. Le 5, à midi, il rapportait de TÉlysée
un plan délibéré en Conseil. Le Gouvernement était d'avis que
M. Bourée avait fait fausse route, en se laissant entraîner dans
la voie de négociations avec la Chine ; qu'il n'avait pas obtenu
l'adhésion du Gouvernement chinois aux propositions combinées
avec Li Houng-tchang ; que ces propositions mêmes n'étaient
\ pas' acceptables, qu'enfin les pourparlers suivis à Ïien-Tsin et à
Chang-Haï avaient le grave inconvénient de nous faire perdre la
position acquise depuis 1874» en reconnaissant à la Chine le
droit de s'ingérer dans le règlement de nos rapports avec l'An-
nain. Il fallait revenir sur cette tentative malheureuse et réta-
blir les choses en l'état où elles se trouvaient antérieurement.
Le seul moyen était de faire connaître à la Chine que le Gou-
vernement de la République ne pouvait acquiescer à des combi-
naisons impliquant un partage d'influence au Tong-King, mais
qu'il restait prêt, comme auparavant, à traiter amicalement
pour le règlement des relations de commerce et de bon voisi-
nage entre les deux pays. '
Une pareille décision impliquait un désaveu de l'agent fran-
çais, qui avait pris l'initiative des pourparlers ; elle devait, en
même temps, lui enlever, au regard du Gouvernement chinois,
l'autorité convenable pour relever des droits dont il avait fait
bon marché, et pour négocier utilement sur d'autres bases. La
conclusion nécessaire était donc le rappel de M. Bourée*. »
I. Billot, p. 35. — Nous citerons de ce nom qui est celui de l'ancien
directeur des affaires politiques l'ouvrage suivant qui est son œuvre :
^affaire du Tonkin, — Histoire diplomatique de l'établissement
de notre protectorat sur VAnnam et de notre conflit avec la Chine,
1883-1885, par un diplomate. Paris, J. Hctzcl, s. d., in-8.
Le lendemain, 5 mars, le tclpgrainmc suivant élail cxpcMlié
à Chang-Haï :
Il n'est pas Ipnu, dans l'ar angrmcnt dont vous avez pris
l'initiative au sujet du Tong-k. ng un con ptc suiFtsanl de noire
situation convention ne! te. Cet arra ge ent consacrerait, au
prolit de la Cliine. des concess o s au\q elles il ne nous appar-
tient pas de souscrire. Pour bien n arquer notre sentiment à cel
égard, je me vois, fi regret, dn s la cccss t de mettre lin à
votre mission. En attendant vos lettres de rappel, vous vou^ ap-
pliquere/ a étoblir que noire décisioti n'impli<|ue aucvine i>ensi^
d'hostililé contre In Ciiinc. notre seul but élanl d'assurer l'ordre
RU Tong-King dans les conditions du traité de 187^ '.
M. Bource répondît le 7 mars' :
Votre refus de souscrire aux arrangements dont le Déparle-
mciit avait, à deux reprises, admis le principe, nous rejette dans
l'inconnu le plus inquiétant ; votre éclatant désaveu réduit,
d'ailleurs, ici mon rùle à néant, je doute que l'on ait pu pe.->er
h Paris toutes les conséquences de la déterminalion que vous me
notinez et dans laquelle je Tais abstraction des considérations qui
me sont personnel les.
CAUSES DE I.A DISGRACE RE M. KOl'HEE
J'ai quelque, raison de penser que le ruppol de M. Ikmréi'
ne fut pus di*! entièrement à la |>olitique qu'il avait suivie
dans les alTnires du Touff-King. Autant peut-être que les
ni5gociations avec In Chine, rhostilîté d'une clique locale
causa la disgrAco de M. lïource.
La concession française de Cliang-Haï est régie par un
règlement d'organisalion municipale établi le i'( avril iSOS
par \l, Brenier de Monlmorand, alors Consul général. Quel-
ques Français, et à leur tète, M. Ernest Miilot, ancien pré-
CAUSES DE LA DISGRACE DE M. BOURÉE 365
sident du Conseil d'administration municipale de la conces-
sion française, second de l'expédition de Jean Dupuis,
trouvaient que Tinfluence étrangère était trop grande dans
un Conseil municipal, composé de huit membres dont la
moitié étaient étrangers*. Ils oubliaient que la concession
n'est pas une colonie et que, outre M. Millot dont le com-
merce était insignifiant, mais qui représentait les intérêts de
MM. Rémi de Montigny, J. S. Baron et A. Grenot, pro-
priétaires fonciers, il y avait d'autres Français et des étrîin-
gers possédant des intérêts autrement considérables que les
siens. Le 21 mars 1879, M. Brenier de Montmorand, au
milieu de ses préparatifs de départ, reçut une lettre de
M. Millot, président du Conseil municipal de Chang-Haï
(Chang-Haï, 12 mars 1879) pour le « prier de vouloir bien
demeurer quelcjues jours parmi nous, pour donner votre
attention à des questions de la plus haute importance pour
l'avenir de notre concession et sur lesquelles le Conseil désire
vous consulter à votre passage à Chang-Haï ».
M. Brenier, pressé de rentrer^, laissa la gérance de la lé-
galion à M. Patenôtre avec le soin de s'occuper de la ques-
tion municipale. M. Patenôtre, qui sentait fort bien que le
but de la Municipalité était apparemment de s'aiîranchir du
contrôle du consul de France, déclara que la discussion ne
pouvait être mieux conduite qu'à Paris, par M. Millot, qui
rentrait avec M. Brenier.
M. Bourée hérita de la situation. A une lettre de M. Millot,
il répondait (Pé-King, 17 juillet 1882):
Vous insistez de nouveau auprès de moi sur la nécessité d*in-
Jrcxliiire dos modificalions dans nos rcglonients municipaux à
Chang-Haï. Je suis tout prêt à admettre qu'il y aurait beaucoup
1. La France dans V Extrême-Orient et la concession française
de Chang-Haï. Conférence faite à la Société académique indo-chinoise,
le 3i mars 1881» par Ernest Millot. I^aris, Challamel, br. in-8.
2. Voir p. i/Jo.
±
.\
366
L AFFAIRE DU TOxNG-RING
à critiquer dans Télat de choses existant. Mais est-il aussi simple
de Taméliorer que vous paraissez le croire ? N'oubliez pas qu'à
Chang-Haï, sur les concessions, nous ne sommes pas dans une
colonie française, dont nous puissions à notre seul gré modifier
la législation. Nous avons à y compter avec les gouvernements
étrangers, qui ne se prêteront à aucune innovation défavorable
aux intérêts de leurs nationaux. Or, malheureusement, nos na-
tionaux, si nous en défalquons surtout les missionnaires, ne
contribuent que d'une manière très-médiocre, à remplir la
caisse municipale. Les agents d'Allemagne, d'Angleterre et
d'Amérique admettront dès lors ditlicilcment que la prépondé-
rance dans l'administration soit attribuée, plus qu'elle ne Tesl
déjà, à l'élément le moins imposé, à celui qui se compose de ce
qu'on peut appeler la menue monnaie des électeurs. Or, ces
gouvernements repoussant nos règlements nouveaux, comment
serions-nous en état de les faire admettre, appliquer? et que de-
viendrait alors notre situation à Chang-Haï * ?
D'ailleurs, il y avait une manière très simple de savoir
l'opinion des intéressés, c'est-à-dire les contribuables de la
concession française, c'était de la leur demander. M. Bou-
rée et M. Flescli, consul général à Chang-Haï, s'y décidèrent;
un référendum donna cent dix voix pour le rejet du projet
de re vision du règlement, contre une, celle de M. Teillol,
associé de M. Millot. Le projet était enterré. Il y avait encore
quelques petits griefs locaux contre M. Bourée, par exemple,
la propriété du foreshore de la concession française, question
qui causa en partie la révocation du consul général, M. Be -
noît Garnier, et son remplacement (i6 mars 1882) par
M. Flesch. M. Millot comptait des appuis puissants dans le
Parlement et ce fut par eux qu'il arracha de M. Challemel-
Lacour le rappel de M. Bourée, sans doute déjà arrêté en
principe. 11 est surprenant de voir quelle importance pren-
nent à Paris certaines personnes qui n'occupent à l'étranger
qu'une médiocre position dans Téchelle sociale.
I Document particulier.
RÉHABILITATION DE M. BOURÉE 36']
REHABILITATION DE M. BOUREE
Les attaques dont M. Bourée fut l'objet lui firent réclamer
de M. de Freycinet la réunion d'une commission pour que
les actes dont il était incriminé fussent soumis à son appré-
ciation. La commission, composée du comte de Chaudordy,
de M. Henri Fournier, tous les deux anciens ambassadeurs,
et du baron de Ring, ministre plénipotentiaire, directeur des
Affaires politiques, après s'être réunie et avoir entendu
M. Bourée, délivra l'attestation suivante (22 avril i885) :
Après avoir pris connaissance des pièces et documents qui
nous ont été communiques par le Ministre, et nous référant aux
considérations confidentielles que nous avons consignées dans les
notes annexées à la présente déclaration,
Attestons que M. Bourée n'a manqué dans le cours de sa
mi>»ion en Chine, ni aux devoirs qu'impose le patriotisme, ni
aux règles professionnelles et qu'il n'y a pas lieu, par conséquent,
do s'arrêter aux accusations dirigées contre lui*.
Trois jours après, M. de Freycinet faisait un rappel du
traitement en disponibilité de M. Bourée, qui était nommé
ministre plénipotentiaire de i""® classe le 6 juin et envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire de France auprès
du roi de Danemark, le 7 juillet. En annonçant à M. Bou-
rée celte dernière nomination, M. de Freycinet lui écrivait
(8 juillet i885):
« Je me félicite d'avoir pu provoquer une décision qui vous
témoignera du prix que le Dé|)arlement des AlTaires Étrangères
attache à vos services et de sa reconnaissance pour ceux que vous
lui avez déjà rendus*. »
1. Document particulier.
2. Document particulier.
CHAPITRE XVIII
[.■AFFAIRE DD TONG-KING {Suite). - DÉPART DE M- BODRÉE
(1883) ^
M. Boiiréc reslail en Chine, atlcndant un successeur;
ignorant les causes exacles de son rappel, il chcrcliait à ex-
pliquer sa conduite; il (.écrivait à M. Challemel-Lacour :
Chang'Ha'i, le 3i i
Mo^siELR I.F. Min
Je reçois à rinslaiil, avec la dépêche politique du Diparte-
meul. en dale du 3i Janvier dernier (N» 3). des lettres parti-
culières de France qui inc donnent lieu de croire k l'evislence
de bien des tnalcnlcndus (flntrc le Dt^pariemenl et la Léifalion.
Ou j'ai éti' inliabile à expliquer clairement toutes les phases qu a
Iraversik's cette malheureuse question du Tong-King. ou Votre
Excellence n'a ]>as eu sous les veux toutes les indications que
j'ai adressées à la Direction Politique et qui me paraissent de
nature à reiracer avec une suffisante prfeision le vcritabBf étal
des choses. On me i-eproclierait, parait-il, d'avoir dans me*
pourparlers été ornent à reconnaître ou à toUrer la sazeraineté de
la Chine sur TAnnam ; c'est exactement le contraire qui est arrivé,
puisque je n'oi pas voulu admettre que le vice-roi Li lloun^'-
trliang pi'il m'en parler ; o Nous elierchons, lui ai-je dit à la
c première insinuation qu'il m'a faite à cet é<(ard, a un arraii-
« Rcment pratique, un terrain de conciliation qui rende pos-
" sible entre nous l'accoixl évidemment conseillé par nos intérêts
« communs. Lais.-iOMs donc de coté les questions de principequi
« nous diviseraient: votre su/erainelé est incompatible avec
o noire prolwlorat ; maïs je ne ^ ois aucune utilité à entrer dans
DÉFAUT DE M. BOURÉE 869
« une discussion qui porterait sur un tel objet. » (Voir le procès-
verbal de ma conversation avec le vice-roi Li Houng-tchang, Dép.
Pol., N* III.)
C'est alors que nous avons cberché les éléments d'une entente
dans la combinaison que vous connaissez, laquelle n'impliquait,
à aucun degré, de notre part, la reconnaissance des prétentions
de la Cbinc et eût laissé subsister, dans son intégralité, noire
droit de les combattre, le jour où elles nous auraient troublés
dans le libre exercice de nos droits conventionnels. Mais cette
éventualité n'eût guères été à redouter, après que nous nous
serions mis en possession dans toute la partie du Tong-King que
nous avions intérêt à dominer. La Chine n'aurait eu garde de
venir nous y troubler, une fois que nous nous serions cantonnés
solidement dans les positions militaires que nous n'aurions pas
manqué d'occuper.
D'ailleurs, l'Annam, une fois séparé de la Chine par les ter-
ritoires placés sous notre autorité, aurait été facilement amené à
renoncer à ses ambassades à Pé-King qui ont, justju'ici, constitué
pour nous un danger permanent. Les liens entre les deux pays
se fussent relâchés par la force même des choses, sans secousse,
sans éclat inquiétant pour l'amour propre chinois ; et, de plus
en plus absorbée dans notre sphère d'action, la royauté anna-
mite en eût vite été réduite à ne vivre que de la vie que nous
lui eussions mesurée. En attendant, nous avions gain de cause
dans tout ce qui touchait à nos intérêts et h nos desiderata
actuels et nous recueillions les fruits de notre attitude modérée
et conciliante, en obtenant du Gouvernement Impérial qu'il
nous laissât nos contrées entièrement franches, dans la presque
totalité du ïong-king et qu'il nous accordât, avec l'ouverture du
Yun-Nan, les facilités dont nous avons besoin pour utiliser la
nouvelle route fluviale que nous entendons ouvrir au commerce.
Aujourd'hui, tous ces résultats vont se trouver remis en
question. Nous les obtenions sans coup férir et en échange de
concessions illusoires. Désormais, il va s'agir de les conquérir les
armes à la main. En admettant que nous sortions à notre hon-
neur des embarras que nous prenons ainsi à notre compte, ne
reste-t-il pas vrai que, dans les relations entre les Gouverne-
ments, comme dans les rapports entre individus, une bonne
transaction vaut mieux qu'un procès, surtout quand ce procès
doit se plaider au bout du monde, à coups de canon et dans un
pays à peine connu P. . .
CoBDiBR. II. — a 4
Bourse se défendit également sur un autre point qui
lit été anièremenl reproché:
! vous {larlcriii, écrîvait-il, de la zone neutre que je préco-
lans mon arrangement de Tien-Tsin et que je reprochais
; mauvais, quelques semaines auparavant à Pé-King, dans
ipoit dont un passage a même élu lu à la tribune par
ilIcmel-Lacour et dont on m'a opposé les termes. C'est,
écrivant ma lettre du 4 novembre, on a aflecté de l'igno-
raisonnais dans l'hypothèse où tout pourrait se régler
l'il y eût i craindre une guerre avec la Chine: landisquo.
rd, la question qui s'est posée fut celle de savoir si l'in-
ui s'attachait ù ne pas avoir de zone neutre valait ce que
opterait une guerre avec la Chine ! La question ainsi
changeait considérablement d'aspect, on en conviendra,
lomcnt, les inconvénients de la zone neutre, si réels qu'ils
, devenaient minimes quand on les comparait h eeui d'un
avec le Céleslp Empire. C'est ce qui explique comment la
laison qui inb paraissait détestable le A novembre, a pu
ibler désirable le 5 décembre, a
nouvelles qu'envoyait M. Bouréo devenaient de plus
s inquiétantes :
s une lettre du 3o mars, adressée au Ministre des
s étrangères, il rapport^iit l'entretien qu'il venait d'avoir
,i Houng-tcliang et dont il se dégageait, d'après notre
re, deux choses saillantes :
Jue la Chine est décidée à ne jîas admettre qu'on la
de côté et que nous fassions nos affaires sans tenir
; de sa volonté ou de ses désirs ; a" que dans le cas où
oudrions reprendre les pourparlers interrompus, on
sentirait plus à traiter sur les mt^mes bases qu'aulre-
qu'enfm le projet d'arrangement formulé à Ïien-Tsin
lilli échouer devant les résistances du Conseil privé et
uls fonctionnaires provinciaux, lorsque nous avons
in de le déchirer de nos propres mains.
I bien, i-ciit M. Kourée. ce qu'il vous importe de connaître
DÉPART DC M. BOURÉE 871
désormais, c'est non pas ce que je puis dire, mais ce que l'on ma
dit.
Le Vice-Roi poursuivit: « Mais ce Traité savez-vous ce que
« TAnnam en pense et ce qu'il nous répMc sur tous les tons ?
« il déclare qu'il l'a signé sous le couteau et qu'il proteste contre
« Je parti qu'on prétend tirer contre lui d'engagements arrachés
« par la violence. Dans ce moment-çi même, il y a ici le mi-
« nistre des Finances du roi Tu-Duc, qui est venu tout expres-
« sèment après bien d'autres, pour nous tenir le même langage
« et pour revendiquer auprès de nous et contre vous l'appui
« inhérent à la vassalité dont il n'a jamais répudié les devoirs
« et dont il réclame le bénéfice! Ainsi, reprit-il, après une
« pause, vous ne voulez pas reconnaître notre suzeraineté et le
a droit qu'elle nous constitue de nous mêler des aiïaires du
« Tong-King? »
Je me bornai à répondre par un geste d'incrédulité.
Alors le Vice-Roi agitant ses poings, comme pour rendre la
mimique d'un boxeur anglais, me dit : — « En ce cas, c'est
« comme cela qu'il faudra faire !... »
Je repoussai cette supposition, je dis qu'une guerre entre nos
deux pays me paraissait une extrémité déplorable et absurde ;
que nous arriverions d'une façon ou d'une autre à nous accor-
der. « Ainsi, lui fis-jc observer, dans l'arrangement que nous
« avions combiné, nous n'avions pas parlé de votre droit de suze-
« raineté ce qui ne nous avait pas empêché de trouver une for-
te mule qui vous avait paru acceptable... »
— « C'est vrai, il n'avait pas été fait mention de notre droit
« de suzeraineté, mais de votre côté, vous ne deviez rien dire qui
« en impliquât la méconnaissance formelle. Nous arrivions à une
« entente sur le terrain des choses pratiques et les questions de
« principe étaient soigneusement écartées. — La situation devient
« tout autre aujourd'hui. — Au surplus, continua-t-il, notez
« bien ce que je vais vous dire : Mon Gouvernement était, au
« fond, très-défavorable au projet d'arrangement que nous avions
« préparé et quoi qu'il puisse arriver désormais, pénétrez-vous
« bien de ceci, c'est que nous n'accepterons plus les mêmes
« termes. »
Comme je marquais mon étonnement et que je repoussais
l'idée que des exigences nouvelles pussent être présentées à Tave-
nir, par le Vice-Roi lui-même, qui se déjugerait s'il voulait
revenir sur des propositions dont, en fin de compte, il était
872 l'affaihe du tong-king
beaucoup plus que moi Tautcur, il répliqua : ce D*abord, je ne
a sais pas si en cas de pourparlers nouveaux, c'est moi que mon
« Gouvernement choisirait pour négocier. Mais, si même cela
a était, j'aurais, non pas à faire prévaloir mes vues personnelles,
« mais à les combiner avec celles des membres du Conseil Prive,
« comme des Vice-Rois des provinces méridionales. Or ceux-ci
oc ont réclamé avec la plus grande énergie contre ce que j'avais
« fait. Tenez donc pour certain qu'il faudra trouver autre
« chose... » A ce propos, le Vice-Roi me fit quelques réflexions
très a mères sur ce que la Chine avait été mal récompensée de la
modération et du bon vouloir dont elle avait fait preuve en re-
tirant ses troupes du Tong-King...
Comme je demandai si le Gouvernement avait réellement fait
rentrer ses soldats dans l'Annam, ainsi qu'on me l'avait donné à
entendre,... il parut embarrassé et me dit en homme qui ne
veut pas s'expliquer... — « Je le crois. » — S'il le croit, c'est
que c'est certain, bien évidemment.
La lettre de M. Bourée finissait par ce renseignement que
venait de lui donner l'un des familiers de Li, sans doute
Ma Kien-tchong :
Quand je pris congé du Vice-Roi, un des mandarins présents,
qui n'est autre que le Directeur de la puissante Compagnie des
ec China Morchants » m'a pris à part et me dit : « Le Vice-Roi
« n'a pas voulu vous donner une information que je puis, moi,
« vous livrer confidentiellement. Le Gouvernement est décidé à
a agir très vigoureusement et le M'* Ts'éng, faisant allusion,
« dans un de ses derniers télégrammes, à la nécessité de réoc-
« cuper les parties évacuées du Tong-King, a écrit : « Surtout
a n'envoyez pas des foules mal organisées, il faut diriger de ce
« côté des soldats bien armés, bien instruits, bien conduits, pour
« ne pas s'exposer à des échecs. . . Le conseil sera pris en sérieuse
ce considération. »
QUESTION DU MARQUIS Ts'ÊNG
Les Chinois, dont la convention avait été acceptée par
QUESTION DU MARQUIS Ts'ÊNG S']3
M. Duclerc et qui en avaient exécuté la première partie, se
montraient étonnés du rappel de M. Bourée.
Le télégramme suivant, dont voici la traduction, fut adressé
le 2 avril i883 par le Gouvernement de Pé-king au marquis
Ts'êng qui le communiqua à M. Tissot, notre ambassadeur
à Londres, le 7 ou le 8 avril suivant :
L'année dernière, où la situation qui existait entre vous et les
ministres Gambctta et de Freycinct au sujet du Tong-King,
Monsieur Duclerc a cru mieux de transférer la venue des négo-
ciations de Paris à Pé-Ring, et le Gouvernement Im|)érial,
répondant à Tin Y itation que Monsieur Bourée était chargé de faire
au(jrès de lui, donna son assentiment à cet arrangement. Nous
avions plusieurs entretiens avec Monsieur Bourée que nous avons
espéré ne seraient pas infructueux.
Maintenant Monsieur Bourée nous a fait connaître qu'il a reçu
des ordres de son Gouvernement de retourner en France, et
comme il court des bruits de préparatifs que venait faire le Gou-
>ernement français de renforcer ses troupes en Gochinchine, le
Gouvernement impérial s'inquiète.
Le Yamen vous charge donc de vous rendre chez l'Ambassa-
deur de France à Londres pour prier qu'il demande à son (jou-
vernement s'il peut nous donner des renseignements sur la cause
du rappel de son ministre, ainsi, s'il y a de fondement pour les
bruits sus-mentionnés.
Vous exprimerez, à Son Excellence, l'espoir du Gouvernement
Impérial que la réponse de son Gouvernement serait d'une na-
ture rassurante, car après la preuve de conciliation qu'il a donnée
en consentant de faire retirer ses troupes, tandis que les négo-
ciations de M. Bourée avaient lieu, il éprouverait de la mortifi-
cation, si au lieu de retirer ses troupes, le Gouvernement de la
République leur enverrait des renforts. Vous devez lire cette
dépêche à Monsieur l'Ambassadeur, cl, s'il le veut, lui en donner
une copie.
En conséquence, M. Challemel-Lacour télégraphia à
M. Bourée, le 1 1 avril i883 :
Conformément aux instructions contenues dans un télégramme
de Pé-King du 2 avril, le M'* Ts'êng a prié M. Tissot de s'en-
'^T**:
374 l'affaire du TONG-KING
quérir si nous pouvions donner au Gouvernement chinois des
renseignements sur la cause de votre rappel et sur rintentiou
qu'on nous attribue de renforcer nos troupes en Cochincliînc.
Mon télégramme du 5 mars et ma lettre du i4 vous fourni-
ront les éléments d'une réponse précise sur ces deux |K>Jnts.
Il est vrai que, depuis lors, les actes de quelques mandarins
annamites ont obligé le Commandant Rivière k occuper certaines
positions nouvelles au Tong-King, pour maintenir ses commu-
nications avec la mer. Mais vous pouvez alTirmer de nouveau
que les mesures prises pour consolider la situation consacrée par
notre traité de 187/4 n'impliquent aucune jjensée d'hostilité
contre la Chine.
INQUIÉTUDES DE M. BOURÉ^
M. lîourée craint de plus en plus que Ton ne se rende
pas un compte exact de la situation à Paris et il jette un cri
d'alarme :
Chang-Haï, le 16 avril i883.
Je crains que l'on ne comprenne pas la gravité de la situation
à Paris. Je me suis efforcé par ma correspondance, d'expliquer
que si nous n'arrivions pas à une entente avec la Chine au sujet
du Ïong-King elle nous y devancerait, et nous en disputerait la
possession par les armes. On a jugé devoir passer outre.
Le retrait des troupes n'avait eu lieu que difficilement. Le
Gouvernement de l'Empereur croyait à la possibilité d'un arran-
gement; mais maintenant que nous refusons de traiter, les
troupes repassent la frontière. On ne s'arrête pas aux protesta-
tions pacifiques que je prodigue, non plus qu'à nos droits con-
ventionnels avec l'Annam que la Chine n'a jamais reconnus.
On veut des garanties effectives, et pour se les assurer, plus de
10 000 hommes du Yun-Nan comprenant le détachement des
troupes de Li Iloung-tchang sont déjà rentrées au Tong-King.
C'est l'avant-garde d'une autre armée d'invasion, et nous aurons
bientôt devant nous des masses considérables avec un fort appoint
de soldats exercés, bien armés et d'officiers étrangers.
On assure que la mise sur le pied de guerre de toutes les
forces de l'Empire vient d'être ordonnée par la Cour. Si vous
persistez dans la ligne adoptée, préparez-vous à une lutte des
i
INQUIÉTUDES DE M. BOURÉE ^']b
plus sérieuses qu'aucune assurance amicale ne saurait plus con-
jurer. Je serais un agent déloyal, si je ne vous tenais ce lan-
gage.
Le Gouvernement chinois intriguait auprès des ministres
étrangers à Pé-king; toutefois M. von Brandt était en congé
en Europe et le service de la Légation d'Allemagne était entre
les mains du comte de Tattenbach, ce qui enlevait beaucoup
d'importance aux agissements du Yamen.
Une dernière dépêche de M. Bourée, accompagnant deux
lettres que lui adressait M. Frandin, premier interprète delà
Légation, chargé provisoirement du Consulat de Tien-Tsin,
peignait la situation sous les couleurs les plus sombres :
Pé-King, le i8 mai i883.
Monsieur le Ministre,
Je viens de vous expédier la valise hier soir et je reçois ce
matin, par un exprès de Tien-Tsin, une lettre que je vous
envoie ci-jointe immédiatement et qui pourra, je l'espère, re-
joindre encore la malle. La lecture vous en apprendra plus long
que tout ce que je pourrais vous en dire sur la gravité de la
crise et sur l'état d'intensité auquel elle CvSt parvenue.
M. Frandin m'avait adressé la veille une autre communica-
tion, dont je vous transmets également copie et qu'il est néces-
saire de placer sous vos yeux pour éclairer et compléter le sens
des nouvelles de ce matin. Au point où nous en sommes, je crois
qu'il n'y a plus aucune illusion à se faire : nous n'avons pas
d'autre alternative que d'entrer en hostilité avec la Chine ou de
négocier. Si le Gouvernement de la République est décidé à s'en
tenir strictement aux termes du traité de 1874, je crois que le
moment serait venu de le notifier à la Cour de Pé-King, dans
la forn\p d'un ultimatum. Si, comme j'ai tout lieu de le sup-
poser, le Gouvernement Impérial se refusait a tenir compte de
notre intimation, mon départ pourrait alors alTecter un autre
caractère et impliquer le retrait de la Légation tout entière. Les
événements m'amèneront bientôt sans doute à vous soumettre
celte suggestion par le télégraphe. Mais si, par impossible, aucun
incident nouveau ne survenait d'ici au moment où Votre Ex-
cellence recevra ces lignes, je lui serais reconnaissant de me
acer par cette voie la conduite que j'aurais à tenir. )e cas
héant : car ce n<? sont pas là des circonstances ordinaires, dans
iqnelles un agent puisse rien prendre sur lui et s'arrêter à un
irti quelconque, sans avoir reçu les («dres positiTsde son Gou-
rnement.
I
Ticn-Tsin. le i6 mai i883.
Li Houng-tcliang a envoyé dans le Sud, le ^néral Pan Ting-
n, celui qui a déjà commandé les armées chinoises dans le
iirkestan, lors du conflit russe. Je liens ce renseignement du
msul Japonais.
Une grande aciivilé r^gne depuis quelque tempsdanslesarse-
m% qui avoisinent Tien-Tsin ; les heures de travail qui étaient
itrcfois de 8 li. du matin à ^ h. du soir, xoni aciuellement de
h. du matin h 7 1). et demie du soir. Les travaux ne sont
mais suspendus, pas même tes jours de ff le.
Le Vice-Roi Li lloung-lchang a télégrapliié à la Cour pour lui
re ce ()ui suit : « Je suis opposé à la guerre; $i vous i^ule: m'en-
•yer dans le Suii, donnez-moi des ordres formels pour que je eom-
ence les opérations. » — Paroles textuelles de Ma Kicn-lcliong.
Le Vice-Koi croyant ce dernier à Cliang-llaï. lui avait télé-
apliié de venir le recevoir. Ma Kien-lclion;- a réjiondu qu'il
ail à Tien-Tsin et a ajouté que si le Vicr-Koi ne lui rrjmndail
is, il s'emliarqurrail aujourd'lrnî même à 11 heures du soir.
ins ce ciis, il faudrait en conclure, d'après mes autres retiseiijne-
enls que vous connaisse:, que le Vicc-lioi aurait re^u Conlre de se
mire dans le Sud.
Iji siluntuin esl Irès-crilique.
Ma Kien-lchon^, pour sa pari, est partisan de la guerre. Le
>néral Licou, et non le général Pan Ting-sin, sera a la Iflc de
irmée. C'est un acni du Vice-Boi qui a coinbaitu avec lui
mire les relM-iles Nien-fei et quand Li Iloung-tciiang a élé
■gradé («r la Cour, il a proposé de marcher sur Pi-King-
'est donc une créature du Vice-Koi...
11
Tien-Tsin. le 17 mai i883 (a h. du malin).
I,es hostilités vont commencer ; c'est un fait certain actuolle-
lent, à moins que l'on ne prenne des mesures immédiates.
DUPLICITÉ DES CHINOIS 877
Ma Kîen-tchong part pour Chang-Haï, à dix heures. Il m'a
dit que les Censeurs voulaient la guerre et que Li Houng-
tdiang avait reçu Tordre de se rendre dans le Sud. Je lui ai
demandé si le Commissaire Impérial reviendrait à Ïien-Tsin,
avant de partir pour Canton ; il m*a répondu que c'était peu
probable, dans l'état actuel des choses. Il m'a expliqué que
0 l'intention de la Chine était de nous tenir en échec pendant
« trois ans, comme nous l'avons été au Mexiqne, et qu'elle atten-
« drait patiemment que les Allemands nous tombent sur le dos ;
« que, du reste, nous ne pouvions, pour le moment, disposer
« ni de toute notre flotte, ni de notre armée ; que Li Iloung-
Œ tchang disposait d'un corps de troupes parfaitement exercé et
« solide de soixante mille hommes ; (jue nos soldats seraient
« décimés par les maladies avant même de pouvoir livrer com-
« bat ; que, pendant le temps dos hastililés, on construirait des
« chemins de fer stratégiques |)Our le transport rapide des sol-
«f dats, du matériel do guerre et dos approvisionnements. Enfin
« de compte, — me dit-il, — que pouvez- vous contre nous?
« Du reste, à en juger par les apparences, c'est vous qui désirez
« la guerre. Si vous ne la vouliez pas, M. Bourée aurait déjà
a parlé, se rendrait maintenant à Canton et irait traiter avec
« S. E. Li. Si M. Bourée n'entre pas en pourparlers, c'est qu'il
« se trouve dans une fausse position, contraire aux intérêts des
« deux pavs, etc., etc. »
\ous vovez. Monsieur le Ministre, que la situation est arrivée
à son étal le plus aigu. 11 serait temps que le Gouvornoment
prit une décision, car nous riscpions fort d'otre jetés à la mer,
lorsque Li et son armée seront entrés en ligne au Tong-King.
J'ai vu Feindel * qui m'a dit que la guerre était maintenant
un fait inévitable. J'ai vu également SchnclP, commandant-
instructeur des troupes chinoises qui m'a aflirmé la mémo chose.
(-0 dernier est, comme vous le savez, payé pour savoir à quoi
s'en tenir.
DUPLICITÉ DES CHINOIS
La duplicité des Chinois et leur mauvaise volonté ne pou-
i. Interprète du Consulat d'Allemagne h Tien-ïsin.
2. De nationalité allemande.
I-
378 l'affaire du tong-kixg
valent faire Tombre d'un doute. La publication, le 16 juin
i883, dans le Standard, d'une lettre du roi d'Annam au
vice-roi de Canton nous apprenait en effet les choses sui-
vantes :
I*» C'est à la date du 3o novembre 1882, c'est-à-dire deux
jours après l'entrée en négociation de M. Bourée avec le
Tsoung-li Yamcn, que le gouvernement chinois, par Tinler-
médiaire du vice-roi de Canton, a songé à demander à la cour
de Hué quelle était la cause du différend qui divisait l'Annam
et la France, point sur lequel le cabinet de Pé-King n'avait
trouvé jusqu'alors aucun renseignement dans les communi-
cations du souverain annamite.
2*^ Une ambassade chinoise se rendait à Hué au mois de
janvier i883 pour reprocher à l'empereur d'Annam d'avoir
totalement négligé de faire appel aux bons offices de la Chine
et d'avoir ainsi contribué par cette abstention peu amicale à
faire douter des droits que le Céleste-Empire prétend avoir de
s'immiscer dans les affaires annamites. Cette mission était en
même temps chargée de mettre le roi d'Annam au courant
de la conduite du gouvernement chinois dans les affaires ja-
ponaises en Corée, et de faire briller à ses yeux les avan-
tages qui résulteraient pour lui d'une intervention analogue
et pacifique de la part de la Chine, ainsi que de l'ouverture de
l'Annam à toutes les nationalités indistinctement et au même
titre. Cette mission était en même temps chargée d'obtenir
de la cour de Hué non pas une demande explicite d'interven-
tion armée, ce qui eût embarrassé la Chine, mais des décla-
rations de telle nature, qu'elles puissent suppléer aux titres
que la Cliinc n'a pu produire, vu leur absence, à l'appui de
ses prétentions de puissance suzeraine.
Les envoyés chinois étaient également chargés de protester
à Hué (neuf ans trop tard) contre le traité de 187/i et de
reproclier à l'empereur d'Annam d'avoir, dans l'article 2 de
cet acte diplomatique, fait reconnaître son entière indépen-
MORT DU COMMANDANT RIVIÈRE 879
dance vis-à-vis de toute puissance étrangère, quelle qu'elle
soit, et de s'être engagé dans l'article 3 du même traité à
conformer sa politique extérieure exclusivement à celle de la
France. Ces mêmes envoyés devaient enfin, soit par des pro-
messes, soit par des menaces, obtenir de la cour de Hué
renvoi à Pé-King d'un fonctionnaire annamite, mannequin
que la cour de Chine avait besoin d'habiller à ses couleurs
j)0ur le faire jKirader aux yeux des étrangers.
3** Le i6 janvier i883, l'empereur d'Annam écrivait une
lettre au vice- roi de Canton (c'est celle qui fut publiée par le
Standard) dans laquelle il s'excuse avec aussi peu de spon-
tanéité que possible de ne pas avoir plus tôt exposé ses plaintes
au gouvernement chinois et annonce que le fonctionnaire de-
mandé allait se mettre en route, emmené ou plutôt traîné à
Pé-Ring par la mission que la Chine avait envoyée à Hué.
MORT DU COMMANDANT RIVIERE, IQ MAI l883
l^n triste événement allait redoubler l'anxiété du ministère
français.
Le 26 avril i883, le Gouvernement déposait sur le bu-
reau de la Chambre un projet de loi portant ouverture d'un
crédit supplémentaire de cinq millions et demi de francs,
destiné au Ministre de la Marine, pour le service du ïong-
King; il fut voté le 10 mai par 35 1 voix contre 48. Onze jours
plus tard on recevait la nouvelle de la mort du commandant
Rivière.
La fin de ce brillant officier rappelle celle de Francis Garnier
dix années auparavant: les Pavillons-Noirs, aidés de troupes
régulières annamites, menaçaient les communications de
Hanoï: le 19 mai, Rivière fit une sortie; blessé d'une balle à
l'épaule gauche, il tomba ; les Chinois se précipitèrent sur leur
proie dont ils coupèrent la tête ; avec lui périrent le comman-
dant Berthe de Villers, le capitaine Jacquin, le lieutenant
rai de Brisis, l'aspirant Moulun ; le lieutenant de v
MaroUes', chef d'état-major, que nous retrouverons en
)o à bord du A^ Enlrecasleawr , fut blessé au bras gauche,
immédiatement, le projet de crédit qui revenait amendé
Sénat était voté. M. Jules Harmand, ancien compagnon
Francis Garnier, consul & Bang-kok, était nommé Com-
isaire général civil (7 juin i883) et le général Bouët,
nmandant militaire de la Cochincbine, prenait la direction
troupes au Tong-King.
L'n successeur, quelques jours auparavant, avaitélédonné
i. Bourée, en la personne de M. Trîcou, ministre de
mce an Japon. M. Bourée remît le service de la Légation
Pé-King le i*'' juin à M. le vicomte de Semallé, sccré-
:e d'ambassade, suivant les instructions de M. Challemel-
:our du 16 mai :
?our éviter, disait le Ministre, les suppositions erronées au\-
■llcs le départ du Ministre de Krance pourrait donner lieu,
pour bien marquer notre dessein de conlinuer régulièrement
\ relations amicales avec la Chine, j'ai invité M. Tricou à $c
idre immédialenient à Pé-King comme Envoyé extraordinaire,
attendant votre successeur. Prévcnei le Gouvernement chî-
s de l'arrivée prochaine de votre collègue, en insistant sur le
actère et le motif de sa mission temporaire.
Le tort de M. Bourée, surtout à la fin de son séjour en
line, était d'avoir voulu faire de la politique personnelle ;
ne se rendait pas compte que le plan primitif arrêté à
ris avant son départ se trouvait faussé et que la situation
ivait plus rien de commun avec celle que nous devions
ier et prévoir. Il était en retard sur les événements; il ne
perçut qu'en 188a, à Tien-Tsin, du changement de front
I. Marollcs, Louis- Roger-Gérard de, né le 5 nui i85i : aipirant,
ictobre iSOg; onseign* de vaisseau, i5 octobre 1871 1 lioulcnant de
Meau, 3a décembre 1879 ; capitaine de fré^te, 19 septembre 1891 ;
itaine do vaiueau, ag octobre iSijS.
MORT DU COMMANDANT RIVIÈRE 38 1
des autorités chinoises, et ce ne fiit que le ai octobre de cette
année qu'il connut tardivement la situation de la Cochinchinc.
Il s^exagérait la puissance militaire de la Chine, et la direction
qu'il voulait donner aux aiTaires pendant les derniers temps
de son séjour dans F Extrême-Orient permit à ses nombreux
ennemis de dire qu'il était l'auxiliaire de notre adversaire.
Il montra de l'intelligence, alors qu'il fallait surtout du juge-
ment. Il pensait que personne ne comprenait la question à
Paris, que lorsqu'on le verrait, les choses s'éclairciraient et
que d'ailleurs lui seul pouvait régler l'affairé.
CHAPITRE XIX
L'AFFAIRE DU TONG-KING (Suite). — TRAITÉ DE HUÉ
(HARMAND), 25 AOUT 1883
LE GÉNÉRAL BOUËT
En même temps que le général Bouët* prenait le comman-
dement en chef des troupes à Hanoï, où il arrivait le 16 juin ,
— pour rendre libre l'escadre de Chine, commandée par
l'amiral Meyer, une nouvelle escadre, dite du Tong-King,
fut placée sous les ordres de l'amiral Courbet*, ancien direc-
teur de l'Ecole des torpilles de Boyardville, et gouverneur
de la nouvelle Calédonie. L'amiral Courbet commandait en
ce moment la division navale d'essais qui venait d'être con-
stituée à Cherbourg et il avait arboré son pavillon sur le
Bayard (28 avril), commandé par le capitaine de vaisseau
Parrayon, avec un état-major composé du «capitaine de fré-
gate de Maigret, chef, et des lieutenants de vaisseau Ravel et
de Jonquières. La division du Tong-King se composait ^des
I. Né le 6 décembre i833 ; entré à Saint-Cyr, 26 novembre iSSa ;
dans Tinfanlerie de marine, 6 octobre i854 ; colonel, 36 octobre 1870 ;
général de brigade, 19 juin 1883.
3. Courbet, Àmédée- Anatole- Prosper, né à Abbeville, le aC juin
1837 ; entré à l'École Polytechnique en 1847; octobre 18^9, aspirant de
!»"«•• classe sur V Océan ; enseigne, 19 avril i854 ; lieutenant de vaisseau,
29 novembre i856; capitaine de frégate, i4 août 1866 ; 11 août 1873.
capitaine de vaisseau ; 36 mai 1880, gouverneur de la Nouvelle-Calé-
donie ; 18 septembre 1880, contre-amiral.
Le général bouêt 383
cuirassés Bayard et Atalante] des avisos le Château^Renaiid,
le Kersaint, VHamelin, le Parseval, le Drac^ des deux canon-
nières la Vipère et le Lynx et de deux torpilleurs. Le Bayard,
avec Tamiral, arriva le 20 juillet à la baie d'Halong.
Le 5 juillet, une attaque des Annamites avait été repoussée
à Haî-phong; le 19, à Nam-dinh, où le P. Béchet* avait été
misa mort le 20 mai, le lieutenant-colonel Pierre Badens*
faisait une sortie victorieuse'.
M. Harmand^ arrivait le 25 juin à Saigon, s'y arrêtait
|X)ur conférer avec le gouverneur, M. Thomson, et Tarn irai
Courbet avec lequel il se rencontrait le 1 5 juillet. Le com-
missaire français partait le 19 [)our Hanoï et il lançait une
proclamation aux ïongkinois.
Le i5 août, le général Bouët, pour dégager la route de
So'n-tay, livrait à Vong, près de Hanoï, un combat inutile où
nous eûmes 81 blessés ou tués. Les Chinois perdirent plus
de I 200 des leurs. Haï-du'o'ng tombait entre nos mains le
19 août; le i®*" et le 2 septembre, nos troupes enlevaient la
position de Palan, au confluent du Fleuve Rouge et du Day.
I. Béchct, Gaspard-Claude y ne en i85() ; de Lyon ; des Missions étran-
gères de Paris; parti pour la Chine, 4 mai 1881.
3. Lieutenant- colonel, 8 juin i883.
3. Is'Indo-Chine française contemporaine... , par A. Boulnais et A.
Paulus. H. Tonkin-Annam. Paris, Challamel, août i883, in-8.
f\. Harmand, François- Jules ^ né à Saumur, le a3 octobre i8/|5 ;
élève du siervice de santé militaire, 39 octobre i803; aide-médecin,
)o octobre 1866 ; médecin auxiliaire de 2^ classe, 3 aoiU 1870; médecin
(ic 2^ classe, 4 novembre 187/1 ; charge d'une mission scientifique en
Indo-Cliine, 1875-1877; conservateur-adjoint de l'exposition des colo-
nies, janvier 1881 ; consul de 2^ classe à Bang-Kok, 7 octobre 1881 ;
commissaire général du Gouvernement au Tong-King, 7 juin i883 ;
consul général, 4 août i884 ; à Calcutta, aojuin i885 ; ministre pléni-
potentiaire de a*^ classe, hors cadres, charge du consulat général, 3i dé-
cembre 1887 ; gérant la légation de Santiago, a6 juillet 1890-36 dé-
cembre 1890 ; à la disposition, i5 mars 189a ; en mission, i4 mars 189/) ;
envoyé extraordinaire et ministre pléni[3otcntiaire àTokio, 19 avril 189^ ;
ministre de i*** classe, i4 août 1896.
V
384 L*AFFAIRE DU TONG-KIJÏG
MORT DE TL-DLC (jUlLLET l883)
Sur ces entrefaites, notre ennemi acharné Tu-Duc mourait,
17 juillet i883. Il n'avait pas d'enfants, mais il avîiit trois
neveux: Nguycn ung Dieu, âgé de 32 ans, Nguvèn ungThi,
3o ans, et Nguyên ung Lich, 1/4 ans. Thi, fds du frère préféré
de Tu-Duc, Nguyèn hong Cai, fut choisi par le roi pour élre
élevé au palais royal, mais ce n'était pas une véritable adop-
tion dont Thi put concevoir aucune prétention au Trône.
C'était une marque de préférence du monarque pour un ne^eu
qui pouvait néanmoins faire supposer qu'il eût désiré le
voir lui succéder, mais qui n'engageait en rien son gouverne-
ment s'il fût mort intestat*.
Après la prise des trois provinces de TOuest (1867) le Roi,
toujours dirigé par la superstition la plus obstinée, songea à faire
l'éducation d'un nouveau neveu qui n'eût point été auprès de
lui au moment du malheur qui venait de le frap|jer.
Il choisit Nguyèn ufig Ai ou Dieu, fds de Nguvèn Hoîïg-y, son
quatrième frère, et le combla de toutes les faveurs relatées dans
le décret ci-joint.
La reine-mère dont l'influence est très grande sur le Roi et
pour laquelle la Cour a infiniment plus de respect que pour Sa
Majesté, ignorait encore en 1870 la prise de la Bassc-Cochin-
chine par les Français. Pour excuser son nouveau choix, le Roi
ne pouvait donc mettre en avant le sentiment superstitieux qui
l'y avait poussé. 11 prétexta son grand âge, sa faiblesse, la crainte
de sa mort et la nécessité de donner à son pays un successeur
en âge de gouverner. C'est ainsi qu'il y eut deux neveux du Roi,
élevés au Palais. Le dernier adopté, Nguyèn ufig Ai ou Dieu,
ne sut pas se rendre digne de la faveur dont il était l'objet et se
jeta dans la vie de débauches et de crimes assez habituelle aux
proches parents de Tu-Duc. Dans un moment de colère, il alla
jusqu'à frapper la femme que son oncle lui avait donnée et lui
crever un œil.
I. Lettre de M. Rheinart, à M. Le Myre de Vilers, Hué, 6 février
1881.
MORT DE TU-DUC 385
Il tomba en disgrâce. Il y est depuis sans cependant avoir
perdu son titre (Guip Duc) ni aucun de ses privilèges. Mais
F Dur tout le monde il n'entre plus dans l'idée du monarque de
appeler à lui succéder.
Son préféré redevint momentanément Thi. Mais en 1878,
Nguyen hotlg Gai, père de Thi, frère préféré de Tu-Duc, se
coupa la gorge dans un accès de fièvre chaude. Le Roi, fort im-
pressionné de cette mort, adopta le 2* fils de son malheureux
frère, Nguyen Van Lich. Il chargea de leur éducation le Lai Bo
Thuong Thô, ministre de l'intérieur, et leur fait construire en
ce moment un petit palais dans l'enceinte Royale. Ibid.
Voici la traduction d'un décret royal en date du 9* mois
de la 22® année du règne (1870) qui mentionne ces faveurs :
Ëtant de peu de vertu et d'années nous avons été élevés de
bonne heure au trône ; faibles depuis naissance et malade, au
milieu des nombreuses affaires qui nous entourent, nous ne sa-
vons où trouver de bon remède pour nous guérir. C'est pour ce
motif, nous sommes lent pour avoir un enfant successeur, ce
qui ne nous contente pas et ne fait pas de plaisir à notre mère ;
cl c'est une grande ingratitude pour nous, une énorme inquié-
tude et honte. Le temps passe vile et la vieillesse approche, et
les alTaires de l'État sont importantes, nous n'osons pas y mettre
des négligences ; il faut d'un autre côté suivre les anciens règle-
ments.
A' la 18* année de notre règne (i865) nous avons choisi
Nguyôn uïïg Thi, enfant de Nguyên hông Caï de Kicn quaï
Cong, notre 36'' Irère. Cet enfant était âgé de 3 ans ; il est élevé
au palais royal même, il a aujourd'hui 6 ans et continue son
éducation. — Plus notre âge s'avance, plus noire santé s'affai-
blit, quoique ce soit un bonheur pour le gouvernement, quand
le souverain est avancé en âge.
L'année dernière nous avons choisi encore Nguyôn ung Ai,
Q* enfant de notre 4' frère Nguyèn Hong-y de Kicn Thoai Gong.
Xous le logeons à gauche du Palais royal et nous lui faisons
donner de l'éducation : cette année il a 18 ans, fait des progrès
dans les études, jouit des audiences royales et reçoit beaucoup de
récompenses honorifiques. — Nous lui avons fait construire un
palais appelé Duc-Duc à côté de la porte gauche de la 3® enceinte,
et nous avons mis des mandarins et des soldats pour sa garde,
GORDIER. II — 35
386 L*àFFAIRE DU TONG-KING
espérant qu'il deviendra un homme parfait. Qu*il ne soit pas
ingrat envers nos grâces d'élection et d'éducation. De plus, nous
avons fait choisir pour sa concubine une fille d'une famille noble
afin qu'il puisse en avoir de bonne heure des postérités. Qu'il
persiste donc dans la voie de gratitude et de destination, il est
haut placé, il doit se faire du nom.
Nous avons rapporté tout cela à notre mère et elle y a con-
senti. De plus, suivant l'habitude de nos ancêtres, nous avons
désigné un nom propre à lui et à ses parents, et lui avons donné
le nom de Nguyên ung Dieu ; c'est pour affirmer son nom et sa
destination et pour tranquilliser le cœur du peuple.
Quant à jNguyén ung ïhi, nous verrons de lui, quand il
grandira.
Par la grâce du Ciel et de la Terre, ainsi que par les bien-
faits de notre mère, si plus tard nous avons un garçon pour
nous succéder, nous donnerons de grandes dignités et de grands
appointements à nos deux présents neveux qui seront remis au
nombre de Rim chi ngoc Diep (princes).
Le présent décret est promulgué, etc., etc.
Ce fut Duc- Duc (Dieu) qui fut choisi comme successeur
de Tu-Duc, mais ce malheureux prince, père du roi actuel,
Thành Thâi, fut dépossédé au bout de quelques jours par
les intrigues du premier ministre, Nguyôn van Tu'o'ng, et
remplacé par Iliép Hoà, frère cadet utérin de Tu-Duc.
PRISE DE TIIUAN-AN
Cependant l'amiral Courbet, accompagné de M. Harmand,
quittait la baie d'IIa-long le i4 août, se présentait deux
jours plus lard à l'entrée de la rivière de Hué, devant les
forts de Thuan-An. Le commissaire français était porteur
d'un ultimatum et d'un projet de traité; les forts ayant re-
fusé de se rendre, l'escadre ouvrait le feu le i8 à cinq heures
du soir; le transport Annamite arrivait de Saigon, amenant
Goo hommes d'infanterie de marine, loo tirailleurs anna-
mites, loo coolies et une batterie d'artillerie. Le 19, le feu
TRAITÉ DE HUÉ 387
recommença; le 20, les troupes étaient débarquées et les forts
tombaient entre nos mains. Immédiatement le Lynx et la
Vipère francbissaient la barre \ Le ministre annamite des
affaires étrangères arrivait en toute hâte en parlementaire et
M. Harmand, avec M. de Champeaux, ancien chargé d'af-
faires de France, remontait avec lui, à Hué, le 22, sur une
chaloupe à vapeur. Après avoir stipulé l'évacuation des douze
forts défendant la capitale, l'enlèvement des barages, la des-
truction des munitions, etc., M. Harmand signait le 25 août
le traité suivant.
TRAITÉ DE HUÉ, 25 AOUT l883
Entre les soussignés,
D'une part,
J. T. Harhand» Commissaire général et Plénipotentiaire de la
République française, agissant au nom de la France,
Assisté de :
MM. Palasne de CnABfPKAUx, Administrateur général des affaires
indigènes de Cochinchine. ex-chargé d'affaires de France à Hué ;
Ory, chef de cabinet du Commissaire général ; De la Bastide,
capitaine du génie, aide de camp du Commissaire général ;
Masse. Administrateur des Affaires Indigènes de Cochinchine ;
Haitce, interprète du Gouvernement français en Chine, secré-
taire particuhér du Commissaire général ;
D'autre part.
Leurs Excellences Tran-Dinh-Tuc, premier Plénipotentiaire
(Hiep-Bien-Dai-Hoc-Si) grand censeur ; Nguyèn-Trong-Hiep.
deuxième Plénipotentiaire (Lai-Bo-Thuong-ïho), Ministre de
rintérieur et des Affaires étrangères de S. M. le Roi d'Annam,
agissant au nom du Gouvernement annamite.
Assistées de :
Huiwh-Kien-Thuong (Song-Bien-Noi-Cac), membre du Conseil
privé,
I. L'amiral Courbet d'après les papiers de la Marine et de la
famille^ par Emile Ganneron, secrétaire -rédacteur au Sénat. Paris, L.
Cerf, i885, iniS.
ï.
388 L* AFFAIRE DU TONG>KING
Il a éié convenu ce qui suit :
Article premier. — L'Annam reconnaît et accepte le protec-
torat de la France, avec les conséquences de ce mode de rapports
au point de vue du droit diplomatique européen, c'est-à-dire
que la France présidera aux relations de toutes les Puissances
étrangères, y compris la Chine, avec le Gouvernement annamite,
qui ne pourra communiquer diplomatiquement avec lesdites
Puissances que par Tintermédiairc de la France seulement.
Art. 2. — La province de Binh-Tliuan est annexée aux pos-
sessions françaises de la Basse-Cochinchine.
Art. 3. — Une force militaire française occupera d'une façon
permanente la chaîne de montagnes Deo-lNgang, qui aboutit au
cap Ving-Kuia, ainsi que les forts de Thuan-An. et ceux de l'en-
trée de la rivière de Hué, qui seront reconstruits au gré des
autorités françaises.
Les forts s'appellent en langue annamite : Ha-duon, Tran-Haï,
Thay-Duong, Trang-Lang, Hap-Chau, Lo-Thau et Luy-Moï.
Art. 4- — Le Gouvernement annamite rappellera immédia-
tement les troupes envoyées au Tong-King, dont les garnisons
seront remises sur le pied de paix.
Art. 5. — Le Gouvernement annamite donnera Tordre aux
mandarins du Tong-King d'aller reprendre leurs postes, nommera
de nouveaux fonctionnaires, aux postes vacants, et confirmera
évenluellcmenl, après entente commune, les nominations faites
par les autorités françaises.
Art. (). — Les fonctionnaires provinciaux depuis la frontière
Nord du Hinh-Tlman jus(|u'ù celle du Tong-King — et par cette
dernière nous entendons la chaîne Deo-Ngang qui servira do
limite — administreront, comme par le passé, sans aucun con-
trôle de la France, sauf en ce qui concerne les douanes ou bien
les travaux publics, et en général, tout ce qui exige une direction
unique et la compétence de techniciens européens.
Art. 7. — Dans les limites ci-dessus, le Gouvernement anna-
mite déclarera ouverts au commerce de toutes les nations —
outre le port de Quin-Mion — ceux de Tourane et de \uanday.
On discutera ultérieurement s'il n'est pas avantageux aux deux
Etats d'en ouvrir d'autres, et l'on fixera également les limites
des concessions françaises dans les ports ouverts. La France y
entretiendra des agents, sous les ordres du Résident de France
à Hué.
Art. 8. — La France pourra éle>er un phare, soit au cap
TRAITÉ DE HUÉ 889
Varela, soit au cap Padaran ou à Poulo-Cecir de mer, suivant
les conclusions d*un rapport qui sera fait par des ofliciers et
ingénieurs français.
Abt, 9. — Le Gouvernement de S. M. le Roi d*Annam s'en-
gage à réparer, à frais communs et après entente, entre les deux
Hautes Parties contractantes, la grande route d'Hanoï à Saigon,
et à l'entretenir en bon état, de façon à y permettre le passage
des voitures. La France fournira des ingénieurs pour faire exé-
cuter les travaux d'art, tels que ponts et tunnels.
Art. 10. ^ Une ligne télégraphique sera établie sur ce trajet
et exploitée par des employés français. Une partie des taxes sera
attribuée au Gouvernement annamite qui concédera, en outre,
le terrain nécessaire aux. stations.
Art. II. — H Y aura à Hué un Résident, fonctionnaire d'un
rang très élevé, il ne s'immiscera pas dans les affaires intérieures
de la province de Hué, mais il sera le représentant du protec-
torat français, sous le contrôle du Commissaire général du Gou-
vernement de la République française, lequel présidera aux rela-
lions extérieures du royaume d'Annam, mais pourra déléguer
son autorité et tout ou partie de ses pouvoirs au résident de Hué.
Le Résident de France h Hué aura droit d'audience privée et
personnelle auprès de S. M. le Roi d'Annam, qui ne pourra
refuser de le recevoir, sans motif valable.
Art. 13. — Auïong-King, il y aura un Résident à Hanoï, un à
Ilalphong, un dans les >illes maritimes qui pourraient ultérieu-
rement se fonder, un au chef-lieu do chaque grande province.
Aussitôt que le besoin s'en fera sentir, les chefs-lieux des pro-
^inces secondaires recevront aussi des fonctionnaires français ([ui
seront placés sous l'autorité des Résidents de la grande province
de laquelle ils relèvent, suivant le système des divisions admi-
nistratives du pays.
Art. i3. — Les Résidents et les Résidents-adjoints seront
assistés des aides et collaborateurs qui leur seront nécessaires, et
protégés par une garnison française ou indigène, suflisantc pour
assurer leur pleine sécurité.
Art. 14. — Les Résidents éviteront de s'occuper des détails de
l'administration intérieure des provinces. Les mandarins indi-
gènes de toute catégorie continueront à gouverner et à admi-
nistrer sous leur contrôle ; mais ils pourront être changés sur la
demande des autorités françaises, s'ils manifestaient de mauvaises
dispositions à leur égard.
-'^"'wm''
Art. i5. — C'pst par l'intermédiaire des Résidents seuls que
k<s rnnclionnairrs ri oiiipiojés français de toute catégorie, appar-
tenant aux services généraux, tels que postes et télégraplt»'.
trésor, douanes, travaux publics, écoles françaises, etc., etc..
pourront avoir des rapporta oITiciels avec les autorités annamites.
AnT. 16. — Les Itésidents rendront la justice dans toutes les
afTaircs civiles, correctionnelles ou commerciales entre les Euro-
péens de toutes nationalités et les indigènes, entre ceux-ci et
ceui des Asiatiques étrangers qui voudront jouir des avantages
de la protection française.
Les appels des jugements des Itésidcnts seront porté» à Saigon.
\iiT. 17. — Les Résidents contrôleront la police dans les
agglomérations urbaines, et leur droit de contrôle sur les fonc-
tionnaires indigènes s*étendra suivant Iesdévelop[>cmenls desdites
agglomérations.
AiiT. 18. — Les Résidents centraliseront, avec le concours des
Quan-Bo, le service des impils, dont ils snrveilleront la j)ercep-
tion et l'emploi.
Aht. 19. — Les douanes, réorganisées, seront entièrement
confiées à des administrateurs français. Il n'y aura que des
douanes maritimes et des frontières, placées partout où le besoin
s'en fera sentir. Aucune réclamation ne sera admise relativement
aux douanes pour les mesures prises par les autorités militaires
au Tong-K.ing.
.\iiT. ao. — Les citoyens ou sujets français jouiront, dans
toute l'étendue du Tong-Ring et dans les ports ouverts de l'Annam.
d'une entière liberté pour leurs personnes et leurs propriétés. Au
Tong-KIng, et dans les limites des |xirts ouverts de l'.\nnam. ils
pourront circuler, s'établir et posséder librement. Il en sera de
même de tous les étrangers qui réclameront le bénéîice de la pro-
tection française d'une façon jwrmanente ou temporaire.
Aht. ai. — Les personnes qui, pour des motifs d'ordre scien-
tilîque ou autres, voudront voyager dans l'intérieur de l'Annam,
ne pourront en obtenir l'autorisation que pir l'intermédiaire du
Résident de France à Hué, du Gouverneur de la Cncliinchine ou
du Commissaire général de la République au Tong-King. Ces
autorités leur délivreront des passeports (|ui seront présentés an
visa du Gouvernement annamite.
Abt. sa, — La France entretiendra, tant qucceltc précaution
lui paraîtra nécessaire, des postes militaires le long du Fleuve-
Rouge, de façon !» en garantir la libre circulation. Elle pourra
r* - p— -
TRAITÉ DE HUÉ 89 1
également élever des fortifications permanentes où elle le jugera
utile.
Art. a3. — La France s'engage à garantir désormais Tintc-
grité complète des Ltats de S. M. le Roi d*Annam, à défendre
ce Souvet*ain contre toutes les agressions du dehors et contre
toutes les rébellions du dedans, et à soutenir ses justes revendi-
cations contre les étrangers.
La France se charge à elle seule de chasser du Tong-King les
bandes connues sous le nom de Pavillons-Noirs et d'assurer par
ses moyens la sécurité et la liberté du commerce du Fleuve-Rouge.
Sa Majesté le Roi d'Anna m continue, comme par le passé, à
diriger l'administration intérieure de ses États, sauf les restric-
tions qui résultent de la présente convention.
Art. 24. — La France s'engage également à fournir h S. M. le
Roi d'Annam tous les instructeurs, ingénieurs, savants, oflfi-
ciers, etc., dont elle aura besoin.
Art. 35. — La France considérera en tous lieux, au dedans
comme au dehors, tous les Annamites comme ses vrais protégés.
Art. 36. — Les dettes actuelles de l'Annam vis-à-vis de la
France seront considérées comme acquittées par le fait de la
cession de Binh-Thuan.
Art. 37. — Des conférences ultérieures fixeront la quotité à
attribuer au Gouvernement annamite sur le produit des douanes,
des taxes télégraphiques, etc., etc., du royaume, des impôts et
douanes du Tong-King et des monopoles ou entreprises indus-
trielles qui seront concédées au Tong-King.
Les sommes prélevées sur ces recettes ne pourront pas être
inférieures à 3 millions de francs.
La piastre .mexicaine et les monnaies d'argent de la Cochin-
chine française auront cours forcé dans toute l'étendue du
royaume, concurremment avec les monnaies nationales anna-
mites.
La présente convention sera soumise à l'approbation du Prési-
dent de la République française et de S. M. le Roi d'Annam, et
les ratifications en seront échangées aussitôt que possible.
La France et l'Annam nommeront alors des Plénipotentiaires
qui se réuniront à Hué pour examiner et régler tous les points
de détails.
Les Plénipotentiaires nommés par le Président de la République
française et S. M. le Roi d'Annam étudieront, dans une confé-
rence, le régime commercial le plus avantageux aux deux Ëtats,
892 L*AFFAIRE DU TONG-KING
ainsi que le règlement du système douanier, sur les bases indi-
quées à rarticle 19 ci-dessus. Ils étudieront aussi toutes les
questions relatives aux monopoles du Ïong-King, aux concessions
de mines, de forêts, de salines et d'industries généralement
quelconques.
Fait à Hué, en la légation de France, le 26* jour du mois
d'août i883 (28® jour du 7* mois annamite).
Ce traité reconnaissait notre protectorat, la province de
Blnh-Thuan était annexée à nos possessions de Cochinchine,
une force militaire devait occuper constamment la chaîne de
montagnes Deo-Ngang, qui aboutit au cap Vong-chua,
ainsi que les forts de Thuan-An et ceux de Tentrée de la ri-
vière de Hué, qui seraient reconstruits au gré des autorités
françaises. De plus, le gouvernement annamite devait rappeler
immédiatement les troupes envoyées au Ïong-King, dont les
garnisons devaient être remises sur le pied de paix. M. Har-
mand partait le lendemain pour Hanoï, laissant M. deCham-
peaux comme résident général à Hué.
« Ce traité posait les bases de Torganisation actuelle,
malgré la revision dont il devait être Tobjet, dix mois plus
tard. C'est l'œuvre personnelle de M. Harmand et Thonncur
de sa carrière diplomatique*. »
I. V affaire du Tonkin^ p. 80.
I
CHAPITRE XX
L'AFFAIRE DU TONG-KING (Suite). — M. TRIGOU (1883) <
nSTRUCTlÔiNS DE M. TRICOU
Le i4 mai i883, M. Challemel-L<icour télégraphiait à
M. Tricou', ministre de France au Japon :
Très Urgent. Faites-moi savoir d'urgence si vous êtes à Tokio.
J'attends votre réjionsc pour vous envoyer des instructions en
vue d'une mission très importante.
M. Tricou répondit le lendemain:
Je suis a Yedo entièrement aux ordres de Votre Excellence.
I. Ministère des Affaires étrangères. — Documents diploma-
tiques. — Affaires du Tomki?i. — Deuxième partie, décembre 1882-
i883. Paris. Imp. Nat., i883. in -fol.
a. Tricou, Arthur, né le 17 septembre 1887 ; licencie en droit; atta-
ché à la direction des consulats, 18 décembre 1807 ; élève- consul à
Alexandrie, 3a janvier 1863; consul de seconde classe (hors cadre), i!x
avril 1866 ; à la Ganée, 17 mars 1867 ; au Caire, 18 mars 18O8 ; chargé
de la gestion du consulat général à Alexandrie, du 8 juillet 1869 au 37
[ avril 1870; consul do i*"® classe, 13 octobre 1870; consul à Constanli-
I nople, 33 mai 1873 ; consul général à Beyrouth, 17 décombro 1874 ;
l membre de la commission financière ottomane, novembre 1878 ; agent et
consul général en Egypte, 30 mai 1879 ' c"vo)<5 extraordinaire et mi-
nistre plénipotentiaire à Téhéran, 3^ septembre 1879; ministre plénipo-
tentiaire de i'** classe, i*' mars 1883 ; envoyé extraordinaire et ministre
plénipotentiaire au Japon, 3 mars 1883 ; chargé, comme envoyé extra-
ordinaire, d'une mission en Chine, i5 mai i883 ; en disponibilité, 3o
avril i885; chargé de travaux particuliers, V^ mars 1889.
394 L*AFFA1RE DU TONG-KING
Ce même jour, le Ministre des Affaires Etrangères en-
voyait par télégraphe les instructions suivantes à notre agent
à Tokio :
Je vous prie de vous rendre immédiatement à Pé-King comme
Envoyé extraordinaire, en attendant le successeur de M. Bourée.
jNotre refus d'accepter le traité préparé par M. Bourée relative-
ment au Tong-King a donné lieu à un malentendu qui a refroidi
nos rapports avec la Chine.
Deux buis sont assignes à votre mission provisoire : 1° établir
que le rappel de M. Bourée n'implique aucune pensée de
rupture ; que nous sommes prêts à traiter sur d*autres bases, et
que notre protectorat au Tong-King ne change rien à la situation
créée dès 1874 ; 2° nous renseigner exactement sur les intentions
et préparatifs de la Chine. D'après M. Bourée, le Gouvernement
chinois serait résolu à s'opposer à notre action au Tong-King, où
il dirigerait contre nous des forces considérables.
Il importe que nous soyons fixés sur ce point. Nous comp-
tons sur votre tact, non seulement pour juger sans prévention de
l'état réel des choses, mais pour faciliter un rapprochement entre
les deux pays.
Votre arrivée est annoncée à Pé-King, où vos lettres de créance
vous seront adressées.
M. Tricou arriva dans Taprès-midi le 6 juin* àChang-
Haï, où se trouvait Li Houng-tchang, de passage, se rendant
à Canton, ou le laissant entendre.
« M. Tricou, à son arrivée à Chang-Haï, trouva Li Houng-
tchang entouré d'un appareil militaire assez tapageur et fai-
sant grand bruit lui-même, de sa marche annoncée vers le
Sud où il allait pour prendre le commandement en chef des
forces méridionales de la Chine*. »
1. Curieuse coïncidence, le soir même, M. Bourée arrivait de Pé-King
dans ce port pour s'y embarquer; ce fut sa présence qui motiva le télé-
gramme du 10 juin du Gouvernement français.
2. Rapport do M. Fournier, capitaine de frégate, commandant le
Voilât h Tamiral Pcjron, ministre de la marine, Nagasaki, 6 décembre
j883.
LE JAPON SgS
Lî ne partit pas; « la fermeté de notre attitude, écrit
M. Tricou le 20 juillet i883, a suffi pour le retenir un mois
k Chang-Haï et pour l'empêcher d'aller prendre le gouver-
nement des provinces du Sud qui lui avait été confié avant
mon arrivée ».
Li, réintégré à cette époque, dans ses fonctions de vice-roi
de la province du Tché-li, resta donc dans le Nord. D'autre
part, pour éviter tout malentendu, le marquis Ts'éng était
prié de prévenir télégraphiquement son gouvernement que
M. Tricou avait seul qualité pour parler au nom du Gouver-
nement français (10 juin).
Du 5 juillet au i3 septembre, M. Tricou resta à Chang-
Haï, n'entretenant aucune relation diplomatique avec la
Chine; ses télégrammes à Paris demandaient Tenvoi de
renforts au Tong-King, qu'on agisse à Hué et qu'on fasse le
blocus des côtes d'Annam.
Des troubles à Canton fournirent à M. Tricou l'occasion
de sortir de son isolement et le prétexte de voir Li sans avoir
l'air de courir après lui.
LE JAPON
A cette époque', il nous aurait été peut être possible de
profiter des mauvaises dispositions du Gouvernement japo-
nais à cause des affaires des îles Lieou-Kieou et de la Corée;
M. Tricou télégraphiait de Chang-Haï au Département le
19 juin i883 :
Je connaissais les dispositions du Gouvernement Japonais.
Nous pouvons en tirer un très grand parti, dans le cas d'une
I. En juin i883, on eslimait que les forces placées sous le comman-
dement de Li, dans le Nord, s'élevaient à 29000 hommes répartis dans
58 camps placés à Chan-Haï Kouan, Lou-laï, Pc-T'ang, Ta-Kou, Pao-
Img, rien-isin, etc.
1»- ^ •.,■■
396 l'affaire du tong-king
rupture qui semble inévitable si nous ne voulons pas paraître
reculer.
Vingt mille Japonais suffiraient pour mettre en déroute toute
l'armée chinoise. Ce qui manque aux Japonais, ce sont des
bateaux de transport et une marine pour défendre ses côtes. La
nôtre pourrait trouver à Nagasaki tout le charbon et les ravi-
taillements qui lui seraient nécessaires, et qui, je le crains, pour-
raient lui faire défaut à Saigon.
La situation du Japon vis-à-vis de la Chine ressemble beau-
coup à la nôtre. Par le traité de 1876, la Cour de Tokio a
reconnu Tindépendancc de la Corée sans que la Chine élevât à
cette époque la moindre protestation.
Nous n'avons qu'à dire un mot, et nous pouvons être assurés
du concours du Gouvernement Japonais.
Je sais que la Chine redoute fort cette évenlualité.
Les dispositions des Japonais à notre égard changèrent
d'ailleurs rapidement, soit sous la pression de FAUemagne,
soit à la suite d'avances secrètes de la Cour de Pé-King. Le
commandant Fournier écrivait dans son rapport à l'amiral
Peyron que M. Tricou, après avoir quitté la Chine, traver-
sant le Japon en novembre : « a constaté et j'ai pu constater
moi-même qu'une évolution manifeste s'était produite dans
les dispositions de la Cour de Tokio. Loin de rechercher,
comme naguère, un rapprochement avec la France, elle
parait vouloir aujourd'hui se dégager d'une compromission
qui pourrait lui devenir gônante ».
M. Billot dit qu'il y a une énigme dans le changement
survenu, au mois de juin i883, dans l'attitude du gouverne-
ment chinois, et que ce changement fut opéré « sous des
influences » qui n'ont pas été déterminées. La vérité est que
les Chinois n'ont jamais eu l'intention de céder ; seul, Li
désirait la paix; Ts'êng, au contraire, sous l'influence bien
connue d'un agent étranger, était belliqueux. Suivant que Li
ou Ts'êng était écoulé, le gouvernement de Pé-King, favo-
rable d'ailleurs au second, inclinait vers la soumission ou la
résistance; quand il se fut assure de la non-intervention des
VUES DE M. TRICOU 897
Japonais, il se montra intransigeant*. Toute notre diplo-
matie ne pouvait que nous faire perdre du temps ; le canon
seul devait avoir raison de Tobstination de la Cour de Pé-
king, et encore fallait-il que ce canon fût libre de son feu ;
nous verrons, plus loin, que les obstacles mis constamment
par le ministère à Faction militaire, ont retardé refifet de
celle-ci presque aussi longtemps que des négociations pour-
suivies par trop de personnes dans trop d'endroits différents.
VUES DE M. TRICOU
M. Tricou exposait sa manière de voir dans le télé-
gramme suivant qu'il adressait de Chang-llaï au ministère le
4 juillet :
Chang-Iiaï, le 4 juillet i883.
(Confidentielle . )
Votre Excellence me permet-elle de lui exprimer en toute
franchise mon sentiment personnel P
La Convention Bourée nous a entraînés sur un déplorable
terrain, en provoquant, en sollicitant presque Tingérence de la
Chine dans une question que, depuis 1870, nous ne Tavions pas
conviée à examiner avec nous.
Voulons-nous aujourd'hui rentrer dans la \oie des traditions
que nous a fait malheureusement abandonner une politique per-
sonnelle, ou persistons-nous à rechercher un accommodement
qui ne sera, après tout, qu'une entente boiteuse sur le terrain
des faits P
Dans la première hypothèse, il conviendrait d'adresser une
note à la Chine pour lui déclarer qu'en présence de ses agisse-
ments nous reprenons toute notre liberté d'action, et que nous
sommes résolus à faire prévaloir les droits qui nous sont conférés
par le traité de 1874. Je peux vous assurer que la Chine ne nous
déclarera pas ouvertement la guerre : elle ne peut pas nous la
faire, et n'est pas en état de nous la faire. Mais il faudrait alors
1. L'affaire du Tonkin, p. 47 ©t 48.
SgS L* AFFAIRE DU TOKG-KING
frapper, sans relard, un grand coup à Hué, ce que nous aurions
dû faire depuis longtemps. Ce serait, d'après moi, la solution la
meilleure, la plus honorable et la moins compromettante.
Dans la seconde hypothèse, il ne nous reste qu*à pousser aclî-
vement les négociations, si nous' ne voulons paà permettre à Li
de nous discréditer par ses atermoiements. Je dois avouer qu'un
arrangement, quels qu*en soient les termes, n'empêchera pas la
Chine de continuer à nous susciter secrètement les plus graves
embarras au Tong-King.
Que si. croyant notre honneur engagé, nous voulions forcer la
Cour de Pé-King à reconnaître formellement le Traité de 1874 et
à renoncer à ses prétentions de suzeraineté, nous nous verrions,
dans ce dernier cas, obligés de recourir résolument à la force :
une action navale, comme je l'ai déjà dit, suflirait pour réduire
le Céleste Empire à discrétion.
Depuis deux jours, Li fait le malade, il se réserve ; heure par
heure, il est renseigne par le M** ïs'êng sur les dispositions de la
presse et des deux Chambres, qui lui sont représentées comme
pacifiques, froides même.
Tricou.
Ce jour même (4 juillet), au reçu d'un télégramme du
Tsoung-li Yamen, Li quittait Chang-Haï brusquement et
remontait à Tien-Tsin, laissant M. Tricou derrière lui.
Notre ministre se trouvait malheureusement dans un état
de santé qui lui rendait fort difficile sa tâche ; il télégraphiait
le 5 juillet :
Très malade, constamment alité, il m*est impossible de rendre
aucun service à mon pays. Je sollicite respectueusement un congé
ou ma mise en disponibilité.
Il était impossible au Ministère d'autoriser notre agent à
quitter son poste à ce moment. Les négociations étaient
d'ailleurs pénibles. Li Houng-tchang, qui craignait pour sa
tête, désirait qu'elles fussent poursuivies à Paris; il était
d'ailleurs reparti pour Tien-Tsin, comme nous venons de le
voir. Il est fort possible que de son côté, le marquis T'sêng
VUES DU MARQUIS TS*ÉNG 899
eût la même crainte. Cependant la Chambre des Députés
appuyait la politique du Couverncment et j>ar 862 voix
ronlre 78, dans la séance du 10 juillet, Tordre du jour
suivant était adopté :
La Chambre, après avoir entendu les explications du Gou>er-
ncmcnt, confiante dans sa politique ferme et prudente, passe à
Tordre du jour.
Éconduit courtoisement par les cabinets de Londres et de
Berlin, le Tsoung-li Yamen tourna ses regards vers les États-
Unis (17 juillet). M. Young*, ministre américain àPé-king,
alors doyen du Corps diplomatique, ancien reporter du New
York Herald, et ami intime de Li, très désireux d'offrir sa
médiation, menait la campage; le Cabinet de Washington
aux bons offices duquel la Chine faisait appel, pour sou-
mettre à son arbitrage les difficultés survenues avec la France
relativement au Tong-King, faisait pressentir nos disposi-
tions par son représentant à Paris. L'intervention d'une puis-
sance tierce ne pouvait qu'entraver notre action dans T Annam
comme au Tong-King, et compliquer, en outre, notre dif-
férend avec la Chine, permettant à la Cour de Pé-King de
poser la question de suzeraineté, qu'il était prudent d'écarter.
Plus tard (20 août) Li Houng-tchang faisait publier par les
journaux à sa dévotion que le Gouvernement français avait
accepté la médiation américaine. Ce même jour, M. Challe-
mel-Lacour télégraphiait à M. Tricou :
Le Gouvernement des États-Unis nous a sur la demande de
la Chine fait offrir ses bons offices. Nous les avons déclinés.
I. Young, James-RusselL de Ne w- York. ^ nommé le i5 mars 188a, à
la place de James B. Angell, de Michigan, successeur le 16 août 1880, de
Geo. F. Seward; Young prit charge de la légation, le 17 août i88a ; il
donna sa démission le 37 janvier i885, et quitta Pc-King, le 8 avril i885 ;
il fui remplacé par Charles Denby.
fffiî>'
4oO L* AFFAIRE DU TONG-KING
VUES DU MARQUIS TS'ÊNG
Le marquis Ts*êng ne parait pas avoir eu jusqu'au lo août
la compréhension très nette de la situation, ainsi qu'il ré-
sulte de la note suivante, due à une personne en relations
avec le diplomate chinois :
NOTE
C'est seulement depuis hier (lo août) que le marquis IVc^ng
se rend compte de la gravité de raftirmatiou que lui a arrachée
M. Ghallemel-Lacour, relativement à la présence au Tong-Ring
de troupes impériales chinoises, destinées à combattre les Fran-
çais. Auparavant, cette mesure lui paraissait toute naturelle î
Mais il est elTrayé maintenant du parti que l'on peut tirer contre
la Chine et contre lui d'une déclaration qui prend, dans sa
bouche, une gravité particulière.
11 faut donc s'attendre à le voir se rétracter, à atténuer la
portée de ce qu'il a dit, car il comprend que la Chine mettant
ainsi les torts de son côté, ne pourra pas obtenir la médiation
d'une puissance étrangère ; et c'est au fond l'espoir de voir les
États-Unis, par exemple, s'interposer entre la France et leur
pays, qui rend les Chinois si audacieux !
Le Gouvernement français fera bien toutefois de ne pas se
contenter de vaines déclarations et d'exiger des actes.
Parmi les mesures que l'on pourrait exiger, en témoignage de
la sincérité de la Chine sont les suivantes :
1° La publication dans la Gazette de Péking et l'aflichage dans
toutes les villes des trois provinces limitrophes du Ïong-King d'un
Décret impérial (Chancj-yu) rapportant celui qui a pr<krédemment
ordonné l'envoi de troupes chinoises dans le Sud et au Tong-
King. On pourrait môme discuter les termes de ce décret, qui
devrait éloigner du tliéatre de nos opérations tous les contingents
cbinois qui y ont été envoyés dans ces derniers temps, et faire
sortir du Tong-King tous les soldats chinois qui s'y trouvent.
3" Le maintien dans la Yicc-Koyauté de Canton de ïs'èng*,
oncle du Marquis et frère du célèbre Ts'éng Kouo-fan, qui est,
I. Ts'èng Kouo-ts'iuan.
BLOCUS DES PORTS DE l'iNDO-CIIINE 4oI
dit-on, déplacé parce qu'il n*a pas montré suffisamment de zèle
à prendre des mesures hostiles aux Français.
3"* Le déplacement de Tsen Yû-ying actuellement Vice-Roi du
Yûn-Rouei (formé par les deux provinces du Yun-Nan et du
Kouci-tcheou), qui était précédemment Gouverneur du Yûn-\an
cl dont la nomination récente à son poste actuel a été interprétée
par les Chinois comme une mesure hostile à la France (sa nomi-
nation comme Vice-Roi date du 3o mai i883).
Ce Tsen Yû-ying est tristement célèbre par le massacre de la
population inofiensive de Ta-li fou qu'il ordonna en 1873, après
la capitulation de cette ville au mépris de la foi jurée (Consulter
au besoin le livre de Rocher sur la province du Yun-Nan).
Observation. — Les trois mesures qui précèdent sont de nature
à soulever une vive opposition de la part du parti de la guerre
chinois, aussi ne faudrait-il formuler ces propositions que si l'on
est bien décidé à obtenir satisfaction sur ces divers points.
D'autres garanties à exiger pourraient naturellement être indi-
quées par des personnes connaissant bien la Chine.
Le II août i883.
BLOCUS DES PORTS DE l'iNDO-CHOE
■
A la suite d'un télégramme du ministre des Affaires étran-
gères du 9 août, M. Tricou remettait le 20 août au prince
Koung, président du Tsoung-li Yamen, une note lui notifiant
que les ports du Ïong-King et de l'Annam étaient mis en
état de blocus.
Le soussigné. Envoyé Extraordinaire de France en Chine, a
l'honneur, conformément aux ordres de son Gouvernement,
d'informer S. A. L le Prince Koung que le Gouvernement de la
République, avisé de plusieurs points de la Chine du départ de
navires chargés d'armes et de munitions à destination de l'Annam
se voit forcé, vu les circonstances, de s'opposer à ce trafic qui
est, d'ailleurs, interdit par l'article 2 du traité de commerce
conclu avec la Cour de Hué en 1874.
En conséquence, les ports du Tong-King et de l'Annam sont
mis en état de « Blocus ». Une surveillance rigoureuse sera
exercée sur les côtes. Les navires suspects seront visités dans ces
CoRDiER. II. — 2O
^oa l'affaire du tong-king
parages et ceux qui, après notification individuelle, tenteraient de
franchir les lignes du blocus, seraient saisis.
Le soussigné s'empresse de porter cette décision à la connais-
sance du Gouvernement Chinois pour qu'il prévienne sa marine
de Commerce et empêche toute expédition de ce genre.
Il saisit cette occasion pour renouveler à S. A. 1. Mgr. le
Prince Koung les assurances de sa très haute considération.
Sig. : Tricx)U.
Le prince Koung fit la réponse suivante à M. Tricou :
COMMUNICATION OFFICIELLE
J'ai reçu le i8* jour de la 7*^ lune de la 9* année Kouang^Siu
(20 août i883) la dépêche que Votre Excellence m'a fait l'honneur
de m'adresscr et dans laquelle Elle me dit : (Suit la reproduction
presque in extenso de la note relative au blocus des côtes de
ï'Annam et du Tong-King). Or, pendant la i*"* année Kouang-
Siu (1874-1870) le Représentant de la France, S. E. M. le Comte
de Rochechtouar, avant adressé au Tsoung-li Yamen une commu-
nication officielle relative aux négociations et aux affaires inter-
venues entre votre pays et Ï'Annam, le Tsoung-li Yamen lui ré-
pondit que Ï'Annam étant, de fondation, un pays vassal de la
Chine, toutes les questions relatives aux rapports entre les popu-
lations situées sur les frontières de la Chine avec celles des pays
vassaux, soit que ces relations existent ou non, ou ayant trait à
la manière et aux époques fixées pour leurs rapports commer-
ciaux, devaient faire l'objet, de la part du Y'^amen, par la voie
officielle (auprès des autorités provinciales), d'une enquête minu-
tieuse, vu les circonstances particulières à chaque province et, dès
que les réponses seraient parvenues au Tsoung-li Yamen, il dé-
terminerait, d'après leur examen, la manière dont on devrait
procéder à ce sujet, etc., etc. Nous avons celte réponse dans nos
archives.
Après avoir reçu la dernière communication de Votre Ex-
cellence, il est de notre devoir de faire comme précédemment
et d'envoyer des dépêches pour nous enquérir s'il y a bien dans
les provinces de notre littoral des navires de commerce de difîé-
renles descriptions transportant actuellement des armes et des mu-
nitions de guerre dans les ports de Ï'Annam pour en faire le trafic.
SIR HABRT PARKES 4o3
Dès que les réponses nous seront parvenues, le Tsoung-li Yamen
déterminera, après examen, de quelle façon on devra procéder et
vous adressera, à ce sujet, une nouvelle réponse officielle. Nous
vous adressons, dès à présent, cette première réponse dont nous
prions Votre Excellence de vouloir bien prendre connaissance * .
SIR HARRT PARKES
Sir Harry Parkes' était nommé ministre à Pé-King, le
i3 juillet i883, en remplacement de Sir Thomas Wade.
Jamais choix ne fut aussi chaudement applaudi par la colonie
anglaise de Chine que celui de Parkes qui venait de repré-
senter son pays avec distinction à Tokio. On attendait mer-
veille de cet homme d'action dont le nom était resté légen-
daire depuis la campagne de 1860; la diplomatie anglaise
allait sortir de la léthargie où elle était plongée depuis son
départ pour Tokio ! mais les circonstances étaient si'^c^^ulicro-
inent changées, et pendant les dix-huit mois qu'il avait
encore à vivre, on ne peut dve que Parkes retrouva ses suc-
cès d'antan; il est vrai d'ajouter qu'il eut à peine le temps
de se remettre au courant des affaires, « gettmg into the
saddle», comme il disait. Il débarqua à Cbang-Haï le 6 sep-
tembre i883 au milieu de l'enthousiasme général, quitta
cette ville pour Pé-King le i3; et arriva dans la capitale le
27 septembre, avec le gouverneur de Ilong-Kong, Sir George
F. Bovven, successeur de l'impopulaire Sir John Pope Hen-
nessy.
M. Tricou télégraphiait au Déparlement le 9 septembre
lors de l'arrivée de Sir Harry Parkes :
1. Pour traduction conforme, le 2^ interprète de la légation, [sig.] :
Arnold Vissière.
2. Parkes, Harry- Smith, né le 24 février 1828 à Birchills Hall, pa-
roisse de Bloxwîch, près Walsall, dans le StafTordshire ; il partit de Ports-
monih sur le Foam, le i3 juin i84i et arriva h Macao, le 8 octobre. —
The Life ofsir Harry Parles... by Stanley Lane-Poole. London, 189/j,
a vol. in-8.
4o4 L*AFFA1RE DU TONG-KING
Sir Harry Parkos, récemment nommé Minisire de la Reine en
Chine, vient d'arriver à Chang-Haï. Nous avons noue à Tokio
de cordiales relations. Il m*a assuré, sans y être provoqué, que
dans le cas où le Tsoung-li Yamcn lui parlerait des affaires de
l'Annam et du Tong-King, il l'engagerait vivement à accepter
les bases d'arrangement que nous croirions devoir proposer. Sir
Harry s'est toujours montré particulièrement hostile aux préten-
tions de la Chine en matière de suzeraineté. Il re|)artira le i a
pour Ïien-Tsin sur le croiseur le Vigilant...
Le soir du même jour, M. Tricou télégraphiait encore :
Je viens d'avoir avec Sir Harry Parkes un entretien tout in-
time. Il pense, comme moi, que le M'* Ts'éng est chargé de nous
amuser à Paris par des négociations illusoires ; il est convaincu
que nous n'arriverons à un résultat pratique qu'en exerçant à
Pé-King une forte pression.
M. TRICOU A TIEN-TSIÎS' ET A PÉ-KÎNG
Le lo septembre, M. Tricou télégraphiait au Départe-
ment:
Votre Excellence m'autorise-t-elle à partir immédiatement
pour Pé-King ? J'espcM-e encore, avec le concours de\ . E., en dépit
de bien des difficultés pouvoir obtenir ime solution satisfaisante.
Le ministre lui répondait le même jour :
Je crois préférable (jue vous restiez à Chang-Haï jusqu'à ce
que j'aie pu vous communiquer le texte des propositions destinées
à servir de base aux nou>eaux j>ourparlers.
Cependant, notre ministre se met en route pour le nord
et le 19. septeniibre, avant son départ, M. Tricou télégraphie
encore de Chang-Haï:
Je crois devoir retenir M. Dillon à Tien-Tsin. Nous avons
aciiiellemont nos concessions à protéger. Je pars ce soir pour
IV'-King. Je m'arrêterai à Tien-Tsin.
M. TRICOU A TIEN-TSIN ET A PÉ-RING 4o5
Le i3 septembre, M. Tricon quittait Chang-IIaï sur le
Volia qui mouilla devant Ta-kou le i6 à 7 heures du soir;
le lendemain malin, il débarquait à Tien-Tsin avec le com-
mandant Fournier. Le 18, il se rendait chez Li, avec
MM. Vissière et Frandin, interprètes, et le commandant
Fournier; l'accueil du vice-roi fut aimable.
Au cours de la conversation, Li fit les déclarations sui-
vantes :
11 était impossible à la Chine de renoncer à des droits de
suzerainelé sur TAnnam, consacrés par l'histoire» mais qu'il espé-
rait cependant que Ton pourrait trouver un modus vivendi de
nature à satisfaire les deux pays et que, du reste, il était auto-
risé par le Tsoung-li Yamen à en conférer avec M. Tricou...
A-l-on bien constaté la présence des soldais impériaux dans les
rangs des Pavillons Noirs, demanda Li, avec embarras. — Oui,
répliqua M. Tricou, le doute n'est plus permis aujourd'hui
d'après les informations que j'ai reçues du Tong-King. — Ce
sont alors des déserteurs, riposta le Vice- Roi d'un air dégagé...
S'il advenait, dit Li, qu'un choc eût lieu entre les soldats ini-
|)ériaux et les vôtres, cela n'entraînerait pas forcément la guerre,
car, ajoula-t-il, en jouant sur les mots, ces soldats n'appartien-
nent pas h proprement parler à l'armée impériale, mais relèvent
directement des Vice-Rois administrant les provinces du Sud.
Le surlendemain, Li, avec ses secrétaires et le tao-taï de
Tien-Tsin, rendit la visite de .\L Tricou au consulat de
France, et le soir, il donna un grand dîner auquel assistèrent,
outre notre envoyé, Sir Ilarry Parkcs, ministre d'Angleterre,
et Sir George Bowen, gouverneur de Hong-Kong. Le len-
demain du dîner, il y eut une troisième entrevue entre Li
et M. Tricou. Li, en examinant une carte du Tong-King,
laissa voir que de petites étiquettes rouges, couvrant les places
de Bac-Ninh et de So'n-Tay, portaient les noms des généraux
chinois commandant les troupes impériales sur ces points;
des étiquettes semblables étaient collées sur Lang-so'n et
Cao-Bang. Sur une question de Li, M. Tricou répondit à
'■'■ -'#T'
■îf*"
4o6 L*AFFAIRE DU TONG-KI.NG
propos de Ts'êng, « que pour un diplomate, ce personnage
faisait bien du tapage dans la presse et que le tapage était
mauvais en diplomatie ». a C'est vrai », répliqua Li, et il
pria M. Tricon de ne pas cacher au Tsoung-li Yamen les
agissements bruyants de Ts'éng.
Dès son arrivée à Pé-King, M. Tricou reçut du prince
Koung un accueil des plus courtois ; il partit ensuite pour
des excursions pendant cinq jours, et à son retour le Tsoung-li
Yamen, au grand complet, lui rendit sa visite. M. Tricou
n'entretint pas les ministres chinois des affaires du Tong-
King et repartit pour Tien-Tsin.
Cependant les Chinois se préparaient à la lutte, et en pré-
vision d'une expédition française, un décret secret (23 sep-
tembre i883) organisait la défense des côtes de l'Empire.
D'autre part, la nomination de l'amiral Courbet et l'envoi de
3ooo hommes au Tong-King produisaient une excellente ira-
pression; mais ce n'était pas suffisant*.
Le 6 octobre i883, le commandant Fournier déclarait :
Après avoir assiste aux cnlrclionsdii Minislroavcc lo Vico-I\oi
aucune iiéj^ociatiou iio peut a))oulir qu'après dcroulo éclata iito
des l^a\illoiis Noirs. Le (jouvcrnenient chinois considère rcii>oi
d'un Ministre titulaire à Pé-Kinr connue Tindicalion de notre
désir de traiter. I.e Marquis Ts'èng renlretienl dans cro\aiice
et conseils du \ice-roi Li ne sont pas écoulés: il faudrait, s(»!on
i.ioi, prendre les mesures sui\anles, ur^MMiles : en>oi puissants
renforis Toui^-Kint: ; imiter manœu\re Angleterre Canton, si
non \ eaux troublés s'\ produisent ; suspendre toute né'^ocialion
a>ec le Marquis ; retenir M. Patenôlre et rap»»eler inimédiateiuent
M. Tricoii.
Je ne doute pas que ces mesures concordant et n'entraînant
pas étal (le f^uerre, n'amènent (^liine à composition. Le monde
diplomatique s'étonne, ici, que lé Gouvernement français hésite
encore h prendre ces mesures indispcnsiibles j>our sauvegarder
notre dignité nationale.
I. Commandaiil Fournier, 3o septembre i883.
DÉPART DE M. TRICOU t^O']
A Tien-Tsin, les relations entre M. Tricou et Li furent
des plus cordiales ; ce dernier disait à notre ministre que
Ts'êng encourageait les résistances de Tsoung-li Yamen, lui
laissant entrevoir la chute du ministère français à la rentrée
des Chambres. Li était d'ailleurs animé personnellement des
intentions les plus conciliantes. M. Tricou, à son retour de
Pé-King, avait fait à Li une première visite le si octobre:
« Pourquoi donc, lui dit Li, n'avez-vous pas signalé les
agissements de Ts'êng au Tsoung-li Yamen? » — « Parce
que les affaires du Tong-King n'ont pas été abordées », lui
répondit M. Tricou. Le 25 octobre, M. Tricou venait de re-
œvoir un télégramme du Département lui faisant connaître
les dernières propositions de Ts'êng, il fit une seconde visite
à Li.
DÉPART DE M. TRICOU
M. Tricou avait quitté Pé-Klng le 19 octobre pour Tien-
Tsin d'où il mandait le 26 à M. de Semallé de venir le re-
joindre ; il lui remettait le 3o la direction de la légation de
la République en Chine. Dès le 3i, M. de Semallé retour-
nait dans la capitale.
Le 25 octobre, M. Tricou télégraphiait à M. Challemel-
Lacour :
Li Houng-tchang, que j*ai revu, se désintéresse des affaires de
TAnnam et en abandonne désormais la conduite au Tsoung-li
Yamen. Certaines défaillances d'altitude et de langage trahissent
son découragement. Bien qu'il ne Ta voue pas, il est trop intelli-
gent pour ne pas comprendre que la soumission de la Cour de
Hué doit, à la longue, frap|)cr d'impuissance toutes les manœuvres
de la Cour de Pé-King. Mais il laisse entendre très clairement
que le Gouvernement chinois ne saurait, sans perdre la face,
apposer, pour l'instant, du moins, sa signature au bas d'un
arrangement qui décèlerait sa déconvenue. Déjà la Chine est
anxieuse ; elle appréhende que les Pavillons Noirs et les bandes
/|o8 l'affaire du toxg-king
cbinoises, refoulés par nos troupes, ne viennent jeter le désordre
dans la province du Yun-Nan.
M. Tricou télégraphiait de Tlen-Tsin le 29 octobre au
Déparlement :
Li Houng-tcliang est venu nie trouver à la dernière heure pour
nie prier instamment de rester. Je lui ai réjwndu que l'état de
ma santé m'oblitreait à quitter la Chine. Je pars ce soir sur le
Volta. I^c \ Ice-lioi est 1res inquiet. 11 désavoue hautement le
M'* Ts'éng.
Dans cette visite le vice-roi paraissait fort abattu ; il re-
connut que c'était M. Tricou qui, par la fermeté de son lan-
gage, Tavait arrêté à Chang-Haï, quand il était en roule
pour le Sud : « Vous m'avez dit à cette époque, ajouta Li,
que mon départ pouvait être considéré comme une menace,
et ami de la paix, j'ai mieux aimé retourner à Tien-Tsin ».
Le lendemain de cette visite, au matin, M. Tricou partait
sur le Volta pour \okoliama.
Le marquis Ts'éng contredit naturellement les assertions
de Li, et M. Jules Ferry télégraphiait à M. Tricou, à T(»kio,
par l'intermédiaire de M. Sienkiewicz, notre ministre au
Japon :
1 1 novembre i883.
\ otre télégramme du 39 octobre annonçait que Li lloung-
trhang s'était elTorcé de vous retenir et désapprouvait le Marquis
Ts'èng. Celui-ci se dit autorisé officiellement à contredire ces
deux déclarations. Transmettez des informations détaillées sur les
démarches et les paroles du Vice-Roi auxquelles se référait voln*
télégramme.
M. Tricou répondit le 17 novembre i883 par le télé-
graphe :
Voici le langage que m'a tenu Li lloimg-tchang au moment
de mon départ de Tien-Tsin. Il m'était venu trouver au Consu-
lat. — Le Commandant Fournicr, M. de Semallé et tous les
DÉPART DE M. TRICÔU ^09
interprètes de la Légation assistaient à l'entrevue. Comme le
Vice-Iloi me demandait instanmienl de rester, j'ai réplique ami-
calement que l'état de ma santé m'oblige à partir. « Je le regrette
fort ; mais ne pourriez- vous pas téU^graphier à votre Gouverne-
ment pour provoc[uer l'envoi d'un nouveau Ministre ? » J'ai ré-
pondu que celte démarche serait plus correctement faîte par le
M'* Ts'èng, représentant du Gouvernement chinois à Paris. Ce
jour-là, Li Iloung-tchang blâmait ouvertement le Tsoung-li
\amen et le M'® Ts'éng. Il taxait les dernières propositions d'ex-
tTssives ; il n'avait pu s'empêcher en les transmettant de s'écrier :
« Le Tsoung-li \amen vit dans la lune ». Il prétend, du reste,
que le M*^ Ts'èng encourage toutes les illusions à Pé-King. Ce
langage ne surprendra pis Votre Excellence quand Elle saura
que Li, actuellement battu en brèche par le Tsoung-li Yamen et
le M'* Ts'éng, est devenu l'ennemi du M'" Ts'éng et du Tsoimg-li
Yamen. Je dois ajouter qu'il est le s<nd homme d'Rlat de l'Em-
pire qui puisse, le moment venu, imposer sa volonté. En termi-
nant renlrelien, le Vice-Roi m'a demandé si je ne pou\ais pas
télégraphier à M. llarmand de ne point laisser attaquer les
troupes chinoises que notre corps expéditionnaire rencontrerait
au Tong-King. — J'ai répliqué que nous trouvant en paix avec
la Chine, nous ne saurions faire de distinction entre les Pavillons
Noirs et les bandes, qu'elles fussent revêtues ou non de l'uniforme
de l'armée régulière ; qu'au surplus, le M'* Ts'èiig avait, il y a
trois mois, très nettement déclaré au Gouvernement delà Répu-
blique que nous ne trouverions les troupes de l'armée régulière,
ni dans notre sphère d'action, ni dans notre champ d'opérations.
— « Vous ne voulez donc me rendre aucun service, me dit Li
a Houng-tchang, en plaisantant ? Si vous passez par Hanoï,
a n'oubliez pas l'indenmité qui nous est due pour embargo mis
« naguères sur les riz de la China Merchants. »
« J'y penserai, lui dis-je en riant, et je passerai tout exprès à
c Flanoï. »
Tricol'.
CHAPITFŒ XXI
t
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 (suite): H. DE SEMALLÉ
(1883-1884)
INSTRUCTIONS DE M. DE SEMA.LLÉ
M. de Semallé* avait, nous Pavons vu, pris la direction
de la légation de la République à Pé-King, le 3o octobre
i883, au départ de M. Tricou pour le Japon. Le poids des
affaires allait retomber sur lui, alors qu'on le laissait systé-
matiquement sans instructions, obligé de répondre aux ques-
tions du Tsoung-li Yamen, sans ôtre muni de pouvoirs suiR-
sants, alors qu'on lui laissait ignorer ce qui se passait à Paris,
où les négociations devaient se continuer.
M. Challemol-Lacour, à cause du mauvais état de sa
santé, avait donné sa démission le 20 novembre i883, et
]\I. Jules Ferry, qui faisait l'intérim depuis le 8, le remplaça
au ministère des Affaires étrangères. Il était d'ailleurs l'àme
de notre politique extérieure.
Le i"|iovembre, M. Challemel-Lacour télégraphiait à M. de
I. Scmallé, Marie Josepk-Claude-Edouard-Bobert, vicomte, puis
comte de, né le 3i mai 1849 • attaché & Berne, 7Jan\ier 1878; à Madrid,
0 juin 1874; à la Ha^c, ii août 1876; à la direction politique, 3o aoàl
1877 ; attaché payé au cabinet, i «^^ décembre 1877 ; secrétairede a* classe
à Pé-King, i*"* février 1880; inscrit dans la première section des scîcré-
taires de là^ classe, 18 mars 1883 ; secrétaire de i*"* classe, a janvier i884 ;
chevalier do la Légion d'honneur, 7 juillet i885; secrétaire de !■*« classe
à Rome (Quirinal) (non installé), 33 septembre i885; en disponibilité
9Mr sa demande, la octobre i885 ; a pris sa retraite.
MÉMORANDUM DU l5 SEPTEMBRE l883 4ll
Semalléque la Chambre des députés, à la suite d'une dis-
cussion qui avait rempli deux séances, avait voté le 3i octobre
Tordre du jour suivant, par 325 voix contre i55 :
La Chambre, approuvant les mesures prises par le Gouverne-
ment pour sauvegarder au Tong-King les intérêts, les droits et
rhonneur de la France et confiante dans sa fermeté et sa pru-
dence pour faire exécuter les traités existants, passe à l'ordre du
jour.
Le ministre ajoutait :
Vous vous appliquerez à faire comprendre que notre établisse-
ment au Tong-King doit être tenu pour définitif, mais que
nous n'en restons pas moins disposés à un arrangement sur les
liases de notre Mémorandum du i5 septembre.
MÉMORA!IDLM DU 10 SEPTEMBRE l883
Le ministre des AfTaires étrangères avait formulé dans les
deux articles suivants les propositions auxquelles il sufTirait,
dans son opinion, que les deux Hautes Parties donnassent
leur acquiescement pour amener le résultat qu'elles avaient
en vue :
1. — Le Cjou\ ornement fraii^*ais s'engagerait à n'occuper
aucun point et à n'exercer aucune action dans la région déli-
mitée au nord par la frontière de la (]hine et au sud par luie
liirne à déterminer, partant d'un point sur la côlc entre le 21''
rt le 2^/ degré de latitude, pour aboutir au Fleuve Rouge en
amont de Lao-Kay. Le Gouvernement chinois s'<Migagerail. de
son côté, à n'occuper aucun point et à n'exercer aucune action
dans la même région.
L'administration continuerait d'être exercée dans celle zone
par les fonctionnaires annamites. Il ne pourrait pas y être élevé
de fortifications.
Si des bandes arnjées v venaient chercher un refuge ou s'il s'y
produisait des désordres incompatibles avec la sécurité des terri-
toires voisins, les Gouvernements français et chinois pourraient
soit ensemble, soit séparément, y faire pénétrer des forces mili-
ai 3 L AFFAIRE DU TONG-RING
taires, après s'dtrc nus d'accord sur l'objet et sur réiendue
de l'opération, (.es forces devraient être retirées dès qu'elles
auraient atteint le but pour lequel elles auraient clé envoyées.
11. — La ville de Man-hao sur le Fleuve llouge, dans la pro-
vince du Yun-Nan, serait ouverte au commerce étranger, dans
les mômes conditions que les autres villes ou ports de l'Empire
chinois où ce commerce est déjà permis.
« L'élément essentiel et nouveau, dit M. Billot, de la pro-
position était la constitution d'une zone neutre entre TEmpire
chinois et les territoires occupés par la France. » Si la zone
neutre n'eût été une uto[)ie, elle eût été une absurdité.
M. DE SEMAIXÉ AU Y AU EN
A la suit(î (lu télégramme du ministre des Affaires étran-
gères lui annonç4Tnt le vote de confiance obtenu le 3i octobre
et hii précisant la ligne de conduite qu'il devrait tenir à Pé-
King, notre chargé d'affaires, M. de Semallé, accompagné
(le rinterprète de la légation, M. Vissière, se rendit au
Tsoimg li ^amen, le i5, à a luMires, où il fut re(;u en au-
dien(^e par le prince Koimg et tous les membres du >amen :
Li lloung tsao, King-Lien, Lin (Uiou, Tch'^n Lan-p*ïn,
Tcheou Kia-ni(M' et Wcm T'ing-len. M. de Semallé leur dit
que : « Le (Gouvernement fran(;ais, en le nommant son chargé
d'affaires à Pé King, lui laissait tous les pouvoirs afférents à
ses fonctions, mais qu'il l'a informe qu'il devait s'abstenir de
toute négociation avec le Gouvernement chinois au sujet des
affaires de TAnnam. Il avait été chargé de leur dire, en
outre, qu'il était disposé à s'entendre à Paris, avec le M**
ïs'éng, pour conclure im arrangement ayant pour base le
Mémorandum en deux articles communiqué au M''' Ts'éng,
le 10 septembre dernier ; mais que, dans tous les cas, c'est
à Paris seulement que pourront se produire des négociations
dans ce sens. »
M. de Semallé communiqua ensuite aux membres du
COMMUNTCATION OFFICIELLE 4l3
Yamen le vote de confiance de la Chambre ; le prince Koung
répondit que « le Gouvernennent chinois avait aussi des opi-
nions sur la question et qu'il était de son devoir de les expo-
ser clairement. C'est ce que nous comptons faire dans la
Dépêche qui vous sera adressée, ainsi qu'au M*" ïs'éng ».
M. de Semallé ayant fait remarquer qu'une note adressée,
comme on le lui dit, à toutes les puissances aurait un caractère
tout particulier, Li Houng-tsao et Tcheou Kia-mèï répon-
dirent qu'ils « la faisaient dans un esprit de conciliation,
nullement pour chercher querelle à la France. Nous voulons
une solution pacifique ». L'entretien se termina par cette
déclaration de M. de Semallé : « La ligne de conduite du
Gouvernement français est bien arrêtée. Elle ne saurait chan-
ger. Avant de m'envoyer votre note, il importe que vous en
teniez compte. C'est à Paris que vous devrez rechercher une
entente pacifique. »
Le lendemain, en effet, M. le vicx^mte de Semallé recevait du
prince Koung la communication officielle suivante :
COMMUNICATION OFFICIELLE, PÉ-KI>'G, l6 NOVEMBRE l883
L'Annam est un pays vassal de la Chine. Depuis plus de
deux cents ans. il a sans cesse reçu d'elle rinvestituro, et il a
envoyé sans interruption un tribut à la Cour de Chine. Ces faits
sont connus de toutes les nations du monde.
Pendant les règnes Toung-Tché et Kouang-Siu, des rebelles et
des bandits ayant ravagé le Tong-Ring, qui est une partie de
l'Annam, ce pays nous a priés, à plusieurs reprises, d'employer
nos troupes pour les exterminer. Aussi la Chine a-t-elle à diffé-
rentes époques, expédié des soldats liors des défilés de la frontière
et détruit, au Tong-King, les bandes de brigands commandées
par Wou Ya-tchong, Houang Tch'ong-ying, Tchao Hiong-ts'aï,
Ts'êng Ya-tche, Sou Kouo-han. Li Yang-ts'aï, Lou Tche-p'ïng,
etc.. etc. Elle a dépensé des sommes considérables pour l'entre-
tien de ces troupes, pendant plus de dix ans, par la raison que
l'Annam étant rangé parmi les pays feudataircs qui servent de
4i4 l'affaire du tong-king
barruTC à l'Empire, la Chine devait s'employer à le protéger.
Ces faits sont également connus de toutes les nations de l'Univers.
Or, sans aucmi molif, Votre Gouvernement a rassemblé des
troupes, qui se sont emparées de vive force des villes de Ha-noï,
de Nam-dinli et autres, situées dans TAnnam et le Tong-King.
La Chine n'a pas voulu, soucieuse des graves intérêts qui se rat-
tachent au commerce international, rompre à la légère ses rela-
tions pacifiques avec la France. Mais qui eût pu prévoir que votre
Gouvernement poursuivrait sans (in ses conquêtes et que proGtant
d'un deuil immense dont fut frappé .tout l'Annam et de roccasion
que lui offrait l'avènement d'un nouveau sou\erain, il contrain-
drait celui-ci à concUire un traité qui porte que a la Chine ne
pourra se mêler du Gouvernement du royalime d'Annam »?
Si un État qui, depuis plus de deux cents ans, reçoit rinvesti-
ture de la Chine et lui paie tribut, et qui a été sans cesse pro-
tégé par elle, n'est pas reconnu (par vous) comme un pays
vassal de la Chine, le tort et l'injustice d'une telle conduite
éclatent aux veux de tous. Toutes les nations de l'Univers ne
peuvent avoir qu'un jugement à cet égard. De toutes celles qui
ont des pays vassaux, quelle est donc celle qui pourrait sup-
porter un pareil manque d'égards?
La Chine attache un grand prix à ses relations avec les autres
Puissances. Si la France veut observer envers nous les devoirs de
l'amitié, nous pourrions encore négocier ensemble d'une façon
pacifique, et nous ne parlerons plus que de paix. Mais si vous
méconnaissez nos obligations mutuelles, si vous agissez unique-
ment suivant vos convenances, et si vous envahissez le territoire
occupé par nos soldats cantonnés dans le Tong-King, c'est que
l'intention de la France est de rompre la paix qui nous unit.
Nos troupes du Tong-King ne pourront vous regarder impassi-
bles et on en arrivera infailliblement à se battre.
Ne serait-il pas regrettable qu'une atteinte fût ainsi portée à
la paix et h l'amitié existantes entre nous? En ouvrant les hosti-
lités et en ren\ersant nos traités, votre pays sera le seul à en en-
courir la responsabilité : La Chine sera exempte de tout reproche.
En vous faisant cette communication oflicielle. Monsieur le
Chargé d'affaires, je \ous prie de vouloir bien reporter, sur son
contenu, toute votre attention*.
I. Pour traduction conforme, le premier interprète, p. t., A. VissikRE.
COMMUNICATION OFFICIELLE ^l5
Les exemplaires de ce manifeste envoyés, le même jour, à
tous les représentants étrangers à Pé-King, portaient à la
place du dernier paragraphe ci-dessus le suivant :
« Votre Excellence ne peut manquer, daps son amour de la
paix, d*avoir le même sentiment que la Chine sur cette aiTaîre.
Nous lui avons adressé cette note pour lui montrer que la Chine
n'a aucune pensée de rompre ses relations pacifiques avec la
France. »
Ce manifeste du i6 novembre, lancé par le Tsoung-li
Yamen, ouvrait officiellement la campagne.
Siu Yen-sin, gouverneur du Kouang-Si, dans une lettre du
22 novembre, fixait le 2 décembre comme date des premières
opérations ; il avait déjà donné l'ordre au chef des Pavillons
Noirs, Luu, de recouvrer Phu-haï et Tang-foung, et à un autre
général d'attaquer Haï-du'o'ng et de faire occuper Thuan
Thanh et Thang-son. Le 27 novembre, M. de Semallé re-
mettait au Tsoung-li Yamen (Tch'èn Lan-pin, Tcheou Kia-
mei et Wou Ting-fên) la réponse du ministre des Affaires
étrangères au manifeste. Le 3o, M. Ferry adressait une. dé-
pêche au marquis Ts'êng pour lui rappeler « qu'au mois
d'août il avait déclaré officiellement qu'il n'y avait pas de
troupes chinoises au Tong-King, près des villes qui sont notre
objectif. La responsabilité d'un conflit, s'il y a lieu, ne nous
sera donc pas imputable, les troupes chinoises n'ayant qu'à
reprendre leurs positions antérieures. »
Cette dépêche transmise par M. de Semallé fut remise le
6 décembre au Yamen. Les ministres déclarèrent que Ts'éng
n'avait pu faire une semblable affirmation ; que s'il avait tenu
le langage qu'on lui prétait, il avait eu tort, qu'il n'en a pas
prévenu son gouvernement et qu'il y avait depuis plus de
dix ans des troupes chinoises dans les trois villes.
D'ailleurs le prince Koung adressait à M. le vicomte de Se-
mallé la communication officielle suivante trois jours plus tard :
^-^^J^
4l6 L*AFFAmE DU TONG-KmG
Pé-King, le 9 décembre i883.
Le 17'' jour de la 10"^ lune de la 9*^ année Koiiang-Siu ( =: le
ïC Novembre i883), noire Yamen a déjà eu Thonneur de vous
adresser. Monsieur le Chargé d'AITaires, une DépMie oiricielle
au sujet de la vassalité de TAnnam vis-à-vis de la Chine et aussi
au sujet des localités du Tong-King où se trouvent cantonnées
les troupes chinoises. En même temps. S. Exe. (M. le M'"*)
IVéng envoyait à Votre Ministre des Affaires Etrangères une
Dépêche de la même teneur. Le tout se trouve consigné dans
nos archives.
Depuis, à la date du 7 de la ii** lune (le G décembre i883)
vous avez bien voulu venir nous voir au \amen et nous renie tire
persormellement le texte d'un télégramme de Votre Minisire dc»s
Affaires Etrangères, portant que « le M'* Ts'eng avait dit qu'il
n'y avait pas de troupes impériales chinoises dans le voisinage
des villes du Tong-King S et que, en conséquence, la France
repoussait toute responsabilité d'un conflit, s'il s'élevait par
suite de la rencontre des deux armées dans les dites localités ».
Nous vous avons déjà déclaré verbalement que notre Conseil
n'avait jamais appris du M*' ïs'éng qu'il eût tenu ce langage.
L'Annam, d'ailleurs, est vassal de la Chine depuis plus de
deux cents ans ; la Chine peut donc considérer tout le territoire
de l'Annam comme une des dépendances de Son Empire. Des
brigands ayant, autrefois, et à plusieurs reprises, ravagé des
parties du Ïong-King (qui appartient à l'Annam), la Chine a
envoyé des troupes au delà des défilés de ses frontières pour
détruire les rebelles et protéger le pays. C'est ainsi que, depuis
plus de dix années, la Chine a dû envoyer des expéditions mili-
taires dans les provinces suivantes, pour leur défense : Lang-
Son, Cao-bang, Quang-yen, Haï-du'o'ng, Hong-yen, Ninh-binh,
Nghé-an, lia-tinh, Thanh-hoa, Tuyen-quang, Thai-nguven,
Houng-lioa, Son-tay, Bac-ninh, Ha-noï, Sam-dinh, etc. — Si
les troupes impériales se trouvent aujourd'hui cantonnées dans
les localités du Tong- King qu'elles ont choisies comme les plus
importantes, elles n'> ont pas été envoyées dans le but de créer
des difficultés avec la France.
t . Lacune : le texte chinois remis au Yamen portait cette mention
<( qui sont noire objectifs).
l'affaire axzeh /ir7
Puisque votre pays n'a pas retiré ses troupes de Ha-noi, \ani-
dinh et autres lieux, et qu'il veut, en outre, aller attaquer les
places où sont cantonnées des troupes chinoises, c'est à lui qu'in-
combera la responsabilité d'un conflit, si nos armées se rencon-
trent, dans quelque endroit que ce soit du Tong-King.
Ce point est de la plus haute importance. \ous vous en avons
déjà entretenu, l'autre jour, M. le Chargé d'Affaires, mais il
convient que nous vous adressions, en outre une Dépèche, pour
vous en informer officiellement. Tel est le but de la présente
communication, dont nous vous prions de télégraphier prompte-
ment le contenu à S. Exe. M. le Ministre des Affaires Etran-
gères de France ' .
Au commencement de décombrQ i883, ïs'èng télégra-
phiait au \amen : « L'Angleterre, rAllcinagno, la Kussio et •
les Etats-Unis se sont entendus secrètement pour empêcher
la France de bloquer et d'attaquer les ports chinois. » La
situation était d'ailleurs aussi diflicile pour Ts'éng que pour
Li. Si, à Pé-King, celui-ci était traité de lâche, de traître, de
français, Ts'éng disait à Paris à l'un de ses amis (28 dé-
cembre) : c( Que les Français fassent ce qu'ils voudront. Je
ne puis rien à Pé-Riiig. Je n'y suis plus écouté et je ne puis
rien conseiller. »
l'affaire a?ïzer
Le 3 décembre i883, un décret nommait membre du
Tsoung-Ii Yamen, Tchang Pei-loun, connu comme hostile
aux étrangers et ennemi de Li Iloung-tchang. Tchang était
un jeune censeur, né vers i85o dans le Tché-li, district de
Fong-joun. 11 faisait partie de l'Académie des Han-lin depuis
187 1 ; il s'était montré un des plus ardents accusateurs de
Tch'oung-Heou et l'année précédente, par ses rapports, il avait
fait exclure Wang Wen-chao du Tsoung-li Yamen. Sir Harry
I. Pour traduction conforme : A. Vissière.
CoRDiER. II. — 27
4l8 L*AFFAIRE DU TONG-KING
Parkes et M. de Semallé ne tardèrent pas à souffrir des Incar-
tades du nouveau venu.
Le 7 janvier! 884, malgré la nouvelle de la prise de So'n-tay,
le prince Koung et les membres du Tsoung-li Yamen firent
leur visite du nouvel an à M. de Semallé comme aux autres
représentants étrangers.
Le 5 février i884, il y avait eu ré^^eption au Yamen pour
le nouvel an chinois. Le corps diplomatique, à une heure ;
Sir Robert Hart, les fonctionnaires des douanes, à deux
heures ; M^^ Delaplace, à trois heures, furent reçus successi-
vement ; le prince Koung se montra fort aimable et présenta
aux ministres étrangers, 'le vieux Ts'éng Kouo-ts'iuan, vice-roi
des deux Kouang, oncle du marquis Ts'êng, qui arrivait de
Canton. Avant de sortir, M. de Semallé recommanda aux
membres du Yamen l'affaire du P. Anzer, missionnaire alle-
mand, attaqué au Chan-Toung. D'ailleurs la lettre suivante
adressée deux jours plus tard par M. de Semallé aux membres
du Tsoung-li Yamen, exposait l'agression dont avait été vic-
time l'abbé Anzer pendant un court séjour à Ts'ao-lchéou.
Pé-king, 7 Février i884.
Excellences,
Je crois devoir porter à Votre Connaissance certains faits
regrettables dont s*est trouvé victime un des missionnaires catholi-
ques du Chan-Toung, Monsieur J. B. Anzer, lors d'un court
séjour qu'il fit à Ts*ao-tchdou fou, au mois de mai de Tannée
dernière.
D'ap^^s des lettres qui viennent de me parvenir du supérieur
de celte mission et de M. l'abbé Anzer lui-même, ce dernier se
serait rendu, à l'époque précitée, dans la ville de Tsao-tchéou.
appelé par des Chrétiens du lieu, et il y aurait été publiquement
en butte aux insultes d'une bande de gens mal intentionnés, qui
auraient même poussé l'audace justju'à le jx>ursuivre à coups de
pierres, sans que les autorités fissent rien pour sa protection.
Voyant cette indifférence de la part des fonctionnaires, les émeu-
ticrs ne craignirent pas de traîner M. Anzer et trois personnes
TCHANG PEI-LOUN 4 '9
de sa suite hors de la ville, et là de les dépouiller et de les
frapper, si biei> que le Missionnaire, laisse pour mort, dut ôtrc
porlé par des Chrétiens à un village voisin, nommé Tchang-
kia-tse.
Ce n*esl que lorsqu'il apprit cette agression, que le sous-préfet
se décida à faire venir M . Anzer et à le faire soigner dans son
tribunal.
Le Gouverneur de Chan-ïoung a depuis- longtemps donné
l'ordre de faire une enquête sur les faits qui précèdent, et de
poursuivre les coupables. Malheureusement, fort peu de chose a
été fait jusqu'à ce jour; je viens, en conséquence prier \ V. EE.
de vouloir bien écrire au Gouverneur pour qu'il fasse donner à
celte affaire une solution prompte et équitable, et qu'il assure
par là la tranquillité entre les habitants païens et chrétiens, et
la protection des missionnaires contre le retour de semblables
agressions.
J'apprends également que des placards contre le (Christianisme
ont été aflichés dans les déparlements de ïs'ao-tchéou et de Yen-
Ichéou. Je serais reconnaissant à VV^. EE. si des ordres étaient
donnés pour que ces excitations à la haine contre les Chrétiens
fussent rigoureusement prohibées et si une énergi([ue proclama-
tion des autorités, rappelant les F^dits Impériaux rendus i fa>eur
dos Chrétiens et les dispositions similaires du traité, venait
garantir aux Chinois catholiques le paisible accomplissement de
leurs devoirs.
TCHANG PEI-LOUTV
Le 8 février i884, M. de oemallé, accompagné de M. Vis-
sière, eut une nouvelle entrevue avec les membres du Yanien
au sujet du P. Anzer et pour leur remettre une note relative
à la protection des câbles sous-marins. Le P. Anzer était
porteur d'un passeport français et M. de S email é était d'au-
tant mieux fondé à croire qu'il serait bien reçu, que M. Hol-
combe, secrétaire de la légation des États-Unis, revenait du
Chan-Toung, où il avait reçu dans la capitale, Tsi-nan,
satisfaction de réclamations de missionnaires protestants.
Notre chargé d'affaires fut invective de la façon la plus gros-
sière par Tchang Peï-loun, qui, joignant le geste à la parole,
^20 L* AFFAIRE DU TONG-KING
frappa la table à coups de poing. M. de Semallë apprit que
Tchang était coutuniier du fait ; M. Young, le ministre
américain, avait eu également à se plaindre de la façon dont
M. Holcorabe avait été reçu, alors qu41 faisait au Yamenunc
visite de courtoisie en remerciement de Taccueil qui lui avait
été fait dans le Chan-Toung, mais, chose extraordinaire,
Parkes, lui-même, avait été reçu d'une façon extrêmement
impolie par les ministres, dont deux tartares, Pao-yun et
King-lien, cpii, seuls, avaient été bien. Il est à remarquer
que M. de Semai lé avait été reçu par Tch'en Lan-pin, Wou
T'ing-fen et Tchang Pei-loun, qui n'avaient aucun, le rang
voulu par Tarticle 5 du Traité anglais. Ce furent les Irois
mêmes ministres, avec Li Houng-tsao en plus, qui firent
mauvais accueil à Sir Harry Parkes ; celui-ci cacha avec soin
sa mésaventure à ses collègues, qui ne la connurent que plus
tard. Le prince Koung réconcilia Parkes avec trois des mi-
nistres, mais Tchang Pei-loun s'était retiré à Tien-Tsin sous
un prétexte futile. Le 12 février, M. de Semallé reçut du
Département, un télégramme lui défendant de se rendre auprès
des ministres jusqu'à nouvel avis, et l'autorisant à correspondre
avec eux par lettre dans les cas urgents.
Le ministre des Etats-Unis, comme doyen, demanda une
audience au prince Koung pour obtenir l'assurance que les
représentants étrangers ne seraient plus exposés aux mêmes
avanies ; l'audience lui fut refusée. Sir Harry Parkes fit alors
rédiger une note collective au nom du corps diplomatique
pour demander le retour à la règle formulée dans l'article 3
du Traité anglais, qui veut que les représentants étrangers
soient reçus par les fonctionnaires ayant rang de grand-
secrétaire (V État ou tout au moins de président d'un ministère.
Une première réunion, sans résultat, eut lieu le 20 février à
la légation d'Angleterre ; une seconde réunion se tint le 26 à
la légation de Russie ; après une discussion à laquelle prirent
part Sir Harry Parkes, MM. Popov, de Tatlenbach et de
TCHANG PBI-LOUN ^21
Semallé, il fut décidé que, pour le moment du moins, il n'y
avait pas lieu à une action commune, mais que séparément
chaque légation devait chercher à établir de la manière la
plus convenable ses rapports avec le Tsoung-li Yamen.
Quelques jours plus tard, le comte de Tattenbach, charge
d'affaires d'Allemagne, qui avait été le plus opposé à la note
collective, — à sa grande surprise, — car il se croyait cer-
tain d'être reçu toutes les fois qu'il en ferait la demande au
prince Koung, se vil, le 5 mars 188/1, refusé d'être reçu par
un grand secrétaire, comme il le demandait. Il fut très heu-
reux que Tchang P'ei-loun fiit nommé au mois de mai sui-
vant commissaire du Fou-Kien, car il fut ainsi obligé de
quitter le Tsoung li Yamen.
Le i4 février, le Yamen faisait à M. de Semallé la réponse
suivante à sa lettre du 7 :
18*' jour de la i*"*^ lune
(le i4 Février i884)
Nous avons reçu le 1 1* jour de la r* lune (le 7 février 1884),
la lettre dans laquelle vous nous dites» M. le Chargé d'Affaires,
cjue Vi. Anzer, Missionnaire de la Proince du Chan-Toung,
s'étant rendu à ïs'ao-tchéou, pendant le mois de Mai de l'année
dernière, y a été insulté et battu; que, plus lard, le Gouverneur
du Chan-Toung a désigné des fonctionnaires pour faire une
enquête sur cette affaire et jx>ursuivre les coupables; que vous
nous priez d'écrire au Gouverneur de ladite province, pour qu'il
fasse donner promptement à cette affaire, une solution équita-
ble; que vous avez appris, en outre, que des placards contre les
Chrétiens avaient élé adicliés dans les deux départements de
Ts'ao-tchéou et de Yen-tchéou et que vous nous priez de faire
donner des ordres pour que ceux-ci soient rigoureusement pro-
hibes et pour qu'une proclamation des autorités, rappelant les
Èdits Impériaux rendus en faveur des Chrétiens et les disposi-
tions similaires des traités, soit lancée pour l'information de
tous.
Or, notre Yamen n'a encore reçu des hautes autorités de la
province, aucun rapport sur cette affaire et sur les circonstances
qui ont donné lieu à la rixe. Cependant, nous lisons dans votre
42 n l'affaire du tong-rixg
lettre que le Sous-Préfet a fait transporter le blessé dans son tri-
bunal pour l'y soigner et que le Gouverneur du Ghan-Toung a
désigné des délégués pour punir les coupables, c'est donc que les
autorités locales ont déjà donné (au missionnaire) une protec-
tion effective.
Notre Yamen fera connaître au Gouverneur de Clian-ïoung
le contenu de votre lettre, pour qu'il donne ordre aux fonction-
naires du lieu de faire une enquête scrupuleuse sur cette affaire
et de la terminer promptemcnt et suivant l'équité, et pour qu'il
nous réponde, afin que nous puissions examiner. En ce qui con-
cerne les placards anonymes, nous lui disons en même temps,
de faire une enquête, et, si ces faits sont exacts, de les interdire
aussitôt rigoureusement, en lançant des proclamations.
Telle est notre réponse à Votre Lettre, Monsieur le Chargé
d'Affaires. Nous vous prions d'en prendre connaissance.
Cartes de Pao, Li, King, Lin, Tch'én, Tcbeou, Wou et
Tchang * .
Enfin, le i*"" avril i884, le Yamon écrivait à M. de Semallé
que le gouverneur du Clian-Toung s'était entendu avec le
supérieur de la mission pour le règlement de l'afTaire Anzer.
Le i6 mars, le Chargé d'affaires d'Alleniagnc se rendit au
Yamen, où il trouva les niinislrt-s fort afTeclés par la nouvelle
(le la prise do Bac-Ninh ; ils diront que leurs troupes avaient
(\À coinballre, puisqu'elles on avaient Tordre, mais qu'ils
n'avaient encore reçu aucun dolail sur cet échec qui ne clian
gorail pas leiu* ligne dv conduite.
Au n Ms d'aNril i88'i, le corps (lipluuiah(|ue étranger à
Pé King se Ircnnait on complet dosarr(»i ; le 5, Sir llarry
Parkos, minislrc d'Angleterre, et M. "^oung, ministre des
Klats-Lnis, quittaient Pé King pour le Sud; le comte de
Noidans, ministre de Belgique, nommé au Maroc, parUiit
pour l'Europe quelques jours plus tard ; il devait être rem-
placé par M. de Groot, alors au Japon ; le comte de Tatlen-
I. Pour traduction conforme, le i*""" inlcrjirctc, p. /., signé : A. A is-
SIÈRE.
TFT^
DISGRACK DU PRINCE ROLNG /{S 3
bach. Chargé d'affaires d'Allemagne, allait être remplacé
par M. Zembsch, ancien capitaine de vaisseau et consul géné-
ral à Apia (îles Samoa), qui arriva à Pé-King vers le 20 avril,
quinze jours avant l'arrivée de M. von Brandt', ce qui étonna
tout le monde; le ministre d'Italie, M. de Luca, était arrivé
à Chang-Haï peu de jours auparavant avec Tordre de son
gouvernement d'établir définitivement la légation d'Italie à
Pé-King; le ministre de Russie, âgé, se tenait sur une grande
réserve.
DISGRACE DU PRINCE KOUNG
Le 8 a\Til i884, un décret de l'impératrice douairière pa-
raissait dans la Gazette de PéKing, annonçant la disgrâce du
prince Koung et de plusieurs de ses collègues :
« Le Prince Koung Yi Sin et Pao-Yun, qui ont été depuis
ie plus longtemjM à notre service, devraient Aire sévèrement
punis. Cependant, en réfléchissant aux infirmités de l'un et
au grand âge de Taiilre, nous ne voudrons rappeler ici que
leurs mérites passés, afin de pouvoir préserver la fin de leur
carrière. Nous ordonnons, en conséquence, par faveur que Yi Sin
conserve son litre de Prince du sang héréditaire du premier
rang, dont nous lui donnons la solde complète. Qu*il quitte tou-
tes ses fonctions et soit privé du redoublement de solde qui lui
avait été accordé. Qu'il reste chez lui pour s*y soigner. — Que
Pao-Yun se démette en conservant le rang qu'il possède.
« Que Li Houng-tsao, Grand Secrétaire d'État auxiliaire et
Président au Ministère de l'Intérieur, qui a occupé pendant des
années des fonctions dans l'intérieur du Palais, mais dont les
talents comme le jugement sont également bornés, ce qui Ta
rendu inférieur à sa tâche, et que King-liên, Président au Minis-
tère de la Guerre, qui n'a su que remplir strictement les
devoirs de sa charge, sans se distinguer par aucun autre service,
I. M. de Brandt arriva d'Europe à Chang-Haï, le 27 avril 188A. —
Le premier interprète de la légation de France, M. Vissière, quiUa Pç-
Ring pour Saigon, le 37 avril.
1\qlI\ l'affaire du tong-ring
quittent toutes leurs fonctions et soient dégradés de deux degrés,
pour être employés ailleurs.
« Que Weng Toung-ho, Président au Ministère des Travaux
publics, entré tout dernièrement dans le Conseil, au moment
oïl les afîaires y étaient fort compliquées, mais qui a mérité des
reproches pour n'avoir pas porté remède aux maux qu'il a trou-
vés, soit, par bienveillance, destitué" tout en gardant son poste;
qu'il sorte du Grand Conseil, mais continue à avoir accès dans
le Palais Yu K'ing-kong (salle d'études de l'Empereur régnant).
Ainsi, marquerons-nous des distinctions entre les châtiments
encourus » .
Le même jour, un autre décret nommait quatre autres
membres du Grand Conseil, choisis parmi des fonctionnaires
peu connus et qui ne s'étaient jamais occupés d'une façon
spéciale des questions extérieures :
« Que Che-lOy Prince du premier rang Li, fasse |>artic des
Ministres du Grand Conseil de l'Empire, sans y faire de stage
d'études et sans continuer ses fonctions de Ministre de la Pré-
sence et de « Porteur de la lance à queue de panthère » (Offi-
cier des Gardes du corps Che-ivei),
« Que les Présidents au Ministère des Finances Ngo-lo-hD-jKni
el Yen Kin(j-niln(j ci le Président au Ministère de la justice Tchamj
fi'he-wan de>iennent Ministres du Grand Conseil de l'Enipire ».
« Que lo Vire- Président de gauche au Ministère des Tra\aii\
publics Sonen Yu-iven entre au Grand CouscmI en staj^e d'études
(comme Auditeur).
« Uespect à ceci ' » !
Mais ce qui fut caractéristique fut le décret paru le lende-
main, 9 avril, dans la Gazelle, appelant le père de Tempereur,
le septième prince, notoirement hostile aux étrangers cl prin
cipal appui du parti militaire, à prendre part, pour les ques
lions importantes, aux délibérations du Grand Conseil :
« S'il arrive qu'il y ait des affaires importantes à traiter au
Grand Conseil de l'Empire, nous ordonnons au dit Conseil de
I. Trad. de A. Vissière.
DISGRACE DU PRINCE ROO'G 4^5
les discuter et de les régler de concert avec le Prince Tch*ouen,
Vi-Aoua/i. Quand FEmpereur prendra la direction personnelle du
gouvernement, nous publierons de nouveaux « Commande-
ments », à ce sujet.
« Respect à ceci * » !
Ce décret souleva les réclamations des censeurs, mais Tim-
pératrice passa outre (voir plus loin).
Le lo avril, un décret ordonne que Lin-Chou porte sur lui
provisoirement la clef du sceau du Conseil des affaires étran-
gères, comme président en remplacement du prince Koung.
Le 12, un décret appelle Tchang Tchi-toung à Pé-King
et ordonne que K'oui-Pin prenne charge (à sa place) du gou-
vernement du Chan-Si*. Le même jour, la Gazette annonce
que le prince Yi est placé à la tête du Tsoung-li Yamen et que
Tcheou To-joun est désigné pour faire partie de ce Conseil :
«r Que le Bcilé Yi fCouang, Prince du second rang honoraire
prenne la direction du Conseil des Affaires Étrangères. »
« Que Tcheou To-joun, Docleurau Grand Secrétariat, et Vice-
Président au Ministère des Rites, fasse désormais partie du Con-
seil des Affaires Etrangères. »
a Respect à ceci. »
Ce décret, communicpié aux légations étrangères le iT) avril
i88^ (^îo*^ jour de la IV lune de la lo* année Kouang-Siu),
sans qu'on leur ont fait part de la disgrâce du prince Koung
et de ses collègues, complétait le Tsoung li Yamen, qui se
trouva ainsi composé : Yi, ministre de la présence, Beilé ou
prince du 3° rang, prince honoraire du 2'' rang, Premier
Président du Tsoung Jen fou (Cour du Clan) ; Lin-Chou,
président au ministère des travaux publics ; Tcheou To-joun,
t. Trad. de A. Vissicre.
3. Tchang avait élé nommé, le 3 janvier 1883, gouverneur du Chan-
Si. à ia place de Wei Young-kouang, nommé au Kiang-Sou. (À'iui-ci
avait élé précédé au (^han-Si, par Pao-Hcng, pendant peu de temps, et
parTs'êng Kouo-ts*iuan.
f^tj
426 l'affaire du TOXG-kING
docteur au grand secrétariat d'Etat et vice-président hono-
raire au ministère des rites ; Tch'ên Lan-pin, fonctionnaire
du 3' rang, vice-président de gauche par intérim au ministère
des rites, vice- président de gauche au censorat ; Tcheou Kia-
meiy fonctionnaire du 2'' rang, >ice -président de gauche par
intérim au ministère des finances, préfet de Pé-King ; Woa
Ting-fen, du 2® rang lionoraire, vice-président de gauche
par intérim au ministère des travaux publics, vice-président
du département de la famille impériale ; Tcliang Pei-loun,
vice-président de gauche par intérim du censorat, académi-
cien explicateur.
On prétendait que la disgrâce de Koung était due à la
faiblesse de ce prince et à ses tendances pacifiques, con-
traires aux idées de l'impératrice.
No(re chargé d'affaires remarque que dans le \amen « il
n'existe plus, à l'heure présente, aucun grand secrétaire d'Etat
et où ne se trouve pkis qu'une seule personne, Lin-Chou,
ayant, comme président du ministère des travaux publics, le
rang voulu par l'article V du traité anglais, pour entretenir
des relations ofiicielles avec les représentants étrangers. La
charge de lu Ts'ien Ta-Tclien (ministre de la présence imj)é
riale), donné au Beilé Kouang, prince honoraire de 2'* rang,
ne reproduit qu'une charge de cour et ne peut être comparée
dans les cours européennes qu'à celle de chambellan. »
C'était un nouveau défi lancé aux puissances étrangères.
En avril, les ministres déclaraient à M. Everard', interprète
de la légation d'Angleterre, que les circonstances étaient
changées de ce qu'elles étaient lors de l'inauguration du
Tsoung-li Yamen.
Un décret du 19 avril augmenta le Yamen de deux mem-
I. Evcrard, Charles JValler, élève interprùle, 3 août 1867; il était
alors premier interprèlro p. i. (acting Chinese Secretarv) à Pé-King.
18 novembre 1882. — \!\ mars 1886; vice-consul et consul dans difTérents
poris, en dernier lieu à I-tchanç; a pris sa retraite le V^ octobre i8(j4.
TTÎ?'^
DÉCRETS HOSTILES 4^7
bres: Yen K^mg-ming^ président au ministère des finances,
et Siii Kenrj-chin, vice-président de droite au ministère de
la justice ; le i3 un décret avait ordonné à ce dernier d'en-
trer au grand Conseil deTEmpire, en st^ge d'études. Quoique
ces deux fonctionnaires, peu connus des légations, n'eussent
encore eu avec elles aucun rapport, leur nomination fut con-
sidérée comme une concession faite aux représentants étrangers.
DÉCRETS HOSTILES
Deux décrets, l'un relatif à la prise de So'n-lay, l'autre à
la prise de Bac-ninh, parus dans la Gazette du 12, devaient
ouvrir les veux aux moins crédules. « La mise en accusation
du gouverneur du Yun-Nan, pour n'avoir pas pu secourir
So'n-tay, du gouverneur et du général du Kouang-Si, pour
n'avoir pas osé défendre Bac-jSinh, l'ordre de mettre à mort
les deux infortunés officiers qui ont reculé devant notre
attaque, sont, écrit notre chargé d'atTaires, un véritable défi
jeté à la France. Tout le monde l'aflirme et ceux-là même qui,
la veille encore, plaidaient en faveur de la Chine, des cir-
constances allénuanles, qui exprimaient le désir de nous voir
renoncer à la totalité ou à partie de, l'indenHiité que nous
passions pour avoir réclamée, avouent hautement que, désor-
mais, nous serions fondés à réclamer frais et dépenses,
dommages et intérêts sans merci. « C'est la déclaration
oUicielle que la guerre existe entre la France et la (^hine, »
a télégraphié le ministre de Russie a son gouvernement, et
« elle vaut pour vous quatre cent millions si vous >oulcz les
prendre, » a-t-il ajouté en me parlant.
Décret.
La guerre entre la France et TAnnam ayant donné une
grande importance à la défense de nos frontières du Yun-x\an,
nous avons, à plusieurs reprises, ordonné à Tang Kiong de
conduire hors dçs défilée l'armée destinée à la protection de
428 l/ AFFAIRE DU TONG-KING
la province et de tenir solidement les voies conduisant à nos con-
lins. Cependant, ce gouverneur, sans avoir reçu aucun ordre
de Nous, est retourne dans la province, sans se préoccuper aucu-
nement des frontières, et, les troupes Impériales s*étant retirées,
la ville de So*ntay a été prise.
Une telle méconnaissance des nécessités de la situation, de la
part de T*ang Kiong et sa retraite h l'approche du danger, sont
dignes de toute notre indignation. Nous avons déjà ordonné
secrètement à Tchang Kai-song * de se rendre sans délai dans le
Vun-Nan pour y porter nos commandements destituant Tang
ICiong et ordonnant qu'il soit arrêté et mis en jugement. Tchang
K'ai-song doit déjà être arrivé dans le Yun-Nan, nous lui enjoi-
gnons, en conséquence, de désigner des l'onction naires pour ame-
ner à Pé-King, aussi promptement que possible, Follicier desti-
tué, et le livrer au Ministère de la Justice, qui statuera sur son
châtiment.
Les fonctions de gouverneur du Yun-Nan seront remplies par
Tchang Kal-song, tandis que Li Yong-tsing prendra la gérance
de celles de gouverneur du Koueï-ichéou^.
à ceci!
Décret.
La guerre entre la France et TAnnam ayant donné une grande
importance à la défense de nos frontières du Kouang-Si, Nous
avons ordonné à Siu Yèn-sin de conduire, hors des défilés, l'ar-
mée destinée à la protection de la province et de s'y maintenir
solidement, afin de garantir les voies conduisant à nos confins.
Néanmoins, ce (iouverneur a sans cesse retardé son entrée en
campagne, et s'est retranché dans Lang-So'n, se bornant à
envoyer le (iénércd Houang Kouî-lan et le ïao-taï Tchao-Wo
avec des troupes pour occuper la ville annamite de Bac-iiinh.
Quand les Français se sont lancés contre cette place, le Général et
son collègue ne l'ont pas défendue vigoureusement; puis ont
battu en retraite; si bien que Hac-ninh a été pris. Ces faits sont
bien dignes de noire indignation. Sia Yèn-Sin et Tchang Chou-
chi'ng'^ nous ont, l'un après l'autre informé par des Rapports des
circonstances dans lesquelles la ville avait été perdue, le premier
1. Cionverneur du Koueï-lchéou.
2. Trésorier du Koueï-lchéou.
3. Vice-Koi des deux Kouang ; à Cantoo, 26 octobre i864.
DÉCRETS HOSTILES i^Qq
Nous priant de lui infliger un châtiment sévère, et Tchang Chou-
ehéng Nous demandant d'user de rigueur avec lui. Aussi avons
Nous secrètement enjoint à P'aa Ting-sin de se rendre sans délai
au-delà de la passe Tchén-nan Kouan, au Kouang-Si, pour y
porter nos ordres destituant Siu Yèn-sin et le faisant arrêter pour
être jugé, et à Wang To-pang de transmettre Nos Volontés à
Hoaang Koui-lan et à Tchao-Wo destitués aussi, et mis en état
d'arrestation pour être jugés.
Calculant que P*an Tlng-sin doit être présentement arrivé
dans le Kouang-Si, nous commandons à ce gouverneur de dési-
gner des délégués pour conduire Siu Yèn-sin h Pé-King, et le
livrer au Ministère de la Justice, chargé de le punir. Nous
ordonnons, de plus, au même P'an Ting-sin et à Wang To-pang
d'examiner de la façon la plus sérieuse dans quelles conditions
se sont eflectuées la retraite et la défaite de Houang Koui-lan et
de Tekao-Wo et, s'il s'agit d'un abandon du pays et d'une fuite,
de Nous le rapporter aussitôt, nous priant de rendre un Décret
châtiant les coupables, qu'il est inutile d'envoyer au Ministère
de la Justice.
Le Général de brigade déjà dégradé Tchèn To-Koui qui avait
la garde du fort de Fou-leang pris le premier, et le Colonel Tang
Min-hiuan, qui, après s'être retiré avec ses hommes, ne s'est
pas reporté en avant, doivent être aussitôt décapités devant l'ar-
mée. Que l'on recherche aussi tous les autres officiers qui ont
fui, et qu'ils soient l'objet de sentences proportionnées à leurs
fautes, en demandant un Décret qui les rende exécutoires. Que
rien ne Nous soit caché.
Tchang Chou-chêng ayant autorité sur les deux provinces a
mérité nos reproches. Il ne nous semble pas capable de gouver-
ner une région aussi vaste. Par grâce, cependant. Nous ordon-
nons que son châtiment soit atténué en une simple décision du
Ministère contre lui.
Que les fonctions de gouverneur du Kouang-Si soient rem-
plies par P*an Ting-sin, et que P*ang Tsi-yun prenne la gérance
de celle du Hou-Nan.
Que Wang To-pang devienne, en outre, par intérim, Général
du Rouang-Si.
« Respect à ceci * » î
I. Trad. de M. A. Vissière.
43o l'affaire du tong-king
Un décret du 28 avril i884 (4" jour, 4* lune, 10* année
Kouang-Siu) nommait Siù King-tch'êng* ministre en France,
en Allemagne, en Italie, en Hollande et en Autriche. Pen-
dant son voyage, Li Foung-pao était chargé provisoirement
de l'intérim de la légation de Chine en France. Siù, qui rem-
plaçait le marquis Ts'êng, quitta Chang-Haï sur le pa-
quebot du 7 septembre i884.
Le 8 mai 188/4 (i4*jour, 4** lune, 10" année Kouang-Siu),
un décret impérial réparlissait Tadministration des côtes
entre les trois commissaires suivants :
Le (iraiid Uéférendairc près la Cour de Cassation Ou Ta-lch'en
est désigné poiu' collaborer (avec Li lïoung-tchang) à l'admi-
nistration des AiTaires du Commissariat Général des ports du
Nord;
Le docteur au Grand Secrétariat Tchen Pao-chen est désigné
pour collaborer (avec Ts'éng Kouo-ts'iuan) à Tadministration des
AlFaircs du Commissariat Général des ports du Sud;
Le Docteur expliquant à l'Académie Impériale, Tchang Pei-
loun est désigné pour collaborer (avec les hautes autorités de la
province) à l'administration des AQaircs relatives au littoral du
Fou-Kien.
Ces fonctionnaires sont autorisés h adresser directement des
rapports au Trône.
Respectez ceci !
La nomination de Tchang Peï-loun faisait sortir du
Tsoung-li Yamen ce personnage agité dont les légations, à
leur grande joie, ^se trouvaient débarrassées.
I. Ne pas le confondre avec Siù Kcng-cliên, membre du Tsoung-li
Yamen (supra)^ qi" est mort en janvier 1894 ; tous les deux étaient du
Tché-Kiang.
Siù King-tch*èng, trois ans auparavant, avait été nommé ministre
au Japon, mais la mort de sa mère survenue inopinément alors qu'il
attendait à Chang-Haï son ordre d'embarquement, Tavait oblige do rentrer
dans la vie privée pour passer la période de deuil réglementaire de trois ans.
» Vr-
CHAPITRE XXII
L'AFFAIRE DU T0NG-KIN6 (5<£i/e). - CONVENTION FOURNIER,
11 mai 1884'.
Le 26 mars i884, M. Fournier', commandant du Yolia,
rencontrait à Hong-Kong, M. Detring*, des Douanes chi-
noises, grand ami de Li, qui rentrait d'Europe. M. Detring
reconnaissait que Ts'éng était poussé par son conseiller
anglais qui parlait des grandes forces chinoises et d'une coali-
tion européenne inspirée par T Allemagne ; nous serions aban-
donnés par l'Angleterre ; dès son premier entrelien, avec le
commandant Fournier, M. Detring aborda la question d'un
arrangement possible avec Li.
M. Detring remonta vers le Nord, tandis que le comman-
dant Fournier visitait, avec le Volia, Swatow, Amoy, Ki-loung,
et arrivait enfin à Chang-Haï; là, Ma Kien-tchong lui remit
une dépêche de Li le priant d'aller à Tien-Tsin conférer en
1. Ministère des Affaires étrangères. — Documents diploma-
tiques. — Affaires du .Tokkin. — Convention de Tien-Tsin du
II mai 1884. Incident de Lang-Son. Paris, ïmp. Nat., 188/1, in-fol.
— Diplomatie chinoise. Li-Hung-Chang et le commandant Four-
nier. Par A. Gervais (Hevue pot. et titt.f 11 octobre 188/1, p. /|/»9-457).
2. Fournier, françois-Ernest, né le a3 mai 18/42; entré au service,
1859 ; aspirant, i"* août 18O1 ; enseigne de vaii»seau, i^i* septembre i865 ;
lieutenant de vaisseau, aa mai 1869; capitaine de frégate, i^^i* octobre
1879; capitaine de vaisseau, a.^ mai i884 ; contre-amiral, 27 mai 1891-
aa juillet 1891 ; vice-amiral, 16 septembre 1897.
3. G. Detring, allemand, entré en avril i865 dans les Douanes ; com-
missaire depuis mars 1872.
/jSa L AFFAIRE DU TONG-KINC
ami avec hii, et comme gage de sa sincérité, il lui annonçait
le rappel de Ts'éng. L\aniiral Lespès, commandant l'escadre
d'Extrême-Orient, autorisa le commandant Fournier k se
rendre à Tien-Tsin, en informa le Gouvernement (29 avril)
qui l'approuva (3o avril), et lui donna carte blanche pour
conduire des négociations officieuses sur les bases suivantes :
AiiT. I. — La France s'engage à respecter et à protéger dans
le présent et dans l'avenir contre toute agi*ession et dans toutes
circonstances, les frontières du Tong-Ring limitrophes de la
Cil i ne.
Art. II. — Le Céleste Empire, rassuré par les garanties for-
melles de bon voisinage qui hii sont données ])ar la France,
quant à l'intégrité et à la sécurité des frontières méridionales
de la Chine s'engage :
i** A retirer immédiatement toutes les garnisons chinoises du
Tong-King ;
2° A respecter dans le présent et dans Favenir les traités directe-
ment intervenus ou à intervenir entre le Gouvernement Français et
la Cour de Hué ;
3° A admettre sur toutes les frontières du Tong-Ring, le libre
trafic entre l'Annam et la France, d'une part, et la Chine, de
l'autre, dans les conditions d'un traité de commerce assurant
aux deux parties des avantages réciproques'.
Le commandant Fournier quitta Chang-HaY, le i®' mai,
sur le Volta et il retrouva M. Detring à Tché-fou. Sur l'invi-
tation de rimpéralrice, Li conviait M. Fournier à venir con-
férer avec lui.
« Ma mission a un caractère tout-k-fait officieux, écrivait
M. Fournier^, qui me laisse d'autant plus de liberté et de lati-
tude que je ne puis m'engager ni compromettre le gouverne-
ment. »
I. Lettre à M. de Sematlé du commandant Fournier, 6 mai i884-
a. A M. de Semallé, Tien-Tsin, 6 mai i884.
CONVENTION FOURNIEB 433
Mais le 8 mai, le commandant Fournier télégraphiait au
ministre de la Marine :
Envoyez-moi vos pleins pouvoirs provisoirement jusqu'à arrivée
Contre- Amiral Lespcs Tien-Tsin; Vice-Roi désire cela, dans
craintes que Ministres anglais et autres à Pé-King intriguent, à
cause affaires Egypte, pour faire remettre tout en question, si
gouvernement français tarde à notifier acceptation.
Télégraphiez-moi directement T^en-Tsin pour éviter retard ;
ee serait grave faute ne pas profiter résolutions amicales pour
France du Vice-Roi et des neutres : terrain politique Pé-King
mobile.
Les pouvoirs qui furent par suite donnés au commandant
Fournier, n^avaient d'ailleurs qu'un caractère provisoire et,
le lo mai, M. Ferry les transmettait à l'amiral Lespès :
Le Gouvernement vous donne pleins pouvoirs pour signer à
Tien-Tsin avec Li Houng-tchang, muni lui-même des pleins pou-
voirs du gouvernement impérial, les quatre articles de la Con-
vention préliminaire formulés dans votre Dépêche du 9 mai.
Ces pleins pouvoirs se substituent à ceux que j'avais expédiés
le 8 mai au Commandant Fournier sur une dépêche très-pres-
sante, et qui n'avaient qu'un caractère provisoire en attendant
votre arrivée. Fournier ne me faisait d'ailleurs connaître que les
lignes générales de la Convention qui me paraît bonne de tous
points. Faut seulement aucune équivoque sur la frontière qui
doit être entendue frontière actuelle avec Lang-So'n, Cao-Bang
et Lao-Kay. La Convention que vous allez signer n'aura pas
besoin de ratiGcation parlementaire, le traité de commerce défi-
nitif seul devra être soumis à la ratification des Chambres.
Conformément à ce télégramme, l'amiral Lespès quitta
Wou-soung le 12 mai à midi; mouilla à Tché-fou le 1 5 au
matin, et le 16, à 8 heures, il s'embarquait sur le steamer
Woochang pour se rendre à Tien-Tsin.
De son côté, Li avait reçu le décret impérial suivant lui
donnant de pleins pouvoirs le lô** jour de la 4® lune de la
lo*' année Kouang-Siu:
GORDIER. !*• ^°
/|34 L* AFFAIRE DU TONG-RING
« Li-Houng-lchang, ancien Grand-Chancelier, Vice-Roi in-
t^^rimaire de la province du TcW^-li, est chargé des fonctions de
Plénipotentiaire pour négocier un Traité avec l'Envoyé du Gou-
vernement français. »
Respectez ceci.
Un ordre impérial secret (lo mai i884) approuvait le
rapport de Li sur les propositions de M. Fournier:
« Après avoir pris pleine connaissance de votre rapport, nous
ne trouvons rien qui y soit en contradiction avec notre Consti-
tution. Que Taflairc soit donc accordée et réglée suivant ce dont
vous nous faites part. »
Pendant que Tarairal Lespès était en route, le comman-
dant Fournier, utilisant ses propres pouvoirs, signait une
Convention avec Li Houng-tchang.
Le 1 1 mai, à 5 heures, le commandant Fournier, en chaise
officielle, accompagné de M. Frandin*, Consul de France à
Tien-Tsin, faisant fonction d'interprète, et de M. Brière,
aide-commissaire, officier d'administration du Voila comme
secréuirc, se rendit au Yamen du vice-roi du Tché-li ; les
chaises étaient escortées par le chef de la police française, ses
1 Frandin, Joseph-IIippolyte, né le a janvier i852 ; élève de Ttcolc
des Langues orientales; élève -interprète, i®»" avril 1876; h Pc-King, a^
mai 187G ; interprète-chancelier à Tien-Tsin, 6 mars 1880; inscrit dans
la troisième classe des interprètes, 18 septembre 1880 ; interprèle à Chanç-
Haï, 21 février 1882 ; interprète de seconde classe, 4 avril i88a; premier
interprète à Pé-King, 10 mars i883 ; gérant du consulat de Tien-Tsin,
24 septembre 1883-17 juillet i88/i ; interprète de première classe, !«'»'
mai 1884 ; gérant du consulat de (Canton, 26 octobre i885 ; vice-consul
de première classe à Fou-tchéou, 4 i^&i 1886 ; consul de seconde classe
chargé du vice-consulat, 1 4 juillet 1887; chevalier de la Légion d'hon-
neur, 3o décembre 1888; secrétaire de !''« classée Pé-King, 28 juin i88€);
officier d'Académie, 17 juillet 1889; consul et commissaire du Gouver-
nement à Séoul, 12 juillet 1890; président de la commission de délimi-
tation du Tong-King, 9 septembre 1890; consul et chargé d'affaires à
Bogota, 23 décembre 1896 ; consul général, 21 aoiït 1896 ; consul général
et chargé d'affaires à Quito, 6 avril 1897.
CONVENTION FOURNIER 435
agents et une escouade de cavaliers ; une garde militaire ren-
dait les honneurs au Plénipotentiaire et l'accompagna au
Yamen. La convention suivante fut signée par le comman-
dant Foumier et Li Houng-tchang.
CONVENTION FOURNIER, II MAI l884
Gwoention préliminaire (Tamiiié et de bon voisinage signée à Tien-
Tsin le II mai 1884 enlre la France et la Chine *.
Le Gouycrnement de la République* française et S. M. TEm-
pereur de Chine, voulant au moyen d'une convention prélimi-
Daire dont les dispositions serviront de bases à un traité définitif,
mettre un terme à la crise qui affecte gravement aujourd'hui la
tranquillité publique et le mouvement général des affaires, réta-
blir sans retard et assurer à jamais les relations de bon voisinage
et d'amitié qui doivent exister entre les deux nations, ont nommé
pour leurs Plénipotentiaires respectifs, savoir :
S. M. l'Empereur de Chine:
S. E. Li HouxG-TciiAxNG, grand tuteur présomptif du fds de
S. M. l'Empereur, premier secrétaire d'État, vice-roi du Tchéli,
noble héréditaire de première classe, du troisième rang :
Le Gouvernement de la République française :
M. Ernest-François Fourmer, capitaine de frégate, comman-
dant l'éclaireur d'escadre le Voila, of&cier de la Légion d'honneur.
Lesquels, après avoir échangé leurs pleins-pouvoirs, trouvés
en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :
Art. I . — La France s'engage à respecter et à protéger contre
toute agression d'une nation quelconque et en toutes circonstances
les frontières méridionales de la Chine limitrophes du Tong-Ring.
Art. 2. — Le Céleste Empire, rassuré par les garanties for-
melles de bon voisinage qui lui sont données par la France, quant
à l'intégrité et à la sécurité des frontières méridionales de la
Chine, s'engage : i** à retirer immédiatement, sur ses frontières,
les garnisons chinoises du Tong-Ki ng; 3** à respecter, dans le pré-
sent et dans l'avenir, les traités directement intervenus ou à in-
tervenir entre la France et la Cour de Hué.
I. Ceci est le texte authentique; il diffère seulement légèrement dans
k rédaction du texte télégraphique communiqué aux Chambres, le ao
mai 1884.
• .
436 L*AFFAIRE DU TONG-RING
Art. 3. — En reconnaissance de rallilude conciliante du Gou-
vernement du Céleste Empire, et pour rendre hommage à la
sagesse patriotique de Son Excellence Li Houng-Tchang, négo-
ciateur de cette Convention, la France renonce à demander une
indemnité à la Chine. En retour, la Chine s'engage à admettre,
sur toute Tétendue de ses frontières méridionales limitrophes du
Tong-King le libre trafic des marchandises entre TAnnam et la
France, d'une part, et la Chine, de Tautre, réglé par un traité
de commerce et de tarifs à intervenir, dans Tesprit le plus con-
ciliant, de la part des négociateurs chinois, et dans des conditions
aussi avantageuses que possible pour le commerce français.
Art. 4. — Le Gouvemenient français s'engage à n'employer
aucune expression de nature à porter atteinte au prestige du
Céleste Empire, dans la rédaction du Traité définitif qu'il va
contracter avec l'Annam et qui abrogera les traités antérieurs
relatifs au Tong-Ring.
Art. 5. — Dès que la présente Convention aura été signée,
les deux Gouvernements nommeront leurs Plénipotentiaires, qui
se réuniront, dans un délai de trois mois, pour élaborer un
Traité définitif sur les bases fixées par les articles précédents.
Conformément aux usages diplomatiques, le texte françab fera
foi.
Fait à Tien-Tsin, le onze mai i884. le dix-septième jour de
la quatrième lune de la dixième année de Rouang-Siu en quatre
expéditions (deux en langue française et deux en langue chi-
noise), sur lesquelles les Plénipotentiaires respectifs ont signé et
apposé le sceau de leurs armes.
Chacun des Plénipotentiaires a gardé un exemplaire de chaque
texte.
Le Plénipotentiaire
pour le Céleste Empire,
(L. S.) Li IIOUNG-TCHANG.
Le Plénipotentiaire pour le Gouverneinenl
de la République française,
(L. S.) FoURNIER.
COMMUNICATION DE JULES FERRY, 20 MAI l884
Le Président du Conseil faisait au Sénat et à la Chambre
COMMUNICATION DE JULES FERRY ^87
des députés, le 20 mai i884, la communication suivante en
présentant le texte télégraphique de la convention Fournier :
Messieurs,
Vous connaissez déjà les clauses principales de la convention
signée à Tien-Tsin, le 11 mai i884t qui a mis fin au difTérend
existant entre la France et la Chine, au sujet de FAnnam et du
Tong-King.
En attendant que Tinstrument même du traité soit entre nos
mains et qu'il puisse être régulièrement soumis à la sanction du
Parlement, nous vous devons compte des circonstances qui ont
amené ce rapide dénouement et des motifs qui nous ont portés
à engager dans cette négociation décisive la responsabilité du
Gouvernement.
Vous veniez à peine de vous séparer, que la prise de Houng-Hoa,
couronnant les brillants efforts du corps expéditionnaire, mar-
quait le terme de cette belle campagne, dont les noms de So'n-
Tay et de Bac-Ninh conserveront le glorieux souvenir.
Les opérations militaires étaient terminées ; nous étions les
maîtres duïong-King: contre des ennemis bien supérieurs en nom-
bre et pourvus de tous les moyens de défense de la guerre mo-
derne, les troupes de la marine et de l'armée, rivalisant de vertus
militaires, d'entrain et de patience, de tactique et de valeur,
avaient porté plus haut que jamais, dans l'Extrême-Orient, le
prestige de nos armes.
Au point de vue diplomatique, la situation restait obscure.
Les relations avec la cour de Pé-King étaient, en Chine, rares et
tendues ; à Paris, sans être officiellement suspendues, elles étaient
nulles depuis le départ du ministre de Chine pour l'Angleterre.
A Pé-King même, le terrain politique semblait disputé entre l'esprit
de sagesse et l'esprit d'aventure. L'esprit de sagesse devait l'em-
porter.
Le 39 avril, le contre-amiral Lespès, qui arrivait à Chang-llaï
avec son escadre, après avoir visité les ports d'Amoy et de Fou-
Tchéou, recevait l'avis que le vice-roi du ïchcli venait d'obtenir
du gouvernement chinois le rappel du marquis Ts'cng comme
première satisfaction donnée à la France. L'amiral était chargé
de transmettre celte nouvelle au gouvernement français. Le vice-
roi exprimait en môme temps le désir de voir à Tien-Tsin, le
capitaine de frégate Fournier, commandant du Volta, avec lequel
/j38 L*AFFAIRB DU TONG-KING
il était, depuis plusieurs années, en relations amicales, pour con-
férer avec lui de la situation.
Le commandant du Volta partait aussitôt pour Tché-Fou ; le
I*' mai, le ïsoung-li Yamen annonçait officiellement à notre
chargé d'affaires à Pé-King la nomination d*un nouveau ministre
auprès des cabinets de Paris, Berlin, Vienne, Rome et La Haye;
on attendant son arrivée, Li'Foung-pao, ministre de Chine à
Berlin, venait représenter la Chine à titre intérimaire auprès du
gouvernement français.
Les 8 et 9 mai, le commandant Fournier, de Tien-Tsin, et
Tamiral Lespès, de Chang-IIaï, nous faisaient connaître les ré-
sultats des pourparlers officieusement ouverts par le vice-roi du
Tché-li ; les deux négociateurs avaient arrêté les termes d'une
convention préliminaire en cinq articles, destinés à servir de base
au traité définitif; le vice-roi désirait que cette convention pût
recevoir sans retard, l'approbation des deux Gouvernements; le
commandant Fournier demandait à cet effet des pleins-pouvoirs.
La question se posait devant nous dans les termes les plus
clairs et les plus catégoriques ; de la part de la Chine, l'évacua-
tion immédiate du Tong-Kingdans toute l'étendue de ses frontières
naturelles ; la promesse de respecter dans le présent et dans
l'avenir les traités directement faits ou à faire entre la France
et la cour d'Annam ; l'engagement solennel d'ouvrir au libre
trafic entre l'Annam et la France d'un côté, et la Chine do
l'autre, toute la frontière méridionale de la Chine, limitrophe
du Tong-King, c'ost-a-dire les trois provinces du Yun-Nan, du
Konang-Si et du Kouang-Toung, et de régler sur cotte frontière
la liberté des échanges et les tarifs des douanes dans les conditions
les plus profitables au commerce français.
Ces avantages considérables seraient-ils trop chèrement achetés
de la part de la France par la renonciation à une indemnité
pécuniaire, dont le principe n'était d'ailleurs ni contestable ni
contesté ? Une satisfaction on argent aurai L-elIe, aux yeux du
pays, plus de prix qu'un traité de bon voisinage, une allianœ
commerciale et politique, ne laissant derrière elle ni humiliation
ni amertume, et ouvrant à nos producteurs, à l'étroit dans
l'ancien monde, des débouchés inattendus ?
Nous ne ra\ons pas pensé, et sur l'heure, nous envoyions au
commandant Fournier les pleins pouvoirs de la République, sous
la seule condition do s'assurer, avant d'en faire usage, de la rati-
fication préalable du gouvernement chinois.
COMMUNICATION DE JULES FERRT 439
Le 9 mai, le commandant Fournier télégraphie deTien-Tsin,
à cinq heures quarante-cinq du soir :
a Je remercie le Gouvernement de la confiance qu'il me té-
moigne. Le vice-roi me charge de vous transmettre ses remercie-
ments pour Tempressement que Votre Excellence a mis à approuver
la convention dans les termes mêmes où elle avait été arrêtée
entre nous. Nous avons immédiatement demandé, en termes
pressanU), par courrier extraordinaire, à la cour de Pé-King, son
approbation définitive, en la priant de nous autoriser à signer
dans le plus bref délai possible. »
Le lo mai, à onze heures vingt-cinq du matin, M. Fournier
écrit :
a Tout sera terminé demain soir à quatre heures... »
Et, en effet, le 1 1 mai, à cinq heures du soir, les plénipoten-
tiaires signaient la convention, après s'être réciproquement com-
muniqué leui-s pleins pouvoirs.
Voici cet acte avec son préambule et dans toute sa teneur, telle
que le télégraphe nous Ta transmis.
Voir le texte ci-dessus.
Tel est le traité de Tien-Tsin. C'est une convention prépara-
toire, à compléter par des négociations ultérieures, mais ferme
dans toutes ses clauses, exécutoire et, nous pouvons le dire des
h présent, en voie d'exécution.
Nous avons trouvé, en effet, chez l'homme d'Etat éniincnt qui
exerce actuellement sur Jcs destinées de la Chine une inOuencc
prépondérante, et qui a porté dans cette négociation une netteté
de vues et de résolution si remarquables, la volonté bien arrêtée
d'exécuter promptement et loyalement ce qui avait été si vite et
si bien conclu.
Une dépêche du commandant Fournier, datée du 18 mai,
nous fait connaitre que lé retrait des garnisons chinoises du Tong-
King s'opérera, en vertu d'un accord passé avec le vice-roi, du 6
au 26 juin prochain, dans les ternies suivants, dont le comman-
dant en chef du corps expéditionnaire a reçu communication :
« Après le délai de vingt jours, c'est-à-dire le 6 juin, évacua-
lion de Lang-So'n, Cao-Bang, That-Khe, et de toutes les places
du territoire du Tong-King, adossées aux frontières du Kouang-
Toung et du K.ouang-Si ; après le délai de quarante jours, c'est-
/i4o
L AFFAIRE DU TONG-EING
à-dire le 26 juin, évacuation de Lao Kay et de toutes les places
du territoire du Tong-King adossées à la frontière du Yun-Nan. »
De notre côté, nous avons déjà désigne, conformément à l'ar-
ticle final de la convention, nos plénipotentiaires définitifs, et
nous avons envoyé à M. Patenôtre, qui doit se trouver à Hué à
la fin de ce mois les instructions nécessaires pour donner satis-
faction aux préoccupations particulières qui ont inspiré l'article 4»
La rédaction définitive du traité de Hué ne contiendra, cela va
de soi, « aucune expression » dont puissent s'émouvoir les sus-
ceptibilités de l'Empire du Milieu.
Nous soumettons avec confiance toute cette négociation au
jugement des Chambres et du pays. La France s'est toujours fait
honneur de ne pas pousser à l'extrême les conséquences de ses
victoires. Notre modération, hautement appréciée par l'opinion
européenne, nous assure la meilleure solution pour le présent,
la plus grande somme de sécurité pour l'avenir.
Douce illusion!
Au dîner qui suivit la signature de la convention , au toast
porté par le commandant Fournier aux souverains de la
Chine, Li répondit :
Au nom de Leurs Majestés Impériales, je porte un toast au
Président de la République française, M. Jules Grévy, et je vous
prie de l'assurer que la Chine, aussi, souhaitera maintenant à la
France grandeur et prospérité.
« Le lendemain la mai, écrit le Commandant Fournier dans
son rapport au Ministre de la Marine, le Vice-Roi dinait au Con-
sulat de France où j'a>ais réuni les représentants des nations
étrangères ; MM. de Luca, Ministre d'Italie et son secrétaire,
M. d'Albenga. M. Uribari, Chargé d'Affaires d'Espagne. M. le
Marquis de Médina, son secrétaire, les Consuls d'Allemagne,
d'Angleterre, de Russie et du Japon, le Commander Lang. de
la marine anglaise, amiral de la flotte chinoise du Nord, les
Commandants des navires russes et anglais cl toutes les [x*rsonnes
présentes, la veille, au dîner du Vice-Roi. La stupéfaction était
générale parmi mes invités qui avaient appris seulement dans la
journée même, comme par un coup de théâtre qu'une conven-
tion diplomatique venait d'être signée et ratifiée à Ïien-Tsin,
<'3*"«li7
COMMUKICATION DE JULES FERRY /|4l
entre la France et la Chine par rintermédiairc d'un plénipo-
tentiaire mYstérieux qui n*élait autre que le capitaine de frégate
que chacun croyait occupé uniquement à observer les préparatifs
militaires du Vice-Roi.
M. Jules Ferry télégraphia au commandant Foumier, le
12 mai i884 :
Je suis heurçux de vous féliciter chaudement pour le prompt
dénouement du conflit avec la Chine. Dites à Li que nous nous
félicitons ici des liens étroits que les nouveaux arrangements ne
manqueront pas d'établir entre la France et la Chine. J*ai con-
staté avec plaisir que l'homme d'État chinois considère au même
point de vue que nous-mêmes l'intérêt des deux Pays.
Li Houng-tchang répondit le i5 mai :
Le Commandant Fournier m'a communiqué votre télégramme.
Je suis très touché. Je savais depuis longtemps que vous traitiez
les affaires d'une façon résolue et très nette et que vos vues sont
larges et lointaines. J'espère donc que dans l'avenir, les relations
entre nos deux pays seront plus intimes et durables et que tout
malentendu sera dissipé entre nous. Les didicultés que chacun de
nous éprouve en traitant les aflaires de l'État seront certainement
comprises de nos deux pays si éloignés. Ce qui me reste à vous
dire, je le confierai au Commandant Fournier, mon ami intime,
qui vous le dira.
Le 17 mai, le commandant Fournier eut un long entre-
tien avec Li Houng-tchang qui dura trois heures ; il avait
pour but de :
Régler d'une façon précise les conditions de l'exécution de la
Convention concernant le retrait des troupes cliinoises et les
articles IV et V qui comportaient une application immédiate.
Relativement aux troupes chinoises, je (Fournier) fis observer
au Vice-Roi qu'il importait de fixer des dates précises pour l'éva-
cuation des places qu'elles occupaient dans le Tong-King, et je
hii proposai 30 jours de délai pour la région avoisinant le Kouang-
ïoung et le Kouang-Si et t\0 jours de délai pour la région avoi-
sinant le Yun-Nan. Il trouvait ces délais très-courts et paraissait
craindre que la fixation de ces dates précises ne prit aux yeux de
/lia L'AFPAtttE DU TONG-KIKG
la Goiir de Pé-Kîng le caractère blessa ni d'un ultimatum ; mais
je lins bon en lui faisant observer qu'avec les movcns de com-
inuuicalions rapides distant actuellement par le télégraphe en
cours de conslrnclion dans le Kouang-Si et par le nôtre dans le
Tong-K.ing, ces délais étaient parraitement suffisants pour la
transmission des ordres du Gouvernement Impérial sur les fn>n-
liëres dn Kouang-Si et du Yun-Nan. « Je n'ai pas la moindre
a conGance. ajoutai-je, dans la façon dont ces ordres seront
0 transmis de la Cour de Pé-King pour parvenir à une desli-
a nation aussi lointaine, ils jtasseront par tant de mains et il y a
1 tant de raisons de craindre que la mauvaise volonté de certains
0 mandarins ne cherche à en relai-der l'arrivée, que je me vois
« dans l'obligation de vous adresser olTicicUement la notiricalion
« suivante, immédiulemenl transmise au Général Millot : Après
H les délais fi-rès expirés, eoas pourrez procéder sommairemeni à
e l'expulsion de loates les fjarnisons chinoises attardées sur te terri-
ls loire Tonkinois \olre Excellence comprendra certainement
<c comme moi combien il est miportant de fixer ainsi des datw
ce précises pour couper court a tout malentendu et au mauvais
a voulou même de se^ ad\Lrsaires et d'emp^her aussi que des
« conllits sanglants n éclatent entre nos troupes et les troupes
n chinoises a
Li Houng-lchang m allirma qu d assurerait la transmission
(les ordres de telle sorte qu un si rrgreltnble accident ne pût pas
•■e prodnire Je I iieilis alor* au sujet de l'arfiele V que M. Pn-
tcnûlreiliit nomme Mtnistic pknipotenliaire pour le traité de
commeite et eniin au sujet de I ailicle IV, je lui remis la coni-
mumcalton uriU suniute
oie (iouverneiin.iit a m>ilL \l l'alcnôtre a supprimer dans
<• la rédaction du tiailt. diûnitif I expression «y comprit ta
B Chine mais il prend acte que (.cite modification, inlroduilE'
« par défcn i)ce poni k prestige du Céleste Empire, ne pourra
« ivoir pour eiïtt d allérer en riiii la valeur d'aucune des slipu-
« latioiis de I art 1 ni îles lutrcs irticles des préliminaires de
B paix ilu 3J août i883 B
Le\ico-Uoi me déclara que c était en elTcl la modification
qu'il avait demandée ',
. Rapport du commandant Fournier au Ministre de la marine, I'
COMMUMCATION DE JULES FERRY 443
Le même jour, le commandant Fournier envoyait à
Hanoï la dépêche suivante en clair au général Millot.
J'ai rhonneur de porter à votre connaissance les mesures sui-
vantes arrêtées par les plénipolentiaircs de la Convention entre
France et Chine.
Après un délai de 20 jours, cest-à-dire le 6 juin, vous pourrez
occuper Lang-so'n. Cao-Bang, That-ke, et toutes les places du
territoire tonkinois adossé aux frontières du Kouang-Toung et
du Kouang-Si.
Vous pourrez en même temps établir des stations navales sur
tous les points de la cote du Ïong-King où vous voudrez. Avisez
Tamiral Courbet.
Après un délai de l\o jours, c est-à-dire le 2% juin, vous pourrez
occuper Lao-kay et toutes les places du territoire tonkinois adossé
à la frontière du Yun-lSan.
S ai notifié à Li Houng-tchang que ces délais expirés, vous procé-
deriez sommairement à l'expulsion de toutes les garnisons chinoises
attardées sur le territoire tonkinois.
Après avoir arrêté ces dispositions, j*ai mis fin à ma mission
de plénipotentiaire.
Notre chargé d'affaires à Pé-King ne connut le texte de la
Convention que lorsqu'il fut devenu définitif; il n'avait
même pas été informé par le Ministre des Afl'aires étrangères
de l'envoi à Tien-Tsin d'un négociateur muni de pleins pou-
voirs. Dans la lettre qu'il écrivait le 10 mai 188/1 au com-
mandant Fournier après avoir reçu le texte de la Conven-
tion que ce dernier lui avait expédiée le 12, notre chargé
d'affaires fit preuve d'une singulière clairvoyance :
« En lisant le texte de rarrangemenl que vous avez signé, je
suis loin de me sentir entièrement SiitisHiit. Il est à craindre que
nous éprouvions dans quelques mois, même dans quelques jours,
des dilîicultés insurmontables, quand lions voudrons traduire en
articles formels d'un traité, les conditions avantageuses promises
par la Chine à notre commerce. »
La diplomatie chinoise ne tranche pas aussi simplement les
444 l'affaire du tong-king
difficultés, ainsi que semblait le croire le commandant Four-
nier : Li Iloung-tcliang avait trompé le plénipotentiaire. Selon
M. von Brandt, ministre d'Allemagne, les instructions don-
nées par l'Impératrice à Li Houng-tchang avant la Conven-
tion de Tien-Tsin, auraient été résumées en quatre poinU
qui sont à peu près les suivants :
1° Ne pas céder la suzeraineté de la Chine sur TAnnam ;
2° Ne pas céder, si on exigeait que la Chine livrât les Pavil-
lons Noirs à la France ;
3° Ne pas céder, si la Chine devait payer une indemnité à la
France ;
4° Ne pas accorder la liberté du commerce européen dans le
Yun-Nan.
M. de Semallé se rendit au Yamen le i4 mai pour se
rendre compte de l'impression produite par la signature de
la convention le 1 1 mai et les Ministres lui dirent « qu'il
avait été question de la paix, mais, qu'il n'y avait rien
de définitivement arrangé; qu'il y aurait plus lard des
pourparlers et des négociations qui, espéraient-ils, amène-
raient une solution de nature à contenter les deux pays ».
Le Yamen déclara aussi à M. Ilolcombe, représentant des
Etats-Unis, qu'il n'y avait rien de fait à Tien-Tsin et que
rimpératrice n'avait point encore ratifié les préliminaires
acceptes par le vice-roi du Tché-li.
Dans son rapport au Trône, le Vice-Roi aurait tourné les dif-
ficultés ainsi qu'il suit :
La France n'exige pas que la Chine renonce à sa suzeraineté
sur TAnnain ; elle renonce à employer aucun terme pouvant
froisser l'aniour-propre de la Chine et consent en conséquence à
refaire à nouveau son dernier traité de Hué. Il n'est question
nulle part, dans le projet qu'il soumet, que la Chine abandonne
ou li>re Lieou Yong-fou et ses soldats.
La France renonce à toute indemnité de guerre.
Quant à ce qui est du commerce étranger, il n'est pas permis
L*AMIRAL LESPÈS t\t\^
pour le Yun-Nan spécialement, mais limité, sur toute Tétcndue
de la frontière, à une zone neutre à délimiter.
L'Impératrice satisfaite aurait, sur Theure, envoyé Tordre de
signer sur les bases proposées et à ces conditions.
l\mIRAL LESPÈS
L'amiral Lespès arriva à Tien-Tsin le matin même de la
visite du commandant Fournier à Li (17 mai). Il fit le 18 au
matin une visite au vice-roi que celui-ci lui rendit le 19 mai ;
Li se montra particulièrement gracieux vis-à-vis de Tamiral.
Sa mission, comme le télégraphia le ministre de la marine,
Tamiral Peyron, n'était plus qu'une visite de courtoisie.
La Convention étant signée et ratifiée par les deux Gouverne-
ments, la mission de TAmiral est une mission toute de courtoisie
destinée à sceller la bonne entente et à effacer toute trace de
dissentiment: Tamiral n'a pas qualité pour faire l'intérim du
Ministre ni pour discuter le traité de commerce.
En conséquence, l'amiral Lespès envoya le commandant
Fournier, qui partit de Tien-Tsin le 19 mai, porter le texte
original de la Convention* en France, suivant les instructions
du ministre de la Marine*, nomma M. Gigon au commande-
ment du Volia, et partit lui-même le 2 1 , pour se rendre à
Pé-King, où il croyait sa présence utile pour sceller la bonne
entente. Très galamment d'ailleurs, dans son rapport au
ministre de la Marine, l'amiral Lespès écrivait :
I. Le commandant Fournier télégraphiait le i4 mai au Ministre de la
marine :
« Depuis la cérémonie solennelle de la signature, le 11, je suis dépo-
sitaire, pour le Gouvernement français, des exemplaires en français et en
chinois qui lui reviennent avec le texte des' pleins pouvoirs de la Cour
de Pé-King. Les deux autres exemplaires, que j'ai laissés entre les mains
du Vice-Roi, ont été déjà expédiés à Pé-King où ils sont classés aux ar-
chives impériales, à titre définitif.
a. Le commandant Fournier quitta Ghang-Uaï le a^ mai.
LlFflWE DC
:i'm dt^ li-l^-ranuDes reçus direclemcnl par «t
-ir. il rv>ultr pour moï que lo signature apposée
Ln-ïiinti'nl dvtiDilive. Ips pleins pouvoirs qui lui
n-i--s i-ljnl enlior^ el n'avanl pas le cararlcre pro-
a>jil H-mLIt- d'abord leur attribuer voire télô-
■u> d,-.
i:.>-„j-^! : de q<ie jo me plaij a reconnaître, n
L'jniirAl Le-p'"'? arriva à Pé-Kinjr dans la matinée du
si;::"ii :?i mai i'»-'^î ; il lîl demander parM. de Se m al lé une
j'..:i'';i.t au Tr-.-iin^' li \amen qui lui fut accordée pour le
3-. Au I nr li\ê, acciimpafrné de notre cbarpé d'aflaires, de
MM. (^■lli!l d>' Plaiicv et Frandin. de ses aides de camp.
MM. J.i.quinii'TCt ÏV'crin. tousen grand uniforme, ramirahe
rtii^iit Ml \amou:s<iniiupre!^ion fut plutiM favorable, et d'autre
|vir(. >j M-nuo pToduisit un excellent eflet, le Vamen prais-
>.iiit rexenir à des senlimcnls plus concillanis. Le 3i mai,
It'T. iiiiiii>lrt>* chinois rendirent la visite à MM. Lespés et de
S iiKtllé t>l ac<vplérenl une invitation à diner de ce dernier
[»>ur K'3 juin: deus jours plus l:ird, ils rendaient celte poli-
Usso. haus stm rapport du 3.S mai, Tamiral disait :
A l't>-Kinu'. on faisait courir le bruit que la Convention de
Tion-T'iii lu- «-riiil pis cïérutéf" cl que l'Impératrice éclairée par
r»piiii<>ii i.iMiéndc retiendrait sur l'approbation qu'elle avait
uoiiliiil ainsi l'audience du 37 mai;
e^'us a» Vawca j>ar le beilé Kouang, qui a
• koung à la pi-ésidcncc du Conseil et par
■ ce conseil. Sans être précisément cordial,
us fui des plus courtois. Je dis à ces Mes.>iieuis
. de faire leur connaissance personnelle, que
iig n'avaîlpas eu d'autre but et qu'ils devaient
I ferme désir qu'avait le Gouterncment de la
tenir désormais des iclations de bonne amitié
MORT DE MONSEIGNEUR DELAPLACB 4^7
et de bon voisinage avec le Céleste Empire, que c'était d'ailleurs
la conséquence naturelle de la convention signée dernièrement
à Tien-ïsin, convention qui répondait aux intérêts bien compris
de nos deux Gouvernements. Le beilé Kouang me fît une réponse
banale, il me dit pourtant que c'était aussi le désir de son Gou-
vernement. Son attitude, comme celle des autres membres du
Conseil, était certainement bienveillante, mais elle m'a semblé
aussi celle de gens peu habitués aux affaires et un peu gênés par
la solennité dont j'avais cru bon de m'entourer. »
L'amiral ajoute, avec raison, que si les bruits qui couraient
avaient eu quelque fondement:
« Le prince Kouang n'aurait pas manqué de saisir l'occasion
que je lui offrais pour me parler de la Convention et pour me
dire ce que son Gouvernement en pensait. Je dois conclure de
son silence à cet égard que l'exécution des premières mesures
de la Convention, c'est-à-dire l'évacuation des garnisons chi-
noises du Tong-King, n'est plus douteuse aujourd'hui. »
MORT DE M^*" DELAPLAGE
Le séjour de l'amiral Lespès h Pé-King fut attristé par la
mort (24 mai) de M«' Delaplacc*, des suites de la fièvre
typhoïde. La France a ressenti souvent, depuis, la perte de ce
prélat qui, sur le trône épiscopal de Pé-King, n'oublia
jamais qu'il était Français, donnant ainsi un exemple qui
n'a malheureusement pas toujours été suivi. Il n'avait que
soixante-quatre ans : c'était un Bourguignon extrêmement fin,
que la gestion parfois difficile des affaires de son diocèse ne
faisait négliger en aucune façon les devoirs de la charité.
Les funérailles eurent lieu le 27 mai au Pé-T'ang. L'ami-
ral Lespès, M. de Semallé, quatre secrétaires du Yamen et
tout le Pé-King étranger y assistaient.
M**" Delaplace eut Tabbé François Tagliabue, d'origine
I. I, p. ai3.
448 L* AFFAIRE DU TONG-K.ING
italienne, mais né dans le diocèse de Soissons, comme succes-
seur dans le vicariat apostolique de Pé-King'.
Le 7 juin, l'amiral Lespès quittait Pé-King.
I. Né en i8aa ; partit en i853 ; nommé le a5 septembre 1868, évèquc
de Pompéiopolis, vie. ap. du Pé Tché-li S.-O; transféré au Pé Tché-li
sept., 5 août i884, à la raort de M«^ Delaplace ; mort & Pé-King,
12 mars 1890.
CHAPITRE XXIII
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 (^Suite). — BAG-LÉ (23 juin 1884).
AFFAIRE DE BAC-LÉ
Conformément à la Convention du ii mai, vers le milieu
de juin, le général Millot se décida à faire occuper Lang-
so'n qui devait être évacué le 6 par les Chinois. Les disposi-
tions relatives à l'organisation et aux opérations de la
colonne de Lang-so'n prises par le colonel d'état-major
Guerrier portaient que les points de Lang-so'n, That-Ké,
Cao-Bang seraient occupés par les troupes françaises; la
colonne devait Se rendre en 5 jours à Lang-so'n. Le 19 juin,
le lieutenant-colonel Dugenne, avec 900 hommes environ',
quittait Phu-lang-thuong ; le 23, il prenait, après avoir tra-
I. La colonne concentrée h Phu-Lang-Thuong, sous les ordres du
lieut. -colonel Dugenne devait avoir la composition suivante : i*^ un ba-
taillon d'infanterie de marine, tiré des garnisons de Bac-Ninh et de Phu-
Lang-Thuong ; 30 une batterie de 4 de montagne, tirée de la garnison
de Phu-Lang-Thuong ; 3<^ le demi-escadron de cavalerie du corps expédi-
tionnaire ; 4** une section mixte de sapeurs du génie et de pontonniers,
avec un parc d'outils, constituée h Hanoï et commandée par un officier ;
00 un détachement de 3oo tirailleurs tonkinois, composé de la io<^ com-
pagnie actuellement à Bac-Ninh et d'un peloton de la ia<^ compagnie qui
tient garnison à Phu-Lang-Thuong; 6<> une section d'ambulance com-
prenant les éléments suivants : a médecins. 4o lits. Des cadres et des
cantines médicales, dont le nombre sera en rapport avec Teffectif de la
colonne. L'importance de ce matériel sera fixée par M. le médecin en
chef des ambulances ; 70 une section de télégraphie optique, composée
de I officier, 1 1 hommes et 4 appareils optiques ; 8° un service de la
prévôté, composé de i brigadier et de 4 gendarmes ; 9» un convoi de
35 jours de vivres.
CORDIER. IL 29
45o i/affaire du to\g-king
versé le Song-Thuong, contact, près de Bac-Lé, avec les
troupes chinoises régulières du Kouang-Si, armées de fusils
Remington (28 juin). Les chefs chinois firent remettre la
lettre suivante au colonel Dugennc.
Au noble commandant des troupes françaises —
« Votre compatriote. M. Fournicr, a dit, à Tien-Tsin, au
moment où il s'en retournait en France, que. après vingt (jours),
des soldats (français) seraient envoyés pour parcourir le pays
et que Tarmée de Koueî devrait s*en retourner camper dans
certains endroits. » Nous le savons comme vous.
Vous voulez aujourd'hui que nous nous retirions sur la fron-
tière; mais il faut absolument pour cela un avis du Tsoung-Ii
Yamen, Ce n'est pas que nous voulons violer le traité. Le traité
de Tien-Tsin porte bien que nos troupes seront reportées sur la
frontière. Nous ne voulons pour cela qu'une lettre qui nous fixe
sur les mouvements que nous avons à faire. On ne doit pas rom-
pre la paix par des combats inutiles. Nous vous prions donc de
vouloir bien vous-mc^mc adresser un télégramme à Pé-King pour
demander une lettre du Tsoung-li Yamen. 11 ne faudra que peu
de temps pour la demande et la réponse. Dès que nos troupes
auront l'avis du T.soung-li ^amen, elles se formeront en batail-
lons et évacueront le territoire annamite pour retourner aussi-
tôt à la Passe du MidiK Nos deux pays ayant, en effet, conclu
la paix, on ne doit pas faire naître de nouvelles luttes.
Tel est ce que nous avions à vous dire.
Les chefs de camps chinois :
Li, Wang et Wei
[sans date]
N. B. — L'enveloppe extérieure porte les indications sui-
vantes : « Expédié de Kouan-yin K'iao, le 39* jour de la 5* lune
de la 16' année Kouang-Siu (= 23 juin 1884) à l'heure yeou
(de 5 à 7 heures du soir) pour être remis le môme jour ».
Le sceau, qui y est frappé en trois endroits, porte : « Sceau
du Commandant en chef du Grand Camp de l'armée de Tchèn-
nan (la passe entre le Kouang-Si et le Tong-King) commandant
aussi le camp de gauche de V Armée du Centre^ ».
I. Tchên Nan Kouan, défile sur la frontière du Kouang-Si.
a. Pour traduction conforme, signé : A. V issière.
PnOTESTATION DE LA FRANCE 45l
L'interprète annamite qui accompagnait le colonel Du--
genne ne connaissait- il pas la langue chinoise écrite ou Toffi"
cier français était-il trop ardent, toujours est-il qu'il voulut
passer outre : le résultat de l'attaque fut : 2 officiers ttlés et
5 blessés, 20 hommes tués et 63 blessés*. Si le colonel
Dugenno, moins impatient, avait, avant d'attaquer, fait part
de l'incident, les autorités de Ha-noï en auraient référé à
Paris qui aurait demandé des explications à Pé-Kîng et l'on
aurait tiré l'affaire au clair. Il n'y eut pas de guet-apens à
Bac-Lé ; les troupes chinoises n'ayant pas reçu d'instructions
de leurs chefs restaient fidèles à leur poste comme elles
devaient le faire ; d'autre part, elles ne pouvaient pas recevoir
d'instructions, car le Tsoung-li Yamen, comme nous le
verrons, ignorait complètement les arrangements pris par
Li Houng-tchang avec le commandant Fournier pour l'é-
vacuation du Tong-King par les troupes impériales.
PROTESTATION DE LA FRANCE
Le 26 juin, M. Jules Ferry télégraphiait à Pé-King
M. de Semallé :
•i
Protestez avec énergie contre cette violation du traité et réser-
>cz nos droits à une réparation. Insistez pour que troupes chi-
noises reçoivent d'urgence ordre de repasser frontières du Tong-
M. Patcnôtrc ne tardera pas à arriver à Pé-King, après s'être
entendu avec l'amiral Courbet qui prend cdramandenient des
deux divisions de l'escadre, pour exiger les satisfactions néces-
saires.
a
I. a3 juin : officiers, i tud, 3 blesses; troupes, 7 lues, 43 blessés. —
4 juin: officiers, i tué, a blessés; troupes, i3 tués, ao blessés, a dis-
parus, a morts d'insolation ; parmi les derniers tués figuraient 5 hommes
blessés le a 3 et tués le a4 & l'ambulance ; ils appartenaient au bataillon
d'Afrique.
453 l'affaire du tong-king
m. patenôtre
Le même jour, M. Ferry télégraphiait la nouvelle du
désastre à M. Patenôtre, à Chang-Haï et à Hong-Kong, en
ajoutant :
Rendez-vous directement à Pé-Ring pour assurer la stricte ob-
servation du traité et exiger une réparation. Entendez-vous avec
l'amiral Courbet, qui a reçu ordre de prendre le commande-
ment des deux divisions de l'escadre, et de nous assister dans
cette mission. Vous jugerez s'il convient que la flotte aille immé-
diatement à Tien-Tsin.
La dépêche toucha à IIong-Kong M. Patenôtre qui télé-
graphia qu"*!! partirait le lendemain (28 juin) pour Chang-
llaï et qu'il avisait l'amiral Courbet de venir Vy rejoindre
pour y conférer avec lui sur les mesures à prendre; il con-
seillait également, si la saison n'était pas tmp défavorable,
une marche en avant au Tong-King : « Une action diploma-
tique h Pé-King, disait-il, n'a, je crois, de réelle chance de
succès que si elle est accompagnée d'une démonstration mili-
taire énergique sur terre et sur mer. »
Le Tsoung-li Yanien connut l'aflaire de Bac-Lé par les
télégrammes de Tchang Chou-chëng, vice-roi des Deux-
Kouang, en date du 5 de la 5*^ lune intercalaire (= k Vf
juin 188/4) :
« P'anT'ing-sin* me télégraphie que, dansTaprè» mfcBdu i*'
(^3 juin), les troupes françaises étant venues tout près de notre
camp de Kouan-yin-k' iao, déclarèrent qu'elles allaient à Lang-soii
reconnaître le pays, et demandèrent un haut fonctionnaire pour
s'entretenir avec lui. Wan TcW ong-hitian s'y rendit aussitôt. Les
soldats français lui barrèrent la route avec un bâton et lui di-
rent seulement que « dans trois jours, il leur fallait absolument
Lang-son ». Après avoir dit ces mots, ils ouvrirent le feu des
canons et notre armée leur tint tète à coups de fusils. »
I. Gouverneur du Kouang-Si.
M. DE SEMALLÉ ET LE YAMEN 4^3
Nouveau télégramme du 6 = le 28 juin i884 :
Pendant l'affaire du i" (aS juin) à Koaan-yin-k*iao, les Fran-
çais et nos troupes se battirent à coups de fusils et de canons,
depuis la matinée jusqu'à la 4® veille (de i heure à trois heures
du malin). Nous avons eu plus de trois cents hommes tués ou
blessés, tant soldats qu'ofiicicrs. Les Français ont eu aussi des
morts et des blessés et ont reculé jusqu'à T*oun-ya qui est à 3o
li de Kouan-yin-k* iao * .
M. DE SEMALLÉ ET LE YAMEN
Le 28 juin i884, M. de Semallé, accompagné de M. Col-
lin de Plancy, se rendait à 4 heures du soir au Tsoung-li
Yamen où étaient réunis le Beilé Yi-K'ouang, Yen Kiu-
ming, Tcheou To-joun, Tcheou Kia-mei, Wou Ting-fén,
Tch^en Lan-pin, Tchang Yin-houan et Fou-lien, inter-
prèle du Yamen. Des additions avaient été faites récemment
au Tsoung-li Yamen par un décret inséré à la Gazette de Pé-
king du 24 juin i884 (2* jour, 5° lune intercalaire,
lo* année de Kouang-Siu) :
Le Président du Ministère des Travaux Publics, Fou K'ouen ;
le Président du Li Fan Yoiien, ou bureau des Colonies étrangères,
K'ouen-kang ; le vice-président de gauche au (^cnsorat, Si-
tc'hen; le vice-président de droite au Ministère des Travaux
Publics, Siu Yong-yi ; le Docteur au Grand Secrétariat et Vice-
Président honoraire au Ministère des Rites, Leao Cheou-heng
sont appelés à faire tous partie du Tsoung-li Yamen.
Respect à ceci !
Fou-K'ouen remplaçait Lin-Chou, malade, à la fois au
Yamen et aux Travaux publics; K'ouen-kang et Si-tch'en
étaient destinés à représenter l'élément tartare, absent depuis
le départ de Lin-Chou.
Tchang Yin-houan, ancien Tao-taï à Tché-fou, puis à
I. Pour traduction conforme, signé : A. Vissière.
/|54 l'affaire du tong-king
Wou-hou, avait été nommé précédemment membre du
Tsoung-li Yamen dont il fut renvoyé au mois de septembre
suivant.
Après avoir communiqué aux membres du Yamen le télé-
gramme annonçant l'affaiie de Bac-Lé, M. de Semallé ter-
mina en disant qu'aux termes du traité du ii mai, la ville
de Lang-so'n devait être évacuée depuis le commencement du
mois. Tous les ministres parlèrent à la fois et déclarèrent qu'il
n'était question, dans le traité, ni de Lang-so'n, ni d'une
date précise et déterminée pour l'évacuation. Ils affirmèrent
avoir, eux aussi, reçu des nouvelles des commandants de
leurs forces, qui rapportaient qu'ils avaient été attaqués par
les Français sans aucune provocation.
Quelques membres remarquèrent qu'il n'avait pas été ques-
tion dans le traité de Tien-Tsin de l'évacuation de Lang-so'n
et demandèrent qu'on apporte le texte du traité. Yi-K'ouang
dit que le Tong-King n'avait jamais dii être évacué qu'après
la conclusion du traité définitif, qui devait être signé dans
un espace de trois mois, aux termes mêmes de l'arrange-
ment de Tien-Tsin.
Le texte dutra ité ayant été apporté, quelques membres du
Yamen firent observer à M. de Semallé qu'il n'y est nulle
part question de Lang-so'n, de Cao-bang et deLao-kay, que
nulle part il n'est question d'une date précise pour l'évacua-
tion du Tong-King ; qu'il n'est pas question non plus des
frontières de ce pays dans le texte chinois et qu'elles sont
précisément à déterminer par le traité définitif. M. de
Semallé ayant répondu que le texte français seul faisait foi
et qu'il est formel, Tchang Yin-houan répliqua : « J'étais
à Tien-Tsin et j'ai assisté à la séance pendant laquelle a eu lieu
la signature du traité. M. Frandin a pris dans ses mains les
textes, les a lus, les a déclarés conformes et nous avons eu
confiance en ses paroles. Nous n'avons pas fait retraduire le
texte français à Pé-King. Quant à ce qui est de stipulations
».
M. DE SEMALLÊ ET LE Y AMEN 455
quelconques en dehors du texte qui â été signé, j'affirme
qu'il n'en a été nullement question entre S. E. Li et M. Four-
nier et qu'ils ont trouvé le tout fort bien et très en règle. »
D'ailleurs, le Yamen paraissait ne pas donner une grande
importance au traité du ii mai, M. Patenôtre étant attendu
pour signer un traité définitif. Plusieurs ministres disaient
que Lang-so'n est une des clefs de la frontière chinoise et
ne sera jamais évacuée avant la conclusion tout au moins d'un
traité définitif; Li Houng-Tchang n'a pu accorder que ce à
quoi il avait été autorisé, et jamais il n'avait été question
de cela.
M. de Semallé insista sur la gravité des responsabilités
encourues par le Gouvernement chinois et remit une note en
français à laquelle il réclamait une prompte réponse :
Pé-King, 2 2 juin i884-
Le soussigné, Chargé d'Aflaires de France en Chine, a le re-
gret d'avoir à informer S. A. le Beilé Yi-k*ouang, désigné par
l'Empereur pour remplacer son A. I. le Prince Koung, comme
Président du Comité des Affaires extérieures, — qu'au mépris
du traité signé le 1 1 mai à Tien-Tsin, entre S. Exe. le Vice-Roi
Li Houng-tchang cl M. le Commandant Fournier, munis res-
pectivement des pleins pouvoirs de l'Impératrice Régente et du
Président de la République — les troupes envoyées par le Com-
mandant des forces françaises du Tohg-King, pour occuper Lang-
so'n. après la date convenue pour son évacuation parles troupes
impériales, ont été attaquées par quatre mille soldats réguliers
chinois.
Par ordre exprès de son Gouvernement, 11 proteste hautement
contre cette violation des engagements les plus solennels : il rend
le Gouvernement Chinois responsable, jusque dans leurs derniè-
res conséquences, des suites directes ou indirectes de cette agres-
sion et il réserve de la façon la plus formelle tous les droits ac-
quis par la France à la réparation des pertes et des outrages qui
lui ont été infligés au Tong-King.
Le Soussigné a également le devoir d*insisler, de la façon la
plus pressante, auprès du Gouvernement Chinois, pour que les
troupes impériales reçoivent d'urgence l'ordre de repasser immc-
^56 l'affaire du tong-ung
dialonient la frontière et d'évacuer sans aucun retard la totaliic
du Tong-King.
11 saisit cette occasion pour renouveler à S. A. le Beilé Y»-
k'ouang, les assurances de sa haute considération.
Sig. Semallé.
L'erreur capitale, écrivait M. de Semallé, le 7 juillet i884.
à M. Jules Ferry :
a Celle qui avait donné lieu au seul malentendu dangereux,
provenait de ce que notre article V avait été traduit de telle
sorte que, depuis le premier jour où le projet d'évacuation avait
été présenté à l'Impératrice et au Conseil Privé jusqu'au a8 juin
inclusivement, tous ceux qui en avaient pris lecture à Pé-King,
avaient compris que les articles précédents eux-mêmes devaient
faire partie des matières à soumettre, dans les trois mois, à la
discussion des Plénipotentiaires des deux Puissances et que ce
serait seulement à partir du jour à fixer par ceux-ci, que l'éva-
cuation rapide ou immédiate (peu leur importe) du Tong-King
[jar les troupes impériales devrait avoir lieu. »
Nos malentendus ont été dus en grande partie soit à des
erreurs de traduction, soit à une mauvaise désignation des
noms de lieux. Le Tong-King, pour les Chinois, est la Cour
de iE^t, une ville, Ila-noï, et non le pays même qu'ils
désignent sous Tappcllation de Pe-Ky, Ils ne nous trom-
paient donc pas en nous disant qu'ils n'avaient pas de trou-
pes au Tong-King, c'est-à-dire à Ha-noï.
Le 29 juin, à 8 heures du soir, la légation de France rece-
vait la réponse suivante du Yamen :
7* jour de la h^ lune intercalaire (le !j9 juin i884).
COMMUNICATION OFFICIELLE
Le 6 de cette lune (28 juin 188A), vous nous avez remis pcr-
sonriellemoiil, M. le Chargé d'affaires, une dépèche écrite en
français, que nous avons fait traduire et dans laquelle vous nous
(lisiez que « les troupes envoyées par le Commandant des forces
françaises au Tong-King, pour occuper Lang-so'n, après la date
M. DE SEMALLÉ ET LE YAMEN 4^7
fixée pour son évacuation par les troupes chinoises, ont été atta-
quées par quatre mille soldats chinois », que, «par ordre de votre
gouvernement vous protestez et rendez responsable la Chine. »
que « vous nous suppliez de donner ordre aux troupes chinoises
d'évacuer au plus tôt la totalité du territoire tonkinois, etc., etc. »
Or, le V' article de la Convention sommaire conclue à Tien-
Tsin entre le Commissaire des Ports du Nord Li, et M. Four-
nier, Représenta nt de votre pays, porte que « après un délai de
trois mois, on élaborera de concert un traité défmitif, sur les
bases fixées par les articles précédents ». Dans cette convention
sommaire, rien n*a été convenu avec précision en ce qui concerne
les questions de commerce ou de frontières et, quant à ce qui
est relatif aux retraites des garnisons chinoises, aucune date
n'a été non plus spécifiée pour cette évacuation. G*est pourquoi
la Chine a envoyé des instructions écrites aux corps d'armée du
Yun-Nan et du Kouang-Si , cantonnés au Tong-King , pour
qu'ils continuent d'occuper les lieux où ils se trouvaient, en leur
interdisant d'expédier des troupes en avant ou de prendre l'ini-
tiative d'une bataille, jusqu'au moment où, le traité définitif
ayant été conclu, on pourrait de part et d'autre, retirer ses
troupes.
La région de Lang-so'n est la plus proche du Kouang-Si. La
passe de Tchen-Nai\ Kouan est la frontière de la Chine. Les trou-
jjes du Kouang-Si y ont été justju'ici cantonnées. Un télégramme
y'ioni de par>enir à notre Yamen disant que les troupes régu-
lières de votre pays, s'annonçant comme faisant une tournée du
côté des frontières, se sont présentées soudain dans un lieu oc-
cupé, dès le principe, par l'armée du Kouang-Si, pour reconnaî-
tre nos camps, qu'elles ont ouvert le feu à coups de fusils et de
canons, si bien que nos trouj)es se sont défendues, Hc.
Si les troupes régulières françaises désiraient faire une tour-
née sur les frontières, pourquoi n'ont-elles pas attendu la con-
clusion du traité définitif et pourquoi ne vous ont-elles pas tout
d'abord informé, M. le Chargé d'Affaires, pour que vous puissiez
nous le dire et nous permettre de le porter à la connaissance de
nos garnisons chinoises du Yun-Nan et du Kouang-Si ? Au lieu
J'agir de la sorte, elles se sont avancées et nous ont attaqués, ce
qui est en opposition avec l'article II de la convention sonunaire
où il est dit que « aucune agression ne pourra être exercée ».
Il semble, dans ces circonstances, que les troupes régulières
françaises doivent porter la responsabilité de l'attaque et recon-
458 l'affaire du tong-king
naître que c'est à elles qu'incombent les frais d'une indemnité-
Depuis le 17 de la 4" lune (11 mai), jour de la conclusion de la
convention sommaire entre les deux pays, jusqu'au jour présent,
trois mois vont bientôt s'être écoulés. Que l'on discute donc en dé-
tail»— conformément aux stipulations de la Convention — un
traité définitif de frontières et de commerce, et les événements
qui viennent de se passer ne se reproduiront plus.
Nous vous prions donc instamment, M. le Chargé d'Affaires,
de vouloir bien demander au Ministère français des Affaires
étrangères : d'une part de faire donner des ordres à \os troupes
régulières pour qu'elles s'abstiennent désormais de toute marche
en avant et de toute attaque et d'autre part, pour qu'il presse
l'arrivée en Chine, dans le délai voulu, du Ministre chargé de
s'entendre avec nous sur le traité définitii*. Il fera preuve par là
de son respect pour les devoirs de l'amitié et de Timportance
qu'il attache aux Traités * .
« Ce qui m'a le plus frappé, écrivait M. de Semallé dans
sa dépêche du 3o juin, c'est l'air de sincérité et l'étonnemenl
de tous quand j'ai parlé des faits, qui venaient de se produire
au Ïong-King, comme d'événements de la plus haute gravité I
Les ministres et le prince ne voulaient pas le croire et je
les ai laissés extrêmement surpris, mais pleins de confiance
que l'arrivée prochaine de M. Patenôtre suffirait pour réta-
blir la bonne harmonie qu'ils déclarent désirer sincèrement. »
A son tour Li fournissait ses explications au Yamen :
LETTRE DE LI HOl'NG-TCHA?IG AU TSOUNG-LI TAME^,
2 JUILLET 1884
J'ai reçu la lettre collective que vous m'avez adressée le 8 de
la 5* lune intercalaire (3o juin i884). ainsi que les copies, qui v
étaient jointes, des procès- verbaux de \os entretiens avec le Chargé
d'Affaires de France, M. de Semallé, et de la correspondance
échangée avec lui.
Vous me demandez si, dans mes conversations avec M. Four-
I. Pour traduction conforme, signé : A. Vissikre.
LETTRE DE LI HOUNG-TCHANG AU TSOUNG-LI YAMEN 4^9
nier, au moment de son départ, j'ai donné mon consentement
à une Annexe de la Convention. J*ai lu h plusieurs reprises ce
passage, qui m*a causé une grande surprise. En effet, M. Four-
nier est parti le a4 de la 4® lune, pour rentrer en France. Le 2 3
(17 mai 1884) il est venu me voir pour me faire ses adieux et,
pendant Tentrctien, il a produit une note écrite en français sur
une feuille de papier et il a dit à Tinterprète d'en faire la tra-
duction. Celle-ci comprenait trois points :
I" La France avait nommé Ministre Plénipotentiaire, M. Pa-
tenôtre, avec mission de conclure le traité définitif. M. Patenô-
Irc viendrait en Chine après avoir quitté Hué. i
a' La France devant protéger la totalité du territoire tonki-
nois, le Général Millot se proposait d'expédier des troupes fran-
çaises ou annamites, après vingt jours, à Cao-Bang QiLang-so*n,
et après quarante jours, à Lao-kay. — Sur les deux rives du
Fleuve Rouge, des troupes françaises ou annamites devaient aller
poursuivre les Pavillons Noirs et les autres bandes, dans tous les
lieux où on les rencontrerait. Les troupes chinoises devaient
s'être retirées dans les délais fixés.
3** La France informait M. Patcnôtre qu'il devait supprimer du
1" article du traité franco-annamite tout ce qui concernait l'Em-
pire chinois, pour qu'il n'y restât rien d'oITonsant pour la di-
gnité de la Chine.
Telles étaient l'explication à donner aux articles II, IV et V
de la Convention et les obligations qui en résultaient, etc.
Je dus alors lui dire que j'avais appris que les troupes du
Yun-Nan et du Kouang-îSi étaient campées séparément dans la
région de Lang-so'n et de Lao-kay, localités toutes voisines de la
frontière de Chine ; que ces troupes y tenaient garnison en per-
manence depuis plus de dix ans, pour la répression des rebelles
et que notre vassal s'appuyait sur elles pour le maintien de l'or-
dre; qu'elles n'avaient aucun rapport avec la France, qu'elles ne
gênaient pas; que, la paix venant d'être conclue, il importait
d'attendre que le traité définitif eût été signé, pour s'entendre
à leur sujet; que la France, en demandant l'évacuation à date
fixe, semblait parler le langiigede la contrainte; que je n'oserais
certainement pas y consentir, non plus que je n'oserais présen-
ter au Trône aucun Rapport a ce sujet.
M. Fournier continua avec instance, à me prier de faire ren-
trer nos garnisons, conformément à la Convention. Je lui dis
que, la distance étant trop grande, je ne pouvais me faire une juste
460 L*AFF.V1RE DU TONG-KING
idée des circonstances spéciales au pays et que c'était aux hautes
autorités placées à la tôte des armées qu'il convenait d'aviser et
d'agir» suivant les exigences du moment. Je lui conseillai d'em-
pêcher les troupes françaises de se porter en avant avec précipi-
tation, ce qui les ferait se rencontrer avec les forces chinoises, et
d'éviter une bataille et un conflit.
M. Fournicr prit congé et partit. J'ignore ce qu'il a dit dans
le télégramme par lui adressé à son Gouvernement. Mais il ne
m'a, en réalité, remis aucune dépêche, et il n'a rien existé qui
pût prendre le non d* Annexe à la Convention,
J'ai l'honneur, etc., etc. '.
M. Patenôtre arrivait à Chang-Haï le i"" juillet i88i où
suivant les instructions qu'il avait reçues, il attendit Taniiral
Courbet pour conférer avec lui sur la situation avant de con-
tinuer sa route jusqu'à Pé-King, se bornant à notifier au
Tsoung-li Yamen par lettre officielle sa présence en Chine
et sa prise de service.
D'autre part, M. de Semallé était invité à poursuivTe ses
pourparlers avec le Tsoung-li Yamen, tout en tenant M. Pale-
nôtre au courant de ses démarches. Bien que celui-ci eût
pris la direction olîicielle de la légation, la présence de
M. de Semallé à Pé-King n'en restait pas moins nécessaire
dans les circonstances actuelles et l'on comptait sur le dévoue-
ment dont il avait fait preuve jusqu'alors.
EXPLÏCATJONS ET NÉGOCIATIONS
M. Jules Ferry recevait du ministre de Chine les explica-
tions de son Gouvernement, et il télégraphiait à M. Pate-
nôtre :
5 Juillet 1884.
Le ministre de Ciiine m'a remis hier une note relative a l'af-
faire de Lang-so'n. Le (iouvcrnement chinois soutient qu'un ar-
1. Pour traduction conforme, signé : A. Vjssière.
EXPLICATIONS ET Nl^GOCIATIONS 46l
rangement définitif n'étant pas encore intervenu, le fait que les
armées chinoises sont restées au Tong-King ne constitue pas un
acte d'hostilité. Il en conclut que l'envoi de la flotte sur les côtes
de Chine ne se justifie pas, et il nous demande de presser votre
arrivée à Pé-Ring pour traiter définitivement.
Dans une réponse écrite, je rappelle l'article a du traité du
1 1 mai portant que la Chine « s'engage à retirer immédiate-
ment sur ses frontières toutes les garnisons chinoises du Tong-
King », et l'arrangement complémentaire destiné à régler l'exé-
cution de cette clause et conclu peu après avec le Vice-Roi muni
de pleins pouvoirs. Nous avons publié en même temps les termes
des deux arrangements; si le gouvernement chinois trouvait les
dates d'évacuation trop rapprochées en raison des distances, il
devait nous en prévenir. 11 y a donc eu agression préméditée,
guet-apens, violation du traité, pour laquelle nous réservons ex-
pressément nos droits à une réparation.
J'ai ajouté qu'avant tout la Chine nous doit des garanties pour
l'exécution loyale du traité du 1 1 mai ; qui est définitif par sa
nature même et sera complété par des arrangements de frontières
et de commerce. Ces garanties ne peuvent résulter que d'une dé-
claration immédiate portant que les troupes chinoises ont reçu
l'ordre d'évacuer le Tong-King sans délai. Le gouvernement chi-
nois est prévenu que vous ne poursuivrez pas votre voyage avant
que nous soyons fixés sur ce point, et son Ministre à Paris doit
télégraphier à Pé-King aujourd'hui et me faire connaître d'ur-
gence la réponse.
Attendez à Chang-Haï de nouvelles instructions, et tenez au
courant M. de Semallé qui devra en tous cas rester sous vos or-
dres à Pé-King.
Le i**" juillet, M. de Semallé remettait une note au Tsoung-
li Yamen, en réponse à la dépêche de celui-ci, du 29 juin.
A partir de la date où il avait reçu ce document, le Yamen
ne pouvait en aucune manière invoquer sa bonne foi comme
excuse, pas plus que les fautes d'un texte qu'il avait le devoir
de vérifier sans retard. Le 3o juin, le Yamen avait envoyé
M. Hart à M. de Semallé, pour lui exprimer le désir d^arran-
ger aussi vite que possible les choses à Tamiable et avait
iiCa i/affaire du tong-king
paru disposé à rappeler dès le lendemain par un décret impé-
rial, publié à la Gazette de Pé-King, et notifié à la légation
de France, toutes ses troupes du Tong-King. Malheureuse-
ment les conseils de Tso l'emportèrent; l'arrivée de M. Pate-
nôtre connue, le Gouvernement chinois nomma des com-
missaires pour se rendre au-devant de lui, et quand M. Hart
pria le Yamen d'accorder le retrait des troupes, celui-ci ré-
pondit par l'envoi de la note suivante :
DÉPÊCHE DU TSOL'NG-LI YAMEN A M. DE SEMALLÉ, 4 JUn^LET l884
12*^ jour de la 5* lune intercalaire de la lo' année Kouang-Siu
(4 juillet i884).
COMMUN ICAXION OFFICIKLLE
Nous avons reçu, Monsieur le Cliargé dWflaircs. la communi-
cation ofïicielle dans laquelle vous nous dites que a vous avez
constaté de la façon la plus claire, par le contenu de la dépêche
du Prince, comme par les conversations que vous avez eues au
Yamen, que nous avions été induits en erreur par la traduction
fautive du texte français de la Convention, etc.. etc. »
Or, il a bien été dit dans un des cinq articles de la Conven-
tion conclue à Tien-ïsin, que le texte français ferait foi; cepen-
dant celle-ci n*a été signée par les deux parties qu'après que les
textes français et chinois eurent été comparés de part et d'autre
et reconnus sans erreur, les textes dans les deux langues peuvent
naturellement être contrôlés Tun par Taulre, et, en ce qui con-
cerne le retrait des garnisons chinoises sur les frontières, il n'a
été spécifié nulle part de lieu ni de date pour ce retrait.
Vous nous parlez, M. le Chargé d'affaires, de trois articles
examinés et approuvés par M. le Commandant Fournier et par
S. E. Li. Si ces trois articles existent, ils ont dû être placés à la
suite des cinq articles (de la Convention), signés en même temps
et portés aux archives, ou bien ils ont été insérés dans une Dé-
pêche oflicielle indépendante. Nous ne possédons rien de sembla-
bles. De plus, le Prince s'étant adressé à ce sujet à S. E. Li, en
a reçu une lettre portant qu'il ne s'est agi que d'une proposition
du Commandant Fournier à S. E. Li, qui n'y a pas consenti. Il
n'y a donc aucune pièce qui nous oblige à nous y conformer.
DÉPÊCUE DU TSOUXG-LÏ TAMEN- A M. DE SEMALLÉ ^63
Toutes les questions de frontière et de commerce ont été réser-
vées pour des négociations ultérieures et minutieuses entre les
représentants des deux jwys, aussi n'est-on convenu précédem-
ment de rien touchant les territoires occupés par les garnisons
rappelées, non plus que toucliant les frontières qui devront ôtre
déterminées. Aussi la Chine attend-elle que les représentants des
deux puissances soient arrives à un accord définitif, pour y voir
la conclusion de Taflaire et la base de la paix.
Quant aux causes du malentendu survenu entre les deux ar-
mées, lors de l'affaire du aS aiix environs de Lang-son. dont vous
nous entretenez, M. le Chargé d'Affaires, les nouvelles, qui nous
sont parvenues à ce sujet, diffèrent. Il est donc impossible quant
à présent, de nous en rendre un compte exact, mais il est par-
faitement évident que ces événements ne sont le résultat d'une
intention, ni de la part dos gouvernements chinois et français,
ni de la part des représentants des deux pays. La communication
officielle que nous venons de recevoir de vous, M. le Chargé
d'Affaires, témoigne de vos intentions amicales, comme celles de
la Chine et du Gouvernement français, et il est aussi évident que
vous allez 6tre muni des {wuvoirs nécessaires pour assurer heu-
reusement la paix et la bonne amitié. Ce n'est pas en ergotant
sur les différences existantes dans le sens d'un ou deux mots des
textes français et chinois que nos deux pays s'appliqueront sincè-
rement h conserver intact cet état de paix et de bonne amitié
établi entre nous ; on n'arrivera à ce résultat que par la loyauté
et par la bonne foi et la loyauté réciproques et permanentes des
hauts fonctionnaires des deux nations tant dans le gouvernement
que dans l'armée. Le Prince et les Ministres sont à cet égard, una-
nimes dans leur manière de voir. En ce qui concerne le retrait sur
les frontières des troupes chinoises du Tong-King, dont vous nous
parlez dans votre dernière dépèche, M. le Chargé d'AlTaires,
comme d'une conséquence du traité, notre Yamen a reçu une ré-
ponse de S. E. Li portant « qu'il a dit personnellement à M. le
Commandant Fournicr que les troupes chinoises du Yun-Nan
et du Kouang-Si campées séparément dans la région de Lang-so'n
et de Cao-Bang, n'étaient qu'à une très petite distance de la fron-
tière de Chine ; qu'elles y étaient campées depuis plus de dix ans
pour la répression du brigandage et qu'elles ne se trouvaient pas
là à cause de la France, ni contre elle, etc., etc. ».
Il importe donc que notre Yamen écrive sans retard à S. E.
Li et aux hauts dignitaires du Yun-Nan et du Kouang-Si pour
464 l'affaire du TOJfG-KlNG
qu'ils fassent occuper provisoirement Lang-so'n et Lao-Kay par
les troupes chinoises, en leur interdisant de pénétrer plus avant
et leur enjoignant d'attendre tranquillement que les Représen-
tants des deux pays se soient entendus sur les questions de fron-
tières, après quoi ordre sera donné de se conformer au nouvel
accord.
Nous vous prions, en même temps, de télégraphier aussi aux
troupes françaises pour qu'elles ne marchent pas en avant de fa-
çon que de part et d'autre nos bons rapports soient garantis.
Si, avant l'arrivée des instructions de notre Yamen, les trou-
pes chinoises et françaises se rencontraient, ou si quelque enga-
gement avait lieu, il ne devrait en aucun cas influer sur ce qui
est stipulé ici.
M. Patenôtre, Ministre de France, est déjà arrivé à Chang-
Haï. Nous vous prions, M, le Chargé d'Afiaires, d'écrire à
M. Patenôtre de venir promptement à Tien-Tsin, où sont ar-
rivés aujourd'hui même, les Commissaires impériaux Chinois
chargés de négocier avec lui.
Telle est la réponse oflicielle que nous avions à vous faire'.
Les ministres furent prévenus par Sir Robert Harl que
cette note devait produire le plus mauvais eflet et pour Tatté-
nuer, ils envoyèrent le soir même une sotte de commentaire
qui, tout en ne les compromettant pas, était censé repré-
senter le fond de leur pensée. M. de Semallé fit répondre par
l'intermédiaire de sir Robert, qu'en « présence des mauvaises
dispositions du Gouvernement chinois, mal déguisées dans la
lettre ofTicielle à laquelle il pouvait seule attacher de la valeur,
il ne pouvait plus compromettre par aucune démarche, sa
propre responsabilité, pas plus que les graves intérêts dont il
avait été chargé » .
Sir Robert Hart quittait Pé-Kîng le 6 juillet ayant reçu
pour mission de rechercher un accord avec M. Patenôtre sur
les bases suivantes :
1° En principe, maintien de la Convention de Tien-Tsin et
I. Pour traduction conforme, signe : A. Vissikrf.
DÉPÊCHE DE M. DE SEMALLÉ /|65
arriver à ce résultat que. provisoirement les deux textes soient re-
connus comme souscrits et exécutés de bonne foi, et valables
jusqu'au traité définitif.
2*^ Abrogation immédiate de ces deux textes et de la Conven-
tion de Tien-Tsin jugée peu claire et insuffisante , par la conclu-
sion d'un traité immédiat dit définitif et qui ne serait qu'une se-
conde édition de la Convention du 1 1 Mai, puisqu'il laisserait à
régler pour plus tard et sur de bonnes promesses, les questions
de délimitation, douanes, commerce, etc., etc.
3" Maintien des troupes chinoises au Tong-King jusquau jour
à fixer par cette nouvelle Convention.
Le 6 juillet au soir, le Yanien adressait a M. de Somalie une
nouvelle dépêche dans laquelle il déclarait que le texte chi-
nois garanti exact par M. Frandin faisait loi pour lui,
qu'aucune pièce officielle n'avait été échangée relativement
aux dates d'évacuation ; que la Convention de Tien-Tsin
étant sans valeur jusqu'au traite définitif, il était urgent de
réunir les plénipotentiaires, après quoi des deux côtés, on
pourrait retirer les troupes.
Le 6 juillet i884 à 6 h. 4o du soir, M. Patenôtre rece-
vait le télégramme suivant de M. de Semallé :
Un revirement s'est fait à Pé-King. Le Tsoung-li Yamen,
après m'avoir oflicieusement fait croire que le rappel immédiat
des troupes serait ordonné le 3 par un décret impérial, répond
aujourd'hui 4 à ma note du i*^.
Il a constaté différence entre les textes Français et Chinois;
mais il prétend que les commissaires les ayant signés, les deux
versions peuvent être considérées comme équivalentes. Selon lui,
Li Houng-tchang reconnaît que le Commandant Fournier a de-
mandé de fixer des dates pour l'évacuation mais affirme qu'il a
refusé d'y consentir ; il aurait seulement accordé de faire concen-
trer ses troupes aux environs de la frontière et aucune pièce de
lui n'existerait.
Des ordres viennent d'être donnés de concentrer troupes chi-
noises dans Lang-son et Lao-Kay — Si des engagements se pro-
duisaient de nouveau entre les deux armées, la Chine repousse
toute responsabilité.
CORDIER. II. — 3o
466 L*AFFAIRE DU TONG-K.ING
Le ïsoung-li Yamcn me prie de provoquer des ordres arrêtant
notre marche en avant et de presser l'arrivée de M. Patenôtre
qui sera attendu à Tien-Tsin par des Commissaires Impériaux.
On veut y arrêter notre ministre. Le Vice-Roi a dit à M. Fran-
din qu'il serait désigne et assisté de 4 membres du Tsoung-li Ya-
men. En réponse, je prends acte de Taveu du Tsoung-li Yamen
qui reconnaît la non conformité du texte chinois, je cite le texte
de Taccord intervenu pour l'évacuation à dates fixes que j*ai reçu
ce matin par le télégraphe, mais sans préciser qu'il ait été pro-
posé par Li Houng-tchang parce que M. Frandin affirme qu'il
n'existe qu'une note explicative rédigée par le Commandant
Fournier ; je rends le Gouvernement Impérial responsable de tout
nouvel engagement et maintiens ma note du 28 juin. Le télé-
gramme de Votre Excellence du 37 sera remis à Li Houng-tchang
qui me parait complice de tout ce qui se passe.
L'amiral Courbet arrivé à Chang-Haï le 5 juillet ainsi que
l'amiral Les|)ès et M. Patenôtre pensaient qu'il fallait bien
se garder de rouvrir les négociations, que la Chine cherchait
à gagner du temps pour nicltre sa flotte à Tabri et entraver
l'accès de ses ports, qu'un nouveau délai rendrait les moyens
d'intimidation plus difficiles, qu'il conviendrait de rappeler
immédiatement M. de Semallé cl d'adresser au Gouverne-
ment chinois Tultimatum suivant (6 juillet) :
1° Reconnaissance formelle par décret inséré dans la Gazette
de Pé-King de toutes les clauses de la Convention Fournier, y
compris évacuation immédiate du Tong-King.
2** Engagement de payer à la France indemnité de 260 mil-
lions pour violation de la Convention et comme dédommage-
ment frais résultant du maintien de notre corps expéditionnaire.
3"* Remise immédiate entre nos mains à titre de gages, jusqu'à
paiement complet, des arsenaux de Fou-lchéou et de Nan-King,
ainsi que des forts qui en dépendent.
4° Nomination immédiate de pléni(X)tentiaires chargés de si-
gner à Chang-Iïaï traité définitif sur les bases ci-dessus.
Le Tsoung-li Yamen serait averti que si dans un délai de trois
jours nous n'obtenions pas de réponse favorable, M. de Semallé
amènerait son pavillon et que nous prendrions nous-mèmc les
gages que nous réclamons et d'autres, si nécessaire.
472 l'affaire du tong-ring
De son coté, M. Patenôtre faisait répondre par M. de
Semallé au Yamen, le 18 juillet :
« Le Gouvernement français s'en tient strictement à ses di-
clarations récentes et ne peut rien changer aux termes de la Noie
que la Légation de France en Chine a fait remettre à Son Al-
tesse le I a de ce mois avant midi. »
Le 19 juillet, un décret impérial désignait « le vice-roi des
Deux Kiang, ïs'êng Kouo-ts'iuan, muni de pleins pouvoirs,
pour se rendre en toute diligence à Chang-Haï et y traiter
avec le représentant de la France la question du traité défi-
nitif ».
Le Yamen demandait que le délai fixé par T ultimatum fût
prolongé de i5 jours, à partir du 20 juillet; il annonçait en
même temps qu'il envoyait une circulaire à tous les représen-
tants étrangers à Pé-King, dont il réclamait les bons offices,
et qu'il avertissait que le devoir des Puissances « était d'après
les lois internationales de nous refuser armes, munitions,
vivres, approvisionnements de toute sorte ».
Ce ne fut pas M. Young, ministre américain, qui prit
l'initiative de propositions de médiation, mais bien le gou-
vernement chinois qui, le 19 juillet i884, s'appuyant sur le
premier article du traité américain de Ticn-Tsin, réclama les
bons offices des États-Unis ; le 23, M. John Russell Young
répondit au Yamen que dés qu'il avait reçu sa dépêche, il
avait télégraphié au Président des États-Unis dont il atten-
dait la réponse.
La France consentait à prolonger le délai qui expirait le
19 juillet et à se rencontrer avec le vice-roi de ?îan-King.
De Pé-King, les nouvelles qui arrivaient à M. Patenôtre
étaient contradictoires. Le 23 juillet, M. de Semallé lui télégra-
phiait: « L'état des choses est fort grave. Le Tsoung-li Yamca
est soutenu contre nous, et selon l'expression de Tso, ne se
tiendra pour satisfait que si nous évacuons Saigon I »
^^.■•*
EXPLICATIONS ET NÉGOCIATIONS ^I^S
Le 2/4 au contraire, télégramme officiel annonçant à
M. Patenôtre « que le vice-roi de Nan-King a de pleins pou-
voirs pour faire un traité définitif, qu'il a également des pou-
voirs pour discuter le reste afin qu'on puisse tout régler à la
fois ».
M. Jules Ferry se faisait de bien grandes illusions sur les
intentions des Chinois. Le 25 juillet i884, il adressait à
M. Patenôtre un avant-projet de convention commerciale en
quatre articles pour compléter et arrêter d'une manière défi-
nitive le traité deTien-Tsin du ii mai i884, et être présenté
au vice-roi de Nan-King quand la question d'indemnité serait
résolue.
Les conférences pour le règlement de l'indemnité s'ouvri-
rent le 28 juillet avec Tseng Kouo-ts'iuan, vice-roi de Nan-
King, commissaire impérial des ports du Sud, du parti
de Li Houng-tchang, c'est-à-dire modéré, ïch'en Pao-tch'en,
commissaire impérial chargé de la défense des ports du Sud,
partisan de Tso, c'est-à-dire ennemi des étrangers ainsi que le
troisième plénipotentiaire Siu King-tch'eng, désigné comme
successeur du marquis Ts'êng à Paris; M. Patenôtre était
assisté par M. Lemaire, consul général de France à Chang-
Haï et M. A. Vissière, premier interprète à Pé-King. Il était
difficile de nous entendre. Les Chinois étaient convaincus que
l'on prolongerait encore le délai de l'ultimatum du 12 juillet;
« par esprit de conciliation » ; ils nous offraient une indem-
nité de cinq cent mille taëls, soit environ 3 millions et demi
de francs, à titre de secours pour les victimes de Lang-son !
Les plénipotentiaires chinois furent d'ailleurs blâmes de cette
offre par un décret secret qui fut publié le 7 août dans le ISorth-
China Daily News. Pour les Chinois, immédiatement signi-
fiait « immédiatement après la conclusion du traité définitif».
M. Patenôtre désirait un projet de convention; au lieu de
répondre à sa demande, le vice-roi de Nan-King lui remit le
29 juillet un long mémorandum, plein des redites des docu-
W'
476 l'affaire du tong-ring
ULTIMATUM, 19 AOUT l884
Le 19 août, à i heure, M. de Semallé remellait au Tsoung-
li Yamen ruitimatum suivant dont les termes avaient été
arrêtés à Paris :
Le Gouverneincnl de la République française ayant été invité
par le vole des deux Chambres du Parlement à prendre toute»
les mesures nécessaires pour faire respecter le traité de Tien-Tsin,
le vicomte de Semallé a l'honneur de faire savoir, d'ordre de
son (iouvcrnemeut, à Son Altesse le Président et à Leurs Excel-
lences MM. les Ministres du Conseil des Affaires Etrangères, que
le chiffre de rindemnilé, réclamée par la France, a été réduit à
raison de la première satisfaction qui résulte de la publication
du décret impérial du 10 juillet, h la somme de quatre-vingts
millions de francs payables en dix ans, mais que si, dans un
délai de quarante-huit heures, à dater de la présente notification,
il n'a pas été fait droit à celle demande, le soussigné a l'ordre de
quitter Pé-King et l'amiral Courbet prendra immédiatement
toutes les dispositions qui lui para liront utiles pour assurer au
Gouvernement français les réparations auxquelles il a droit.
La veille (18 août), le Yamen avait adressé une nouvelle
note aux Légations étrangères déclarant que c'était la France
qui rompait la paix malgré les efforts de la Chine pour la
conserver.
LE TSOU?îG-LI YAMEN A M. DE SEMALLÉ, 20 AOUT 188/4
Le 3o de la G^ lune de la 10** année Kouang-Siu
(le 20 août i884)
COMMINICATION OFFICIELLE
Le 29 de celte lune (19 août), nous avons reçu, M. le Chargé
d'Affaires, la Dépêche que vous avez bien voulu nous écrire.
Après l'attaque de Ki-loumj par la France, vous nous dites que
dans quarante-huit heures, à dater de la remise de votre der-
nicrc communication, l'amiral Courbet prendra sans retard toutes
: *v
LE TSOUXG-Ll TAMEN A M. DE SEMALLÉ /|77
les mesures de rigueur qui lui paraîtront nécessaires. G*est mettre
en opposition votre langage avec vos actes. Notre Yamen vous
Ta déjà nettement déclaré dans sa dépêche du 37 (17 Août). Si
le Parlement Français estime que la Convention de Tien-ïsin
doit absolument être observée, il n*a, par ce fait même, aucun
droit à réclamer une indemnité.
La France, aujourd'hui, sans égard pour la paix, ne parle plus
que de l'indemnité. Mais à qui donc alors, je vous prie, la Chine
devra-t-cUc aussi demander une indemnité pour l'affaire de Ki-
loung'?
En résumé, votre pays a poursuivi, d'une part, des négocia-
tions, tandis que, de l'autre, il a suscité un conflit armé. Il
s'est mis ainsi en dehors de la raison et du droit des gens.
Nous vous prions encore d'en faire part à S. E. M. Patenôtre
et de télégraphier ce qui précode à \ otrc Gouvernement, pour
qu'il apprécie avec impartialité*.
Le délai fixé par rultimatum expirait le 21 à midi; à la
date fixée, le Yamen envoyait, avec les passeports, la dépêche
suivante. à M. de Semallé :
Le i*'"jour de la 7* lune de la 10^ année Kouang-Siu (21 août
i884).
Le Prince Yi, etc., etc., et les Membres du Conseil Impérial
des Affaires Étrangères de Chine Yen, Fou, K'ouën, etc.
Font en termes bienveillants '^ la Réponse officielle suivante :
Le 29 de la 6* lune (19 août) nous avons reçu la conîmunica-
lion olTicielle dans laquelle vous nous dites, M. le Chargé d'Af-
faires, que « Si la Chine considère qu'il n'y ait pas lieu de ré-
pondre à votre lettre en termes bienveillants, vous nous priez de
vous délivrer un passeport, qui vous permette de vous rendre à
len-Isin. »
En songeant aux longues années pendant lesquelles votre pays
a entretenu avec la Chine des relations de concorde et de bonne
I. Pour traduction conforme, sig. A. Vissikre.
a. Cette formule, tout h fait inusitée, provient de ce que le traducteur
chinois du Yamen avait mal rendu un pai^sagc de la note de \f. de Se-
mallé, en date du 19 août. — Sa version porte, en eflet, en chinois,
« une réponse en termes bienveillants », au lieu d'une « réponse
favorable » mentionnée dans l'original français.
MISSION DE M. TRICOU 4^1
résistance des Pavillons Noirs, dont le chef, Lieou Yen-fou,
fut blessé'. La baisse des eaux empêcha l'amiral de .marcher
immédiatement sur Houng-hoa. La prise de So'n-tay est
certainement le plus brillant et le plus sérieux fait d'armes
de toute notre campagne au Tong-King ; les succès qui ont
suivi n'ont été que la conséquence de la capture de cette
ville et des préparatifs faits par l'amiral Courbet dans le but
d'en tirer tous les avantages qui devaient en résulter.
MISSION DE M. TRICOU. MORT DE HIEP-IIOA.-K'lêN-PHu'o'c
Avant de rentrer en Europe, M. Tricou, malgré son état
de santé, fut chargé d'une mission à Hué pour appuyer
notre résident, M. de Ghampeaux, et faire accepter définiti-
vement notre traité de protectorat. So'n-tay était entre nos
mains depuis le i6 décembre i883. M. Jules Ferry lui télé-
graphiait le i4 décembre i883 :
Après avoir vu TAmiral Courbet et vous être exactement ren-
seigné sur sa situation et ses intentions* veuillez me télégraphier.
Vous partirez ensuite le plus tôt possible pour Hué où l'assassi-
nat du Roi peut nous créer de nouveaux dangers. Le résident a
reçu instructions de faire accepter par tous les moyens possibles,
même par menace d'occupation le traité par le nouveau Roi.
L'adhésion aux bases du traité nous suilirait, car nous avons l'in-
tention d'en remanier les détails et d'en adoucir les rigueurs.
Voyez ce qui aura été fait, donnez conseils au besoin et rensei-
gnez-moi.
Arrivé à Thuan-an le 27 décembre, M. Tricou remonta aus-
sitôt à Hué. La situation était difficile ; suivant les termes du
traité, M. de Champeaux avait insisté pour être reçu en audience
par le roi ; après des délais nombreux causés par les manda-
I. Les Chinois perdirent un millier d'hommes; nous eûmes 68 tués
et 349 blessés le i4 ; i5 tués et 70 blessés le 16 ; dont 4 officiers tués et
22 blessés.
COKDIP.K. II. — 3i
-^r'-Jf.^s^.
^82 L*AFFA1RE DU TONG-KING
rins, Hiep-hoa se décida à recevoir notre résident en
audience le 27 novembre; le lendemain matin, on le trouva
dans son lit, mort empoisonné. On avait profité de la len-
teur de Faction du poison, pour faire signer au malheureux
roi, un acte d^abdication par lequel il se déclarait indigne
de vivre, et désignait son successeur Tai-phu. La Régence
essaya de faire partir M. de Champeaux qui répondit à
cette tentative en faisant venir cent hommes de Thuan-an.
Nguyên van Thu'o'ng fit choix pour remplacer Hiep-hoa
d'un enfant, Tai-phu, neveu de Tu-Duc, qui prit le nom de
règne de K'iên-phu'o'c. Après une première entroiie avec
M. Tricou, Thu'o'ng, vaincu par la fermeté de notre
ministre, venait lui remettre en audience solennelle, le
i®*" janvier i884, la déclaration suivante, reVètue du sceau
royal :
Sa Majesté le Roi de TAnnam et son Gouvernement déclarent
solennellement, par le présent acte, donner leur adhésion pleine
et entière au traite du a5 août i883, s*en remettant au bon vou-
loir du Gouvernement de la République quant aux adoucisse-
ments qui pourraient y être ultérieurement introduits.
Le texte français seul fera foi.
Fait au Palais royal à Hué, le i*"" janvier 1884.
Le sceau royal a été apposé sur la présente déclaration.
Le 5 janvier i884, M. Tricou fut reçu en audience solen-
nelle par le nouveau roi. Sa mission était terminée, puisque le
traité était reconnu ; notre agent avait seulement promis de
recommander quelques adoucissements avant que le traité ne
fût ratifié ; ils furent en eflet accordés lors des négociations
avec M. Patenôtre, comme on le verra plus loin. M. Tricou
s'embarqua pour l'Europe le i3 janvier.
BAC-?lOH (12 MARS l884) ET HOUNG-HOA (l2 AVRIL l884)
Toutefois, il ne fallait pas se faire d'illusions la sur situa-
BAC-NINH ET IIOUNG-flOA
iS3
Uon au Tong-King; la prise de So'n-tay avait porté un coup
terrible, sinon mortel, à la puissance deê Pavillons Noirs, mais
pour achever la conquête, nos forces étaient insuffisantes:
aussi cnvoya-t-on une brigade de renfort avec deux batteries
d'artillerie, un détachement pour le service du parc, une
compagnie du génie, un détachement du train, des aérostiers
et des télégraphistes qui s'embarquèrent du 1 1 au 20 janvier
1884 sur VAnnamite, le Saint-Germain, le Poitou, la
Zimmt.'JiJVmé/ ^«/.
Sarthe et le Shamrock. Le ministre de la guerre jugea que
cette petite armée ne pouvait être commandée par un marin,
même victorieux comme Courbet, et le général de division
Millot', avec les généraux de brigade Brière de l'Isle* et de
I. Millot, Charles-Théodore t né le a8 juin 1829 ; général de brigade,
1880; de division, 1883.
a. Hé 4 juin 1837» à la Pointe-à-Pitre, Martinique.
i
J TONG-SINC
Négrier', fut placé à sa tèle. Le la février, Tamiral Cour-
bet, arrêté en plein succès, remettait le commandement au
général Millot et reprenait la direction de son escadre.
Notre but n'élant pas de faire une fois de plus l'histoire mili-
taire de notre occupation du Tong-King, nous dirons seulement
que la seconde, comme force, des villes du Delta, Bac-ninh,
point stratégique de premier ordre, qui commande la route
d'An-nam en Chine par Lang-s'on, tombait entre nos mains
le 12 mars i88S; le général Millot pourchassait l'ennemi
sur la roule de Lang-s'on, tandis que le généra) Brière de
risie s'emparait de Thaï-nguyen, le 19 mars. Leur habile
mouvement tournant amenait l'évacuation de Houng-hoa
que nos troupes occupaient après avoir franchi la rivière
Noire (12 avril). Tuyen-Quan (1" juin) tomba également en
notre possession.
Nous avons vu l'accueil que fit le' gouvernement chinois à
ces nouvelles'; deux officiers Tch'ên Té-Kouei et Tang Min-
h'iucn responsables de la perte de liac-ninb furent exécutés
le 26 mai, en présence des troupes impériales''. Plus, lard,
un décret imi)érial du 28 janvier i885 condamna T'ang-
Kiong, gouverneur du luii-Nan, et Siu ^en-sin, gouver-
neur du Kouang-Si, à être décapités, le premier pour être
« rentré dans sa province, de sa propre initiative et sans
attendre des ordres, ce qui a semé l'indiscipline et la négli-
gence dans l'esprit des soldats », le second « parce que la plus
grande indiscipline régnait parmi ses troupes, il employa en
outre des hommes dénués de toute valeur, qui ne surent que
fuir les uns après les autres et laisser échapper, par leur
faute, tous les avantages que possédaient nos armées »,
L'œuvre de Courbet était complétée et l'ère des grandes
1. Né i BeltoTl, la 3 octobre i83g.
1. Voir !>. ji8 et jai.
3. Voir la Gazelle manuscrite de Pê-h'iiig dti i'i septembre i88j. —
Voir aussi p. ii-;.
M. PATENÔTHE
Opérations militaires semblait être passée. On
était peut-être politique d'user d'indulgence à
Annamites. C'était une grande erreur ; l'évé
prouvé.
ISSTHUCTlOaS DE M. PATENtWRE, 23 AVBIL
A la lin du mois d'avril, M. Patenùtrc qui
nommé envoyé extraordinaire et ministre plén
à Pé-king, le 12 septembre iS83 à la place de '.
fut chargé d'une mission à Hué pour y assure
(le notre protectorat ; il devait se rendre ensuite au
et attendre des instructions au sujet de la Chine.
Lorsque vous avez été appelé par la confiance du
mcnl de la République aux fondions de Ministre di
Chine, l'intention du Di'partcnienL des Affaires Elrt
de vous envoyer sans retard prendre possession de
Les événements qui se sont déi-oulés au Tong-King
que le GouvcrnemcntduCéIcsteEmpire a cru devoir 1
les derniers mois de l'année dernière, n'ont pas perm
suite à ce projet, et j'ai dû vous inviter à surseoir à ^
Aujourd'hui, malgré certains symptômes de dispo
cociciliantes de sa part, la Chine n'a pas encore raanî
positions pacifiques d'une manière assez claire, pou
possible d'apprécier si votre présence à Pé-King po
un résultat utile. En Annam, au contraire, les cho)
de prendre une nouvelle face. Depuis la prise de Ba
Houng'hoa, le Delta du Fleuve Rouge se trouve en nott
la dispersion des Pavillons Noirs et des conlingen
clos la période des opérations militaires proprement d
action sur le Tong-King toutenlier ne rencontrera pk
sérieux. Dans cet étal de choses, il me parait uti
réglions déhnitivement entre la France et l'Annam 1
rapports créés par ces der ni ars événements, sans nous
quant à présent, de l'Empire chinois.
En même temps, M. Jules Ferry télégraphia
i884)à Pé King, h M. de Semallé :
M. Patenôtre s'embarque demain pour Hué, où il
486 l'affaire du TONG-K.ING
les aiTangemenls nécessaires pour organiser définitivement notre
protectorat. Sa mission n'a pas d'autre objet. Sans en faire l'objet
d'une communication oflicielle, ni écrite» ni orale, arrangez-
vous pour faire savoir que notre ministre ne se rendra pas à Pé-
King avant que le Gouvernement chinois ait manifesté la volonté
de terminer le différend relatif à l'Annam par un arrangement
comprenant : i° garantie réciproque des frontières des deux
pays; 2** une indemnité pour la France. Faites savoir aussi que
le Marquis Ts'èng a rendu par son attitude personnelle et ses pro-
cédés contraires aux usages diplomatiques tous rapports impos-
sibles entre lui et le gouvernement français.
Le traité imposé par M. Harmand n'avait qu'un caractère
considéré, à tort, comme provisoire; le rattachement de la
province de Binh-thuan froissait Tamour-propre des Anna-
mites ; il fallait adoucir les rigueurs de ce premier traité par un
nouvel acte définitif. Après que le traité serait signé, M. Pate-
nôtre aurait à procéder à Tinstallation officielle de la résidence
générale du Gouvernement français, avec M. Rheinart st sa tête,
sans attendre rechange des ratifications ; ensuite, il pourrait se
rendre au Toiig-King pour se rendre compte de la situation,
et si les circonstances le permettaient, il irait après à Pé-
King pour régler définitivement le diflerend franco-chinois.
M. Patenôtre était en route lors de la signature de la conven-
tion Fournier qu'il apprit en arrivant au cap Saint- Jacques.
Le nouveau traité qu'apportait M. Patenôtre contenait trop
d'adoucissements, pour que le Régent Thu'o'ng, après avoir
demandé quelques modifications, n'acceptât pas de le signer.
Le Président de la République française.
Sur la proposition du président du conseil, ministre des af-
faires étrangères,
Décrète :
Art. i". — Le Sénat et la Chambre des députés ayant ap-
prouvé le traité conclu à Hué, le 6 juin i884, entre la Répu-
blique française et le royaume d'Annam, et les ratifications de
TRAITÉ DE HUÉ 48?
cet acte ayant été échangées à Hué, le a 3 février 1886, ledit
traité, dont la teneur suit, recevra sa pleine et entière exécution.
TRAITÉ DE HUÉ (pATENÔTRe), 6 JUIN l884
Le gouvernement de la République française et celui de Sa
Majesté le roi d*Annam, voulant empêcher à jamais le renouvelle-
ment des difficultés qui se sont produites récemment, et désireux
de resserrer leurs relations d'amitié et de bon voisinage, ont ré-
solu de conclure une convention à cet effet, et ont nommé pour
leurs plénipotentiaires, savoir :
Le Président de la République française :
M. Jules PATEnÔTRE, envoyé extraordinaire et ministre pléni-
potentiaire de la République française à Pé-King, officier de la
Légion d'honneur, grand-croix de l'Etoile Polaire, etc., etc., etc. ;
Et Sa Majesté le roi d'Annam :
Nguyen Vaw-Thu'o'ng, premier régent, ministre de l'intérieur ;
Pham-Th.4n-Duat, ministre des fmances ; et Ton-That-Phan,
chargé des relations extérieures, ministre des travaux publics par
intérim ;
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs res-
pectifs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles
suivants :
Art. i**". — L'Annam reconnaît et accepte le protectorat de
la France.
La France représentera l'Annam dans toutes ses relations ex-
térieures.
Les Annamites à l'étranger seront placés sous la protection
delà France.
Art. 3. — Une force militaire française occupera Thuan-An
d'une façon permanente. Tous les forts et ouvrages militaires de
la rivière de Hué seront rasés.
Art. 3. — Les fonctionnaires annamites, depuis la frontière
delà Cochinchi ne jusqu'à la frontière de la province de Ninh-
Binh, continueront à administrer les provinces comprises dans
ces limites, sauf en ce qui concerne les douanes, les travaux pu-
blics et en général les services qui exigent une direction unique
ou l'emploi d'ingénieurs ou d'agents européens.
Art. 4- — Dans les limites ci-dessus indiquées, le gouver-
nement annamite déclarera ouverts au commerce de toutes les
nations, outre le port de Qui-Nhon, ceux de Tourane et de
"Mrr-^-%fi7r-A^
488 l'affaire du tong-kikg
Xuan-Day. D'autres ports pourront être ultérieurement ouverts
après une entente préalable. Le Gouvernement français y entre-
tiendra des agents placés sous les ordres de son résident à Hué.
Art. 5. — Un résident général, représentant du Gouvernement
français, présidera aux relations extérieures de TAnnam et assu-
rera l'exercice régulier du protectorat, sans s'immiscer dans l'ad-
ministration locale des provinces comprises dans les limites fixées
par l'article 3.
Il résidera dans la citadelle de Hué, avec une escorte militaire.
Le résident général aura droit d'audience privée et personnelle
auprès de S. M. le roi d'Annam.
Art. 6. — Au Tong-king, des résidents ou résidents-adjoints
seront placés par le gouvernement de la République dans les chefs-
lieux où leur présence sera jugée utile. Ils seront sous les ordres
du résident général.
Ils habiteront dans la citadelle et, en tout cas, dans l'enceinte
même réservée au mandarin ; il leur sera donné, s'il v a lieu, une
escorte française ou indigène.
Art. 7. — Les résidents éviteront de s'occuper des détails de
l'administration intérieure des provinces. Les fonctionnaires in-
digènes de tout ordre continueront à gouverner et à administrer
sous leur contrôle ; mais ils devront être révoqués sur la demande
des autorités françaises.
Art. 8. — Les fonctionnaires et employés français de toute
catégorie ne communiqueront avec les autorités annamites que
par Tinter mcdiaire des résidents.
Art. 9. — Une ligne lélcgrapliique sera établie de Saigon à
Hanoï et exploitée par des employés français.
Une partie des taxes sera attribuée au gouvernement anna-
mite qui concédera, en retour, le terrain nécessaire aux stations.
Art. 10. — En Annam et au Tong-King, les étrangers de
toute nationalité seront placés sous la juridiction française.
L'autorité française statuera sur les contestations, de quelque
nature qu'elles soient, qui s'élèveront entre Annamites et étran-
gers, de même qu'entre étrangers.
Art. II. — Dans l'Annam proprement dit. les Quan-Bô per-
cevront l'impôt ancien sans le contrôle des fonctionnaires français
et pour le compte de la cour de Hué.
Au Tong-King, les résidents centraliseront avec le concours
des Quan-Bô le service du môme impôt, dont ils surveilleront la
perception et l'emploi. Une commission composée de commis-
Ik^o l'affaire du tong-ring
AiiT. 18. — Des conférences ultérieures régleront les limites
des ports ouverts et des concessions françaises dans chacun de
ces ports, l'établissement des phares sur les côtes de TAnnam et
du Tong-King, le régime et l'exploitation des mines, le régime
monétaire, la quotité à attribuer au gouvernement annamite sur
le produit des douanes, des régies, des taxes télégraphiques et
autres revenus non visés dans l'article 1 1 du présent traité.
La présente convention sera soumise à l'approbation du gou-
vernement de la République française et de S. M. le roi d'Annam.
et les ratifications en seront échangées aussitôt que possible.
Art. 19. — Le présent traité remplacera les conventions des
i5 mars. 3i août et a3 novembre 1874.
En cas de contestation, le texte français fera seul foi.
En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé le pré-
sent traité et y ont apposé leurs cachets.
Fait à Hué. en double expédition, le 6 juin 1884.
(L. S,) Signé : Patenotre.
(L. S.) — Nguyepc-van-thuVng.
(L. S.) — Pham-than-duat.
(L. iS.) TON-THAT-PHAN.
Art. 2. — Le président du conseil, ministre des affaires étran-
gères, est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 3 mars 1886.
Jules Grévt.
Par le Président de la République,
Le président du conseil,
ministre des affaires étrangères,
C. DE Freycinet.
Le Président de la République française.
Sur la proposition du président du conseil, ministre des
affaires étrangères,
Décrète :
Article premier. — . Une convention relative au régime des
mines de l'Annam et du Tong-King ayant été signée, le 18 février
i885, entre la France et le royaume d'Annam. et les ratifications
de cet acte ayant été échangées à Hué. le aS février 1886. ladite
convention, dont la teneur suit, est approuvée et sera insérée au
Journal officiel.
CO^fVENTiON ENTRE LA FEA^ICE ET L*AN1SABI ^QI
CONVENTION ENTRE LA FRANCE ET L^NNAM SUR LE RÉGIME
DES MINES DE L^ANNAM ET DU TONG-kING
S. M. le roi d'Annam s*étant engagé, par Tarticle i8 du traité
signé, le 6 juin i884> entre la France et TAnnam à régler, d'ac-
cord avec le gouvernement de la République française, le régime
des mines situées dans ses Etats, et s'étant ainsi interdit, d'une
manière absolue, de disposer d'aucun gisement, soit en Annam,
soit au Tong-King, avant que l'entente à intervenir fût établie ;
déclarant, d'ailleurs, que toutes les mines situées dans ses Etats
font encore partie du domaine royal et qu'elles sont libres de
toutes charges, à l'exception d'une mine de houille située sur le
territoire du village de Nong-Son (province de Quâng Nam),
concédée le la mars 1881, pour une durée de 29 ans, et consi-
dérant qu'il importe de déterminer les conditions dans lesquelles
les mines de l' Annam et du Tonkin pourront être exploitées ;
Et le gouvernement de la République, désirant faciliter à Sa
Majesté le roi d'Annam l'établissement d'un régime minier de
nature à développer la prospérité de ses Etats,
Ont résolu de conclure une convention spéciale à cet effet :
En conséquence, ils ont nomme pour leurs plénipotentiaires,
savoir :
Le gouvernement de la République :
M. Victor-Gabriel Lemaire, résident général de la République
française à Hué, ministre plénipotentiaire, chevalier de la Lé-
gion d'honneur, etc., etc.;
Sa Majesté le roi d'Annam :
Leurs Excellences : Puam than duat, ministre des finances, i"
plénipotentiaire ;
Hum HUN Thu'o'ng, sous-secrétaire d'État au ministère de la
guerre, a* plénipotentiaire ;
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs res-
pectifs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des ar-
ticles suivants :
Article premier. — S. M. le roi d'Annam accepte de sou-
mettre le régime et l'exploitation des mines situées dans ses Ëtals
aux règlements dont l'utilité aura été reconnue par le gouver-
nement de la République.
Art. a. — Le montant des taxes et impôts établis sur les
^(ja l'affaire du tOiNG-ki:«g
mines de l'Ânnain et sur leurs produits, ainsi que le prix de
celles qui auront été adjugées ou auront fait Tobjet d'une prise
de possession, seront versés chaque année dans le Trésor royal,
après défalcation des dépenses qui auront été faites par Tadmi-
nistration des mines de FAnnam.
Le gouvernement annamite pourra déléguer un ou plusieurs
fonctionnaires pour assister aux adjudications des mines de
l'Annam. 11 pourra également demander au résident général
toutes les fois qu'il le jugera utile, des éclaircissements sur le
rendement des taxes et impôts établis sur lesdiies mines.
Art. 3. — Le montant des taxes et impôts établis sur les
mines du Tong-King et sur leurs produits, ainsi que le prix de
celles qui auront été adjugées ou auront fait l'objet d'une prise
de possession, seront affectés aux dépenses de radministralion
du Tong-King.
Art. Ix. — La présente convention sera soumise à la ratifica-
tion des deux gouvernements et elle entrera en vigueur aussitôt
après l'accomplissement de cette formalité, qui aura lieu dans
un délai aussi bref que possible.
En foi de quoi les plénipotentiaires ont signé le présent acte
et y ont apposé leurs sceaux.
Fait à Hué, le dix-huit février mil huit cent quatre-vingt-cinq.
(L. S.) Signé : G. Lemaire.
(L. S.) — Pham tuan duat.
(L. 5.) — HuiNH HUN thu'o'ng.
Art. 3. — Le président du conseil, ministre des affaires
étrangères, est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le a mars i886.
Jules Grévy.
Par le Président de la République :
Le président du conseil,
ministre des affaires étrangères,
G. DE Freycinet.
Par le fait de ce traité, le Binh-thuan donné à la Basse-
Cochinchine, ainsi que IcNghê-an, leThanh-hoa et Ha-tinh,
rattachés au Tong-King, par le traité Harmand, faisaient
retour à TAnnam. Noire protectorat était assuré, et la Conven-
tion Fournicr ayant réglé les affaires de Chine, la question du
MORT DE K*IÉN-PHU*0*C ^qS
Tong-King paraissait heureusement résolue. Nous comptions
sans la mauvaise foi des Annamites et des Chinois. On a vu
que rincident de Bac-Lé rouvrait la question et que plusieurs
mois de luttes sanglantes et d'épineuses négociations seraient
encore nécessaires pour finir une lutte sans cesse renaissante.
Pour bien marquer que tout lien de vassalité avait cessé
d'exister entre l'Annam et la Chine, M. Patenôtre exigea la
remise du sceau qui avait été envoyé jadis à Gia-Long, marque
de sa vassalité, par l'empereur Kia-K'ing ; notre envoyé
proposa aux ministres annamites de l'envoyer sans éclat à
Paris, mais ceux-ci préférèrent qu'il fût détruit publique-
ment; en conséquence, le 6 juin, avant la signature du
traité, le sceau fut fondu en présence des fonctionnaires
annamites, des officiers français et d'un représentant de
l'agence Havas. Les Chinois ne firent allusion au sceau que
le i4 août, sept semaines après Bac- Lé, dans une note adres-
sée aux légations étrangères, qu'on suppose avoir été rédigée
par M. C. Holcombe, secrétaire de la légation des États-
Unis, qui poussait le Tsoung-li Yamen à la guerre.
M. Patenôtre passa dix jours seulement à Ilué et encore
moins de temps à Ha-noï où il ne venait que pour conférer
avec le général Millot : le colonel Dugenne venait de partir
pour Lang-s'on ; le général Millot avait eu envie de relarder
son expédition jusqu'à l'automne, à cause de la chaleur de
la saison. Ce fut à Hong-Kong que notre ministre apprit
l'affaire de Bac-Lé dont on exagéra tout de suite l'importance
à Paris, tandis qu'à Pé-King, on ne soupçonnait pas qu'elle
pût avoir la moindre gravité.
MORT DE k'iÉN-PHu'o'c. HAM-NGHI
Comme il était facile de le prévoir, le jeune roi d'Annam
survécut peu à la signature du traité du 6 juin ; il mourut le
3i juillet i884, et sans perdre de temps, le régent Thu'o'ng,
^9^ l'affaire du tokg-king
sans consulter le résident de Hué, M. Rheinart, s'empressa de
mettre à sa place le frère du souverain défunt, Ung-Lich, qui
prit le non de règne de Hàm-nghi. Devant l'énergie de
M. Rhcinart, du colonel Guerrier, chef d'état-major envoyé
à Hué par le général Millot, et du commandant du Tarn,
ThuVng dut céder et, le 17 août, Hàm-nghi recevait dans
son palais l'investiture de la France.
CHAPITRE XXV
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 (Fin) : M. PATENOTRE
EN CHINE
MEMORANDUM DU COMMANDANT FOURNIER
Avant de reprendre le récit dés négociations de la France
avec la Chine, nous avons à parler d*un petit événement
qui fît grand bruit à Tépoque, moins à cause de son impor-
tance réelle que par suite des passions qu'il déchaîna.
Lo Foung-lo, l'un des familiers de Li Houng-tchang, ar-
riva à Chang-Haï le 28 ou 29 juillet i884*, chargé par son
patron d'un message absolument confidentiel sur la teneur
duquel il ne lui était pas possible de s'expliquer avec notre
consul à Tien-Tsin, M. Ristelhueber, auquel il avait de-
mandé une lettre d'introduction auprès de M. Patenôtre.
Dans une conversation que Lo eut avec M. Vissière, premier
interprète de notre légation, il se mit à parler du comman-
dant Fournier et fit allusion aux objections qui auraient été
faites par le vice-roi du Tché-li, dans l'entrevue du 17 mai,
contre une occupation trop hâtive des places frontières du
Tong-King par les troupes françaises. Il ajouta que M. Four-
nier, s'étant rendu à ces observations, avait consenti à rayer
les passages de sa note relatifs aux dates d^évacuation, que
I. P. 474.
498 l'affaire du tong-king
m
En ce qui concerne Tarticle IV de celle convenlion :
Le Gouvernement delà République invite Monsieur Patenôlre
à supprimer, dans la rédaction du traité définitif qu'il va contrac-
ter avec TAnnam, Texpression « y compris la Chmei>, qui figure
actuellement dans l'article I des préliminaires de paix, signés,
le a5 août i883, à Hué. Mais il prend^ acte que cette modifi-
cation au texte' primitif,[ introduite par courtoisie et par défé-
rence pour le prestige du Céleste Empire, ne pourra avoir pour
effet d'altérer en rien la valeur d'aucune des stipulations énon-
cées dans cette article I ni dans aucun des autres articles de ces
préliminaires.
C'est, en prenant congé de Son Excellence, et pour mettre fin
à sa mission que M. le Capitaine de frégate E. F. Fournier,
plénipotentiaire du Gouvernement Français a remis entre les
mains du Vice-Roi Li Hong-Tchang plénipotentiaire du Céleste
Empire la Communication écrite qui précède et qui expose
l'ensemble des mesures arrêtées, à titre définitif, par le Gouver-
nement Français, en ce qui concerne l'exécution des articles II, IV
et V de la Convention préliminaire signée le i t mai i884 à
Tien-tsin.
Fait à Tien-ïsin, le 17 mai 1884.
Le capitaine de frégate, plénipotentiaire du
Gouvernement de la République française,
(sig.) E. Fournier.
Au-dessous de cette communication, Li avait ajouté de sa
main une note dont voici la traduction * :
« Lettre remise personnellement par le Commandant Français
« Fournier. — 23" jour de la 4" lune de la 10'' année Kouang-
« Siu (17 mai i884)» à l'heure chèn (entre 3 et 5 heures du
« soir). — Deux articles y ont été supprimés par lui. »
Les secrétaires de Li, Ma et Lo, déclarèrent dans un té-
légramme adressé au A^ Ch. Daily News qu'ils avaient >-u
le commandant faire les ratures ; je reviendrai plus tard sur
I. Par M. Vissière.
*^'
MA KIEN-TCHONG 4 99
le dernier, aujourd'hui ministre de Chine à Londres, mais
j'ai de bonnes raisons de croire que le jour où le comman-
dant Fournier et le vice-roi se rencontrèrent, non seulement
il n'était certainement pas présent à Tentrevue, mais qu'il
était même absent de Tien-Tsin ; en revanche, parlons de Ma
Kièn-t<;hong.
MA KIEN-TCHONG
a
5
Il est utile de nous arrêter un instant sur ce personnage
qui, pendant quinze ans, joua au second plan, un rôle consi-
dérable. Ma Kièn-tchong était le plus jeune de trois frères
appartenant à une famille chrétienne de Se-King, district
de Soung-K.iang (Kiang-Sou), et il reçut au baptême le
prénom de Mathias. L'aîné de la famille eut la plus fâcheuse
influence sur ses jeunes frères dont l'un, ordonné prêtre, jeta
la soutane aux orties ', l'autre, dont nous parlons, ne fut
jamais gêné par le moindre scrupule. Ma Kièn-tchong, fort
intelligent, parlant remarquablement le français, vint en
France, compagnon de Tcheng Ki-tong, avec la mission
dirigée par Li Foung-pao et Prosper Giquel (1877) ; il suivit
les cours de l'école des Sciences politiques et passa avec
succès ses examens de licencié à l'école de droit le 9 juillet
1879*. «De manières agréables, bon nmsicien. Ma fut fort
bien accueilli dans la société parisienne. Rentré en Chine,
il fui un véritable Maître Jacques près de Li Houng-tchang,
tout à la fois interprète pour le français, jurisconsulte, expert
de mines, tao-taï des douanes à Tien-ïsin, examinateur aux
collèges de torpilles et de télégraphes, juge de l'Amirauté,
inspecteur de l'escadre du Nord, administrateur du dock de
Takou, directeur de la China Merchants' Steam Navigation
Co., à la place de Tong King-sing, chargé de missions en |
1. Il a fait, parait-iU pénitence récemment.
2. Sa thèse a été imprimée : Paris, Pichon, pet. in-8. '•
-rJ
Çf ' -^
5c)0 L*AFFA1RE t)U tON(î-KIN(î
Corée, dans rAnnam, à Calcutta. II était extrêmement im-
pertinent et en juin i883, imitant l'arrogance de son pa-
tron Li, il se permit, devant celui-ci et devant M. Tricou, de
dire à un de nos interprètes : « Je me f. . . du gouvernement
de la République. » Il tombait'mal avec l'énergique Tricou
qui exigea des excuses immédiates. Je Tai revu en 1897
quand il revint en France pendant la durée du deuil de sa
mère ; il fit un nouveau voyage en Europe en 1 899 ; il se
rendit à Rome faire amende honorable de ses erreurs passées
et il est mort chrétiennement à Chang-Haï, le 3 septembre
1900.
On voit quelle confiance on peut avoir dans ces témoi-
gnages.
Le commissaire des douanes, Detring, donne à son tour le
récit suivant de l'entrevue.
Nul n'était plus à môme que M. Dctring de me^ rensei-
gner sur certains détails de la négociation du mois de Mai de-
meurés pour moi assez obscurs, et je crus tout d*abord devoir
m'en entretenir avec lui. Je lui demandai notamment ce qu'il
pensait de l'histoire des ratures attribuées à M. Fournier. M.
Detring assure qu'elles sont réellement de la main du Comman-
dant du Volta : elles n'auraient d'ailleurs pas la signification qui
leur a été donnée par le Tsoung-li Yamen. Voici comment les
choses se seraient passées :
Le 17 mai, M. Fournier se serait rendu chez le Vice-Roi,
porteur du document destiné à l'aviser des dates auxquelles de-
vait être terminée l'évacuation des différentes places du Tong-King.
A ce moment Li Houng-tchang était, à Pé-King, l'objet des
plus vives attaques : effrayé de l'opposition que soulevait contre
lui le traité conclu avec la France, il aurait représenté à notre
plénipotentiaire la difficulté d'obtenir dans des limites aussi
restreintes l'éloignement des garnisons chinoises etTimpossibihlé
de placer pour le moment sous les yeux du Tsoung-li Yamen
la communication qui lui était remise. M. Fournier ayant
I. Lettre de M. Patenôtre à M. Jules Ferry. Chang-Haî, le 11 sep-
tembre 1884.
MA KIEN-TCHONG 5oi
insisté : a Soit, aurait répondu Li Iloung-lchang. J'arrangerai
les choses, mais donnez m'en le temps ». Sur cette assurance
verbale, M. Fournier aurait biffé les passages de sa Note relatifs
à Tévacuation. Comment a-t-il cru devoir laisser aux mains du
Vice-Roi une pièce ainsi raturée ? C'est ce que M. Detring ne
s'explique pas plus que moi.
A la suite du voyage de l'amiral Lespès à Pé-King, le crédit
de Li Houng-tchang sembla se raffermir un peu, mais l'arrivée
de Tso changea les choses. Le Vice-Roi du Tché-li, alarmé des
progrès du parti de la guerre, ne se rendant peut-être pas un
compte bien exact de ce qui pouvait se passer au Tong-King, se
bornait à attendre les événements. Dans la nuit du ai au a a
juin, il apprit tout à coup par un télégramme que la colonne
française était en marche vers Lang-Son. Une sorte de conseil
de cabinet auquel prit part Tchang Peï-loun, lé futur organisa-
teur de la défense à Fou-tchéou, et l'un des ennemis les plus
déclarés des étrangers, fut immédiatement tenu à Tien-Tsin .
Tous auraient été d'avis, même Tchang Peï-loun, qu'il fallait
retirer les troupes chinoises sur la frontière. Li télégraphia dans
ce sens à Pé-KJng. Le Tsoung-li Yamen, qui n'avait point été
tenu au courant de l'arrangement intervenu le 17 mai, de-
manda des explications. Le Vice-Roi en fournit d'assez embar-
rassées. C'est pendant cet échange de correspondance que se
serait produite la collision de Lang-s'on.
Le télégramme adressé le a a juillet par V. E. à M. de
Semallé prouve d'autre part qu'on s'était mépris à Paris
sur la nature de l'engagement pris le 1 7 mai par Li Houng-
tchang, puisqu'on le croyait basé sur un document écrit éma-
nant de ce dernier*. M. Fournier ayant quitté Tien-Tsin sans
renseigner notre Légation sur ce qui s'était passé entre le Vice-
Roi et lui, notre Chargé d'Aflaires se trouvait dans l'impossibilité
de contrôler cette indication. Il crut lui aussi à l'existence du
document en question et y fit allusion dans ses entretiens avec
I. Le télégramme est ainsi conçu : « 11 est vrai que le traité du 11 mai
ne Gxc pas les dates d'évacuation, mais il fait mieux : il stipule dans Tar-
ticle a le retrait immédiat de toutes les garnisons chinoises du Tong-
King. C'est en conséquence de cet engagement formel que le Vice- Roi
du Tché-li a fixé lui-mêmfi les dates d'évacuation dans une com-
munication officielle adressée au commandant Fournier qui m*en a
rendu compte en ces termes par un télégramme du 18 mai, etc.. »
- ♦* •»•% ■r-^ .V
5o3 l'affaire du T05G-KIKG
les ministres chinois. Interrogé à ce sujet par le Yamen, Li
Houng-tchang répondit par lettre insérée depuis' au Livre
Jaune chinois, lettre dans laquelle il niait qu'aucune communica-
tion écrite eût été échangée entre lui et M. Fournier et passait
sous silence rengagement verbal qu'il avait souscrit. Quant à
la pièce raturée laissée parle Commandant du VolUiy ce n'est que
plus tard qu'elle aurait été retrouvée dans un tiroir par le secré-
taire de Li Houng-tchang qui, avec l'assentiment plus ou
mois avoué de son chef, en aurait fait l'usage que Ton sait.
Tel est le récit qui m'a été fait par M. Detring. Li Houng-
tchang comprend que dans toute cette affaire il a été pour le
moins coupable d'une extrême faiblesse ; il se rendrait de plus
compte de l'impossibilité où est la Chine de lutler contre nous
et do la nécessité d'arriver à un arrangement. Mais son crédit
est presque nul. D'autre part le Tsoung-li Yamen serait poussé
à la résistance parle Ministre américain.
Dans une note du 21 juillet i884, le comnnandant Foumier
expliquait lui aussi ce qui s'était passé :
La res}x>nsabililé du plénipotentiaire chinois, S. E. Li Houng-
tchang est plus engagée encore, bien que sa bonne foi ne puisse
être suspectée, après le rôle qu'il a joué dans la négociation d'un
traité aussi impopulaire en Chine.
Voici dans quelles conditions précises la. responsabilité de Li
Houng-tchang se trouve aujourd'hui engagée :
Effrayé par le concert de réprobation qui accueillit à Pé-King
dans le monde officiel la publication de notre traité, le vice-roi
me demanda de le laisser libre de manœuvrer «\ P('»-King pour
régler l'affaire de l'évacuation des troupes dans les délais convenus
avec la connaissance qu'il avait de son terrain et de son monde.
J'avais fait jusqu'alors une expérience si concluante de sa puis-
sance personnelle à laquelle était uniquement due la réussite de
nos négociations que je jugeais, sainement je crois, une fois de
plus, que dans celte circonstance spéciale encore, en présence
des difficultés nouvelles soulevées à Pé-King, j'avais intérêt à
laisser à Li Houng-tchang toute indépendance de manœuvre,
mais j'eus la précaution fort prudente (on le voit aujourd'hui)
d'engager a fond sa responsabilité personnelle pour l'assurer
contre toute défaillance et de manière que la communication
écrite que je lui laissais ne pût être ni éliminée ni altérée après
fj^'f¥^:>_
MA RIEN-TCHONG 5o3
mon dé|>arl : Je m'y pris de la façon suivante : a Votre Excellence
accepte donc les dates fixées par ma communication écrite et se
charge, sous sa responsabilité, d'obtenir à Pé-King par ses moyens
propres, que Févacuation des troupes chinoises soit terminée dans
CCS délais? » — « Oui », répondit formellement le Vice-Roi. —
« Votre Excellence m'autorise alors à télégraphier les dates à
M. Jules Ferry et au Général Millol avec la notification qui y
fait suite? » — « Oui, répondit encore le Vice-Roi, vous pouvez
le faire, je réponds de l'exécution. » — Je le fis aussitôt en sor-
tant, mais j'eus le soin de rédiger le télégramme adressé au
Général Millot, en clair, c'est-à-dire en français et je le déposai
au bureau télégraphique chinois deTien-Tsin. — Un quart d'heure
après Li Hoang-tchang lavait entre les mains et vérifiait de visu
quil était absolument conforme au texte de la communication écrite
que je lui avais laissée. Ce télégramme parcourut tous les bureaux
télégraphiques échelonnés entre Tien-Tsin et Ha-noï et il prit
ainsi le caractère de publicité indiscrète que j'avais tenu à lui
donner. — Or, le lendemain du jour où Li Houng-tchang connut
mon télégramme au Général Millot, il reçut la première visite
de l'amiral Lespt's avec la plus grande cordialité ; un mois après
il visitait noire escadre et dans l'intervalle il ne cessa de témoigner
de son désir de voir se consolider l'entente cordiale de la France et
de la Chine. Est-il admissible que Li Houng-tchang n'eût pas
immédiatement protesté auprès de l'amiral, après mon départ,
s'il avait trouvé dans mon télégramme fort important adressé au
Général Millot qui allait régler les mouvements de nos troupes
vers les frontières de Chine, des indications différentes de celles
qu'il avait admises dans notre dernière entrevue, qui le mettaient
directement en jeu et que le président du Conscùl lut le ao mai
à la tribune de la Chambre et que tous les journaux de Chang-
Haî, de Hong-Kong et du Jajwn avaient citées et commentées.
La vérité est qu'il a été aussi péniblement surpris que moi par
l'éxénement de Bac-Lé. 11 comptait secrètement (sentiment tout
à fait chinois), comme j'avais lieu de le supposer moi-même,
que si, à la suite d'une manœuvre tortueuse et maladroite du
parti de la Guerre, une résistance était opposée par certaines
troupes chinoises aux troupes françaises, celles-ci leur passeraient
sur le corps et prendraient possession quand même de leurs gar-
nisons, comme je le lui avais annoncé ! Malheureusement cette
hypothèse qui nous paraissait si évidente à l'un ou à l'autre ne
se réalisa pas, on sait pourquoi ! Si nos troupes avaient été vie-
ifl L AFFAIRE DV TONG-KINB
rieuses. Li HouDg-tchang eût proteslô à Pé-King contre les
)mmes du prti de la guerre qui venaient d'in(ltg«r si inutile-
ent un nouvel alTront aux armées chinoises. — Ce sont nos
dupes qui ont eu le dessous, et c'est Li Houng-tchang qui courbe
ijourd'hui la lète sous le poids des responsabilités qu'accumule
parti de la guerre. Malheureusement c'est là une situation dont
ms n'avons pas à tirer grand bénéfice, car le Vice-Roi qui était
base fondamentale de notre influence dans les mers de Chine
rtira certainement diminué du nouveau conflit suscité par ses
Ivcrsaircs au Tong-King, par la rencontre sanglante de Bac-Lé.
Sig. FOURNIER.
Je crois que noua devons nous en tenir à celte version du
>inmandant Foumier ; le tort de ce marin distingué est
avoir cru à la bonne foi de Li Iloung-tchang et c'est cette
oyance, partagée par Jules Ferry, qui a fait retarder les
séralions de l'amiral Courbet, a empêché ce dernier de
apper un coup décisif dans le Nord et a fait prolonger le
locus de Formose. Les différentes attaques contre la côte de
hinc faites par ordre du gouvernement qui l'empécliait de
apper le coup décisif dans le Tché-li, arrachait à l'amiral
i cri pittoresque : o Ce sont autant de coups de poing dans
n édrcdon. .1 II est bien certain que Li n'avait fait aucune
>mmunication au sujet de l'évacuation du Tong-King par les
oupcs chinoises, aux membres du Tsoung-li Yamcn, avant
ïffaire de Bac-Lé. Il est facile de se rendre compte de la
iiplicité de Li par sa lettre du a juillet au Yamen, que
ans avons reproduite plus haut. M. A. Gcrvais, qui, évi-
îmmcnt, a eu des renseignements de première main, explique
nsi la production du document' :
« Le Goiivcrnemenl français... en présence des résistances du
>uvcrnemont impérial, se décida à pratiquer la politique des
iges et des représailles. Dès les premiers jours du mois d'Août,
[imiral Lcspès bombardait Kéloung. Furieux de voir leurs
1. Revue pol. et lill., 11 octobre 1884.
COMBAT DE FOU-TCHEOU OOO
•
avances repoussées, les Chinois, sans réfléchir, revenant brusque-
ment en arrière, voulurent établir à nouveau que c'étaient nous,
et non pas eux, qui avions violé le traité de Tien-Tsin et alors,
tout à. coup, Li Houng-tchang, mis en demeure d'établir la vérité
sur la note complémentaire, produit la convention écrite du 17
mai et les ratures que le commandant Fournier y aurait faites.
Ainsi, le a juillet, il déclarait par lettre au Tsoung-li Yamen,
comme on l'a vu plus haut, a qu'il était certain que le comman-
dant Fournier ne lui avait adressé aucune communication ofli-
cielle » ; et, au mois d'Août, il produisait cette même note à
laquelle, un mois auparavant, il avait dénié toute existence. Mais
aussi il la présentait dans des conditions bien curieuses. Cette
note était raturée de la main même du commandant Fournier,
à ce qu'on assurait, et ces ratures portaient précisément sur les
articles relatifs à l'évacuation par les garnisons chinoises des
places fortes du Tong King. . .
La vérité parait être que Li Houng-tchang, autorisé par le
G)mm. Fournier h retarder l'envoi de la note du 17 mai à Pé-
King, avait différé de jour en jour, et que fmalement, en présence
de l'orage qui le menaçait et allait grossissant, il n'avait pas osé
transmettre ni cette note ni même la lettre du i5 Mai.
Considérons que l'incident est clos.
COMBAT DE FOU-TCHÉOU, 23 AOUT l884*
Jamais, malgré les négociations avec M. de Semallé depuis
Faffaire de Bac-Lé, le gouvernement chinois n'avait cessé
d'envoyer des troupes au Tong-King. Au commencement de
juillet, un corps de 7 5oo hommes avait reçii Tordre de passer
la frontière pour aller se joindre aux Pavillons Noirs. Le 3i
juillet, le vice-roi du Se-tch'ouen, Ting Pao-tchen, recevait
un décret secret relatif à l'envoi au Yun-Nan du général Pao-
Tch'ao et de 2 5oo réguliers en vue de se concerter avec le
I. Pour ce chapitre, voir : Ministère des Affaires étrangères. —
Documents diplomatiques. — Affaires dk Chine et du Tonkin,
1884.1885. Paris, Imp. nat., i885, infol.
fW^
COMBAT DE FOU-TCIIÉOU OOy
allait être ouvert incessamment sur les bâtiments chinois. A
I h. 5o, le Volta tirait le premier coup de canon et à 2 heures
I action était générale ; le Yang-Wou, attaqué par le torpilleur
1^6, capitaine Douzans, sautait et allait se jeter h la côte ; son
commandant, le capitaine Tchang, réussit à s'échapper sans
blessure. La Triomphante, arrivée peu d'instants avant Taction,
y prenait part ; en quelques minutes, il ne restait plus rien
de la flotte chinoise. Le pilote anglais Thomas fut tué à coté
de l'amiral Courbet. L'illustre Tchang Pci-Loun avait assisté
au combat, prudemment perché sur une colline à plusieurs
kilomètres du lieu de l'action. Il fut dénoncé pour sa lâcheté
jwr le Han-lin, P'an Ping-nien, dégradé en janvier et banni
dans les postes militaires le 23 février i885 ; sa disgrâce dura
jusqu'en juillet 1888. Le 2^, l'arsenal, œuvre d'un Français,
Giquel, était bombardé à 1 1 heures du matin ; le directeur de
l'arsenal. Ho Jou- tchang, dans son rapport, déclara que par
sa défense vigoureuse, il empêcha le débarquement des Fran-
çais; le 25 et le 26, les défenses de la passe Mingan, prises
à revers, sont détruites; le lendemain 27, les défenses de
kinpai sont à leur tour anéanties, mais nous perdons le lieu-
tenant de vaisseau Bouët-Willaumez.
Après avoir terminé ces brillantes opérations, l'escadre
gagnait le mouillage extérieur gardé par le La Galissonnière
qui avait reçu du fort Blanc un obus Krupp de 2 1 centime 1res,
lui tuant un homme et blessant plusieurs autres. .
Ce bombardement, complètement réussi comme opération
militaire, non seulement n'ouvrit pas les yeux à la Chine,
mais fut plutôt nuisible aux négociations, car l'évacuation de
la rivière Min, après la destruction de la flotte chinoise, com-
posée des plus mauvais navires, fut considérée par les Chinois
comme une victoire remportée par eux, malgré les châtiments
infligés à ceux qui avaient dirigé la défense.
Un décret impérial paru le 27 août i884 dans la Gazette
de Pé-King montrait que le Gouvernement n'était nullement
1
5oS l'affaire du tong-mng
disposé à céder ; reprenant à sa façon l'historique des relations
de l'Anna m avec la France depuis la conquête de la Basse-
Cochinchine, le Yamen représentait la mission du comman-
dant Fournier comme un prétexte saisi par nous pour gagner
du temps, l'affaire de Lang-s'on comme une violation de la
convention de Tien-Tsin et notre modération s'expliquait par
la tournure menaçante prise par les affaires d'Egypte:
Pendant la a" lune de cette année (mars i884)» les troupes
françaises sont venues attaquer nos garnisons. Nous avons rendu
à ce sujet un Décret publié dans tout l'Empire. Nous nous pro-
posions mémo d'envoyer des lrou[)es dans le pays pour le reprendre
et le défendre de toutes leurs forces ; mais un commandant fran-
çais Fournier était déjà venu proposer soudain la paix à la Chine.
La France voyait, a cette é|X>que, un danger dans la tournure
menaçante prise par les affaires d'Egypte. La Chine, qui savait
bien que la position de la France était critique, aurait pu lui
opposer un refus en termes hautains, mais elle a voulu lui montrer
encore sa mansuétude et lui a permis de réaliser son désir.
Enfin ce réquisitoire se termine:
» Que les Vice-Rois et Gouverneurs de toutes nos provinces
du littoral enjoignent rigoureusement aux fonctionnaires locaux
et aux commandants militaires de nos troupes d'accorder une
égale protection aux commerçants de toutes ces nations.
Quant aux fonctionnaires et aux commerçants français et aux
catholiques, s'ils désirent rester dans le pays, y faire paisiblement
leur devoir, en ne s'occupant que de leurs affaires, — on devra
aussi les protéger comme les autres, mais qu'on les punisse con-
formément au droit international, dès qu'on aura découvert qu'ils
se sont mêlés d'affaires militaires.
PROCLAMATION DU VICE-ROI DE CANTON
La colère des Chinois de Canton ne connut pas de bornes
lorsqu'on apprit dans celte ville la destruction de l'escadre
de Fou-tchéou et il fallut protéger les concessions étrangères
PROCLAMATION DU VlCÈ-ROt DE CANTON SoQ
contre une attaque possible de la populace. Une proclama-
tion du vice-roi, Tchang, et des trois autres hauts fonction-
naires de la province lancée le 3o août montre l'état d'esprit
des habitants :
Les Français ont violé la loi internationale, déchiré le traité
œnclu à Tien-Tsin et attaqué sans respect pour la foi jurée les
soldats chinois à Liang-Chan (Lang-So'n) Ïong-King, tuant ainsi
un grand nombre d'entre eux. Au lieu de reconnaître leur faute et
de montrer des regrets, ils demandent à la Chine une forte
indemnité et lui font la guerre. Cela est connu de toutes les
autres puissances étrangères qui savent que la France est coupable.
Le peuple de cette province s'est toujours fait remarquer par sa
bravoure et sa loyauté. Maintenant, vous devez considérer les
Français comme vos ennemis et aider de toute votre force le
gouvernement dans les opérations défensives. Les récompenses
suivantes seront accordées à ceux qui les mériteront :
Pour la tête d'un commandant en chef, loooo taëls* et le
mandarinat à plume de marlin-pèchcur.
Pour la tète d'un officier à sept galons, 3ooo taëls et le man-
darinat à plume de martin-pêcheur.
Pour la tête d'un officier à cinq galons, i ooo taêls et le man-
darinat à plume de paon.
Pour la tête d'un officier à trois galons, 5oo taëls et le manda-
rinat à plume de paon.
Pour chaque soldat ou marin tué, loo taëls.
{Avoir bien soin de distinguer les ennemis des étrangers.^
Pour la prise d'un cuirassé de i*"® classe, looooo taëls.
Pour la prise d'un cuirassé de 2" classe, 80000 taëls.
Pour la prise d'une canonnière de i" classe, 4oooo taëls.
Pour la prise d'une canonnière de 2" classe, 20000 taëls.
Pour la prise d'une embarcation, 100 taëls.
Si on détruit un navire, il sera payé la moitié des sommes
précédentes.
La propriété capturée appartiendra au capteur.
Pour tout gros canon pris, 8000 taëls et le mandarinat. Pour
les canons de moindre dimension, une somme proportionnée à
leur grandeur.
1. Le taël de la douane (^Haïkouan) était estimé h, 7 fr. i3.
5io l'affaire du tong-king
L*auteur d'un plan qui aura pour conséquence la défaite des
Français dans un combat recevra 3o ooo taêls.
Ces récompenses seront payées par le trésorier de la province,
lo* jour de la 7'' lune, 10' année de Kouang-Siu.
Au mois de septembre, les autorités de Canton invitaient
les sujets du Céleste Empire à empoisonner les Français établis
à Singapore, Pinang et ailleurs, et à détruire nos bâtiments.
Sir Harry Parkcs adressa une protestation au Tsoung-li Yamen
qui prélendit ignorer la proclamation de Canton.
Dans le Nord la colère de la Cour se manifestait jwr un
décret du 4 septembre qui destituait six membres du Tsoung-
li Yamen, y compris Tchang Yin-houan, Wou Ting-fen et
Tch'c^n Lan^pin. Li, qui se rendait compte de la situation
réelle, et probablement aussi le Septième Prince, envoyèrent
M. Detring à Chang-Haï, mais celui-ci revint (18 septembre)
k Tien-Tsin sans avoir rien obtenu. Au fond, les Chinois
désiraient ne pas perdre la face ; ils auraient volontiers donné
sous la table, mais pas sur la table.
Le 3i aoùt-i2 septembre i884, le ministre de Russie à
Pé-King, M. S. Popov, écrivait à M. Patenôtre que la Russie,
suivant sa demande du 28 août, acceptait la protection de
nos nationaux et des missionnaires catholiques.
'FORMOSE
Les opérations reprenaient contre Formose, contre le gré
de l'amiral Courbet et de M. Patenôtre. M. Ferry, inspiré
sans doute par le commandant Fournier, rentré en Europe,
s'obstina dans une campagne que tout le monde lui décon-
seillait. L'amiral Courbet s'écriait plus tard avec amertume:
« Nul ne saura jamais ce que nous coûte roccuj3ation deKi-
loung ; elle a tout entravé ; elle a stérilisé les succès. » Une
attaque contre les Pescadores eût mieux valu ; on ne l'au-
torisa que plus tard, trop tard, comme toutes les opérations
5i2 l'affaire du tong-kinc
Ming-tch'ouan, directeur des affaires à Formose, avec le
titre de gouverneur provincial, contre Ki-loung.
Nous avons vu que les Chinois considéraient comme un
succès pour eux l'évacuation de la rivière Min, après le bom-
bardement de Tarsenal de Fou-tchéou ; le tâtonnement dans
les opérations navales contre Formose produisit le même
effet désastreux. Le fait que les Français avaient mis près de
trois mois pour s'emparer de deux misérables places comme
Ki-loung et Tam-soui donnait l'impression qu'ils étaient
incapables d'entreprendre une opération sérieuse; si on
ajoute l'effet des articles de la presse anglaise et de la presse
française de l'opposition, les Chinois n'avaient aucune raison
de céder à nos menaces.
M. Patenôtre, de même que l'amiral Courbet, était d'avis
de frapper un grand coup dans le Nord ; il était certainement
dans le vrai, mais M. Ferry croyait encore à la bonne foi
de Li et il craignait de le faire tomber en disgrâce en agis-
sant dans les territoires de l'empire dépendant directement ou
indirectement de son gouvernement. Des instructions de
Paris ajournèrent encore les opérations de Courbet dans le
Tché-li ; nous ménagions la chèvre et le chou et personne ne
nous en savait gré ; nous usions de ménagements qu'igno-
raient les Chinois (sept. i884). Le blocus de Formose, qui
fut déclaré le 20 octobre, devint le principal effort d'une
escadre condamnée à un rôle presque passif et la fatigue
causée par cette opération ainsi que son inutilité amenèrent
des résultats qui auraient pu être désastreux.
Nous, soussigné, vice-amiral commandant en chef les forces
navales françaises dans rExtrôme-Orient,
Agissant en vertu des pouvoirs qui nous appartiennent.
Déclarons :
Qu'à partir du a 3 octobre 1884 tous les ports et rades de l'Ile
Formose, compris entre le cap Sud ou cap Nan-Sha et la baie
Soo-Au, en passant par l'Ouest et le Nord (ces points places: le
PROGRAMME DU I I OCTOBRE l885 5l3
premier, par ai» 55' latitude nord et 1 18'» 3o' longitude est de
Paris; le second, par 34'' 3o' latitude nord et 119'* 33' longitude
est de Paris), seront tenus en état de blocus elTeclif par les forces
navales placées sous notre commandement, et que les bâtiments
amis auront un délai de trois jours pour acbever leur chargement
et quitter les lieux bloques.
Il sera procédé contre tout bâtiment qui tenterait de violer
ledit blocus conformément aux lois internationales et aux lois en
Mgueur.
A bord du cuirasse français Baynrd,
le ao octobre 1884.
Signé : Courbet.
Le blocus s*éiend donc non seulement sur toute la côte occi-
dentale de Pile Formose, mais sur la partie de la côte orientale
comprise entre la pointe septentrionale de Pile et la baie Soo-Au.
Le 8 octobre, Li Houng-Tchang demanda à M. Rislelhueber
à quelles conditions la France coOvScn tirait à confier à un
arbitre le différend entre les deux pays ; en conséquence, le
II octobre, M. Ferry décida de rédiger un programme que
les États-Unis refusèrent d*appuyer, auquel on devait se tenir
jusqu'aux négociations finales:
programme du II OCTOBRE i885
La France consentirait à reprendre les négociations avec la
(iliiiie sur les bases suivantes :
Retrait des troupes chinoises du Tong-King ;
Suspension des opérations de la flotte française ;
Ratification du Traité de Tien-Tsin et conclusion de la con
vontion de commerce prévue par le traité ;
Maintien de Poccupation de Ri-loung à titre provisoire et sans
cession de souveraineté territoriale, jusqu'à la complète exécution
du traité de Tien-Tsin.
On ne prononcerait plus le mot indemnité ; mais comme équi-
valent, la France garderait la possession des douanes et des
mines à Ki-loung et à Tamsoui pendant un nombre d'années â
di'battre. La médiation d'une ou de plusieurs Puissances amies
pourrait d'ailleurs être admise, soit pour fixer la durée de cette
GoRDisB. n. — 33
1."»^.]
5i4 l'affaire du tong-kikg
occupalion, soit même jx>ur en avancer le terme au moyen d'une
transaction pécuniaire.
Au mois de décembre i88/j, un bureau secret dVnrole-
ment pour la Chine fonctionnait, sous la direction d'un an-
cien officier autrichien, à Londres, avec annexes à Southarnj>-
ton et Rotterdam. Les engagements étaient signés^ non [lar
un vice-roi de Province, mais par le ministre chinois, Li
Foung-pao. Un des journaux chinois de Chang-Haï, le
Chèn PaOy publiait le 9 décembre, un article dans lequel il
déclarait gravement que l'ambassadeur de France à Londres
avait demandé* à être reçu par le marquis Ts'éng et qu'il
lui avait fait part de Tintention du gouvernement français de
demander la paix.
En réalité nou« perdions notre temps. En janvier i885, le
gouvernement français reprenant les projets de Courbet et de
M. Patenôtre on septembre, voulait établir le blocus du Tclié-
li ; il était trop tard.
COMBAT DE CHEPOU (Shoipoo), l5 FEVRIER l885
L'amiral Courbet arrivant inopinément à GiitzlafT, le 1 1
février i885, apprit que Tescadre chinoise avait quitté
Chang-Haï le 23 janvier et s'était rendue dans la rade de
Che-pou (Sheipoo lloads), dans la passe Nord, de la baie
de San-Men, sur la côte du ïché-kiang, entre Ning-Po et
Wen tchéou, soi-disant pour se préparer à faire Idver le
blocus de Formose ; il se mit à sa recherche et la rencontra
le dimanche i5 février, jour de Tan chinois, mais dès que
les Chinois aperçurent les Français, ils s'enfuirent; les trois
croiseurs K*ai-tsi, IS'an-tch'éneï Nan-choui, ces deux derniers
construits en Allemagne, rapides et protégés par le brouil-
lard, s'échappèrent et se réfugièrent à Ning-Po ; jiendant ce
temps la frégate Yii-yuen^ portant 23 canons Krupp et une
t
<
^
s
s
•?
s
5i6 l'affaire du tong-king
cinquantaine de torpilleurs, et la corvette Tch'éng-Kmg, com-
mandée par l'amiral Ting, poursuivies par la Triomphante,
se réfugièrent dans l'anse au fond de' la passe la plus au
Nord, en face de la ville de Che-pou ; la nuit, deux simples
canots à vapeur, armés en torpilleurs, commandés l'un par
le capitaine de frégate Gourdan, le second par le lieutenant
de vaisseau Duboc, s'avancèrent vers l'ennemi ; à 4oo mètres
de la frégate, leur présence fut signalée et immédiatement le
Yu-yuen ainsi que les batteries de terre ouvrirent le feu; malgré
cette défense, le commandant Gourdan torpillait la frégate à
l'arrière et M. Duboc à l'avant, n'ayant qu'un homme tué
et un blessé. Le TcKêng-King fut coulé par le tir maladroit
des canons chinois des batteries de terre. Les équipages
chinois purent gagner la côte ; ils furent mal accueillis par
les indigènes et ne purent trouver asile chez eux qu'en recou-
rant à la force. Les Chinois n'auraient perdu que deux
hommes; Tun, second mécanicien, se serait noyé, l'autre
aurait été tué d'une balle de revolver dans le court engage-
ment avec les torpilleurs . Ce fait d'armes coïncidait avec la
prise de Lang-so'n.
OCCUPATION DE LANG-So'n, i3 FÉVRIER l885
Au commencement de septembre i884, le général Millot,
fatigué, mécontent d'ailleurs que le traité du 6 juin eût été
signé sans sa coopération, remit le commandement en chef
au général Brièrc de l'Isle qui était à la tète de la première
brigade à Haï-Phong. L'occupation de Lang-so'n fut décidée.
Deux colonnes furent formées ; la première, sous les ordres
du lieutenant-colonel Don nier devait remonter le Loch-
Nam, ayant Chu pour objectif; il livra le combat de Lam le
6 octobre ; la seconde, sous les ordres du lieutenant-colonel
Defoy, quittait Hanoï, le 3 octobre, et se portait sur Phu-
Lang-Thuong où se rendait également le général de Négrier
SIÈTOE DE TUYEN-QUAN 017
qui partait le même jour de la capitale pour prendre la direc-
tion générale des opérations. Négrier enlevait Kep le 8 oc-
tobre après un sanglant combat et arrivait le 1 1 à Phu-
Lang-Thuong; Donnier, de son côté, livrait une série de
combats à Chu les lo et ii octobre. On s'occupa de l'orga-
nisation des défenses de Kep et de Chu .
Le 3 janvier i885, Brière de l'Isle était nommé général de
division et au commencement du même mois arrivait, avec
des troupes de renfort et le colonel Giovanninclli qui devait
prendre le commandement de la première brigade. Des re-
connaissances furent faites sur la route de Lang-so'n ; les
deux brigades réunies le 2 février dans la plaine de Chu,
marchèrent en avant et livrèrent successivement les combats
de Tay-Hoa (4 février), de Ila-Hoa (5 février), de Dong-
Song(6 février); les Chinois en fuite furent poursuivis par
Giovanninclli; la marche fut reprise le 10 février et Deo-vy
occupé; les combats de Pho-vy (i i février) et de Bac-Viang
(12 février) nous ouvrirent la route de Lang-so'n ; nous trou-
vâmes la citadelle évacuée et nous entrâmes dans la ville sans
coup férir (i3 février) ^
SIÈGE DE TUYEN-QUAN (28 NOVEMBRE 1 884-3 MARS l885)
«
Il n'y avait pas de temps à perdre pour dégager Tuyen-
quan assiégé par les Pavillons Noirs et les troupes régulières
du Kouang-Si depuis le 23 novembre ; à cette époque la
garnison de celte place était composée de: deux compagnies
de la légion : 8 officiers, 390 hommes ; artillerie de marine
(i'* section de la 2" batterie i/i): i officier, 3i hommes;
génie (4® régiment): 8 hommes; infirmiers (i5° section):
1. Commandant Lecomte... — La.ng-Son. Combats y Retraite et
Négociations. Paris |el] Limoges, Henri Gharies-Lavauzelle, iSgS, gr.
in-8.
5l8 i/aFFAIRK du XONG-KfNG
3 hommes; ouvriers d'administration (i 5" section): 3 hom-
mes; tirailleurs lonkinois (i" régiment, 8° compagnie): 2
officiers, 162 liommes. Le 2/1 novembre, l'état de siège était
déclaré et un conseil de défense était constitué avec le com-
mandant Dominé, président, le héros de la défense, le capi-
taine Catlelin, de la légion, le lieutenant Derappo-
commandant d'artillerie et le sergent Bobillot, chef du
génie. Je ne raconterai pas une fois de plus les péripéties de
ce siège glorieux dont on devra hre l'histoire dans le rapport*,
sublime dans sa simplicittî,du commandant Dominé. Rappe-
lons que le sergent Bobillot fut blessé mortellement le 18
février. — Le colonel Giovanninelli quittant Lang-s'on le 16
février, marclia sur Bac-Hat, au confluent de la rivière
Claire et du fleuve Rouge; la colonne de secours était réunie
sous les ordres du général en chef, le 27 février, à Phu-Doan
où le colonel Giovanninelli était arrivé la veille; après le
combat de Iloa Moc (2 et 3 mars i885), Tuyen-Quan e^t
dégagé, et le 3 mars à 2 heures de l'après-midi, le général en
chef y pénètre avec la brigade Giovanninelli.
PRISE DES PESCADORES, 3l MARS l885
Le 2 2 mars, l'amiral Courbet était re])arti pour Ki loung,
puis il partait, après une escale à Taï-Wan, pour les îles
Pescadores, ou Pong-hou, dans le canal de Formose; le 29,
il entrait à 7 heures du matin dans la baie Pong-hou, avec le
Boyard et la Triomphante, suivis du Duchaffnut ; un feu bien
nourri l'accueillit ; à 9 heures et demie, les canons chinois
étaient réduits au silence; à cinq heures, nos troupes débar-
1. (]c rapport a paru dans le Journal officiel ; il a été réimprimé en
un vol. iri-Sa par Charlcs-Lavauzclle, en i885.
— Tuyen-Quan pendant le Siège^ par Th. Boissot, aumônier au
corps cxpcdiiionnairc du Tonkin. — Extrait de la lievue chrétienne.
Paris, iMschbacher, i885, br. in-8.
5ao i/affaire du tong-hing
TÉLÉGRAMME HART, 26 FÉVRIER l885
Le 26 février i885, Sir Robert Harl adressait de Pé-King
à M. Canipbell le télégramme suivant pour être communiqué
à M. Jules Ferry, président du Conseil, ministre des affaires
étrangères :
« L'empereur a autorisé la proposition des quatre articles
suivants :
« I" D'une part la Chine consent à ratifier la Convention de
Tien-ïsin de Mai i884, et d'autre part la France consent à ne
rien demander de plus que ce qui est stipulé par cette conven-
tion.
a 3° Les deux Puissances conviennent de cesser les hostilités
partout, aussi vite que les ordres pourront être donnés et reçus,
et la France convient de lever immédiatement le blocus de
Formose.
a 3" La France convient d'envoyer le Ministre dans le Nord,
c'est-à-dire à Tien-Tsin ou Pé-King, pour arranger le traité détaillé,
et les deux Puissances fixeront alors la date pour le retrait des
troupes.
« 4'* M. James Duncan Campbell, commissaire et secrétaire
détaché de l'inspecteur général des douanes impériales maritimes
chinoises, de deuxième classe du rang civil chinois et officier de
la Légion d'honneur, est chargé de pouvoirs comme commissaire
spécial de la Chine pour signer ce protocole avec le fonctionnaire
nommé par la France, pour servir d'entente préliminaire. »
Le 27 février, Sir Robert ILart recevait du Tsoung-li Yamen
les i)ouvoirs nécessaires pour traiter, ainsi qu'en témoigne
la note remise par Li Houng-tchang à notre consul, M. Ris-
telhueber le 6" jour de la 2"» lune (22 mars i885) :
Lettre secrète du Tsoung-li Yamen. du 5« jour de la 2" lune
(le ai mars i885) :
L'Inspecteur Général des Douanes Hart a précédemment rédige
un projet d'arrangement en trois articles, qu'il a adressé par le
télégraphe au Ministre des Affaires Étrangères. M. Ferry, en
TÉLÉGRAMME IIART 5a I
chargeant le Commissaire des Douanes Campbell de signer à sa
place. Le 12 de la i''®lune (le 36 février), nous en avons informé
le Trône et nous avons reçu un Décret ordonnant qu'il soit fait
comme nous avons proposé. \ous avons, en outre, annoncé
aujourd'hui même au Trône que, — comme garantie d'authenti-
cité, — le surintendant des Ports du Nord Li donnerait connais-
sance de ce qui précède au Consul Ristelhucber, qui le trans-
mettrait télégraphiquement au Ministre des  flaires Étrangères,
M, Ferry, afin que celui-ci pût prendre une décision à cet
égard *.
Celte lettre est intéressante à rapprocher de celle de notre
Ministre de Chine* qui n^était pas en comnnunication avec
Sir Robert Hart :
De toute façon, il est intéressant de noter qu'alors que l'Ins-
pecteur Général des Douanes affirme avoir été chargé par un
Décret secret d'entrer en négociations avec nous, « à l'exclusion
de Li Houng-tchang et de tous les Ambassadeurs Chinois en
Europe », le Vice-Roi du Tché-li assure, de son côté, avoir été
invité, par un autre Décret également secret, à s'assurer de nos
conditions. Il n'est pas impossible du rexSte, que tous deux aient
obtenu sur leur propre demande, l'autorisation de rouvrir les
pourparlers, en se faisant fort de nous amener à de nou\ elles con-
cessions. Quant à l'attitude mystérieuse que Sir Robert Hart
prétendait garder vis-à-vis de Li Iloung-tchang, vous savez
aujourd'hui ce qu'il convenait d'en penser. C'est le Vice-Roi, en
efTel, qui vient de remettre à notre Consul à Tien-Tsin la Com-
munication du Gouvernement Chinois (en date du 3 a mars)
destinée à confirmer la réalité des pouvoirs conférés à M. Camp-
bell. Si Li Iloung-tchang est dans le secret, on peut se demander
ce que pourrait bien signifier la recommandation faite par Sir
Robert de ne pas laisser soupçonner à ce Mandarin la mission
dont il était investi par le Tsoung-li Yamen.
Les négociations poursuivies d'un côté par M. Billot, di-
I. Pour traduction conforme, sign. : A. Vissière.
a. M. Patenôtrc au Ministre des alTaires étrangères, Chang-Haï, 70
mars i885.
r ties alTnires politiques, de l'autre [iar M. Camphell pI
obert Hart, tous désireux de réussir, avaient toutes
PS d'aboutir. Un malheureux évcnement militaire faillit
om promettre,
PANIQLE DE LASG-S'ON, 28 MARS lS85
lignant un mouvement oflensif des Chinois, dans le
du Tong-King, le général de Négrier avait fait faire
connaissances de cavalerie, aux environs de Lang-s'on.
mars, dans un combat livré h Ky-liia, il était blesse
ment d'une balle à la poitrine' et remettait le comman-
it h son second, le lieu tenant- colonel llcrbinger, depuis
Eient trois mois au Tong-Kîng; il était déjà déplorable
n'y cM pas un autre officier de plus haut grade: il
plus encore que l'ofTicier second en grade ne fût pas
m état d'esprit qui lui permît d'envisager la situation de
roid'. Quand Négrier fut blessé, nos troupes étaient
ieuscs et les Chinois en retraite; nous n'avions qu'à
en place, mais le colonel Herbinger croyait à l'arrivée
iforls chinois, d'ailleurs l'évacuation de Lang-s'on était
ïmmcnt décidée depuis quelque temps dans son esprit;
c l'avis du général blessé et des commandants' Diguel,
bataillon de la légion cti-angère, et Servière, qui étaient
ng-King depuis février 188^, il ordonna la retraite qui
ingca en panique, lorsque le colonel Herbinger fit jeter
Son ïisago éUil livide. Après ciamcn de la blcsnirp, lo médecin-
iEul»cr s'ciprima de la nianicrc suivanto ; k Lctat csl inquiélanl.
omac est louche, le blesse esl perdu. Dan» le cas contraire, et s'il
iicune complication, ce ne sera (ju'un selon plus ou moins long i
a Cartcron, p. 388,
L,Bng-s'on, le 38 mars au soir, à ThanMoi, le 3o mars, le lieu-
colonel Herbinger était diins un £tat do Eureicilation qui l'em-
<lc jouir de toutes ses racullés. n Rapport du coloocl Borgnîi-
doi. Cbu, il avril i885.
k^.'.'.^'tf:. -^v
PANIQIK DE LANG-s'oX 523
dans le Song-ki-kong le trésor (i3o ooo piastres = 585 ooo
francs) et une batterie de f\ rayée de montagne, évacua
Lang-s'on et se retira sur Tanh-Moï et Dong-song où fut
livré un combat, puis de Dong-song à Chu*.
Cette panique semble avoir gagné jusqu'au général en
chef, vieux soldat éprouvé, et on ne s'explique pas que
Brière de Tlsle ait pu envoyer le télégramme suivant en
clair :
J'ai la douleur de vous annoncer blessure grave général Négrier
et évacuation de Lang-s'on. Les Chinois, débouchant par grandes
masses sur trois colonnes, ont attaqué avec impétuosité nos posi-
tions en avant de Ky-Lua. Le colonel Herbinger, devant celte
grande supériorité numérique et. ayant épuisé ses munitions,
m'informe qu'il est obligé de rétrograder sur Dong-song et Tanh-
Moï. Je concentre tous mes moyens d'action sur Chu et Kep.
L'ennemi grossit toujours sur le Fleuve Rouge, de telle sorte que
nous avons sur les bras toute l'armée chinoise instruite à l'euro-
p(^nne et paraissant suivre un plan bien concerté '^. Quoi qu'il
arrive, j'espère pouvoir défendre tout le Délia. Mais je demande
au Gouvernement de m'envoyer très prompts renforts : hommes,
munitions» animaux.
Ce télégramme était d'autant plus déraisonnable, que le
général Brière de Tlsle, mieux renseigné, envoyait le i*"" avril,
au ministre de la guerre, une dépêche, infiniment moins
alarmante :
Evacuation Lang-son et surtout précipitation retraite dues à
faiblesse commandement après blessure Négrier, brigade avait
vingt jours vivres et munitions suffisantes pour attendre convois
en route et annoncés. Batterie 4 rayée jetée dans la rivière par
ordre, trésor également abandonné par ordre ; tout cela après
I. Lecomte, Lang-son. — Souvenirs de la campagne du Tonliin.
par R. Cartcrofi. Paris, 1891, in-8. — La Vérité sur la retraite de
Lang-son..., par Jacques Harmant. Paris, 1892, in-ia.
3. Journal officiel. Doc. Pari., juillet 1886, p. 766.
524 l'affaire du tong-king
réussite contre-at laque sans perles sensibles. Même précipilation
pour évacualion Dong-Song avec encore moins raisons. Chinois»
jusqu'à présent paraissent se borner occuper leurs anciennes
positions nord Deo-Quan-Deo-van.
En somme, situation non compromise et meilleure que pou-
vaient faire supposer renseignements alarmants arrivés depuis
quatre jours. Vais faire enquête à Chu et enverrai llerbinger
devant conseil s'il y a lieu.
Mais le coup était porte. Dans la séance de la Chambre
du 3o mars, M. Jules Ferry donnait sa démission. Son dé-
part ne fut pas une retraite, mais une fuite devant une meule
déchaînée par ses pires ennemis. Il aurait annoncé la con-
clusion de la paix qu'il avait pour ainsi dire dans sa poche,
qu'on ne Taurait môme pas écouté. Ce fut un des spectacles
les plus écœurants que nous offre l'histoire parlementaire,
que celui de cet homme, ardemment dévoué à son pays,
chassé par une bande de politiciens avides de pouvoir qui
n'avaient que la plus vague conception de ce que doit être la
politique extérieure d'un grand pays. Ferry n'a pas eu à at-
tendre la postérité pour être vengé; beaucoup parmi ceux-là
même qui le bafouèrent ont reconnu leur erreur qui fut
moins la leur que celle de meneurs poussés par les plus
mauvaises passions.
Au moment même où Jules Ferry donnait sa démission
(3o mars), la Chine acceptait nos propositions. Pour éviter
toute difficulté, le directeur politique au Ministère des affaires
étrangères, M. Billot, était autorisé par le Président de la
République, M. Grévy, à signer un armistice avec M. Camp-
bell, représentant la Chine V
I. Le i4 mars. Sir R. Hart avait télégraphié à M Ferry, qu'un décret
impérial du 37 février avait désigne M. Gampbell pour signer le protocole
comme commissaire spécial de la Chine.
PROTOCOLE DU h AVRIL l88[>
Protocole dressé à Paris, le tt avril 1885. entre la France
la Chine, pour consacrer la suspension des hoslililés enti
les deux pays.
Entre M. BiL[.(vr, Ministre plénipotentiaire. Directeur d
afFaires politiques au ministère des alTaires étrangères à Paris,
James Duncan Campbell, Commissaire et Sccrt'taire non réside
de l'Inspecteur général des douanes impériales maritimes chinois!
de a* classe du rang civil chinois et OITicicr de la Légion d'ho
neur, dûment autorisés l'un et l'autre par leurs gouvernemer
respectifs.
Ont été arrêtés le Protocole suivant et la note explicative i
annexée :
I. Protocole.
Ahticlr premier. — D'une part la Chine consent h ratifier
convention de Tien-Tsin du ii mai i88i, et d'autre part
France déclare qu'elle ne poursuit pas d'autre but que l'excc
tion pleine et entière de ce traite.
Abt. a. — Les deux puissances consentent à cesser leshnstili'
partout, aussi vite que les ordres pourront être donnés et re^
et la France consent h lever immédiatement le blocus de Fi
mose.
Art. 3. — La France consent à envoyer un ministre dans
Nord, c'est-à-dire à Tien-Tsin ou à Pé-King, pour arranger le tra
détaillé et les deux Puissances fixeront alors la date pour
retrait des troupes.
Fait k Paris, le 4 avril i885.
il. Noie explicative du Protocole du 4 ai>ril i885.
L Aussitôt qu'un décret impérial aura élc promulgué ordc
nant la mise à exécution du traité du 1 1 mai i88^ et enjoignj
par conséquent aux troupes chinoises qui se trouvent actuel
mentauTong-King de se retirer au-delà de la frontière, toute»
opérations militaires seront susjiendues sur terre et sur me
5a6 l'affaire du tong-king
Formose ot sur les côtes delà Chine; les ccMnmandantsdes troupes
françaises au Ïong-King recevront Tordre de ne pas franchir la
frontière chinoise.
II. Dès que les troupes chinoises auront reçu Tordre de repas-
ser la frontière, le blocus de Formose et de l^ak-Hoï sera levé et
le ministre de France entrera en rapport avec les plénipotentiaires
nommés par l'Empereur de Chine, pour négocier et concluro,
dans le plus bref délai possible, un traité défînitif de paix,
d'amitié et de commerce. Ce traité fixera la date à laquelle les
troupes françaises devront évacuer le nord de Formose.
ni. Afin que Tordre de repasser les frontières soit communiqué
le plus vite possible par le gouvernement chinois aux troujx*s do
Yun-Nan, le gouvernement franç^iis donnera toutes facililé»s pour
que cet ordre parvienne auK commandants des troujx*s chinoises
par la voie du Tong-King.
IV. Considérant toutefois que Tordre de cesser les hostilités et
de se retirer ne peut parvenir le même jour aux Français et aux
Chinois et à leurs forces respectives; il est entendu que la cessa-
tion des hostilités, le commencement de l'évacuation et la fin de
l'évacuation auront lieu aux dates suivantes :
Les lo, 30ct3ô avril, pour les troupes à Test de IHiven-Quan.
Les 20, 3o avril et 3o mai, pour les troupes à Touest de cette
place.
Le commandant qui, le premier, recevra Tordre de cesser les
hostilités, devra en communiquer la nouvelle à l'ennemi le plus
voisin et s'abstiendra ensuite de tout mouvement, attaque ou
collision.
V. Pendant toute la durée deTarmistice et jusqu'à la signature
du traité définitif, les deux parties s'engagent h ne porter à For-
mose ni troupes ni munitions de guerre.
Aussitôt que le traité définitif aura été signé et approuvé |>ar
décret Impérial, la France retirera les vaisseaux de guerre
employés h la visite en liante mer, et la Chine rouvrira les jwrts
à traités aux bâtiments français.
Fait à Paris, le l\ avril i885.
Billot. Caupbell.
Le lendemain, 5 avril. Sir R. Hart télégraphiait à
xM. Canipboll :
Bravo ! Bien fait. Mes remerciements et mes congratulations.
EXPOSÉ A l'appui du TRArTÉ DV Q JUIN i885 5a7
La nouvelle de la panique de Lang-so'n, connue il Oiang-
Haï le 3i mars, n'avait pas heureusement modiné les idées
des Chinois et empêché la signalure du protocole.
Pour gagner du temps, M. Georges Cogordan, sous-dircc-
leur à la direction politique, et M. Campbell, agent de Sir
Robert Ilart, commencèrent immédiatement h étudier un
projet de traité de paix ; ce fut avec le plus grand désir
d'arriver à une prompte solution, que les pourparlers furent
engagés, el à la fin d'avril iS85, M. Campbell était en pos-
session d'un projet de traité. M. Ilart étJiit très désireux de
voir aboutir, et dans une lettre envoyée au milieu du mois
(le mai a son agent,- il écrivait cette phrase si caractéristique
de sonkiimoar: n Ajoutez que le devoir de robsti>tri([ue di-
plomatique est maintenant d'assurer un heureux accouche-
ment; c'est-à-dire le traité pourrait être blessé »
Le traité Tut enfin signé le 9 juin par Li lloung-tchang
el notre ministre à Tien-Tsin, M. Patenfltre. Celui-ci sur
l'invitation du Ministre des AiTaires étrangères avait quitté
Chang-Haï pour Tien-Tsin le 19 avril i885 ; en mfime temps
que lui, arrivaient dans cette ville deux membres du Yamen,
Si-lchen et Teng Tcheng-sieou qui devaient signer le traité
avec Li.
EXPOSÉ A l'aPPL'I DV TRAITÉ DU Q Jl'l» l885
Le 22 juin i885, le ministre des AiTaires étrangères pré-
sentait aux Chambres un exposé à l'appui du projet de loi
de sanction du traité:
Messieurs, le protocole signé à Paris, le U avril dernier,
consacrait comme vous vous le rappelez, une suspension d'armes
entre la France et la Chine. La Gliîne s'engageait à rappeler ses
troupes du Tong-King, et la France, tout en maintenant les mesures
destinées it empêcher la contrebande de guerre, promettait do
lever le blocus de Fonnose. Le.s deux Gouvernements devaient.
538 l'affaire du tong-king
en outre, ouvrir immédiatemenl des conférences pour préparer
un traité de paix sur les bases de la Convention préliminaire,
8i«»née le 1 1 mai de l'année dernière à Tien-Tsin.
Les dispositions du protocole du l\ avril ont été exécutées de
part et d'autre avec un sincère désir d'arriver à une solution sa-
tisfaisante du conflit. Si le Ïong-King n'a pas encore été complète-
ment évacué à l'heure actuelle, bien que les délais fixés soient
expirés, il faut reconnaître que les parties encore occupées par
les Chinois et les Pavillons noirs sont des régions montagneuses,
d'un accès diflicile, où les mouvements de troupes sont particu-
lièrement malaisés en cette saison. Il appartient aux autorités
militaires françaises de se concerter sur place avec les comman-
dants des forces chinoises pour terminer cette évacuation qu'au-
cun mauvais vouloir d'ailleurs ne parait devoir retarder.
Quant aux négociations pour la paix, elles ont abouti à la con-
clusion d'un trailé qui a été signé à Tien-Tsin, le 9 de ce mois,
par M. Patenôtre, au nom de la France, et, au nom de la Chine,
par Li Houng-tchang, Vice-Roi du Tché-li, et deux membres du
Tsoung-li Yamen, désignés pour l'assister. C'est ce traité que
nous avons l'honneur de vous présenter aujourd'hui, dans la
ferme'confiance que vous y trouverez, comme nous, les éléments
d'une paix durable avec le vaste Empire dont nous devenons les
voisins.
Le but, que la politique française poursuit depuis plusieurs
années dans la péninsule indo-chinoise, est d'assurer la pacifica-
tion de r Annam et particulièrement du Tong-King, afin d'ouvrir
cette région à l'industrie et au commerce européens.
L'appui que les Annamites trouvaient au dehors a été la prin-
cipale cause des diflicultés auxquelles nous nous sommes heurtés.
Ils recevaient, en eflet, de leurs voisins, non pas seulement des
contingents militaires, mais des encouragements et une assis-
tance morale qui les enhardissait à nous braver et à violer les
engagements qu'à plusieurs reprises ils avaient souscrits envers
nous. Il importait donc, avant tout, de faire cesser un état de
choses incompatible avec l'exercice paisible, régulier, de notre
protectorat, et cela, en obtenant de la Chine la promesse de ne
plus intervenir dans les aiïaires de l'Annam. A cet égard, les
articles i et 2 du présent traité nous donnent des assurances
positives et vous constaterez sans don le avec satisfaction qu'ils
consacrent formellement de la part de l'Empire du Milieu la
reconnaissance de nos droits sur l'Annam.
EXPOSE A l'appui du TBAiTÉ DU Q JUIN i885 Sag
La Chine s'engage à ne plus faire franchir par ses troupes la
frontière du Tong-Kinj;, et elle promet de respecter les traitas et
arrangements que nous avons conclus, ou que nous pourrons
conclure avec l'Annam. Ces arrange mcnis, Messieurs, vous les
connaissez; ils font, a l'heure actuelle, l'objet du traita de Hué,
qui a été tout récemment soumis à votre approbation et qui
institue, en termes formels et explicites, le protectorat de la
France. Parmi les clauses du traité de liué figure un article sti-
pulant que l'Annam n'aura de relations diplomatiques que par
l'intermédiaire de la France. Rapproché de cette disposition,
l'article a du traité de Tien-Tsin nous donne toutes les garanties
désirables.
Quant aux rapports de voisinage entre l'Annam et la Chine,
motivés par le contact des populations ainsi que par les besoins
du commerce et de l'échange, non seulement il ne pouvait en-
trer dans nos vues de les supprimer, mais il est de notre intérêt
de les étendre. Aussi avons-nous souscrit avec plaisir à la requête
de la Chine d'entretenir dans le Tong-King, k l'instar de ce que
nous faisons chez clic, un certain nombre de consuls sur des
points déterminés d'un commun accord.
Désireuse de constater que toute communication avec l'Annam
ne lui serait pas interdite, la Chine nous a demandé d'intro-
duire cette mention dans l'article a. Nous avons tenu toutefois
à spécîher que ces rappiorts seraient, en tous cas, renfermés dans
le cercle du présent traité, c'est-à-dire qu'ils ne pourraient jamais
rouvrir la question des relations politiques que le traité de Hué,
sanctionné par celui-ci, a déGnitivcment fermée.
De son càté, la Chine a stipulé que ces rapports ne pourraient
point porter atteinte à son antique prestige. C'est là une clause
dérivée de l'article 4 de la convention de Tien-Tsin de t884 et
qui est inspirée du même esprit. Nous y avons consenti, mais à
la condition que le mot de prestige, un peu vague et susceptible
de fâcheuses extensions, serait remplacé par le terme plus précis
de dignilé.
Les articles i et 3 qui viennent d'être commentés contiennent
la partie à proprement parler politique du nouveau traité. Nous
passerons un peu plus rapidement sur les autres, dont la plu-
part s'expliquent d'eux-mêmes. Tel est le cas notamment des
articles 3 et 4 qui stipulent, l'un, une délimitation de la fron-
tière entre la Chine et le Tong-King, l'autre, certaines formalités à
Imposer aux personnes qui voudront franchir celte fronllcrc.
COKDIBB. il, — 34
53o l'affaire du tong-ki>'g
Les articles 5 et 6 s'occupent des rapports commerciaux entre
l'Annam et les provinces chinoises du Yun-Nan. du Kouang-Si et
du Kouang-Toung.
Les détails de l'organisation sont réservés à une Commission
spéciale; mais les principes sont posés. On s'est inspiré des règles
établies par les traités existants entre la Chine et la seule puis-
sance européenne qui ait eu jusqu'ici une frontière commune
avec l'Empire du Milieu, c'est-à-dire la Russie. Deux points de
la frontière seront, dès à présent, désignés pour servir d'entre-
pôt aux marchandises qui transiteront entre les deux pays et de
résidence aux négociants européens qui entreprendront, dans les
provinces chinoises voisines du Tong-King, des opérations de com-
merce. Quant au tarif d'importation et d'exportation auquel la
Chine soumettra ces marchandises, il sera inférieur à celui qui
est actuellement en vigueur dans les ports ouverts, sauf toute-
fois pour le commerce entre le Tong-King et le Kouang-Toung.
Cette didérence s'explique clairement, si l'on songe que la dimi-
nution des tarifs est en quelque sorte la compensation des frais
de transport par terre.
Le Kouang-Toung n'étant limitrophe du Tong-King que dans le
voisinage immédiat de la mer, il était naturel de ne pas abaisser
les tarifs pour les marchandises qui en sortiront ou y entreront.
L'article 7 prévoit la création de voies de communication au
Tong-King et en Chine, pour rendre plus fréquentes et plus suivies
les relations commerciales que les deux articles précédents ont
pour objet de préparer. Le moment où la Chine construira des
chemins de fer ne parait pas éloigné, car la lutte engagée à Pé-King
entre les hommes attachés aux anciennes habitudes et ceux qui
désirent faire bénéficier leur patrie des progrès réalisés en Eu-
rope, semble près d'aboutir au triomphe des idées nouvelles. Il
est convenu qu'alors le Gouvernement impérial fera appel à nos
industriels et à nos ingénieurs. Ceux-ci trouveront dans l'im-
mense empire chinois un nouveau champ d'activité, en môme
temps qu'ils contribueront à un rapprochement plus intime entre
les deux pays.
Les trois derniers articles du traité stipulent, comme vous le
pourrez voir, des délais pour la revision éventuelle de certaines
clauses, la suspension des opérations militaires de la flotte fran-
çaise, l'évacuation des points encore occupés par nous sur le
territoire chinois, la remise en vigueur des anciennes conven-
tions et la ratification du présent traité. Sur ce dernier point il
TRAITÉ DE TiEN-TSIN 53 1
a été convenu que la sanction de Tempereur de Chine aurait
lieu immédiatement ; elle est depuis le 12 de ce mois, un fait
accompli.
11 nous a, dès lors, paru désirable que la ratification du Gou-
vernement de la République fut différée le moins longtemps pos-
sible. D'autre part, nous avons pensé qu'il appartenait à la
Chambre actuelle de clore, avant de se séparer, la question dont
elle avait si laborieusement poursuivi la solution, de concert
avec le Sénat.
C'est pour cette double raison que nous n'avons pas attendu
l'arrivée en France de l'instrument authentique du traité du 9
juin, et que nous présentons au Parlement un texte transmis
par la voie télégraphique, mais dont l'exactitude a été soigneuse-
ment contrôlée.
Si, comme nous l'espérons. Messieurs, le traité du 9 juin i885
vous paraît devoir être accepté, nous vous prions de vouloir biert
voter le projet de loi dont la teneur suit :
« Article unique. — Le président de la République est auto-
risé à ratifier et à faire exécuter le traité de paix, d'amitié et de
commerce conclu entre la France et la Chine, à Tien-ïsin, le
9 juin i885, et dont une copie est jointe à la présente loi. »
TRAITÉ DE TIEN-TSIN, 9 JUIN l885 (pATENÔTRe)
Le Président de la République française et Sa Majesté l'Empe-
reur de Chine, animés l'un et l'autre d'un égal désir de mettre
un terme aux difBcultés auxquelles a donné lieu leur interven-
tion simultanée dans les affaires de TAnnam et voulant rétablir
et améliorer les anciennes relations d'amitié et de commerce qui
ont existé entre la France et la Chine, ont résolu de conclure un
nouveau traité répondant aux intérêts communs des deux na-
tions en prenant pour base la convention préliminaire signée à
Tien-Tsin, le ii mai i884, ratifiée par décret impérial le i3
avril i885.
A cet effet, les deux Hautes Parties contractantes ont nommé
pour leurs Plénipotentiaires, à savoir :
Le Président de la République Française, M. Jules Patenôtre,
envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de France en
Chine, officier de la Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre de
TË toile polaire de Suède, etc.
532 l'affaire du tong-kikg
Et s. M. TEmpcrcur de Chine, Li Houng-tchang, commissaire
impérial, premier grand Secrétaire d'État, grand Précepteur
honoraire de l'héritier présomptif, Surintendant du comm^cc
des ports du Nord, Gouverneur général de la province du Tché-li,
appartenant au premier degré du troisième rang de la Noblesse,
avec le titre de Sou-yi ;
Assisté de Si-Tcuen, Commissaire Impérial, Membre du Con-
seil des Affaires étrangères, Président au Ministère de la Justice,
Administrateur du Trésor au Ministère des Finances, Directeur
des Écoles pour l'éducation des officiers héréditaires de l'aile
gauche de l'armée Tartare à Péking, commandant en chef le con-
tingent Chinois de la Bannière gauche à bordure ;
Et de Tekg Tgueng-sieou, Commissaire Impérial, Membre du
Cérémonial d'État;
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs qu'ils
ont reconnus en bonne et due forme, sont convenus des arliclcs
suivants :
Article premier. — La France s'engage à rétablir et à main-
tenir l'ordre dans les provinces de l'Annam qui confinent à
l'Empire chinois. A cet effet, elle prendra les mesures nécessaires
pour disperser ou expulser les bandes de pillards et gens sans
aveu qui compromettent la tranquillité publique et pour empê-
cher qu'elles ne se reforment. Toutefois, les troupes françaises
ne pourront, dans aucun cas, franchir la frontière qui sépare le
Tong-King de la Chine, frontière que la France promet de respecter
et de garantir contre toute agression.
De son côté, la Chine s'engage à disperser ou à expulser les
bandes qui se réfugieraient dans ses provinces limitrophes du
Tong-King et à disperser celles qui chercheraient à se former sur
son territoire pour aller porter le trouble parmi les populations
placées sous la protection de la France, et, en considération des
garanties qui lui sont données quant à la sécurité de sa frontière,
elle s'interdit pareillement d'envoyer des troupes au Tong-King.
Les Hautes Parties contractantes fixeront, par une convention
spéciale, les conditions dans lesquelles s'effectuera l'extradition
des malfaiteurs entre la Chine et l'Annam.
Les Chinois, colons ou anciens soldats, qui vivent paisible-
ment en Annain, en se livrant à l'agriculture, à l'industrie ou
au commerce et dont la conduite ne donnera lieu h aucun
reproche, jouiront pour leurs personnes et pour leurs biens de
la môme sécurité que les protégés français.
\
TRAITÉ DE TIBS-TSIK 533
Art. 3. — La Chine, d^idâ; h ne rien faire qui puisse com-
promettre l'œuvre de pacification entreprise par la France, s'en-
gage à respecter, dans le présent et dans l'avenir, les traités,
ronvcntions et arrangements directement intervenus ou à inter-
venir entre la France et l'Annam.
En ce qui concerne les rapports entre la Chine et l'Annam,
il est entendu qu'ils seront de nature à ne point porter allcinte
a la dignité de l'Empire cliînois et à ne donner lieu h aucune
violation du présent traité.
Abt. 3. — Dans un délai de six mois, à partir de la signature
du présent traité, des commissaires désignés par les Hautes Par~
lies contractantes se rendront sur les lieux {Hiur reconnaitre la
frontière enlrela Chine et le Tong-King. Ils poseront, partout où
liesoin sera, des bornes destinées à rendre apparente la ligne du
démarcation. Dans le cas on ils ne pourraient se mettre d'accord
sur l'emplacement de ces Immcs ou sur les rcclirications de dé-
lait qu'il pourrait y avoir lieu d'apporter à la frontière actuelle
duTong-King, dans l'inlérM commun des deus pays, ils en référe-
raient h leurs gouvernements rcspcclifs.
.Art. 4- — Lorsque la frontière aura été reconnue, les Fran-
çais ou protégés français et les habitants étrangers du Tong-Kîng,
fjui voudront la franchir pour se rendre en Chine, ne pourront
le faire qu'après s'Mre munis préalablement de passeports déli-
vrés par les autorités chinoises de la frontière sur la demande
des autorités françaises. Pour les sujets chinois, il suffira d'une
autorisation délivrée par les autorités impériales de la frontière.
Les sujets Chinois qui voudront se rendre de Chine au Tong-
King, par la voie de terre, devront être munis de passeports régu-
liers, délivrés par les autorités françaises sur la demande des
autorités impériales.
Abt. 5. — Le commerce d'importation et d'exportation sera
permis aux négociants français ou protégés français et aux négo-
ciants chinois par la frontière de terre entre la Chine et te Tong-
King. H devra se faire toutefois ]>ar certains points (|ui seront
déterminés ultérieurement et dont le choix, ainsi que le nombre,
seront en rapport avec la direction comme avec l'importance du
trafic entre les deux pays, ti sera tenu compte, a cet égard, des
règlements en vigueur dans l'intérieur de l'empire chinois.
En tout état de cause, deux de ces (mints seront désignés sur
la frontière chinoise, l'un au-dessus de Lao-Rav. l'autre au delà
de Lang-So'n. Les commerçants français (HJurronl s'y fixer dans
iKr.'j.'as '!*. iivE t» ^rmKi aTanlaECS qw duu les
II r-.t-'iÊrrrt ftnz^rr. ht maTememml de Sa
■xrrs X '-.^-^tf • i^aolkrta des dotune et le Gou-
■! ^ F-'EmuT^» pT'ETa T attretenîr des consuls
^-.7^ ^ jfï i::-^-i:><ttï scrml ïdmlîqiKS à ceux des
r. St Vi •;«£? rT— p^^nr cle Chine poom, d'accord
-rr^^'^ct fniï.itt. DOmBKr des OMisals dans les
^ i: T tu;-kir_-.
- L c r»-j:!t!;::^!it ipécû]. anoeié an présent trailé,
c.i.-.o ik3tLe^u-viie»s~eA«1ueTalen>ouiierc«par
T ""^-kir.^ et 't^ pfv»ÎD«s chiiHHses du Yun-NsD.
t *< li k->^nj;>T>>ua^. Ce rèclentenl sera élaboré
.:^^:«s >^J ••^ronl notnmês par les Haules Parties
. dui« an d-riji de Irais mois après b signature du
indicés faïsaBl l'objet de n coimnerce seront sou-
ve Hàla «riie, entirleToor-Kinj: elles provinces
fl du kou*Oi;-:>«. à des droits inférieurs à ceux que
f arluel du CMnmercF étnnEer. Toutefois, le tarif
I pas apjiliqu^ aoi marrliandises transportées par la
f*lre entre le Tonc-kînc et le Kouang-Toung el
iTel dans Ifs port5 déjà ouverls par les traités,
ce dei armes, engins, approvisionnements et muni'
re de toute espèce, sera soumis aui lois et règle-
par chacun des Etats contractants sur son lerri-
>n et l'importation de l'opium seront régies par des
léciales qui fisureront dans le règlement commer-
!e de nier entre la CKine et l'Annam sera égalc-
d'un ri'i.'lemenl particulier. Provisoirement il ne
I rien à la pratique actuelle.
En vue de détclopper dans tes conditions les plus
es relations de commerce el de bon voisinage que
ilc a pour objet de rétablir entre la France et la
vcrneiiient de la République construira des routes
et V encouragera la construction de chemins de fer.
son cdié. la Chine aura décidé de construire des
1 est entendu qu'elle s'adressera à l'industrie fran-
uvcrnemenl de la République lui donnera toutes
: personnel
B clause no
exclusif en
ni trailé et
(les ratili-
is avant le
lîpulations
1 terme de
t de cesser
m aprèa la
Pescadores
accords et
)a Majesté
ir le P. ési-
i885
ant' était
"?=»ri
536 l'affaire du tong-iling
RAPPORT fait au nom de la Commission * chargée d'examiner le
projet de loi, adopté par la Chambre des députés, ayant pour objet
d*autoriser le Président de la République française à ratifier le
traité de paix, d'amitié et de commerce conclu entre la France
et la Chine, à Tien-Tsin, le 9 juin i885. par M. de Marcère,
sénateur, — (Urgence déclarée).
Messieurs, le 11 mai 1884, une convention préliminaire, pré-
lude d'une paix prochaine, avait été signée à Tien-Tsin par les
représentants des deux gouvernements français et chinois. Le
Sénat sait à la suite de quel événement cette convention resta à
i*état de projet. Ce n'est que près d'une année après, le 26 fé-
vrier i885, que les négociations furent reprises ; et le 4 avril sui-
vant, un protocole fut signé par M. Billot, ministre plénipoten-
tiaire, et par M. James Duncan Campbell, dûment autorisés par
leurs gouvernements respectifs, contenant les bases du traité à
intervenir. De part et d'autre, on s'en référait à la convention
de Tien-Tsin, qui était ratifiée par avance par la Chine, el dont
l'exécution pleine et entière était indiquée comme étant le but
exclusif poursuivi par la France.
C'est dans cet état que le cabinet actuel a trouvé les négocia-
tions. Il les a conduites à leur terme, sans pouvoir s'écarter des
conditions acceptées par les deux parties contractantes ; et le
traité soumis à la ratification du Sénat se renferme en effet dans
ces conditions dont on a seulement précisé le sens et fixé la portée.
Le traité du 9 juin ï885 débute, dans l'article premier, par
une déclaration de bon voisinage ; et il stipule les obligations
réciprof|ues que cet état impose aux deux puissances. La France,
qui doit naturellement maintenir l'ordre dans l'Annam, sur
lequel s'exercera son protectorat, s'engage à ne pas laisser les
troupes qu'elle pourra employer à cet clTel, franchir la frontière
qui sépare le Tong-Kingde la Chine : « Elle promet de respecter
cette frontière et de la garantir contre toute agression. » Cet
engagement, déjà pris par elle dans l'article premier delacon\en-
tion du ïi mai 1884, est rendu svnallagmatique. Par une roci-
1. Cette commission était composée de MM. Tamiral Jaurégutberrv,
président ; Paul de Uémiisat, secrétaire ; amiral Jaurès, général Lccointe,
Schcurer-Kcstner, Adrien llébrard, de Marcère, amiral Peyron. Léon
Renault.
RAPPORT il- SËNAT SUB LE TRAITÉ DC () JUIN |885 537
procité qui donne toute sa portée au nouveau traite. la Chine
s'interdit n pareillement n d'envoyer des troupes au Tong-King ;
et elle s'engage, en mËmc temps, h. prendre sur son territoire les
mesures nécessaires pour empêcher que des bandes s'y réfugient
ou s'j forment dans le but de porter le trouble parmi les popu-
lations placées sous la protection de la France. Ainsi sont dénoués
les liens antiques qui avaient autrefois rattaché l'Annam à la
Chine, et qui avait pu autoriser celle-ci à répondre aux appels de
secours que lui adressait un £tat placé sous sa sauvegarde.
Mais cette pensée des deux puissances se dessine encore davan-
tage, et elle est exprimée d'une manière formelle dans l'article a .
La Chine • s'engage à respecter dans le présent et dans l'avenir
les traités, conventions et arrangements directement intervenus
ou a intervenir entre la France et l'Annam. »
On ajoute que, en ce qui concerne les rapports entre la Chine
et l'Annam, ils seront de nature îi ne porter aucune atteinte à la
dignité de l'empire chinois, et à ne donner lieu à aucune violation
du présent traité. L'article premier du traité de Hue auquel se
téfère, par l'effet de la convention de Tien-Tsin, le traité actuel,
éclaire le sens de ce texte. On y lit que ■ l'Annam accepte le pro-
tectorat de la France, et que la France représentera l'Annam dans
toutes ses relations extérieures, v
Il est donc bien entendu, ainsi que le constate le traité du
g juin.que la Chinen'aura à soulTriraucunc atteinte à sa dignité
dans ses rapports avec l'Annam, puisque ces rapports seront
entretenus exclusivement par la France : et, de son côté, la Chine
ne pourra, dans ces mémos rapports avec r.\jjnam, rien faire
i|ui soit contraire aux droits de l'Etat protecteur, droits consacrés
par le traité qu'elle reconnaît et que. en quelque sorte, elle
contresigne. En un mot. la Chine et la France se trouveront
désormais seules en présence dans les alTaires qui concernent
l'Annam, et ce dernier royaume ne relevé plus que de l'Etat pro-
EnQn, ces rapports nouveaux de la Chine et de r.\unam sont
caractérisés d'une autre manière, non moins précise, par l'ar-
ticle 5, qui dispose que « de son côté, Sa Majesté l'Kmpcreur de
Chine pourra, d'accord avec le Gouvernement français, nommer
des consuls dans les princîpides villes du Tong-King s. El comme
]M)ur mieux marquer cet état de chosas. l'article 'i stipule que
par les soins de commissaires désignés par les hautes parties
contractantes, la frontière entre la Chine et le Tong-King devra,
538 l'affaire du TONG-K-ING
dans le délai de six mois, être déterminée et fixée par des signes
apparents.
L'article l\ règle les conditions dans lesquelles les Français et
les habitants étrangers du Tong-King d'une part, et les Chinois
d'autre part, pourront franchir la frontière. Il indique les me-
sures de police arrêtées par les deux puissances pour réglementer
respectivement cette circulation des voyageurs d'un pays dans
l'autre.
Les articles 5, 6 et 8 ont trait aux relations commerciales qui
pourront se former entre les négociants français ou protégés
français et les Chinois, et qui pourront désormais s'établir par la
frontière de terre entre la Chine et le Ïong-King.
On s'en réfère, pour les détails que des arrangements de ce
genre comportent, à un règlement ultérieur. Ce règlement devra
préciser spécialement les conditions dans lesquelles s'effectuera
le commerce par terre entre le Tong-King et les provinces chinoises
du Yun-Nan, du Kouang-Si et du Kouang-Toung. Il est, dès à
présent, stipulé que les marchandises seront soumises, à l'entrée
et à la sortie, entre les provinces du Yun-Nanet du Kouang-Si,
à des droits inférieure à ceux que porte le tarif actuel du com-
merce étranger. On a considéré que cet avantage était une com-
pensation des frais de transport par terre, qui pèseront sur les
marchandises dont le transit se fera par l'intérieur du Tong-
King.
On comprend que le môme avantage n'ait pas été accordé aux
marchandises qui passeront par la frontière du Kouang-Toung ;
par cette frontière voisine de la mer, en effet, les transports
pourront se faire à de moindres frais.
L'article 7 renferme des prévisions relatives à la construction de
routes et de chemins de fer dans le Tong-King et éventuellement
sur le territoire chinois. Cette clause, en ce qui concerne le
Tong-King, ne fait que mentionner une charge inévitable qui pèse
sur l'État protecteur et qui est la condition même du développe-
ment de la richesse et du commerce dans ces contrées ; en ce qui
concerne la Chine, elle constate les dispositions bienveillantes et
mutuelles qui unissent les deux Hautes Parties contractantes.
Le traité de paix, dont nous avons analysé les conditions prin-
cipales, justifie entièrement son titre de traité d'amitié et de
commerce.
Ne serait-ce que par cette raison qu'il met un terme à des
hostilités toujours douloureuses, quoiqu'elles aient été marquées
RAPIVItT AU SIGNAT SIR LE TRAITÉ DU Q JUIS l885 53g
par des faits d'armes glorieux pour nos armées de terre et de
mer. il faudrait s'en féliciter.
Mais une autre considération, qui touche aux grands intérêts
de ta France au dehors, ne manquera pas de frapper le Sénat.
Nous sommes engagés, en Indo-Chine, dans une entreprise qui
oiïre des perspectives dont la France ne doit pas se détourner,
quelque légitime souci qu'elle ait de ses intérêts plus immédiats
et plus prochains.
Il faut seulement que. par la constance de ses vues et par la
prudence de sa conduite, elle sache conctiier toutes les exigences
du présent et de l'avenir que lui imposent son rang et ses devoirs
envers elle-même. La tâche qu'elle poursuit dans l'Extrême
Orient peut être ardue: elle n'est pas au-dessus de ses forces.
Mais cette tâche sera rendue plus facile, lorsqu'elle pourra s'ap-
puver sur l'amitié du grand empire de la Chine, qui exerce sur
cette partie du monde une incontestable influence. Les peuples
soumis à notre domination ou à notre protectorat sauront qu'ils
ne peuvent plus opposer un refus obstiné aui bienfaits d'une
civilisation dont la Chine elle-même accepte le contact et recher-
che les avantages. Les dispositions des hommes éclairés, qui, en
Chine, forment le parti de la paix, qui sont entres déjà et qui
la poussent dans la voie du progrès, ne pourront que seconder
nos cITorts. Et enfm la Chine renonce formellement à accorder
aux Etals que nous protégeons l'assistance en tous genres, qui
les a si puissamment aidés jusqu'à ce jour dans leur résis-
tance. Le traité assure donc le succès de la politique que depuis
près d'un siècle la France n'a cessé de suivre dans ces lointaines
contrées.
Cet acte diplomatique nous offre encore un autre avantage
plus immédiat, d'un ordre dilîérent mais non moins intéressant,
et que le Sénat constatera avec, satisfaction. 11 ouvre à notre
commerce un vaste débouché, au moment ou toutes les nations
cherchent de toutes parts des facilites pour l'écoulement de leurs
marchandises, et tendent de tous leurs efforts à procurer aux
industries, dont la puissance de production s'accroitsans mesure,
des moyens de vivre qui soient également sans limite.
Une seule puissance européenne, jusqu'à ce jour, avait pu
entrer en rapports directs avec la Chine par la frontière Icrrestre.
Encore pourrait-on dire que. à cette extrémité de son empire
vers le Turkestan, la Russie est prcscpie une puissance asiatique.
La France, par son traité, obtient du côté des provinces méri-
v
540 l'affaire du TONG-KING
dionales de la Chine un avantage pareil ; et il ne tiendra qu'à
elle, à ses hommes d*État, à ses négociants, à ses industriels, à
son génie, d'en tirer des bénéfices de tout genre, en rapport avec
les sacrifices qu'il lui aura coûtés. Elle est ainsi appelée, sur ce
point du monde, à remplir le rôle d*initiatrice qui lui convient
si bien dans le mouvement civilisateur qui, après s'être arrêté
pendant des siècles devant les murailles de la Chine, va pénétrer
enfin dans l'Empire du Milieu.
A l'unanimité, votre Commission a été d'avis d'adopter le
projet de loi suivant :
PROJET DE LOI
Article unique. — Le Président de la République est autorisé
à ratifier et à faire exécuter le traité de paix, d'amitié et de com-
merce conclu entre la France et la Chine, à Tien-Tsin, le 9 juin
i885, et dont une copie est jointe à la présente loi.
RATIFICATIONS
L'article 10 du traité relatif à l'échange des ratifications
donna lieu à de délicates négociations. Les Chinois firent
remarquer que le Fils du Ciel ne devait jamais revenir sur
une décision qu'il avait prise, et que par suite un traité signé
par lui était par ce fait même ratifié par lui en même temps ;
aussi l'article 10 renferme-t-il une rédaction confirmée sur
la demande de M. de Freycinet, par Li Houng-tchang dans
une lettre à notre ministre en Chine que nous verrons repro-
duite dans toutes nos conventions ultérieures :
« Le présent traité sera ratifié, dès à présent, par Sa
Majesté l'Empereur de Chine, et après qu'il aura été ratifié
par le Président de la République Française, l'échange des
ratifications se fera à Pc-King dans le plus bref délai possible. »
M. Pa te nôtre annonça la signature du traité dans la lettre
suivante adressée au ministre des Affaires étrangères :
Tien-Tsin, le 11 juin i885.
Monsieur le Miîîistre,
Ainsi que je vous en ai avisé par le télégraphe au moment
RATIFICATIONS 54 I
même où Li Houng-tchang apposait son sceau sur le premier
exemplaire du traité, l'acte diplomatique, qui met définitivement
fin au conflit franco-chinois, a été signé le 9 juin à quatre
heures avec une grande solennité. Le drapeau français a été immé-
diatement hissé sur notre Consulat et salué, par ordre du Vice-Roi
des salves réglementaires. Quoique les deux Commissaires n'eus-
sent pas, à proprement parler, le rang de plénipotentiaires.
Li Houng-tchang a demandé qu'ils fussent autorisés à joindre
leur signature à la sienne pour mieux marquer la participation
du Tsoung-li Yamen à la conclusion de la paix. J'ai naturelle-
ment accàié à ce désir.
Li Houng-tchang m'a offert ensuite un banquet auquel ont
assisté les consuls étrangers et les hauts mandarins en résidence
à Tien-Tsin. Il avait été convenu avec le Vice-Roi, qu'après avoir
bu réciproquement à la santé de l'Empereur de Chine et du
Président de la République, nous échangerions des toasts destinés
à faire ressortir la cordialité de nos nouvelles relations.
Votre Excellence trouvera ci-après les quelques paroles que j'ai
cru devoir prononcer à cette occasion :
Messieurs,
a J'ai l'honneur de vous proposer de vous joindre à moi pour
boire à la santé de S. E. le Vice- Roi du Tché-li et des deux
Commissaires Impériaux qui l'ont assisté depuis six semaines
dans les négociations, dont nous saluons aujourd'hui l'heureux
couronnement.
J'ai la ferme confiance que l'acte diplomatique que nous venons
de signer n'aura pas seulement pour résultat de mettre un terme
à des dissentiments dont le souvenir sera, j'espère, promptement
effacé. En multipliant entre la France et la Chine les points de
contact, en ouvrant à l'activité commerciale de toutes les nations
de nouveaux débouchés, le traité du 9 juin contribuera, sans
nul doute, à fortifier et à développer entre l'Empire Chinois et les
Pays Étrangers cette communauté d'intérêts qui a toujours été
le meilleur ciment de l'amitié des Peuples. Si le Gouvernement
Impérial s'inspire, à cet égard, des mêmes sentiments que le
Gouvernement de la République, le présent traité produira donc
pour tous des fruits sérieux et durables.
C'est à ce titre. Messieurs, que je vous demande de vouloir
bien vous associer au toast que je porte ici en l'honneur des Plé-
nipotentiaires Chinois qui m'ont aidé à mener à bien cette œuvre
^.
5^3 L*ArFAIRE DU TONG-KIKG
de paix, de concorde, et je crois pouvoir ajouter, de progrès
international. »
Un des Fnterprètes du Vice-Roi a lu alors, en son nom, le
discours suivant rédigé en français ;
« Nous avons en Chine un proverbe qui dit ; U amitié a le même
éclat que le soleil. Cet adage est surtout vrai lorsqu'il s'applique
aux liens qui unissent deux grandes nations.
Ce que la Chine désire aussi c'est le bien et l'intérêt de tous.
L'amitié qui va exister entre nos deux pays sera aussi vive que
le soleil du matin, lorsqu'il se dégage des vapeurs de la nuit. Si
par hasard survenait quelque nuage, M. Patenôtre ou ses succes-
seurs sauront aisément le dissiper.
L'heureux événement que nous célébrons aujourd'hui rappelle
au Vice-Roi ces deux vers d'un illustre poète :
Night wanes, the vapors round the mountains curPd
Melt into morn, and light awakes the world.
Le Vice-Roi et les deux Commissaires Impériaux prient tous
ceux présents à cette table de se joindre à lui pour fêter cet heu-
reux jour et boire à la santé de S. E. Monsieur le Ministre de
France. »
Le lo juin, j'ai réuni à mon tour, dans, un grand dîner, qui
a revêtu le même caractère de cordialité, les Plénipotentiaires
Chinois et les principaux Mandarins de Tien-Tsin. Les deux
Commissaires Impériaux sont repartis ce matin pour Pé-King.
Veuillez, etc.
Signé : Patenôtre.
Il faut tout de suite dégager de ce traité le fait que Tar-
ticle 2 nous reconnaît le Protectorat absolu sur TÂnnam ; le
dernier paragraphe de cet article, quoique vague intention-
nellement dans la première partie de sa rédaction pour
(( sauver la face » des Chinois, laisse intacts nos droits et
notre suzeraineté dans la seconde.
La grande erreur commise dans le traité (art. 9) est le
retour à la Chine de Ki-loung et des Pescadores. La pro-
messe faite par M. de Freycinet de ne demander aucun ter-
ritoire chinois fiit tenue à la lettre et cependant on pouvait
^^^W'
•^■.- -•■
RATIFICATIONS 5^3
arguer pour garder ces positions que ni Formose, ni les îles
voisines n^appartenaient au continent ; que le lien qui les
rattachait aux Che Pa Seng, dix-huit provinces, était admi-
nistratif, plutôt en théorie qu'en pratique, puisque le versant
oriental de Formose était inaccessible aux fonctionnaires
chinois ; que de fois depuis avons-nous regretté le bon mouil-
lage de Makong ! et malgré tout, nous avons une deuxième
fois laissé échapper l'occasion de l'occuper pendant la guerre
sino-japonaise, alors que la Chine nous suppliait de nous
en emparer pour frustrer ses adversaires d'une proie con-
voitée.
En adressant au Trône le texte du traité conclu avec la
France, Li Houng-tchang l'accompagna d'un mémoire
(Tien-Tsin, 27® jour, 4® lune) où éclate l'insolente vantardise
coutumière aux fonctionnaires chinois et que fait ressortir le
passage suivant :
« Après la grande victoire de Lang-s'on, les succès des troupes
impériales inspirent la crainte et la terreur ; dans le monde entier
retentissent des félicitations unanimes. Vovant la France sincère
dans son repentir, la Chine peut enlin déposer les armes. C'est
grâce à Tinflexible détermination de Leurs Majestés Impériales
que les perfides projets que la France avait formés d'extorquer
de l'argent à la Chine ont été abandonnés et la générosité de la
Chine à son égard s'est montrée d'une façon éclatante * . »
Li prétendit que ce mémoire était apocryphe, mais son
embarras quand on lui en parla, prouva que le document
était bien de lui ; sa bonne volonté dans les dernières négo-
ciations fit passer l'éponge sur cette peccadille.
Notre consul i Tien-Tsin, M. Ristelhueber, fut chargé de
porter en France une copie du traité et une lettre de Li, à
M. de Freycinet, ministre des Affaires étrangères; il quitta
1. Ce Mémoire secret a éië traduit en anglais dans le A^orM-CAina
Dailj NewSy du 24 juin i885.
5^4 l'affaire du TONG-KING
Tien-Tsin pour Marseille le 27 juin i885 et remit la gérance
à M. de Bezaure.
LETTRE DE LI HOUNG-TCHANG A M. DE FREYCKHET
Le 1 1* jour de la 5* lune,
(23 juin i885).
Depuis plusieurs années, les bonnes relations entre la Chine et
la France s'étaient altérées et observées. Ayant été mis à la tête
des aiïaires. Vous avez heureusement, Monsieur le Ministre, pris
en considération la concorde et Tamitié qui avaient existé pen-
dant -longtemps entre nos deux Pays et Vous avez négocié et
conclu un traité qui fait disparaître notre ancienne mésintelli-
gence. Nous voyons dès maintenant se dessiner les heureux
résultats qu'on y a ménagés. Par ce moyen, les sentiments
d'union vont se raiTermir plus que jamais entre les fonctionnaires
et le peuple de nos deux Pays. J'éprouve une satisfaction indi-
cible d'avoir pris personnellement part à cette œuvre.
M. Patenôtre a fait preuve, à Tien-Tsin, pendant ses négocia-
tions avec moi pour la conclusion du traité, des sentiments les
plus conciliants. Aussi amènera-t-il immanquablement un rap-
prochement d'esprit entre les deux nations, lorsqu'il se sera rendu
à Pé-King pour y remplir ses fonctions officielles.
M. Ristelhucber a habité la Chine pendant de longues années ;
il a l'expérience des affaires de ce pays ; son caractère est juste et
droit et il est doué d'un grand esprit de modération. Aussi ai-je
toujours eu confiance en lui. Lorsqu'il vint, l'été dernier, prendre
de nouveau la direction du Consulat de Tien-Tsin, nos deux pays
étaient sur le point de se faire la guerre. Depuis, en diverses cir-
constances, je me suis entretenu secrètement avec lui et il a tou-
jours mis ses efforts à servir l'intérêt général. Je ne doute pas.
Monsieur le Ministre, que Vous n'en ayez vous-même été informé.
M. Ristelhucber vient de recevoir de vous, sur ma demande,
l'autorisation de rentrer en France; j'ai pensé, en effet, que si
vous l'interrogiez sur tout ce qui nous préoccupe, il en pour-
rait résulter des avantages pour vous et pour nous ; je vous en
suis donc vivement reconnaissant. Votre Consul ne manquera
pas de vous exposer avec détail. Monsieur le Ministre, et d'une
façon formelle, le désir que j'ai de lier amitié avec la France, ni
i-tcbahq a u. de fbetcihet 545
! que nos deux Pays devraient d^sor-
iUe k'tlre. Je l'accompagne de mes
otre bonheur'.
(Cachet de Li Houng-tchang. )
lislre des Aflaires étrangères :
A S. E. Li Houng-lehang.
Paris. leaoaoùli885.
mis exactement la lettre que vous
adresser, sous la date du aS juin, à
it de nos relations avec l'Empire
ne faire connaître la satisraclion que
IX résultat et, en vous félicitant de
tnné d'j prendre, voua insistez sur
1 avec la France et sur l'assistance
sont appelés à se prêter désormais,
vait avoir d'autant plus de prix h
iti6rcinenl les sentiments dont elle
le 17 juillet dernier, en présentant à
traité du 9 juin, je m'attachais, à
;lc 7, à faire ressortir le caractère
rts que nous avions l'intention d'en-
ois et la valeur des services que la
ronti^res, appelait les deux Pays à
ivc d'assurer une sanelion pratique
li communes, et dontjene né;>ligerai
li me concerne, la réalisation. Nos
industriels sont prêts k répondre à
leur concours, pour développer les
oitre le bien-être de ses populations.
ice à la haute influence dont vous
l'Empire et que le succès des der-
à coup sur. amoindrie, le Gouverne-
,):*, V,..,,.,.
546 L*AFFAIRE DU TONG-KING
même, les avantages que la Chine trouverait à utiliser les res-
sourcess de toute nature que nous serions heureux de mettre à
la disposition d'un État, lié désormais à la France par la com-
munauté des intérêts et la réciprocité des services.
J'ai à peine besoin d'ajouter que j'ai été très sensible aux
souhaits que V. E. a bien voulu m 'adresser personnellement :
ils ne peuvent être plus sincères que ceux que je forme moi-
même, pour Elle et qui se confondent avec mes vœux pour le
succès de la tâche assignée à ces efforts.
ÉVACUATION DU YU5-NAN
L'évacuation du Tong-Ring par les troupes chinoises
se poursuivait méthodiquement. Le télégramme suivant,
reçu le 7 juillet i885, par le Tsoung-li Yamen, donnait
des renseignements remontant au 12 juin i885 :
Le Vice-Roi du Yun-Nan a quitté Kouan-Sse (en annamite
Tuan-quan) le 37 de la 3* lune (ou 1 1 mai ï885). Le 17 de la
4'' lune (ou 3o mai), il passait à Van bàn chau * et le 36 (8 juin)
il atteignait la frontière du Yun-Nan. On calcule qu'il pourra
arriver à Mong-tseu hien ^ et s'y établir dès le i**"" de la 5* lune
(ou 1 3 juin).
Toute l'armée du Yun-Nan, au nombre de plus de 70000
hommes, est déjà en retraite \evs la Chine et plus de 33 000
hommes sont maintenant parvenus sur les frontières des dépar-
tements de Kai-houa et de Lin-ngan ^, qui sont à une distance
de plus de mille li de la place annamite de Tuan-quan. De
Tuan-quan à Lam-dao^, à Quang-oai'^, à Bat-bat^, à Mai-chi-
quan, il y a, en outre, 3 ou 4oo li. A cause de la longueur du
chemin, du nombre des troupes, du mauvais état des sentiers de
communication, de la rareté des bateaux et des chevaux, tous
les bagages n'ont pu être emportés. Plus de sept mille soldats
1. Sur le haut fleuve Rouge.
2. Sous- préfecture dans le Yun-Nan.
3. Dans le Yun-Nan.
4. Dans la province de So'n-lay.
5 et 6. Dans la province de So'n-lay.
ÉVACUATION DU TUN-NAN 547
des Kouang ont (par suite) été laissés en arrière pour maintenir
Tordre. On a dû, peu après, les faire revenir successivement.
Lieou Yong-fou est actuellement à Lao-kay, où il règle ses
affaires. Sa rentrée dans le Kouang-Si a été fixée au milieu de
la 5* lune (c'est-à-dire vers la fin de juin ou le commencement
de juillet)*.
Lieou (Luu) rentra régulièrement en Chine le 25 juin; nous
aurons encore occasion de parler de ce vieux partisan qui,
d'ancien rebelle dont la tête était mise à prix, était devenu
général de Tarmée chinoise; en avril 1886, il fut nommé au
commandement de la division Nan-Ao, dans le Kouang-
Toang.
Plus lard encore, le Tsoung-li Yamen reçut, le 6 de la
6* lune (ou 17 juillet i885), un télégramme du Vice-Roi de
Canton :
Le Vice-Roi du Yun-Nan m'avise, sous la date du 8 de la 5^
lune (20 juin), que les troupes de Lieou Yong-fou ont consenti
à se mettre en route au milieu de la 5*^ lune [fin juin] et à aller
s'établir à Nan-ki, pour se conformer au traité qui stipule leur
rentrée au-delà des passes. Or, Nan-ki se trouve en dedans de la
frontière du Yun-Nan au Sud-Ouest de Lao-kay. Les poteaux
télégraphiques ont été abattus par les eaux et les communica-
tions se sont trouvées interrompues pendant longtemps.
Le 24 juillet, le Tsoung-li Yamen avertit M. Patenôtre
que les dernières troupes du Yun-Nan avaient repassé la
frontière et qu'il ne restait plus aucun soldat chinois au
Tong-King.
ÉVACt'ATIOîï DE FORMOSE. MORT DE l'amIRAL COURBET
De notre côté, nous exécutions les clauses du traité et
Formose fut évacuée le 21 juin, à 9 heures du matin ; nous
1. Pour trad. conforme, sig. : A. Vissieke.
548 l'affaire du tono-king
laissions derrière nous un cimetière rcnrermant 2 1 olliciers el
adJudanU el plus de 5oo soldats et marins. Le li6ros et la
victime de cette guerre, Tamiral Courbet, mouraità Makong,
à bord du Bayard, le 1 1 juin i885. Le aa juillet, les Pes-
cadores étaient abandonnées.
Enfm les relations diplomatiques sont reprises :
Paris, 18 juillet i885'.
Le Minisire de Chine'à Berlin, Siù King-ich'éng, m'a fait
annoncer oITiciellement son arrivée à Paris, au commence-
ment du mois prochain pour renouer les relations entre les
deux pays. Le langage qu'il a tenu à cette occasion est tout
k fait amical k Tégard de la France.
Le i5 août, M. Cogordan se rendra en mission à Tien-
Tsin et au besoin à Pé-King, pour les négociations aux-
quelles donnera lieu le traité de commerce. Il m'a paru utile
d'envoyer en Cliine un agent ayant collaboré avec moi i
la préparation de cet important projet.
Vous avez très bien fait de ne pas prendre l'initiative de
[larler des événements de Hué. La réserve du Tsoung-li
^ amen à cet égard esl de bon augure pour l'avenir.
(Sig.) C. DE FnEïCiNET.
GUF.T-APE.Ns DE HUÉ (5 juillet i885)
Dans cette dépécbe, M. de Freycinet faisait allusion A un
îvénement grave qui venait de se passer à Hué et qui, heu-
reusement, n'eut pas dans nos rapports avec la Chine plus
l'influence que n'en avait eu la jKiniquede Lang-so'n.
Le 3o mai i8S5, le général Britre de l'isle faisait ses
idieuxà ses troupes A Haî Plionir. H était remplacé dans le
I. Di-iH'dic li'li'praiilii'iiie. .MTuirot (nrarif.'i''rc« i M. Paleiiùtre.
a. Voir].. 4;io.
55o
L AFFAIRE DU TOXG-KIKG
d'étrangers, anxieux d'offrir leurs services, Young, Holcombe,
Detring, Hart, le seul vraiment sérieux, etc. Et puis il faut
compter avec les ministres de la marine, changeant aussi
souvent que leurs collègues des Affaires étrangères, les
gouverneurs de la Cochinchine, les généraux et les amiraux,
et brochant sur le tout, le Parlement, qui a une part énorme
de responsabilité dans les délais apportés à la solution de
la question.
Décret.^
Pendant la 4*^ lune de l'année dernière (mai i884). Nous
avons autorisé spécialement Li Houng-tchang à conclure un
arrangement avec le Capitaine de frégate français Fournier,
pour régler la question de l'établissement de relations com-
merciales avec l'Annam. Nous n'avions alors d'autre dessein
que de faire cesser la lutte et de tranquilliser le peuple.
Depuis, après l'affaire de Lang-so'n, Nous avons été con-
traint de recourir aux armes. L'Annam est un pays très
chaud el^ aride. Nos soldats y sont morts des fièvres en grand
nombre. Cependant, ils ont été aux prises avec l'ennemi pendant
une demi-année et des pertes ont été éprouvées par les armées
des deux adversaires. Les habitants de celle dépendance frontière
(de la Chine)^ ont également eu à souffrir des hostilités, ce qui
nous a causé un vif chagrin.
A dater de la 12*^ lune, l'Inspecteur Général des douanes,
Hart, Anglais de nationalité, considérant qu'il n'existait pas, à
l'origine, entre les deux nations (belligérantes) de raisons de
dissentiment, a insisté |x>ur que nous remissions en vigueur la
Convention de Tien-Tsin. Il a servi de porte-paroles aux deux
parties, allant de l'une à l'autre, pour leur faire abandonner
leur animosilé et rétablir leurs rapports amicaux.
Nous inspirant humblement de la bonté du Ciel placé au-
I. Gazette de Pé-King, a'j delà 6® lune, ii« année Kouang-Siu
('1 août i885).
3. Fan-chou t iilt. Dépendances formant haie sur la fronlicre. Les
Chinois désignent ainsi les pays dépendant de leur Empire et qui lui
paient tribut à époque fixe, tels que la Corée, TAnnam, les ilcs Licou
Kieou, le Népaul A. V.
GUET-APENS DE HLÉ ODI
dessus de Nous, qui aime les créatures et la vie, réfléchissant
aussi avec respect à Nos Ancêtres, qui ont su diriger leurs expé-
ditions militaires, les activer ou les ralentir, les prolonger ou les
arrêter, suivant les époques ou les avantages du pays, tenant
toujours compte des circonstances sans conserver d'idées précon-
çues. Nous Nous sommes portés révérencieusement aux Décrets
rendus à différentes reprises pendant la 54* année K'ien-loung
(1790) pour le retrait de nos troupes de l'Annam ^ Ces éven-
tualités déterminantes (de nos changements de politique) sont
les mêmes aujourd'hui qu'elles étaient alors. Nous avons, en
conséquence, consenti à ce qui Nous était demandé. Nous avons
ordonné à Li Houng-tchang et à ses collègues de conclure avec
l'envoyé français Palenôlre un nouveau traité en dix articles,
et de fixer des localités sur la frontière du Tong-king pour l'éva-
cuation du commerce. Nos relations avec la France sont redeve-
nues amicales. La France vient de retirer toutes ses troupes de
Ri-loung et des Iles Pescadores. Nous avons aussi fait rentrer en
dedans des défilés nos armées du Yun-Nan et des Kouang. Les
prisonniers faits de part et d'autre ont été rendus intégralement.
Notre lointain domaine^ n'aura dès lors plus à subir les
malheurs de la guerre, et l'Univers se félicitera du rétablissement
de la paix. La Cour dans toute cette affaire, a pesé toutes les
circonstances depuis le commencement jusqu'à la lin, et a exa-
miné toutes les occasions qui se sont présentées. Elle n'avait pas,
dans le principe, l'intention de faire la guerre à outrance et Elle
a consenti à prêter son concours pour satisfaire ce devoir qui
consiste à protéger les petits et à vivre en bon accord avec ses
voisins.
La paix étant rétablie aujourd'hui, Nous promulguons ce
Décret pour faire connaître Notre pensée à tous, dans la capitale
et dans nos provinces .
Respect à ceci !'. .
I. Celte allusion & K'ien-loung est singulière quand on songe que
cette retraite s*opéra à la suilc de désastres de Tarmée chinoise.
a. Houang'foUt lill. le Domaine désert ou aride, terme employé
depuis la plus haule antiquité, pour désigner les confins extrêmes de
TEmpire, louchant aux terres des barbares, où étaient exilés les criminels.
3. Pour trad. conforme, sig. : A. Yissiere.
CHAPITRE XXVI
TRAITÉ C060RDÂN (1886). — TRAITÉ GONSTANS (1887) •
Le 12 août i885, le ministre des Affaires étrangères télé-
graphiait à M. Patenôtre d'informer le Gouvernement im-
périal que M. Cogordan, sous-directeur à la direction poli-
tique*, venait d'être chargé par le Gouvernement de la
République de négocier et de conclure avec la Chine, le Traité
de Commerce prévu par le traité du g juin et que ce haut
fonctionnaire serait assisté, dans sa mission, de M. Bruwaert,
consul de i^^ classe. Le même jour, M. de Freycinet adres-
sait à M. Cogordan, un projet de traité de commerce en
21 articles avec la Chine tel qu'il avait été élaboré de concert
entre les représentants des Départements des Affaires étran-
gères, de la Marine et du Commerce dans les réunions aux-
I . Je n'ai pas cru devoir séparer ce chapitre du précédent dont il est
le corollaire, quoique les traités soient postérieurs à des événements que
nous racontons dans les chapitres suivants.
a. Cogordan, George, né le i6 mai 1849; <^<>ctcur en droit, licencié
es lettres ; attaché au contentieux, a3 mai 1874 ; attaché payé, ag no-
vcmbre 1877; commis principal, 37 mai 187g; rédacteur au cabinet,
ICI* février 1880; sous -directeur au contentieux (droit public), 16 octobre
1880; à la direction politique, i5 février i88a ; secrétaire de la com-
mission internationale du canal de Suez, 3omars i885 ; envoyé en mission
en Chine pour la conclusion d*un traité de commerce, 5 août i885 ;
chargé de la légation de France à Pcking, i5 octobre i885; ministre
plénipotentiaire de deuxième classe, a5 avril 1886; chargé delà con-
clusion du traité d*amitié et de commerce avec la Corée (mai-juin 1886);
chargé de la sous -direction du Nord & la direction politique, août 1886.
quelles notre nouvel envoyé en Chine avsit lui
part; ce projet ne devait pas toutefois enlever I
d'action à M. Cogordan qui aurait également à fai
traité du g juin. M. Cogordan devait partir le iS
voie de New- York ; il aurait le titre de chargé i
serait possible ainsi à M. Patenôtre de prendre u
de venir à Paris renseigner le ministre sur l'ens
situation. L'âge de M. Cogordan pouvait être un
aussi pour encourager le jeune diplomate, M. d
lui télégraphiait-il le ai octobre :
La Chine vous trouve très jeune et dès lors vous (
rimenté, en lous cas facile à influencer. Elle se pri
créer des dilficultés de détail, non pour empêcher
Commerce, mais pour obtenir des avantages. Oppos
de patience et de fermeté tranquille avec une étude
détails.
M. Cogordan quitta, le 20 octobre i885, Chai
Tien-Tsin et Pé-King.
Peu de jours après son arrivée à Tien-Tsin,
(ian, le 37 octobre, se rendait au Yamen de 1
commença l'cnlrelien avec un ton aigre-doux qui,
par des récriminations de sa part, ne permit j
ministre de prolonger l'entrelien. Deux jours j
vice-roi rendait sa visite à M. Cogordan et sur !
de celui-ci k quelle époque, après un court séjour
il pourrait revenir à Tien-Tsin pour entamer les i
relatives au traité commercial : a A quoi Ixtn i
répondit Li, vous ferez mieux de négocier direc
le Tsoung-li Yamen et, quand le traité sera prêl
serai ma signature comme j'ai fait sur celui du
gouvernement français a cm devoir se passer de
époque, il ne peut pas trouver mauvais que je
i. M. Palen<Mre quitta Pô-Kiiig, lo i''' octobre.
554 TRAITÉ COGORDAN
d'agir encore une fols de la même manière ! D'ailleurs si vous
ne pouvez vous entendre avec le Tsoung-li Yamen, revenez
à Tien-Tsin, peut-être alors réussirez-vous mieux avec moi. »
Toutefois à la fin de l'entretien, le vice-roi se montra plus
conciliant.
La Chine avait été blessée {)ar le traité du 9 juin qui
froissait son orgueil ; Li était le seul à en prendre son
parti; quant à sir R. Hart, il tenait à faire exécuter « son »
traité.
Deux jours après son arrivée à Pé-King, le 8 novembre
i885, M. Cogordan fut reçu par le Tsoung-li Yamen auquel,
suivant les instructions verbales de notre ministre des Aflaîres
étrangères, il s'efforça de faire comprendre les intentions
toutes pacifiques et conciliantes du Gouvernement de la Ré-
publique. L'impression du Yamen fut bonne à en juger par
la teneur de la dépêche par laquelle il répondait* à la lettre
qui accréditait M. Cogordan auprès de lui.
12 Novembre i885.
Le 3® jour do la 10* lune de la 1 1® année Kouang-Siu (8 no-
vembre i885), Son Excellence M. Cogordan étant venu s'entre-
tenir avec nous au Tsoung-li Yamen, nous a remis la dépêche
dans laquelle Votre Excellence nous avise « de la venue en Chine
pour y prendre la direction de la Légation de France, de
M. Cogordan, Plénipotentiaire, sous-directeur au Ministère des
Affaires Étrangères?...
Le même jour, pendant Tcntretien que nous avons eu pour
la première fois avec M. Cogordan, Nous avons pu nous rendre
compte de ses dispositions conciliantes et pacifiques. Elles ne
manqueront pas d'assurer aux graves intérêts qui lui seront
désormais confiés, un règlement toujours satisfaisant. La con-
fiance, Testime et le concours de notre Conseil ne lui feront
jamais défaut et puisque Votre Excellence a bien voulu nous
adresser la dépêche ci-dessus mentionnée, nous devrons à plus
forte raison lui témoigner une bienveillance toute particulière,
1. A M. de Frcycinet.
r^ ^^
TRAITÉ COGORDAN OOi)
qui raffeniiira en Ire nous la concorde et Tamitié et montrera le
prix que nous attachons aux relations de nos deux Pays.
Telle est notre réponse oflicielle * .
Li Houng-tchang arriva à Pé-King lo 28 octobre ; si, à la
suite de la convention Fournier, son influence avait subi
une passagère éclipse, il Tavait reprise complètement alors;
à peine arrivé dans la capitale, il reçut la visite du septième
prince et il eut quatre ou cinq entretiens avec T Impératrice ;
le seul résultat connu de sa visite fat la création d'une ami-
rauté chinoise.
Le 2^1 novembre i885, M. Cogordan cnveya de Pé King
à Li la traduction chinoise de l'avant-projet de traité de com-
merce élaboré à Paris au commencement du mois d'aoïU. Le
surlendemain de son arrivée à Tien-Tsin, M. Cogordan se
rendit au Yamcn de Li qui lui dit : « Presque tous les ar-
ticles sont inadmissibles pour la Chine. J'ai reçu duTsoung-li
\amen une lettre dans laquelle vingt des vingt-quatre articles
du projet sont l'objet de critiques. En outre, sur les quatre
articles restants, il y en a deux que, pour ma part, je ne
puis accepter*. »
Le 28 novembre i885, l'échange des ratifications du traité
de paix du 9 juin eut lieu au ïsoung-li Yamen ; le [)rince
K'ing et Chin, membres du Grand Conseil, représentaient
l'Empereur; celte cérémonie fut suivie d'un dîner oflert par
le Tsoung-li Yamen au personnel de la Légation de France.
M. Cogordan rendit la politesse le 3 décembre ; le lendemain,
il devait partir pour Tien-Tsin confiant la Légation à M. Col-
lin de Plancy, mais il fut retenu dans la capitale par le mau-
vais temps.
Il est inutile d'entrer dans le détail des négociations qui
amenèrent la signature du traité du 20 avril 1886; disons
1. Pour trad. conforme, sign. : A. Vissière.
a. Lettre de M. Cogordan au Département, i3 décembre.
556 TRAITÉ GOGORDAN
seulement que pendant quelque temps Li avait eu une ten-
dance à subordonner les négociations commerciales au règle
ment de la question de frontière.
TRAITÉ COGORDAN, 25 AVRIL 1 886
ARTICLE i'"". — iVux termes de Tarticle 5 du traite du 9 juin
i885, les Hautes Parties contractantes conviennent qu'il v a lieu,
quant à présent, d'ouvrir au commerce deux localités, l'une au
nord de Lang-So'n et l'autre au-dessus de Lao-Kay. La Chine v
établira des bureaux de douane et la France aura la faculté d'v
nommer des consuls, qui jouiront de tous les droits et privilèges
concédés en Chine aux consuls de la nation la plus favorisée.
Les travaux de la commission chargée de la délimitation des
deux pays ne se trouvant pas terminés au moment de la signa-
ture de la présente convention, la localité à ouvrir au commerce
au nord de Lang-So'n devra être choisie et déterminée dans le
courant de la présente année, après entente entre le gouverne-
ment impérial et le représentant de la France à Pé-King. Quant à
la localité qui devra être ouverte au commerce au-dessus de Lao-
Kay, elle sera également déterminée d'un commun accord à la
suite des travaux de reconnaissance de la frontière entre les deux
pays.
Art. a. — Le gouvernement impérial pourra nommer des
consuls à Hanoï et à Haï-Phong. Des consuls chinois pourront
aussi être envoyés plus tard dans d'autres grandes villes du Toiig-
Ring, après entente avec le gouvernement français.
Ces agents seront traités de la même manière, et auront les
mêmes droits et privilèges que les consuls de la nation la plus
favorisée établis en France. C'est avec les autorités françaises
chargées du protectorat qu'ils entretiendront tous leurs rapports
oiliciels.
Art. 3. — Il est convenu, de part et d'autre, que, dans les
localités où des consuls seront envoyés, les autorités respectives
s'emploieront à faciliter l'installation de ces agents dans des rési-
dences honorables.
Les Français pourront s'établir dans les localités ouvertes au
commerce à la frontière de Chine dans les conditions prévues
par les articles 7, 10, 11, i3 et autres du traité du 27 juin i858.
557
Les Annamites jouiront dans ces localités du mfme traite-
ment privilégié.
Art. li. — Les Chinois auront le droit de posséder des ter-
rains, d'élever des constructions, d'ouvrir des maisons do com-
merce et d'avoir des magasins dans tout l'Annam.
Ils obtiendront pour leurs personnes, leurs familles et leurs
biens, protection et sécurité à l'égal des sujets de la nation euro-
péenne la plus favorisée, et, comme ces derniers, ils ne pourront
être l'objet d'aucun mauvais traitement. Les correspondances
oHicielies et privées, les télégrammes des fonctionnaires et com-
merçants chinois seront transmis sans difTicultc par les adminis-
trations postale et télégraphique françaises.
Les Français recevront de la Chine te même traitement privi-
légié.
Art. 5. — Les Français, protégés français ou étrangers établis au
Tong-King, pourront franchir la frontière et pénétrer en Chine,
à la condition d'être munis de passeports. Ces passeports seront
délivrés par les autorités chinoises de la frontière, k la requête
des autorités françaises, qui les demanderont seulement en faveur
de personnes honorables: ils seront rendus au retour et annulés.
Lorsqu'un vojageur devra traverser une localité occupée par
des aborigènes, ou des sauvages, il sera mentionné sur le passe-
port qu'il n'y a pas dans cette localité de fonctionnaires chinois
qui puissent le protéger.
Les Chinois qui voudront se rendre de Chine auTong-Ring par
la voie de terre devront, de la même manière, être munis de |>as-
seports délivrés par les autorités françaises à la requête dcsaulo-
rilés chinoisesqui les denianderont seulement en faveur de per-
sonnes honorables.
Les passeports ainsi délivrés de part et d'autre sei^iront sim-
plement de titres de voyage et ne pourront pas être considérés
comme des certificats d'exemption de taxes pour le transport des
marchandises.
Les autorités chinoises sur le sol chinois et les autorités fran-
çaises au Tong-King auront le droit d'arrêter les personnes qui
auraient franchi la frontière sans passeport et les remettre aux
mains des autorités respectives pour être jugées et punies s'il y
Les Chinois habitant l'Annam pourront rentrer du Tong-King
en Chine en obtenant simplement des autorités impériales un
laissez-passer leur permettant de franchir la Irontière.
558 TRAITÉ COGORDAN
Les Français et autres pei^onnes établies dans les localités
ouvertes à la frontière pourront circuler sans passeport dans un
ravon de cinquante lis (578 mètres le li) autour de ces localités.
Art. g. — Les marchandises importées dans les localités
ouvertes au commerce, à la frontière de Chine, par les négo-
ciants français et les protégés français, peuvent, après acquitte-
ment des droits d'importation, être transportées sur les marches
intérieurs de la Chine dans les conditions fixées par le septième
règlement annexe du traité du 27 juin i858 et par les règle-
ments généraux de la douane maritime sur les passes de transit
à l'importation,
Dès que ces marchandises étrangères seront importées dans
ces localités, déclaration devra être faite en douane de la nature
et de la quantité de ces marchandises, ainsi que du nom de la per-
sonne qui les accompagne. La douane fera procéder à la vérifica-
tion et percevra le droit du tarif général de la douane maritime
chinoise, diminué d'un cinquième. Les articles non dénommés
au tarif resteront passibles du droit de 5 pour loo ad valorem.
Ce n'est qu'après que le droit aura été payé que les marchan-
dises pourront sortir du magasin, être expédiées et vendues.
Le négociant qui voudrait envoyer dans l'intérieur des mar-
chandises étrangères devra faire une nouvelle déclaration en
douane et payer, sans réduction, le droit de transit inscrit dans
les règlements généraux de la douane maritime chinoise.
Après ce payement, la douane délivrera une passe de transit
qui permettra aux porteurs de se rendre dans la localité désignée
sur la passe pour y disposer desdites marchandises.
A ces conditions, aucune perception nouvelle ne sera faite au
passage des barrières intérieures et des bureaux de likin.
Les marchandises pour lesquelles des passes de transit n'au-
raient pas été demandées seront passibles de tous les droits de
barrière et de likin imposés aux produits indigènes dans l'inté-
rieur du pays.
Art. 7. — Les marchandises achetées par les Français et les
protégés français sur les marchés intérieurs de la Chine peuvent
être amenées dans les localités ouvertes à la frontière, pour être
de là exportées au Ïong-King, dans les conditions fixées par le
7*^ règlement annexe du traité du 37 juin i858 sur letransitdes
marchandises d'exportation .
Lorsque h*s marchandises cliinoises arriveront dans ces loca-
lités pour être exportées, déchirât ion devra être faite en douane
TRAITÉ COGORDAN dSq
de la nature et de la quantité de ces marchandises, ainsi que du
nom de la personne qui les accompagne.
La douane fera procéder à la vérification.
Celles de ces marchandises qui auraient été achetées à Tinté-
rieur par le négociant muni d*une passe de transit et qui n'au-
raient alors acquitté ni taxe delikin, ni taxe de barrière, auront
d'abord à payer le droit de transit inscrit au tarif général de la
douane maritime chinoise.
Elles payeront ensuite le droit d'exportation du tarif général
diminué d'un tiers. Les articles non dénommés au tarif reste-
ront passibles du droit de 5 pour loo ad valorem.
Après l'acquittement de ces taxes, les marchandises pourront
sortir librement et être expédiées au delà de la frontière.
Le négociant qui, ayant acheté des marchandises dans l'inté-
rieur, ne sera pas muni d'une passe de transit, devra acquitter,
au passage des bureaux de perception, les taxes de barrière et de
likin; les récépissés devront lui être délivrés. A son arrivée à la
douane, il sera exempté du payement du droit de transit sur le
vu de ces récépissés.
Les commerçants français et protégés français important ou
exportant des marchandises par les bureaux de douane de la
frontière du Yun-\an et du Kouang-Si, et les commerçants chi-
nois important ou exportant des marchandises au Tong-King
n'auront à acquitter aucune taxe de péage pour leurs voitures ou
leurs bêtes de somme. Sur les cours d'eau navigables franchissant
la frontière, les barques pourront être de part et d'autre sou-
mises à un droit de tonnage, conformément aux règlements de
la douane maritime des deux pays.
En ce qui concerne les dispositions du présent article et du
précédent, il est convenu entre les Hautes Parties contractantes
que, si un nouveau tarif douanier vient à être établi d'un com-
mun accord entre la Chine et une tierce puissance pour le com-
merce par terre sur les frontières sud-ouest de l'Empire chinois,
la France pourra en obtenir l'application.
Art. 8. — Les marchandises étrangères qui, n'ayant pu être
vendues, seraient, dans un délai de trente-six mois, après avoir
acquitté le droit d'importation à l'une des douanes frontières
chinoises, réexpédiées vers l'autre douane frontière, seront exa-
minées à la première de ces douanes, et, si les enveloppes en sont
restées intactes, si rien n'en a été distrait ou changé, elles rece-
vront un certificat d'exemption du montant de la taxe primiti-
56o TBA
vcmcnt perçue. Le porlcur de ce ccrlificat pourra le reincllre à
l'auliv donaiic Irantiùrc à l'acquil du nouveau droit qu'il aura à
pa>er. La douane |>ourra t^galpmcnl délivrer des bons valables
pendant Irois ans, [Kiut tout payement ultérieur àTaire au même
bureau. Il ne sera jamais rendu d'argent.
Si ces miSmes marchandises sont réexpédiées vers un des port»
ouverts de la Cliine, ellesy seront, conrormément ii la rtgle géné-
rale de la douane maritime chinoise, soumises aux droits d'importa-
tion , sans qu'on puisse y faire usage de ces ccrtilicats ou bons de
douanes frontières. 11 ne sera pas non plus possible d'y présen-
ter, il l'acquit des droits, les quittances délivrées par les douanes
fronlièrcs lors du premier versement. Quant aux droits de tran-
sit, une fois ac(|uittcs, ils ne pourront jamais, conformément
aux règlements appliqués dans les ports ouverts, donner lieu à
la délivrance de bons ou certificats d'exemption.
AiiT. 9. — Los mai'cbBndiscschinoities. qui, apn-savoir acquitté
il l'un des bureaux de la frontière, lesdroits de transit et d'exporta-
tion, seraient réexpédiées vers l'autre douane frontière pour être
vendues ne seront soumises, à leur arrivée i cette seconde douane,
qu'au payement, à titre de droit de réimportation, de la moitié
du droit d'exportation déjà perçu. Ces marchandises pourront
alors, conformément aux règlements établis dans les ports
ouverts, être transportées dans l'intérieur par les commervants
Si ces marcbandiscs chinoises sont transportées dans un des
ports ouverts de la Chine, elles seront assimilées à des marchan-
dises étrangères et devront ac<|uiltcr un nouveau droit entier
d'importation, conformément au tarif général de la douane mari-
time.
Ces marchandises seront admises à payer le droit de transit
[wur ])énétrer dans l'intérieur. Les marchandises chinoises
tmjiortéi's d'un port de mer de Chine vers un port annamite,
pour être de là transportées à la frontière de terre, et rentrer
ensuite en territoire chinois, seront traitées comme marchandises
étrangères et devront payer le droit local d'importation. Ces ntar-
chandises seront admises à payer le droit de transit pour péné-
trer dans l'inlérinur.
Art. 10. — Le» déclarations en douane chinoise devront élre
faites dans les trente-six heures qui suivront l'arrivée des mar-
chandises, sous j)oinr d'une amendede .'>o taéU par chaque jour
de retard, sans (lue cette amende puisse excéder aoo taêls, Lne
TRAITÉ COGORDAN 56 1
déclaration inexacte de la quantité des marchandises, s*il est
prouvé qu'elle a été faite dansTintention d'échapper au payement
des droits, entraîne pour le marchand la confiscation de ces
marchandises. Les marchandises qui, non munies du permis du
chef de la douane, seraient clandestinement introduites par des
clicmins détournés, déballées ou vendues, ou qui seraient l'objet
d'un acte intentionnel de contrebande, seront intégralement con-
fisquées. Toute fausse déclaration ou manœuvre tendant à trom-
per la douane sur la qualité, la quantité, la réelle provenance ou
la réelle destination des marchandises appelées à bénéficier des
passes de transit, donnera lieu à la confiscation des marchan-
dises. Ces pénalités devront être prononcées dans les conditions
et selon la procédure fixée par le règlement du 3i mai 1868.
Dans tous les cas où la conQscation aura été prononcée, le négo-
ciant pourra libérer ces marchandises moyennant le versement
d'une somme équivalant à leur valeur, dûment déterminée par
une entente avec les autorités chinoises. Les autorités chinoises
auront toute liberté d'aviser aux mesures à prendre en Chine, le
long de la frontière, afin d'éviter la contrebande.
Les marchandises descendant ou remontant les voies naviga-
bles à bord de bateaux français, annamites ou chinois, ne devront
pas être nécessairement débarquées à la frontière, à moins qu'il
y ait apparence de fraude ou divergence entre l'état de la cargai-
son et la déclaration du manifeste. La douane ne pourra qu'en-
voyer à bord desdits bateaux des agents pour en faire la visite.
Art. II. — Les produits d'origine chinoise importés au Tong-
King par la frontière de terre auront à acquitter le droit d'im-
portation du tarif franco-annamite. Ils ne payeront aucun droit
d'exportation à la sortie du Ïong-King. Il sera donné commu-
nication au gouvernement impérial du nouveau tarif que la
France établira au Tong-King. S'il est établi au Tong-King des
taxes d'accise, de consommation ou de garantie sur certains ar-
ticles de production indigène, les produits similaires chinois
auront à subir, à l'importation, des taxes équivalentes.
Art. 12. — Les marchandises chinoises qui seraient transpor-
tées à travers le Tong-King d'une des deux douanes frontières vers
l'autre douane frontière ou vers un port annamite, pour être de
la exportées en Chine, seront soumises à un di'oit spécifique de
transit qui ne dépassera pas 3 pour 100 de la valeur. Au point de
sortie du territoire chinois, ces marchandises devront être recon-
nues par l'autorité douanière française de la frontière qui en
Cordier. 11 — 36
56a TRAITÉ COGORDAN
spécifiera la nature, la quantité et la destination, dans des certi-
ficats d*origine destinés à être produits à loute réquisition des
autorités françaises durant le parcours à travers le Tong-King,
ainsi qu'au port de transbordement.
Afin de garantir la douane franco-annamite contre toute
fraude possible, ces produits chinois acquitteront à l'entrée du
Tong-King le droit d'importation.
Un passe-debout les accompagnera jusqu'à la sortie, soit par
le port de transbordement, soit à la frontière terrestre, el les
sommes versées par le propriétaire des marchandises lui seront,
déduction faite des droits de transit, restituées à ce moment, s'il
y a lieu, en échange du récépissé délivré par les douanes du
Tong-King.
Toute fausse déclaration ou manœuvre tendant, d'une manière
évidente, à tromper l'administration française sur la qualité, la
quantité, la réelle provenance ou la réelle destination des mar-
chandises appelées à jouir du traitement spécial applicable aux
produits chinois qui traverseront le Tong-King en transit, don-
nera lieu à la confiscation des marchandises. Dans tous les cas où
la confiscation aura été prononcée, le' négociant pourra libérer ses
marchandises moyennant le paiement d'une somme équivalante
leur valeur, dûment déterminée par une entente avec les autori-
tés françaises.
Les mêmes règles et la même taxe de transit seront applicables
en Annam aux marchandises chinoises qui seront expédiées d'un
port de Chine vers un port annamite pour gagner de là les doua-
nes-frontières chinoises à travers le Tong-King.
Art. i3. — Les articles suivants :
L'or et l'argent en barre, la monnaie étrangère, la farine, la
farine de maïs, le sagou, le biscuit, les conserves de viande el de
légumes, le fromage, le beurre, les sucreries, les vêtements
étrangers, la bijouterie, l'argenterie, la parfumerie, les savons de
toute espèce, le charbon de bois, le bois à brûler, les bougies et
la chandelle étrangères, le tabac, le vin, la bière, les spiritueux,
les articles de ménage, les provisions pour les navires, les bagages
personnels, la papeterie, les articles de tapisserie, la coutellerie,
les articles de droguerie, les médicaments étrangers, la verrerie
seront vérifiés par la douane chinoise, à l'entrée et à la sortie,
s'ils sont réellement de provenance étrangère et destinés à l'usage
personnel des étrangers, et s'ils arrivent en quantité modérée, un
certificat d'exemption des droits sera délivré, qui en permettra
_^
TRAITÉ COGORDAN 563
le libre passage à la frontîi^re. Si ces articles sont soustraits à la
déclaration, h la formalitc du certificat d'exemption, leur intro-
duction clandestine les rendra passibles d'amende au nu>nie titre
que les marchandises passées en contrebande.
A l'exception de Tor, de l'argent, de la monnaie, des bagages,
qui resteront exempts de droits, les articles ci-dessus mentionnés
destinés à l'usage personnel des étrangers et importés en quan-
tité modérée, payeront, lorsqu'ils seront transportés à l'intérieur
de la Chine, un droit de a i/3 pour loo à la valeur.
Les douanes franco-annamites de la frontière ne percevront, à
l'entré* comme à la sortie du Tong-King, aucun droit, soit sur les
objets suivants d'usage personnel que les Chinois transporteraient
avec eux : monnaie, bagages, vêtements, ornements de coiffure
de femmes, papiers, pinceaux, encre de Chine, mobiliers et ali-
ments, soit sur les produits que les consuls de Chine au ïong-
King feraient venir pour leur consommation personnelle.
Art. i^. — Les Hautes Parties contractantes conviennent
d'interdire le commerce et le transport de l'opium de toute pro-
venance par la frontière de terre entre le Tong-King d'une part,
el le Yun-Nan, leKouang-Si, et le Kouang-Toung, d'autre part.
Art. i5. — L'exportation du riz et des céréales sera interdite
en Chine. L'importation de ces articles s'y fera en franchise de
droit. H sera interdit d'importer en Chine :
La poudre à canon, les projectiles, les fusils et canons, le sal-
pêtre, le soufre, le plomb, le spelter, les armes, le sel, les publi-
cations immorales.
En cas de contravention, ces articles seront intégralement con-
Gsqués.
Si les autorités chinoises faisaient acheter des armes ou des
munitions, ou si des négociants recevaient l'autorisation expresse
d'en acheter, l'importation en serait permise sous la surveillance
spéciale de la douane chinoise. Les autorités chinoises pourront,
en outre, après entente avec les consuls de France, obtenir, pour
les armes et munitions qu'elles voudraient faire tran3[K)rter en
Chine, à travers le Tong-Ring, l'exemption de tout droit à la
douane franco-annamite.
L'introduction au Tong-King d'armes, munitions de guerre,
publications immorales est aussi interdite.
Art. i6. — Les Chinois résidant en Annam seront, sous le
rapport de la juridiction criminelle, (iscalc, ou autre, placés
dans les mêmes conditions que les sujets de la nation la plus
564 TRAITÉ GOGORDAN
favorisée. Les procès, qui s'élèveront en Chine, dans les marchés
ouverts de la frontière, entre les sujets chinois et les Français ou
Annamites seront régies en cour mixte par des fonctionnaires
chinois et français.
Pour les crimes ou délits que les Français ou protégés français
commettraient en Chine dans les localités ou vertes au commerce,
il sera procédé, conformément aux stipulations des articles 38 et
39 du traité du 37 juin i858.
Art. 17. — Si dans les localités ouvertes au commerce à la
frontière de Chine, les Chinois déserteurs ou prévenus de quel-
ques crimes qualifiés tels par la loi chinoise, se réfugient dans
des maisons ou à bord des barques appartenant à des Français
ou protégés français, l'autorité locale s'adressera au consul, qui,
sur la preuve de la culpabilité des prévenus, prendra immédia-
tement les mesures nécessaires pour qu'ils soient remis et livrés
à l'action régulière des lois.
Les Chinois coupables ou inculpés de crimes ou délits, qui
chercheraient un refuge en Annam, seront, à la requête des
autorités chinoises, et sur la preuve de leur culpabilité, recher-
chés, arrêtés et extradés dans tous les cas où pourraient être
extradés de France les sujets des pays jouissant du traitement le
plus large en matière d'extradition.
Les Français ou protégés français coupables ou inculpés ^e
crimes ou de délits, qui chercheraient un refuge en Chine,
seront, à la requête des autorités françaises et sur la preuve de
leur culpabilité, arrêtés et remis auxdites autorités pour être
livrés à l'action régulière des lois.
De part et d'autre, on évitera avec soin tout recel et toute
connivence.
Art. 18. — Pour toute difficulté non prévue par les disposi-
tions précédentes, on recourra aux règlements de la douane
maritime qui, conformément aux traités existants, sont actuel-
lement appliqués dans les villes ou les ports ouverts.
Dans le cas où ces règlements seraient insuflisants, les agents
des deux pays en référeraient à leura gouvernements respectifs.
Les présentes stipulations pourront être, aux termes de l'ar-
ticle 8 du traité du 9 juin i885, re visées dix ans après l'échange
des ratitications.
AuT. 19. — La présente convention de commerce, après a voir
été ratifiée par les doux gou\ ornements, sera promulguée en
France, en Chine et on Annam.
'■■?:.'» "
TRAITÉ COGORDAN 565
L*échangc des ratifications aura lieu à Pé-King dans le délai
d*un an, à compter du jour de la signature de la convention
ou plus tôt, si faire se peut.
Fait à Tien-Tsin en quatre exemplaires, le 35 avril 1886 (cor-
respondant au vingt-deuiième jour de la troisième lune de la
douzième année Kouang-Siu).
Signé : G. Cogordan.
E. Bruvvaert*.
(Signature et cachet chinois : Li IIoung-tchang.)
La principale difficulté que rencontra M. Cogordan dans
ses négociations fut le règlement des droits de sortie stipulés
dans l'article 6 du traité du 9 juin ; elle faillit être la pierre
d'achoppement sur laquelle allaient échouer les premiers
pourparlers, car Li Houng-tchang émettait la prétention
d'écarter complètement cette question. Sur l'insistance de
M. Cogordan qui menaçait de rompre, le vice-roi annonça
qu'il se faisait fort, malgré l'opposition du gouvernement
central, de faire passer l'article concernant ces droits, après
la discussion des autres parties du traité, et il faut dire à sa
louange, qu'il tint fidèlement sa parole.
La nomination de consuls par la Chine au Tong-King
(art. 5 du Traité du 9 juin) demandée par l'article 2, eût été
la cause de grands troubles dans notre nouvelle possession ;
le consul chinois aurait été naturellement le point de rallie-
I Briiwacrt, François- Edmond ^ né le 26 septembre 18/17 *» licencié
en droit; attaché à la direction des consulats et affaires commerciales,
24 octobre 1873; élève-consul, i5 décembre 1876; détaché au cabinet
pour la rédaction des analyses commerciales, 8 février 1877 ; secrétaire de
la commission administrative du 6 avril 1878; secrétaire de la commis-
sion internationale des postes, 10 mars 1879; i^édacteur au cabinet,
i*^'' février 1880; secrétaire adjoint de la conférence monétaire interna-
tionale, avril 1881 ; secrétaire pour les négociations commerciales avec la
Suède et la Belgique, juillet 1881 ; consul de seconde classe (pour prendre
rang du 1" janvier 1880) à Chicago, 16 janvier 1882 ; consul de pre-
mière classe, 1 4 juillet 1884 ; gérant du consulat général de New- York,
17 juin- 10 septembre i885 ; adjoint au plénipotentiaire chargé du traité
de commerce avec la Chine, 5 août i885.
566 TRAITÉ COGORDAN
ment de ses compatriotes et il n'aurait pas manque de créer
autour de lui un mouvement d'agitation funeste à notre in-
fluence. Aussi lorsque la Chine voulut plus tard se prévaloir
de cette clause, nous nous y opposâmes.
M. Cogordan resta inébranlable sur la question de fron-
tières : si nous avions cédé une parcelle de territoire, quelque
minime qu'elle fût, à la Chine, nous aurions perdu le béné-
fice de longues et difficiles négociations et notre condescen-
dance eut été tournée en faiblesse. Plus tard, Tcspérance
d'obtenir Dong Dang lors de l'arrivée de M. Bourcier Saint-
Chaffray avec la commission de délimitation à la frontière
du Tong-King, faillit rouvrir une fois encore cetle question,
au grand ennui de notre plénipotentiaire et des fonctionnaires
chinois qui avaient traité avec lui ; la fermeté de notre agent
écarta ce danger. M. Constans fut un peu plus coulant sur
cetle question de frontières pour obtenir une réduction des
droits de sortie, mais l'avantage d'environ i pour loo qu'il
obtint, ne compensa pas reffet d'une cession territoriale.
Malgré le désir des Tongkinois, M. Cogordan ne put rien
obtenir pour le sel : les Chinois se montrèrent intraitables
sur ce chapitre, et il n'y a pas lieu de s'en étonner. Le sel
est une des principales sources du revenu de la Chine ; l'ad-
ministration de la gabelle est un rouage important du gou-
vernement ; Tun des quatre grands fonclionnaires provinciaux,
Se Tao, est précisément le contrôleur de la gabelle, Yen Yiin
Che se ou Ton Tchouan. 11 fut impossible aussi d'arracher
l'autorisation d'ouvrir des établissements industriels dans les
porls ouverts au commerce étranger ; la demande était pre-
maturéc, elle réussit plus tard avec les Japonais.
On remarquera qu'on ne put s'entendre sur la langue dont
la rédaction ferait foi ; en eflel, on a dû observer les variantes
que j'ai signalées plus haut entre les text^îs français et chinois
du traité de Tien-Tsin de i858; après de nombreuses et
inutiles conférences, on trouva plus simple de s'abstenir
-» -•?»
CONV EDITION s CONSTATS S 56 7
pour épargner des pourparlers qui se seraient éternisés sans
résultat.
La Chine considéra ce traité comme un succès pour elle.
M. Paul Bert prétendit qu'il ruinait le Tong-King, écono-
miquement par Topium^ le sel, les droits de sortie, et, poli-
tiquement par les Consuls au Tong-King et le traitement de
la nation la plus favorisée.
Uannée suivante un nouveau traité de commerce signé par
M. Constans remédiait aux clauses défavorables du traité de
1886 et augmentait nos avantages.
La place me manque, comme d'ailleurs, pour toutes les
aiïaires de Corée, que je traiterai autre part, pour raconter
la mission de M. Cogordan, dans le Royaume de la Fraîcheur
matinale. Je me borne aujourd'hui à dire que notre en-
voyé signa à Séoul le !\ juin 1886, le premier traité entre la
France et la Corée, imitant en cela les États-Unis d'Amérique
(traité du 22 mai 1882), l'Angleterre (traité du 26 novembre
i883), l'Allemagne (traité du 26 novembre i883), la Russie
(traité du 25juin-7 juillet i884) et l'Italie (traité du 26 juin
i884).
M. Collin de Plancy fut chargé de procéder à l'échange
des ratifications du traité, 8 avril 1887, et il fut nommé
consul et commissaire du gouvernement à Séoul, le 9 no-
vembre 1887.
CONVENTIONS CONSTANS, 26 JUIN 1887
Lettre officielle de S. A. le prince fCing et des ministres du Tsoung-li
Yamen à M. Constans, envoyé extraordinaire de la République
françitise en Chine.
A la suite de plusieurs conférences, nous avons arrêté, d'ac-
cord avec vous, les termes d'une convention additionnelle en dix
articles et d*un procès-verbal de clôture des travaux de la com-
mission dedélimitation, ayant pour but de compléter ou de modi-
fier certaines stipulations du traité du 9 juin i885 et du traité
• ^ '• ■ t flHL."*-Jr
568 CONVENTIONS CONSTANS
dii 25 avril 1886, qui règle les rapports commerciaux entre la
Chine et l'Annam.
A la veille de prendre jour pour signer ces deux actes, nous
devons nous entendre sur trois points laissés indéterminés cl
nous proposons de les régler de la manière suivante :
1° Aux termes du traité précédent, le gouvernement chinois
peut installer des consuls dans les principales villes du Tong-King.
Nous sommes déjà convenus que le gouvernement chinois con-
sent à ajourner la nomination de ces consuls, jusqu'au jour où
les deux gouvernements estimeront que les circonstances permet-
tent de les établir.
3" Il est entendu que, lorsque le gouvernement chinois établira
des consuls à Hanoï et à Haïphong, le gouvernement français
pourra en nommer dans les capitales des provinces du Yun-Nan et
du Rouang-Si.
3° Les consuls français dont le gouvernement chinois a consenti
la nomination à Ijoung-Tchéou et à Mong-tseu, ainsi que Fagcnl
relevant du consul de Mong-tseu, qui sera établi à Man-hao n'au-
ront pas le droit d'établir dans ces villes, ouvertes seulement au
commerce de terre, des concessions, comme celles qui existent
dans le port de Chang-Haï et dans quelques autres ports
ouverts.
Il est entendu que ces trois articles auront la même valeur que
s'ils étaient insérés dans le texte même de la convention addi-
tionnelle.
Tel est l'objet de la présente communication, à laquelle nous
vous prions de vouloir bien répondre.
Pé-King, le troisième jour de la cinquième lune de la treizième
année de Kouang-Siu (a3 juin 1887).
Réponse de M. Constans, envoyé extraordinaire de la République
française en Chine à son Altesse le prince King et leurs Excellences
les ministres du Tsoung-li Yamen.
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre en date
du 23 juin 1887, par laquelle vous me proposez le règlement
suivant des trois points qui n'ont pu être fixés dans la convention
additionnelle.
« 1° Nous sommes déjà convenus que le gouvernement chinois
consent à ajourner la nomination des consuls qu'il peut instal-
ler, aux termes du traité précédent, dans les grandes villes du
.. comT,», 509
S deux gouvernement» estimeront ,
l de les établir.
nie le gouvernement chinois cta-
iialpliong. le gouvernement fran-
1 capitales des provinces du Ynn-
: le gouvernement chinois a con-
rhcou et è Mong-tscu. ainsi que
ig-tseuqui sera établi a Man-han,
lans res villes, ouvertes seulement
rsiùons comme celtes qui existent
et dans quel<|ues autres porls
CCS ajoutent que « ces trois nrti-
s'ils étaient insérés dans le te.\le
et de Vos Excellences conlirmc
intervenues au cours de nos con-
riionneur de leur donner aciede
ion de la fronltèrf enire la Chine
Pé-Kinf), le s6 juwi 1887.
r le Président de la Uépuhliqiic
ur de Chine, en exécution de l'ar-
5 pour reconnaître la frontière
, avant termine leurs travnui ;
ancien ministre de l'intérieur et
rcrnement, envoie extraordinaire
ice du second rang, président du
'mbre du Tsoung-lî Yamen, pro-
e des travaux publics,
uvernnments respertifs ;
is le présent acte les dispo:'ilions
éfinitivenieiit la délimitation de
■s cartes y annesées qui ont été
670 CONVENTIONS CONSTANS
dressés et signés par les commissaires français et chinois sont et
demeurent approuvés ;
a° Les points sur lesfjuels l'accord n'avait pu se faire entre les
deux commissions, et les rectifications visées |)ar le deuxième
paragraphe de l'article 3 du traité du 9 juin i885 sont réglés
ainsi qu'il suit :
Au Kouang-Toung, il est entendu que les points contestés qui
sont situés à l'Est et au Nord-Est de Monkay, au delà de ia
frontière telle qu'elle a été fixée par la commission de délimita-
tion, sont attribués à la Chine. Les lies qui sont à l'Est du mcri-
dien de Paris io5°43* de longitude Est, c'est-à-dire de la ligne
Nord-Sud passant par la pointe orientale de l'ile de Tch'a Kou
ou Ouan-chan (Tra-co) et formant la frontière, sont également
attribuées à la Chine. Les îles Go-tho et les autres îles qui sont
à l'Ouest de ce méridien appartiennent à l'Annam.
Les Chinois coupables ou inculpés de crimes ou délits qui cher-
cheraient un refuge dans ces îles seront, conformément aux sti-
pulations de l'article 27 du traité du 35 avril 1886, recherchés,
arrtMés et extradés par les autorités françaises.
Sur la frontière du Yun-Nan, il est entendu que la démarca-
tion suivra le tracé suivant ;
De Reou-teou-tchaï (Cao-dao-trai) sur la rive gauche du Siao-
tou-lcheou-ho (Tien-do-chu-hu), point M de la carte de la
deuxième section, elle se dirige pendant cinquante lis (vingt
kilomètres) directement de l'Ouest vers l'Est en laissant à la Chine
les endroits de ïsui-kiang-cho ou Tsui-y-cho (Tu nghia xa),
Tsui-mei-cho (Tu-mi-xa), Kiang-fei-cho ou Y-fei-cho (Nghia-G-
xa), qui sont au Nord de cette ligne, et à l'Annam, celui de
Ycou-p'ong-cho (Hu-bang-xa) qui en est au Sud, jusqu'aux
points marqués P et Q sur la carte annexe où elle coupe les deux
branches du second affluent de droite du Heï-ho (Hac ha) ou
Tou-tcheou-ho (Do-chu-ha). A partir du point Q, elle s'infléchit
vers le Sud-Est d'environ 1 5 lis (6 kilomètres) jusqu'au point R,
laissant à la Chine le territoire de Nan-tan (Nam-don) au Noitl de
ce point R; puis à partir de ce dit point, remonte vers le Nord-
Est jusqu'au point S, en suivant la direction tracée sur la carte par la
ligne R-S, le cours du Nan-teng ho (Nam-dang-ha) et les terri-
toires de Man-meï (Man-mi), de Meng-tong-chang-ts'oun(Muong-
dong-troung-lhon), de Mong-toung-chan (Muong-dong-son), de
Meiig-loung-lchoung ts'oun (Muong-dong-truong-thon) et de
Meiig-toung chia-ls'ou (Muong-dong-ha-thon) restant à l'Annam.
5,.
A partir du point S (Mcng toung^hia-t'iioun ou Miiong-dong
ha-lhon), le milieu dii Ts'ing-rliouei ho (Than ihuy ha) indique
jusqu'à son confluent, en T, avec la rivière Claire, la frontière
Du point T, son tracé est marqui' par le milieu de la rivière
Claire jusqu'au point X. à hauteur de Tch'ouan-teou (Thuycn-
Du point X, elle remonte vers le iSord jusqu'au point Y, en
passant par Paiche-)'ai (Bach-lhach-gisi) et l.ao-ai-k'an (Lao-)iai
kati). la moitié de chacun de ces deux endroits appartenant à la
Chine et h l'Annam : ce qui est à l'Est appartient à l'.Vnnam. ce
qui est H l'Ouest, i la Chine.
A partir du point Y, elle longe, dans la direction du Nord, la
rive droite du petit affluent de gauche de la rivière Claire qui la
reçoit entre Picn-pao-kia (Bicn-bao-klia) et Pci-pao (Bac-bao) et
gagne ensuite kao-ma-paï (Cao-ma-tiach), point Z, où elle se
raccorde avec le tracé de la troisième section.
A partir de Long-po-tcliaî (cinquième section), la frontière
commune du Yuu-N'an et de l'Annam remonte le cours du Long-
po-ho jusqu'à son confluent avec le Ts'îng-chouei-ho, marqué A
sur la carte : du point A. elle suit la direction générale du Nord-
Est au Sud-Ouest jusqu'au point indiqué B sur la carte, endroit
où le Saï kiang-ho reçoit le Mien-cliouei-oiian : dans ce parcours,
la frontière laisse à la Chine le cours du Ts'ing'chouei-ho.
Du point B. la frontière, à la direction F]st~Ouesl jusqu'au
point C où elle rencontre le Teng-tiao-tcliiang au-dessous de
Ta-choH-lchio. (Jc qui est au Sud de cette ligne ap|>artient k
l'Annam, ce qui est au Nord à la Chine.
Du point Celle redescend vers le Sud en suivant le milieu do
la rivière Teng-liao-Tchiang jusqu'à son confluent au point D
avec le Tsin-tsc-ho.
Elle suit ensuite le Tsin-tsc-ho pendant environ 3o lis et con-
tinue dans la direction Est-Ouest justpi'au point D où elle ren-
ronlrc le petit ruisseau qui se jclte dans la rivière Noire (Heî
tçiang ou Hac giang)à l'Est du bac de Meng-pang. Le milieu de
ce ruisseau sert de frontière du {wint E au point F.
A partir du point K, le milieu de la rivière Noire serl de fron-
tière à l'Ouest,
l.es aulorilés locales chinoises et les agents désignés par le rési-
dent général de la Itépuhlîque française en Aimam cl au Tong-
king sei'onl chargés do procéder a- l'aborncment, conFornicment
572 CONVEJÎTJONS CONSTATS
aux cartes dressées et signées par la commission de délimitation
et au tracé ci-dessus.
Au prévsent acte sont annexées trois cartes en deux exem-
plaires, signées et scellées par les deux parties. Sur ces cartes, la
nouvelle frontière est tracée par un trait rouge et indiquée sur
les cartes du Yun-Nan par les lettres de l'alphabet français et
les caractères cycliques chinois.
Fait k Pé-King, en double expédition, le 36 juin 1887.
(^Signature et cachet du plénipotentiaire chinois. y
Signé : Gonstans.
(^Cachet de la légation de France à Pé-King.^
Convention additionnelle, signée à Pé-King, le a6 juin 1887,
entre la France et la Chine.
Le Président delà R€»publique française et S. M. l'empereur de
Chine, désireux de favoriser le développement des relations com-
merciales entre les deux pays et d'assurer la bonne exécution du
traité de commerce signé à Tien-Tsin le 25 avril 1886, ont
décidé de conclure une convention additionnelle modifiant quel-
ques-unes des dispositions contenues dans ledit acte.
A cet effet, les deux Hautes Parties contractantes ont nomme
pour leurs plénipotentiaires respectifs, savoir :
Le Président de la République française, M. Ernest Gonstans,
député, ancien ministre de Tintérieur et des cultes, commissaire
du Gouvernement, envoyé extraordinaire de la République fran-
çaise en Ghine,
Et S. M. l'empereur de Ghine, S. A. le prince K'ing, prince
du second rang, président du Tsoung-li Yamen,
Assisté de
S. Exe. Soucn Yu-ouen, membre du Tsoung-li Yamen, pre-
mier vice-président du ministère des travaux publics ;
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs, qu'ils
ont reconnus en bonne et due forme, sont convenus des articles
suivants ;
Art. I®^ — Le traité signé à Tien-Tsin le a5 avril 1886 sera,
ininiédiatement après l'échange des ratifications, fidèlement mis
à exécution dans toutes ses clauses, sauf, bien entendu, celles que
la présente convention a pour but de modifier.
Art. 3. — En exécution de l'article 1" du traité du a5 avril
1886, il est convenu entre les Hautes Parties contractantes que
574 CONVENTIONS CONSTANS
troupes, d'armes ou de munitions de guerre, pourront circuler
de Lang-So'n à Gao-bang. et réciproquement, en passant par les
rivières (Son-Ri-Kong et rivière de Gao-bang) qui relient Lang-
So'n à Loung-Tchéou et Loung-Tchcou à Gao-bang.
Il sera prélevé sur ces bateaux, pour chaque parcours, un
droit de tonnage de 5 pour 100 de taël par tonneau, mais les
marchandises composant le chargement n'auront à acquitter
aucun droit.
Les marchandises à destination de Ghine pourront être trans-
portées par les rivières dont il est question dans le paragraphe
I*' du présent article, aussi bien que par les routes de terre, et
notamment par la route mandarinale qui conduit de Lang-So*n
à Loung-Tchéou ; mais, jusqu'au jour où le gouvernement chi-
nois aura établi un poste de douane h la frontière, les marchan-
dises qui passeront par ces routes de terre ne pourront être
vendues qu'après avoir accjuitté les droits à Loung-Tchéou.
Art. 7. — 11 est entendu que la France jouira de plein droit,
et sans qu'il soit besoin de négociations préalables, de tous le%
privilèges et immunités, de quelque nature qu'ils soient, et de
tous les avantages commerciaux qui pourraient être accordés
dans la suite à la nation la plus favorisée par des traités ou con-
ventions ayant pour objet le règlement des rapports |X)1itiques
ou commerciaux entre la Ghine et les pays situés au Sud et au
Sud-Ouest de l'Empire chinois.
Art. 8. — Ayant arrêté d'un commun accord les dis[)Ositions
ci-dessus, les plénipotentiaires ont apposé leur signature et leur
sceau sur deux exemplaires du texte français de la présente con-
vention, ainsi que sur la traduction chinoise qui accompagne
chacun de ces exemplaires.
Art. 9. — Les stipulations delà présente convention addition-
nelle seront mises en vigueur comme si elles étaient insérées
dans le texte même du traité du 25 avril 1886 à partir du jour
de l'échange des ratifications desdits traité et convention.
Art. 10. — La présente convention sera ratifiée dès à présent
par S. M. l'empereur de Ghine, et, dès qu'elle aura été ratifiée
par le Président de la République française, l'échange des ratifi-
cations aura lieu à Pé-Ring.
Fait à Pé-Ring, le >ingl-six juin mil huit cent quatre-vingl sept.
Signé : Constans. Prince R'ing.
(l. s.) (l. s.)
575
L'article 2 accorde rouvcrlure au coinmeree des porls de
Loung-lchéou et de Miing-tscu ainsi que de Man-ltao ;
\]. Conslans avait obtenu en outre l'ouverture de Yun->an fou,
capitale du Vun-Nan, de Kouoi-lîn, capitale du kouang-Si, de
Ho-Kcou, en face de Lao-Kaj et de Tong-hing, en face de
Mong-Kaj ; on renonça à ces derniers avantages pour ne pas
augmenter le nombre de nos agents ; l'abandon de nos de-
mandes en ce qui concernait Vun-Nan fouet Kouoi-lin rendait
nulle la seconde clause de la lettre du prince k'ing relative
à la nomination de consuls chinois à Hanoï et à Hal-phong.
L'article 6 constituait un avantage extrt^menicnt sérieux;
la communication entre l^ng So'n et Cao-Bnng pouvait se
faire par territoire cliinois puîscpie Ton avait le droit de des-
cendre le Song-ki kong jusqu'à son confluent avec la riviil^re
de Cao-Bang que l'on remontait ensuite; on sait que la roule
directe de Lang-So'n à Cao-ltang est impraticable'. Le
moyen d'agir de M. Constans sur le gouvernement chinois,
snns lequel, il n'aurait pu réussir, était la reconnaissance
des droits de la Chine sur la presqu'île de Pak-Loung.
I. I.OI porlanl approbation de la conrenlion de commerce aignie à Tien-
Tsia, te i5 avril i8S6. cl delà cORnenlion adtlitionnetle tigace à
Pfking. U 16 juin 1887. entre la France tt la Chine.
Le S^nat et la Cliambre des di-putét ont adoplf.
Le Président de In République promulgue la loi dont la teneur suit ;
Article iiniijue. — t.e Président de la R<!p(ibli(|ue est autorise à ratilier,
el. s'il ja lieu, i faire exécuter la convention de commerce signée k Tien-
Tsin, le 35 avril 188U. et ta convention additionnelle signée à PéLing.le
aC juin 1887, entre la France ot la Chine et dont une copie autbenlique
demeure annexée i la présente loi*.
La présente loi, délibérée cl adoptée par le Sénat et par la Chambre
desdéputes, sera exécutée comme lui de l'Etal.
l-ail i Paris, le 3o novembre 1888.
Càhmot.
Parle Président de la République :
Bei>Ë GOBLET.
a. (Jour™; O/fieUI. dimancbe î décembre 1888.)
CHAPITRE XXVII
E P. TERRASSE. - LE CHOLÉRA. - AFFAIRE DE SWATOW.
— LIEOD-KIEOU (1883). — LE TOOKG-T'ANG. — AFFAIRE
CONRA0X. - AFFAIRES DE CORÉE (1884).
MEURTRE DU PÈRE TERRASSE
Dans la nuit du 27 au 38 mars i883, le P. Terrasse ' fui
lassacré avec sept cliréliens k Tcliâng Yn, près de Ta-It,
ins la province du Yun-Nan. Ces crimes furent signalés par,
I. Bouréc à M. Challeniel-Lacour le 8 mai i883 cl ce ne
it que le ai août suivant que M. Tricou put lélé^rapliier
I Département que, malgré les difTicultés relalivos aux
Tnires du Tong-King, les coupables avaient été punis de la
islonnade et de l'exil; une indemnité de trois-cent cin-
iianlc mille francs (cinquante mille taJ^ls) avait été versée
ilie les mains de la mission, qui s'était déclarée satisfaite.
CHOLÉRA A PÉ-RING, AOUT l883
Une grande épidémie de clioléra éclata à Pé-King au
lois d'août [883. Un cas fut signalé à la légation de France
s 17 et 18 août. Du aa au 29 août, c'est-à-dire pendant
iiit Jours, par les seules portes de lln-ta mon et de Tsi-houa
. TprrB!.so, Je«>i-.1iiliiiiief.i>«is. n^ pt. i8'i8. i Lanlriac (Haii
ro); Missions tlrangùres de l'aris ; [larli le ay juillet 187!.
jmm
awATow 577
men, il était sorti do la capiUilc au moment du clioléra 1 6io
cercueils dont a8o le 24 août et 3oo le aS aoiH.
Il se passa, k cette époque, une aflaire à Swntow, qui fit
grand bruit et qui offre un grand intérêt pour les droits
de propriété sur les bords des fleuves, etque la lellre suivante
d'un résident de Chine explique clairement :
Il y a une vingtaine d'années, le coinprndor d'une maison du
rommerce allemande, la maison Uiercks et Co.. avait aehclé
(les autorités locales à Swatow un droit de propriété sur des l'étais
de la rivière, qui formaient unesupcrfieiedélennincc, maisdont
rac(|uisitïon n'était regardi'-e comme parfaite, d'aprt's les usages
du pays, qu'au fur et à mesure que l'acquéreur les mettait en les
exhaussant, définitivement k l'abri du retour des eau\ du (leuvc
el qu'il payait, pour les terrains ainsi préservés. les iinjiôls c.ii-
Î,'W par l'Étal.
Dans les années qui suivirent ces acquisitions, un certain
nombre de lots furent ainsi occupés et recédés ensuite à des par-
ticuliers ou à des eom|)agnies industrielles: et l'un d'eux fut
clioisi. il y a longtemps déjà, par l'administration des douanes
qui y établit la résidence de ses a;<ents el ses bureaux.
Immcdialcmenl à côté de ce terrain des douanes, se trouvait
le reste des terrains non surélevés, concédés jadis au coinprador
cl devenus, plus lard, par l'effet d'une rétrocession, la propriété
(le la maison elle-même, dont le représentant, un des associés.
M. Shaar, faisait alors fonctions de Vice-Consul d'Allemagne à
Sualow. Ils formaient une sorte de promontoire qui descendait.
eti se perdant, vers le lil actuel de la ^i^i(■^e,etla jiorlioii immé-
diate en avait graduellement été occupée pur l'adminislralion
impéri.ilc des douanes, qui, ne tes trouvant inscrits au nom de
personne sur les registres des immeubles, le u [a la torité
chinoise, y avait établi des cbcmins, des lia ^arn d s ga ges
pour SCS embarcations cl se les était finalem ni la t adj ^ par
i'Klat, sans que la maison DiercUsen ait eu conna s,a utout
flu moins ait protesté.
C'est précisément («tte partie altenanle in -d at l 1 lu
CoHDiER. Il — 37
V?-3
578 ANNÉES l883 ET i884
Douane dont M. Shaar, dans le courant de Tannée dernière, Gt
la cession au nom de sa maison, à une compagnie de navigation
à vapeur qui prit l'engagement de verser comptant les 1^5 000
piastres, représentant le prix d'acquisition.
Par suite de l'opposition mise par la douane aux prétentions
du nouvel acquéreur qui voulait entrer en jouissance de Tiin-
meuble, celui-ci refusa de verser aucune somme à la maison
Diercks, avant d'avoir la libre disposition du terrain, ce qui irrita
vivement M. Shaar qui avait compté sur le versement des i45 oc»o
dollars et avait en conséquence pris des arrangements financiers ;
celui-ci désespérant de régler l'aflaire h lui tout seul, s'adressa à
son supérieur hiérarchique, M. Travers, Consul d'Allemagne, à
la fois h (Canton et à Hong-Kong, de qui relève le vice-consulat
de Swatow ; et comme les autorités locales soutenaient les pré-
tentions de l'administration des Douanes, M. Travers crut devoir
lui-môme en référer à la Légation allemande de Pé-King. 11 n'en
essaya pas moins d'arranger les choses à l'amiable et il envoya h
Swatow son interprète, M. de MôUendorff, qu'il chargea de
régler cette affaire avec les autorités locales.
11 est à supposer que le Consul d'Allemagne h Hong-Koriîç
n'était point suffisamment au courant des lois et des coutumes de
la Chine, car il oublia, en envoyant M. de MôllendoriF, de le
munir, selon la règle, d'une lettre de service qui l'introduisit
auprès du Vice-Roi des deux Kouang et des autorités de Swatow.
Cette circonstance obligea M. de Môllendorff à faire deu\ fois en
vain le voyage de Swatow à Canton, où ses démarches person-
nelles n'obtinrent aucun effet, jusqu'au jour où M. Travers
demanda officiellement au vice-roi de l'accréditer auprès des
mandarins de Swatow.
Pendant ces délais, M. deBrandt avait cru devoir s'adresser au
Yamen et il avait envoyé son premier interprète, pour signifier
aux Ministres de l'Empereur, que si cette affaire ne recevait pas
une prompte solution, la légation d'Allemagne saurait bien se
iaire rendre justice. Il est très vraisemblable, pour ne pas dire
certam, qu'il aura donné, dans ce sens, des instructions pré-
cises, soit à son Consul à Canton, soit à M. de Môllendorff lui-
même, qui était revenu à Swatow et y attendait en vain, depuis
quelque temps, les lettres promises par le vice-roi pour les auto-
rités locales.
Les choses en étaient là, quand l'administration chinoise crut
devoir faire entourer de palissades le terrain contesté. Elle pré-
?f?l!^'S»V-"'-
LES ILES LIEOU-KIEOU 679
tendait par là marquer le droit de propriété qu'elle revendiquait
et se conformait en cela, parait-il, aux usages du pays qui veulent
que les acquéreurs entourent ainsi de palissades la [)ortion dont
ils vont prendre possession, afin de faire connaître aux tiers inté-
ressés qui auraient des prétentions contraires h élever, la muta-
tion qui est sur le point de s*opérer.
Faute de connaître cet usage, M. Shaar et M. de Môllendorf
virent dans Tacte qui venait de se produire un acte de violence
auquel il y avait lieu de répondre par la force et ils provoquèrent,
le lendemain, le débarquement d*un piquet de troupes qui prit
possession du sol, au nom du Gouvernement Allemand et arracha
violemment les palissades qui avaient été élevées la veille. Cette
opération accomplie, les soldats remontèrent h bord du navire de
guerre et se tinrent prêts à soutenir par les armes le prétendu
droit de leur consul.
M. de Brandt avait-il réellement donné des ordres ? Fut-il
désavoué par son gouvernement? Dans tous les cas, il rentra
en Europe S laissant M. de Tattenbach comme chargé d'af-
faires.
LES ILES LIEOL-KIEOL*
Au mois de décembre i883, les mandarins de Ning-po
arrêtèrent des marins des îles Lieou-Kieou . Les Japonais les
réclamèrent comme étant leurs sujets et les Chinois refusè-
rent de les rendre, affirmant qu'ils étaient vassaux de la
Chine. La situation était d*ailleurs tendue entre les deux
peuples : des rixes avaient lieu en Corée, entre Japonais et
Chinois. Le ministre du Japon à Pé-King se plaignait de
l'attitude peu courtoise du gouvernement chinois à son
égard, aussi son gouvernement, mécontent, lui ordonna-t-il
de quitter Pé-King pour marquer un refroidissement. Le
ministre japonais quitta la capitale le 1 1 décembre. Il arri-
vait à chaque instant que des marins des Lieou-Kieou fai-
saient naufrage sur la côte de Chine; en 1877, des habitants
I. n quitta Chang-Haî le 17 avril i883.
58o ANNÉES l883 ET i884
de ces îles échouèrent à Penlrée du Yang-tseu et furent con-
duits à Sou-tchéou; la côte du Fou-kien était surtout le
théâtre de sinistres maritimes et les naufragés étaient menés
à Fou-tchéou. La Chine avait déclaré qu'elle ne renoncerait
à ses prétentions sur les Lieou-kieou qu'autant que les inté-
ressés, c'est-à-dire les habitants de ces îles, déclareraient
qu'ils n'étaient plus vassaux de la Chine. Le Tsoung-li Yamen
pour se « sauver la face » agissait de même en Corée et en
Annam.
INAUGURATION DU TOUNG-t'aNG, 4 MAI l884
L'église de l'Est, Toung-T'ang, placée sous le vocable
de saint Joseph, fut terminée, à la place de l'ancienne maison
d'Adam Schall, h la veille de la signature de la convention
Fournier ; on y avait travaillé sept ans, et sa construction
avait coûté jusqu'alors 3ooooo francs à la mission. La béné-
diction du Ïoung-T'ang par M'^'' Delaplace eut lieu le di-
manche f\ mai 1884. Outre le chargé d'afliûres de France,
le chargé d'affaires de Belgique et la légation d'Espagne
assistaient à la cérémonie en uniforme. Malgré les dillirullés
entre la France et la (jhine, M. de Semallé avait adressé une
invitation aux membres du Tsoung-li Yamen :
Pé-King, le 2 mai 1884.
Excellences,
Sa Grandeur M*^** Delaplace, Evéque de Pé-Ring, ayant
désiré que la nouvelle éf^lise du Toung-T'ang fût inaugurée à
roccasion du centième anniversaire de riiistallation des Lazaristes
à Pé-King, j*ai cru que c'était pour moi un devoir de polilt^sst*
d*annoncer à VV. EE. que cette cérémonie aura lieu le 10 delà
lune de 7 à 10 h. du matin.
Je saisis cette occasion, etc.
Les membres du Yamen répondirent le lendemain :
... Nous avons justement tous ce jour là des affaires et il ne
r et c'est le bul de la
IX ', élabli au nom iJi
-Liln (Mandchourie),
dans le Yanien devani
la légation de Franc
une lettre de M. Ail
lu-tchoiiang et les dél
mdc Icltre. D'autre p
le prince Koiing adres
liai larlare de Tsi-tsi-l
.IX. Une enquête fut f
irnis par M. Boycr, j
ice de M" Dubail- cl
nnraux. Le 17 seplcm
ettre oITiciellG au pri
t réclamer une pron:
inut que les officiers
i exempts de rr[>rocl
en accusation. Les lu
s favorables au missi
l'y avait rien à fair
Villon, consul de Fra
essayer de régler l'afl;
!s. Le Tsoung-li Yar
1 et donna, en dccem
s complications d'Anr
it les fonctionnaires ai
583 ANNÉES l883 ET î884
ganls; ceux-ci suscitèrent toutes sortes de difficultés à
M. Dillon et firent le vide autour de lui. Surveillé, espionné,
sa vie même menacée, M. Dillon rentra l'été de i883 à
Chang-Haï et y trouva M. Tricou. Celui-ci, à son passage
à Tien-Tsin (20 septembre), adressa une note énergique,
qui contenait en dix paragraphes Ténoncé de nos griefs cl
en sept autres la liste des réparations que nous étions en
droit d'exiger, au prince Koung, qui répondit le 12 octobre
par un refus catégorique de s'occuper de l'aflaire. C'était un
véritable déni de justice. M. Dillon et M. Dubail, rentrés en
France, entretinrent M. Jules Ferry de l'affaire Conraux,
et, le 4 juin i884, le ministre des Affaires étrangères envoya
à M. Patenôtre l'ordre de faire, dans le plus bref délai pos-
sible, les démarches qui lui paraîtraient le plus propre k
obtenir une solution que réclamait impérieusement la dignité
de notre pays.
AFFAIRES DE COREE
De graves événements se passaient en Corée, avant-cou-
reurs de la guerre qui devait éclater dix ans plus tard entre
la Chine et le Japon.
Nous avons vu que les Japonais, par le traité de Kang
boa (1876)*, avaient ouvert la Corée, reconnue indépen-
dante, au commerce. A partir de cette époque, il y eut lutte
d'influences à la cour de Séoul, entre le Japon et la Chine,
la vieille suzeraine vers laquelle le roi de Corée ne cessait de
tourner ses regards pour demander conseil. Les Coréens
étaient d'ailleurs divisés sur la conduite nouvelle que les
circonstances allaient les obliger à prendre en même temps
qu'ils étaient forcés d'abandonner leur isolement séculaire.
Il semblait même que déjà une certaine tolérance, incon-
1. II, pp. 98-99.
TRAITÉS CORÉENS 583
nue jadis, était témoignée aux missionnaires, qui, malgré
les édits, rentraient dans le royaume : le 28 janvier 1878,
M*' Ridel, arrêté en Corée, eut la vie sauve grâce à la reine,
et fut reconduit en Chine sur la demande de notre mi-
nistre à PéKing; le i4 mai 1879, l'abbé Deguette*, des
Missions étrangères, arrêté dans le district de Kong-tjyou
et conduit à Séoul, fut relâché sur la demande de M. Pate-
nôtre. Ce fut par l'intermédiaire du Tsoung-li Yamen que
nos représentants à Pé-King obtinrent ces grâces ; pour cette
dernière aflaire, le Tsoung-li Yamen en fit transmettre les
détails à notre ministre des Affaires étrangères par son agent
à Paris en lui demandant de les communiquer au Saint-Siège
afin que des conseils de prudence fussent adressés aux mis-
sionnaires catholiques. C'est la première fois que le Tsoung-
li Yamen fait ainsi allusion, dans un document officiel, à la
cour pontificale et qu'il laisse entrevoir la pensée de nouer
avec elle des relations plus ou moins directes : indice grave.
TRAITÉS CORÉENS
Le 23 octobre 187g, Li Houng-tchang donnait des con-
seils à un haut fonctionnaire coréen sur la conduite à tenir
par son pays vis-à-vis des Japonais et des Occidentaux :
Dans les conjonctures actuelles, il convient, ne semble-f-il
pas, de neutraliser raction du venin par le venin et, s'il s'agit
d'ennemis, de pouvoir les opposer les uns aux autres. 11 impor-
terait de profiter de toute occasion qui se présenterait de vous
lier successivement par des traités avec tous les États occiden-
taux, vous vous serviriez d'eux pour contenir le Japon.
Suivant ces avis, la Corée voulut bien prendre l'initiative
d*ouvrir ses ports aux étrangers, afin de rester maîtresse des
I. Dcguette, Victor- Ma rie, du diocèse de Goutances ; Missions étran-
gères de Paris ; parti le ai février 1876.
584 ANNÉEE l883 ET i884
conditions dans lesquelles ils seraient ouverts et de ne pas
subir le sort de la Chine. La Corée désirait surtout que
Topium ne lui soit pas imposé par l'Angleterre et les mis-
sionnaires par la France.
Successivement, la Corée signait les traités suivants : avec
les États-Unis représentés par le commodore R. W. Shu-
feldt, à Jen-tchouan, le 22 mai 1882, ratifié à Séoul le
19 mai i883; avec la Grande-Bretagne, représentée par le
vice-amiral George Ommaney Willes, à Jen-tchouan, le
6 juin 1882, non ratifié; puis à Séoul, par Sir Harry Parkes,
le 26 novembre i883, ratifié le 28 avril i884; avec l'Alle-
magne, représentée par son consul général à Yokohama,
Edouard Zappe, à Séoul, le 26 novembre i883, ratifié le
18 novembre 188/1; avec Tllalie, représentée par son mi-
nistre à Pé-King, M. Ferdinand de Luca, à Séoul, le 26 juin
1884, ratifié le 24 juillet 1886; avec la Russie, représentée
0'
par M. Charles Wacber, conseiller d'Etat, à Séoul, le 25 juin-
7 juillet 1884, ratifications échangées le 2-i4 oclobre i885.
Le Japon faisait également des modifications à son traité de
1876 ou de nouveaux arrangements en 1877, 1878, 1879,
1881, 1882, i883et 1884.
Quant à la France, le ministre des Affaires étrangères té-
légraphiait à notre représentant à Pé-King, le i5 avril 1881 :
Si nous devons voir s*abaisser les barrières qui ferment la
Corée, nous entendons ne pas ouvrir la brèche ; nous ne voulons
être ni les premiers ni les derniers à y pénétrer.
Nous avons vu^ que ce ne fut que le 4 juin 1886 que
nous signâmes enfin un traité.
RÉVOLUTION DE 1882
Déjà en 1882 une émeute avait éclaté à Séoul contre le*
I. Voir p. 567.
nKïnr.LTinN dk iHUi 585
JajKtnais; celait nnc revanche du parti dirigé ]>ar le Régent,
le Tai Wcn Koun, hostile aux étrangers; on avait fait courir
le bruit que le ministre japonais, aidé de portefaix, devait
s'emparer de Séoul, se substituer au roi et éj)ouser la rcJne,
Le dimanche 23 juillet, les Japonais furent attaqués, quel-
ques-uns furent massatres, d antres réussirent i s échapper
avec leur ministre Hinabousa, le 2^ les soldats, rL%olte5,
luent le premier mini»trc Mm Kijen ho dmh le Palais
Royal. Enhardis ils demandent la tête de h reine et le
Régent leur promet quelle s cmjK.i-iinnori les Jajxinnis
s'empressèrent d envojtr immédiatement Hanabnusa qui
<i^ail été recueilli pir un naMre de ftiicrre anglai-. a\cc une
fnrtc escorte pour obtenir repanlioii do I insulte qu on leur
avait faite.
Le Gouvernement du Mikndo n lioaucoup renforcé son corps
r\pédi lion lia ire qui devnil primitivcineiit se composer de 5oo
lionmics et qui en compte aujourd'hui i 5oo. Les Chinois sont
plus nombreui et disposent d'un cil'eclif de 4 ooo liomnies au
moins. Les uns et les autres, presque aussitôt après leur déliar-
qucincnt, ont marché séparément sur la capitale. Mais les portes
(le la ville se sont fermées pour les premiers, tandis (|u 'aucun
olislacle n'a été opposé aux Iroupcis de Li lloung-tcbang, <|ui ont
pu j pénétrer cl s'y établir sans encombre, Les Japonais campent
sous les murs de la place et parlementent pour être é^'iiiement
.idniis dans l'intérieur de la ville. Mais il ne semble pas qu'on
soit disposé à les y recevoir, et, s'ils voulaient diriger contre les
Coréens une attaque en ri'glc, il serait bien dillicllc que les Chi*
nois ne fussent pas entraînés dans un conllil qui rendrait la
guerre inévitable entre les deux Empires'.
Néanmoins, Uanabousa obtint pleine satisfaction :
Le Ministre du Mikado, escorté de 5oo lioinme.s. a enlin été
admis à pénétrer (bn.s la ville ; on lui a iiiénie fait lion accueil
I . lettre de M. Botiréc. su Minisirc des AITaîrcï flranf^vrc^^. Pi:-Kîiig,
i septembre i88i.
586 ANNÉES i883 ET i884
et, après des pourparlers qui n'ont donné lieu à aucun incident
nouveau, il a été convenu :
1® Que le Gouvernement Coréen punirait sévèrement les prin-
cipaux auteurs de Tattaque armée dirigée contre la Légation du
Japon et exprimerait officiellement au Gouvernement du Mikado
son profond regret de tout ce qui s'était passé ; qu'en outre les
plus grandes précautions seraient prises à l'avenir pour prévenir
le retour de faits semblables et que, à cet effet, les placards et
pamphlets hostiles aux étrangers seraient détruits dans tout-c
l'étendue du royaume.
2° Qu'une somme de 5oo ooo taêls (3 5oo ooo fr. environ)
serait remise au Gouvernement japonais pour l'indemniser des
dépenses nécessitées par la dernière expédition et que 5oooo taëls
(35o ooo francs) seront distribués aux parents des victimes de
l'insurrection.
3° Que deux ou trois nouveaux ports seront ouverts sur la
c6le occidentale aux Japonais et que toute liberté sera laissée
au Représentant du Mikado à Séoul pour se transporter de sa
personne dans les districts de l'Intérieur où bon lui semblera.
4° Que la juridiction des Consulsjaponais sur leurs nationaux,
s'étendra au-delà des ports dans un rayon de 5o li (environ
5 lieues).
5® Enfin, il est entendu que l'escorte de 5oo hommes qui a
accompagné M. Hanabousa à Séoul restera cantonnée dans lepavs
jusqu'à ce que la tranquillité y soit complètement rétablie et que
le Représentant du Mikado et sa suite n'aient plus à craindre le
renouvellement des sanglants désordres qui ont, en dernier lieu,
nécessité leur retraite précipitée *.
Quand le ministre japonais fut parti, Ma Kien-tcliong ',
dans un festin auquel il convia le roi et le Régent', grand
prince de Heung syen, père du roi, déclara à ce dernier
qu^il avait Tordre de rarrêter et de Tcxpédier à Pé-King pour
y être mis en jugement. Li Kan-ying, le Régent ou Taï
Wen Koun (Ta Youen Kiun) interné à Pao-ting, dans le
I. Lettre de M. Bouréo, au Ministre des AfTaires étrangères, Pé-King,
19 septembre 1883.
a. II fut dénoncé on février i883, par Tchang Pei-loun, alors censeur.
3. Appelé par les Chinois Li Kan-ying.
TTT
RÉVOLUTION DE l884 087
Tché-li, n'obtint Tautorisation de rentrer dans son pays
qu'en septembre i885 ' ; il fut donc étranger à la révolution
de 1884.
OUVERTURE DES PORTS
Jen-tchouan ou Tche-moul-po, à l'entrée de la Rivière Sa-
lée, Tune des bouches du Han-Kang, fut ouvert au commerce
japonais le i®*" janvier i883, et étranger, le 1 6 juin la même
année; Youen-san ou Gen-san, dans la baie de Broughton,
au N.-E. de la Corée, fut ouvert au commerce japonais le
i*^' mai 1880, par suite de la convention du 3o août 1879,
et étranger, en novembre i883; Fou-san ou Pou-san, au
S.-E., fut ouvert en 1876 aux Japonais et aux autres étran-
gei*s en i883. AlU mois de juillet i883, les douanes impé-
riales maritimes chinoises établirent des bureaux dans ces
ports, mais elles ne commencèrent qu'en i885 la publica-
tion de leurs statistiques.
Les deux premiers agents anglais en Corée entrèrent en
fonctions le 28 avril i884 : MM. W. G. Aston*, le japonisant
bien connu, consul général, et W. R. Caries^, vice-consul à
Tche-moul-po.
1. Il quitta Tien-Tsin, le 27 septembre, sur un navire de guerre chi-
nois.
2. Aston, William-George, élève interprète au Japon, 16 aoùti86/i;
3^ assistant, 11 mai 1869; ^*^ assistant, 8 juillet 1869; interprète et tra-
ducteur de la légation à Yedo, 6 octobre 1870 ; secrétaire japonais ; consul
à Hiogo ; consul général en Corée, 17 mars i884 ; prit sa retraite comme
2« secrétaire de légation, le i*''" juin 1889.
3. Caries, William- Richard, élève interprète on Chine, 3 1 décembre
1867; 3« assistant, 7 décembre 1872 ; 2« assistant, 2/1 juin 1876 ; i*"""
assistant, i*"" avril 1878 ; faisant fonctions de secrétaire chinoise Pé-King,
en 1877 et i883; vice-consul à Chang-Haï, Pagoda Anchorage, enBn en
Corée, 17 mars i885 ; après différents postes, il a été nommé consul
pour Tien-Tsin et Pé-King, le i3 mai 1899.
588 ANNÉES i883 ET i884
RÉVOLUTION DE l884
A la suite de la révolution de 1882, des troupes chinoises
et japonaises tenaient garnison à Séoul. Ce voisinage entre
soldats de nations rivales devait forcément amener des rixes
qui pouvaient un jour dégénérer en révolution : c'est ce qui
arriva.
Le mercredi f\ décembre i884, pour célébrer l'inaugura-
tion du service de la poste d'Intchyen.à Séoul, un grand
banquet fut donné à riiôtel des Postes par le directeur gé-
néral des postes de Corée, Houng, auquel furent invités les
fonctionnaires européens, parmi lesquels se trouvaient le
ministre des Etats-Unis, le général Foote, le consul général
d'Angleterre, M. Aston, M. P. G. von MoUendorff, etc.,
mais aucun Chinois. Un incendie, allumé sans doute par la
malveillance ou plutôt par des conspirateurs, éclata, à la fin
du repas, vers dix heures, dans une maison voisine. Le gé-
néral Min-yang-i-ki se précipita au dehors pour donner des
ordres, mais il fut immédiatement assailli à coups de sabre,
reçut sept blessures et tomba dans les bras de M. von Môllen-
dorfl', accouru à son secours. Les quatre meneurs, Palk-
keum-moun-youi, Kim-ok-kyoum, Saye-koum-pou, Hong-
yeng-syetri se rendirent au palais, effrayèrent le roi, qui se
sauva sous Tescorte de soldats japonais, mais le 5, à 10 heures
du matin, sept ministres ou fonctionnaires, Min-tai-ho, Min-
yeng-mouk, Tjyo-yeng, Mi-tjyo-yeng-i, Hang-kiou-ljyk,
Youn-t'ai-ou-an-i et You-tji-ta furent massacrés par douze
étudiants coréens déguisés en Japonais, et un nouveau gou-
vernement fut formé avec Kim-ok-kyoum, ancien ministre
de Corée à Tokio, à sa tête.
Le général chinois Youen Che-kai, commandant la gar-
nison chinoise, qui se présenta au palais pour protéger le
roi, le trou\ant occupé par le ministre japonais Takezoyé
-, -~^^. .1--
•^«^
RÉVOLUTION DE l884 689
et ses soldats, ouvrit le feu sur eux ; une bagarre s'en-
suivit, la populace s'en mêla ; la maison de Kim ok-
kyoum, la légation du Japon furent incendiées et les soldats
du Mikado se retirèrent avec leur ministre à Tchemoulpo,
où ils arrivèrent le 8. Ils y trouvèrent le ChiLose Maru,
sur lequel ils embarquèrent environ 25o femmes et ma-
lades japonais qu'ils renvoyèrent au Japon où ils arri-
vèrent le i3. Aussitôt que le gouvernement du Mikado apprit
les événements de Séoul, des navires de guerre furent en-
voyés sur la côte de Corée. Il semble bien que les Japonais
avaient fomenté les troubles qui tournèrent à leur désavan-
tage, et au grand profit des Chinois dont ils avaient voulu
se débarrasser.
De leur côté, les Chinois, occupés avec les aflaires du
Ïong-King, désiraient un accommodement avec le Japon
et Li Houng-tchang fut chargé de rétablir l'ordre en Corée.
Peut-être aurions-nous pu profiter de la situation et nous
entendre avec le Japon, si celui-ci, à la suite de nos efforts
infructueux à Formose, n'avait été convaincu de notre fai-
blesse.
Les Japonais obtinrent d'ailleurs prompte satisfaction et le
9 janvier i885 (2/)'' jour, ii'^ mois, /igS® année depuis la
fondation de la Corée; 9" jour, i^"^ mois, 18" année de
Meidji), un traité en cinq articles fut signé en japonais et
en chinois à Séoul par le comte Inouyé Kaoru, haut com-
missaire du Japon et Kym Holng-Jip, Haut Commissaire de
Corée, qui stipulait le paiement d'une indemnité, la puni-
tion des coupables et la reconstruction de la légation japo-
naise.
TRAITÉ CORÉEN-JAPONAIS, 9 JANVIER l885
I. — La Corée fera des excuser au Japon.
II. — La Corée paiera cent dix iiiille je/ion guise dédommages
Sgo ANNÉES i883 et i88^
^ et intérêts aux parents des sujets Japonais qui ont été tués ou
[ blessés dans les troubles récents et d*indeninité aux marchands
j japonais dont la marchandise a été détériorée ou pillée à la même
t éjx)que.
\ 111. — Les émeutiers compromis dans l'assassinat du Capî-
^ taine Isobayasui seront arrêtés et condamnés aux châtiments que
comporte leur crime.
IV^. — La Légation Japonaise sera reconstruite, la Corée four-
nissant un emplacement et des matériaux pour cette construction
et un Consulat, et déplus déboursant une somme de vingt mille
yen pour défrayer les dépenses de ces travaux.
V. — Une caserne pour la garde militaire japonaise sera élevée
sur le terrain adjacent à la Légation et d*accord avec les condi-
tions de l'Article 5 du Traité Supplémentaire de 1882.
APPENDICE
Les sommes stipulées dans les Articles II et IV seront comptées
en espèces d'argent japonais et devront être payées sans faute, à
Jen-tchouan, dans les trois mois.
Le châtiment des émeutiers marqué dans l'Article lïl devra
être exécuté dans les vingt jours à partir de la date de la signa-
ture de cette Convention.
Ce traité eut pour conséquence la signature d*une conven-
tion en avril i885 entre la Chine et le Japon dans le but de
régler les relations des deux puissances avec la Corée. Le
comte Ito était arrivé le i4 mars à Tien-ïsin où l'attendait
Tamiral Enomoto, pour conduire les négociations.
CHAPITRE XXVIII
LÉGAT OU NONCE, A PÉ-K1N6 7 1885-1886
LÉGAT
Voyant les diBBcullés entre la France et la Chine se pro-
longer et craignant pour la sécurité des missions catholiques
privées de leur protecteur, le Pape crut utile d'adresser à
l'Empereur chinois une lettre pour demander son bien-
veillant appui en faveur des prêtres catholiques évangélisant
dans son pays. Le texte latin de cette lettre, dont nous don-
nons la traduction française, fut communiqué dès le mois
de février i885, par le secrétaire de la Propagande, de la
part de Sa Sainteté, à M. Ed. Lefebvre de Béhaine, notre
ambassadeur près du Saint-Siège. Le préfet de la Propa-
gande* remit le texte latin à notre ambassadeur, le 26 février.
On fit choix pour porter cette lettre du P. Giulanelli,
désigné pour administrer une nouvelle mission au Chen-Si :
LETTRE DU SAlNT-PERE
A l'illustre et très puissant Empereur des deux Tartaries et
des Chinois.
Très Grand Empereur,
La guerre qui a éclaté dernièrement dans certaines régions de
I. Le cardinal Jean Simeoni, successeur du cardinal Franchi et prédé-
cesseur du cardinal Miccslas Lcdochowski, a été préfet de la Propagande
de 1878 à 1893. — Le secrétaire était Ml?"" (Cardinal) Dominique Marie
Jacobini, archev(*que de Tjr, de 188a à 1891 ; né à Rome, 3 sept. 1887 ;
cardinal, 22 juin 1896.
I
692 LÉGAT OU NONCE
Voire Empire Nous presse de faire tous nos efforts pour gagner
Votre Bienveillance et Votre Clémence» afin qu'il ne résulte de
ces luttes guerrières» aucun dommage pour la religion catholique.
En cela» Nous accomplissons un légitime devoir, puisqu'il Nous
appartient de protéger, autant que nous le pouvons et en tout
lieu, le catholicisme. Nous suivons l'exemple de Nos prédéces-
seurs, qui, plus d'une fois, ont imploré les puissants Princes, Vos
ancêtres, en faveur des missionnaires d'Europe et du peuple
chrétien.
Ce qui Nous inspire un grand espoir, c'est que vous avez
donné, en ce teiiq)s même, plusieurs témoignages de Votre bon
>ouloir à l'égard des chrétiens; Nous avons su, en effet, qu'au
début de la guerre. Votre autorité a décrété que les chréli(*iis
de\ aient être respectés, et qu'on ne fît aucun mal, même aux
missionnaires de la nation française.
11 n'est personne qui, en cela, grand Prince, n'ait reconnu
Votre équité et Votre humanité, d'autant plus que tous les
prêtres, habitant Votre florissant empire pour y prêcher l'Evan-
gile, sont envoyés par les Pontifes Romains, de qui ils tiennent
leurs charges, leur mandat et toute leur autorité. Ils ne sont pas
recrutés dans une seule nation; on en compte aujourd'hui un
grand nombre de l'Italie, de la Belgique, de la Hollande, de
l'Espagne, de l'Allemagne, qui habitent dix provinces de \ olre
vaste domination. Les prêtres, tant delà Compagnie de Jésus
que de la Congrégation des Missions, qui travaillent en d'autres
provinces, \iennent de nations très di\erses. Et cela est pleine-
ment d'accord avec la nature de la religion chrétienne qui n'est
pas faite pour un seul peuple, mais pour tous, qui unit tous les
hommes par des liens fraternels, sans aucune distinction de pays
ni de race.
L'œu\rede ceux qui travaillent au nom de l'Évangile est très
salutaire, même aux choses publiques. Ils doivent s'abstenir des
affaires [Kilitiques, el se donner tout entiers à la propagation et
à la sau\egarde de la doctrine de Jésus-Christ. Or les principaux
préceptes de la religion chrétienne sont : craindre Dieu, conser-
ver en toute chose entièrement et inviolablement la justice» d'où
cette conséquence ((u'il faut se soumettre aux magistrats, hono-
rer le roi non seulement par crainte de sa colère, mais surtout
par conscience. Bien certes n'est plus propre que ces >ertus à
tenir la multitude dans le de\oir et à conserver la sétuirité
publique.
LETTRE DU SAINT-PÈRE 698
A la vérité, les prêtres catholiques venus d'Europe, qui, depuis
quelques siècles déjà, exercent les fonctions apostoliques dans le
puissant empire chinois, loin d'avoir apporté aucune gène à la
puissance publique et aux aflaires civiles, ont, au contraire, de
l'aveu de tous, rendu de grands services. Ils y sont arrivés d'abord
par la propagation de la discipline morale du christianisme,
ensuite par la diffusion des lettres et des autres arts, qui consti-
tuent la civilisation. Puisque la même pensée, la même intention
animent ceux qui instruisent à présent les Chinois dans la doc-
trine chrétienne. Vous ne pouvez douter de les trouver toujours,
avec même volonté et fidélité, soumis à Votre nom et à Votre
Majesté.
Pour Nous, puissant Empereur, Nous Vous exprimons et
témoignons la plus grande reconnaissance à cause des preuves de
bienveillance que Vous leur avez données ; et, en même temps,
au nom de cette clémence qui Vous distingue, Nous Vous adju-
rons vivement, dans les circonstances présentes, de les couvrir
de Votre bienveillance, de les prendre sous Votre haute protec-
tion, afin qu'ils ne souffrent aucun dommage, et qu'ils jouissent,
par Votre faveur, de la pleine liberté de leur ministère.
En attendant. Nous supplions Dieu, maître du ciel et de la
torre, afin qu'il vous accorde sans cesse, très illustre Prince,
l'abondance des grâces de sa bonté.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le i'*'" février i885, la
sixième année de Notre Pontificat K
L'abbé Giulanelli reçut de la chancellerie pontificale
l'ordre formel de se concerter exclusivement avec M'^'" Ta-
gliabue, évêque de Pé-King, pour faire parvenir à TEm-
pereur de la Chine la lettre du Pape.
L'abbé Giulanelli arrivait à Ghang-Haï dans le courant
de mars.
« A Tien-Tsin, écrit M. Patenôtre^, l'abbé Giulanelli s'est
adressé à notre Consul pour obtenir un passe-port. 11 lui annonça
qu'il se rendait dans le Chcn-Si en passant par Pé-King et ne
1. Missions catholiques, i885, p. 157-8.
a. Lettre au Ministre des Affaires étrangères, M. de Freycinet, Tien-
Tsin, 39 avril i885.
CORDIER. Il — 38
"^'
594 LÉGAT OU NONCE, A PÉ-KING
fit aucune allusion à la lettre qu'il était chargé de faire parvenir
à l'Empereur de Chine. Je ne fus avisé de sa démarche que lors-
qu'elle-était déjà un fait accompli. Vous trouverez ci-joint copie
de la lettre très laconique et assez embarrassée que Tévèque de
Pé-King m'a adressée à cette occasion. M*' Tagliabue s'y excuse
de n'avoir pu me prévenir plus tôt et se borne à m'annonccr
que M. Giulanelli vient de s'acquitter de sa mission, laquelle
aurait été selon lui de pure courtoisie. »
Voici la lettre de M*^ Tagliabue à notre ministre :
Pé-King, le 8 AvtU i885.
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance une chose que,
peut-être, vous aurez déjà soupçonnée, mais sans la connaître dans
toute sa vérité.
Vient de nous arriver à Pé-King un missionnaire italien
chargé par le Souverain Pontife de remettre à l'Empereur de
Chine et à ses Ministres une lettre de remercîment pour la pro-
tection qu'il accorde aux Missionnaires et le prier de la continuer.
C'est une lettre de pure courtoisie où il n'entre pas un mol
de politique.
L'envoyé a obtenu une audience du Tsoung-li Yamen, a pré-
senté sa lettre et s'en retourne.
Je n'ai pu vous le mander plus tôt parce que je n'avais pas la
ressource du télégraphe, qui nous était interdit ; dès lors, j'ai
préféré tarder de deux jours et vous dire l'alTaire aussitôt qu'elle
serait claire, plutôt que de vous donner une nouvelle insigni-
fiante et incomplète.
Je viens d'apprendre que la paix est signée entre la France el
la Chine.
Veuillez, etc,
Sig. : -j- F. Tagliabue,
Év. de Pompéiopolis, Vie. ap. de Pé-King.
La conduite de l'abbé Giulanelli paraît avoir été très cor-
recte, si l'on doit croire, et il y a tout lieu de le faire, la
note suivante d'un missionnaire * :
i. 29 avril i885.
595
I " Un des pr»nicra devoirs à nous tous missionnaires, est celui
que nous impose la reconnaissance (lue à la France ; la France,
(jui a si longtemps protégé les missionnaires et les Chrétiens de
Chine, a certainement le droit de nous demander d'apporter tout
notre bon vouloir pour l'aider dans sa tâche souvent bien dilli-
cite.
a" Quelle était la mission du R. P. Giulanelli ? Le Rév. PJre
n'avait aucun titre spécial, et, par conséquent, la lettre qu'il
cUit chargé de remettre, n'avait rien d'officiel. Il n'avait nulle-
ment le titre de Légal même pour cette aiïaire ; au moment de
partir pour son vicariat de Chine (Chcn-Si), il est allé voir le
St-Pcre, qui a saisi cette bonne occasion pour envoyer une lettre
privée, de politesse, qu'il avait préparée depuis longteni)», pour
l'Empereur de la Chine.
3° But de la lettre : le but de la lettre était de dire quelques
paroles aimables au Souverain, de prévenir par cet acte de cour-
toisie des dangers qu'une guerre prolongée pouvait Faire naître,
de féliciter l'Empereur d'avoir compris que les Missionnaires et
les Chrétiens restent en dehors des agitations politiques et d'avoir
fait un édit qui leur promettait ta tranquillité. Le R. Père a
déclaré k plusieurs reprises que la démarche du Souvi'rain Pon-
tife n'avait aucun but politique, ni surtout aucune arrière-pen-
sée contre le Protectorat. La lettre ne promettait rien, n'olTrait
rien, ne demandait rien. La lettre a été reçue, on peut mému
dire bien reçue, mais reçue par te Tsoung-li Yamen, qui dit
l'avoir présentée à l'Empereur ; le Tsoung-li Yamcn a ré|>ondu
par une autre lettre qu'il dit avoir donnée sur l'ordre de l'Eni-
[lereur.
4" Qui a demandé l'audience? Pour l'introduire, il était
impossible de s'adresser a laFrnnce.qui malheureusement n'était
pas là. Le Père a déclaré tout d'abord et, dès son arrivc'e à Pé-
King. que ta France, n'étant pour le moment pas représentée à
Pé-King. il n'emploierait à aucun prix l'intermédiaire d'une
Légation Etrangère. M'' Tagliabue ne l'a pas introduit ; l'eùt-il
voulu essayer qu'il n'aurait pu réussir. Au i " jour de l'an chi-
nois, il avait vu sa lettre revenir sans réponse et l'audience de
bonne année lui avait été refusée. Il fallait donc nécessairement
lToit\er an fonctionnaire chinois abordable au Rév. Père (îiula-
nelli et capable d'obtenir l'audience. Ce n'était pas chose facile.
Après bien des réflexions et des recherches inutiles, le nom de
M. Hart a été prononcé. Le P. Giulanelli ne voyant dans fins-
5q6 légat ou liOTiCE, A PÉ-KIKG
pecteur des Douanes qu'un agent des Chinois, a voulu le prier de
demander Taudience. M. Hart a, en efTet, demandé et obtenu
Taudiencc. Ici, Monsieur le Consul, je crois qu'il est bon d'ob-
server confidentiellement : i° Que le Père ne s'est adressé à M. Hart
que parce qu'il était à bout d'autres moyens et qu'en l'absence
de la Légation de France, il ne voulait à aucun prix s'adressera
une légation Étrangère ; a* qu'il ne regardait en M. Hart que le
fonctionnaire chinois et nullement politique, qui, comme vous le
savez très bien, a donné depuis plusieurs années, par ses conseils,
etc., tant de preuves de son mauvais vouloir, chaque fois qu'il
s'agissait de la France ou delà Religion; 3° que M. Hart a pure-
ment et simplement demandé l'audience et n'y a nullement
assisté. On ne s'est donc adressé à lui que comme à un porte-voix
et pas autrement. Il ne savait même pas qu'on y remettrait une
lettre du St-Père à l'Empereur de la Chine. Cette lettre très
secrète n'a été présentée qu'à la fin de l'audience, à laquelle
n'assistaient que le P. Giulanclli et son interprète, missionnaire
italien comme lui ; au sujet de cette lettre, un missionnaire do
Pé-King ajoute : Je sais pertinemment qu'ils se sont contentés
de remettre la lettre sans parler d'autres choses, ce que le R. P.
Giulanelli n'aurait du reste pu faire, le St-Père ne lui ayant
donné aucun titre officiel.
On peut toutefois regretter que M*"" Tagliabue n'ait pas
cru devoir s'adresser au ministre de Russie, puisque celui-ci
était officiellement chargé du protectorat des Missions, et
que M. Popov avait déployé le plus grand zèle en faveur de
la clientèle catholique dont il avait assumé le patronage pen-
dant nos difficultés.
L'abbé Giulanelli, avec l'interprète italien, un mission-
naire lazariste, prêté par M^*" Tagliabue, fut reçu seul
le 8 avril par le Tsoung-li Yamen qui, deux jours après, lui
fit remettre la lettre suivante :
LETTRE DU TSOUNG-LI YAMEX
Les princes et grands ministres du Conseil des alTaires des
royaumes étrangers, par l'autorité de la grande (dynastie) ïa-
Ta'ing, envoient une lettre officielle.
?iOî«iCE A PÉ-KING ?
^91
Au légat de la Grande Rome, Giulaiielli, pour être ouverte en
sa présence.
Notification
Les princes et grands ministres du Conseil des aflaires des
royaumes étrangers, par l'autorité de la grande (dynastie), Ta-
Ts*ing, notifient : le vingt-troisième jour de la deuxième lune
(8 avril i885), l'illustrissime légat étant venu en notre palais et
en notre présence ayant remis les lettres royales
Du Souverain Pontife Romain
Ledit Conseil, le vingt-cinquième jour de la deuxième lune
(lo avril), les a de son côté présentées
Au Grand Empereur
Qui a déclaré les avoir lues avec beaucoup de plaisir et de
consolation.
En conséquence, il a ordonné à nous, grands ministres, de faire
savoir à l'illustrissime Légat, que lorsqu'il sera de retour en son
royaume, il offre des félicitations
Au Souverain Pontife.
Cette notification doit être portée à l'illustrissime Légat, à qui
elle est adressée, afin qu'il soit parfaitement au courant de ce qui
a été fait.
La déclaration ci -dessus a été donnée au Légat Giulanelli de
la Grande Rome, la onzième année du règne de Kouang-Siu, le
vingt-cinquième jour de la deuxième lune (lo avril i885)*.
Le P. François Giulanelli fut reçu en audience particulière
le 25 juin par le Saint-Père, auquel il remit la réponse de
la Chine. Sa mission était terminée.
NONCE A PE-KING y
Si la mission Giulanelli n'eut pas, par elle-même, une
grande importance, elle eut pour résultat d'inspirer au
Tsoung-li-Yamen et à Li Houng-tchang, le désir d'abo-
lir le protectorat que la France exerçait jusqu'alors sur
l'ensemble des Missions Catholiques, sans distinction de
I. Misbions catholiques^ i885, p. 3i6.
598 LÉGAT OU NONCE, A PÉ-KIXG
nationalités, établies dans l'Empire, de nommer un ministre
plénipotentiaire à Rome et de demander au Saint-Siège
d'accréditer un Nonce ou un Légat à Pé-King.
Un missionnaire écrit * :
1° Le Tsoung-li Yamcn a consulté à ce sujet le Vice-Roi
Li Houng-tchang ; dans sa réponse, les idées de S. Exe. Li sont
tout à fait conformes à celles du Gouvernement Central.
3° Le Vice-Roi Li a de môme été consulté par son Gouverne-
ment à Tefiet de savoir s'il serait à propos d'accréditer par lettres
spéciales adressées au Pape, le Ministre chinois, M. Siu. Celui-ci
ouvrirait directement et sans autre intermédiaire les relations
diplomatiques avec le St^-Siège et proposerait au Pape de nom-
mer de son côté un nonce à Pé-King pour traiter les questions
des missions catholiques. La réponse du Vice-Roi a de même été
aflirmative.
3° Le Vice-Roi a reçu l'ordre d'examiner tous les détails de
l'a flaire et d'en faire un Rapport : d'agir dans cette a flaire très
secrètement et le plus rapidement possible. Le Vice-Roi a donc
nommé un délégué, qui a sa complète confiance pour trouver
toutes les informations nécessaires. Les instructions du Délégué
contiennent un questionnaire dont voici les principales questions
auxquelles il doit répondre : i** Pourquoi certains Gouverne-
ments européens envoient des ministres spéciaux au Vatican et
pourquoi le St-Siège envoie des nonces dans les pays catholiques
et dans certains Pays non catholiques? — 2° Quelles sont les
Cours auxquelles le Pape envoie un nonce, et quelles sont les
Nations qui ont un Ministre auprès du St-Siège. — 3** Quel est
le nombre des Évoques européens en Chine. A quelles nations,
ils appartiennent et à quels ordres religieux? Quel est le nombre
des sièges épiscopaux en Chine et dans quelles provinces résident-
ils ? — 4° Quel est le nombre des missionnaires européens en
Chine? Le nombre des prêtres indigènes? — 5* Le nombre des
catholiques, etc., etc. ?
Il est certain que, cette fois-ci. pour réussir dans leurs pro-
jets, ils n'adopteront plus le moyen d'un mémorandum comme
en 187 1 *. Ils saventqu'il ne réussirait pas. Non, cette fois-ci, ils
I. 37 juin i885.
3. Voir I, p. 4 16.
veulent faire adopter leur manière de voir par des p
gùnéreuses et par de bonnes et doucereuse» paroles
croire, l'Empereur et le Gouvernemenl sont dispoi
cœur à protéger efficacement la religion catholique
— i les entendre, ils n'ont d'autre but en proposant
arrangement que de garantir pour toujours la paix et
rite de l'église catholique. Ils disent que \ê protectoi
déplaît au Gouvernement Impérial parce que la Fram
et qu'elle fait souvent tourner, par des vues puren;
qiics. les questions religieuses en cas de guerre. 0
ministre spécial résidant k Rome cl un Nonce à F
France n'aurait plus rien à j voir. La plus grande to
Mandarins et du peuple vis-à-vis des Chrétiens en scn
tat immédiat. On voit donc que leurs bonnes parole
sont bien dilTérentes du ton si insolent du Mcmorandun
les belles promesses d'aujourd'hui remplacent les
exorbitantes d'alors. Le strict secret qu'ils veulent ^
cette affaire, la rapidité avec laquelle ils veulent qu'el
duite, leurs propositions en apparence si généreuses
n'est «jue pour mieux tromper soit Rome, soit Paris,
ce motif que je me permets de vous communiquer ce
lions certaines.
Ce fut Lî Houng-tchang qui fut chargé de meit'
pagne, mais il fit choiit d'un agent singulier, simp
(l'alTaires que rien ne désignait pour cette mission
John George Dunn, écossais ou anglais, ancien as:
maison David Rcid et G"., deChang-Haï, puis i
rial (i883) de VEaslern Extension, Atistralasta i
Teler/rapk Co., Limiled, auquel on remît les
suivants :
Li (Li llung-chang) His Impérial Cbinesc Maje
Commissioncr for tlic Northern Coast Defcncc. Minii
Intendent of Trade. Senior Guardian of tbe Heir
Grand Sccrctarj of tbe Wanllua Tien. Vice-Rovoftl
600 LÉGAT OU NONCE, A PÉ-RING
of Chihli and Earl of thc isl rank of the sub 2 order, makesthe
following communication.
The British Subject, John George Dunn, is fully acquaintod
with the wishes of the Chinesc Government with regard to the
Pch-tang Catholic Cathedral and Establishment in Peking.
The wriler désires that ail to whom the said J. G. Dunn mav
addrcss himself will pay due regard to what he may propose
for the settlement of the question.
To the Superior of the Lazariste Religions Society in Paris and
to ail whom it may concern.
Kwang Siu, iith year, gth moon, 3oth day (6th INovembcr
i885).
(Seal)
True Translation
Signature illisible *.
Si la négociation de Dunn pour obtenir le déplacement
du Pé-T'ang et pour établir des relations directes entre la
Chine et le Saint-Siège, avait abouti, le marquis Ts'êng
aurait été accrédité auprès du Vatican. Le Pape parait n'a-
voir pas découragé ces ouvertures.
Depuis longtemps déjà, le Saint-Siège était désireux
d'opérer une concentration des Missions Catholiques en
Chine, et le 27 avril 1879, le Pape approuva une résolution
de la Sacrée Congrégation de la Propagande partageant en
cinq régions toutes les Missions de la Chine. On trouvera
cette répartition dans le tableau des Missions Catholiques
que nous donnerons plus loin dans le cours de cet ouvrage.
Imitant les missions protestantes, les missionnaires catho-
liques pouvaient ainsi se réunir en synodes régionaux. Ces
synodes ne pouvaient guère avoir d'autres résultats que
d'accentuer la résistance des évêquesà la Légation de Franco.
En août 1880, l'ambassadeur de la République près le
Saint-Siège eut avec le Cardinal Préfet de la Propagande un
1. Barrister-at-Law, Law Secrelary to H. E. Viceroy Li, Tien-Tsin,
7lh Novcmber i885. Probablcmcnl Ng Ghoy.
«*r
POUVOIRS DE DUNN 6o I
enlrelion au sujet du nouveau groupement des missions
catholiques de Chine; le cardinal Simeoni déclara que les
mesures adoptées par la Propagande avaient un caractère
exclusivement religieux, et que la Cour de Rome, loin de
chercher à s'affranchir de notre Protectorat, continuait d'en
apprécier tout le prix.
Au sujet du premier de ces synodes, notre charge
d'affaires, M. Patenôtre, écrivait à M. de Freycinet, ministre
des Affaires étrangères, de Pé-King, le 27 avril 1880 :
« La nouvelle mesure, prise par le St-Siège, aurait pour but
de rendre plus facile et plus frccjuent l'échange de vues entre les
différentes missions de Chine et d'assurer, sur le terrain religieux,
l'unité d'action entre tous les membres de la Propagande. En
rattachant l'une à l'autre les Congrégations qui avaient jusqu'ici
vécu d'une vie distincte, le Souverain Pontife a dû se proposer
surtout d'effacer les dissensions qui, de tout temps, ont divisé
les communautés catholiques dans l'Extrôme-Orient et qui, sans
î^lre aussi nettement accusées aujourd'hui qu'au siècle dernier, sont
loin cependant d'être assoupies. La création d'un certain nombre
de sièges archi-épiscopaux, correspondant aux grandes divisions
ecclésiastiques (cinq régions) semble devoir être — dans un avenir
plus ou moins lointain — la conséquence logique du système de
centralisation inauguré en Chine par la Cour de Rome. L'Eglise
pourra trouver son compte à cette réorganisation des missions ;
mais je doute que la France, au point de vue politique, ait lieu
de s'en (cliciter.
D'autre part, depuis longtemps, ainsi qu'en témoigne la
lettre suivante de M. de Rochechouart, adressée de Pé-King
le i5 mars 1876 au duc Dccazes, certains vicaires apos-
toliques caressaient l'idée de voir placer à la tête de l'Eglise
de Chine un primat résident dans la capitale :
a L'cvèque de Pé-King est venu dernièrement m'entrctenir
confidentiellement d'une question qui l'intéresse personnelle-
ment et au sujet de laquelle il voudrait que votre Déparlement
prit une décision conforme à ses désirs. Voici ce dont il s'agit :
6o3 LÉGAT OU NONCE, A PÉ-KING
Quelques-uns des Évé<|ues appartenant aux Missions Étrangères
ont formé Je dessein d'avoir un représentant permanent à Pé-Ring
qui puisse poursuivre auprès de la Légation la conclusion des
alTaires de leurs Missions, et, au besoin, fournir aux autorités
chinoises les pièces ou renseignements nécessaires.
Ce projet, si simple en apparence, est gros de tempêtes ; sa
réalisation amènerait bien vite des dissentiments aussi violents
que ceux qui ont attristé les amis de l'Église au siècle dernier.
Les Missions Étrangères n'auraient pas plus tôt un représentant
à Pé-King, que les Jésuites, les Franciscains, les Belges, les Domi-
nicains et la Mission de Milan voudraient également en avoir un.
Au milieu de ce dédale d'opinions et d'intérêts opposés, TÉvéque
de Pé-King ne serait plus chez lui. A chaque instant, il s'élève-
rait des conflits. Chacun exciperait des privilèges spéciaux de sa
Congrégation, et les choses cesseraient absolument de marcher.
M*' Delaplacc, en m'annonçant ce projet, ajouta que, ne pou-
vant, pour des considérations sacerdotales, opposer un refus net-
tement accentué à ce projet, il s'était borné à répondre que
l'assentiment du gouvernement français était indispensable, mais,
qu'en tout cas, il lui serait impossible de donner l'hospitalité à
ces Procureurs (c'est le nom ecclésiastique donné aux prêtres
chargés d'affaires purement temporelles) dans aucun des Établis-
sements soumis à sa juridiction.
J'ai à peine besoin d'ajouter. Monsieur le Duc, que je ferai
comme l'Évêque de Pé-King, et que je refuserai mon autorisation
jusqu'à ce que je reçoive de vous des instructions contraires qui,
je l'espère, ne me seront pas envoyées. Au demeurant ce projet
est l'œuvre delNN. SS. Guillemin* et Ponsot^^, et par conséquent
n'est pas approuvé par le restant de leurs confrères. Ces deux
prélats étaient presc[ue les seuls opposants h la nouvelle Consti-
tution que le Pape a donnée dernièrement à cette Congrég;ation et
par laquelle les pouvoirs des Vicaires Apostoliques sont un peu
restreints au profit du Conseil Supérieur qui siège à Paris.
M^** Delaplace a paru satisfait de la réponse que je lui ai faite
et il est resté convenu entre nous que nous rejetterions l'un sur
I. Guillemin, Philippe-François Zephirin^ vicaire apostolique do
Canton, des missions étrangères de Paris, évéquc de Cjrbistra; -}- à Be-
sançon, 5 avril 1886, âgé de 7 a ans.
3. Voir I, p. Gi.
stion, snns, cependant, jar
le l'aflirmativc.
M'' Agliai'di', archevêque de
gai en Chine; il répondit de
nominalion. Dunn déclarait
ï6 novembre iS86 ou plutôt
ise; aux escales, dJsait-il, on
légat et, à Chang-Haï, les
né des ordres pour qu'il fût
ièle de l'agent de Li Houng-
é par la place de secrétaire
ion de l'armée chinoise ; on
I ans, 18 corps d'armée de
;nt organisés, avec cavalerie
:8 par mille hommes,
5on hôte,
é à nommer h Pé-King un
du caractère diplomatique,
de la France se plaignant
ce de son protectorat tradi-
lil d'aulrc part d'envoyer à
cal chargé d'étudier sur place
)ns dans lesquelles certaines
iluel {louvaient être traitées
si que cela a lieu à Conslan-
ajourner sine die l'envoi de
ient demandé !e déplacement
n Scrio, dioccEC de Bcrgame,
e et A.cliillc, la ai juin 1S96.
6o/| LÉGAT OU NONCE, A PÉ-KING
du Pé-T'ang, la cathédrale catholique de Pé-Kmg, et en
octobre 1886, notre ministre, M. Constans, avait entamé
des négociations à ce sujet avec Li. Le marquis Ts'êng
allait rentrer en Chine; il était bon de terminer avant son
arrivée. L'affaire du légat fut enterrée par la Chine comme
par le Pape.
En réalité, Li ne tenait pas beaucoup à Tenvoi d'un
représentant diplomatique du Pape en Chine : « C'est,
disait-il, le M'* Ts'éng, aidé de Puissances européennes, qui
a poussé son Gouvernement dans ce sens ; il sera bientôt en
Chine, fera vraisemblablement partie du Tsoung-li Yamen
et il travaillera plus que jamais à la réalisation de son projet. »
IHAPITRE XXIX
ITSFEBT DU P£-T'ANG
LE PÉ-t'anG
)lique de Pé-Kîng, l'église du Nord,
Le dans rintéricur de la ville impériale,
ir les Chinois, à cause de la hauteur de
i'un œil fort hoslilc. A la pose, le
première pierre du aouveau Pé-T'ang,
icement de la vieille église des jésuites,
tiinislrc, avait dit : a C'est la France
à qui y touchera. » Et cependant, à
ise avait été menacée dans son exis-
1874
les missionnaires de Pé-King ainsi
Légation, eurent une chaude alarme,
appeler le vicaire apostolique, M'^Dela-
que la cathédrale gênait TEmpe-
issements qu'il projetait de faire de
est. Il fallait donc quitter le Pé-T'ang ;
re emplacement et des compensations
6o6 TRANSFERT DU PÉ-T*ANG
en conséquence du dérangement et des ennuis causés à la
mission catholique. M^"" Delaplace demanda à réfléchir, puis
il adressa la lettre suivante au Tsoung-li Yamen :
Pé-T*ang, 6 octobre 1874 (a6 de la 8* lune).
Excellences, le 22 de la présente lune vous m'avez appelé au
Tsoung-li Yamen ; et m*avez dit, de la part du prince Roung,
qu'il y avait à craindre que le Pé-T*ang ne fût occupé par les
constructions à faire sur le San-Haï : D'où vous m'engagiez à
coder ledit Pé-T'ang, moyennant conqxînsat ion en échange.
Je ne vous ai donné aucune réponse sur-le-champ : il me fal-
lait quelques jours de réflexions. Or, ces réflexions sont faites ;
et, par la présente lettre, j'ai l'honneur de les porter à votre con-
naissance.
1° Je ne puis me |Xîrsuader qu'on veuille, en ce temps de
paix, nous chasser du Pé-Ï'ang où la main du Grand Empereur
R'ang Hi nous a jadis placés.
2° Une cession du Pé-T'ang librement consentie de notre part,
ne me semble pas non plus possible.
Occupation violente du Pé-T'ang ; cession volontaire du Pé-
T'ang : Plus je considère ces deux choses en elles-mêmes et dans
leurs conséquences, plus je les trouve également pleines de périls,
impraticables sous tous les rapports.
'6° La question du Pé-T'ang ne concerne pas les seuls mission-
naires de Pé-King. La France et toute l'église catholique y sont
intéressées. Je dois partir bientôt pour l'Europe; là je m'enten-
drai sur ce sujet avec mes supérieurs ecclésiastiques et le Gouver-
nement français.
4*^ Je ne dis encore rien à la Légation de France. Ce n'est pas
a moi à lui parler maintenant de cette aflaire, d'autant que, me
paraît-il, la Légation ne pourra pas plus que moi, aboutir par
elle-même à une solution.
5° Enfin, rien ne saurait compenser pour nous le Pé-T'ang.
Aussi quoi qu'il arrive, nous n'accepterons jamais ni indemnité ni
échange.
Mon tros sincère désir a toujours été et sera toujours de vivre
en bonne harmonie ; pour cela, je ferai et sacrifierai tout ce qu'il
sera possible de faire et de sacrifier. Mais il est des droits qu'on
ne sacrifie jamais ; il est des devoirs qu'on remplit jusqu*à la
RÉPONSE DU TSOUNG-Ll YAMEN 607
mort ; or, tels sont nos droits et nos devoirs à Tégard du Pé-
T'ang.
Daignez agréer, etc., etc.
Signé : L. G. Delaplace,
Évêque d'Andrinople, Vicaire apostolique de Pé-King.
Le Tsoung-li Yamen répondit :
RÉPONSE DU TSOUNG-LI YAMEN A m'^'" DELAPLACE
Vous nous avez envoyé une lettre en caractères européens.
Déjà nous avons mandé qu'on en traduisit le sens général (en
gros, à peu près), d'où nous avons appris qu'au sujet du Pé-T'ang
vous soupçonnez qu'on veut profiter de l'occasion pour vous
chasser, etc., etc.
A examiner l'origine du Pé-T'ang^ c'est bien le clément Em-
pereur [K'ang Hi] qui a donné le terrain et a permis la construc-
tion. Tout le monde autrefois savait cela ; mais beaucoup d'années
se sont écoulées ; et à la longue on a oublié [ce fait].
Quant à la restitution opérée du temps de Hien-Foung, et
quant à la bâtisse faite du temps de T'oung-Tché, personne
n'ignore que tout cela ayant eu lieu après l'échange des traités
n'a pas été libre de notre part. Non seulement dans les Pro-
vinces on l'a compris de la sorte, mais même dans Pé-King les
notables et les mandarins en ont ainsi jugé.
Aujourd'hui, si, par une nouvelle faveur on vous donne un
autre endroit, ce sera faire connaître partout, en Chine comme en
Europe que la construction de cette église est due au bienfait
de l'Empereur actuel ; et ainsi celte nouvelle condition vous re-
lèvera de beaucoup. Par là les traces du premier bienfait (bien-
fait primitif) qui s'étaient eifacées avec le temps, redeviendront
plus resplendissantes. Par là, le fait passé de la restitution, qui
a toujours laissé du louche, comme non librement consentie, sera
mis hors de toute espèce de doute. Ainsi on le verra, ainsi on
l'entendra en Chine et en Europe. Dans nos i8 Provinces, il ne
surgira aucun résultat malheureux; de là, au contraire fleurira
l'harmonie de la paix. Donc, avantages ; point de perte ; profit,
rien qui nuise.
L'Évêque comprend ordinairement bien les choses. Touchant
6o8 TRANSFERT DU PÉ-t'aNG
l'affaire présenle, il saisira certainement ceci (sans laisser rien
échapper) :
Le capital de la religion est d'exhorter les hommes à la fidélité
et à la piété filiale. S'il arrive dans le pays des affaires publiques,
il faut aider à les terminer. — En outre l'Évêque ne manque
jamais de dire que là où Qn prêche la religion, là on obéit avcxr
respect au Souverain du lieu. A plus forte raison (doit-on obéir)
quand un bienfait spécial du Souverain accorde la faveur spéciale
d'une nouvelle maison ; chose si glorieuse !
Quant aux frais de déménagements et de reconstruction, évi-
demment notre Empire comptera dans cette dépense.
Dans le premier temps, quand l'Empereur a donné (l'Église),
et plus tard, quand on l'a restituée, c'est l'Évéque qui a tout
traité lui-même et tout reçu. — De plus, les missionnaires prê-
chent la religion en Chine. Puisqu'ils sont en Chine, ils doivent
toutes les fois qu'il s'agit soit d'une donation, soit d'une resti-
tution, soit d'un transfert ailleurs, ils doivent se soumettre
respectueusement à la volonté - signifiée par l'Empereur do
Cliine — et de la sorte, ils seront d'accord avec les règles de
leur Religion.
Que l'Évêque n'allègue pas le manque de pouvoir pour éluder
(cette affaire). La Chine, à coup sûr, ne force pas à l'impossible.
Le moyen aujourd'hui proposé tend précisément à répandre un
nouveau lustre sur la question religieuse (sur les affaires de la
Religion), tant aux yeux des Chinois qu'aux yeux des Européens.
Ce n'est pas ainsi que la Prusse et l'Italie traitent les ecclésiasti-
ques. La différence (entre leur manière d'agir et la nôtre) esi
extrême.
L'Évêque peut de lui-môme arranger (cette affaire) il n'y a
aucun doute.
C'est pourquoi nous avons adressé cette réponse*.
L'affaire devenait sérieuse : M'^'' Delaplacc rentra en
Europe pour expliquer la situation à Rome et à Paris el
M. Gabriel Devéria, qui revenait en France, fut chargé
d'exposer les faits. La mort de T'oung-Tché vint heureuse-
ment aplanir les difficultés el trois jours après cet événement,
I. Pour traduction conforme : févèquede Pé-King (Sig.) : Delaplacs.
RÉPONSE DU TSOUNG-LI YAMEN 609
la Gazette de Pé-Kiny du i5 janvier 1875 renfermail Tordre
suivant des deux Impératrices :
Que l'on suspende immédiatement quelque soit leur degré
d'avancement, les travaux entrepris dans la (partie du palais ap-
pelée) San-Haï ' .
Respectez ceci.
La lettre suivante terminait l'incident :
Pé-King, le 39 janvier 1875.
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, au Comte
de Rocheclîouart, Chargé d'Aflaircs.
Au sujet de l'alTaire de l'Église catholique située à l'endroit
appelé Tsan-tche-ko, à l'intérieur de la jx)rte Si-ngan men, nous
avons, le aa^ jour de la 17* lune (39 janvier 1875) de ï'oung-
Tché, présenté aux deux Impératrices un rapport au Trône ainsi
conçu :
« Nous avons reçu l'ordre des deux Impératrices de suspendre
les travaux entrepris du San-Haï, quoi que soit leur degré d'avan-
cement; aussi sollicitons-nous également l'ordre de suspendre
les négociations qui ont été entreprises au sujet de l'Église ca-
tholique située à l'endroit appelé Tsan-tche-ko, à l'intérieur de
la porte Si-ngan men. »
Nous avons reçu l'ordre suivant :
« Approuvé. Respectez ceci. »
J'ai cru nécessaire de jx)rter ceci à la connaissance de Votre
Excellence.
Tel est le but de la présente communication spéciale.
[Sceau du Tsoung-li Yamen] '^.
Mais en i885, la question était posée à nouveau : « L'em-
pereur allait atteindre sa majorité, se marier et prendre en
mains les rênes de TEtat. L'impératrice mère, la célèbre
Si Vaè heoii devait alors selon la coutume sortir du palais
I. San-Haï, les trois mers : Pé-Uaiy Tchoung-//ai et Nan-Hai qui
portent le nom général de King-Haï, occupent la partie Ouest de la ville
impériale. Voir Favier, Pé-King, p. 3'|6.
a. Traduction de F. Scherzcr.
CORDIER.
H - 39
"\-*-X^^'''
gyQ TRANSFERT DU PÉ-t\nG
et céder la place à la nouvelle impératrice. Les princes et les
hauts mandarins étaient fort embarrassés ; on ne pouvait
éloigner une impératrice de cette valeur, qui était certaine-
ment appelée à ;rendre encore d'immenses services. Après
bien des pourpariers, l'impératrice mère, comprenant la
situation mieux que personne, déclara qu'elle sortirait du
palais pour se loger au Nan-haè qui y est attenant. Les trois
lacs, le pont, et le Tse-Kouany-Ko, passeraient à son usage
personnel ; de plus, le Pé-Tang devait être réuni aux jardins
impériaux. On enclorait en outre dans les n\urs de renceinte
réservée toutes les maisons avoisinant le Pé-Tang, et où
logeaient plus de 2000 familles chinoises *. »
Li Houng-tchang, dans le but de donner satisfaction à
rimpératrice, pria son factotum, M. Detring, de s'entendre
avec M. l'abbé Favier, procureur des Lazaristes, la congré-
gation occupant le Pé-T'ang.
M. l'abbé Favier, avec une rare désinvolture, sans préve-
nir notre légation, s'empressa de signer une convention avec
Tagent chinois.
CONVENTION FAVIER-DETRING
En voici les principaux points :
!*> Tout l'Établissement du Pé-T'ang et celui du Jen-lseu T ang
seront livrés au gouvernement chinois dans un délai de doux
ans à partir du jour de la ratification de la Convention.
a» Les missionnaires devront laisser les constructions, les plan-
tations, etc.. dans rétat où elles existent actuellement et ne pour-
ront emporter que le mobilier.
30 Le Gouvernement Chinois mettra à la disposition do la
Mission un terrain de la môme contenance que celui qui lui est
restitué et sis au heu dit « Si Chan Rou » K Les missionnaires
pourront y élever le genre de constructions qu'il leur conviendra.
1. Favier, Péfùng, p. 3o6.
2. Si-ché-k'ou.
:O!I¥ENTI0W FAVIER-DETRING DM
foïa que l'Ë^lisc ne pourra dépasser une liau-
aircs psllmonl la valeur des constructions
mer à 4âo ooo taëls, mais, dans un scnli-
Mince pour le gouvernement chinois, ils se
r une indemnité de 35o ooo tafils.
ipérial fera connaître les causes du déplacc-
lents de la Mission. Ce décret sera gravé sur
r un toit en tuiles jaunes et placée à l'entrée
ires font présent au Gouvernement chinois de
j et de leur Musée.
cet acte stipule qu'il n'aura de valeur qu'a-
S par l'Empereur de Chine et par le Pape.
la Franco.
I'' Delaplace aurait dû guider M. Favîer ;
tîssemenU de missionnaires en Chine, le
plus incontestablement la propriéli^ de la
îment du Pé-T'ang fut donné aux Jésuites
\lVà Pé-King:
93 l'empereur K'ang-Hi leur fit don d'une
la ville jaune où ils s'installèrent et dans le
le ils construisirent une chapelle. Cet ctablis-
L bientiït comme insufTisant: en 1699. l'em-
1 le terrain actuel, sis également dans la ville
tins des PP. Gerbillon et Bouvet ' et les lar-
V, fut élevée en quatre ans une belle église
fut détruite en 1827)'. Le roi de France en-
iche mobilier et dos instruments de mathéma-
ipagnie de Jésus fut supprimée, en 1773, —
I Propagande du 7 décembre 1783, et une
6l2 TRANSFERT DU PÉ-t'aNG
Ordonnance du Roy du 25 janvier 178^, les Lazarisles Jcs
remplacèrent. Cette substitution n'enlevait rien à notre droit
de propriété et ce fut à nous que les Chinois restituèrent le
Pé-T'ang le 29 novembre 1860, et ce fut nous qui, le 5 jan-
vier 1861, remîmes le titre de propriété à M''^ Mouly. Je
pourrais aussi parler du don d'un terrain où s'élevait
autrefois une verrerie, contiguë à la mission, cédé à titre
gracieux le 21 décembre i864 parle prince KoungàM. Ber-
themy et remis par notre ministre à l'évèque de Pé-Klng.
En droit strict, nous pouvions et nous pouvons rendre la
mission à tel ordre religieux qu'il nous convient ; ni le
Pape, ni les Lazaristes n'ont de droits sur le Pé-T'ang.
NÉGOCIATIONS
M. Favier quitta la Chine le 5 juin 1886 appelé à Rome
par un télégramme de M***" Jacobini ; nous étions d'ail-
leurs désireux de donner satisfaction aux Chinois [X)urvii
qu'ils s'adressassent à nous, les vrais propriétaires. Li devait
savoir que nous, seuls, avions qualité pour régler la question,
que nous étions disposés à être aimables, mais il fallait que
nous fussions saisis régulièrement de la question.
M. Ristelhueber fut chargé des négociations avec Li
Iloung-tchang. Dès les premiers mots de l'entrevue, le
16 août 1886, de notre Consul avec Li, celui-ci déclara
qu'une convention avait été signée par M. Favier, |X)ur
Tévèque de Pé-King, et par M. Delring, représentant le
gouvernement chinois.
Li déclara que le Pé-T'ang n'était nullement propriété de
la France, qu'il avait été donné par l'empereur K'ang-lliaux
missionnaires et que si notre Légation était intervenue lors
de sa restitution en 18C0, c'était tout simplement en exécu-
tion de l'article VI de la Convention, d'après lequel « les
établissonionts religieux devaient élre rendus à leurs proprié-
[.lires par l'entremise du Minisirc de France en Chine i
Les missionnaires avaient répondu que les étahlissemen
appartenaient au Pape. L'impératrice, se souvenant de !
lettre du Pape, donna à Li l'ordre d'entrer en relations av(
lui. Li avait remis une lettre personnelle à M. Knvicr (qi
avait suggéré qu'il serait bon qu'il portât lui-même la coi
venlion à Rome) pour le Pjipe dans laquelle a il recommai
(lait ce missionnaire qui m'avait fait uneexcellcntcimpressio
pour les fonctions de represcntant du Saint-Siège à Pc
King 0.
Le missionnaire laisse ici percer le bout de l'oreille.
Le Vice-Roi dans une nouvelle entrevue avec M. Kiste
luiebcr, le i8 août, modifiu son attitude et le chargea d
t( k|^rapluer au Prc--ident du Ctnseil
\ la suite d une déiiiarclic faite iiipns des mi'isioniiairts li
IV Kmg en »uc d obtenir la rc-tilution du l'i, 1 aug j aviis d
informi. que cette leslilulinn dtpLudutdu PnpcstuI Lt c e'
|)i>ur cela que je me «uis adrc<(SL k lui diicclcmeiil Par In cou
municilion que M Rislelhurber mn faite de la part de \ E
j ipprends que h brancc revendique sur le Pi I aiig cirtiir
«Irotls m \crlu descpicls 1 uilervenliou et 1 aïseiilnnciit du Gou
temeinent françii^ seraient nLcessairea pour la nlroccssion d
cet établissement Jl m empresse de vciur prier \ L de touloi
bien ratifier le contrat |>avn entre M haMer et moi et la prit, d
cjnirc que je lui «erai suicireuieut reconnaissant d a\oir bie
'voulu dilcrcr amsi au\ de:<irs de ha Mnjcatt 1 lmpi.ritricc a
Li ajouta au sujet du délégué pontifical', tout en décla
rant que le gouvernement chinois n'admettrait pas d'autr
représentant du Saint-Siège qu'un agent ayant le caractèr
diplomatique, qu'il n'attachait pas d'autre importance à c
que le Pape fût représente à Pé-King et que c'était d'ailleur
une question à régler entre la France et Rome. En réalité i
ne s'agissait que de l'envoi d'un légat muni de pleins pou
I. Voir le chapitre pr(!™(lciil.
6l4 TRANSFEnr DU PÉ-T*ANG
voirs, chargé d'établir, de concert avec le vice-roi, une sorte
de concordat réglant toutes les questions soulevées par la
pratique de la religion en Chine. Dans cet arrangement, il
ne serait pas porté atteinte à la tradition d'après laquelle la
France exerce le protectorat des missions, si le gouvernement
français conserve une attitude conciliante ; s'il voulait, au
contraire, s'opposer à la conclusion dudit arrangement, la
Chine serait déterminée à se renfermer dans l'exécution
pure et simple de l'article XIII du Traité qui, d'après l'avis
d'éminents légistes consultés à ce sujet, ne conférerait à la
France aucun droit à la protection internationale des mis-
sions.
M. Favier adressa, leii septembre 1886, le télégramme
suivant à Li Houng-tchang, après Ta voir soumis au minis-
tère des Affaires étrangères :
« Supérieur général * favorable en principe à accord projeté.
11 y a donc lieu de saisir la Légation pour règlement de Taffairt*
conjointement avec le Gouvernement chinois, confomiémenl
aux précédents. »
Cependant M. Favier rentrait en Chine; dès qu'il arrive à
Tien-Tsin, malgré l'invitation que luiavait adressée M. Cons-
tans de s'abstenir de voir le vice- roi, pour ne pas entraver
les négociations de la Légation, il se précipita chez Li avec
lequel il resta en conférence le 1 1 novembre de 7 heures à
10 heures du soir. Il n'est pas étonnant que notre ministre
ait « informé l'évoque de Pé-King que, si c'était nécessaire,
il userait envers M. Favier des moyens légaux pour empê-
cher que nos négociations soient ainsi contrecarrées ». Le
Département voulut bien considérer que M. Favier était
« plus maladroit que mal intentionné »; la vérité, c'est que
M. Favier était désapprouvé par ses supérieurs et que nous
I. Le supcTÎcur général des Lazaristes était M. Fiat.
n'avions aucune raison <le nous plaindre des Lazaristes.
M. Favier avait eu à Marseille une conférence avec te marquis
Ts'cng, fait ignoré du vice roi du Tché-li, et ce dernier
aurait, peut-être, élé bien aiae de faire échouer Li dans
TaBaire du Pé-T'ang. Le 1 2 novembre, à six heures, M. Favier
(|iiittait Tien-Tsin pour Pé-King. On peut s'élonncr que ce
missionnaire que ne recommandaient ni ses grandes vertus
personnelles, encore moins sa science, dont les qualités
étaient celles, non d'un prêtre, mais d'un homme d'afTaires
retors, ait élé accepté plus tard par notre gouvernement
comme évéque de Pé-King; procureur, fort bien, vicaire
apostolique, point. Certes, le vieux Delaplace, que j'ai
connu et estimé, n'aurait jamais prétendu que, la Chine
cl le Pape étant d'accord, la Franco n'avait qu'à donner son
consentement après qu'il lui aurait été demandé courtoise-
ment.
L'attitude de Li, devenue hostile nprËs le départ de t'ahhé
Favier pour le Nord, se modifia encore heureusement le 18
novembre; il s'excuse de son langage de l'avant-veille. « Il
était, diseit-il, sous l'impression des observatiqns qu'il avait
reçues du 7° prince... Du moment que le Pape a renoncé à
l'envoi d'un délégué, l'afTaire doit être considérée comme
terminée, et la Chine insistera d'autant moins qu'elle n'a
jamais attaché grande importance i la venue de ce délégué ';
les questions concernant les missions continueront naturel-
lement à être traitées comme précédemment par la France...
Quant au transfert du Pé-T'ang, c'est un service demandé
à un gouvernement ami... J'ai donné à la France assez de
preuves d'amitié pour pouvoir espérer qu'elle ne m'opposera
pas un refus. »
Les négociations reprenaient donc leur cours normal, ainsi
que le montre la corresjiondance importante suivante :
I. Voir le cbapitro pr^ccdonl.
6i6
TRANSFERT DU PE-T ANG
DEMANDE OFFICIELLE DE CESSION DU PÉ-t'a>'G LETTHE DE
LI HOUNG-rCHA^G A M. CONSTATS
Tien-Tsin, 22 novembre 1886.
J'avais reçu de la Cour un Décret me prescrivant d*en\OYer
un délégué à Home pour discuter avec le Va^ sur les AfTaires
religieuses ainsi que sur la question de la cession du Pé-T'an^
(établissement situé) dans la capitale. Je sais aujourd'hui que le
Pape a ajourné l'envoi d'un délégué en Chine : celte affaire étant
terminée il est, dès lors, inutile de s'en occuj>er à nouveau.
Quant à la question du déplacement et de la reconstruction
(c.-à-d. transfert) du Pé-T*ang, le Pape, tout en donnant son
autorisation, a cependant déclaré qu'il fallait préalablement s'en-
tendre à ce sujet avec votre Gouvernement.
La Chine désire à présent agrandir les terrains du Palais, or
le Pé-Ï'ang, par sa proximité du Palais est un obstacle à cet
agrandissement. Je prie Votre Excellence de vouloir bien adres-
ser un rapport à Son Gouvernement en lui demandant de ctkier
le Pé-T'ang. La bonne harmonie augmentant maintenant chaque
jour entre nos deux pays, la Chine espère vivement (qu'une
chose) qui lui est nécessaire lui sera accordée.
Comme il est dit dans l'article VI de la Convention de 1860
que « tous les établissement religieux, etc. », je prie en consé-
quence Votre *Excellence d'inviter l'évêque du Pé-T'ang, confor-
mément à la Convention arrêtée avec M. l'abbé Favier, à coder
le Pé-T'ang et à le transférer à l'endroit choisi dans la capitale,
à Si-che-k'ou.
Les liens d'amitié qui imissent nos deux pays seront, par là,
resserrés encore da\antage. En facilitant ainsi par sa conciliation
les relations amicales entre les deux pays. Votre Excellence mon-
trera encore plus sa déférence pour les désirs de notre Empereur.
— C'est ce que véritablement, je suis heureux d'espérer '.
RÉPOSE DE M. CONSTATS A LI nOUNGTCHANG
Pé-Ring, 25 novembre i885.
Excellence,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre que vous
I. Pour traduction conforme (sig.) : C Imbault-Hi'art.
m'avez adressi'o a la diilc (In 33 Doveinbrc. \olro IC\cclleii(v
ïciit bi(!n me faire savnii' que rétablissement du rr^-T'ang fait
obstacle à In réalisa lion du désir de la Chine d'étendre les dé-
pendances dn Palais Impérial snr les terrains avoisïnanls. Votre
Excellence me prie, en conséquence, de demander au Gouverne-
ment de la République, de vouloir bien autoriser la cession du
IV-f.ng.
Je me snis empressé de transmcllre («ir télégrapbc cette lettre
au Département. Je ne prévois pas que le Gimvernement de la
Itépiibliquc, qui. dans celte aiïaire n'a Jamais eu d'autre désir
que celui d'être agréable à Sa Majesté l'EmjKTCnr de Cliii
la moindre ' objection à " ' '
qu'Ellesoit k même de
ctiarpée par Décret lin|M
Je la remercie sincère
m'exprimer dans sa letti
de rollc afTaire, ainsi que mon Gouvernement et moi-mfme li
souhaitons vivement, n'airermisse les liens qui unissent
pays et n'augnienle ta botme harmonie qui règne entre
Veuillez agréer, elc.
(Sig.) CossTA^s.
votre dei!
TTorcerai d'aider Votre Excellence [wur
nener h bien la mission dont Elle a été
rial.
nentdes sentiments qu'Elle a bien voulu
e, et je ne dnnte pas que le règlement
M. niSTEI.tlLËUEK
'lif
-Tsi
i8fi(i.
■rdeni
nqu<
Je vous prie de vouloir bien conimuiiiqui
Ministre tous les détails de In conversation que j'ai
vous hier.
Je n'aurais eu. quant n moi, aucune objection à accepter le
projet de lettre que J'ai reçu de S, E. M. Constans, mais J'ai di'i
la soumettre au ['rince Tch'ouen qui [n'a immédialemeut ré-
pondu dans un télégramme que « puisque le Cape n'eniovait
[>a3 de délégué en Chine, il était dès lors inutile que In (iliiiie
insistât, mais qu'il ne convenait pas d'en donner k la France ime
preuve qui fût contraire à la dignité de la Chine; que, quant il
l'alTaire du l'é-T'ang, on dcvnit s'entendre avec la Krancc. s
1. Moindre êlail peul-ètro e
6l8 TRANSFERT DU PÉ-t'aNG
J'estime que puisque le représentant du Pape ne vient pas, il
est inutile de reprendre cette question. La Chine n'a jamais eu
l'idée de modifier le Traité. Nous savons que, dans ce Traité il y
a un article auquel la France donne un sens que la Chine ne lui
donne pas, mais il n'est pas besoin de discuter là-dessus main-
tenant. Les affaires de mission qui ont été jusqu'à présent réglées
par l'intermédiaire des Agents français, continueront à l'être à
l'avenir comute précédemment.
Quant à ce qui est de la cession du Pé-T*ang, c'est là un ser-
vice que la Chine demande à une nation amie. La Cour désirant
aujourd'hui agrandir la partie interdite (du Palais), a déjà
acheté les maisons particulières du voisinage et les a fait démé-
nager. Comme nous avions entendu dire que le Pé-T'ang dépen-
dait du Pape de Rome, nous avons en conséquence envoyé au
lieu de sa résidence quelqu'un pour s'entendre (avec lui). En-
suite, nous avons su que le Pé-T'ang dépendait aussi de la France
et c'est pourquoi, nous avons aussitôt fait des démarches auprès
de Votre Gouvernement, en vue d'une entente. Au mois d'Août
dernier, je vous ai demandé d'adresser de ma part un télégramme
à M. le Président du Conseil, au sujet de cette affaire. La ré-
ponse de M. le Président du Conseil fut excellente. A plusieurs
reprises, je vous ai dit qu'un décret me chargeant spécialement
de traiter cette affaire, si S. E. M. Constans ne pouvait m'aider
à la régler, je me trouverais dans un grand embarras. Pensant
que les bonnes relations entre les deux pays augmentent chaque
jour et que S. E. M. Constans est animé de sentiments de na-
ture à accroître cette bonne harmonie, je vous serais obligé de
prier S. E. M. Conslans de vouloir bien examiner soigneusement
celte affaire et me donner son puissant appui. Je lui en serai
irdiniment reconnaissant.
Je vous prie de vouloir bien, en outre, faire part à S. E.
M. Constans de tous les détails de la conversation que j'ai eue
avec vous ^ .
Le 19 décembre 1886, M. Constans pouvait transmettre
au ministre des Affaires étrangères les trois pièces relatives à
la cession du Pé-T'ang.
I. Pour traduction conforme (sig.) : G. Imbault-Huart.
DÉCRET IMPÉRIAL RELATIF A LA CESSION DU PÉ-T*A?iG GlQ
I
DÉCRET IMPÉRIAL RELATIF A LA CESSION DU PÉ-t'aSG *
Li FïouNG-TciiANG a adrcssc au Trône un rapport d*oii il résulte
qu*il s'est entendu avec les Missionnaires pour la cession et le
transfert de l'Église de Ts'an-lch'é-k'o (le Pé-T*ang) et qu'il a
conclu l'affaire après l'échange de dépêches ofiicielles avec le Mi-
nistre (de France) résidant à Pc-king.
Nous avons pris connaissance de ce rapport et l'avons examiné
dans tous détails.
La construction de l'église du Ts'an-tch'é-k'o en dedans de la
porte de Si-ngan a été autorisée par un décret impérial du règne
deK'ang-Hi. Depuis lors, il s'est écoulé iio années environ pen-
dant lesquelles les Missionnaires qui s'y trouvaient ont reçu l'ap-
pui de la Cour et ont été l'objet de sa profonde bienveillance ;
durant ce laps de temps, tous ont su se bien conduire et vaquer
tranquillement à leurs affaires.
L'année dernière, on a exécuté divers travaux de réparation
en plusieurs endroits du Nan-Haï, afin d'en faire une rési-
dence pour l'Impératrice Ïs'eu-Hi. Comme il était nécessaire
d'étendre l'enceinte de cette résidence sur les terrains avoisi-
nants du Sud-Ouest et que cette église était très-proche des
jardins impériaux, Li Houng-tchang envoya l'anglais Dunn
à Rome pour délibérer et s'entendre h cet égard (avec le
Pape), et chargea le Commissaire des Douanes Detring de faire
une convention avec M. Favicr, au sujet du transfert de cette
église. Il fut décidé qu'on la transférerait dans la partie Sud des
terrains de Si-ché-k*ou, que l'emplacement futur en serait déli-
mité avec soin et qu'ime indemnité serait payée pour sa recon-
struction. Ledit missionnaire (M. Favier) déclara ensuite que la
nouvelle église n'aurait que 5 Ichang (toises) de haut, c'est-à-
dire 3 ichang (toises) de moins environ que l'ancienne construc-
tion, et que les cloches ne pourraient en aucim cas dépasser les
toits des maisons. Lorsque cela eut été convenu, M. Favicr se
rendit également à Rome pour en informer le Supérieur Général
des Lazaristes, M. Fiat, lecpicl répondit par une lettre dans la-
I. Trad. de la Gazette de Pé-Kingy ï\9 du 8« jour du ii" mois de
la ia« année Kouang-Siu ^^ 3 décembre i886.
GaO TRANSFERT DU PÉ-t'aNG
quelle il remerciait la Chine d'avoir accoi*dé sa proleclioii aux
Missions, et disait qu'en étant profondément reconnaissant, il
désirait reconnaître une minime partie des bienfaits de l'Empe-
reur. Ces sentiments et ces paroles nous ont paru des plus sin-
cères.
Li Houng-tchang vient d'échanger avec le Ministre, M. Cons-
tans, des dépêches ofïicielles à ce sujet :
M. Conslans a répondu qu'il n'y a aucune dilTiculté à faire ce
qui était proposé. Cette ré|>onse montre l'esprit de conciliation
dont il est animé à l'égard d'un pays ami et la connaissance
profonde qu'il a des affaires. M. Constans mérite en réalité les
plus grands éloges.
Puisque Li Houng-tchang a arrêté le plus minutieusement
possible tous les détails de cette affaire, et que de part et d'autre
on est entièrement d'accord. Nous ordonnons qu'il soit fait
comme il est proposé. Quant à l'indemnité de reconstruction,
Nous ordonnons également qu'elle soit versée en plusieurs fois,
afin qu'on puisse se mettre à rebâtir. Pour le reste qu'il soit fait
comme il a été convenu. Le tao-taï en expectative En-Yéou qui
avait d'abord été délégué (pour s'occuper de cette question) et
qui a pris beaucoup de peine en la traitant, aura son nom ins-
crit sur les tableaux d'avancement du Conseil des Ministres pour
être nommé à la prochaine vacance.
L'évéque ïagliabue a fait preuve du zèle le plus réel, M. Fa-
vier et l'anglais Dunn ont traversé des mers lointaines sans
prétexter les fatigues de ce voyage : que Tagliabuc reçoive en
récompense le bouton de mandarin du 2® rang! Que Favier
reçoive celui du '6^ rang, que la décoration de i*"* classe du S"'
rang soit accordée à Dunn ! Et que chacun de ces deux derniers
reçoive un cadeau de 3 000 taëls qui leur sera remis par Li Houng-
tchang î Le Commissaire des Douanes Detring et le Consul
Ristelhueber ont déployé la plus grande activité en servant d'in-
termédiaires depuis le commencement jusqu'à la fin de celte
affaire ; que Detring reçoive en récompense le bouton de 2* rang,
et que Ristelhueber reçoive la décoration de 3* classe du a*
rang.
Quant au commerçant anglais Michie * qui s'est également dooné
de la peine en cette circonstance, nous ordonnons que LiHoung-
I. Michio, Alexandre, éditeur (rédacteur en chef) du CAmesc Times.
.IVRE PAU s. A. LE PRIK
c à son égard cl nous ;
e récompense pour lui
DU TSOIING-LI YAMEI
u II' mois de la 13' a
i5 décembi
de la partie Sud des t
*ang. pour le transfert
éjà n5poiidu au Com
Nord (Vice-Roi l.i II
(çouvcrncmcnt l'auloi
lelring, Commissaire 1
M. Favier, inissiorinai
1 ta surface du nouvi
devons remettre ledit
en prenne cliarge.
itrc (de propriclé) cî-ji
en en prendre connaiss
t'RÉ PAR s. K. LE PK
MESSIEURS LES MIMST
III' mois de la la' ai
i5 diker
présentes ijue le terrai
ilé cédé à l'évfquc du
inl callioli<{uc. Remise
i.(.ig.):ar„
Gaa TRANSFERT DU PÉ-T*ANG
faite au Gouvernement français pour que ccIui-çi le remette à
son tour à TËvôque Tagliabue qui en prendra charge.
Ce Certificat devra être remis à Tayant-droit.
Le présent certificat est délivré à M*'" Tagliabue qui le gar-
dera par devers lui * .
COPIE
Ije Jeudi seize Décembre mil huit cent quatre vingt six, à dix
heures et demie.
Les titres de propriété du terrain sis à Si-Che-k*ou et destiné
à rétablissement que les Lazaristes doivent construire pour rem-
placer le Pé-T'ang cédé au Gouvernement chinois, ayant clé
remis à l'Envoyé extraordinaire de la République à Pé-King, —
M. Constans, en vertu des conventions intervenues entre les
(jouvernements français et chinois, transfère ledit terrain à S. G.
M}f Tagliabue, Évéque de Pompeiopolis, vicaire apostolique
du Tché-li, qui en prend charge.
Un exemplaire du présent titre, qui constate la remise de
l'immeuble à Tévi^quc de Pé-King, sera conservé dans les Ar-
chives de la Mission où il servira de garantie d'une libre et pai-
sible jouissance, pour les besoins du culte catholique, tant par le
vicaire apostolique actuel que par ses légitimes successeurs français.
Il reste bien entendu entre les parties que les Droits que le
Gouvernement français possède sur le Pé-T * a ng actuel demeurent
réservés et seront reportés sur les terrains du Si-ché-k'ou et sur
les constructions qui y seront élevées.
En foi de quoi, les soussignés ont apposé leurs signatures sur
le présent procès-verbal, dressé en double exemplaire, les jour,
mois et an que dessus.
Signé : Pour le Supérieur général
-{- Fr. Tagliabue G. B.
Évoque de Pompeiopolis
Vie. ap. de Pé-King.
Signé : Alph. Favier.
Signé : 6**= Delemasure.
(L. S.)
L'Envoyé extraordinaire de la République en Chine,
(Sig.) : Constans.
I. Pour traduction conforme (sig.)* C. Imbavlt-Uuabt.
:s (lu soir a>
le cathedra 1
; la remise
;è s- verbal si
nent chinoii
théâtre ou '.
I tri' prête de
dclégu6 de i
listre riénip
t de )a meiso
on de la Mig
ée du quator:
«cmcnls de 11
hc-kikiu et
adeJcnTsc
lehors des o
à emporter,
issemcnts. li
aise en Chin
ic aux délégi
iments comp
le musée d'o
cgués du Ts
()2/| TRANSFERT DU PÉ-t'aNG
en ont pris livraison, on exécution de l'accord intervenu entre
la Légation de France et le Gouvernement chinois el rcsultaiil
dos communications olFicrelles ocliangées les vingt-sept et trente-
un juillet de la présente année.
En foi de quoi, les Délégués sus-nommés ont signé le présent
procos-verbal en trois exemplaires qui devront être conservés
respectivement dans les Archives de la Légation de la République
Française en Chine, du Tsoung-li Yamen et de la Congrégation
de la Mission.
Pé-King, le 1/4 décembre 1887.
(Signé) : A. Vissikre.
Alph. Fa v 1ER.
J. B"* Delemas^rk.
Sceau de la Légation de la République française.
Deux signatures chinoises.
Sceau du Tsoung-li Yamen.
L'inauguratiou du nouveau Pé-T'ang eut lieu le dimanche,
9 décembre 1888; le corps diplomatique en uniforme cl le
Tsoimg li Yamen, représenté par quatre des Ministres el
deux secrétaires généraux, assistaient à la cérémonie.
CHAPITRE XXX
LE PROTECTORAT D£S HISSIONS
La question du protectorat de la France sur les miss:
catholiques est intimement liée aux négociations relativ<
la nomination d'un légat à Pé-King et au transfert
Pé-T'ang ; comme ce protectorat a été pendant longtei
la pierre angulaire de notre politique dans l'Extrême-Ori
il est nécessaire d'en étudier l'origine et le fonctionnem
Pendant longtemps, la Cour de Portugal exerça seul
protectorat des missions catholiques en Asie, en vertu d'
bulle de Nicolas V, accordée le 8 janvier i454, au
Alphonse V, confirmée par plus!
par Clément VIII, Paul V, Urbai
création de la Sacrée Congrégati
aa juin 1632, par la bulle Incruslabfli, de Grégoire ]
porta déjà un coup funeste à ce protectorat ; la nomina
des trois vicaires apostoliques en i658, François Pa
évéque d'Héliopolis, Pierre de la Mothe-Lambert, évêque
Béryte, Ignace Cotolendi, évéque de Metellopolis', fut
nouvelle atteinte aux prérogatives du Portugal. La proleci
de la France commence à s'exercer en Chine par l'ei
leurs papes, mais revoq
n VIII et Clément X.
I de la Propagande
I. f t6 loùt 1661, prèi de Maiulipilam
COBDIEB.
626 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
de cinq jésuites par Louis XIV (i685)*. La faiblesse du
Portugal lui faisait, de plus en plus, perdre son influence
quoiqu'on la retrouve encore active dans les querelles de la
question des rites et les missions des cardinaux de Toumon
et Mezzabarba, et que la Cour de Lisbonne ait jusqu'au com-
mencement du xix** siècle, gardé la nomination des évêques
de Nan-King et de Pé-King, sufTragants de l'archevêque de
Goa.
Quand la France signa avec la Chine son premier traité,
son représentant, M. de Lagrené, continuait la tradition de
Louis XIV et de Louis XVI, en protégeant la religion
catholique et Tarlicle 22 du traité de Wham-poa peut être
considéré, ainsi que je l'ai déjà dit, comme une nouvelle con-
firmation du protectorat exercé sur les missions par les anciens
rois de France*.
En i858, l'article i3 du traité de Tien-Tsin ^, reconnaissant
la liberté du culte catholique, ne stipule pas toutefois notre
protectorat sur les missions ; mais l'article 6 de la convention
de Pc-King(i86o) marque que les biens des Missions catho-
Hques leur seront rendus par l'entremise du ministre de
France * ; ceci marque bien la reconnaissance d'un droit. Ce
droit, nous l'augmentons par les sommes considérables que
nous dépensons pour l'augmentation ou les réparations des
établissements catholiques^, par des dons d'argent ou de
t. I, p. 5i.
a. I, p. 17.
3. I» p. 54-
4. I, p. 53.
5. A Pé-King» les réparations du Nan-T'ang avaient coâté à la France
160000 francs; on dépensa 4oooo francs pour la résidence et Soooo
francs pour le collège. Le Pé-T'ang (i864) a coulé 3ooooo francs; la
résidence épiscopale et le séminaire ont coûté 6o(x>o francs. Le Si-T'ang
terminé en i865, 65 000 francs. Les deux cimetières, surtout le cimetière
français, coûtèrent 3o 000 francs de réparations. Ms' Anouilh reçut pour
la cathédrale de Tching-ting 100 000 francs.
DES PASSEPORTS, TRADUCTION LITTËBALB 6a'
vilèges conférés aux missionnaires pou
es, par la conTcntion Berthemy ; nou
iure de faire rendre aux congrégation
fices cojifisqués pendant les persécutions
ns surtout par la protection effective qu
missionnaires en présentant leurs récla
-li Yamen et par l'octroi de passeport
contre les fonctionnaires chinois et leu
éclamerdes autorités françaises.
né le modèle du passeport accordé jadi
nous croyons utile de reproduire 1
en usage. Ce passeport se compose d'un
apier pliée en deux, dont la première e
ont blanches. Le verso du i"' feuillet ren
ais imprimé, et le recto du 2° feuillet l
né. Ces passeports portent dans le text
sionnaires indistinctement sont Français
Heurs leur nationalité qui n'est pas indi
:s étaient demandés soit par les procu
jons en résidence h Chang-Haï, Hong
, soit par les évêques et très exception
lissionnaires eux-mêmes.
B9 PASSEPORTS, TRADUCTION LITTÉRALE
Plénipotentiaire de France en Chine, etc.
«rtificat de protection [passeport].
'article 8, à l'article 6 et autres des Traité
is dans les deux villes de Tien-Tsin et d
i858 et a5 octobre i86o, par les Ministre
■mes spécialement à cet cITet par S. M. l'Em
M. l'Empereur des Français, Nous, Ministre
638 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
délivrons le présent passeport à notre compatriote..., missionnaire
de la Religion du Seigneur du Ciel, auquet il servira de témoi-
gnage.
Nous, Ministre, — sachant bien que... jouit dans notre pays
d'une bonne réputation, que ses mérites et sa vertu sont égale—
ments éminents, — prions les grands dignitaires chargés du Gou-
vernement de TEmpire chinois, ainsi que les autorités civiles ci
militaires de toutes les provinces et les hauts fonctionnaires, de
laisser... circuler librement dans la province de... y propager sa
religion, y résider, y louer ou acheter des terrains, dans quelque
lieu que ce soit, et y construire des Temples du Seigneur du Ciel
et des maisons, sans qu'il soit permis de lui faire la moindre
difficulté.
11 devra être traité avec les égards dus à un hôte. Nous espé-
rons, en outre, qu'on lui donnera assistance en toute occasion, et
que nulle indifférence ne lui sera témoignée, ainsi qu'il convient.
C'est pourquoi Nous, Ministre, délivrons le présent passeport
afin que ses stipulations soient observées dans toutes les localités
placées sous la domination de l'Empire Chinois, tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur (c'est-à-dire dans la capitale et les provinces), et
que nulle infraction n'y soit commise, en exécution des Traités
et des Règlements qui doivent subsister à jamais, et ainsi que
Nous, Ministre, le désirons vivement.
Remis à...
Délivré par la Légation de France en Chine, le — jour, — de
la lune — de la — année de Kouang-Siu.
P. S. — 11 sera absolument interdit au porteur de ce passeport
de se rendre, à son gré, dans les localités, quelles qu'elles soient,
qui seraient occupées par des rebelles.
No. du Registre de la Légation
Signature du porteur.
63o
LE PROTECTORAT DES MIS8IOTIS
PASSEPORT AMERICAIN
LEGATION
OF THE UMTED STATES OF AMERICA
AT PEKING
DESCRIPTION :
Age Years
Stature Fect
Forchead
Eycs
Nose
Moulh
Chin
Hair
Complexion
Face
SIGHATURE OF TUE BEAREH.
To ail to whom thèse présents shall
corne greeting
No.
I , the undersigned _
Chargé d'Aflaires ad intérim of the Unit-
ed States of America, hereby request
ail whom it may concern to permit sa-
fely and frecly to pass _._
a citizen of the United States and in case
of nced to give him ail lawful aid and
protection.
Given under my hand and the im-
pression of the Seal of the Légation of the
United States at the City of Peking the
in the Year of the indépendance
of the United States.
(L. S.) X..
PASSEPORT ANGLAIS
Passport n° British Consulate.
The undersigned, Her Britannic Majesty's Consulat... requcsts
the civil and military authoriiies of the Emperor of China, in
conformilv with the ninth article of the treatv of Tien-Tsin to
allow the Révérend..., a British Subjcct, to travel freely and
without hindcrance or niolestation in the Chinese Empire and
to givo him protection and aid in case of necessity.
M being a person of known respectability is desirous of
procceding to... and this passport is given him on condition of
liis not visiting the cities or to>>ns occupied by the insurgents.
(Signature)
H. B. M.'s Consul.
Signa
lust bc coui
dclivery ar
[)d or tlie a
Il Subjccis [
ly oiïence ai
msul for pu
icport, la l
ine proclai
lom de yi
née sous li
irde aux m
'roclamation
lent du Tsoi
lcIg du Irail
?oung, que
oliquc et d'i
[uc toules I
isqu'à ce i<
nent au Ira!
convenus la
r ; d'autre p
ns pris rcsp
icernant la
la justirc. .
de sévérité. Les autorilos auronl à se cor
632 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
h montrer au grand jour notre désir de tranquilliser les honnêtes
gens.
Respectez ceci.
Malgré les instructions dans ce sens données à différentes reprises
aux vice-rois et gouverneurs, des cas regrettables se produisent
cependant dans chaque province et les Chrétiens adressent de
nombreuses plaintes. Selon moi, le motif principal en est dans le
refus des Chrétiens de contribuer aujourd'hui comme autrefois
aux réceptions des Esprits, aux processions, aux représentations
théâtrales, aux frais des parfums qu'on brûle. On ne saurait,
disent-ils, exiger leur quote-part pour des manifestations qui ne
les concernent pas.
Je dois adresser le présent document dans chaque province et
faire connaître ainsi la volonté do l'Empereur et les résolutions
prises par le Tsoung-li Yamcn, de façon qu'on ait à se conformer à
une règle fixe et qu'aucun doute ne s'élève dans les esprits, quand
des affaires surgiront. Nous nous conformons en cela à la volonté
de l'Empereur dont la faveur s'étend sur tous et qui regarde du
même œil paternel, les Chrétiens et ceux qui ne le sont pas.
Le but des missionnaires, pareillement aux doctrines de Con-
fucius, au Bouddhisme, et à la religion de Lao-tseu, étant d'exhor-
ter les hommes au bien, le catholicisme a été autorisé sous K'ang-
Hi. Les Chrétiens ne sauraient parce qu'ils sont tels échapper aux
charges publiques ; les contributions ou réquisitions oflicielles et
autres dépenses utiles leur incombent dans la même proportion
qu'à ceux qui ne sont pas chrétiens. Quant aux frais de réceptions
d'Esprits, des processions, représentations théâtrales et parfums à
brûler, toutes choses qui ne les concernent point, on ne devra
jamais les forcer à y contribuer. Dans les deux cas, les autorités
locales devront spécifier clairement, sans laisser subsister le
moindre doute, la part qui leur revient ; par exemple, si les per-
ceptions se divisent en 6 dixièmes pour fêtes populaires et 4
dixièmes pour charges publiques, les autorités devront dire que
les Chrétiens n'ont qu'à contribuer aux 4 dixièmes, et que les
6 autres dixièmes ne les concernent point ; on ne saurait exiger
leur quote-part.
Si des Chrétiens, pour avoir refusé de payer leur quote-part
dans des dépenses, dont la destination est contraire aux principes
de leur religion et n'a aucun intérêt pour eux, sont insultés,
molestés, frappés par la population, si leurs propriétés sont pillées,
si leurs récoltes sont détruites, l'autorité aura le devoir d'examiner
irl
«ri
dai
onn
fin
]ué
qu<
nqu
634 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
Après avoir conséqnemment avisé les vice-rois et gouverneurs
provinciaux qu'ils avaient à se conformer à ce décret, Nous avons
reçu de S. Exe. M. de Bourboulon, Ministre de France, une
communication officielle nous disant que tous les différends dans
les provinces provenaient uniquement de ce que les autorités
locales obligeaient indifféremment les catholiques et nos autres
sujets à subvenir aux frais de sacrifices aux génies, de comédies»
de processions religieuses, etc., etc.
Les Catholiques étant très contraires à ces pratiques, le Ministre
de France nous prie d'inviter toutes les autorités locales à ne plus
rien percevoir d'eux (pour y subvenir).
En môme temps, il nous expose que les missionnaires étant
gens d'une conduite correcte, il importe lorsqu'ils font une visite
qu'ils soient traités honorablement (l'expression chinoise marque
qu'il s'agit d'une visite d'un inférieur à un supérieur).
Tel est ce que nous a dit le Ministre de France.
Nous pensons que les catholiques dans toutes les provinces bien
qu'ils pratiquent la religion du Seigneur du Ciel n'en sont pas
moins chinois. M. de Bourboulon, ministre de France, nous a
exprimé que les principes de la dite religion recommandaient
l'obéissance et le respect au souverain, l'observance des lois de la
Chine ; tel est ce qui nous a été dit, il convient donc de protéger
(les catholiques) afin de témoigner d'un même sentiment de
charité pour tous. Les perceptions pour sacrifices aux génies,
processions, etc., etc., n'ont rien du caractère des impôts du
gouvernement et, si les Catholiques ne veulent pas y souscrire,
il ne convient pas de les y contraindre au point de semer de
l'agitation dans le pays.
Nous avons écrit à tous les gouvernements provinciaux pour
leur faire savoir relativement aux paiements auxquels les Chré-
tiens comme tous sont obligés, qu'en dehors des impôts dûment
établis par le gouverneniont, les Chrétiens pouvaient être
exemptés, du paiement de tout ce qui se percevait à titre de
frais de culte, sacrifices aux génies, processions, comédies, s'il
ne leur plaisait pas d'y contribuer avec ceux qui ne sont pas
Chrétiens.
Quant à ce qui est du traitement honorable dont il importe que
les missionnaires soient l'objet lorsqu'ils vont voir les autorités,
les gouvernements étrangers ont de la considération pour les mis-
sionnaires, les autorités locales doivent donc les traiter honora-
blement.
avons déjà rccommandii aux vico-rois et gouvcrn
des ordres pour qu'il soit ainsi fait.
la suite, le minislrc de France, M. de Bourboulc
|u 'après réception par lc3 gouvcrncmenls provint
c V. M. et de la dépfchc du Tsoung-li Yamcn les
ml les catholiques ne se Irailaienl pas conformém
on s données.
itorités locales de toutes les provinces apportent
[lans les aiïairca qu'elles ont à traiter, c'est ce qui f
Bourboulon. qu'apr&a réception du décret et d
. on n'avait pas encore tout fait pour traiter h (i
: comme cet état de choses pourrait subsister, nous
cmandcr un décret ordonnant aux vice-rois et goût
s les provinces d'enjoindre aux autorités locale
cr à nos instructions antérieures et de régler éq
plus vite les aiïaires, de ne pas juger légèreinci
t graves et de ne pas intentionnellement appo
{ui seraient préjudiciables aux sujels catholiques,
as : l'arlicle i3 du traité fronçais s'exprime ainsi :
it ce qui a été gravé, imprimé ou publié contre la
îque est abrogé (pardonné) partout, a
phrase vent dire que la religion catholique est mai
le de toutes les défenses publiées contre elle ; nous
oir demander que tout ce qui a été publié précé(l<
le, considéré comme non avenu, soit supprimé ; lo
ra d'une nouvelle édition de nos lois, ces prohibi
onlenues dans les anciennes éditions seront gratl
d'impression).
19 dans l'article i3 du traité on substituera au mo
0 l'expression « supprimer, gratter n de mnnière i
formes l'un â l'autre l'esprit et la lettre de cet ai
loumettons ces dilférenls points a V. M. en lui den
1 un décret, elle veuille bien nous faire |iarvenir
I et nous dire si elle approu>e nos propositions.
Décret de l'Empereur,
)ung-li ^amen nous a fait parvenir un memoran
nandanl d'enjoindre aux autorités locales de trai
ude eL équité les affaires reliitiies aux Catboliqu
Ynnien nous avait déjà représenté que la religior
la France avait pour objectif de porter les hoi
636 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
faire le bien et que l'Empereur K'ang-Hi en avait autorisé Texer-
cice, nous avions en conséquence émis un décret ordonnant aux
autorités locales de traiter d'une manière satisfaisante.
Le Tsoung-li Yamen nous rapporte aujourd'hui qu'après récep-
tion de notre décret, il avait écrit de nouveau dans le même sens
aux autorités de toutes les provinces et que, malgré cela, les
affaires n'avaient pas été traitées d'une manière complète et satis-
faisante.
Nous ordonnons aux Gouverneurs et Vice-Rois de toutes les
provinces d'enjoindre aux autorités locales, conformément au
rapport ci-joint que nous approuvons, de régler avec équité et
promptitude toute affaire relative aux sujets catholiques, de ne
pas considérer comme léger ce qui est grave, afin de montrer que
notre sollicitude est la môme pour tous.
Nous approuvons et sanctionnons par le présent décret tout ce
que nous propose le rapport du ïsoung-li Yamen.
Respectez ceci.
LE PORTUGAL
Ce protectorat a été pour nous évidemment une source de
sérieuse responsabilité et de grands tracas, mais elle a été
en même temps Toriginc de toute notre influence à une
époque où la création de notre empire colonial de l'Indo-
Chine ne nous avait pas fait prendre encore la place que
nous occupons aujourd'hui dans la politique chinoise. Comme
l'a fort bien dit un de nos ministres à Pé-King, M. Cogordan :
« L'induence n'est pas une force qui s'use par l'emploi qu'on
en fait : elle a besoin, au contraire, d'être exercée pour se garder
et se fortifier *. »
L'Angleterre tirait sa force, du commerce ; la Russie, de
sa puissance territoriale et de son voisinage de la Chine ; la
France, de la religion ; pendant longtemps, ce fut, moins
comme ministre d'Allemagne que comme doyen du corps
diplomatique, que M, de Brandt exerça sa grande influence à
Pc-Kini
'g-
1. Lettre à M. de Frcvcinot, Pé-King, la avril 1886.
638 LE PnOTECTORAT DES MISSIONS
L'un d'eux, M. Freinademetz *, tenta, en 1880, d'obtenir par
le Consulat d'Angleterre à Canton, chargé également des
intérêts austro-hongrois, un passeport identique à ceux que
délivre la légation de France. Cette demande, adressée au
vice-roi des deux Kouang, fut repoussée par ce haut fonction-
naire qui se référa au traité autrichien et allégua que cet acte
diplomatique ne contenait aucun article relatif aux mission-
naires. De nouvelles instances aboutirent enfin à la remise
d'un passeport, libellé au nom du requérant, mais ne donnant
droit à ce dernier qu'à la protection et à l'assistance que les
autorités chinoises sont tenues d'accorder, conformément au
traité, aux sujets autrichiens, porteurs d'un titre de voyage
régulier. Le consul d'Angleterre ne put faire davantage,
même en invoquant la clause de la nation la plus favorisée :
les autorités provinciales se refusant à en admettre l'appli-
cation en cette matière. — Ce missionnaire a reçu depuis
lors (en 1882) un passeport français.
Les Espagnols sont tous sous notre protection. Un des
représentants de S. M. Catholique en Chine, M. de Quevedo,
résolut en 1868 de placer ces ecclésiastiques sous la dépen-
dance de sa légation et expédia une circulaire aux agents
sous ses ordres pour leur déclarer que l'Espagne entendait
désormais protéger elle-même ses missionnaires et pour
prescrire le retrait des passeports français que ces religieux
avaient en leur possession. Ces titres devaient être remplacés
par des titres espagnols. Il semble que cette détermination
ne fut pas accueillie avec beaucoup d'empressement par les
missionnaires. En effet, au mois de juin de la même année,
M. Brenier de Montmorand, consul général de France à
Chang-Haï, se rendit à Formose et à Amoy. Les Domini-
cains espagnols vinrent saluer notre agent à son passage et
le prier de leur accorder la protection française. Quelques
I. De la congrégation de SteyI.
jours plus tard, il recevait la lettre suiva
samment combien les Dominicains éta
service que M. de Quevedo avait sai
rendre:
Takao, le lo se
' Tbès-illdstbe Seigmeur,
Après avoir souhaité si longtemps que
sentir dans les afTaires de notre mission (
avec les autorités chinoises, nous avons vu
sir notre désir accompli, en voyant flotter i
le glorieux drapeau de la France. La cano
riale le Scorpion nous a apporté de vos noi
votre famille. Nous avons appris aussi que
que nous, une communication de M. de Ç
entend nous placer sous sa protection. Ma
chissent ne savent-ils pas qu'une protectio
pas appuyée sur des navires de guerre e
Puisque M. de Mas' a déclaré que S. M.
çais était tout puissant pour épargner aux c
des Chinois, pourquoi voudrions-nous u
Nous sommes bien en France : que donc I
la politique ne nous séparent pas d'elle ?
Je suis, etc.
(Sig.) Fernando
Supérieur des Domipic
Les Augustins espagnols qui s'adres!
leurs passeports à la Légation d'Espag
désespoir de cause de nous les demandei
Depuis lors, la Légation n'a pas a
Espagnols les passeports qu'ils sollicitaîi
Voici la lettre que le comte de Lallen
King, le ai septembre i868,aumai-quisd
I. Don Sinitwido do Mas, Ministre dEspagi»
a. Mémoire do M. Collin do PUnc}'.
3. Voir p. i4o.
640 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
des Affaires étrangères, au sujet des démarches de Don Garcia
de Quevedo :
Lors de mon arrivée à Pé-King, j 'adressai [une] lettre circulaire. . .
aux chefs de toutes les Missions religieuses catholiques en Chine
sans distinction de nation, et tous m'ont répondu. Je ne pouvais
avoir aucun doute sur la rectitude de ce procédé. Je savais que la
Légation d'Espagne, représentée par M. Sinibaldode Mas, n'avait
aucune prétention à exercer la protection sur les Religieux de sa
nation qui évangélisent le Fo-kien, et qu'elle avait déclaré leurs
intérêts fort bien placés entre les mains de la Légation de l'Em-
pereur. Je n'avais donc pas eu à m'occuper de ce que peut dis-
poser à cet égard le traité espagnol, que je viens, du reste de
chercher sans succès dans nos archives.
Mais le successeur de M. de Mas, M. de Quevedo, aiTivé ici
vers la lin d'avril, n'a pas jugé que les choses pussent demeurer
en cet état. Il a voulu revendiquer la protection des Dominicains
espagnols, et, s'il eût débuté dans cette entreprise par une expli-
cation franche et courtoise avec moi, rien de plus naturel. J'aurais
examiné avec lui la teneur du traité espagnol en ce qui touche la
protection des missionnaires, et à moins d'ordres positifs de
Madrid, je l'aurais, probablement, prié d'attendre que le Gou-
vernement de l'Empire se fût entendu avec celui de Sa Majesté
Catholique sur ce point nouveau.
Mais au lieu d'en user ainsi, M. de Quevedo, avait, même
avant son arrivée à Pé-Ring — du moins j'ai lieu de le croire —
expédié de Chang-Haï une circulaire aux agents sous ses ordres
pour leur déclarçr que l'Espagne entendait désormais protéger
elle-même ses missionnaires, et pour prescrire le retrait des pas-
seports français que ces Religieux avaient dans les mains. Ces
titres ont dû être remplacés par des titres espagnols. Quant à un
avis à la Légation de l'Empereur auquel la courtoisie eût com-
mandé de joindre un remerciement pour les services rendus à des
sujets de Sa Majesté Catholique, il n'en a pas été question ; cela
eût pesé sans doute à la fierté de M. de Quevedo qui est poète et
Castillan.
Notre ministère pensa qu'il y avait lieu de tenir compte
des appréciations de M. de Lallemand ; il croyait comme
notre représentant que nous avions intérêt à ne pas établir
6^3 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
a Je doute, écrit M. Patenôtre*, que le patronage de l'Italie
qui n'entretient dans les mers de Chine qu'un seul bâtiment de
guerre contribue beaucoup à accroître la sécurité des missions
catholiques. Il peut en revanche n'être pas sans danger d'insister
sur la distinction à établir entre les missionnaires étrangers et
les missionnaires français, car c'est une façon indirecte de désigner
spécialement ces derniers à la haine des indigènes. J'en ai fait
l'observation à mon collègue en lui rappelant que l'agent russe à
Han-Keou avait déjà été chargé oiliciellement de la tutelle des
intérêts catholiques. M. de Luca dont l'orthodoxie s'alarmait,
parait-il, de voir les congrégations italiennes sous le protectorat
d'une puissance schismatique a été d'un avis différent. Il s'est
adressé en conséquence à l'agent anglais*, à Han-Keou, lequel
est du reste protestant, pour le prier d'accepter les fonctions de
Vice-Consul d'Italie et de proléger en cette Qualité ses nalionau\
établis dans les provinces du Hou-Pé, du Hou-Nan et du Uo-
Nan. »
De retour à Chang-Haï, M. de Luca adressa au Tsoung-li
Yamen, le i5 novembre 188/I, une longue communication
en anglais, dans laquelle il annonça quHl était allé à Han-
Kéou pour délivrer à ses nationaux, afin, que le cas échéant,
ils ne partagent pas le sort des Français, des certificats indi-
viduels de nationalité. Il avait délivré 38 certificats dont 26 à
des missionnaires et 12 à des religieuses, sans soulever la
question de protectorat exercé par la France sur toutes les
missions catholiques. M. de Luca demandait que des instruc-
tions télégraphiques fussent envoyées à Pien, vice-roi des
deux Hou, pour qu'il apposât son sceau sur les certificats
afin de leur donner plus de valeur.
Un cert^iin nombre de missionnaires italiens eussent pré-
féré la protection de l'Italie à celle de ta France et ne
manquaient pas de témoigner de leurs sentiments lorsqu'une
1. A M. Jules Forry, Chang-Haï, 18 novembre i884.
2. M. Clialoner Alabaster.
ocrasion leur élail fournie, comme, par exemple, la i
à llan-kéou, tlu navire de guerre, Crislo/oro Colombo.
Le croiseur ' CrUloforo Colombo partait le 19 avril dernîi
Cliang-HaT pour visiter les ports du Yang-tseu kiang.
Arrivé le lendemain à kiang-Yun, il poursuivit sa rou^
la passe de Silver Island. et dans la mfine matim-e, il jelait l'i
à Tclien-Kiang.
Le lendemain, il continua à remonter le fleuve, et le 33 ai
il jetait l'ancre à kieou-kiang. où ap^^3 un séjour de 48 lie
il poursuivit pour Ilan-kéou.
Le clirf de la mission italienne à Ilan-keou. l'évoque M«'
lassare*, se rendit 11 bord du Cofumfio aussitôt qu'il eût jeté l'ai
Le commandant du Colomba rendit la visite a l'évéqucda
nmdcncc de Wou-tch'ang, sur la rive opposée el h quelques n
plus en amont de llan-kéou.
Lccommandantdu CoJorn6o et ses ofTiciers reçurent des mar
de grande sympathie de la part de tous les missionnaires j ■
pris leur chef.
Les seeurs du couvent ont lu au commandant une adres:
les sentiments patriotiques alternaient avec les sentiments
charité et delà r<-li^'ton.
Le 1"' mai. le Colombo quitb le port de IlnU'kéou et le soii
l'ancre à Kieou-kiang d'où le lendemain il repartit [>our \
hou.
Le 5, il partit de Wou-hou et arriva le même jour J Te
Kiang.
Le (i. le Colombo quitta ce mouillage et arriva le soir k \
Le la, au matin, le Colombo était de retour à Chang-IIal
reprit son mouillage^.
I. Italie, 16 juillet iSS5.
n. tiarlauare, Hpiphane. né à Moiilcccliio. dîociic de VîceiK
juin iSjt ; TrËrc mineur ; évoque de Madsura (Niimidio). vicaire a|
li(|uc du Hou-Pc oriental. 1^ juin 188V
3. Un article pwul égalemeiil dans le Po/iolo romano, du ili j
donnant le tcitc de 1 allacution des sœurs au nombre de i3, ayant
tète la sœur Paola Vismara.
644 ^^ PROTECTORAT DES MISSIONS
Modèle des Certificats italiens
Si certifica da Noi qui soltoscrillo, Inviato Straordinario eMi-
nistro Plcnipotenziario di S. M. il Rè d'Italia in Cina, che il
missionàrio figlio di
c di nato in (Italia) nelJ*anno i8 ,
non è francese, ma è suddito italiano e corne taie registrato al
no nel Regislro dei Nazionali presso il Consolato d'Ilalia
a Shang-hai.
Shanghai, novembre i884.
Il y avait environ 72 missionnaires italiens en Chine.
M. Mancini* déclara à notre ambassadeur près du Quirinal,
M. Decrais, qu'il approuvait la conduite de M. de Luca et
que « d'après ses informations, le Vatican s'était montré
reconnaissant de l'intérêt que le Ministre du Roi avait montré
en ces circonstances aux religieux ses compatriotes, »
(février 1880). Le gouvernement du roi Humbert avait
fort à cœur cette question et en juin i885, le ministre des
Affaires étrangères d'Italie présenta au Sénat un projet de
loi tendant à organiser le protectorat catholique en Afrique,
en Orient et ailleurs au profit de l'Italie.
Le préfet de la Propagande opposa un démenti absolu
aux paroles de M. Mancini et déclara : « Le Saint-Siège ne
croit pas possible, en raison des circonstances, à aller
jusqu'à une nouvelle protestation publique, sentant très bien
qu'on pourrait facilement en prendre prétexte pour surexci-
ter contre le Pape le sentiment national. » Le secrétaire de
la Propagande, M*-"^ Jacobini, disait que des instructions
allaient c^lre envoyées aux missionnaires italiens, les invitant
à recourir autant que possible exclusivement aux bons offices
de l'Evoque français de Pé-King (5 février 1885). Le
Vatican et la Propagande en particulier n'avaient guère de
raisons de se tourner vers le Quirinal ; en janvier i885, le
I. Mancini, Pascai-Stanislus, né à Caslcl-Baronia, près d'Ariano,
le 17 mars 1817 ; mort à Capodimonte, 26 décembre 1888.
6^6 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
Le démenti* que nous avons opposé hier avec VOsservatore
Bomano aux nouvelles du Times relalivement à la substitution
du protectorat français dans l'Extrême-Orient, mérite une atten-
tion toute particulière. Il a une importance politique de premier
ordre. Le gouvernement françiiis peut voir à quel point le Saint-
Siège respecte les traditions de la France dans les missions, malgré
les écarts et les fautes de la République. Pourrons-nous espérer
qu'il en tiendra compte et qu'il réparera les errements du passé,
en sauvegardant en môme temps les intérêts de l'avenir ?
Dans tous les cas, les informations du Times, quoique fausses
dans leur teneur actuelle, ont un fonds de vérité qu'il ne faut pas
dédaigner. C'est, sous une autre forme, une nouvelle tentative
de ravir à la France son protectorat catholique, qui constitue la
garantie la plus précieuse de son influence dans les colonies. Ce
danger ou cette menace se dresse et se multiplie sur tous les
points. Il n'est plus permis d'en douter, on fait une concurrence
impitoyable à la France. Si le gouvernement français veut con-
jurer ce péril, s'il entend sauvegarder l'héritage glorieux des
Richelieu et des Napoléon I*"", son premier devoir est d'enrayer le
mouvement qui semble pousser la France vers la séparation de
l'Eglise et de l'État. Le jour où il oublierait ce devoir patriotique
marquerait la fin du protectorat catholique.
Cependant, quelques Puissances s'agitaient à Pé-King;
rAngleterrc, rAllemagne, l'Italie et même la Belgique
encourageaient depuis plusieurs mois la Cour chinoise a
nous contester les droits spéciaux découlant pour nous du
Protectorat : la Russie et l'Espagne s'abstenaient ; les efforts,
dont l'amoindrissement de notre influence en Chine ét^iil
l'objectif, étaient concentrés à Londres et favorisés par le
cardinal Manning qui professait peu d'amitié pour notre
pays ; l'archevêque de Westminster faisait cause commune
avec le marquis Ts'êng, chargé d'engager directement avec
le Pape la question de la renonciation du Saint-Siège à
notre protectorat.
La lettre suivante de notre ambassadeur près du Saint-
I. Moniteur de Home, i6 juillet i885.
Siège, adressée à M. do (■"rejcincl, expose bien
Vatican :
Rome, le 9 soplcinl
MoMSIBUIt LE MiNLSTBE,
Un Membre du Sacré-Collège qui prend liabili;
part active aux travaux de la Propagande a int{
(|ueli|ues Jours, à litre conlidcnliel, le Cardinal Siir
des bruits relatifs à U suppression du Protectorat
pucrco sur les missions catholiques en Clilne. Le Vr
pagaiide a répondu avec autnnt de simplicité que >
interrogations qui lui étaient faites.
Des détails qui m'ont été fournis à la suite de ce
dois conclure que la question a été tout au moin
sérieux échange d'idées entre le Souverain Pontife
îSimeoni. e J'ai démontré au l'apc, aurait dit si
c|ue tous ces beaux projets tendant à nous soustraii
lion de la France, dans l'EïIrème-Orient, sont
reposent sur rien de séricuï, aucun gouverneme
mesure de nous offrir les garanties que nous trouvon
de la France, quelque pénible d'ailleurs, que doi
souvent pour le Saint-Siège les efiets de la politi
de la République à l'intérieur, n
C'est le même ordre d'idées que m'avaient déji
cardinal Jacobini et le Secrélairc de la Proiiagandi
purement et simplement à la Chine, nous ne saur
m'avait dit ^Arcbc^équc de Tvr : il est très certain i
de l'Ëglise ne nous protégeraient pas du tout con
olFensifs du Céleste Empire: dès lors il faudrait
OUI diverses Puissances eurojjéenncs et nous serions
de toute nécessité à solliciter surtout les bons oili
toujours prèle ii nous les offrir. Mais cela nous i
cher et le slatu qan est de beaucoup préFcrable, n
Telle est la situation aujourd'hui. Monsieur b
fait qu'on a pu et dû envisager au Vatican certaine
n'en reste pas moins fort grave, et. je ne crois pai
m' étendre sur l'intérêt que nous avons fi surveiller
lei menées que les adversaires de notre Proteclon
avec le concours de la diplonialie chinoise ajani \
cour de Rome le cai-dinal Manning, que son com[i
648
(linal Howard déclarait nicemment
lisle de l'Europe.
Veuillez, elc.
Dans une audience accordée,
pape à noire ambassadeur, Léon
de rExtrôme-Oricnt ol des bru!
pourparlers de la Chine avec la i
déclara :
« En nie rcmerciani, écrit M. LeI
tiièrcs libéralités de la République p(
m'a parlé du récent départ du Père
mp luisant remarquer que cette pi
Pé-King pour qu'on ]}uisse prétendre
tolique est chargé de suivre les négoi
a été parlé dans la presse. « Nous n'a'
conclu le Souverain Ponlire, nous n<
attendons les évcnemcnU »...
Je n'ai pas insisté, car il est clair
ces mois, songeait à l'évenlualité qi
Uincs Teuilles républicaines de l'aris
cordât.
Le coup que Ton voulait pori
Missions élaît paré pour cette f
examiné révcntualité tl'un prot
avait faibli dans l'appui qu'il ne
nos litre» de possession élaiont I
draienl-ils, lorsqu'une puissance
d'accord à la foia avec le Valican
verrons avant longtemps.
1. Lcfelivrc ilc BclininG, lidoaarii-j'.
iSag ; amliauBdcur près le Saint-Sicge.
a. Rome, i3 oclobro i885.
ABLEAU G
TsBÎ Han,
morl jeune.
'adoption est marquée pa
[) Ce caraclère est égalot
1 été autorisé à le garder
par Faveur spéciale, qui
placé par le caractère (a).
G5o TABLE DES MATIÈRES
Chapitre XIV. — L'affaire du Tong-King (suite). . . . 285
Chapitre XV. — L'affaire du Tong-King (51/ i7e). 3o8
(Chapitre XVL — Mort de l'impéralTice de TEsl (1881). —
Traité brésilien. — Disgrâce de Tso. —
Le P. Grimaud Saa
Chapitre XVIL — L'afTairc du Tong-King (suite). . . . 33i
Chapitre XVIIF. — L'affaire du Tong-King (^suile). — Départ
de M. Source (1 883) 308
Chapitre XIX. — L'affaire du Tong-King (suite), — Trailé
de Hué (Ilarmand), ab août i883. . 38a
Chapitre X\. — L'affaire du Tong-King (tfMi7<»). — M. Tri-
cou (i883) 393
Chapitre XXL — L'affaire du Tong-King («w//c) — M. de
Somalie (i883-i 884) Uo
Chapitue XXII. — L'affaire du Tong-King (suite). — (con-
vention Fournier, 11 mai 188^. . 43i
Chapitre XXIIL — L'affaire du Tong-King (suite). — Bac-
Lé (28 juin i884). ....... ^^9
Chapitre XXIV. — L'affaire du Tong-King (â^uiVe). — M. Pa-
tenôtre à Hué 48o
Chapitre XXV. — L'affaire du Tong-King (fin). — M. Pa-
tenôlro en Chine AyS
Chapitre XXVL — Traité Cogordan (1886). — Traité (]ons-
tans(i887) Tiâa
(Chapitre XXVII. — Le P. Terrasse. — Le choléra. — Affaire
de Swatow. — Licou- Kieou (i883). —
Le Toung-T'ang. — Affaire Conraux
— Affaires de Corée (i884) «^tO
Chapitre XXVHL — Légat ou nonce, à Pé-King? i885-i88().. 691
Chapitre XXïX. — Transfert du Pé-T'ang 6o5
Chapitre XXX. — Le protectorat des missions CaO
Tableau généalogique de la famille impériale de chime.
CHARTRES. I.MPRIMEKIE DURAND, RUE FULBERT.
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
BIBLIOTHÈQUE GKNKRALE DES SCIENCES SOCIALES
DICK MAY, SecilUiH
VOLUMES PUBLIÉS^
L'IndiTidualisation de la peine, pnr It. Saleilles, proresaeur â la Fa-
culté (le drojlde rUniversilé de Paria.
L'Idéalisme social, par Kugènc Poi.'RH]t:itK, député.
Ouvriers du temps passé (xV et xvi' siècles), par II. IIausrr, proresscur
h l'Université de C.lermont-Perrnnd.
Les TraDsformations du pouvoir, par G. Tabdi!, proreeseur au CoKËgc
Morale sociale, leçons proCessées nu collège libre des Srienccs so.
cioles, pur MH. Û. Belot, Uarcki. Brhnês, Bri;\echvic<i, K. Buisso:i,
Darlu, UitunrAC, IiEi.nET, Ctt. Ojde. H. Kovalevsky, Malapert, te M. P.
HAiruus, DE HoHEBTï, G. SoBEL, Ic Paâleur W'AUNF.n. préface de H. Éuile
BouTROux, île l'Institut.
Les Enquêtes, pratique et théorie, par P. du Hahoussbu. (Ouvrage
couronné par l'Institut.)
Questions de Morale, leçons professées h rf;co1c de morale, par
MU. Belot, Bf.rni^.s, K. Burssos. A. Croisf.t, Darlu, Uelbos, PoirRsrf.BE,
MSLAPKRT, Motif, I). PaRODI, G. SOBEL.
Le développement du Catholicisme social depuis l'encyclique Rerum
novii-um, par Max Ti;RiiA(is.
Le Socialisme sans doctrines. La Qiitstion ouvrier» ri la Question
ni/ruii-e en Australie et en Nouvei/e-Zèliinde, par A. Métin, agréné de
l'L'niversité, profe^^seur h l'Ecole municipale Lavoisier.
Issistance sociale, l'aiwrrs et mendiants, par P. Strauss, sénateur.
L'Education morale dans l't) Diversité. (Ettseignement secondaire.)
Conférences et discussions, sous la présidence de M. A. CROrsET,
doven de la l'acuité des lettres de l'UniversiLË de Paris. (École des
hniilen Éludes sociales. 1900-IU01.)
La Méthode historique appliquée anz Sciences sociales, par Charles
Seionohos, moilre île conférences il l'Université de Paris.
L'Hygiène sociale, par E. Uuclaux, del'InsLitul, directeur de l'Institut
Chaque vol. in-8 carré da 300 pages environ, cart. à rangl. . , 8 ft.
Le Contrat de salaire, par M. Bureau, prorcsseur A la Faculté libre de
droit de Paris.
La Formation de la Démocratie socialiste en France, par Albert Hëtin,
aRrépéde l'Université.
La Méthode géographique appliquée aux Sciences sociales, par Jean
Bbl'hnes, professeur ù l'Université de Fribourg (Suisse),
Les Bourses, par H. Thali.eh, professeur à la Faculté de droit de l'Uni-
versité de Paris.
Le Hooisme économique (Sociologie marxiste), par de Kell^.s-Krai;z.
L'OrganiaatioD industrielle moderne. Ses caractères, son développe-
!, par
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
PUBLICATIONS PÉRIODIQUES
REVUE PHILOSOPHIQUE
DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER
Dirigée par Th. RIBOT, membre de l'instiiul.
(27* année, 1902)
Parait tous les mois, par livraisons de 7 reiiilles grand in-8, et forme
chaque année deux volumes de 680 pag«s chacun.
Prix d'abonnement: Un an, pour Paris, 30 fr. — Pour les départe-
ments et l'étranger, 33 fr. — La livraison, 3 fr.
Les années écoulées, chacune 30 francs, la livraison, 3 fr.
Tabiesdes matières (1876-1887), in-8. . 3 fr. — (1888-1895), in-8. 3 fr.
REVUE HISTORIQUE
Dirigée par G. MON OD
\ Membre de l'Inslitut, Maître de confércnceR à l'École normale,
Président de la s«*clion historique et philologique à l'École dos hautes i^tndes.
\ (37' aance, 190a)
l Parait tous les deux moi*», par livraisons grMid-in-8 de i5 feuilles et forme par an
^.^ trois volumes de 5oo pages chacun.
Prix d'abonnement: Un an, pour Paris, 30 fr. — Pour les dépar-
tements et l'étranger, 33 fr. — La livraison, 6 fr.
Les anuées écoulées, chacune 80 fr. ; le fascic., 0 fr. ; les fasctc. de la i" année, |> fr.
TABLES GÉNKRALES DES MATIÈÏiKS
I. 187G à 1880, 3 fr. ; pour les abonnés, 1 fr. r>o.
II. 1881 à i885, 3 fr. ; — i fr 3o-
111. 188G à i8yo. 5 fr.; — a fr. Tw.
T\. likjx » 1895, 6 fr.; — 1 fr. 5t>,
Annales des Sciences Politiques
KECUEIL BIMKSTlUfciL
Publié avec la c*olln1ioration des professeurs et des anciens élèves
de Tt^eolc libre clos Sciences politiques.
[Dix-seplième année, 1903)
COMITÉ DE RÉDACTION: M. Emile Boutmt, de l'instîtut. directeur de TÉcole;
M. i\.Lr. DK FoviLLK, dc l'Institut, consc'ilh'r niaitre A la Cour deu comptes; M. R. Stoiîhm,
ancien in^pcflour dcj» finaurcs ot administrateur de» Contributions indiret-te» ;
M. AlcxanJrc Ribot. député, ancioii ministre; M. L. Rf:^iL-i.T, professeur à la Faculté
dc droit; M, Albert tyiiiEL, de l'Aradémie française; M. A. V4.<(d.\i., de rVeadémic
françaiw; M. Aug. Ar^ausk, DircctiMiv do la Monnaie; M. Emile Rouhgeois, maitrc de
conférences à l'Ecole normale supérieure, Directeurs des groupe» de travail, pro-
feBscurs à l'Ecole.
Bèdadeur fn chef: M. A. Vjiu-irK.
ConditlonK d'abonnement. — Un an (du i5 janvier): Pari^, 18 fr. ;
départements et étranger, 19 fr. — La li% raison. SI fr. 50
Les trois premii-res annreii (i88()-iS87-i8S8) se vendent chacune \ii francs, les livrai-
sons, chacune ii francs, In quatrirme année (1889) et tes suivanirs se vendent chacune
iS francs, et les livraisons, chacune tifr. 50.
C
. „>'/?.
f!rv*f^^^
HAR
RAMOl
M